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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 14 février 2024 24 minComplaisantFond programmatiqueSantéNumériqueÉconomie & entreprisesÉducation & recherche

"La recherche en France n'est pas au niveau où elle devrait être", selon le professeur Alain Fischer

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:57OuverteRéponse directe

    Protéger plutôt que réparer, c'est ce que vous dites ?

  • 1:42OuverteRéponse directe

    Ces enfants dont vous parlez, dont le système immunitaire ne les protège pas, c'est ça ?

  • 3:06OuverteRéponse directe

    Et c'est ce genre d'histoire qui j'imagine vous fait dire...

  • 3:38OuverteRéponse directe

    Où est-ce qu'on en est, 24 ans plus tard, sur les progrès de ces thérapies géniques ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut espérer, grâce à ces thérapies géniques, voir à terme toutes les maladies rares, génétiques, voire certains cancers, soignés ?

  • 5:46OuverteRéponse directe

    Vous l'avez eu dès votre premier stage en médecine, à l'hôpital. C'est la conviction que la médecine et la recherche étaient indissociables. Pourquoi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:35Invité politiqueFait
    « La protection, c'est aussi la vaccination, donc la prévention. La thérapeutique et la prévention sont deux notions cardinales de la santé. »
  • 3:53Invité politiqueFait
    « Les premiers résultats où la mise dans les cellules malades, qui sont les cellules de la moelle osseuse qui fabriquent les cellules du sang d'une copie normale d'un gène qui était par ailleurs muté, a permis de corriger en grande partie de façon stable. »
  • 4:12Invité politiqueFait
    « Depuis, beaucoup d'équipes de recherche dans le monde, il y en avait déjà beaucoup à l'époque, mais aujourd'hui, cela foisonne. »
  • 4:35Invité politiqueFait
    « Il y a aujourd'hui des médicaments qui sont commercialisés, qui permettent de traiter certaines de ces maladies. »
  • 4:47Invité politiqueFait
    « Une grande avancée, à laquelle je n'ai rien à voir, concerne le domaine du cancer, où ce qu'on appelle, dans notre jargon, les CAR-T, sont des lymphocytes T, donc une de nos catégories globules blancs ont été génétiquement modifiées, les propres lymphocytes du malade, pour s'attaquer à certains types de cancers. »
  • 5:18Invité politiqueFait
    « L'arrivée de la thérapie génique, progressivement depuis ces 25 dernières années, apporte une arme supplémentaire en médecine, à côté des médicaments chimiques classiques, mais aussi ce qu'on appelle des biothérapies, avec des anticorps, avec des cellules, avec des ARN, et là, c'est la thérapie génique avec les ADN. »
  • 5:39Invité politiqueChiffre
    « Plus, ça coûte très cher, c'est assez complexe. »
  • 8:35Invité politiqueFait
    « La recherche en France et la recherche dans mon domaine, la science de la vie et la médecine, n'est pas tout à fait au niveau où elle devait être. »
  • 8:51Invité politiqueFait
    « Néanmoins, globalement, si on se compare à nos voisins, les Allemands, les Scandinaves et quelques autres, nous sommes un peu stagnants, parce que je pense que nous n'investissons pas assez, ni dans la recherche publique, ni dans la recherche privée, les deux posent problème. »
  • 9:05Invité politiqueFait
    « Et que nous avons un système, une organisation qui est extraordinairement compliquée, je ne vais pas entrer dans les détails ici, et enfin, une attractivité, je pense plutôt aux scientifiques cette fois-ci, pour entrer dans ces métiers, autrement dit des salaires, ce n'est pas que les salaires, c'est aussi l'environnement de travail, qui sont comparés à nos voisins, on est en dessous, donc ça pose problème. »
  • 9:50Invité politiqueFait
    « Un effort a été fait à travers la loi de programmation de la recherche, qui a été votée il y a quelques années, à travers le plan France 2030, mais qui concerne plus l'innovation que la recherche, ce sont deux concepts importants, mais distincts, donc je pense que malheureusement, malgré cet effort, il faut aller plus loin. »
  • 12:32Invité politiqueFait
    « Si on compare avec le monde anglo-saxon, le financement par mécénat de la recherche en France est faible, alors qu'il est relativement important, je crois, dans le domaine de l'art. »
  • 15:08Invité politiqueFait
    « Tous ces essais cliniques se sont terminés, ceux qui ont été faits dans les règles de l'art, par une conclusion qui était que l'hydroxychloroquine est inefficace et parfois en plus un tout petit peu dangereuse. »
  • 22:19Invité politiqueChiffre
    « de l'ordre mettons de 2 millions d'euros pour un traitement »

Temps de parole

  • Invité politique66 %
  • Présentateur27 %
  • Auditeur3 %
  • Auditeur 23 %
  • Invité2 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

S'il est un sujet qui nous concerne toutes et tous, c'est bien celui-là, celui de la santé. Notre invité y a consacré sa vie. Il raconte dans un livre les leçons qu'il tire de ses plus de 50 ans de médecine et de recherche. Vous l'avez connu pour la plupart d'entre vous, comme le monsieur vaccin pendant la crise Covid. Bonjour Alain Fischer. Bonjour. Vous êtes bien plus que cela, pédiatre, spécialiste d'immunologie, actuellement président de l'Académie des sciences. Protéger les vivants, c'est le titre de votre récit qui vient de sortir chez Oldie le Jacob. 01, 45, 24, 7000 et applications de France Inter, vous le savez évidemment, pour vos questions et vos réactions amis auditeurs.

On pense, quand on lit le titre de votre livre, à celui du roman de Maïlis de Kerangal, « Réparer les vivants », dans lequel elle racontait un don d'organe qui permette à une femme de survivre. Protéger plutôt que réparer, c'est ce que vous dites ?

1:00
Invité politique

Oui, la protection peut passer par la réparation, mais la notion de protection est plus large. Et comme vous l'avez évoqué, ça fait un bon paquet d'années que j'ai soigné. Et j'ai soigné en particulier des enfants, quand je dis « j'ai », c'est toujours une équipe, il faut avoir ça en tête, soigné des enfants qui atteignent ce qu'on appelle de déficience du système immunitaire, donc qui ont du mal en particulier à se défendre contre les microbes. Et donc il fallait les protéger, il faut d'ailleurs continuer à les protéger. Donc cette notion pour moi est assez forte, et un certain nombre de mesures thérapeutiques, dérivées de recherches ont permis d'avancer dans ce sens.

Mais par exemple la protection, c'est aussi la vaccination, donc la prévention. La thérapeutique et la prévention sont deux notions cardinales de la santé.

1:42
Présentateur

Ces enfants dont vous parlez, dont le système immunitaire ne les protège pas, c'est ça ? C'est ce qu'on a appelé les enfants bulles, les bébés bulles. Vous citez au début de votre livre l'exemple de Guillaume que vous avez croisé quand il était enfant, il y a 46 ans, et vous écrivez qu'aujourd'hui Guillaume est un père de famille heureux. C'est ce genre d'histoire qui vous a permis de vous lever, qui vous a donné envie de vous lever tous les matins ?

2:08
Invité politique

Sûrement. Alors il faut peut-être nuancer un tout petit peu cette notion d'enfant bulles que les médias aiment bien et relativiser. Aujourd'hui ça n'existe plus les bulles qui étaient des enceintes stériles plastiques pour protéger des tout petits bébés qui avaient les formes les plus sévères de ces déficiences. Il faut savoir qu'à côté en fait il y a des centaines de maladies qui sont pour la plupart héréditaires, donc transmises, et qui provoquent des déficiences à des degrés variables, heureusement parfois beaucoup moins sévères. De nos défenses immunitaires. Guillaume est un exemple effectivement d'un enfant qui a pu bénéficier quand j'étais interne en médecine, donc jeune médecin.

En 77. En 77, merci de me le rappeler, c'est un peu cruel. Pardon. Vous avez raison. Et qui aujourd'hui est quelqu'un qui est en bonne santé, avec lequel je continue à avoir des relations, ce qui est merveilleux parce que c'est à la fois, évidemment il y a une dimension extrêmement forte, humaine de cette médecine, et aussi à vrai dire de recherche, parce que le gentil Guillaume, il est sympa, de temps en temps il vient donner un peu de sang pour continuer à ce qu'on puisse étudier des caractéristiques de son système immunitaire.

3:06
Présentateur

Et c'est ce genre d'histoire qui j'imagine vous fait dire... Absolument. Je n'ai pas raté ma vocation. Non, non, vous avez raison. Même si parfois les histoires sont malheureusement plus douloureuses. Ces bébés bulles, même si on le comprend, vous nuancez le terme, mais c'est une grande partie de votre vie. Vous avez avec votre équipe en 2000 été à l'origine d'une avancée décisive sur les thérapies géniques, c'est-à-dire pour résumer à gros traits, vous avez traité le déficit immunitaire de ces enfants en leur implantant du matériel génétique comme un médicament. On peut dire ça comme ça. Où est-ce qu'on en est, 24 ans plus tard, sur les progrès de ces thérapies géniques ?

3:43
Invité politique

C'est ce qu'on appelle, comme vous dites, la thérapie génique. On a consacré beaucoup d'années de recherche avec plusieurs collègues assez remarquables à faire avancer ce domaine. Donc, les premiers résultats où la mise dans les cellules malades, qui sont les cellules de la moelle osseuse qui fabriquent les cellules du sang d'une copie normale d'un gène qui était par ailleurs muté, a permis de corriger en grande partie de façon stable. Donc, c'est toujours le cas, 25 ans plus tard, la déficience du système immunitaire. Depuis, beaucoup d'équipes de recherche dans le monde, il y en avait déjà beaucoup à l'époque, mais aujourd'hui, cela foisonne.

Et ces thérapies géniques sont utilisées avec succès pour d'autres maladies génétiques, aussi de la moelle osseuse, comme des maladies des globules rouges qu'on appelle thalassémie ou la drépenocytose, certaines maladies métaboliques, et de façon très différente pour traiter quelques maladies neuromusculaires, même si c'est encore très peu, comme une maladie qui s'appelle l'amiotrophie spinale. Il y a aujourd'hui des médicaments qui sont commercialisés, qui permettent de traiter certaines de ces maladies.

Et puis, une grande avancée, à laquelle je n'ai rien à voir, concerne le domaine du cancer, où ce qu'on appelle, dans notre jargon, les CAR-T, sont des lymphocytes T, donc une de nos catégories globules blancs ont été génétiquement modifiées, les propres lymphocytes du malade, pour s'attaquer à certains types de cancers.

4:58
Présentateur

Est-ce qu'on peut espérer, grâce à ces thérapies géniques, voir à terme toutes les maladies rares, génétiques, voire certains cancers, vous l'avez dit, soignés ?

5:07
Invité politique

Je ne dirais pas les choses ainsi. Je pense que l'arrivée de la thérapie génique, progressivement depuis ces 25 dernières années, apporte une arme supplémentaire en médecine, à côté des médicaments chimiques classiques, mais aussi ce qu'on appelle des biothérapies, avec des anticorps, avec des cellules, avec des ARN, et là, c'est la thérapie génique avec les ADN. Donc, c'est une arme de plus, qui augmente les chances d'apporter des solutions, je l'espère, pour d'autres maladies génétiques rares, et peut-être des maladies moires. Mais il ne faut pas considérer que c'est la solution, c'est évidemment pas ça. Plus, ça coûte très cher, c'est assez complexe.

5:41
Présentateur

Mais c'est une arme de plus, c'est ainsi qu'il faut le voir. Une conviction, en tout cas, ne vous a jamais quitté, Alain Fischer. Vous l'avez eu dès votre premier stage en médecine, à l'hôpital. C'est la conviction que la médecine et la recherche étaient indissociables. Pourquoi ?

5:55
Invité politique

Oui, pour moi, c'est une évidence. Je pense que c'est ainsi pour beaucoup. C'est le fait que la médecine a des limites, un grand nombre de limites, mais en grande partie des limites scientifiques, par défaut de connaissances suffisants, des processus qui provoquent une maladie. Et donc, si on veut que la médecine progresse, et on pense... Il y a des domaines qui sont malheureusement aujourd'hui encore plus en retard, comme je pense aux maladies du cerveau, du système nerveux, où les connaissances sont encore insuffisantes malgré des énormes efforts de recherche. Il n'y a pas de progrès de la médecine sans progrès de la recherche. Donc, les deux sont consubstationnellement liés.

Ça commence avec la recherche fondamentale, qu'il ne faut absolument pas oublier, jusqu'au lit du malade et à l'application. Et je pense que ceci doit avoir aussi un impact, à la fois dans la réflexion individuelle de médecins qui souhaitent s'investir dans ce domaine, mais aussi en termes d'organisation des soins associés à la recherche.

6:46
Présentateur

On va continuer à parler de l'état de la recherche en France, mais d'abord, je voudrais vous faire entendre un témoignage en direct au Standard d'Inter. Alain Fischer, pour vous, c'est Claude, qui nous appelle de Vatigny, c'est ça ? Bonjour Claude.

6:57
Invité

Oui, bonjour à tous, bonjour Alain Fischer. Il y a, à l'image de Guillaume, il y a 46 ans, on a donné notre petit fiston Romain. Il y a 43 ans, au jeune interne Fischer, qui allait mourir d'une lymphoïciocytose. Alain a pris les choses à bras-le-corps, il a souveré bien sûr Romain, qui est en parfaite forme maintenant. Alors, je voulais juste dire que lorsque Alain Fischer conseille à la population de se vacciner, il vaut mieux l'écouter, lui, que les gourous sur certaines antennes. Voilà ce que je voulais vous dire, vous apportez un témoignage vivant, une chose bien vivante grâce à Alain Fischer.

7:30
Présentateur

Merci beaucoup pour ce très joli témoignage, Claude. On parlera des vaccins d'ailleurs tout à l'heure. Alain Fischer, ça vous fait plaisir.

7:36
Invité politique

Merci, merci beaucoup Claude, ce témoignage est touchant et évidemment, je ne peux que souscrire à la conclusion de ce témoignage.

7:44
Présentateur

Alors, on parle de la recherche qui permet donc très concrètement de sauver ces enfants dont on parle, de faire des progrès tous les jours. Est-ce qu'aujourd'hui, les jeunes médecins ont les moyens de cette ambition dont vous parliez, d'associer toujours médecine et recherche ? Vous dites que la recherche en France est en mauvaise santé.

8:00
Invité politique

Oui, alors il y aurait beaucoup de choses à dire à propos de ce que vous venez d'évoquer. Un, il y a heureusement toujours de jeunes médecins, et j'en connais beaucoup aujourd'hui là où je travaille à l'Institut Imagine, qui ont la pêche, la niaque et qui ont envie de faire progresser la médecine. Et c'est un plaisir de les voir au quotidien s'investir. Il faut, la deuxième chose à dire, c'est qu'il n'y a pas que des médecins qui font de la recherche. Il y a des scientifiques, purs et durs, entre guillemets, c'est une façon de parler, mais dont on a besoin, notamment sur tous les aspects de recherche fondamentale. Est-ce que la France est au rendez-vous sur la recherche aujourd'hui ?

J'allais y arriver, mais je voulais resituer le cadre. La recherche en France et la recherche dans mon domaine, la science de la vie et la médecine, n'est pas tout à fait au niveau où elle devait être. Pour moi, elle est par rapport, c'est un jugement relatif, il se passe des choses, il y a des gens formidables en France, et dans de merveilleux instituts.

Néanmoins, globalement, si on se compare à nos voisins, les Allemands, les Scandinaves et quelques autres, nous sommes un peu stagnants, parce que je pense que nous n'investissons pas assez, ni dans la recherche publique, ni dans la recherche privée, les deux posent problème, et que nous avons un système, une organisation qui est extraordinairement compliquée, je ne vais pas entrer dans les détails ici, et enfin, une attractivité, je pense plutôt aux scientifiques cette fois-ci, pour entrer dans ces métiers, autrement dit des salaires, ce n'est pas que les salaires, c'est aussi l'environnement de travail, qui sont comparés à nos voisins, on est en dessous, donc ça pose problème.

9:25
Présentateur

Le Président de la République, lui, dit, en résumé, les investissements ont été faits, 25 milliards sur 10 ans, je crois, aujourd'hui, il faut s'attaquer à la bureaucratie, à l'administration, à ce millefeuille dont vous parliez.

9:37
Invité politique

Je partage partiellement ce constat, c'est-à-dire que la seconde partie, je suis 100% d'accord, et à l'Académie des sciences en particulier, on est largement prêts à aider en ce sens, Mme Rotaillot le sait bien, mais sur la première partie, je ne suis pas tout à fait d'accord, un effort a été fait à travers la loi de programmation de la recherche, qui a été votée il y a quelques années, à travers le plan France 2030, mais qui concerne plus l'innovation que la recherche, ce sont deux concepts importants, mais distincts, donc je pense que malheureusement, malgré cet effort, il faut aller plus loin.

10:05
Présentateur

Vous dites qu'il y a un problème de culture scientifique en France, c'est peut-être l'origine de ce retard dont on parle, c'est-à-dire que les grands décideurs ont très rarement une formation scientifique, dans notre pays par exemple, Angela Merkel est docteure, doctoresse en chimie quantique je crois. Alors, oui, je ne veux pas,

10:25
Invité politique

ce serait absurde de dire que pour être un homme politique, ou d'une manière générale un décideur, il faut avoir fait de la recherche, donc autrement dit, avoir un doctorat en sciences, ça n'a pas de sens, il ne doit pas en être ainsi. Néanmoins, ce qui est exact, si on regarde quelle est la formation, dans l'immense majorité des cas, de nos décideurs politiques, mais aussi économiques, on va dire, ils ont fait des études, ou dans lesquelles il y a très peu de sciences, et en tous les cas, pas de pratique, à un moment donné, de ce que j'appellerais d'une formation par la recherche.

Ce serait bien qu'il y en ait quelques-uns, encore une fois, un exemple, en Allemagne, deux tiers des ingénieurs ont une thèse de sciences, en France c'est beaucoup moins, et en France, le diplôme de doctorat, qui universellement, est reconnu dans le monde, et beaucoup moins bien reconnu en France. Et je pense que ça participe d'une vision où il y a une certaine distance, d'une méconnaissance, entre d'un côté les décideurs politiques, éventuellement industriels, et le monde scientifique.

11:20
Présentateur

Vous racontez une scène dans le livre, discours de François Hollande, président de la République, en 2014, devant des dizaines de pontes de la médecine et de la recherche. À la fin de son discours, les cinq premiers rangs de l'amphithéâtre se lèvent et quittent la salle sans écouter la suite du colloque. C'est une illustration de cette fracture entre monde scientifique et monde politique. Alors un, je ne veux pas personnaliser

11:40
Invité politique

parce que ça aurait pu être le cas avec d'autres présidents, mais c'est vrai que ça m'avait choqué. C'était à la Sorbonne, à l'occasion du 50e anniversaire de l'Inserm, donc un moment important d'un institut de recherche qui joue un rôle non négligeable dans la recherche médicale française. Donc il y a une belle cérébration préparée avec un certain nombre de jeunes scientifiques qui doivent s'exprimer. Et le discours du président passé, entre guillemets, les pontes s'en vont, n'ont pas écouté une seconde de description de recherche. Je ne veux pas surinterpréter ce moment. C'est sûr que ces gens sont des gens importants qui ont beaucoup de choses à faire.

Néanmoins, je pense que ça signifie un tout petit peu quelque chose et au minimum un défaut de curiosité.

12:17
Présentateur

Vous avez pointé aussi le rôle du privé. Vous dites qu'il y a une fondation Vuitton, il y a une fondation Pinault pour l'art contemporain. Il n'y a pas de grand mécène aujourd'hui pour la recherche en France ? À une exception près,

12:29
Invité politique

qui est la fondation Bettencourt-Schuller. C'est le cas. Si on compare avec le monde anglo-saxon, le financement par mécénat de la recherche en France est faible, alors qu'il est relativement important, je crois, dans le domaine de l'art. Et à mon avis, ça rejoint la même idée que dans la culture, la place de la science, donc la culture scientifique, n'est pas mise au même niveau que la culture artistique, littéraire, etc.

12:53
Présentateur

Autre problème auquel la science est confrontée, il vient de l'intérieur. Il nous ramène à la crise du Covid. Vous écrivez que la plupart des attaques, des fausses informations qui suscitent le doute sur la vérité scientifique, viennent de l'intérieur. Comment vous expliquez cela ? Que des chercheurs, des médecins, sèment le trouble ?

13:12
Invité politique

Oui, dans l'histoire, il en a toujours été ainsi. Avant le Covid, évidemment, ce genre d'événement est déjà survenu. parce qu'il faut avoir en gros la légitimité d'être un médecin scientifique pour s'exprimer et éventuellement, malheureusement, dériver dans ses propos et prétendre ou présenter des informations qui sont fausses. Mais auréolé du prestige, je suis professeur de médecine ou je suis professeur de biologie moléculaire, peu importe, mais j'ai une légitimité.

13:39
Présentateur

Vous évoquez le cas problématique de Didier Raoult à Marseille.

13:42
Invité politique

Absolument, cela dit, ce n'est pas le seul. Il y a aussi une personne de notre institut qui a fait un peu moins de bruit, mais quand même, et ces personnes, évidemment, posent problème. Ce n'est pas un problème spécifique au Covid. L'accentuation et le développement de fake news dans le domaine de la santé, comme cela existe dans d'autres domaines, existent depuis longtemps. Mais évidemment, ils s'exacerbent en période de crise. Et je pense que nous, médecins scientifiques, avons à être extrêmement vigilants, à être plus vigilants que nous l'avons été. Honnêtement, je pense qu'on peut battre notre coupe pour limiter l'impact de ces personnes.

14:14
Présentateur

Question d'auditeur à ce sujet pour vous, Alain Fischer, Frédéric, qui nous appelle de peau. Bonjour.

14:19
Auditeur

Oui, bonjour Inter. Alain Fischer, bonjour. C'est peu de dire que la période Covid a été marquée par des polémiques scientifiques qui n'ont pas été résolues, si ce n'est, comme l'a dit le précédent auditeur, par des insultes à des gens traités de gourous ou de complotistes, alors que ce sont des chercheurs et des soignants de renommée et de capacité mondiale. Alors ma question, est-ce que vous ne pensez pas qu'il serait temps aujourd'hui d'avoir un vrai débat scientifique contradictoire public qui aurait dû venir obligatoirement après une telle crise et qui n'est pas venu et j'aurais aimé éventuellement avoir un droit de suite ?

14:55
Invité politique

Votre réponse à la fichère, est-ce qu'il faut un débat ? Le débat, il a lieu en permanence dans le monde scientifique. Si vous faites allusion, soyons très concrets, est-ce que la chloroquine ou l'hydroxychloroquine permet de traiter le Covid ? Je peux vous dire que ce sujet, il a été discuté abondamment et intensément par un grand nombre d'équipes de recherche et de médecine dans les courants de l'année 2020 puisque c'est là que ça s'est passé. Ça a généré trop d'essais cliniques pour tester l'efficacité éventuelle de ce médicament.

Tous ces essais cliniques se sont terminés, ceux qui ont été faits dans les règles de l'art par une conclusion qui était que l'hydroxychloroquine est inefficace et parfois en plus un tout petit peu dangereuse. Donc le débat scientifique, il est clos. Après, il faut distinguer ce qui est du domaine de la recherche scientifique et donc la médicale en l'occurrence, l'évaluation d'une éventuelle thérapeutique et ensuite la pédagogie, de l'information, de la nécessité d'expliquer, ce que j'essaye de faire à la minute mais qu'il faudrait faire plus auprès du grand public, auprès des enfants. Je pense que l'éducation aussi en salle-école est très importante.

C'est ça qu'il faut faire mais il faut bien distinguer ce qui est de la discussion scientifique et ensuite de l'explication.

16:05
Présentateur

Par exemple, vous avez été en partie à l'origine d'un autre sujet de débat pour certains parents. En tout cas, c'est l'obligation de vaccination pour 11 vaccins sur les enfants de moins de 2 ans largement acceptés mais aussi rejetés par une partie de la population. Est-ce que vous admettez que la vaccination puisse être encore une fois l'objet de débat ou vous dites que c'est indiscutable, c'est une question de santé publique ? Les deux, mon capitaine,

16:28
Invité politique

si je puis dire.

C'est à la fois une question de santé publique et que je n'aurai pas le temps de développer largement mais en gros les vaccins à la fois ceux-là et d'autres protègent les personnes vaccinées et aussi pour beaucoup d'entre eux pas la totalité mais pour beaucoup d'entre eux évitent la dissémination la transmission à d'autres y compris à des personnes très malades donc on protège les personnes en situation de fragilité et ceci est très important mais ce qui est légitime c'est que les personnes, les parents dans l'exemple des jeunes enfants se posent des questions ça c'est absolument légitime comme dans tout autre domaine et ces personnes ont le droit à des réponses des réponses qui doivent être éclairées qui doivent être honnêtes qui doivent être compréhensibles et voilà ça c'est essentiel c'est que le monde de la santé les médecins mais aussi les pharmaciens les infirmières bref tous ceux qui sont au contact du public apportent les explications adéquates encore une fois justes auprès des personnes qui s'interrogent ça c'est légitime mais ce n'est pas une raison de remettre en cause

17:29
Présentateur

par contre des acquis scientifiques Vous disiez il faut mieux encadrer sans doute la parole des médecins des chercheurs davantage les responsabiliser mais vous voyez qu'un projet de loi qui est discuté en ce moment à l'Assemblée nationale suscite la polémique accusé de vouloir en résumé interdire la contestation la critique du vaccin vous voyez que c'est un sujet à prendre avec des pincettes aussi

17:50
Invité politique

Je suis conscient qu'il s'oppose deux notions celle de la liberté d'expression effectivement qui est quand même un acquis important de nos sociétés et on le voit malheureusement ailleurs dans le monde ce que ça peut provoquer quand elle n'est pas respectée et le fait que cette liberté d'expression favorise la dissémination d'informations fausses donc je ne suis pas spécialiste de savoir comment il faut encadrer la liberté d'expression ce que je peux sans doute dire je reviens à un point que j'ai évoqué tout à l'heure c'est que nous scientifiques médecins devons être présents dans la sphère médiatique et à l'école l'école est essentielle aussi pour répondre et apporter les éléments d'information et ceci nous ne le faisons pas assez pas assez de nos collègues et moi-même sommes impliqués dans cela

18:34
Présentateur

une question de Chantal puisque nous parlions de la crise Covid bonjour Chantal

18:39
Auditeur

oui bonjour

18:41
Présentateur

nous vous écoutons

18:41
Auditeur

bonjour oui j'ai une question qui me taraude moi depuis des mois j'ai attrapé le Covid en 2021 je l'ai attrapé une autre fois pas de forme extrêmement grave sauf que j'ai perdu le goût et je ne l'ai jamais retrouvé et puis neurologiquement enfin nerveusement parlant j'ai senti que je n'étais plus tout à fait tout à fait la même est-ce que la recherche pour le Covid long continue est-ce qu'elle est vraiment effective est-ce qu'elle donne des résultats nous n'en entendons plus jamais parler

19:14
Présentateur

c'est vrai merci Chantal

19:16
Invité politique

de poser la question à la fichère je ne suis pas forcément tout à fait un spécialiste de cette question mais ce que j'en sais c'est que la recherche continue il y a eu encore récemment des publications scientifiques de très haut niveau au minimum décrivant les symptômes parce qu'il faut déjà une nouvelle maladie il faut la décrire et ensuite apportant des éléments des pistes de compréhension qui peuvent je l'espère déboucher sur des thérapeutiques ce que peut ajouter à propos du Covid long et parfois il y a une confusion dans l'esprit des gens c'est que la vaccination protège contre le Covid long et ne provoque pas le Covid long c'est le Covid qui provoque le Covid long

19:48
Présentateur

vous ouvrez la dernière partie de votre livre Alain Fischer par un exercice d'anticipation c'est l'histoire de Jean il rentre du travail on est en 2035 il ne se sent pas bien il va sur massantéconnecté.fr et là une intelligence artificielle lui fait le diagnostic et Jean ensuite reçoit ces médicaments grâce à Amazon ou Uber est-ce que c'est un rêve ou un cauchemar ?

20:16
Invité politique

c'est quelque part entre les deux il faut nuancer les choses l'intelligence artificielle elle évidence une technologie je vais l'appeler ainsi qui est une avancée qui aide déjà en santé en médecine par exemple les systèmes d'intelligence artificielle qui interprètent mieux que les médecins des images radiologiques ou des images de biopsie d'anatomo-pathologie comme on dit donc c'est un outil essentiel au développement de la médecine de demain au prix d'un certain nombre de conditions le respect en particulier de l'anonymat des personnes qu'il n'y ait pas de diffusion de leur information ou aussi il faut qu'elles soient fondées sur des bases de données adéquates et qui correspondent aux populations si vous avez des données sur les caucasiens en gros les habitants de l'Europe et que vous voulez l'appliquer aux africains ça ne marchera pas donc il faut une équité d'informations sur l'ensemble du monde donc ça c'est un premier point et l'autre point c'est qu'elle ne doit pas se substituer à la médecine telle qu'elle se fait aujourd'hui il est évident enfin c'est je veux dire intuitif que le contact humain entre un médecin un soignant d'une manière générale d'ailleurs et un patient est irremplaçable donc l'intelligence artificielle doit être vue comme une aide et non pas une substitution à la pratique médicale est-ce qu'on anticipe assez justement pour encadrer ?

alors il y a beaucoup de débats et de discussions à ce jour au niveau européen il y a un certain nombre d'éléments de régulation qui se mettent en place la réflexion est très très forte il y a un petit point d'inquiétude c'est que l'essentiel des recherches en intelligence artificielle tout domaine confondu d'ailleurs se fait dans le privé les grands que l'on connaît Google etc et pas assez dans les universités et les centres de recherche à l'échelle mondiale je ne parle pas spécifiquement de la France ceci peut éventuellement peser problème et sur les thérapies géniques dont vous êtes un spécialiste il y a des risques de dérive aussi pas de dérive en termes de développement scientifique en gros il y a aujourd'hui un problème c'est que ces thérapeutiques là comme d'autres thérapeutiques innovantes de haut niveau de grande qualité sont devenus des médicaments extraordinairement chers de l'ordre mettons de 2 millions d'euros pour un traitement et que ceci n'est à mon sens il y a débat avec l'industrie pharmaceutique n'est pas justifiée et que j'appelle une réglementation plus stricte ce qui est difficile parce que c'est un problème mondial mais il y a peut-être aussi des solutions alternatives en montant des unités de production de ces médicaments

22:37
Présentateur

à but non lucratif un dernier mot Alain Fischer vous regrettiez tout à l'heure que la science ne soit pas valorisée en France au même titre que l'art pourtant rien qu'en lisant l'index de votre livre on croise adénosine désaminase citrullination eucaryote hématopoïèse hétérozygotie et même un clin d'œil à la littérature j'apprends que Germinal n'est pas seulement un roman de Zola mais aussi un mot qui qualifie les cellules reproductrices est-ce que vous dites que la médecine la recherche comporte leur part de poésie

23:07
Invité politique

poésie je ne sais pas difficulté et peut-être réticence à entrer dans ce monde évidemment vous évoquez ces douloureux là presque un jargon mais c'est tout domaine technique a les mots nécessaires pour qualifier les différentes les événements et les observations et les expériences qui sont faites de beaux mots aussi ça peut être de beaux mots mais je pense qu'en tout cas il ne doit pas faire peur et que peut-être le moins important c'est pour de jeunes scientifiques ou de jeunes médecins développer une activité de recherche à côté de la médecine je trouve ça absolument extraordinaire et que malgré les difficultés évoquées c'est un super métier vers lesquels il faut aller protéger les vivants

23:46
Présentateur

Alain Fischer votre livre parait chez Odile Jacob vous êtes président de l'académie des sciences merci d'avoir accepté l'invitation d'Inter ce matin merci d'avoir regardé cette vidéo

23:55
Locuteur

merci d'avoir regardé cette vidéo

"La recherche en France n'est pas au niveau où elle devrait être", selon le professeur Alain Fischer · Pourquijevote