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interviewyoutube.com· 3 novembre 2011 11 min

Entretien avec Marine Le Pen 4/5

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:09
Présentateur

— Pour vous, quel a été l'événement marquant le passage d'une certaine insouciance enfantine ou adolescente à une certaine gravité ? C'est venu par la politique. Quand est-ce que vous avez su que le monde n'était pas aussi gentil, que même il pouvait être tragique ?

0:23
Marine Le Pen

Ça a été évidemment l'attentat. L'attentat qui a détruit notre immeuble lorsque j'avais 8 ans. Puisque nous dormions dans l'appartement, mes parents et mes trois sœurs. Et cette bombe a explosé et a éventré l'immeuble. Je crois qu'il n'y avait pas eu une aussi grosse explosion depuis la guerre. Et là, on a vu la mort de près. Et puis vous vous dites qu'après tout, il y a des gens qui sont... Ils sont capables de vouloir la mort, non seulement d'ailleurs d'une seule personne, mais d'une famille entière quand vous avez 8 ans. C'est une révélation. Et quand, dans la foulée, vous apprenez que tout ça est très probablement lié à la politique...

Bon, moi, c'est l'escalade de la politique par la face d'or.

1:17
Présentateur

Je crois que j'étais aussi sensible, si on peut dire, au fait que peu de gens ont témoigné de leur solidarité en ce moment tragique, très précis.

1:25
Marine Le Pen

Oui, honnêtement, je l'ai appris plus tard. Mais c'est vrai que quand je vois aujourd'hui qu'on est très prontes à monter des cellules psychologiques, etc., c'est vrai qu'à l'époque, on n'a rien eu de tout ça. On n'a eu ni cellules psychologiques, ni même particulièrement en ce qui concerne mes sœurs de compassion de la part de leurs professeurs, alors qu'évidemment, l'événement que nous avions vécu était un événement, même s'il n'y avait pas eu de mort, dramatique. Le petit garçon d'un an... Avec lesquels nous étions extrêmement liés, qui était sur le palier d'en face, que ma sœur gardait régulièrement, a quand même été projeté du cinquième étage.

J'entends encore mon père dire à ses parents, et vous, ça va ? Et Guillaume ? Et les parents répondent, Guillaume, il n'y a plus Guillaume, parce que sa chambre n'existe plus. Pour les petites filles que nous étions, ça a été tout de même un événement traumatisant. Je crois qu'à part un conseiller municipal parisien, mon père n'a réussi... Aucun courrier, ni de sympathie, ni de soutien de la part d'aucun responsable politique de l'époque.

2:37
Présentateur

Marine Le Pen, ça n'est pas un entretien politique que nous avons, mais tout de même, quand est-ce que vous avez compris le combat de votre père, et même est-ce que vous avez été tenté, dans les premiers temps, de le contredire éventuellement ? Est-ce qu'il y a eu une sorte de révolte adolescente, comme il en existe très souvent ?

2:51
Marine Le Pen

Non, honnêtement, je n'ai pas eu de révolte adolescente, tout simplement parce que... Parce que l'image, si vous voulez, ça a été tellement difficile, tellement difficile. Il y a eu tellement de calomnie, tellement d'injures prononcées à son égard, que je ne pouvais qu'être scandalisé par ce que j'entendais, par ce qui se disait de lui. Ce qui se disait de lui était tellement loin de la vérité que je vivais, moi, au quotidien, que je crois que ça m'a évité cette espèce de révolution.

C'est une révolte qu'on peut avoir, je le conçois d'ailleurs quand on est adolescent, mais quand on est face à une telle injustice, qu'on salive votre nom, qu'on salive votre famille, que tout est bon pour traiter le peine différemment des autres, c'est plus la solidarité qui est le réflexe, en réalité, que la révolte. Et puis j'ai été bercé par des valeurs que mon père nous a apportées, qui nous a transmises, qui étaient exactement à l'inverse de ce que je pouvais entendre.

Il nous a inculqué le respect de l'autre, il nous a élevé en nous disant que, quelle que soit l'origine, la couleur, la religion, il y avait dans la vie des hommes bien et des hommes pas bien, et que cela se trouvait dans toutes les catégories. Moi, j'ai vu des gens, mais complètement différents, venir fréquenter mon père. Des riches, des pauvres, des aristocrates, des ouvriers, des harkis, des musulmans, des protestants. J'ai été bercé dans ces valeurs-là, et donc je n'ai jamais compris qu'on puisse lui faire, et continuer à faire encore aujourd'hui, à mon égard, cette espèce de procès scandaleux, du racisme, de l'antisémitisme, de la xénophobie. Moi, je n'ai jamais ressenti de...

haine chez mon père, et dans ma famille. Je n'ai jamais ressenti de haine à l'égard de quiconque, bien au contraire, d'ailleurs.

5:01
Présentateur

Pourtant, vous constatiez une diversité, pas souvent observée, d'ailleurs.

5:05
Marine Le Pen

Mais il y avait de tout, de tout, je ne peux pas vous dire, mais il y avait de tout. C'était, dans la maison Le Pen, passaient des gens, parfois même, d'ailleurs, des gens assez originaux, mais qui reflétaient vers l'ensemble de ce que pouvait être la société française. Et jamais, je n'ai ressenti... la moindre réserve à l'égard de quelqu'un, sous prétexte qu'il était ceci ou cela, y compris, d'ailleurs, des gens de gauche. Encore une fois, l'image qu'on a donnée de nous est vraiment très éloignée de la réalité.

5:39
Présentateur

Est-ce que la solidarité familiale, ou même filiale, s'est muée en solidarité politique assez vite ? Est-ce que vous étiez une étudiante politisée ?

5:46
Marine Le Pen

Non, j'étais... Cette période-là, si vous voulez, j'ai... Il faut quand même se souvenir que toutes les grandes tristesses de ma vie adolescente, ont été directement liées à la politique. Toutes les blessures, que ce soit l'attentat, le divorce de mes parents ultra-médiatisé, et même instrumentalisé, les grandes campagnes de presse, l'affaire Lambert, toutes ces affaires-là, si vous voulez, étaient autant de blessures pour moi. Et donc, il y a un moment donné, j'ai tenté de m'écarter de la politique. Je me disais... Je me disais que la politique était trop douloureuse. Voilà, tout simplement.

Ça ne veut pas dire d'ailleurs que je ne participais pas aux grandes manifestations, le 1er mai, les conventions, les élections présidentielles. Je suivais mon père, je l'avais suivi d'ailleurs quand j'avais une quinzaine d'années, parce que ça me passionnait, lors d'une municipale dans le 20e arrondissement. Mais étudiante, je prends mes distances avec la politique. Honnêtement, à l'époque, j'en ai soupé. Voilà, j'en ai soupé. J'en ai soupé de la souffrance que ça représente. Et je m'en écarte un peu. J'essayais aussi de faire ma vie, après tout.

D'avoir mon cercle d'amis, de penser peut-être à autre chose, de m'extirper un petit peu de cette vie familiale qui était tellement imbriquée avec la vie politique. Alors, j'étais là, mais je trouvais que me politiser à l'époque, ce n'était pas ce que je voulais faire. Je voulais faire ma vie. Je voulais avoir... un métier. C'est ce que j'ai fait, d'ailleurs, pendant un certain temps.

7:31
Présentateur

Est-ce que vous avez aujourd'hui des amis qui ne sont pas de votre opinion politique, ou en tout cas de proche relation ? Oui, j'en ai plein.

7:39
Marine Le Pen

J'en ai plein, parce que, écoutez, quand vous avez des amis à 8 ans ou à 10 ans, comment pouvez-vous savoir qu'ils vont avoir les mêmes opinions politiques que vous ? C'est absurde. Donc, moi, j'ai des tas d'amis que je me suis faits lorsque j'étais enfant, puis lorsque j'étais adolescente, puis lorsque j'étais étudiante, puis lorsque j'étais adulte, puis lorsque j'étais avocat, puis durant mes vacances, ici, qui sont des gens qui ne pensent pas du tout comme moi. Et ça ne pose absolument aucun problème. Il n'y a que les gens profondément sectaires qui n'ont dans leur connaissance que des gens qui pensent comme eux.

C'est en général, d'ailleurs, ceux-là qui donnent des leçons de démocratie et de... comment dire...

8:18
Présentateur

de compréhension et d'ouverture d'esprit, bien sûr. Vous avez entrepris le cursus qu'on connaît, qui a fait de vous une avocate, mais est-ce que vous avez... vous avez oublié une autre vocation rentrée ? Un regret ?

8:29
Marine Le Pen

Oui, on en a tous, bien sûr. D'abord, j'aurais voulu être photographe, parce que j'aime beaucoup la photo. C'est resté un hobby, d'ailleurs, pour le coup, que j'exerce, que j'impose à mes enfants, que je fais supporter à mes enfants régulièrement. J'aurais aimé aussi être commissaire de police ou être juge d'instruction. J'y ai pensé beaucoup, puis je me suis dit que, quand on s'appelait Le Pen, évidemment, ça devenait beaucoup plus compliqué et que, très probablement, je n'aurais pas pu exercer cette mission de service public de manière tout à fait normale ni correcte avec le nom que je portais. J'aurais toujours été victime d'a priori. Voilà.

9:18
Présentateur

Alors, du politique revenant au privé, est-ce que votre statut de présidentiable, vous avez encore l'occasion de sortir, le soir, comme vous aviez le fait, en naguère ?

9:27
Marine Le Pen

Moi, je vous avoue. Moi, dans quoi j'ai une réputation qui est largement surfaite, parce qu'en réalité...

9:34
Présentateur

Marine Le Pen ne sortait pas tant que ça.

9:36
Marine Le Pen

Oui, voilà, c'est ça. Enfin, si, Marine Le Pen, elle sortait, mais en fait, quand elle était en vacances, puisque je sortais très peu sur Paris. Il faut dire que j'habitais à Saint-Cloud et que ce n'était pas toujours très facile de rejoindre Paris. Donc, je sortais beaucoup quand j'étais ici. Ça, c'est vrai, on a beaucoup fait la fête. Avec une bande d'amis qui est restée, d'ailleurs, des amis maintenant. Bon, maintenant, non, c'est fini. Enfin, je ne veux pas dire que... Ça m'arrive de temps en temps, mais c'est très rare, d'abord, parce que, qu'est-ce que vous voulez, quand vous faites ce que je fais, c'est quasiment une vie monacale, quoi. C'est presque une vie de sportif de haut niveau.

Vous ne pouvez pas être à 7h du matin chez Barbier et à 3h du matin en train de faire la fête. Il n'y a personne qui est capable de faire ça. Et puis, j'ai des enfants maintenant. Je n'en avais pas à l'époque. Je crois que chaque âge aussi a ses plaisirs. Mais ça m'arrive maintenant trop rarement, même. J'irais jusqu'à dire trop rarement.

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