«MONSIEUR MACRON PRÉPARE UN CHOC SOCIAL» - Mélenchon
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:10OuverteRéponse partielle
Votre crainte, c'est que cette affaire n'empoisonne à nouveau le débat politique, comme l'affaire Fillon ? Que ce ministre démissionne ?
- 1:00OuverteRéponse directe
François Bayrou a présenté sa loi de moralisation de la vie politique. Vous faites confiance à François Bayrou pour ce sujet ?
- 2:10OuverteRéponse directe
Est-ce que les élus ne pourront pas faire plus de trois mandats successifs, ça vous va ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Si vous êtes élu, voterez-vous une partie de cette loi de moralisation politique, à condition que François Bayrou la modifie ?
- 4:50OuverteRéponse directe
La banque de la démocratie, qui financera les partis, ça va dans le bon sens selon vous ?
- 6:10OuverteRéponse directe
Votre parti a lancé le #ZéroDéputéFN. Est-ce pour éviter les critiques que vous aviez eues à subir ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30JLMFait
« une enquête préliminaire a donc été ouverte, ce matin, à l'encontre de Richard Ferrand, par le parquet de Brest. »
- 1:10JLMFait
« la ministre du Travail vient de Nestlé et que son directeur de cabinet était directeur du MEDEF »
- 3:00JLMChiffre
« ça coûte, quand même, 85 milliards au pays, chaque année ! »
- 4:10JLMFait
« il y a déjà une banque d'investissements. Je préférerais qu'on fasse une banque pour la transition écologique »
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« Nous avons déjà dit, entre les deux tours, que nous faisions campagne pour que personne ne vote pour madame Le Pen. »
- 8:20JLMFait
« c'est surtout un échec pour l'humanité, parce que c'est un bien grand mot de dire que monsieur Trump est un climato-sceptique ! »
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« il est d'accord pour passer à un mix avec le nucléaire de 50% en 2025. »
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Laurence Ferrari : 19h30. On se retrouve en direct sur CNEWS avec notre invité, Jean-Luc Mélenchon. LF: Bonsoir, fondateur de la France Insoumise, merci d'être en duplex avec nous depuis Marseille JLM : Bonsoir LF : Vous l'avez entendu: une enquête préliminaire a donc été ouverte, ce matin, à l'encontre de Richard Ferrand, par le parquet de Brest.
Votre crainte, à vous, c'est que cette affaire n'empoisonne à nouveau le débat politique, comme l'affaire Fillon, en son temps. Qu'est-ce que vous souhaitez ? Qu'est-ce que vous demandez ?
Que ce ministre démissionne et qu'on passe à autre chose ? JLM : Ecoutez, je suis partagé par des sentiments contradictoires, parce que en effet, je crains qu'une fois de plus on gaspille un temps fou à parler des aventures immobilières de monsieur Ferrand plutôt que du reste et des dossiers qui sont sur la table, parce que, finalement, c'est une diversion incroyable. monsieur Macron se prépare à organiser un choc social de première grandeur, et de quoi discute-t-on, une fois de plus ?
Des relations de quelqu'un avec les affaires. Mais alors, ça c'est...
Mon premier sentiment me porterait à vous dire: "Ecoutez, qu'il s'en aille ! Qu'il dégage et puis qu'on passe à la suite !" Mais, en même temps, je vois bien tout le bénéfice qu'il y a, dans la campagne, à dire aux gens "Écoutez, dorénavant, vous voyez bien, c'est comme auparavant." Ce sont les mêmes.
Et je vais même dire une chose : c'est pire ! Car monsieur Macron et son premier ministre, monsieur Edouard Philippe, ont rempli le gouvernement, premièrement, et les cabinets, deuxièmement, de gens qui viennent du monde des affaires. Alors vous avez pas fini d'en entendre parler !
Quand vous voyez que la ministre du Travail vient de Nestlé et que son directeur de cabinet était directeur du MEDEF, (je ne prends que cet exemple), et combien de candidats à la députation qui partent sous l'étiquette de monsieur Macron sont des lobbyistes ? Donc, vous verrez, les mœurs qui sont celles des affaires souvent débouchent sur des affaires quand elles viennent en politique, parce que ce sont deux mondes qui n'ont pas, normalement, les mêmes impératifs moraux. Voilà, vous le savez comme moi.
LF : François Bayrou a présenté, cet après-midi, les grandes lignes de sa loi de moralisation de la vie politique, qu'il a rebaptisée "Pour la confiance dans la vie démocratique". Il y a un certain nombre de mesures pour éviter les conflits d'intérêts. Vous faites confiance à François Bayrou pour ce sujet précis ?
Alors, il va y avoir, bien sûr, des aspects de sa proposition de loi qui vont m'aller. Par exemple, quand il propose de supprimer la Cour de Justice de la République pour qu'il n'y ait plus de tribunaux d'exception dans ce pays, je ne peux qu'être d'accord, puisque c'était dans mon programme. Donc, je ne vais pas faire une guerre systématique, mais, je l'ai dit à François Bayrou lui-même: s'il veut moraliser la vie démocratique, eh bien, le premier point c'est de donner au peuple le droit lui-même de révoquer les élus.
Donc il faut, puisqu'on va faire une réforme constitutionnelle, vous le savez, pour supprimer la Cour de Justice de la République, il faut faire une réforme constitutionnelle. Alors allons-y ! Allons jusqu'au bout !
Donnons au peuple le pouvoir de révoquer par référendum un élu ! Voilà! Et d'ailleurs, quand je vous dis ça, je ne fais, d'une certaine manière, que reprendre ce qu'a dit le premier ministre quand il a dit : "Eh bien, ce sera le suffrage universel qui tranchera dans cette affaire avec monsieur Ferrand !" Bah très bien !
Il n'y a qu'à en faire une règle pour tout le monde, et pas seulement pour monsieur Ferrand, puisque les élections tombent en ce moment. En effet, dans sa circonscription les gens n'ont qu'à voter pour monsieur Lucas, c'est le candidat de la France Insoumise, et l'affaire est réglée. Mais demain, il n'y aura pas forcément d'élections.
Donc le référendum révocatoire, ça doit être l'arme de dissuasion massive dont le peuple dispose par rapport à ses élus. Voilà ma proposition. J'aimerais que monsieur Bayrou l'entende quand je la présenterai à l'Assemblée Nationale.
LF : Est-ce que l'autre disposition, parmi les propositions présentées par François Bayrou, le fait que les élus ne pourront pas faire plus de trois mandats successifs, ça, ça vous va ? Euh, pourquoi pas, oui ! Mais je ne voudrais pas qu'on pense qu'au fond les élus seraient soupçonnés, par eux-mêmes et parce qu'ils sont élus, de toutes les turpitudes.
Moi, je crois beaucoup plus inquiétant de voir que on parle d'un texte sur la moralisation de la vie démocratique; on pourrait, par exemple, parler de la chasse à la fraude fiscale. Ça coûte, quand même, 85 milliards au pays, chaque année ! Hein ?
C'est autre chose que ce qu'on reproche aujourd'hui aux élus. Même si je suis tout à fait d'accord pour qu'on mette une limite au cumul des mandats, dans le temps. D'ailleurs ça me concernera, moi, et je suis tout à fait d'accord pour m'y plier.
LF : Est-ce que ça veut dire que si vous êtes élu, et vos candidats aussi, partout en France, vous voterez une partie de cette loi de moralisation politique, à condition que François Bayrou la modifie un peu ? JLM : Eh bien...
Bien, clairement, on va faire un travail de parlementaire. Si c'est monsieur Macron qui gagne et que ses députés sont en majorité, c'est pas nous qui gouvernons. Bon, si c'est moi qui gouverne, clairement, je proposerai le référendum révocatoire.
Mais si ce n'est pas ça et qu'il y a une majorité constituée autour de monsieur Macron, parce qu'il n'aura pas la majorité absolue à lui tout seul, on discutera le texte de la loi. Et peut être qu'on trouvera dans l'Assemblée une majorité pour voter notre proposition. Mais oui, je peux vous dire, on votera la suppression de la Cour de Justice de la République.
Ça, c'est clair ! C'est dans notre programme ! On ne va pas, sous prétexte que c'est monsieur Bayrou qui le propose, renier notre propre programme sur ce point.
Mais, à mon avis, ça ne va pas assez loin. Vous voyez ? Donc, il y aura le débat parlementaire.
Il est fait pour ça. Tout ne va quand même pas se régler par ordonnances, dans ce pays, hein ? LF : D'accord.
Un dernier mot sur la banque de la démocratie, qu'a proposée François Bayrou, qui permettra de financer les partis qui se heurtent parfois aux refus des banques privées. Ça, ça va dans le bon sens, selon vous ? JLM : Oui, oui.
Bah je crois qu'il règle quelques comptes qu'il a connus, lui, avec le MODEM. Bon...
Ce qui serait plus normal, c'est qu'il y ait des règles qui fassent, en quelque sorte, obligation, aux banques, de prêter, lorsque ce prêt se déroule dans des conditions raisonnables. Créer une banque publique pour ça, quand même...
Bon, il y a déjà une banque d'investissements. Je préférerais qu'on fasse une banque pour la transition écologique pendant qu'on...
Ça serait plus utile. Non. Je trouve que, là, il va un peu fort dans le règlement de ses mauvais souvenirs avec les banques.
On peut imposer aux banques, après tout, qu'elles aient un comportement démocratique, et qu'elles couvrent les prêts qui sont nécessaires pour la vie de la démocratie, dites donc ! Ils ont assez profité, ceux-là, hein ! Donc ils peuvent un peu aussi de temps à autre faire un effort et quelques prises de risques pour que leur pays fonctionne.
Je trouve quand même incroyable: ils ont tous les droits; ils font ce qu'ils veulent, et on ne leur demande jamais rien. Moi, je suis pour que les banques privées participent à la vie démocratique du pays en prêtant comme c'est leur devoir. LF : Vous êtes, comme tout les candidats, en pleine campagne législative.
Votre parti, la France Insoumise, a lancé le #ZéroDéputéFN. Est-ce que c'est pour éviter les critiques que vous aviez eues à subir, entre les deux tours, pour ne pas avoir appelé explicitement à voter pour Emmanuel Macron ? JLM : Non, pas du tout !
Bon, il y a une campagne de diabolisation contre moi qui dure depuis, maintenant, un mois et demi. Je finis par avoir le cuir plus épais. Non !
Nous avons déjà dit, entre les deux tours, que nous faisions campagne pour que personne ne vote pour madame Le Pen. Nous sommes opposés à l'extrême droite. Moi-même, je suis allé m'affronter avec elle dans sa circonscription, il y a 5 ans.
J'ai mené une lutte implacable. Il n'y a pas de doute sur le sujet ! Et je demande qu'on se souvienne, que, quant on dit : "Pas une voix pour madame Le Pen", eh bien, on répond au problème posé !
Qui est responsable du niveau électoral de madame Le Pen ? Ceux qui votent pour elle. Ce n'est pas moi qui en suis responsable.
Alors après, bon...
Que j'aie eu des critiques, vous savez...
Qu'est-ce qu'on voulait m'obliger à faire ? On voulait m'obliger à dire "Vive Macron !" parce que j'étais contre madame Le Pen.
Eh bien, non, je ne le dirai pas, ni cette fois-ci, ni les autres ! Je demande qu'on respecte un peu le point de vue de chacun. Mon point de vue est : "Pas une voix pour madame Le Pen." On ne peut pas être plus clair que ça.
Après, si on me fait des procès parce que je refuse d’acclamer le nouveau prince, eh bien on perd son temps, parce que ça ne m'impressionne pas du tout, voyez-vous ? Ça ne m’impressionne pas. Et il faut participer à la manifestation, sur internet, que nous faisons sur le hashtag "Pas une voix pour le FN" LF : L'un des sujets majeurs qui va émerger ce soir, c'est Donald Trump, qui doit annoncer, Jean-Luc Mélenchon, s'il sort ou pas de l'accord de Paris.
Ce serait un échec pour la France, mais, au-delà, pour le monde entier ? Je crois que c'est surtout un échec pour l'humanité, parce que c'est un bien grand mot de dire que monsieur Trump est un climato-sceptique ! Enfin !
C'est quelqu’un de borné qui ne voit pas la réalité. Le changement climatique a commencé ! Ça sera un grand échec pour la civilisation humaine, pas simplement pour la France, qui a joué un grand rôle dans la COP 21.
Alors, moi, je crois que notre devoir, quoi qu'il arrive, ça serait de montrer l'exemple. D'autres pays l'ont fait. Alors, allons-y !
Que la France soit la première, ou parmi les premières grandes puissances du monde, à passer au 100% du renouvelable ! Et nous ferons la démonstration devant le peuple américain, qu'il vaudrait mieux, pour lui, la prochaine fois, élire un président ou une présidente qui fait comme fait le reste du monde civilisé ! C'est-à-dire qui comprend le danger qui pèse sur la civilisation humaine.
Là, c'est pas une affaire de politicaille, cette affaire-là ! Nous sommes tous impliqués, quelles que soient nos opinions politiques, nos religions ou notre nationalité ! Si l'écosystème est détruit, et si les événements climatiques extrêmes détruisent nos industries et nos villes, tout le monde en pâtira !
Il n'y aura pas de tri par parti politique, hein ! Monsieur Trump a un comportement qui est consternant d'irresponsabilité. Et j'ai envie de dire que ce gouvernement se distinguerait s'il voulait bien, lui aussi, faire preuve de responsabilité en prenant, dès maintenant, les décisions pour remplacer les 19 réacteurs nucléaires qui vont arriver en fin de vie pendant la durée du mandat !
C'est maintenant qu'il faut prendre les décisions ! Sinon, quand arrivera le jour de les prendre, on nous dira "On ne peut pas faire autrement." Non, je crois que la planification, c'est-à-dire prévoir le changement dans le temps, est plus que jamais nécessaire.
Alors, à nous les Français, qui avons une bonne tradition dans ce domaine, de montrer l'exemple, et pas seulement de montrer du doigt monsieur Trump, qui doit cependant être montré du doigt. LF : Est-ce que Nicolas Hulot aura la marge de manœuvre, - vous avez dit que c'était un crève-coeur de le voir dans ce gouvernement - justement, pour agir comme vous le souhaitez, contre les... enfin... pour fermer une partie des centrales nucléaires françaises ?
JLM : Hum. Je l'espère. J'ai dit que j'avais de l'estime et de l'amitié pour monsieur Hulot, je n'ai pas changé d'avis.
Je sais qu'il va dans ce gouvernement et qu'il a l'espoir de porter sa vision du monde. Bon ben, je crois qu'on doit, à lui, lui faire le crédit de le voir essayer et même de l'encourager. Si il peut y arriver, tout le monde en sera content, et moi le premier.
Mais je crains que les choses n'aillent pas dans le sens que j'espère. Vous voyez, je l'ai entendu dire, par exemple, qu'il est d'accord pour passer à un mix avec le nucléaire de 50% en 2025. Eh bien, je dis à monsieur Hulot "Ben non, ce n'est pas ça qu'on avait dit !" Parce que si la consommation d'énergie s'agrandit, et que vous restez à 50% d'énergie nucléaire, ça veut dire que vous ne fermez pas un seul réacteur !
Donc je crains que monsieur Hulot ne soit amené, souvent, à mettre de l'eau dans son vin. Mais encore une fois, je lui fais le crédit d'une confiance, le temps qu'il essaie de mettre en place ce qu'il essaie de mettre en place. Voilà.
J'espère pour lui qu'il y arrive, et s'il n'y arrive pas je pense qu'il est... c'est un homme honnête, il en tirera lui-même les conséquences.
Il n'essaiera pas de nous faire croire des choses qui ne sont pas. J'ai confiance en lui. LF : Merci beaucoup, Jean-Luc Mélenchon, d'avoir répondu à nos questions !
François Bayrou