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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 3 novembre 2021 24 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesTransportsNumérique

Carburants en France : comment le peuple est racketté

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 4:12OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'État s'enrichit avec la hausse des prix du carburant ?

  • 4:44OuverteRéponse directe

    Quelle fiscalité faudrait-il mettre en place pour des prix justes et la lutte climatique ?

  • 10:36OuverteRéponse directe

    Sur la proposition de Bruno Le Maire d'affecter les recettes fiscales liées aux énergies fossiles vers la transition énergétique, est-ce réellement hétérodoxe ?

  • 13:24OuverteRéponse directe

    Quel type de proposition aurait été à la hauteur ?

  • 17:26OuverteRéponse directe

    Que penser du plan d'investissement France 2030 ?

  • 20:50OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'était à l'État de choisir ces secteurs stratégiques et d'investir ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 6:45Invité politiquePromesse
    « Il faut retirer la TVA, baisser la TICPE et là après mettre, en s'inspirant de ce qu'on avait avant, une éco-vignette. »
  • 13:52Invité politiqueChiffre
    « Il faudrait laisser sous terre 60% des réserves prouvées de pétrole et de gaz et 90% des réserves prouvées de charbon. »
  • 20:29Invité politiqueFait
    « Les innovations de rupture, toutes les innovations de rupture, c'est l'État. »
  • 21:59Invité politiqueFait
    « L'écran tactile, c'est un professeur et son étudiant qui ont eu des financements publics pour le faire. »

Temps de parole

  • Invité politique71 %
  • Présentateur18 %
  • Invité5 %
  • Invité 24 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro de l'Instant Porcher. Au programme aujourd'hui, les taxes sur les carburants, la proposition de Bruno Le Maire d'affecter les recettes fiscales liées aux énergies fossiles vers la lutte contre le réchauffement climatique et le plan d'investissement France 2030 annoncé par Emmanuel Macron. La mise en place d'une indemnité inflation de 100 euros pour faire face à la flambée des prix à la pompe a suscité pas mal de réactions, à gauche comme à droite. Certains affirment que le gouvernement s'enrichit grâce à la hausse des prix du carburant, notamment par le biais des taxes. Alors, est-ce vraiment le cas ?

On décrypte avec Thomas Porcher. À l'approche de la COP26, le gouvernement monte au créneau puisque ministre et autres porte-parole affirment que l'État fait de la lutte contre le réchauffement climatique l'une de ses priorités. Ce fut notamment le cas de Bruno Le Maire qui, à l'occasion d'un colloque sur le changement climatique et la finance, a proposé d'affecter les recettes fiscales liées aux énergies fossiles vers la lutte contre le réchauffement climatique. Mais que penser de cette proposition ? Thomas Porcher nous livrera son analyse.

Le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron présentait son grand plan d'investissement intitulé France 2030, un plan de 30 milliards d'euros sur 5 ans visant à améliorer la compétitivité de la France. Alors, quelles sont les propositions du président de la République ? On voit ça tout de suite dans l'Instant Porcher. Vous croyez vraiment que l'État s'est enrichi au cours des chocs pétroliers ? Demandait Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, lors de l'examen du budget 2022. Pour l'opposition, la réponse est positive puisque ces derniers prônent une baisse de la TVA sur les carburants, voire sa suppression, plutôt que la mise en place d'une indemnité inflation.

À ce propos, Emmanuel Macron affirme qu'une baisse de la TVA sur les carburants coûterait bien plus cher à l'État.

1:51
Invité

J'attire l'attention quand même de toutes celles et ceux qui proposent de baisser les taxes sur le carburant. La première chose, c'est que manipuler la TVA n'est pas possible en droit européen. La deuxième chose, c'est que les taxes sur les carburants, nous sommes à peu près dans la moyenne européenne. Mais ça coûte beaucoup, beaucoup plus cher. Et donc tous ceux qui appellent à la sagesse en termes de finances publiques seraient bien inspirés de regarder combien coûte cette baisse. Troisième élément, elle est absolument non ciblée.

C'est-à-dire que quand vous baissez les fiscalités sur les carburants, laquelle n'augmente pas avec le prix, elle est indéterminée, c'est la TVA qui va augmenter avec le prix. Quand vous la baissez, vous la baissez pour tout le monde. Donc je considère que c'est plus juste et mieux ciblé.

2:35
Présentateur

Le 12 octobre dernier, Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, demandait même aux distributeurs de faire un geste en réduisant leur marge sur les carburants. Au micro de Europe 1, le représentant des propriétaires indépendants de stations-services, Francis Pousse, affirme que c'est à l'État de prendre ses responsabilités.

2:53
Invité

Vous avez sur le gasoil 66 centimes de TICPE. Se rajoute à ça la TVA. Donc on peut estimer qu'à aujourd'hui, un litre de gasoil rapporte entre 80 et 90 centimes à l'État.

3:05
Présentateur

Bonjour Thomas.

3:06
Invité

Bonjour Tania.

3:07
Présentateur

Alors quelle est la part des taxes dans les prix du carburant et comment se décompose le prix de l'essence ?

3:13
Invité politique

Alors les taxes, elles représentent entre 50 et 60% des prix du carburant. En fait, dans un prix d'un litre d'essence, vous avez en premier lieu le produit raffiné. Le produit raffiné, c'est-à-dire le pétrole qui a été transformé en carburant. Vous y ajoutez ensuite la marge des distributeurs qui va de 1 à 4 centimes en estimation. Et puis après, le reste, c'est des taxes. Alors vous avez la TICPE qui est une taxe additive que l'on rajoute comme ça au prix du produit. Puis ensuite, vous avez une TVA sur le produit qui est une taxe proportionnelle, 20% du produit. Et vous avez une TVA sur la TICPE, c'est-à-dire une taxe sur la taxe qui est également de 20%.

Tout ça fait après un prix du pétrole, un prix des carburants, pardon, où vous avez à peu près entre 50 et 60% de taxe. Plus les prix du pétrole augmentent, plus la part du carburant augmente et plus la part des taxes en fait, en réalité, dans la proportion se réduit. Mais grosso modo, vous avez une grosse taxe additive, TICPE et une TVA sur le produit, une TVA sur la TICPE.

4:12
Présentateur

Allons de droite au but. Est-ce que l'État s'enrichit avec la hausse des prix du carburant ?

4:16
Invité politique

Oui, il s'enrichit parce que quand il y a une hausse des prix du pétrole, vous avez une hausse de la part du produit dans le prix du carburant. Et comme vous avez une TVA sur ce produit carburant, vous avez effectivement l'État qui va avoir beaucoup plus de TVA quand les prix du pétrole augmentent. C'est indéniable. Donc il y a une partie mécaniquement qui revient plus fortement à l'État quand les prix du carburant augmentent, qui sont dues à la hausse souvent des prix du pétrole.

4:44
Présentateur

Et finalement, quelle fiscalité faudrait-il mettre en place justement pour qu'à la fois les prix soient plus justes et qu'on puisse lutter aussi contre le réchauffement climatique ?

4:55
Invité politique

C'est ça la vraie question. C'est qu'en fait aujourd'hui, on a 50 à 60% de taxes sur un produit. Un produit qui est essentiel pour la majorité des Français. Le problème, c'est que cette taxation est extrêmement injuste. C'est que quand vous payez 60% de taxes sur un litre d'essence, celui qui la paye, qu'il soit milliardaire ou le plus pauvre de France, il payera la même taxe sur son litre d'essence. Donc c'est une taxe qui est foncièrement injuste. Elle ne prend pas en compte le type d'utilisation de la voiture. Elle ne prend pas en compte la zone géographique où vous vivez parce que prendre sa voiture à Paris, ce n'est pas la même chose que de la prendre en Meurtre et Moselle.

Vous avez moins de transports en commun. Donc c'est une taxe qui est injuste. Et nous avons aujourd'hui les mêmes prix de l'essence qu'il y a 10 ans. Donc on aurait pu mener une réflexion sur la fiscalité des carburants puisque tous les indicateurs, toutes les études montrent qu'à terme, les prix des carburants, mais toutes les consommations d'énergie vont augmenter parce que les prix du pétrole augmentent, les prix du gaz augmentent et même les prix de l'électricité, qu'ils soient nucléaires ou autres, sont amenés à augmenter. Le nucléaire pour des raisons de coût, notamment avec les EPR, etc. et les renouvelables également.

Donc il va falloir avoir une fiscalité qui soit moins punitive et qui soit plus incitative. Alors qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Moi ce que j'avais proposé il y a 10 ans, que j'avais déposé dans le débat public, qui viennent de mes travaux scientifiques et que j'avais publié d'ailleurs dans une tribune dans Le Monde, c'est que j'avais proposé déjà de baisser toute la partie additive de la taxe. C'est-à-dire la TICPE, là vraiment il n'y a rien de plus injuste. Vraiment vous êtes un smicard, vous payez la même qu'un milliardaire. Donc cette taxe-là, il faut la diminuer au maximum. Voilà, la diminuer, on la met à 0,5, ce qui fait drastiquement baisser le prix du carburant.

Ça c'est la première des choses. Sauf que c'est une perte de rentrée fiscale. Alors comment on fait pour compenser cette perte de rentrée fiscale ? Bon, il n'y a pas le choix, on est obligé de remettre une autre taxe. Sauf que plutôt que de mettre de la TVA, plutôt que de mettre une TICPE élevée, il faut retirer la TVA, baisser la TICPE et là après mettre, en s'inspirant de ce qu'on avait avant, une éco-vignette. Vous savez à l'époque on avait une vignette qui était très utile, qui a permis de développer, qui a permis de faire en sorte que notre parc automobile ne soit pas composé de grosses motorisations à l'époque. Elle a été retirée.

Moi je propose qu'on remette un type d'éco-vignette qui prenne en compte deux éléments. La première chose, la situation géographique. Il faut absolument aujourd'hui que la fiscalité soit différenciée en fonction des endroits où l'on vit. À Paris, le taux d'utilisation de la voiture c'est 14% parce que nous avons des transports en commun. Quand vous allez en petite couronne, vous êtes déjà à 50%. Quand vous allez en grande couronne, vous êtes à plus de 60%. Quand vous êtes en province, vous êtes quasiment partout, sauf dans quelques centres-villes, à pratiquement 80% d'utilisation de la voiture pour aller travailler. Ce n'est pas un choix personnel.

En fait, c'est parce que c'est une contrainte. En réalité, à Paris, vous avez le choix entre transport et voiture quand dans d'autres endroits, vous n'avez pas le choix, vous n'avez que la voiture. Donc il faut absolument qu'aujourd'hui la fiscalité prenne cet état de fait et qu'elle soit beaucoup moins chère dans les endroits où vous n'avez pas le choix et beaucoup plus chère dans les endroits où vous avez le choix. Celui qui doit payer, c'est celui qui utilise son 4x4 en centre-ville. Et ensuite, il y a une part de cette fiscalité qui pourrait être aussi liée à la puissance de la motorisation de la voiture.

De fait, si vous êtes grosso modo quelqu'un qui vit à Paris et qui avait un 4x4, là vous devez être taxé plein pot. Si vous vivez dans un endroit où il n'y a pas de transport, que vous êtes dépendant de votre voiture et que vous avez une consommation, une voiture qui consomme peu ou moyennement, vous devez payer très peu de fiscalité. Donc cette éco-vignette, en fait, elle se ventilerait en allant de 25 euros par an pour celui qui vit dans un territoire où il n'y a pas de transport et a une voiture avec un moteur en dessous autour de 4-5 chevaux et elle irait jusqu'à un peu plus de 200 euros pour quelqu'un qui a un 4x4 et qui vit à Paris.

Mais en même temps, quelqu'un qui a un 4x4 et qui vit à Paris peut facilement payer 200 euros par an de fiscalité. Et ça, ça permettrait de quoi ? De baisser les prix de l'essence à la pompe tout en ayant une opération neutre fiscalement pour l'État, c'est-à-dire en ayant les mêmes recettes budgétaires. Donc, grosso modo, il faut remettre la fiscalité des carburants à plat pour qu'elle soit plus juste et beaucoup plus progressive. Pour qu'elle permette aux gens de ne pas être impactés en fonction de là où ils habitent, mais aussi donner une part de responsabilité aux consommateurs en l'incitant à acheter des véhicules moins polluants.

Or, aujourd'hui, la fiscalité, elle ne répond à aucun de ces défis. C'est une fiscalité qui est juste punitive, qui s'ajoute à un prix du carburant sans tenir compte des différences de revenus, sans tenir compte des automobiles que nous achetons, sans tenir compte des inégalités géographiques. Donc, il faut la remettre à plat. Et ça, c'est des débats de fonds qu'on devrait avoir pour la campagne présidentielle.

9:17
Présentateur

Le ministère de l'Économie et des Finances n'est pas contre le climat. Il est engagé totalement dans la lutte contre le réchauffement climatique. C'est en tout cas ce qu'affirme Bruno Le Maire. À l'occasion d'un colloque sur le changement climatique et la finance, le ministre de l'Économie a proposé d'affecter les recettes fiscales liées aux énergies fossiles vers la lutte contre le réchauffement climatique.

9:37
Invité

Le climat justifie que nous réfléchissions à nous affranchir de cette règle de non-affectation des recettes. La transition écologique doit nous obliger à repenser nos habitudes. Elle doit nous obliger à revoir les dogmes les mieux établis. Je pense qu'affecter les recettes fiscales sur les énergies fossiles au seul financement de la transition écologique serait un gage de transparence et d'efficacité.

Si nous garantissons à nos compatriotes que chaque euro de recette fiscale sur l'essence, sur le diesel, sur le gaz, sur le fuel sera affecté en toute transparence et à l'euro près à la lutte contre le réchauffement climatique, je suis convaincu que cela facilitera le financement de la transition écologique et rendra la fiscalité actuelle plus acceptable.

10:36
Présentateur

Alors Thomas, justement, sur la proposition de Bruno Le Maire d'affecter les recettes fiscales liées aux énergies fossiles vers le financement de la transition énergétique, le journal Les Echos pointait une idée hétérodoxe. Est-ce que c'est réellement le cas, finalement ?

10:51
Invité politique

Moi, ce qui me fait rire, c'est que les libéraux, on va dire, pour les appeler comme ça, ils arrivent toujours dix ans après la guerre, dix ans après la bataille, avec des propositions qui ont été portées depuis très longtemps, mais vraiment depuis très longtemps, par des associations ou des intellectuels qu'on va dire, je n'aime pas dire de gauche, mais bon, voilà, depuis très longtemps. Et eux, à l'époque, c'était absolument impossible de faire ça. Et là, ils arrivent avec cette idée, comme si c'était la meilleure idée du monde, comme si c'était eux qui l'avaient inventée, alors qu'elle a été portée depuis des années.

Mais cette question de taxer les énergies fossiles pour financer la transition énergétique, c'est dans le débat, on va dire, depuis, je ne sais pas moi, une vingtaine d'années, à peu près, c'est-à-dire, allez, on va dire un peu moins, 16 ans pour être gentil avec Bruno Le Maire. Qu'est-ce qui s'est passé, en fait ? On avait un prix du pétrole, vous savez, dans les années 90, entre 1995 et 2002, on avait un prix du pétrole qui oscillait autour de 20 dollars. Donc, ce n'était pas grand-chose, voilà, 20 dollars. Donc là, les prix des carburants, de l'essence et tout, ça ne comptait pas à l'époque.

Il y avait l'aspect climatique qui commençait à émerger, l'aspect pollution, mais l'aspect du coût, ce n'était pas grand-chose parce que le pétrole ne valait pas très cher. Puis, à partir de 2003-2004, le prix du pétrole a commencé à augmenter. Il est passé de 20 à 60, à 80, et puis, il a atteint son sommet en 2008, où on avait un prix qui a été jusqu'à 148 dollars. Vous voyez ? À l'époque, les compagnies pétrolières ont vu, année après année, leurs bénéfices exploser. Je veux dire, les plus grandes majors dont Total fait partie, Exxon, etc., en 2008, ont tous fait des bénéfices supérieurs à 20 milliards de dollars. Vous voyez ? Avec Exxon, qui faisait 45 milliards de dollars de bénéfices.

À l'époque, personne, y compris chez nous, puisqu'on avait Total qui faisait un bénéfice record, personne ne s'est dit tiens, il y a une manne qui arrive là, les prix du pétrole augmentent, c'est une manne, on pourrait taxer ça et puis réinvestir ça dans la transition énergétique, dans le renouvelable ou ailleurs. Personne n'a pensé à ça. À l'époque, il ne fallait surtout pas toucher au profit. Et aujourd'hui, plus de dix ans après, c'était en 2008, Bruno Le Maire, il arrive avec son idée, tout le monde trouve ça révolutionnaire. Donc, oui, c'est mieux que rien. Bien sûr, taxer effectivement les bénéfices liés aux énergies fossiles que vont faire Total, etc., c'est une bonne idée.

Mais aujourd'hui, tout le monde s'accorde à dire que ce type de fiscalité n'est pas suffisante. Loin de là, on est très loin du compte pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. Donc, c'est une bonne idée qui arrive tardivement. Pourquoi pas avoir des fonds supplémentaires venant de la taxation de gens qui utilisent de l'énergie fossile ? Oui, pourquoi pas ? Mais il faut aller beaucoup plus loin.

13:22
Présentateur

Il faut aller beaucoup plus loin. Finalement, quel type de proposition aurait été à la hauteur ?

13:28
Invité politique

Aujourd'hui, en fait, on ne peut pas, quand on voit les différents rapports du GIEC, juste corriger l'économie. Là, en fait, quand on met une taxe, on corrige l'économie. Alors, on prend un peu, ils continuent à produire des énergies fossiles, on prend un petit peu de cette augmentation, on va dire, des prix du pétrole, de cet effet prix sur les bénéfices pour le réinvestir ailleurs, ça ne suffit pas. Quand on regarde, en fait, les derniers chiffres qui sont publiés dans des revues académiques, il faudrait laisser sous terre 60% des réserves prouvées de pétrole et de gaz et 90% des réserves prouvées de charbon.

C'est-à-dire, les réserves prouvées, c'est des réserves qui sont accessibles, ce ne sont pas des réserves probables. Vous savez, quand on va faire un trou en Arctique, on ne sait pas ce qu'il va y avoir, c'est des réserves probables. Quand on fait un trou en Guyane, il y a quelques années, on se dit, qu'est-ce qu'il y a ? Ce sont des réserves probables qu'on va estimer avec ce forage. Là, on parle de réserves prouvées qui sont tout de suite accessibles. Et maintenant, les réserves prouvées qui comptent dans les bilans en actifs des compagnies pétrolières qui les permettent de se valoriser sur les marchés financiers, il y a 60 % de ces réserves qui ne pourront pas être consommées.

90 % de charbon qui ne pourront pas être consommées, qui doivent rester sous terre. Donc là, il y a un jeu de dupe. Des compagnies se valorisent, disent qu'elles ont des réserves, disent qu'on a du pétrole pour tant d'années, mais on ne pourra pas l'utiliser, sauf si on est climato-sceptique. Dans ce cas-là, il faut le dire. Donc là, la vraie question que Bruno Le Maire devrait poser à nos compagnies, à nous, nationales, totales, par exemple, c'est qu'est-ce qu'il compte faire de ces réserves prouvées qu'il ne va pas utiliser ? Ça, c'est un vrai stress test. Et puis après, il y a des investissements. Les banques qui financent des investissements futurs.

Alors là, quand on se demande s'il y a du pétrole en Arctique, il y a notre compagnie nationale française. Elle a des financements pour faire des forages. Quelle banque finance ça ? Il faut interdire aux banques de financer des énergies fossiles. Pas un euro devrait aller dans le financement d'énergie polluante aujourd'hui. Parce que la situation est dramatique. Ce n'est pas nous qui le disons, c'est GIEC qui le dit. Donc voilà, on n'en est plus à la taxation pour corriger un petit peu le modèle. On en est vraiment à des mesures drastiques d'interdiction aujourd'hui. L'incitation, c'est fini. Aujourd'hui, on doit aller sur l'interdiction.

Surtout que là, avant la prochaine COP qui va se tenir dans quelques jours, on se rend compte que les contributions faites par les pays ne sont pas du tout au niveau. Que là, on est sur une trajectoire de 3 degrés. Vous voyez ? Et qu'on devrait être en dessous normalement de 2 voire 1,5. Donc il va falloir, il va y avoir une vraie révolution du modèle économique si on veut changer les choses. Donc on n'est plus dans l'ajustement là. On est dans le grand demi-tour. Et ce que propose Bruno Le Maire, là, c'est toujours de l'ajustement. Alors même que là, nous faisons courir à l'humanité un des plus gros risques en réalité. C'est un saut dans le vide que l'on fait. Vous voyez ?

Et comme nous n'avons qu'une planète où vivre, on n'a pas le choix de faire autre chose. Donc il faut vraiment aller beaucoup plus loin que ces propositions. Et le fait que certains journaux disent que c'est hétérodoxe, ça m'étonne. Parce que oui, c'est peut-être hétérodoxe pour des libéraux. Mais ça fait des années que des gens disent qu'il faut taxer les revenus fossiles. Mais même, ça fait des années, dans les premières COP, la COP 3, que certains disaient qu'il fallait laisser une partie du pétrole sous terre pour des raisons climatiques. Vous voyez ?

Et là, c'est des questions aujourd'hui que l'on voit dans des revues académiques, des débats qui sont discutés dans des revues académiques. Donc il faut aller vraiment plus loin. Il faut aller beaucoup plus loin que ce que propose Bruno Le Maire.

16:45
Présentateur

Le président de la République en est convaincu. Le plan d'investissement France 2030 permettra à la France de retrouver sa grande air et son rayonnement. C'est en tout cas ce qu'il a affirmé lors d'une présentation en grande pompe, réunissant étudiants, chefs d'entreprise ou encore investisseurs.

17:00
Invité

D'abord, la France a longtemps pensé qu'elle pouvait se désindustrialiser en continuant à être une grande nation d'innovation et de production. Je crois que maintenant il est établi que c'est faux. Quand on se désindustrialise, on perd de la capacité à tirer de l'innovation dans l'industrie et donc de l'innovation même incrémentale et c'est celle-ci qui nourrit le dialogue avec l'innovation de rupture. Si on ne réindustrialise pas le pays, il n'est pas vrai qu'on pourra redevenir une grande nation d'innovation et même de recherche.

17:26
Présentateur

Dans le détail, sur ce plan de 30 milliards d'euros, le gouvernement propose par exemple d'affecter 8 milliards d'euros au secteur de l'énergie afin de construire, je cite, une France décarbonée et résiliente, 4 milliards d'euros seront infectés aux transports du futur ou encore 3 milliards d'euros au secteur de la santé. Alors Thomas, que penser du plan d'investissement France 2030 ?

17:48
Invité politique

Là, on a eu l'impression vraiment qu'Emmanuel Macron nous a fait un catalogue où il a dit alors il faut investir quand on regarde dans le nucléaire, dans le spatial, dans l'agriculture, dans la voiture électrique, dans les énergies renouvelables. Le mec, il a fait un catalogue de 10 secteurs où il fallait investir. Alors, il va investir 30 milliards, 30 milliards sur 8 ans. Sur 8 ans. Je crois que en termes d'ambition avec ces 10 secteurs à développer, vraiment, mais tout hydrogène, enfin vraiment, tout y est passé. Et la somme qui est mise, si on voit un peu les enjeux qu'il y a derrière, on voit très bien que ça va être du saupoudrage.

Alors, il dit oui, mais c'est de l'argent public, le privé à prendre. Mais quand même, on est très loin du compte. Quand vous regardez, par exemple, aux Etats-Unis, quand ils y vont, ils y vont franchement. Vous regardez les entreprises d'Elon Musk qui couvrent un peu tout le spectre, enfin qui couvrent trois des objectifs, en fait, en tous les cas, sur les disques que Macron a dit. Vous regardez Tesla, SolarCity et SpaceX. C'est trois entreprises, trois entreprises seulement. Elles ont reçu de l'État américain pratiquement 5 milliards d'aides et de subventions indirectes. Là, il veut mettre 30 milliards pour 10 objectifs, 10 grosses filières.

Là, on parle de trois petites entreprises qui reçoivent de l'argent comme ça de l'État américain, directement ou indirectement. Vous regardez, par exemple, Tesla avait un programme, elle a reçu un prêt garanti de l'État de 400 millions d'euros, une en une boîte. Où il y avait une autre entreprise du solaire qui n'appartenait pas à Elon Musk, qui s'est d'ailleurs écroulée, qui a reçu, pareil, un prêt de 400 ou 500 millions garantis par l'État aux États-Unis. Donc, les Américains le font, mais ils le font dans des proportions complètement différentes. Là, 30 milliards, OK, c'est mieux que rien, mais 30 milliards sur ces 10 grands objectifs, ça ne va pas faire grand-chose par an.

Donc, moi, c'est juste un effet d'annonce avec du saupoudrage et puis surtout, ça fait un peu catalogue. On ne voit pas non plus l'articulation entre ces différentes filières. Si on veut qu'il y ait un État stratège, je veux dire, il faut qu'il y ait une articulation entre les filières industrielles entre elles et aussi comment ces filières industrielles répondent à un type de consommation. Vous voyez, c'est ce qu'on avait fait avec le plan du nucléaire à l'époque, c'est ce qu'on a fait avec la SNCF à l'époque, c'est ce qu'on a fait avec le rail, enfin voilà.

Et là, on a l'impression qu'il y a un catalogue comme ça, hydrogène, agriculture, renouvelable, spatial, avion, aviation, et puis on ne voit pas trop le lien et puis on leur donne 30 milliards qu'on se poutre comme ça à droite et à gauche qui est largement insuffisant. C'est toujours mieux que rien, mais c'est plus pour moi de la com qu'un véritable plan avec un État stratège derrière. Donc j'ai bien peur qu'au bout du compte, il n'y ait pas de grande différence parce qu'il faut bien avoir en tête quand même que c'est l'État qui innove. C'est l'État qui innove. Les innovations de rupture, toutes les innovations de rupture, c'est l'État.

Les petites innovations de process, là c'est les entreprises, mais les grosses innovations c'est l'État. Pourquoi ? Parce qu'en amont de la chaîne d'innovation, personne ne prend un risque sauf l'État. Donc l'État doit mettre le paquet et après c'est le privé qui reprend. Or là, on voit qu'on est dans le saupoudrage et donc il n'y aura pas ces innovations de rupture qui sont recherchées dans ce plan normalement.

20:50
Présentateur

Emmanuel Macron a parlé de plusieurs secteurs justement. Est-ce que c'était à l'État de choisir ces secteurs stratégiques et d'investir finalement dans ces secteurs ? Est-ce que ce n'était pas au secteur privé de le faire ?

21:03
Invité politique

C'est ce que vont dire les libéraux. Les libéraux, ils disent mais l'État, il ne sait pas faire. Les libéraux disent ça toujours. L'État, il ne sait pas faire, c'est aux entreprises de choisir là où elles veulent investir. Sauf qu'ils oublient quand même de dire que beaucoup d'entreprises sont tenues par les actionnaires et les actionnaires veulent des résultats de court terme et pas de long terme et que l'innovation nécessite parfois des investissements qui vont prendre des dizaines d'années. Vous voyez ? Vous regardez un exemple simple. Vous regardez l'iPhone. L'iPhone, c'est américain. C'est un smartphone. Ce n'est pas un téléphone simple. Pourquoi c'est un smartphone ?

Parce qu'il y a Internet, parce qu'il y a la reconnaissance vocale, parce qu'il y a l'écran tactile, parce qu'il y a le GPS. D'accord ? Qu'est-ce qui a inventé ? Comment ont été financées ces innovations ? Internet, c'est public. Ministère de la Défense américain. Voilà. L'ARPANET. Le Siri, la reconnaissance vocale, c'est pareil. C'est militaire. Dépense publique. L'écran tactile, c'est un professeur et son étudiant qui ont eu des financements publics pour le faire. Vous voyez ? Et le GPS, c'est pareil. Donc, partout, en fait, où il y a des forces d'innovation, celles qui changent notre vie, vous avez l'État qui a investi derrière.

Et c'est pareil en France avec le TGV, c'est pareil avec une partie du nucléaire, c'est pareil avec le Concorde, même si ça a été un échec, c'était des investissements publics. Donc, si en amont de la chaîne d'innovation, vous êtes déjà un petit peu pingre sur ce que vous allez donner ou vous saupoudrez à droite à gauche, vous n'aurez pas ces innovations. Le TGV n'aurait pas existé sans des fonds publics qui, en amont, financent ce type de projet. Internet n'aurait pas existé sans ça. Donc, ce n'est pas Google qui a inventé Internet, ce n'est pas Steve Jobs qui a inventé le smartphone. Ils ont récupéré des innovations financées majoritairement par des fonds publics.

Et donc, il faut avoir ça en tête. Une fois qu'on a ça en tête, on sait qu'il faut accepter déjà de financer des choses qui peuvent être des échecs, le Concorde chez nous, mais aussi l'entreprise du solaire que j'ai citée, américaine, qui a reçu des prêts de 500 millions et qui a fait faillite, c'est la vie. Mais il faut aussi accepter que parfois, quand il y a des innovations, ça profitera après au privé, ce qui a été le cas pour l'iPhone qui profite aujourd'hui à Apple ou les innovations qu'Elon Musk vont faire et qui vont lui profiter. Mais au tout début, vous avez quand même de l'argent public qui inonde et qui irrigue tout ça.

Donc, c'est absolument nécessaire que la force publique soit derrière et qu'elle y soit de manière franche.

23:18
Présentateur

L'instant porché, c'est fini pour aujourd'hui. Merci à toutes et à tous de nous avoir suivis. Et n'oubliez pas, le média est indépendant et n'existe que grâce à vous. Alors, n'hésitez pas à devenir sociaux et à nous, on se dit à la semaine prochaine. Le Média devient une coopérative. Alors, pour garantir son indépendance, n'hésitez pas à devenir sociaux et à nous soutenir sur lemédiatv.fr. Et pour ne rien rater de nos contenus, abonnez-vous au podcast.