François-Xavier Bellamy : "Il faut parler franchement à l'Allemagne"
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La matinale RCF, le grand invité.
8h10, c'est l'heure de notre grand invité. Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. Vous êtes député européen, vice-président exécutif des Républicains. Merci d'avoir accepté notre invitation depuis Strasbourg, où vous êtes réunis avec les autres eurodéputés pour une session plénière du Parlement européen. En cette journée de l'Europe, 9 mai, un discours est attendu, celui du chancelier allemand Olaf Scholz ce matin. Alors on se rappelle de la phrase d'un ancien secrétaire d'État américain qui disait « L'Europe, quel numéro de téléphone ?
» François-Xavier Bellamy, est-ce que c'est encore une nouvelle vision de l'Europe auxquelles on va avoir droit aujourd'hui avec la prise de parole de la Scholz ?
J'espère en tous les cas que cette rencontre sera l'occasion de mettre à plat les divergences de plus en plus fortes qui sont en train de séparer nos pays, parce qu'il faut se parler franchement. Vous savez, c'est ça aussi être ami. Je crois que l'Allemagne est un pays ami, mais auquel il faut que nous puissions dire les choses avec simplicité. Depuis quelques années, nos modèles sont en train de diverger. Et moi j'aurai l'occasion de répondre au chancelier Scholz tout à l'heure, et de lui poser la question de sa responsabilité dans la crise que nous traversons avec tous les pays européens. La crise ?
Quand l'Allemagne, par exemple, la crise énergétique, prenez, quand l'Allemagne décide de fermer de manière unilatérale ces trois dernières centrales nucléaires qui sont encore en activité il y a quelques jours de cela, alors que nous sommes en plein milieu d'une crise énergétique majeure, avec des pénuries d'énergie qui sont encore à prévoir au cours des hivers prochains, eh bien ce pays fait monter les prix pour tous les pays européens et en recourant de manière beaucoup plus massive qu'auparavant au charbon, il met en danger des vies non seulement sur son sol, mais aussi bien sûr sur le nôtre.
Et donc vous voyez, c'est aussi ça, moi je crois que si l'Europe a un sens, elle consiste à relever ensemble des problèmes. La crise de l'énergie est un problème que nous avons à gérer en commun. La nécessité de décarboner notre production d'énergie, c'est un problème que nous devons relever en commun. Et aujourd'hui, nous voyons bien que nos trajectoires divergent sur ce sujet comme sur d'autres. Et il faut qu'on puisse dire les choses parce que sinon, encore une fois, je crois qu'on va mettre en danger l'idée même de l'Europe et du travail européen.
Vous parlez de divergence, est-ce qu'on n'arrive même pas à des visions irréconciliables entre la vision française d'Emmanuel Macron et la vision allemande de la Scholz ?
Il est certain qu'aujourd'hui, vous avez raison de le dire, il y a des paradigmes, des principes, des systèmes de départ qui sont fondamentalement différents. L'Allemagne, depuis des années, elle a construit tout son modèle sur les excédents, les excédents commerciaux, les excédents budgétaires, et donc sur notamment un rapport à la mondialisation qui lui permet de construire sa prospérité économique.
La France, au contraire, et il faut reconnaître que nous sommes peut-être, parfois nous avons raison de défendre des convictions que je crois pertinentes, nous avons conscience de la nécessité de reconstruire l'autonomie de nos pays dans la mondialisation, de ne pas être trop dépendants de nos échanges avec la Chine, par exemple, avec l'Asie, mais nous aussi, nous avons notre travail à faire parce que nous sommes structurellement déficitaires, déficitaires budgétairement et peut-être de manière plus grave encore déficitaires commercialement depuis des années, c'est-à-dire que nous importons plus que nous n'exportons, nous ne produisons pas ce dont nous avons besoin, du coup, mécaniquement, et ce déficit, cette dépendance, nous rendent moins crédibles lorsqu'il s'agit de défendre en Europe la nécessaire réorientation de la mondialisation.
Et donc, je crois que nous aussi, nous avons notre travail à faire pour retrouver la force de défendre une vision du monde, une vision de la place de nos pays dans le monde, une vision de la mondialisation qui soit plus juste et plus sûre.
Oui, parce que ça, c'est pour le constat, mais en ce qui concerne la vision, quelle vision encore ? Le Figaro souligne ce matin que votre parti, Les Républicains, cherche son candidat pour les prochaines élections européennes. Est-ce qu'il n'y a pas plutôt quelque chose de la quête de la vision plus que de la quête du candidat ? C'est quoi la vision ?
Vous avez tellement raison, je ne cesse de répéter pour ma part que ce qui compte dans cette élection européenne qui se dessine et qui sera décisive, ce n'est pas seulement la question de savoir qui va être candidat, mais c'est la question de savoir quelles lignes nous défendrons, quels messages nous aurons.
Pour ma part, depuis quatre ans maintenant au Parlement européen, avec toute notre délégation, nous avons travaillé, je crois, nous avons mené des batailles, et j'espère des batailles utiles, justement pour une Europe qui sorte de la naïveté sur le plan international, qui assume d'engager les bras de fer nécessaires pour retrouver la capacité de produire ce dont elle a besoin, ne plus être dépendante de ses importations, et puis des bras de fer aussi absolument nécessaires pour faire en sorte que l'Europe cesse d'imposer des contraintes toujours plus complexes à ceux qui produisent sur notre continent, et qu'elle libère au contraire les énergies, qu'elle laisse la responsabilité aux États d'assumer leur mission, et puis qu'elle laisse à tous ceux qui travaillent en Europe la possibilité de continuer à vivre, à produire toutes ces batailles-là, je pense à la question de l'énergie dont on se parlait à l'instant, à la question de l'industrie, au sujet d'agriculture, sur lesquelles nous nous sommes beaucoup mobilisés, au sujet de pêche, je sais que les pêcheurs en France aujourd'hui vont redire leur inquiétude devant les législations européennes effectivement inquiétantes qui se dessinent à l'horizon, toutes ces batailles que nous avons menées, je crois qu'elles doivent être le point de départ d'une projection vers une Europe qui retrouve son sens, et c'est certainement la vision que nous devons défendre dans cette élection européenne.
Ça c'est pour le 9 mai, la journée de l'Europe, François-Xavier Bellamy, mais hier il y avait le 8 mai, les commémorations du 8 mai, Emmanuel Macron a descendu les Champs-Elysées vides, les images sont assez impressionnantes, pas un badaud, pas un spectateur, est-ce que ça vous est triste ?
C'est glaçant, si les gens n'étaient pas là, ce n'est pas parce que personne ne voulait venir, mais c'est parce que le quartier avait, semble-t-il, été totalement bouclé pour éviter que le chef de l'État essuie le moindre sifflet. Je crois qu'on arrive à un niveau de déconnexion entre nos dirigeants et le peuple, le peuple français, un niveau de rupture qui est extrêmement préoccupant, pas seulement pour la majorité présidentielle, mais pour nos institutions au sens plus général du terme et notre démocratie.
Et c'est la raison pour laquelle, vous voyez, pour revenir à la question que vous posiez juste avant, c'est la raison pour laquelle je crois qu'aujourd'hui la droite a la mission de se reconstruire. Elle traverse bien sûr une crise historique, une crise majeure, notre formation politique, mais je crois qu'il faut maintenant qu'elle puisse représenter une alternative, parce que si nous n'arrivons pas à faire émerger une alternative crédible, alors nous allons condamner notre pays au désespoir politique.
Vous parlez d'images glaçantes pour parler de ces images des Champs-Elysées. Pour autant, Gérard Larcher, le président des Républicains du Sénat, a fustigé ses appels à manifester du 8 mai, disant qu'il y a un temps pour tout. Est-ce que vous partagez son avis ? Il y a un temps pour tout ?
Bien sûr, le 8 mai, c'est un jour d'unité nationale. Il ne fallait pas manifester hier ? En tous les cas, je crois qu'il faut savoir marquer une pause, je crois, aux droits de manifestation, bien sûr. Je suis dans l'opposition au président de la République, et donc je ne défendrai jamais l'idée que tous ceux qui s'opposent à lui seraient nécessairement coupables de le faire, bien au contraire. Mais je crois que le 8 mai, c'est le jour qui nous engage à commémorer ceux qui, avant nous, ont donné leur vie pour que nous soyons libres aujourd'hui. Ce jour-là, il impose de respecter l'unité qu'eux-mêmes avaient dans le sacrifice et dans l'engagement.
Et je crois qu'on ne fait pas de politique politicienne ou de politique partisane un jour comme le 8 mai ou le 11 novembre.
Sous Valéry Giscard d'Estaing, entre 1975 et 1981, la France ne commémorait plus le 8 mai. Une décision de Valéry Giscard d'Estaing, motivée par son attachement à la construction européenne. Est-ce qu'il faut encore commémorer le 8 mai ?
Évidemment, il faut commémorer le 8 mai. D'abord parce que l'unité de ce continent européen, enfin retrouvé, cette unité-là ne nous oblige pas à effacer notre histoire et notre mémoire. Et encore une fois, je le redis, ceux qui sont morts pour que nous soyons libres aujourd'hui, eh bien, ils ont droit à notre reconnaissance. Et ça n'est que peu de choses que de leur donner un jour pour se souvenir de leur engagement. Et puis, la deuxième raison, c'est que moi, je crois que l'Europe ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
Un continent démocratique où la liberté des citoyens doit rester, le dernier mot, elle ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui, cette Europe, sans ceux qui ont lutté contre l'idéologie nazie, puis ceux qui ont lutté contre le totalitarisme soviétique. Et je crois que ces engagements-là, eh bien, ils font aussi l'unité de notre Europe. Opposer le 8 mai à cette Europe qui retrouve aujourd'hui son unité, c'est, je crois, c'était une forme de contresens.
Nous sommes avec François-Xavier Bellamy, député européen, vice-président exécutif des Républicains. Emmanuel Macron souhaite une nouvelle loi sur la fin de vie d'ici la fin de l'été. Le CESE qui devrait se prononcer aujourd'hui en faveur d'une aide active à mourir. C'est une information du journal La Croix. François-Xavier Bellamy, on connaît votre opposition à cette future loi. Dans la méthode utilisée par le gouvernement, il y a quand même la consultation de tous, des citoyens du CESE. Qu'est-ce qui ne va pas dans la méthode utilisée, selon vous ?
Alors, je serais très loin de dire que c'est la consultation de tous. Le CESE va rendre son avis. Il est connu depuis longtemps. Le CESE a déjà pris position pour l'euthanasie, il y a déjà plusieurs années. Et c'est lui qui a organisé cette convention citoyenne, dont j'ai déjà eu l'occasion de dire que les biais de méthode me paraissaient extrêmement préoccupants. Mais qu'elles ?
On prend des citoyens qu'on tire au sort et puis on les fait travailler sur un programme qui est arbitrairement organisé par le CESE comme institution, de toute évidence, un processus de cette nature, ça a été la même chose sur la Convention citoyenne pour le climat, n'aboutit pas à ce que les gens qui ont été tirés au sort représentent les citoyens, mais à ce qu'ils produisent une décision qui est sans aucun doute assez proche de celle qu'on espérait les voir exprimer. D'ailleurs, je suis très frappé de voir le CESE prendre une position aussi claire, aussi déterminée en faveur de l'euthanasie.
Permettez-moi de le dire simplement, mais cette institution, si elle a une raison d'être, c'est de représenter les corps constitués de la société, c'est de représenter les forces vives de la nation. Or, dans ces forces vives, comment se fait-il aujourd'hui que les 800 000 soignants qui se sont exprimés par la voix de leurs représentants de 13 associations qui se sont engagés dans une même communication de manière très claire et de manière assez inédite, ces 800 000 soignants ont dit leur opposition à l'euthanasie, je crois que ça ne permet pas au CESE, qui est supposé s'exprimer aussi en leur nom, de prendre une position aussi tranchée.
Et à la fin des fins, nous sommes responsables de ce que nous faisons de nos institutions. Le CESE, c'est une institution de la République qui n'a pas pour but d'exprimer ce que pensent ceux qui ont l'honneur d'en faire partie, mais qui a pour but de tenter de refléter les positions qui traversent la société. Eh bien, dans la société, il y a, je crois, notamment du côté des soignants, mais c'est aussi du côté des patients le même cas. Votre reportage, il y a quelques minutes, le montrait à Jeanne Garnier.
Il y a, en réalité, des visions beaucoup plus contrastées sur la question de la fin de vie que ce que le CESE voudrait nous faire croire, à travers la manière dont il a organisé la Convention citoyenne, comme à travers l'expression qu'il va sans doute adopter aujourd'hui.
Vous questionnez les institutions, et notamment le CESE. Vous pensez que le CESE est tout à fait partiel aujourd'hui ?
Écoutez, le CESE, je ne vais pas me prononcer sur la manière dont il organise ses travaux, mais sur les sujets dont nous parlons, il est clair que le CESE a un agenda idéologique parfaitement explicite. On se souvient qu'il y a dix ans, il avait refusé une pétition déposée par des centaines de milliers de citoyens sur la question du mariage et de la construction du mariage. Aujourd'hui, il prend position pour l'euthanasie.
Je le redis, libre à ceux qui font partie du CESE de gérer leur mandat comme ils pensent devoir le faire, mais moi je trouve qu'il y a un vrai problème de fond dans le fait qu'une institution qui a pour but de représenter les forces vives de la société soit à ce point incapable d'entendre les nuances qui la traversent et la réalité des débats, pour dire le moins, qui s'expriment en ce sens.
Peut-être un dernier sujet, François-Xavier Bellamy. Je sais que vous êtes très engagé sur le dossier arménien et notamment sur l'enclave du Haut-Karabakh, dont on parle assez régulièrement sur RCF, cette enclave arménienne. Vous êtes très engagé, Nathalie Loiseau, qui n'est pas tout à fait de votre bord au Parlement européen et elle-même très engagée sur le sujet. Beaucoup de politiques sont engagées sur ce sujet arménien et pourtant, rien ne bouge là-bas. Le Haut-Karabakh est encore isolé. Pourquoi la volonté politique ne suffit-elle pas ?
D'abord, malheureusement, c'est une volonté politique qui s'exprime plutôt en France, dans beaucoup d'autres pays européens. Nous ne trouvons pas nécessairement la même préoccupation pour ce qui se joue aujourd'hui en Arménie. C'est vrai qu'il y a des continuités historiques et j'y crois profondément. Déjà en 1915, pendant le génocide des Arméniens, c'est en France que des voix, trop rares malheureusement, mais malgré tout, avaient pu s'élever pour dénoncer la gravité de ce qui se jouait et de ce que le peuple arménien était en train de subir. Aujourd'hui encore, il subit un projet d'épuration ethnique, n'ayons pas peur de le dire.
Ce sont des dirigeants qui nient le génocide des Arméniens que nous avons commémoré il y a quelques jours. Ce sont des dirigeants qui sont encore dans le négationnisme historique qui expliquent qu'il faudrait chasser de leur terre les Arméniens comme des chiens. Je reprends une expression du dictateur d'Azerbaïdjan. Nous avons le devoir de prendre au sérieux ce qui se joue, notamment dans le Haut-Karabakh aujourd'hui, mais aussi sur le territoire de la République d'Arménie. C'est l'existence historique du peuple arménien, c'est l'existence de l'Arménie sur ces terres ancestrales qui est aujourd'hui en jeu.
Et moi, je suis heureux en effet que la France puisse avoir une position claire sur ce sujet. Vous citiez Nathalie Loiseau, on pourrait citer aussi au Parlement européen mes collègues Sylvie Guillaume, François Alfonsi, des socialistes ou des verts, des élus engagés dans toutes les formations politiques qui alertent sur ce qui se passe. Mais maintenant, il faut passer de la parole aux actes.
J'ai déposé au Parlement européen, il y a quelques semaines, un amendement pour demander que le Conseil, c'est-à-dire les États membres de l'Union européenne, prennent enfin des sanctions contre l'Azerbaïdjan qui est en train d'assiéger 120 000 civils dans le Haut-Karabakh, dans un siège qui est d'une barbarie sans nom. Eh bien, ces sanctions, il faut qu'elles soient prises maintenant. Et on l'entend ce matin.
Merci beaucoup François-Xavier Bellamy d'avoir été l'invité de l'RCF aujourd'hui. Merci.
Merci.
François-Xavier Bellamy