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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 20 juin 2025 24 min

Réchauffement climatique : "Il faut avoir plus d'ambition", alerte un auteur du dernier rapport du GIEC qui demande de ne "pas revenir sur le cadre actuel qui a été fixé"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Christophe Cassou. Bonjour. Bonjour Jean-François Vigier. Bonjour. Christophe Cassou, on va se tourner vers vous d'abord, puisqu'on va parler de l'étude que vous co-signez avec quatre chercheurs français, une soixantaine d'autres dans le monde. Mais d'abord, ce pic de chaleur, on parle de 40 degrés demain en France, au mois de juin. Pendant longtemps, on se demandait si ces pics étaient exceptionnels. Désormais, on est sûr qu'ils vont arriver régulièrement et que c'est lié au dérèglement climatique.

0:26
Invité

Malheureusement, nous, climatologues, on aurait aimé se tromper. Aujourd'hui, on peut attribuer tous ces événements caniculaires aux activités humaines, c'est-à-dire à l'accumulation de carbone dans l'atmosphère. Donc, il n'y a aucun doute. Les canicules sont plus fréquentes, elles sont plus intenses et puis surtout, elles arrivent plus tôt dans la saison, en juin, et elles durent aussi beaucoup plus longtemps, jusqu'en septembre et jusqu'en octobre. Donc là, on est un marqueur du changement climatique.

Même s'il faut peut-être expliquer qu'il y a des, je ne sais pas si vous appelez ça des commissions ou quoi, mais qu'il y a une validation, en fait, après ce genre d'épisode, oui ou non, c'est bien le dérèglement climatique ou pas. Aujourd'hui, même sans validation, la validation donne juste les chiffres de combien le changement climatique a dopé l'événement en cours. Aujourd'hui, on peut dire que l'influence humaine sur ce type d'événement est sans équivoque et l'attribution est très claire. Pour les canicules, c'est différent, par exemple, pour les pluies d'Ilvienne, mais pour les canicules, toute canicule aujourd'hui est rendue plus probable, plus intense, plus fréquente.

1:28
Présentateur

D'ailleurs, vous le dites dans le rapport parce qu'on entend souvent les climato-sceptiques mettre ça aussi sur le dos de certains phénomènes comme les volcans ou comme les cycles solaires. C'est ce qu'on peut lire ici et là. Vous le dites dans ce rapport, l'activité humaine est en grande partie responsable de ce réchauffement.

1:43
Invité

On répète, en fait, dans ce rapport, qu'il y a une mise à jour des indicateurs qui étaient présents dans le dernier rapport du GIEC, qui a été publié en 2021 pour les indicateurs géophysiques. Donc, le changement climatique va vite. Donc, on a besoin de cette mise à jour. Le rapport du GIEC était sans équivoque sur l'attribution de ces événements. Donc, on le répète, il n'y a rien de nouveau et on peut aller beaucoup plus loin. On dit que c'est l'intégralité du réchauffement climatique qui est lié aux activités humaines. Aujourd'hui, les facteurs solaires sont négligeables, les facteurs naturels sont négligeables.

La conclusion principale de ce rapport, c'est que le 1,5 au-dessus des niveaux pré-industriels sur la planète, on y est. C'était le maximum fixé par les accords de Paris. C'est certain, on y est, c'est fichu. Alors, on n'est pas encore à 1,5. Considérant les émissions actuelles qui ne baissent pas, à la fois de CO2 et puis de méthane, l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré n'est pas atteignable. Donc, on va franchir ce seuil de température dans les quelques années qui viennent.

Mais considérant l'inertie sociétale, c'est-à-dire notre incapacité à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, en fait, on est sur cette trajectoire et elle est malheureusement irréversible. On va venir vers vous dans un instant juste, Jean-François Figier, mais Christophe Cassoux, ce qui est intéressant, c'est que vous vous présentez. En fait, les chercheurs français dans cette étude disent 1,5 degré inatteignable. Les Anglais hier, sur la même étude, ont dit, il nous reste 3 ans de budget carbone résiduel. Pourquoi cette différence d'approche ? Ah non, c'est tout à fait... Parce que vous, vous n'y croyez plus eux aussi ? Ah non, non, non, pas du tout.

On se base sur cette étude sur laquelle on a tous contribué. Le budget carbone, c'est la quantité de carbone qu'on serait autorisé à émettre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Ce budget carbone, il est de 130 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, pardon, de CO2. Et aujourd'hui, on émet à peu près 55 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, tout gaz à effet de serre confondu. Donc, ça veut dire qu'en 3 ans, ce budget carbone, il est épuisé. Quand on regarde l'évolution des émissions de gaz à effet de serre, elles ne baissent pas, elles augmentent. 2024 a été record par rapport à 2023 et il est probable que 2025 soit également record.

Donc, l'inertie est telle que le seuil de 1,5 degré est inatteignable. Pardon, limiter le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré est inatteignable. Le seuil se rate, excusez-moi.

4:09
Présentateur

Jean-François Vigier, quand on parle d'inertie, justement, on parle d'inertie de la population, des politiques, est-ce que vous, en tant que maire responsable politique, vous vous sentez quelque part responsable de cela ?

4:19
Jean-françois Vigier

Je pense d'abord qu'on est tous collectivement responsables et que notre devoir est d'agir. Alors, il n'y a pas d'inertie de la population. Nos concitoyens sont de plus en plus sensibles à ces questions, nous interpellent aussi. Et nous, les élus, on est fortement engagés au sein de l'Association des maires de France, au sein du bureau présidé par David Lysnard. Ce sont des sujets qui reviennent régulièrement, les questions de transition. Et je dirais que comme ce sont des sujets, et monsieur vient de le dire, qui touchent la vie quotidienne de plus en plus, puisqu'ils bouleversent la vie quotidienne, le cadre de vie, le confort de vie, nos concitoyens sont plus sensibles à ces questions.

Par exemple, je termine mon troisième mandat de maire. Dans les deux premiers, c'est très rarement que j'étais saisi sur la chaleur dans les classes, entre le 15 mai et le 30 septembre. Là, oui. Aujourd'hui, oui. De plus en plus. Autre exemple, je suis dans un secteur de Valdivette, qui a subi des inondations très importantes en octobre. À plusieurs reprises, même ces dernières années. Elle faisait suite à des inondations très importantes en 2016. Comment lutter contre ces inondations qui deviennent de plus en plus violentes à chaque fois ? Donc les maires, on est évidemment très engagés, mais on a aussi les contraintes. Et ces contraintes, elles sont de deux ordres.

Pour aller vite, des contraintes financières et des contraintes, je dirais, réglementaires, normatives. Car vraiment sur ce sujet, ce qu'on demande, à corps et à cri, c'est que l'État travaille vraiment avec nous et qu'il n'y ait pas de verticalité dans les décisions qui sont prises.

5:43
Présentateur

On va pouvoir y revenir dans le détail, mais par exemple, à Bursurivette, depuis combien de temps vous avez pris conscience qu'il faut justement agir pour faire face à ce dérèglement climatique ? Qu'il faut adapter, par exemple, les bâtiments ? Qu'il faut peut-être verdir un peu plus la ville ou contenir des cours d'eau ?

5:58
Jean-françois Vigier

Eh bien, depuis plusieurs années. D'abord parce que nous avons une population assez sensible, assez sensibilisée à ces questions. Donc on a commencé déjà par réunir toutes les associations qui travaillent sur la transition dans un bâtiment qu'on leur a mis à disposition. Et puis nous avons démarré depuis maintenant plusieurs années la rénovation énergétique de nos bâtiments. Là, c'est un mur financier qui est devant nous. Depuis une dizaine d'années. Vous voyez ? Donc au moment de l'accord de Paris ?

Avec nos capacités financières, encore une fois, qui sont limitées, parce que dans notre budget d'investissement, qui est contraint, eh bien, il faut à la fois faire la transition, mais il faut aussi s'occuper de l'entretien normal des équipements publics d'une ville.

6:39
Invité

Ça fait deux fois que vous parlez de moyens financiers. Concrètement, ça veut dire que vous attendez quoi ? Vous attendez, par exemple, une dette verte ? C'est ça que vous demandez ?

6:48
Jean-françois Vigier

Quelqu'un, je vais vous dire. Ou des moyens, des subsides ? On a un institut qui travaille beaucoup sur ces questions, c'est l'Institut de l'économie pour le climat. Il a chiffré, dans son rapport rendu en novembre 2024, à 19 milliards d'euros des investissements à faire par les collectivités locales entre 2024 et 2030, pour faire les travaux d'atténuation, pas l'adaptation. L'atténuation, c'est rénovation énergétique, mobilité, éclairage public. C'est énorme. Fin 2023, les collectivités ont dépensé 10 milliards d'euros. La moitié. La moitié. Donc, ce qu'il faut faire en 6 ans, on en fait la moitié. Pourquoi ? Deux raisons. Notre endettement, il est limité.

Si moi, je dépasse 10, 11, 12 ans de capacité de désendettement dans ma commune, les services de l'État viennent me dire que je dépense trop. L'année où on met en place les budgets verts, c'est-à-dire que la loi nous oblige, depuis cette année, à identifier dans notre fiche budgétaire toutes les dépenses qui concernent l'environnement. Donc, on pourrait se dire que dès lors qu'on identifie notre dépense écologique, eh bien, que notre capacité à nous endetter, dès lors qu'on travaille pour nos enfants, eh bien, elle soit augmentée. Ça, c'est le premier point. Deuxième point, l'assèchement fiscal. Nos ressources fiscales, mairies, départements, régions, fondent comme neige au soleil.

Et outre que le fait que le rapport aux citoyens, il passe par le contrat fiscal, le contrat social, sans ressources fiscales, il est difficile de mettre en œuvre des investissements lourds qui doivent être réalisés en 5, 6 ou 7 ans.

8:19
Invité

– Christophe Cassou, Jean-François Vigier parlait d'atténuation et c'est important de bien comprendre, justement, le lien entre adaptation et atténuation. Pendant longtemps, les climatologues, d'ailleurs, ont dit « mais n'allons pas sur l'atténuation, ça va nous dissuader d'agir, n'allons pas sur l'adaptation, plutôt, ça va nous dissuader d'agir pour atténuer le phénomène ». Aujourd'hui, vous considérez qu'il faut les deux ? – Il faut les deux, en marche sur deux jambes, l'adaptation et l'atténuation.

L'atténuation, c'est la réduction des émissions de gaz à effet de serre, c'est mettre en place tous les leviers pour réduire ces émissions de gaz à effet de serre, se passer des énergies fossiles, puisque 90% des émissions de carbone viennent de ces énergies fossiles. Il faut également s'engager dans des stratégies d'adaptation parce que ce climat change vite et les risques climatiques augmentent. On le voit tous les jours, les crues dont vous venez de parler, les crues qui étaient 100 tonales avant deviennent 20 tonales aujourd'hui. Ce qui est important de préciser, c'est que sans la réussite de l'adaptation, elle est conditionnelle à l'atténuation.

Dit autrement, on ne s'adaptera pas à des niveaux de réchauffement élevés. Donc il faut absolument réduire les émissions de gaz à effet de serre pour avoir cette fenêtre d'opportunité pour s'adapter. On ne s'adaptera pas parce que la planète n'y arrivera pas ou parce que financièrement ce sera un puits sans fond ? Alors je ne parle même pas d'argent. C'est le scientifique là qui parle ? Je ne parle pas de ressources. Il pourrait y avoir des milliards et des milliards d'euros, on ne s'adaptera pas à une France à 4 degrés. Pourquoi ? Parce qu'il y a des limites dans l'adaptation. Si vous dites 4, c'est quoi le moment où ça devient totalement ingérable ? Je dis 4.

Parce que le plus 2, par exemple, autre objectif des accords de Paris, plus 2 en 2050, il reste atteignable. C'est ce que vous dites dans le rapport. Alors il faut différencier les niveaux de réchauffement en France et les niveaux de réchauffement mondiaux qui sont dans l'accord de Paris. Donc le plus 2 reste atteignable, mais il faut dès maintenant s'engager dans des mesures d'atténuation qui sont extrêmement importantes, extrêmement rapides. Et il ne faut absolument pas revenir sur le cadre actuel qui a été fixé. Il faut avoir plus d'ambition.

Quand je parle de 4 degrés, c'est 4 degrés sur la France parce que le gouvernement s'est doté d'un plan d'adaptation au changement climatique dans une France à 4 degrés. On a évalué les risques pour cette France à 4 degrés. Et les risques sont extrêmement importants. Extrêmement importants. Et quand je dis qu'on ne s'adaptera pas dans cette France à 4 degrés, on ne s'adaptera pas sans casse, parce qu'il y a des limites à l'adaptation et elles viennent du vivant. Elles viennent des écosystèmes, des écosystèmes terrestres et des écosystèmes marins. Les rendements agricoles seront effondrés. Il y aura des tensions d'usage sur l'eau en particulier.

Et en fait, s'adapter la France à 4 degrés, ça veut dire quoi ? Ça veut dire dès maintenant discuter avec les territoires sur ce qu'on protège, ce qu'on garde, et ce qu'on abandonne et ce qu'on sacrifie. Par exemple, autour de la Méditerranée, il va falloir choisir dans une France à 4 degrés, si on ne change pas nos modes de vie et les différents secteurs d'activité, il va falloir choisir entre agriculture et tourisme. On ne pourra pas avoir les deux, parce que la ressource en eau sera trop faible.

11:30
Présentateur

Jean-François Vigier, je vous voyais réagir au propos de Christophe Cassou avant le fil d'info, on vous écoute ?

11:34
Jean-françois Vigier

Oui, parce qu'il a raison. Il faut faire tous ces travaux d'atténuation de façon extrêmement rapide. Or, j'ai expliqué, pour l'instant, nous n'avions pas les moyens d'engager ces travaux dans cette urgence-là. Donc oui, la transition, on peut la faire, mais sûrement pas à 5 ou 6 ans. Il faut bien comprendre que moi, je suis en train de terminer la rénovation énergétique d'un groupe scolaire. J'en ai deux autres qui attendent derrière, qui ont pris leur ticket pour que je vienne rénover tous ces bâtiments. Je refais tout l'éclairage public, on travaille sur les mobilités, il faut aussi emmener tous les habitants avec nous. Et puis, M.

le climatologue a dit quelque chose de très important, le plan national d'adaptation au changement climatique, qui vient d'être adopté, je l'ai présenté au bureau de l'AMF à la fin de l'année dernière, c'est quand même un document qui a été réalisé sans concertation avec les élus locaux, et qui comprend 52 mesures, qui renvoient à des actions à mener par les territoires, par les collectivités locales, sans études d'impact, sans chiffrage, et j'alerte aussi avec des études d'ingénierie, et l'ingénierie va être la prochaine fracture territoriale.

Parce qu'en fonction du territoire où on se trouve, on n'aura pas d'un territoire à l'autre, d'un département à l'autre, d'une région à l'autre, les capacités financières à apporter ces études qui vont être énormes à réaliser. Deux invités ce matin,

12:55
Invité

Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche au CNRS, qui est l'un des cinq auteurs français du nouveau rapport paru hier sur les indicateurs du GIEC, et puis Jean-François Vigier, maire de Bursi Rivette, vice-président de l'association des maires de France en charge de l'adaptation climatique. Je voudrais qu'on parle de ce qu'on va qualifier de recul, en tout cas ce que j'imagine Christophe Cassou qualifiera de recul, la suppression des ZFE, la loi simplification, la loi Duplon qui supprime certaines règles, alors que les agriculteurs en avaient accepté certaines. Tout ça qui inquiète le président de la République. Est-ce que ça vous inquiète aussi, vous Christophe Cassou ?

Bien évidemment. Aujourd'hui, en fait, on serait satisfait de l'insatisfaisant. L'insatisfaisant, c'est le cadre qui avait été mis en place pour respecter cet accord de Paris, et il n'était pas à la hauteur. On le voit bien, le seuil de 1,5 degré sera franchi, et on s'en va vers une France à 4 degrés. Mais aujourd'hui, on en est quasiment arrivé à être satisfait à demander à ce que ce cadre-là ne soit pas remis en cause. Et aujourd'hui, il est attaqué. Il est attaqué en France, il est attaqué en Europe, il est attaqué dans tous les pays du monde.

Donc on est rentré dans le dur aujourd'hui, on est rentré dans le dur climatiquement, on court après le changement climatique, et on revient sur des mesures. Comment vous l'expliquez, ce reflux ? Parce qu'après tout, cette lutte-là sur le climat, sur les questions environnementales, elle a toujours été une succession de flux, de reflux. Là, c'est plus grave ? Oui, c'est beaucoup plus grave. Et en fait, finalement, on s'y attendait. Parce qu'après l'accord de Paris, il y a eu le temps des objectifs, le temps des cibles, le temps des directions à prendre, en termes d'atténuation et en termes d'adaptation.

Ensuite, à partir de 2020, parce que l'accord de Paris fixe des échéances, donc tous les cinq ans, il y a une révision en fait des politiques publiques qui ont été mises en place, et puis une révision aussi des émissions et des indicateurs. Donc 2020, fin de la période, on va dire, objectif, 2020-2025, implémentation des mesures. Une parenthèse, parenthèse Covid, jusqu'en 2022, et puis ça reprend. Donc là, on est rentré dans le dur, on est rentré dans l'implémentation, et donc les forces contraires s'expriment. Donc porosité au lobby, intérêt particulier à préserver, privilèges. On est en fait dans un monde qui se crispe et qui conduit à l'inaction. Et on voit ce que l'inaction veut dire.

On est en train de vivre une canicule aujourd'hui, qui va être certainement sans précédente en France, à un moment qui est crucial, en particulier pour l'agriculture. Et donc en fait, on court de crise en crise. Jean-François Vigier ?

15:27
Jean-françois Vigier

Alors, nous, je vais vous citer un exemple assez parlant. C'est celui de la loi zéro artificialisation nette, qui avait été votée une première fois dans la loi climat et résilience. Et en fait, qui est une loi...

15:41
Invité

Qui interdisait de réartificialiser... Qui préserve la biodiversité. C'est ça. Qui préserve la biodiversité dans nos communes. Des terrains naturels qui restent.

15:46
Jean-françois Vigier

Et l'Association des maires de France et David Vissnard, le bureau, on soutient totalement cette loi. Et évidemment, dans nos territoires, on veut la mettre en oeuvre. Et là, on retrouve le problème de la verticalité. C'est que la mise en oeuvre de cette loi, elle a été confiée non pas au bloc communal, mais elle a été confiée aux régions.

16:03
Invité

C'est pour ça que ça bloque. C'est dans la mise en place ?

16:04
Jean-françois Vigier

C'est dans la mise en place. C'est-à-dire que, pour moi, on est plusieurs vice-présidents à aller dans les départements aux assemblées départementales de maires. Et tout au long de l'année 2023 et 2024, on a entendu les élus locaux, les maires dans ces départements, et notamment des départements ruraux, qui font ressentir un manque de transparence dans la mise en oeuvre de la loi parce que la mise en oeuvre est faite au-dessus d'eux. Et un profond sentiment d'inégalité parce qu'ils ont l'impression que d'un territoire à l'autre, ils ne vont pas être traités de la même façon.

D'où la demande de l'AMF, qui consiste à dire qu'il faut continuer, bien entendu, dans les objectifs de cette loi, mais il faut revoir les conditions de sa mise en oeuvre.

16:40
Présentateur

Mais est-ce qu'il n'y a pas parfois aussi un manque de courage politique, tout simplement parce que certaines mesures, il faut le dire, sont impopulaires, ne plaisent pas aux élus, aux citoyens, et que certains politiques reculent justement par peur d'une certaine impopularité ?

16:53
Jean-françois Vigier

Non, parce que des mesures impopulaires, on sait les prendre, on est proche de nos concitoyens et on sait discuter avec eux, c'est notre boulot, le dialogue permanent. Et sur ces questions-là, au contraire, je pense qu'on a du courage parce qu'on veut faire avancer nos villes vers cette lutte contre le réchauffement. Et le ZAN est au cœur de ses préoccupations. Mais encore une fois, il faut que ce soit les élus locaux qui puissent travailler à sa mise en œuvre. Encore une fois, il est normal que...

17:18
Présentateur

Mais vous avez pu prendre des mesures parfois, oui, impopulaires dans votre commune, par exemple, qui n'ont pas plu à vos habitants pour le bien-être de la planète ?

17:24
Jean-françois Vigier

Alors là, je peux vous dire, mettez en place un plan de mobilité douce et là, vous allez vite comprendre que tant que vous parlez aux cyclistes, tout va très bien. Dès que vous les confrontez... Vous l'avez fait ? Mais bien sûr, j'ai fait un plan vélo. J'ai fait un plan vélo qui a maintenant...

17:38
Invité

Qui a été compliqué à faire accepter ?

17:39
Jean-françois Vigier

Mais bien entendu. Et qui est encore compliqué dans mes réunions publiques. Une grosse partie des discussions porte sur le partage de l'espace public entre les voitures et les vélos et les piétons. C'est une vraie question. Christophe Cassou,

17:51
Présentateur

est-ce qu'on explique mal, parfois, tout simplement, aux Français, l'intérêt de certaines de ces mesures ? Est-ce qu'il y a un manque de pédagogie ?

17:59
Invité

Oui, il y a un manque de pédagogie. Mais en fait, c'est quand même assez facile de parler sur celui... de taper, on va dire, sur celui qui communique. Il y a aussi la personne qui reçoit les informations qui doit être également questionnée. Ou en tout cas, la manière dont cette information est reçue.

18:15
Présentateur

Ce qu'on regarde, c'est qu'on est tous responsables.

18:16
Invité

On est tous responsables, oui. Il y a des enjeux de communication qui sont importants. Les enjeux de communication, ils sont sur l'efficacité des leviers d'action. Aujourd'hui, on a un discours de la désinformation sur ces leviers d'action qui vise en fait à saper la transformation. On voit bien sur les voitures électriques, on voit bien sur les énergies renouvelables, on voit bien sur le ZAN. C'est des discours qui tendent à diminuer ou en tout cas à faire que ces mesures-là ne soient pas appliquées. Mais je pense qu'aujourd'hui, on a besoin de plusieurs choses. On a besoin de lucidité. Le déni de gravité du changement climatique n'est plus une option.

Le déni de vulnérabilité, on le prend en pleine figure, n'est plus une option. On a besoin d'honnêteté. On ne négocie pas avec le climat. Tout objectif raté se traduit par des risques supplémentaires. On a besoin de courage aussi. Certains élus en ont, d'autres n'en ont pas. On a besoin de courage parce qu'en fait, il faut faire autrement. Il faut renoncer à des projets qu'on avait imaginés il y a 30 ans. Il faut imaginer faire autrement.

19:12
Présentateur

Il y a des privilèges, vous l'avez dit aussi. Pardon ? Il y a des privilèges aussi, vous l'avez dit.

19:15
Invité

Il y a des privilèges. Donc il faut en fait aussi de l'équité. Il faut de la justice, de l'équité et il faut de la solidarité. On n'est pas tous en capacité d'agir de la même manière. Il y a des capacités d'agir qui sont différenciées. On n'a pas tous le même niveau de responsabilité dans le changement climatique non plus. Et donc il y a un enjeu de communication sur cette équité.

19:35
Présentateur

Ça veut dire quoi, juste pardon ça, ce niveau de responsabilité ?

19:38
Invité

Le niveau de responsabilité, c'est quand on regarde les émissions de gaz à effet de serre, en fait, le français moyen n'existe pas. Si on classe en niveau de, en revenu, en fait, les 10% les plus riches en France émettent trois fois plus de gaz à effet de serre que les 10% les plus pauvres. Les 10% les plus pauvres, n'ont pas cette capacité d'action. Alors que le discours aujourd'hui, il est trop général. Et on utilise cette généralité pour cliver les différentes catégories en France. Et le clivage conduit à l'inaction. Et ça, c'est une stratégie. C'est une stratégie politique qui est suicidaire. On voit aujourd'hui, le mot est fort, elle est suicidaire. Pourquoi ?

Parce que ces chaleurs extrêmes, ces puits diluviennes, elles vont arriver, elles vont avoir des impacts très importants, elles vont conduire à des morts, elles vont conduire à une insécurité. Une insécurité sanitaire, une insécurité alimentaire, une insécurité sociale. Donc, lutter contre le changement climatique, c'est plus de sécurité. C'est plus de bien-être. Et c'est pour la protection des personnes et des biens.

20:39
Présentateur

C'est un discours qu'on entend de plus en plus chez les scientifiques. Certains reconnaissent que parfois, ils ont été peut-être un peu trop palarmistes, qu'on a un peu trop culpabilisé aussi les gens au début quand on a commencé à parler de ça.

20:49
Invité

Alors, les scientifiques apportent les faits. Ensuite, c'est comment ces faits sont rapportés dans l'espace public qui les rend alarmistes. On n'est pas alarmiste, on est alarmant. Il faut bien différencier les deux. Si on avait été alarmiste, ça veut dire qu'on aurait pris dans le domaine des possibles des évolutions climatiques les trajectoires les plus dures, les plus fortes. On n'a jamais fait ça. Et ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui, c'est les trajectoires qu'on avait imaginées il y a 20 ans. Donc, la communauté des climatologues n'est pas du tout surpris par la vague de chaleur qui arrive. Elle est effrayée. Elle est effrayée et dommage, on ne s'est pas trompé. Écoutez-nous.

Écoutez-nous pour les 20 prochaines années. L'été 2022, avec un coût absolument incroyable, il se chiffre en termes de PIB, un coût économique, un coût sanitaire, un coût agricole. Cet été 2022, il avait une chance sur 10 d'arriver en 2022. En 2050, c'est une chance sur 2. En 2070, dans une France à 4 degrés, l'été 2022, ça sera un été froid. Ça veut dire que les canicules dans une France à 4 degrés, elles atteindront 50 degrés. Et 50 degrés, la forêt ne survit pas. Les rendements agricoles ne diminuent pas de 5%. Ils s'effondrent. Sécurité alimentaire, insécurité alimentaire, ici. Donc, voilà, ces chiffres-là, ce sont les données géophysiques. On ne peut pas négocier.

C'est pour ça qu'il faut vraiment diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Et ça justifie le fait ce que j'ai dit au départ. On ne s'adapte pas sans casse à ce changement climatique. Et juste un dernier point sur la biodiversité et sur le ZAN aussi. On ne s'adapte pas à un effondrement de la biodiversité. Climat, biodiversité, c'est deux phases d'une même pièce. On ne s'adapte pas. C'est pas une question de budget, effectivement. C'est pas une question de budget. On ne s'adapte pas à cet effondrement. On meurt avec parce qu'on est lié à cette biodiversité. Jean-François Bigier, quand vous entendez Christophe Cassou parler d'inéquité sociale, qu'est-ce que ça vous inspire ?

Parce qu'en fait, ça devrait presque être simple de se dire, bah oui, c'est aussi les plus modestes qui sont dans les logements les moins bien chauffés, qui souffrent et qui ont les voitures les plus polluantes. Et donc, c'est ce rééquilibrage-là peut-être qu'il faut opérer ?

22:59
Jean-françois Vigier

Moi, je mets la pression à mes bailleurs sociaux pour rénover les logements dans ma commune. Et on vient d'inaugurer une résidence rénovée énergétiquement et je leur demande sans arrêt. Et quand j'ai un bailleur social qui vient m'annoncer qu'il veut vendre ses logements sociaux, je lui demande d'abord de rénover énergétiquement la résidence.

23:19
Invité

Qu'est-ce que vous avez comme moyen de pression

23:21
Jean-françois Vigier

là-dessus ? C'est des discussions et ils savent que si ça se passe mal, moi, j'ai des moyens aussi d'être beaucoup plus ferme avec eux quand ils viennent me faire des demandes.

23:31
Présentateur

Financièrement, notamment ?

23:32
Jean-françois Vigier

Oui, financièrement et puis quand ils veulent, quand ils ont de nouveaux projets. Voilà, on rentre dans une discussion mais il faut aussi, moi, j'entends tout ce que dit monsieur et on s'entoure de plus en plus aussi de climatologues dans le travail quotidien que nous menons pour nous guider. Et c'est important que dans nos réunions, des climatologues viennent aussi rappeler à nos concitoyens la réalité.

23:57
Présentateur

Merci beaucoup Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France, maire de Bursu-Rivette. Et merci à vous Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS d'avoir été avec nous. Bérangère,

24:06
Jean-françois Vigier

à demain.

24:07
Présentateur

A demain. A demain. A demain.

Réchauffement climatique : "Il faut avoir plus d'ambition", alerte un auteur du dernier rapport du GIEC qui demande de ne "pas revenir sur le cadre actuel qui a été fixé" — Jean-françois Vigier · Pourquijevote