Semi-conducteurs : la pénurie devrait durer encore au moins un an, selon Paul Boudre, le patron de Soitec
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Quand le problème sera-t-il réglé, cette pénurie que je viens de décrire ?
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Est-ce que c'est seulement ce que nous vivons un effet de la crise ou c'est aussi simplement qu'on voit maintenant des semi-conducteurs absolument partout ?
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Et si on mettait moins d'électronique dans nos objets, au moins temporairement ?
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Est-ce que ce ne serait pas mieux pour l'environnement aussi ?
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Expliquez-nous précisément ce que vous fabriquez chez Solitech.
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Alors que vous êtes une ETI, moins de 2000 salariés en France, comment expliquez-vous votre position de leader ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il faudra encore quelques trimestres, je dirais entre 12 et 18 mois pour arriver à quelque chose de plus équilibré entre la demande et nos capacités à produire. »
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« Il n'y a pas de smartphone sans Solitec. »
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« 80% de la population mondiale utilise tous les jours les technologies de Solitec. »
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« L'Europe a 10% environ du marché mondial du secteur. »
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France Info.
Bonsoir à tous. Dans le monde entier, les industriels les réclament et ils ont beaucoup de mal à en trouver. Les puces électroniques et les semi-conducteurs, plus globalement, sont très demandées en ce moment. Une pénurie mondiale s'est vraiment installée. Bonsoir Paul Boudre.
Bonsoir.
Directeur général de Soitec, entreprise grenobloise, spécialiste mondiale des semi-conducteurs, en très forte croissance, on va en parler. Les semi-conducteurs, Paul Boudre, on en a besoin partout, pour nos smartphones, pour les voitures, pour beaucoup d'objets finalement de la vie quotidienne. Quand le problème sera-t-il réglé, cette pénurie que je viens de décrire ?
Il faudra encore quelques trimestres, je dirais entre 12 et 18 mois pour arriver à quelque chose de plus équilibré entre la demande et nos capacités à produire. Bien évidemment, à la sortie de cette pandémie, nos modes de vie ont évolué, nos besoins ont évolué. Et cette transformation, elle est portée, dans la majorité des cas, par cette industrie du semi-conducteur. Il a donc fallu répondre, répondre à cette demande, mais en même temps, augmenter nos capacités. Donc, dans les usines existantes, la situation, bien sûr, s'améliore. Mais il faut aussi construire de nouvelles usines, de nouvelles capacités pour arriver à cet équilibre. Ça prend un peu de temps.
Est-ce que c'est seulement ce que nous vivons un effet de la crise ou c'est aussi simplement qu'on voit maintenant des semi-conducteurs absolument partout, Paul Baudon ?
Alors, j'allais dire un peu les deux, bien sûr. Parce qu'à chaque grande crise, si vous revenez dans les 30-40 dernières années, il y a un appel à la sortie de crise, un appel d'innovation. La demande force cette innovation. Il se trouve qu'aujourd'hui, le semi-conducteur est à la base d'innovation dans de multiples marchés. On ne le retrouve plus juste dans le monde de la microélectronique, on va le retrouver dans le monde de la médecine, on va le retrouver dans l'éducation, on va le retrouver dans l'automobile. Donc, tous ces enjeux-là se retrouvent aujourd'hui sur une industrie qui est effectivement en pleine croissance, mais qui a besoin d'augmenter ses capacités.
Et si on mettait moins d'électronique dans nos objets, au moins temporairement ? C'est ce que certains constructeurs automobiles ont commencé à faire d'ailleurs face à la pénurie ?
Absolument, en fait. Je pense qu'il y aura bien sûr des solutions court terme qui permettront de continuer à amener des innovations autour de nous, en réduisant peut-être un tout petit peu ce marché de l'électronique. Mais vous savez, c'est un monde de compétition. Et vous avez besoin, quand vous allez chercher dans votre magasin, quand vous avez besoin de trouver l'objet qui vous convient, l'objet qui va vous donner ce niveau de satisfaction. Et cet objet devient de plus en plus, j'allais dire, intime, parce qu'il va vous apporter à vous de l'intelligence, il va vous apporter à vous du confort, et vous avez besoin effectivement d'être quelque part à ce niveau-là.
Je vais plus loin. Est-ce que ce ne serait pas mieux pour l'environnement aussi ?
Alors, pour l'environnement, je pense qu'aujourd'hui, une société comme Solitech a basculé très très fort dans cette stratégie où nous apportons cette innovation pour les usages. Nous sommes à la pointe de la microélectronique et nous apportons des solutions pour les usages de tous les jours. Et il est évident que dans cette approche-là, cet environnement, cet environnement que nous devons protéger, notre planète que nous devons protéger, on le prend en compte d'une façon prioritaire, j'allais dire, dans nos choix, dans nos choix technologiques. On bascule aujourd'hui sur une énergie verte. Nos usines basculent sur des énergies vertes. Ça coûte un peu plus cher, mais c'est important.
On fait des choix sur nos systèmes de fabrication pour justement conserver cette énergie. En tout cas, la traiter du mieux que l'on peut parce que c'est important pour tous.
Expliquez-nous précisément ce que vous fabriquez chez Solitech. C'est très spécifique. C'est très petit aussi.
C'est très spécifique. On design des matériaux, des plaques qui sont, vous savez, ces petites puces que vous trouvez dans vos téléphones, que vous trouvez ces petites puces que vous achetez pour mettre à l'intérieur de vos téléphones ou qu'on va retrouver à l'intérieur des systèmes, des télés. Eh bien, nous, on fabrique ce matériau de base sur lequel nos grands clients viennent graver leurs composants. Et en fait, en designant ces matériaux de base, on va donner dans l'application du système, on va donner une performance particulière, une consommation d'énergie particulière, une fiabilité particulière.
Et on va donc se différencier et différencier dans l'application nos grands clients qui utilisent nos matériaux. Juste un mot, par exemple, parce que c'est vrai que Solitech est peu connu. Il n'y a pas de smartphone sans Solitech. C'est assez incroyable. 80% de la population mondiale utilise tous les jours les technologies de Solitech.
Alors que vous êtes, ce qu'on appelle une ETU, une entreprise de taille intermédiaire, moins de 2000 salariés en France.
Absolument. Mais nous avons effectivement cette position de leader, de leader mondial dans la radiofréquence. Et nous rentrons aussi sur des marchés extrêmement importants qui vont toucher l'environnement de toutes les familles. On rentre sur ces marchés de très fort volume sur la partie intelligence artificielle embarquée. C'est-à-dire tous ces petits objets qu'on appelle objets connectés qui deviennent de plus en plus intelligents. Ils ont besoin de performance, mais ils ont besoin de très faible consommation d'énergie. Ces petites caméras que vous mettez dans votre appartement avec une petite pile à l'intérieur que vous oubliez pendant trois ans.
Eh bien, les processeurs de ces petites caméras, par exemple, sont faits sur la base de nos matériaux.
Vos ventes devraient augmenter. Ce sont vos prévisions de 45% cette année, à près d'un milliard de dollars. Est-ce que vous pouvez encore augmenter votre production ? Vous nous parliez ouverture d'usines, nouvelles lignes. Mais ça peut se faire comment ? Où et en combien de temps, ça, Paul Boudre ?
Eh bien, nous avons en France trois usines, dont une qui est en pleine révolution, parce que nous avons encore de la surface disponible et nous avançons très vite pour remplir ces capacités. Une usine à Singapour qui est là aussi en pleine croissance. Et nous allons, bien sûr, continuer à avancer. Nous avons aussi des nouveaux matériaux qui arrivent, et notamment pour l'automobile. Et nous avons le projet de nouvelle usine que nous déciderons dans les prochains mois.
Donc, les choses avancent de ce côté-là. L'État vous soutient. D'ailleurs, la Banque publique d'investissement et le CEA sont vos actionnaires. L'État veut investir, Emmanuel Macron l'a dit récemment, 6 milliards d'euros pour doubler la production électronique de la France d'ici 2030. L'objectif est ambitieux parce que le retard est important. L'Europe a 10% environ du marché mondial du secteur. Est-ce qu'on peut rattraper un retard comme ça ?
Oui, le pari est possible. Et ce qui est formidable, c'est que pour la première fois depuis... Ce n'est pas trop tard ? Ce n'est jamais trop tard. Ce qui aurait été catastrophique, c'est de ne pas porter, comme l'a fait le Président, le semi-conducteur et la micro-électronique au niveau stratégique qu'il l'a amené.
Merci, Paul Boudre, le patron de Seuil Tech, invité, écho de France Info ce soir.