François Bayrou : "Notre responsabilité est de faire vivre les gens ensemble dans la compréhension mutuelle"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour et bienvenue dans Questions politiques. Merci d'être fidèle au rendez-vous du dimanche de France Inter, du journal Le Monde et de France Info. Notre invité aujourd'hui, figure majeure de la vie politique française, il était l'allié décisif d'Emmanuel Macron dans sa conquête du pouvoir et il continue de murmurer à l'oreille du président. Sa parole est attendue, lui qui ne s'est pas encore exprimé sur les grands enjeux qui agitent le débat politique depuis quelques semaines. Laïcité, communautarisme, signes religieux dans l'espace public. Il s'était affronté au problème lorsqu'il était ministre de l'éducation nationale.
Il a aussi écrit sur l'histoire de France certains de ses épisodes les plus durs sur ce qui peut déchirer un pays ou le réconcilier. Au sommaire aussi de notre entretien, l'Europe et puis les municipales puisque la campagne a déjà commencé. « Questions politiques » en direct jusqu'à 13h avec le président du MoDem et maire de Pau, François Bayrou. Vos questions, vos réactions, vos commentaires sur l'appli France Inter ou sur les réseaux avec le hashtag « Questions Paul ».
Bonjour François Bayrou.
Bonjour. Et bienvenue pour vous interroger l'équipe de « Questions politiques » Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions. Bonjour Nathalie. Bonjour à tous. Françoise Fressos du journal Le Monde. Bonjour Françoise. Bonjour Ali, bonjour à tous. Et Karine Bécard de France Inter. Bonjour Karine.
Salut tout le monde.
Karine qui a préparé votre portrait François Bayrou. Nous le découvrirons ensemble dans quelques minutes avant d'entrer dans les différentes questions que nous allons aborder avec vous. Si la politique était une question de météo, quel temps fait-il en France en ce moment selon vous ?
Couvert et menaçant. Je trouve que le climat politique n'est pas sain, n'est pas clair et mérite qu'on s'interroge et que donc on essaie de voir les lignes directrices à suivre.
Expliquez-nous pourquoi il est couvert et menaçant ce climat avant d'aborder les questions qui obsèdent non seulement la classe politique mais aussi évidemment les médias et beaucoup de nos concitoyens.
Au fond les deux questions sont liées. Pourquoi le temps est-il couvert et menaçant ? Parce que les questions qui obsèdent le débat politique sont aujourd'hui des questions mal maîtrisées, mal posées, dangereuses dans leurs effets. Et on a l'impression que perpétuellement le jeu politique ça consiste à jeter de l'huile sur le feu pour que flambent des questions dont on peut penser assez souvent qu'elles ne sont pas les questions profondes du pays. Alors elles veulent dire quelque chose, il ne faut pas se tromper. On est devant des symptômes d'un malaise profond.
Et c'est un malaise qui tient à l'identité du pays et à cette maladie dont nous sommes affligés depuis si longtemps et qui est pour moi si grave, qui est la rupture entre la base du pays et le sommet de la pyramide. Et c'est à cette rupture qu'a voulu s'attaquer l'élection de 2017. C'est une rupture que, on voit bien, le président de la République a présent à l'esprit, ne serait-ce que dans sa visite à Mayotte et à La Réunion.
On va en parler.
Mais c'est évidemment une question extrêmement centrale qu'un pays qui ne se sent pas bien avec lui-même et pas bien avec le système de gouvernement qui est le sien.
On va y venir, mais quand vous dites gouvernement menaçant, vous faites allusion à quoi ? Vous faites allusion au débat sur la laïcité qui agite depuis un mois ou vous faites allusion à la question sociale ? Qu'est-ce qui, pour vous, est-ce que les deux participent de ce climat menaçant ?
Oui, je pense que, n'est-ce pas, un pays qui va bien, c'est un pays qui se reconnaît dans le mouvement qu'il suit. C'est un pays qui sait où il va, qui voit bien qu'il y a des efforts à faire, qui consent à ses efforts, mais qui ne cesse de se réunir pour trouver la réponse à ses questions. Or, la France est un pays qui, depuis des décennies, ne cesse de se diviser sans trouver les réponses à ses questions. Et ce malaise-là est, pour moi, la question principale du pays. Ce qui est très troublant dans la période actuelle, c'est que des ministres du gouvernement ont posé les questions que vous soulevez en disant qu'elles sont mal maîtrisées, parfois mal posées.
Darmanin, Blanquer, est-ce que vous condamnez leur attitude ? Est-ce que vous pensez qu'ils ont joué avec le feu ? Non, je n'ai aucune intention de créer des polémiques avec telle ou telle. Ce n'est pas mon intention. Ce que je cherche, c'est à ce que les Français, dans leur ensemble, les citoyens, dans leur ensemble, comprennent l'enjeu des choses. Vous parliez de laïcité à l'instant. Oui, on va ouvrir le dossier, justement. Allons-y. Allons-y. Est-ce qu'il faut interdire le voile ? C'est la définition même de la laïcité qui est mal perçue. Qu'est-ce que c'est la laïcité ? Vous savez, c'est moi qui interdis le voile dans les écoles. Comme ministre de l'Éducation nationale, en 1994.
En 1994, qui avait fait, à l'époque, du bruit. Pourquoi ? Parce que l'école, c'est le lieu où on doit tous former un pays, une nation, se souder, ne pas avoir des règles pour les uns et des règles pour les autres. C'est ça, l'école. C'est le lieu, c'est le creuset où le pays se forme. Mais on perd de vue quelque chose de tout à fait essentiel. La laïcité, c'est la règle pour qu'on puisse vivre ensemble. C'est la règle pour qu'on se respecte dans nos différences. Et pour que triomphe le plus important, qui est la compréhension mutuelle. Or, on s'aperçoit que, assez souvent, la laïcité est utilisée, non pas pour vivre ensemble, mais pour vivre les uns contre les autres.
Donc, est-ce qu'il faut la redéfinir de manière à être, effectivement, plus efficace ? Pour inscrire, pour allumer des procès des uns contre les autres. Là, vous parlez de Marine Le Pen. Non, non, je... Vous voyez bien qu'il y a des forces partout dans la société qui vont dans ce sens-là.
Pour qu'on comprenne, vous avez fait, effectivement, votre circulaire en 1994. Aujourd'hui, il y a des problèmes qui se posent, comme le problème, Karine l'a dit, sur les sorties scolaires. Vous, vous aviez parlé de signes plus discrets qui sont supportables à l'école. Est-ce que vous considérez que la loi doit changer concernant les sorties scolaires ? Et parallèlement, quand on voit le sondage qui est sorti dans le JDD ce matin, qui donne l'impression que les Français soient absolument tétanisés par l'islam, et demandent à ce qu'on légifère dans tous les domaines, sur l'espace public, qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui ?
Ou est-ce que vous considérez que ce n'est pas votre affaire, comme d'autres l'ont dit avant vous ? Et je fais allusion à Emmanuel Macron.
Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? J'ai lu dans le même journal le président du Sénat, qui dit qu'il n'y a pas de loi possible sur ce sujet, et je crois qu'il faut reprendre l'inspiration.
Mais qu'il dit que Macron doit cesser de se dérober, Gérard Larcher. Il dit quand même qu'il faut dire quelque chose.
Comme il dit, ne faisons pas de loi. Le président de la République s'exprimera forcément sur ce sujet, comme sur les sujets essentiels. Pour moi, tout ça, ce sont des sensibilités. Quand je vois une mère de famille qui porte un foulard, il y a des gens qui voient d'abord le foulard. Moi, je vois d'abord la mère de famille. J'ai cette... Ce n'est pas parce qu'on porte un foulard, par tradition, ou par conviction, ce n'est pas pour ça qu'on n'a pas les mêmes problèmes que les autres mères de famille, que les autres responsables éducatifs. Donc on ne bouge pas là-dessus ? Non, attendez.
Dans l'école, comme dans tous les services publics, les signes religieux qu'on appelle ostentatoires, que j'avais nommés ostentatoires, sont interdits. Parce qu'on est dans le cadre de l'action de l'État. Vous l'avez dit. Mais les accompagnatrices, par exemple ? Pour moi, les accompagnatrices, ce sont des mères de famille, et c'est au directeur des écoles, c'est au responsable des écoles, par circulaire, de voir s'il y a prosélytisme, ou si simplement c'est le quartier, l'habitude, le...
Moi, je n'ai pas envie que ce soir, après des émissions de cet ordre, nos compatriotes musulmans se sentent rejetés par l'État, par les médias, par la nation, par la République, par le mouvement de l'opinion. Je ne regarde pas des compatriotes musulmans comme étrangers à la République. Mais est-ce que ce n'est pas la difficulté que de laisser entre les mains d'un instituteur ou d'un directeur d'école primaire cette responsabilité de décider si effectivement il faut accorder à cette personne voilée d'accompagner ou pas les enfants ? On n'emploie pas les mots. Le voile intégral est interdit dans l'espace public français depuis une loi que j'ai d'ailleurs votée. Interdit. Pourquoi ?
Parce que nous avons dit nous sommes la civilisation du visage découvert.
Enfin, c'était pour des raisons de sécurité que ça a pu être voté. Oui, ça a pu être voté pour des raisons de sécurité. Ça n'aurait pas pu être voté autrement.
Mais le fond de l'affaire, comme vous le savez, c'était ça. Donc c'est interdit. On emploie indifféremment le mot de voile pour des réalités extrêmement différentes. On est d'accord. C'est un foulard que porte, en effet, 35%, dit-on, un tiers des femmes et des mères de famille musulmanes en France.
Entre 23, il y a en 2003. C'est avec une progression très très nette. 35, je dis oui. 35 aujourd'hui, 23.
Ce qui est compliqué, c'est que comme il n'y a pas de statistiques ethniques dans ce pays, je me demande d'où viennent ces chiffres et comment sont conduites ces enquêtes. Mais c'est une parenthèse que je vais faire en France.
Je suis d'accord avec vous. Mais ils sont inscrits dans les journaux que vous écrivez parfois, commentez parfois. Mais vous ne répondez pas à la question de la responsabilité. À qui ? Entre quelles mains on met cette responsabilité-là ? C'est assez simple. Les règles de droit françaises interdiront qu'il y ait une loi qui soit sur ce sujet général. C'est interdit depuis longtemps. Vous vous souvenez qu'on a eu un débat en 1905 ? Ceux qui s'intéressent à l'histoire savent qu'il y a eu un grand débat en 1905 où on voulait interdire les signes religieux dans l'espace public en France.
Et ce sont de très grands législateurs et notamment de gauche qui ont dit écoutez, on ne peut pas aller dans ce sens-là parce que, comme on le sait depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, on a le droit de manifester une conviction dans l'espace public pourvu qu'elle n'agresse personne.
Article 10, que s'est senti obligé de rappeler aux députés le Premier ministre il y a quelques jours à l'Assemblée nationale.
Et de ce point de vue-là, il a bien fait. Si nous ne nous accordons pas sur des règles de droit assez solides, assez denses, pour éviter qu'on aille faire n'importe quoi, imaginez que nos compatriotes musulmans se sentent tout d'un coup discriminés par la puissance publique, par le mouvement de l'opinion. Qu'est-ce qui en résulterait ? Vous croyez qu'il en résulterait un mouvement bienveillant de compréhension ? Pas du tout. Il en résulterait un durcissement sur les positions les plus rigides et parfois les plus sectaires. c'est exactement ce que nous voulons éviter et ce que nous devons éviter.
Ce n'est pas seulement une question de sentiments, c'est une question de soucis de l'avenir du pays. C'est un souci de l'avenir du pays mais quand vous voyez quand même ce sondage paru aujourd'hui dans le journal du dimanche où vous entendez 78% des Français pensent que le modèle français issu de la loi de 1905 est en danger. 80% pensent que la question de la laïcité se pose différemment pour l'islam. Comment est-ce que vous maîtrisez cette espèce de montée de la peur de l'islam ? Quelles mesures concrètes vous prenez pour dire aux Français ? En quoi le modèle français issu de 1905 est-il en danger ? Oh, c'est extrêmement simple.
À partir du moment où on n'accepte plus cette règle simple qui est la loi protège la foi mais la foi ne fait pas la loi. La loi protège la foi. Vos convictions personnelles que vous croyez à quelque chose ou que vous n'y croyez pas, vous avez votre place dans ce pays et c'est parce que on a cette protection-là qu'on peut ensemble construire un pays uni. Premièrement. Mais la foi ne fait pas la loi. Ça n'est pas parce que vous avez une conviction que vous devez à toute force imposer cette conviction aux autres par la pression, par l'intimidation, par... et le modèle français c'est ça. Or, vous voyez bien que c'est doublement mis en cause.
C'est mis en cause d'un côté par ceux qui veulent que la loi ne protège plus la conviction et qu'on interdise un certain nombre d'attitudes ou de convictions au nom de sa propre opinion. Et deuxièmement, il y a en effet des mouvements qu'on appelle communautaristes qui sont des mouvements qui veulent qu'une conviction, notamment religieuse, s'impose au reste de la société.
Et alors,
quelle est la parole là-dessus ? Et bien, être des républicains comme nous devons l'être. Être équilibré dans nos jugements. Ne pas suivre les mouvements de l'opinion quand ils sont comme ça, erratiques. Être capable de rappeler par une parole simple quels sont nos principes et qu'est-ce qui nous fait vivre ensemble. Vous rappeliez Ali Badou tout à l'heure que j'ai en effet beaucoup écrit sur les guerres de religion. Et notamment
une biographie d'Henri IV.
Il y a quatre siècles qu'on a eu ce déchirement du pays avec des dizaines de milliers de morts, avec un pays qui a failli y laisser la peau. On doit apprendre de cela et aller encore au-delà. Alors, si je peux aller encore un peu au-delà. Ce n'est pas valable que dans la religion. le débat démocratique devrait consister non pas à imaginer que parce que vous êtes majoritaire, vous pouvez imposer votre loi aux autres. La démocratie, c'est aussi la protection des minorités. Et donc, on est là chacun pour défendre une opinion, mais pour souhaiter que cette opinion, elle, puisse entrer en en symphonie si je pouvais faire de la musique avec d'autres opinions.
Nous sommes une société pluraliste et il est bon que nous soyons une société pluraliste. Et ce qui est inacceptable aujourd'hui, c'est qu'en effet, on a l'impression que le pluralisme n'a plus sa place et qu'il faut à tout prix forcer les autres à obéir à ce que vous voulez. Ce n'est pas cela, mon idéal, en tout cas, pour un pays. Pour que ceux
qui nous écoutent ou nous regardent et les idées claires, nous citons donc un sondage publié dans le journal du dimanche aujourd'hui, il pose la question de l'islam, de la république, de la perception de cette religion par l'ensemble de la communauté et ce qui est assez paradoxal, c'est que les résultats sont ceux que présentait Françoise à l'instant. Malgré tout, la question de la laïcité et de la lutte contre l'islamisme n'est absolument pas la première préoccupation des français. Elle vient loin, très loin derrière la santé, la lutte contre le chômage, la question des salaires, la lutte contre la délinquance, la protection de l'environnement.
C'est curieux malgré tout que ce soit un sujet qui soit aussi présent dans le débat public selon vous ou est-ce que ce débat est nécessaire ? Nous devons l'affronter maintenant.
J'évoquais le phénomène dans lequel nous vivons que les débats flambent. Qu'ils soient vrais, profonds ou moins vrais et moins profonds. Alors celui-là est un débat profond, pourquoi ? Parce qu'ils touchent à l'identité de notre société et de notre peuple. Ils touchent à l'identité de chacun. Et ils touchent à l'identité de chacun sur un point extrêmement important et que je voudrais défendre devant vous. C'est normal qu'on veuille transmettre aux générations qui viennent la société que nous avons aimée. Moi, je pense que c'est un droit de l'homme que de pouvoir transmettre.
et un certain nombre de nos compatriotes ont le sentiment que par des déstabilisations diverses et variées, ils ne pourront plus transmettre la société qu'ils ont reçue. Ils ne pourront plus transmettre nos manières de vivre. Ils ne pourront plus transmettre nos paysages. Ils ne pourront plus transmettre notre culture. Et il est normal qu'on les aide et qu'on les défende de ce point de vue-là. En revanche, ce qui n'est pas normal, c'est de faire croire que nous sommes au bord du précipice et que parce qu'il y a une vague d'influence ou d'inspiration musulmane qui est en train de nous envahir, alors on pourra... Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas réel.
Ce n'est pas la société dans laquelle nous vivons.
À qui la faute ? Quand Emmanuel Macron parle d'une société de vigilance lors de son discours à la préfecture de police en disant qu'il faut faire attention au travail, dans les écoles, du genre, il y a des choses qui sont en train de monter, il faut que nous soyons plus attentifs. Il parle de vigilance, il ne parle pas de délation, il ne parle pas de soupçon. Est-ce que ce n'est pas lui finalement qui a lancé...
Non, Nathalie Saint-Cric, vous déformez...
François Bayrou. Vous déformez les paroles...
Vigilance, votre vision à quoi ? Vous déformez les paroles parce que ce dont parle le président de la République, c'est la lutte contre le terrorisme.
Et l'idre islamiste, oui. La lutte contre le terrorisme
d'origine, en effet, islamiste, en tout cas, ce courant minoritaire, mais risqué, dangereux, qui veut que, en effet, on essaie de détruire la société dans laquelle nous vivons pour en imposer une autre. Ou de punir la société dans laquelle nous vivons pour en imposer une autre. C'est de ça qu'il parle. Et en effet, au moment de ce drame de la préfecture de police, le moins qu'on en puisse dire, c'est que la vigilance n'a pas été au rendez-vous. C'est que des signes étaient apparus au cœur même de l'institution de l'État qui est appelée à lutter contre le terrorisme. Il y avait un homme qui était en train de basculer. On a vu des signes, on n'a rien fait et on n'a rien dit.
Donc, lorsque le président de la République dit vigilance, il a raison. C'est son travail, c'est sa responsabilité et c'est sa mission. En revanche, vigilance, ça ne veut pas, ça ne s'applique pas à d'autres. Je considère, moi, que nos compatriotes musulmans sont aussi nos concitoyens ou autant nos concitoyens que nos compatriotes catholiques, protestants, juifs ou athées. Il n'y a pas de différence à mes yeux. quand vous êtes maire d'une ville comme je le suis en ayant la chance d'être maire de Pau, quand vous êtes maire d'une ville, vous croyez que vous faites la différence ?
Vous croyez que vous regardez la sortie des écoles en vous disant « Ah là, il y a plus d'enfants issus de tel milieu ou de telle origine que d'autres ? » Absolument pas. Vous regardez les enfants comme des enfants. Vous regardez les parents, les pères et mères de famille comme des pères et mères de famille en espérant d'ailleurs que vous allez les aider dans leur manière de prendre les choses. Ils sont vos compatriotes. Ils sont nos compatriotes exactement de la même manière que toute autre inspiration.
Et cette pente, en effet, elle est puissante les chiffres que vous avez cités quand on interroge sur ce sujet parce que si vous interrogez en général, comme Ali Badou l'a rappelé, ce n'est pas sur ce sujet qu'on vient spontanément. En tout cas, de ce point de vue-là, notre responsabilité, elle est simple. Elle est de faire vivre les gens ensemble dans la compréhension mutuelle sans laisser aucune dérive prendre le pas sur nos principes. Karine Françoise puis votre portrait François Bayrou.
Mais tout de même, le ton par exemple qu'a utilisé Emmanuel Macron pendant son déplacement à Mayotte, vous l'esquissiez tout à l'heure, le ton sur les sujets d'immigration et de sécurité, est-ce que ça ne rajoute pas de la tension malgré tout ? Est-ce qu'Emmanuel Macron n'en rajoute pas de la tension lui-même ? Comment imaginez-vous pouvoir aller à Mayotte sans parler de ces sujets ? Je vous rappelle que je me suis prononcé, moi, depuis longtemps, pour une adaptation du droit du sol à Mayotte et en Guyane. pourquoi ?
Parce que des dizaines de milliers de personnes, notamment de femmes enceintes, viennent des comores à Mayotte pour obtenir par le droit du sol une idée, enfin un avenir différent pour leurs enfants qui seraient immédiatement assimilés à la nationalité française ou dont elles croient qu'ils seraient assimilés parce que la loi n'est pas exactement celle-là, bien sûr. Bon, Mayotte c'est un cas extrêmement éclairant. De quoi ? De ce que le racisme ne s'adresse pas toujours à la race ou à l'origine. Qu'est-ce qui se passe à Mayotte ?
Mayotte, c'est comme vous le savez, une île appartenant à l'archipel des comores qui a été rattachée à la France, qui a voulu être rattachée à la France, qui a mobilisé toutes ses forces pour demeurer française. En 2011. Et en 2011, la décision a été prise. Or, Mayotte est en effet l'objet de débarquements nombreux de milliers de comoriens. Ce sont les mêmes, c'est la même religion musulmane africaine. c'est la même langue. Ce sont les mêmes familles. Et cependant, il y a une vague de rejets extraordinaires contre les comoriens qui viennent à Mayotte. Et c'est la même chose aux Antilles, si vous regardez.
Vous avez des rejets qui tiennent au fait que vous habitez une société et vous avez l'impression que cette société est envahie par d'autres qui viennent, si j'ose dire, prendre vos avantages et vos droits. Ça ne porte pas sur la race. Ça ne porte pas sur la couleur de la peau. Ça ne porte pas sur la religion. Ça porte sur l'espace dans lequel vous vivez. Ça porte sur votre maison, autant dire. Et de ce point de vue-là, le président de la République et tout responsable public a raison à Mayotte de mettre en garde contre ces déplacements de population anarchiques.
et à raison de vouloir défendre le territoire national, ne serait-ce que pour la paix civile et ne serait-ce que pour le respect qu'on doit à des femmes et à des hommes qui autrement vont être rejetés avec brutalité. C'est ça la responsabilité qui est la sienne. Française Fressose. Une question d'actualité aussi sur le danger entre guillemets de listes communautaristes aux élections municipales. Est-ce que vous êtes pour l'interdiction et est-ce que cette interdiction est possible et souhaitable ? Je ne sais pas ce que c'est des listes communautaristes. Ça veut dire des listes musulmanes, je crois qu'il faut traduire comme ça, non ?
Oui, mais comment vous faites pour savoir si quelqu'un est musulman ?
Je ne suis ni juriste, mais j'essaye juste de comprendre ce que ça veut vouloir dire.
Si je reprends votre définition du départ, ça veut dire des listes où on considère que leurs lois ou leurs règles sont supérieures aux lois de la République. Oui, mais si ça existe, encore une fois, moi, je ne sais pas comment on découvre que quelqu'un est musulman. Alors peut-être on va chercher la consonance du nom. Alors on dit est-ce qu'Ali Badou est sur une liste ? Je ne sais pas. Il n'est sur aucune liste. Oui, ça vient d'un peut-être.
Peut-être. La liste des indépendantistes corses, par exemple, menée par Jean-Guit Alamoni, est-ce que ça, c'est une liste communautariste dans l'esprit de ceux qui souhaiteraient les interdire ?
Non. Non, encore une fois... Les chrétiens démocrates ? On parle... Voilà, moi je... Vous-même, François Bayrou. Moi, c'est ma famille d'origine. Bon, je suis... Vous êtes communautariste ? Et donc, tout ça est absurde. Comment veut-on définir cela ? Après, s'il y a des listes dont les propositions et les principes manquent aux principes de la République, ceci est tout à fait autre chose. S'il y a des listes qui disent qu'il faut être contre la République, alors on pose la question. Et il y a des tribunaux pour régler la question. Mais moi, je ne crois pas possible et je ne crois pas imaginable qu'on puisse dire telle liste est communautariste, telle liste ne l'est pas.
Ce sont des citoyens français. Et ces citoyens français méritent d'être respectés comme ils le sont. Il y a des listes d'inspiration catholique, il y a des listes d'inspiration libre-penseur. Bon, ceci est notre bien commun. Nous protégeons le pluralisme. Il y a des royalistes. Il y a des royalistes. Mais les royalistes sont-ils communautaristes ?
Je ne crois pas. Non, mais est-ce qu'ils menacent les principes de la République ? Ils en contestent même l'existence ? Je ne sais pas. En tout cas, le débat est intéressant. Il est midi et demi. Le président du MoDem et maire de Pau, François Bayrou, est l'invité de Questions politiques.
France Inter. Ali Badou. Questions politiques.
C'est la tradition, François Bayrou. Votre portrait signé, Karine Becker.
Jusqu'ici, vous avez été, François Bayrou, un partenaire privilégié. C'est-à-dire que, durant ces trois dernières années, vous avez été cet allié très régulièrement consulté et la plupart du temps associé. Seulement, depuis quelques temps, la majorité qui gravite autour du président a changé. Elle s'est étoffée. Les nouveaux affidés se sont multipliés. Et donc, vous, le président du MoDem, le MoDem qui, au départ, a été un rouage essentiel, vous sentez-vous de plus en plus dilué, noyé dans cet espace politique de moins en moins hermétique ? Parce qu'à bien vous observer, François Bayrou, vous ne serez bientôt considéré que comme ayant été le premier à avoir accepté de vous rallier.
Même si, à l'époque, c'est vrai, vous aviez beaucoup hésité. Quand vous rencontrez Emmanuel Macron, la première fois, chez lui, pour que personne ne vous voit, l'atmosphère est électrique et l'échange n'a vraiment rien de conclusif. Et puis, petit à petit, le maire de Pau se laisse enfermer, à clé, dans le bureau de son amie Jacqueline Gouraud pour discuter avec Gérard Collomb qui finit par vous convaincre de rejoindre le candidat Macron. Je n'ai pas l'habitude de renier mes rêves et mes objectifs. Je crois que cette alliance peut aider de manière décisive à faire entrer dans la réalité ce qui apparaissait à beaucoup impossible.
Ce 22 février 2017, vous avez 65 ans, vous en avez consacré 35 à la politique et vous vous sacrifiez. François Bayrou, l'élection présidentielle, définitivement, vous y renoncez. Maintenant, réussirez-vous à rester cet homme influent auprès du président ? Peut-être parce que celui qui n'est plus ministre de la justice balayé par cette affaire d'emploi fictif est aussi un fils de paysan agrégé de lettres classiques et capable de dresser d'assez fins diagnostiques. C'est bien, mais êtes-vous écouté, François Bayrou ? Pas sûr.
La complicité que vous semblez afficher avec Emmanuel Macron ne vous empêche pas d'apparaître de plus en plus souvent chahuté, malmené et vous donnez désormais chaque fois l'impression de tout pardonner.
Réaction, commentaire, François Bayrou ?
Alors, il y a plein de choses dans ce texte qui mériterait... Alors, je ne sais pas où vous avez inventé que j'avais rencontré Emmanuel Macron chez lui et que ça s'était mal passé. Je n'ai jamais rencontré Emmanuel Macron chez lui. Vous avez pris un petit déjeuner au tout début septembre 2016. C'était la veille... Pas du tout. Pas du tout. C'était la veille quasiment de la déclaration que vous avez évoquée. Donc, c'est complètement faux. Et donc, non, quel est le sujet ? Il y a des gens qui cherchent l'influence. Moi, pas. Vous l'avez naturellement ? Il y a des gens qui cherchent à être écoutés. Moi, pas. Je suis le responsable d'un mouvement politique.
Nathalie Saint-Cric n'a pas l'air totalement convaincue. responsable d'un mouvement politique. J'en ai la charge. Je l'ai fait naître et même peut-être sauvé au moment où les choses n'étaient pas faciles. Et ce mouvement politique et ce courant politique et moi-même, nous devons peser par nous-mêmes.
Alors, justement...
Nous devons peser par nous-mêmes. Pas du tout en essayant d'être courtisans ou ralliés ou rien de tout ça. Nous devons peser par nous-mêmes par la justesse de nos propositions et par la ligne politique que nous portons.
Alors, justement, pour les municipales, est-ce que vous considérez que La République En Marche a un côté impérialiste en ayant tendance à investir un peu les gens qui sont autour d'eux en respectant insuffisamment, comme c'est le cas notamment à Bordeaux, la majorité sortante, là, à Bordeaux, en l'occurrence, c'est Modem plus Les Républicains. Est-ce que vous trouvez qu'on vous écoute suffisamment ou qu'ils ont tendance un peu à vouloir être investis partout ? Bref. Est-ce que vous pesez autant que vous le souhaiteriez ? Mais il ne s'agit pas de ça. Ah bon ?
Il ne s'agit aussi de ça. Un petit peu quand même. Oui, voilà. Excusez-moi, vous êtes gentil, mais je vais essayer, moi, de lire les choses ou de proposer les choses comme elles doivent être. Ça n'est pas l'investiture d'un parti politique qui compte d'accord, c'est le programme. Ce qui compte, c'est le lien avec les citoyens, avec les électeurs. Ce qui compte, pour moi, c'est que l'avenir des villes soit garanti par le vote aux municipales. Est-ce qu'ils sont comme vous ? Ce qui compte, ce sont les choix que les électeurs feront au bout du compte. Et je crois qu'en effet, pour l'instant, on n'y est pas. On n'est pas tout à fait à ce qu'on devrait être.
Quand je regarde la situation à Paris, par exemple, quand je regarde la situation à Paris, je n'ai pas le sentiment qu'on soit sur la meilleure voie possible. Qu'est-ce qu'il faut faire à Paris ? Depuis longtemps. Mais en quoi ce n'est pas la meilleure voie possible ? Parce qu'il y a deux candidats ? Ce n'est pas la meilleure voie possible parce que c'est une situation tellement troublée qu'elle ne mène pas à l'alternance nécessaire à Paris. Qu'est-ce que vous ? Moi, je pense qu'à Paris, si on y arrivait ou si on y arrive, ce qu'il faut, c'est une stratégie de large rassemblement. Allez-vous soutenir Benjamin Griveaux qui est le candidat de La République En Marche ?
C'est une stratégie de large rassemblement qui va de l'essentiel de la droite républicaine jusqu'à la majorité des écologistes en passant par le centre. Et là, il y a en effet la majorité qui permettrait de faire ce que les Parisiens souhaitent, c'est-à-dire trouver une alternance à Paris. On sait très bien
que le jour où vous choisirez entre Villani et Griveaux, ça fera basculer les choses. Donc, tout le monde attend de savoir ce que le modem va faire.
Oui, c'est pas comme ça que je vois les choses. C'est-à-dire ? Je pense que cette rivalité-là, elle est pour l'instant stérile. Aucun ne se détache de l'autre, malgré les qualités qui sont grandes, sans doute, de l'un et de l'autre. Mais aucun ne se détache de l'autre et on est plutôt dans une phase de stagnation. Je vois d'autre part que la droite républicaine elle-même est en panne. Et je vois que les écologistes sont assez largement divisés sur les choix qu'ils doivent faire. Donc, il faut un troisième homme ou une troisième femme ? Moi, je vois là une majorité possible
pour l'avenir.
Qui peut l'incarner, ça ? Il faut en parler. Il faut discuter. Mais proposer quelques noms. On verra. François Bayrou. On verra. Dites-nous. Non, non. Dites-vous quoi ?
Non, mais quelqu'un de nouveau ou quelqu'un qui existe déjà ?
Non, je pense qu'il serait intéressant de réfléchir à un plan B à Paris. Est-ce que vous pensez sérieusement que la République en marche peut se dédire sur son choix de Benjamin Griveaux vu la manière dont elle gère aujourd'hui ses investissements ? Ça dépend. Si la question est à l'intérieur de la République en marche, alors je crois qu'ils ne le feront pas. Mais la question n'est pas le choix de la République en marche. La question est de savoir si on veut ou pas qu'il y ait une alternance à Paris. Si on pense que Paris est bien géré, alors de ce point de vue-là, on ne fait rien. On continue comme ça. Chacun défend son fagnon. J'allais dire son drapeau, mais on en est maintenant au fagnon.
Chacun défend son fagnon et au bout du compte, ça sera stérile. Mon idée, à moi, si j'avais de l'influence, comme vous dites, c'est qu'on se mette sérieusement autour d'une table, voir si on peut réunir des sensibilités proches pour que Paris soit gérée différemment. Alors, si je vous dis comme nom Jean-Louis Borloo ou Agnès Buzyn, qu'est-ce que c'est plan B, ça ou pas ? Le plan B qui commence par un B, c'est excellent. C'est bien, vous faites bien. Comme Bayrou. Alors, solennellement, je ne suis pas candidat à Paris. Vous êtes candidat à Paris ? Vous entendez ça, voilà.
Non, mais pour les gens, sérieusement, pour les personnalités, est-ce que des personnalités comme Agnès Buzyn ou Jean-Louis Borloo, parce qu'ils symbolisent une forme d'ouverture, est-ce que pour vous, ça pourrait être des candidats ? Oui. Oui, l'un ou l'autre. Vous en avez parlé avec eux ? Ils sont intéressés ou pas ? Vous savez, mon problème, c'est que je n'ai aucune mémoire des conversations que j'ai. C'est moche. Ne soyez pas pour journaliste. J'ai un problème. Dès l'instant que j'ai des conversations sérieuses avec des gens sérieux, je n'ai pas de mémoire. Mais peut-être y a-t-il d'autres solutions encore ? Je ne sais pas.
Ce que je dis, moi, quand je regarde l'avenir, là, que nous avons devant nous, c'est que si on ne réussit pas un rassemblement, alors, il n'y aura pas d'alternance à Paris. Et c'est un rassemblement difficile à faire parce que parmi les personnalités qui se présentent aujourd'hui, concurrentes aujourd'hui, parmi ces personnalités-là, même si on retire l'une d'entre elles, l'addition ne se fait pas facilement. Et vous voyez le dilemme devant lequel nous devrions être. Pour l'instant, chaque appareil joue sa propre ligne, défend sa propre loi.
Moi, je voudrais que, sérieusement, on regarde la situation à Paris pour voir si on pourrait fédérer ces forces-là, ces individualités-là, tout en leur mérite. Il faudrait qu'elles participent à une équipe et que cette équipe, sérieusement, décide de créer les conditions d'une alternance à Paris. Et les Parisiens, je le crois, le souhaiteraient. Française Fréceauze. Plus généralement, vous avez une bonne connaissance du terrain. Comment vous sentez les choses sur les municipales ? Est-ce qu'il y a une bonne résistance de la droite ? Est-ce que vous anticipez une poussée écologiste ?
Et quelle est, à votre avis, la place de la République en marche dans ce paysage politique qui va émerger des élections de mars ? J'ai une différence avec vous. Je ne crois pas que les élections municipales soient principalement une question d'étiquettes. Je pense que pendant... Il arrive quelquefois que les étiquettes comptent beaucoup dans une élection parce qu'on est dans une phase d'irritation. Mais aujourd'hui, ce que regardent les citoyens, c'est est-ce que leur maire fait son travail ou pas ? Est-ce que la ville change et change en bien pour eux ? Est-ce que ce maire porte l'image de sa ville ? Est-ce que c'est quelqu'un avec lequel il se sent en phase quand il le rencontre ?
Est-ce qu'on peut lui exposer ses problèmes ? Vous parlez de vous à Pau, là ? J'aime bien parler de moi à Pau, mais là, en l'occurrence, c'était pas exactement le sujet. Vous faisiez un autre portrait. C'était pas le sujet, exactement. J'aime beaucoup ma mission de maire de cette ville. Mais vous voyez le... Mais le problème, c'est que si je vous entends bien, ça veut dire qu'il n'y a pas de place pour les futurs candidats de la République en marche qui ne sont pas des maires sortants et dont on ne peut pas dire quelle est la relation qu'ils ont avec leurs électeurs de terrain. L'enracinement dans le terreau municipal est un enracinement lent. Donc je pose ma question différemment.
Je vais vous rappeler que le général de Gaulle, qui n'était pas n'importe qui, qui avait un soutien dans l'opinion considérable, il a mis 15 ans à enraciner des candidats et des élus. Donc pour moi, en tout cas, je ne crois pas que ce soit une élection qui doit être politisée au sens des étiquettes de partis politiques. C'est une élection qui doit être politisée au sens des personnalités et au sens des valeurs qu'ils défendent et de la capacité qu'ils ont à faire parler de leur ville ou à parler eux-mêmes à cette ville de son avenir. Encore une question sur les municipalités et au sens du chapitre. Le journal Le Monde,
il y a deux jours, a publié une note interne à la République en marche qui serait une note de travail sur laquelle le front républicain serait un peu remis au goût du jour. C'est-à-dire qu'en gros, il serait investi dans toutes les villes des candidats, qu'ils soient de gauche ou de droite, quelle que soit leur étiquette, quand il y a un risque de rassemblement national élu. Est-ce que vous considérez que c'est une bonne stratégie et que c'est quelque chose qui peut marcher et que ça va dans le sens de ce que vous disiez ?
Ça me fait beaucoup rire parce que j'ai eu beaucoup de polémiques au cours de ma vie parce que je proposais de dépasser le droite et gauche et de considérer que notamment aux élections locales, on pouvait faire des majorités qui n'étaient pas des majorités qui se décalquaient exactement sur la vie politique nationale. Alors je vois que tout le monde y vient avec le temps et a raison. Si vous regardez un maire, vous ne regardez pas d'abord son étiquette. Personne n'a regardé Gérard Collomb comme socialiste d'abord. On a regardé Gérard Collomb comme un bon maire qui faisait de Lyon une ville. Personne ne regardait Alain Juppé comme LR.
D'accord, mais par-delà le fait de dépasser les étiquettes, la notion de cordon sanitaire de nouveau et de front républicain qui est quelque chose qu'on avait perdu de vue un peu depuis quelque temps, vous trouvez que c'est bien de le remettre au goût du jour ?
Mais de toute façon, ce sont des réalités qui s'imposent. Vous avez des risques de basculement dans une idéologie dans laquelle la majorité de citoyens ne se reconnaissent pas et donc ils peuvent le dire. On défend quelque chose de précieux ensemble.
Encore beaucoup de questions.
Questions courtes. Réponse. Très courtes, vous allez voir. Vous n'avez pas répondu à ma question tout à l'heure. Vous confirmez que vous êtes candidat à votre succession ? Écoutez, je vais vous dire une chose simple. Le jour où j'aurai pris une décision, dans un sens ou dans l'autre, et où le moment me paraîtra opportun, je le dirai, mais je ne le dirai pas à vous, je ne le dirai pas sur un plateau national, je le dirai à mes compatriotes de Pau, aux Paloises et aux Palois, parce que c'est... Pourquoi vous priez de ce qui a été une grande joie
puisque je vous cite en 2014 ? Ce serait de nouveau une grande joie de vous représenter en 2020 ?
Je vous ai dit que j'ai été très heureux et que je suis très heureux d'exercer ce mandat et de parler de cette ville qui, au passage, est une ville extraordinaire, ce dont de plus en plus de gens se rendent compte. Voilà.
On va quitter l'échelon local pour passer aux questions européennes rapidement puisque c'est aussi un sujet qui vous tient à cœur après l'échec de la candidature de Sylvie Goulard comme commissaire européenne. Le président de la République proposait jeudi le nom de Thierry Breton comme nouveau membre français à la Commission. Est-ce que c'est un bon choix ?
Oui, c'est un bon choix. Et je veux dire pourquoi. C'est un portefeuille, comme on dit, un secteur de responsabilité qui est essentiel pour le siècle qui vient, pour le siècle dans lequel nous sommes entrés. Les enjeux de la décennie qui viennent, de la une ou deux décennies qui viennent, ils sont tous là. Je rappelle, marché intérieur,
politique industrielle, numérique, défense, espace.
Politique industrielle, numérique, défense, espace. Si on énonce ces sujets, alors on voit que c'est là que la grande bataille va se livrer. La grande bataille pour l'emploi, la grande bataille pour notre équilibre économique, notre capacité à nous défendre en face des assauts américains, chinois, d'autres encore, c'est là que ça va se jouer. Il se trouve que Thierry Breton a la double expérience. Il a l'expérience d'avoir dirigé des entreprises importantes dans ce secteur même depuis longtemps. Il est très imaginatif. Je veux vous rappeler que c'est lui qui avait inventé le Futuroscope que tant de Français connaissent auprès de René Monnory à l'époque.
C'est même l'époque où il est entré dans cette responsabilité. Donc, il a cette expérience. Il est imaginatif. Et lui sait, parce qu'il l'a vécu, quelles sont les lignes de bataille sur lesquelles tout cela va se jouer. Et donc, je trouve, oui, que pour une fois qu'on peut avoir un responsable sur un portefeuille français aussi large et aussi important pour l'avenir de l'Europe, alors c'est un bon choix. Mais l'histoire dit
que vous aviez alerté Emmanuel Macron à propos de Sylvie Goulard en disant que ça risquerait de ne pas passer, ce qui s'est avéré vrai. Est-ce qu'aujourd'hui vous êtes totalement confiant sur la candidature de Thierry Breton ? C'est-à-dire qu'il n'y aura pas le moindre conflit d'intérêts qui sera exhumé à un moment donné et qui nous rendrait définitivement ridicules ?
Je vais vous dire, le Parlement européen est un Parlement de plein exercice. C'est un Parlement qui fait son travail. Mais j'ai confiance que le Parlement européen a aussi une conscience aiguë des enjeux historiques qui vont être les nôtres.
Vous êtes conscient que vous avez des éléments qui vous rendent optimiste ?
Je n'ai pas dit les choses comme ça. Je dis que je mesure l'importance clé stratégique vitale de l'exercice de la responsabilité dans ce portefeuille-là. Je crois que Thierry Breton a les qualités nécessaires pour le faire et qu'il y a très très peu de gens qui ont les qualités nécessaires pour le faire. Et donc, j'ai conscience ou j'ai confiance que le Parlement européen va mesurer cet enjeu stratégique pour toute l'Europe. Vous savez que ces activités en tant qu'ancien patron d'Atos peuvent être contestées. On en entend beaucoup parler dans l'espace public en ce moment. Est-ce que vous ne reprenez pas un risque important ? D'abord, je ne prends pas un risque.
Je ne suis pas en situation de responsabilité. Bon, alors est-ce que Mme Macron a pris un risque ? Je vous promets que si je l'étais, je prendrais le risque de la même manière. Mais je veux simplement dire qu'il suffit que cette entreprise soit confiée, par exemple, au président de la Commission dans ses rapports avec l'Union européenne. Ça a déjà été fait. Je crois que Thierry Breton lui-même l'avait fait en confiant au Premier ministre de l'époque la responsabilité des relations avec une entreprise qu'il avait dirigée.
Si on se met à dire qu'aucun patron d'entreprise ne peut exercer de responsabilité dans le champ de compétences qui a été le sien sur un sujet aussi crucial, alors on va être mal assez vite. Les chefs d'entreprise sont des citoyens. Il y a des règles pour mesurer qu'ils respectent les lois et qu'ils ne franchissent pas les limites. Et donc, de ce point de vue-là, moi, en tout cas, je trouve que ça me rassurerait, ça me rassurera, j'espère, d'avoir quelqu'un qui sait de quoi il parle au plus opérationnel de la vie économique et de la guerre économique dans laquelle nous sommes. François Sressos.
On arrive au mois de novembre qui va être le mois des anniversaires, les un an des Gilets jaunes et puis aussi la mi-quinquennat. La mi-quinquennat, c'est-à-dire l'arrivée pile au milieu. Comment vous jugez la situation d'Emmanuel Macron et comment vous voyez-vous la fin du quinquennat compte tenu de tout ce qui s'est passé depuis deux ans et demi en France ?
François Bayot.
Je pense que le président de la République a pris une responsabilité considérable qui est celle de réconcilier un pays tout entier avec la vie politique qui est la sienne. les Français étaient désabusés et désespérés de la vie politique qu'ils avaient. Ils ont écarté les deux forces principales qui exerçaient le monopole du pouvoir à deux l'une après l'autre et si c'est pas toi ça sera moi. Ils les ont écartés et comme vous savez c'est un combat que j'ai mené en pensant qu'il était central. ils ont constitué une majorité centrale pour le pays.
Maintenant il revient au président de la République de donner à chaque Français la lecture des enjeux que nous avons devant nous et des lignes directrices qui doivent être les nôtres. C'est une responsabilité qui n'est pas facile. Il l'a admirablement fait au moment des Gilets jaunes. Au plus dur de la tourmente au plus agité au plus dangereux il a pris cette responsabilité et les yeux dans les yeux il est allé parler pendant des dizaines d'heures avec des milliers de Français pour que simplement tout le monde comprenne qu'il était en phase avec l'inquiétude du pays. Et de ce point de vue là j'ai trouvé ça courageux et juste. Maintenant il faut entrer dans un nouvel acte.
C'est quoi le nouvel acte justement ? Parce qu'on sent que ça au fond on ne trouve plus de ligne directrice aujourd'hui on a l'impression que le début a été un peu perdu qu'il y a des nouveaux éléments qui viennent notamment toutes ces interrogations sur l'identité nationale et on ne sent pas de paroles présidentielles qui soient capables de faire la synthèse de tout. Qu'est-ce que vous présidentielle ou autre ? Ou autre ?
Je veux dire que en effet je crois comme vous que les Français ont besoin d'être rappelés à l'essentiel et c'est régulier dans ce peuple c'est un peuple pour qui la vie politique compte beaucoup et quelquefois il est rageur en face de sa vie politique et il a besoin ce peuple de citoyens que nous sommes d'être rappelé aux enjeux majeurs et aux lignes directrices qu'on suit pour y répondre. Je pense que le président de la république a cette question-là à l'esprit. Justement
il y a la réforme des retraites qui est en cours vous avez dit tout à l'heure que l'état du pays c'était nuageux et que c'était alarmant est-ce que si le 5 décembre qui est annoncé comme une espèce de gigantesque grève avec illimité pour la RATP probablement pour la SNCF est-ce qu'il ne va pas falloir beaucoup négocier avant et pendant quitte à reculer et deuxièmement la réponse peut être très simple est-ce qu'une réforme de retraite de cette ampleur était quelque chose qu'on ne devait pas au début de quinquennat
c'est une réforme difficile et c'est une réforme qui nécessitera du temps vous savez que j'avais indiqué ce qui pour moi était trois lignes de force premièrement ce qui est acquis est acquis quand vous avez travaillé un certain nombre d'années sous un certain régime on ne peut pas vous enlever ces trois comme il reste très peu de temps
je ne suis pas sûr en l'occurrence je vous assure mais là en l'occurrence on ne sait pas ce qui sera décidé on ne connait pas les gagnants et les perdants
est-ce qu'il faut même accepter que par exemple dans les régimes spéciaux ce soit en vigueur quand toutes les personnes seront parties à la retraite simplement pour les entrants est-ce qu'il faut on peut aller jusque là
mais il y a des gens qui défendent ce point de vue c'est pas exactement le mien mais il y a des gens qui défendent ce point de vue en tout cas quel est l'essentiel l'essentiel est de rassurer les français sur le niveau ultérieur de leur retraite et si ça ne marche pas qu'est-ce qui se passe le 5 décembre si la France est bloquée pour les fêtes écoutez-moi sur le niveau ultérieur de leur retraite après toutes les questions d'adaptation sont possibles et ouvertes mais la société ne peut pas avoir confiance dans son avenir si chacun de ceux qui a travaillé a l'impression qu'il y a un risque que sa retraite s'effondre et donc c'est pourquoi je demandais qu'on sanctuarise la question du pouvoir d'achat des retraites et de la valeur du point que Ali Badou ne voulait pas que je défende devant vous à l'instant mais je l'ai fait quand même vous l'avez quand même fait
ça peut enjamber le quinquennat il ne faut pas être pressé oui bien sûr il n'y a pas le feu pour les retraites c'est ça que vous voulez dire
non c'est pas cette forme je pense qu'il est nécessaire de trouver un système juste mais que ce système doit être élaboré avec les principaux intéressés ça veut dire une démocratie sociale qui marche enfin une discussion qui marche avec les grandes forces sociales et le pays Karine est-ce que les inquiétudes et l'état de tension dans lequel on est aujourd'hui et dont on a parlé quasiment tout au long de cette émission ne viennent pas finalement de les résultats économiques à mi-mandat on parlait de la mi-mandat qui sont trop pâles ou ressentis en tout cas comme trop pâles d'abord ils existent ces résultats économiques là la France a une croissance plutôt meilleure que les autres on crée plus tôt de l'emploi le nombre de chômeurs descend plus tôt baisse plus tôt donc c'est des résultats économiques qui existent mais on reste à la traîne par rapport aux autres pays européens je crois pas je crois pas du tout notre taux de chômage est le 25ème sur les 28 pays européens et il y a beaucoup de prédécesseurs qui se seraient satisfaits de ce bilan là non mais vous voyez bien les grandes inflexions le Brexit est une grande inflexion est-ce que nous allons pouvoir nous pays de l'Union Européenne profiter de cette unité que le Brexit nous offre alors on aura des chances d'émerger encore plus et d'avoir une croissance plus forte ou est-ce qu'on peut se faire prendre piège ce sont de grandes questions et pour moi je suis absolument certain que le vous voyez bien c'est dans l'énergie du pays que ça va se jouer si cette énergie se disperse se dissout si ce pays se sépare et se divise alors on est sûr de ne pas y arriver s'il s'unit on a une bonne chance vous me semblez assez inquiet Françoise sur le risque de dispersion du pays et du climat social oui je trouve que que les signes que nous avons devant nous ne sont pas des signes rassurants mais qu'est-ce qui manque est-ce que c'est ce que vous disiez c'est-à-dire une vision sur l'essentiel qu'est-ce qui manque aujourd'hui une vision ou une adhésion des gens oui s'il y a une vision forte il y aura une adhésion forte et il faut que cette vision forte s'exprime se définisse et s'exprime le c'est un pays qui a besoin d'être entraîné comme tous les pays d'ailleurs aujourd'hui et il n'est pas suffisamment si je pense je pense qu'il l'est mais je pense que c'est un défi tous les jours posé il y a eu un tel renouvellement de la vie politique de la vie démocratique du pays il y a eu un tel changement dans la manière dont c'était organisé qu'il y a constamment besoin que peut-être de faire une pause après et le président de la république disent où l'on va en termes chaque fois renouvelé pour être en phase avec les inquiétudes et les attentes du pays
Malheureusement le temps qui nous est imparti arrive à son terme beaucoup de questions encore à vous poser allez une dernière quand même elle est incontournable pour un berner en pleine coupe du monde vous allez soutenir qui l'Angleterre ou l'Afrique du Sud ?
Je vais soutenir le beau rugby mais je trouve que les Anglais je trouve que les Anglais non non non je vais le dire je trouve que les Anglais ont magnifiquement joué face aux néo-zélandais ont montré le meilleur rugby pour l'instant de la coupe du monde et les Galois ont été battus de peu ce qui prouve que les Français n'étaient pas si loin du niveau nécessaire ils ont été battus d'un point les Galois ont été battus de trois points bon voilà comprennent qui pourra non merci en tout cas je pense que les Anglais ont fourni le plus beau rugby et j'attends qu'ils fassent une finale à la hauteur
merci infiniment d'avoir été notre invité l'émission se termine merci à toutes les trois merci à Alexandre Gilardi et à toute l'équipe technique de questions politiques nous vous donnons rendez-vous la semaine prochaine
François Bayrou