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interviewLCP (sur YouTube)· 4 novembre 2023 13 min

Antoine Léaument, député LFI de l'Essonne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-Il a commencé comme youtubeur. Il a d'ailleurs fait profiter Jean-Luc Mélenchon de ses talents sur le web avant de se lancer lui-même en politique et d'être élu député sous les couleurs de La France Insoumise. Générique ...

Bonjour, Antoine Léaument. -Bonjour. -En quelques années, Jean-Luc Mélenchon est devenu la personnalité politique la plus suivie sur YouTube.

Il a 2,6 millions d'abonnés sur Twitter, 2,1 millions sur TikTok. Est-ce qu'on peut dire que c'est, au moins en partie, grâce à vous ? -Oui, en partie. -C'était votre rôle ? -C'était mon rôle, c'est vrai, de construire une équipe depuis maintenant de nombreuses années.

Je pense que ce que j'ai su faire, c'est trouver les gens qui savaient faire. Moi, je maîtrisais une partie des choses. Jean-Luc Mélenchon a de l'appétence pour ça.

Il aime beaucoup trouver des manières de faire passer son discours politique. La force de ses réseaux sociaux, ça tient au fait qu'il essaye de faire passer un message politique, programmatique, sans faire de la com'. Parfois, il y a un peu de com'. -On va en parler. -Il essaye de faire passer un message politique.

Ca dit beaucoup des raisons pour lesquelles l'attachement à Jean-Luc Mélenchon est d'abord un attachement à des idées. Il a réussi à faire passer ça par les réseaux. -On va parler de votre rôle aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, mais d'abord, j'aimerais qu'on écoute la façon dont il parle de TikTok.

Vous allez me dire ce que vous en pensez. *-Je me téléporte. Le 10 avril, on vote.

C'est l'élection présidentielle. On vote. TikTok, C'est un mode d'expression.

Il faut le prendre pour ce que c'est. Si c'est de la peinture, c'est de la peinture. C'est pareil pour la musique.

Le TikTok, c'est TikTok. Vous allez pas faire du YouTube à TikTok. C'est un art, il faut apprendre. -Est-ce qu'il a bien compris ce que c'est, "le TikTok", comme il dit ? -Il a totalement compris.

Il y a une grammaire sur les réseaux sociaux. Chaque réseau en a une, c'est comme une langue. Par exemple, je suis bon pour faire un risotto.

Je peux vous l'expliquer en français. Si vous me demandez de le faire en russe, je pourrai pas. Il faut que j'apprenne la langue, c'est pareil pour les réseaux.

Il faut d'abord apprendre les codes, la langue de ces réseaux. Ensuite, c'est réussir à faire entrer le discours politique à l'intérieur de cette langue-là. La force de Jean-Luc Mélenchon, c'est de s'être imprégné de la manière dont fonctionnent ces réseaux sociaux. -C'est le 1er homme politique que j'ai vu, par exemple sur YouTube, inviter ses abonnés à appuyer sur le pouce ou autre.

C'est ça, les codes des réseaux sociaux. -C'est...

Ouais. -Mais venant de lui, connu pour être un tribun érudit, diplômé de philosophie et de lettres modernes, ça surprend. Ca a été compliqué de le convaincre d'aller vers ça ? -Pas du tout.

Jean-Luc a toujours cherché à être indépendant de ces modes d'expression. Il a fait un blog en 2008, quand c'était l'époque des blogs. Il existe toujours.

Il avait fait le minitel aussi, quand c'était l'époque. Jean-Luc aime bien dire : "Quand j'ai commencé à militer, "on tournait les tracts à la ronéo. "Maintenant, je peux faire des tracts à 2 millions de vues." -Il parodie Wejdene. -Tout à fait. "Macron, tu hors de ma vue." -Ca fait partie de ces codes-là.

Réussir à capter les choses qui se passent sur les réseaux, car il y a un monde parallèle. -Ca a fait beaucoup de vues. -C'était un carton.

C'était le lancement du compte TikTok. On avait réussi à capter un truc. Il y avait une blague sur "La République, c'est moi", un peu d'autodérision sur le moment des perquisitions.

Ca avait bien fonctionné. On a réussi à bien faire fonctionner ses réseaux. Dans une large mesure, le score qu'on réalise chez les jeunes, qui s'informent avec les réseaux, vient de là.

Il vient aussi du fait que ça intéresse Jean-Luc Mélenchon. C'est pas quelqu'un qui va prendre une boîte de com'. Il aime ça. -Derrière ses vidéos, il y a aussi une vraie stratégie.

Vous disiez : "On fait pas de la com' sur les réseaux sociaux." En même temps, en 2017, vous expliquiez : Le "vous", ce sont les journalistes. C'est vrai que c'est enquiquinant, les journalistes.

Ca pose des questions, ça empêche les politiques de dérouler leur discours. Alors que sur YouTube, on fait ce qu'on veut. -Exactement. -Donc c'est de la com'. -Non, justement.

Le système médiatique a des défauts. Il impose des thèmes et un temps. Ce que permettent les réseaux sociaux, c'est de s'extraire de ça.

Parler de la VIe République dans une matinale France Inter de 8 minutes avec des questions sur l'immigration, l'insécurité ou autre, c'est compliqué. Mais si vous faites une vidéo YouTube, vous pouvez faire 30 minutes sur la VIe République. Ca permet d'expliquer. -On va parler de votre parcours politique.

Avant le mélenchonisme, vous avez été bayrouiste sur la campagne de 2007. Vous aviez presque 18 ans. Qu'est-ce qui vous attirait chez François Bayrou ? -Plusieurs choses.

C'était Macron avant l'heure. Il proposait : "La droite, la gauche, "tout ça, c'est un peu vieux. "Ca sert à rien.

Je veux faire travailler "ensemble les gens qui veulent faire des choses." Il parlait d'une VIe République. C'était une République présidentielle, et je me suis mis à distance de ça, mais il y avait des choses, y compris sur les médias.

Dans une interview marquante, il avait dit à Claire Chazal : "Vous, votre média, "c'est Bouygues, qui est l'ami de Nicolas Sarkozy, donc..." -Vous avez vu en lui un candidat antisystème ? -C'était un peu le candidat qui sortait du cadre. -Mais avec une sensibilité en même temps de droite et de gauche, à l'époque ? -Ben, ma mère était de droite.

Maintenant, elle vote pour Jean-Luc Mélenchon, mais elle était gaulliste et mon père, de gauche. Donc la moyenne en 2007, c'était François Bayrou. -Comment vous avez basculé ? -Il y a eu plusieurs choses.

Il y a d'abord eu la réforme des retraites. Déjà, le MoDem a pas fait grand-chose après 2007. Ca a été un peu mou.

La réforme des retraites de Sarkozy en 2010 m'a montré qu'il y avait un problème. La crise des subprimes...

Les banques ont spéculé contre la dette des Etats, et la conséquence, c'est qu'on a fait la réforme des retraites pour sauver la dette. Et j'ai découvert le livre de Jean-Luc Mélenchon en 2010, "Qu'ils s'en aillent tous" et que j'étais d'accord avec 95 % de ce qu'il disait. Ensuite, je me suis rendu compte que les 5 % où je n'étais pas d'accord, il avait raison. -Vous vous êtes engagé pour lui... -Je me suis engagé, oui. -Mais sous pseudo, au début. -Oui. -Vous n'avez pas assumé publiquement et vous expliquez que ce n'est pas évident d'assumer cela.

Vous vous dites que ça va peut-être constituer un frein pour l'avenir. Vous n'étiez pas encore un Insoumis dans l'âme. -C'est pas ça, c'est que là, on est en 2017, au moment où on fait ça, et moi, j'ai jamais voulu faire de la politique un métier.

Je suis sociologue de formation. Je voulais être chercheur. C'était ça, mon dada.

Et, d'une certaine manière, quand vous sortez du champ de la recherche, pour pouvoir y revenir, faut pas montrer un engagement politique, surtout en sociologie. -Vous aviez peur d'être marqué au fer rouge. -Oui, mais c'est difficile parce qu'il faut porter la parole de ce qu'on fait sur les réseaux sociaux.

Les médias veulent des personnages. Moi, j'incarnais la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon. Donc au bout d'un moment, voilà. -On a découvert un Antoine Léaument très différent, à l'Assemblée, en 2022, pour sa toute première prise de parole.

On va en revoir un extrait. -J'étais tremblotant. *Pour ma première intervention ici, qu'il me soit permis de dire un mot.

Je siège en haut de l'hémicycle, et je veux rendre hommage à ceux qui nous ont précédés dans "la montagne" et qui portaient l'idéal républicain que nous défendons encore. Suivant les mots de Jean Ferrat, je veux dire qu'ici, il y a avec nous la France qui répond du nom de Robespierre. -Alors, cet hommage à Robespierre, au début, certains ont cru que c'était une blague ou une provocation, mais c'est sérieux. -Oui, car Maximilien Robespierre est au centre de la Révolution française.

Il porte dès le début l'idée d'une République profondément démocratique et sociale. Il dit : "Nul ne peut entasser "des monceaux de blé à côté de son semblable "qui meurt de faim." -C'est votre modèle politique ?

Tous les ans, vous commémorez sa mort à Arras. -Je le choisis, car il est très caricaturé. C'est un personnage présenté comme l'instigateur de la Terreur, un dictateur, etc, et en réalité... -Ce qui correspond à une réalité. -Non, cette histoire-là, elle est créée par ses ennemis qui l'envoient à l'échafaud.

C'est une histoire qui est créée. La Terreur... -Le consensus des historiens... -Il n'y en a pas. -Certains portent une voix différente. -Un des ouvrages qui m'a le plus marqué, c'est celui de Jean-Clément Martin.

Il explique comment la Terreur, le Robespierre dictateur, ont été créés après sa mort, pas avant. -La loi des suspects... -Je suis pas forcément d'accord avec ça.

Je dis pas que Robespierre, c'est parfait. Sur le droit de vote des femmes, il s'est pas exprimé. En même temps, il défendait dès le début l'abolition de l'esclavage, le droit de vote des Juifs.

Il porte pendant la Révolution des questions qui sont d'une modernité absolue. -Vous êtes un révolutionnaire ? -Oui, une révolution citoyenne, par les urnes.

Un changement de Constitution, c'est une révolution. -Lors du débat sur les retraites, vous avez lancé une phrase qui m'a un peu marqué. Vous avez dit ceci.

Il y a un petit côté "les aristocrates à la lanterne". Ca m'a fait penser à la photo de Thomas Portes le pied sur un ballon de foot avec le visage d'Olivier Dussopt dessus. Jusqu'où êtes-vous prêts à aller pour vos idées ? -Jusqu'aux urnes... -Mais pas au-delà ? -Non, mais...

Je me réfère à un discours critiqué de Jean-Luc Mélenchon où il dit : "A bas la mauvaise république". On lui est tombé dessus. "La mauvaise république, donc il est pas républicain", etc.

Quand il y a des polémiques, j'aime bien rentrer dedans. Pour moi, c'est un plaisir. La bataille politique, convaincre les gens sur des idées... -Les mots peuvent être perçus par les gens différemment.

Ca peut être perçu comme un appel à prendre les armes. -On m'aura alors mal compris. Jamais je n'appelle à la violence.

Quand je dis qu'ils auront leur prise de la Bastille, je parle d'une manifestation. -Ah, d'accord ! -Mais non, je trouve que c'est quand même...

J'aime bien les mots. J'ai une formation de littéraire, en plus de sociologue. J'aime bien choisir les mots.

Venir sur cette idée de la Bastille, d'une manifestation le 14 juillet...

Pour moi, c'est une date qui est centrale dans notre histoire. Je célèbre la Révolution dans ma circonscription. Au début, tout le monde pensait que j'étais barré avec mes histoires, mais en fait, je raconte une histoire nationale qui est révolutionnaire.

C'est l'histoire de notre pays. La cocarde que je porte, c'est le symbole de notre drapeau. Il vient de la Révolution. "La Marseillaise" est un chant révolutionnaire.

Notre devise, Robespierre l'a inventée. Vous voyez, l'histoire de notre pays tel qu'il est aujourd'hui, il vient de là et j'essaie de porter ce message. -On va terminer par notre quiz. -OK. -Je vous explique le principe.

Il faut compléter les phrases que je vais vous proposer. On y va. "Avec un tel physique, "les gens pensent que..." -Que je suis de droite. -Ca vous arrive ? -Ouais, ça m'arrive.

Il y avait beaucoup de gens qui pensaient ça au début ou qui disaient : "Il vient de Bayrou, il est un peu chelou." En réalité, mon engagement est profondément à gauche. On peut pas être révolutionnaire et de droite, ou alors, c'est une révolution nationale qui n'est pas ma tasse de thé. -"Jean-Luc et moi, c'est..." -C'est une histoire d'abord de camaraderie.

Désormais, je pense que c'est une amitié solide et sincère. Pour moi, ça reste l'homme politique marquant du début de ce 21e siècle, sans doute celui qui a permis que la gauche, en France, ne soit pas réduite en poussière. -"Quand je vois que Louis Boyard "fait plus de vues que moi..." -Je le félicite. -Y a pas de jalousie ? -Ah non, Louis...

Vous avez trouvé la photo. Louis, c'est un ami. Pareil, je le connaissais pas avant de devenir député.

On s'entend comme larrons en foire avec Louis. Vraiment, c'est un excellent ami et quelqu'un qui, je trouve, fait un travail magnifique sur les réseaux sociaux pour convaincre la jeunesse. Vraiment, Louis, si tu nous écoutes, félicitations. -Merci, Antoine Léaument, d'être venu ici. -Merci pour l'invitation.

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