La réforme de la haute fonction publique met-elle en danger la diplomatie française ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir, entrons ensemble dans le temps du débat consacré ce soir à la réforme des carrières diplomatiques. A l'ordre du jour ce soir, la réforme de la haute fonction publique met-elle en danger la diplomatie française ? Depuis le printemps, et l'annonce par le Président de la République de la réforme de la haute fonction publique, le corps diplomatique est bouleversé par ses conséquences, car les deux corps qui composent la hiérarchie du Quai d'Orsay devraient être supprimés, ouvrant la carrière à des hauts fonctionnaires venant d'autres ministères.
Une rupture avec une tradition séculaire de représentation de la France à l'étranger qui suppose, pour les diplomates en poste, une formation, mais surtout une pratique de la négociation apprise sur le terrain, une pratique de la négociation singulière que d'autres hauts fonctionnaires, dans leurs propres fonctions, n'auraient pas acquises. Nous en discutons avec nos trois invités ce soir. Olivier La Silva, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes diplomate, vous êtes représentant permanent de la CFDT au ministère des Affaires étrangères. Vincent Jauvert, bonsoir.
Vous êtes grand reporter à l'Obs et vous avez écrit notamment « La face cachée du Quai d'Orsay » chez Robert Lafon, c'était en 2016, mais également « Les intouchables d'État ». Et puis enfin, troisième invité, Christian Lequen. Bonsoir Christian Lequen. Bonsoir. Vous êtes professeur à Sciences Po, spécialiste des questions de diplomatie. Vous avez dirigé l'ouvrage « La puissance par l'image, les États et leur diplomatie publique » qui vient d'être publié aux presses de Sciences Po. Et également une ethnographie du Quai d'Orsay qui nous a beaucoup servi depuis pas mal de temps. C'est publié désormais en poche chez Biblis à CNRS Édition.
Moi, je ne saurais pas être médecin. Je ne saurais pas être garagiste. Tout le monde pense qu'il pourrait être diplomate.
Beaucoup de gens s'interrogent si la diplomatie est encore un métier. Puisqu'ils veulent tous faire de la diplomatie et qu'ils estiment par conséquent que la diplomatie, c'est quelque chose qui ne demande pas ni de connaissances particulières, ni d'expériences, ni de talents particuliers, mais que tout le monde peut se définir comme diplomate à un moment ou à un autre. Et je ne le pense pas.
Quand je suis rentré au Quai d'Orsay, sauf si franchement, on piquait dans la caisse, on était quand même assez sûr de finir ambassadeur ou consul général ou ambassadeur adjoint. Aujourd'hui, c'est plus là. Cette absence de moyens qui fait qu'on a fermé les ambassades, qu'il y a moins de postes de débouchés, qu'il y a des nominations politiques aussi de plus en plus, qui agacent un peu dans le métier. Ben oui, c'est compliqué.
Est-ce que la diplomatie est en crise ? Oui, sans doute.
Des paroles de diplomates interrogées par Franck Cuvillier dans une réalisation de Véronique Samouiloff pour la série documentaire LSD sur France Culture. C'était la semaine dernière, et je vous conseille l'intégralité de cette série qui est tout à fait formidable, qui s'intitule « Diplomates au bord de la crise de NER ». Ça a été diffusé la semaine dernière sur France Culture. Vous le retrouvez sur franceculture.fr, mais également sur l'application Radio France. C'était un bon moyen pour peut-être commencer notre discussion.
Olivier Dasylvain, ces paroles un peu éparses, qui ouvrent cette série autour de gens qui disent « Ben non, la diplomatie, c'est un métier, tout le monde ne peut pas la faire ».
Oui, c'est un métier, il y a d'autres métiers. En tout cas, ce qui est certain, c'est que la réforme en cours suscite évidemment, comme vous le savez, une très grande émotion au sein du Quai d'Orsay, parce que ce que les collègues nous disent, c'est le questionnement sur l'avenir même de l'outil professionnel, diplomatique. Ce n'est pas un métier, ça a été rappelé, ce n'est pas un métier que vous pouvez faire par intermittence. C'est un métier qui se construit, c'est un métier qui suppose savoir, expérience, langue. Ce n'est pas le seul, mais par contre, il a une singularité, c'est que sur l'ensemble de notre fonction publique, c'est le seul à s'exercer à l'étranger.
Et donc, avec des conditions extrêmement particulières, ce qui fait qu'évidemment, on n'est pas chez nous, on n'est pas sur les territoires. Et au fond, c'est peut-être le moyen, très rapidement, en deux mots, de rappeler les deux principales missions qu'on exerce à l'étranger, qui sont celles de la construction de réseaux d'influence pour nos intérêts. Alors c'est extrêmement variable, évidemment, droit de l'homme, climat, laïcité, intérêts commerciaux, tout y passe. Pour ça, on travaille avec énormément d'institutions qui sont elles-mêmes situées à l'étranger. Je ne parle pas des autorités locales, mais simplement nos lycées français, 500 lycées.
Je crois que vous avez un problème avec votre micro de votre côté, Olivier La Silva. On vous a perdu, on va vous reprendre dans un instant. Christian Lequen, ces paroles de diplomate, vous les avez croisées après une enquête au long cours que vous avez pu faire justement au Quai d'Orsay. C'était il y a 5 ou 6 ans maintenant et que vous avez traduit dans Ethnographie du Quai d'Orsay. Vous les avez déjà entendues, ces paroles de gens qui disent que c'est un métier et nous sommes concurrencés par des non-professionnels ?
Bien sûr, c'est un discours récurrent et pas simplement des diplomates français. C'est un discours qu'on entend dans toutes les diplomaties de carrière. La difficulté, si vous voulez, qu'on les diplomate, c'est qu'ils ont le sentiment qu'on ne comprend pas leur métier. Et c'est vrai que c'est un métier qui prête à beaucoup de caricatures. Dans le fond, quand on pose la question aux citoyens ordinaires, qu'est-ce que fait un diplomate ? L'image qui arrive immédiatement, ce sont les réceptions. Le diplomate Ferrero Rocher, c'est-à-dire le côté mondain. Or, la représentation, ça existe encore, bien sûr. On passe encore pas mal de temps à faire ce type de travail.
Mais c'est loin d'être le cœur du métier. Je veux dire, le métier aujourd'hui est extrêmement divers. Il faut le considérer vraiment comme un métier où on met en contact des entreprises, des réseaux d'influence. Enfin, voilà. Et je pense que c'est une difficulté des diplomates. C'est qu'ils ont le sentiment que leur métier n'est pas compris, dans le fond. Ils ont le sentiment qu'on a du mal à percevoir quelle est la réalité de leur activité professionnelle. J'ajoute à cela que, et ça, on peut faire un lien avec la réforme, les diplomates passent pas mal de temps à faire du travail administratif. Donc, ils sont, pour une bonne partie de leur métier, des bureaucrates.
Mais ils ne veulent surtout pas qu'on les considère comme tels. Mon collègue norvégien, Iver Neumann, qui a lancé un peu les premières études anthropologiques sur le métier de diplomate, parle du diplomate comme d'un bureaucrate contrarié. Je crois que c'est juste. Donc, dire au diplomate vous êtes simplement un administrateur, vous êtes simplement quelqu'un qui va gérer des procédures comme on peut le faire dans n'importe quel ministère, c'est un discours que le diplomate a du mal à recevoir.
Alors, des discours que les diplomates ont du mal à recevoir, vous les connaissez puisque vous les avez vous-même pratiqués, Vincent Jaubert en tant que grand reporter à l'Obs avec ce livre qui a fait beaucoup de bruit et qui a fait grincer beaucoup de dents au Quai d'Orsay, la face cachée du Quai d'Orsay. Vous avez écrit un article extrêmement sévère dans l'Obs, c'était le 3 décembre dernier, l'affligeante révolte des diplomates français.
Pourquoi vous trouvez ça affligeant et pourquoi tout compte fait vous êtes favorable à cette réforme, visiblement, d'après cet article, pourquoi vous trouvez effectivement qu'ils ont tort majoritairement, visiblement, puisqu'ils sont très nombreux à contester cette réforme de la haute fonction publique qui supprimerait les accès privilégiés et spécifiques à la diplomatie, pourquoi vous trouvez qu'ils ont tort de se révolter ?
D'abord, je suis tout à fait pour la réforme générale de la haute fonction publique. Il faut, je pense, placer la réforme de la diplomatie ou du corps diplomatique dans ce cadre-là. C'est ça qui me semble le plus important. On ne peut pas, depuis les années 70, répéter que la haute fonction publique, qui fonctionne par grand corps, fonctionne très mal, fonctionne dans l'entre-soi, ce qui provoque des situations désastreuses, parfois, pour le fonctionnement de l'État. Et lorsque une réforme en profondeur s'annonce, freiner les quatre fers. Ça me donne l'idée qu'en fait, il est urgent de la faire, cette réforme.
Moi, ce que j'ai vu au Quai d'Orsay, que je connais depuis 20 ans, c'est d'abord la face non cachée avec des gens formidables, des gens souvent d'une grande valeur, d'une profonde analyse vraiment étonnante. Mais lorsqu'on revoit de l'autre côté, on voit le plus pur corporatisme. Qu'est-ce que vous appelez le plus pur corporatisme ? Peut-être parce qu'ils sont souvent à l'étranger. Ils cumulent tout. Ils cumulent entre soi. Je ne vais pas donner de nom parce que ça ne se fait pas ici. Mais on sait qu'il y a des familles entières.
Des hommes. Vous savez, à la radio, j'ai connu beaucoup de familles aussi qui faisaient la radio. Et puis, c'est parce que simplement, on apprend le métier.
En même temps, des maris et des femmes qui ont des fonctions importantes. Plusieurs. des fils d'eux. Ça donne l'idée d'une famille. Ce que je veux dire, c'est que ces gens-là sont souvent des gens très compétents, mais qui sont en famille. Ils vivent entre eux. Il faut ouvrir. Il faut ouvrir ce monde-là. Il faut ouvrir tous les mondes de la fonction publique. Ce que nos interlocuteurs ont dit concernant la diplomatie, c'est vrai pour le trésor. C'est vrai pour l'éducation nationale. C'est vrai pour toutes les branches de l'administration. C'est-à-dire qu'il ne faut pas réformer. Non, je pense qu'il est urgent de réformer.
Olivier La Silva, vous avez été coupé par une rupture technique. Je vous laisse continuer. Vous pouvez peut-être répondre à ce qui vient d'être dit par Vincent Jauvert.
Oui, si vous m'entendez bien, je voulais juste finir mon propos. Mais je voulais juste finir mon propos sur ce que je disais sur les métiers. Je répondrai après sur les métiers de l'influence. Et puis, on a beaucoup parlé et j'entendais avec beaucoup d'intérêt M. Le Ken sur les questions d'influence c'est une négociation. Mais je crois qu'il ne faut pas oublier d'autres pans entiers, par exemple, liés à ce qu'on appelle le consulaire, c'est-à-dire la protection de nos compatriotes.
La façon, par exemple, pour l'an dernier, nous avons organisé, et je veux dire, nous, nous, collectivement, les diplomates et agents consulaires, l'assistance à 200, 250 000 Français qui étaient coincés par la fermeture des espaces aériens ou des frontières, ce qu'on fait pour aider la communauté française résidente. On parle de 2,5 millions de personnes. Donc ça, c'est un pan très important de l'activité diplomatique et qui nécessite beaucoup d'énergie et pas seulement d'une analyse, mais aussi des contacts, du travail, du terrain. Ça, ce sont des choses qui sont insuffisamment connues.
Mais est-ce que...
Est-ce qu'un... Je finis juste sur les visas. C'est pareil, il y a des décisions importantes qui ont été annoncées en matière de visa. C'est un élément important de notre politique, plus toute l'influence, évidemment, sur coopération universitaire, les lycées, les alliances françaises, etc. Donc tout cet ensemble-là, ça suppose... C'est un métier qui se construit et il n'y a pas... On n'est plus dans les années 30 avec des petits concours et des grands concours ou dans les images de l'INA avec des gens en haute forme et des dynasties. C'est quelque chose de particulièrement ouvert. Je vais vous donner un exemple. Moi, je suis... Je ne suis pas un cas isolé. Je n'ai que le baccalauréat.
Voilà. Je suis un diplomate. Un certain nombre de collègues ont un doc de droit, une licence acquise il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans. Il y a des gens beaucoup plus brillants. Il y a de tout au Quai d'Orsay. Et ça ne m'a pas empêché de pouvoir être ambassadeur. Moi, je suis un des produits de la méritocratie républicaine.
Mais en quoi un préfet de la République, quelqu'un qui viendrait de la haute fonction publique mais territorial ou qui serait installé donc au sommet du ministère de l'Intérieur ne pourrait pas prétendre à cette même pratique que celle que vous avez tous les jours d'une certaine façon en tant que diplomate.
Mais parce que... Bien sûr qu'il peut l'acquérir. Mais il va l'acquérir. Tout ça nécessite beaucoup de temps. Encore une fois, il n'y a pas de prédestination à telle ou telle carrière. On ne naît pas diplomate, pas plus qu'on ne naît préfet ou inspecteur général. C'est quelque chose qui se construit avec le temps. Il faut des langues étrangères. Il faut des codes. Il faut être reconnu par ses pairs. Ça, c'est un sujet qui, je crois, intéresse vos auditeurs. C'est que... Je disais à l'étranger, il y a quelque chose de particulier. Quand vous arrivez dans un poste... Moi, j'ai fait 7 postes à l'étranger. 6 ou 7. Et beaucoup d'administrations centrales aussi.
Mais à chaque fois que je suis passé dans un endroit, vous voyez votre collègue allemand, américain, espagnol, etc. Les premières questions qu'on vous pose, c'est... Voilà. Qu'as-tu fait précédemment ? Quel est ton circuit ? Etc. Quel que soit votre talent, si vous arrivez à 45, 50, un peu plus, sur une fonction importante, et pas seulement d'ambassadeur, c'est vrai, sur toute la chaîne de professionnels, eh bien, si vous n'êtes pas capable de dire... Il faut de montrer parce que ça vous fait défaut que vous avez acquis une expérience, bon, on ne vous apprisera pas. Mais vous serez tenu en lisière. Et la constitution du réseau d'influence sera beaucoup plus difficile.
Voilà. Ça, je crois que c'est important. Christian Lequen, vous qui, non seulement, avez travaillé sur le Quai d'Orsay et les hauts fonctionnaires du Quai d'Orsay, mais également, vous travaillez aussi en comparatisme avec d'autres diplomaties, est-ce que c'est si singulier ce qui se passe en France ? Est-ce que ces procédures sont si singulières pour l'instant ? Ou est-ce qu'au bout du compte, tous les autres pays mettent en œuvre à peu près les mêmes façons de faire que celles qui ont été décrites à l'instant par Olivier Dasylvain ?
Non, c'est très différent d'un pays à l'autre. Si vous voulez, les modes de recrutement ne se ressemblent pas. C'est-à-dire que la particularité de la France, c'est qu'on a la possibilité de devenir diplomate en faisant un certain nombre de concours qui sont des concours différents. Ça, c'est assez rare dans les autres pays, enfin, je parle des démocraties occidentales, mais aussi le Brésil, où il y a un seul concours diplomatique qui très souvent se traduit ensuite par un passage dans une école diplomatique où on reste un an, un an et demi à se former. Vous nous les déclinez
ces concours justement différents pour la France ?
Ce sont les concours d'Orient, les concours du cadre général, précisément ceux qui devraient être remis en cause par cette réforme et puis la possibilité d'accéder par l'ENA qui maintenant va se transformer en institut national du service public. Donc ça, c'est une première caractéristique de la France. Si vous voulez, en Allemagne, si vous voulez devenir diplomate, vous passez le concours de l'Haus Vertikas Ham du ministère des Affaires étrangères et il y a un seul concours une fois par an. La caractéristique française numéro 2, c'est que M. Da Silva l'a souligné, il y a finalement plus de promotions internes en France que dans la plupart des pays voisins.
C'est-à-dire que c'est un ministère où il est possible effectivement d'entrer au cadre B, par exemple le concours de secrétaire de chancellerie et puis de terminer ambassadeur. Et en retraçant les carrières des gens on a un formidable outil qui est l'annuaire diplomatique et consulaire. Je me suis rendu compte avec mes étudiants que finalement ce cas de figure n'était pas si rare. Donc là aussi il y a une peur si vous voulez de la part des diplomates qui sont actuellement en poste que cette promotion interne peut-être sera plus difficile en sachant que cette promotion interne on ne la retrouve pas dans tous les ministères.
elle est supérieure au Quai d'Orsay par exemple qu'elle ne l'est au ministère des Finances et à la direction générale du Trésor en particulier. Voilà donc un peu les caractéristiques françaises. Sur la question des dynasties bien sûr il y a eu des dynasties il y a eu des familles etc. Mais tout ça est en train de diminuer considérablement et c'est vrai de tous les services diplomatiques. Pourquoi ? C'est parce que tout simplement il y a encore 50 ans quand vous vouliez faire un métier en rapport avec l'international il n'y en avait pas 36 vous choisissiez d'être diplomate.
Aujourd'hui vous pouvez faire tout un tas de métiers en rapport avec l'international vous pouvez travailler dans le business vous pouvez travailler dans une organisation internationale dans une ONG etc. Donc les enfants de diplomates qui ont été habitués à cette vie d'expatriation qui parlent les langues etc. ont d'autres ont d'autres choix de carrière que celle de simplement continuer la tradition familiale.
Vincent Jauvert une autre des critiques qui est faite à cette réforme en cours que vous défendez vous-même pour avoir justement beaucoup côtoyé ce milieu de la diplomatie une autre des critiques c'est de dire on va ouvrir aussi à la possibilité des nominations par le pouvoir politique des nominations disons qui seraient faites de manière qui ne passerait pas par ce système des concours qui est si républicain c'est déjà le cas
personne ne rappelle que les ambassadeurs ne sont nommés par le gouvernement n'importe qui peut être nommé ambassadeur par le président de la république et pourtant il ne le fait pas tout ce que disent ces messieurs c'est faire un procès d'intention aux futurs gestionnaires de ce groupe de 1500 hauts responsables du Quai d'Orsay de quelques milliers au cadre de la fonction publique ça veut dire qu'on suppose qu'ils vont mal faire leur métier mais pourquoi le ferait-il mal pourquoi est-ce qu'il ferait bouger forcément des gens à droite et à gauche et est-ce qu'au Quai d'Orsay il n'y a pas des dizaines voire peut-être des centaines de gens de bon niveau qui s'ennuient à mourir qui ne font rien dans ce qu'on appelle le couloir de la mort au sein du Quai est-ce qu'il est normal qu'au sein du Quai d'Orsay on ne connaisse pas les rémunérations est-ce qu'il est normal qu'il y ait tant d'impunité vous citiez mon livre il y a d'autres cas je ne connais pas il y en a un aussi de diplomate qui ait commis un délit qui ait été puni c'est une maison qui vit elle-même c'est un corps totalement refermé sur lui-même fait de gens extrêmement compétents pour la plupart mais refermé sur lui-même il faut que ce soit ouvert
on a bien compris effectivement la défense que vous aviez vis-à-vis de cette réforme de la haute fonction publique qui va conduire peut-être justement à une véritable réforme disons des recrutements au sein du Quai d'Orsay on écoute un autre extrait de la série Diplomate au bord de la crise de Naner diffusée la semaine dernière sur France Culture signée Franck Cuvillier et Véronique Samouilov que je vous conseille d'écouter une anecdote racontée par l'ancien ambassadeur de France en Chine Jean-Maurice Rippert
avant la visite d'un ministre ou d'un président ou d'un premier ministre on fixe un programme on fixe un ordre du jour on écoute religieusement les instructions du cabinet du président qui veut mettre l'accent sur ceci mettre l'accent sur cela en général chaque voyage a une dominante et puis on fait les propositions après il faut les défendre on ne gagne pas toujours ça m'est arrivé de perdre pas mal de combat face à des cabinets ça m'est aussi arrivé d'en gagner parce que j'ai dit non vous ne pouvez pas faire ça parce que dans le pays où on est où vous allez venir ce n'est pas comme ça que ça se passe vous ne connaissez pas ce n'est pas un problème moi je connais je suis là pour ça donc faites moi confiance le président de la république comme vous l'avez constaté est quelqu'un qui a beaucoup d'empathie et qui aime aller voir les gens et donc quand j'ai organisé sa première visite en Chine son cabinet m'a reproché enfin m'a reproché il m'a dit écoute ça ne va pas du tout il n'y a pas d'occasion où le président peut rencontrer les gens il m'a fallu un certain temps pour leur expliquer que la Chine ce n'était pas un voyage à Angoulême et qu'on n'allait pas vers la foule derrière des barrières ce n'est pas un voyage en Afrique où il y a 200 000 personnes avec des petits drapeaux qui chantent ce n'est pas comme ça il s'est produit ce que j'avais prévu c'est-à-dire que la phase déambulatoire nous l'avons faite dans des rues désertes
France Culture le temps du débat Emmanuel Laurentin parce qu'on vient d'entendre cet ambassadeur de France ancien ambassadeur de France en Chine Jean-Maurice Riper dans cette série Diplomatoire de la crise du nerf diffusée sur France Culture dans LSD parce qu'il faut bien dire Olivier La Silva que le combat que vous menez en tant que représentant de la CFDT au MAE avec d'autres j'imagine contre cette réforme se porte essentiellement contre aussi la façon dont l'Elysée peut-être considère le corps diplomatique il y a visiblement disons des ambiguïtés qui n'ont toujours pas été levées entre le président Macron et son entourage la cellule diplomatique peut-être aussi et les membres du Quai d'Orsay est-ce que ça ça a une fonction justement dans cette querelle qui se développe aujourd'hui autour de cette réforme
non je ne crois pas non je ne pense pas qu'il y ait de querelle vous savez le sujet il est le sujet que vous évoquez il est quasiment aussi ancien que la 5ème république donc c'est un domaine
il aurait pu ne pas advenir c'est à dire il est advenu donc s'il est aussi ancien que la 5ème république c'est qu'un président l'a mis à l'ordre du jour pourquoi l'a-t-il mise à l'ordre du jour alors que la précédente ne l'avait pas fait
non ce que je crois enfin ce que nous on pense c'est qu'en vérité il y a comme ça a été rappelé une prodigieuse méconnaissance de ce qu'est le travail diplomatique voilà ça c'est un on a été incapables depuis depuis très longtemps de pouvoir aux affaires étrangères de pouvoir illustrer informer même au titre de la redevabilité ce que nous faisons sur nous faisons un métier formidable mais qui reste méconnu du plus grand nombre et parfois même de spécialistes donc ça c'est quelque chose qu'il va falloir sans doute retravailler mais si vous le permettez et c'est important pour vos auditeurs moi je voudrais revenir sur la problématique que crée le message que nous envoyons au fond avec cette réforme c'est comme si on faisait une forme de désarmement unilatéral de notre diplomatie au moment où la plupart la grande majorité des pays des grands pays ou des pays d'influence sont en train eux-mêmes de réarmer leur propre outil diplomatique et parfois de façon assez agressive alors à partir de là nos adversaires concurrents si vous préfère se frottent les mains nos alliés ne comprennent pas parce qu'ils ont besoin d'interlocuteurs encore une fois d'interlocuteurs chevronnés moi je ne fais aucun jugement de valeur sur la contraire sur les hauts fonctionnaires et nous travaillons d'ailleurs avec régulièrement avec toutes les autres administrations en poste avec des magistrats des gens du ministère de l'intérieur des militaires évidemment et puis le dernier point qui pose qui risque de poser problème c'est celui de l'attractivité à partir du moment où parce que les études sont longues elles sont compliquées ça a été rappelé il y a des processus de sélection ou d'identification de profils qui sont effectivement très exigeants à partir du moment où vous adressez ce signal de fermeture de mise en extinction du corps diplomatique français ou d'une grande partie pas tout mais enfin
les diplomates ne vont pas disparaître en l'occurrence Olivier La Silva ils vont changer peut-être de type de formation et peut-être de type de recrutement mais ils ne vont pas disparaître de toute façon
c'est à dire que si vous reprenez la réforme vous avez un grand corps d'administrateurs de l'état qui va être un peu plus de 10 000 personnes et dans lequel on a vocation à dire aux personnes écoutez vous allez postuler sur tel type d'emploi dans la diplomatie puis en poursuite vous ferez de la préfectorale et puis après vous irez peut-être dans les rangs du ministère de l'éducation nationale c'est pas plus que pour d'autres métiers vous ne faites de la diplomatie de façon intermittente un dernier mot là-dessus prenons une formule très simple chez les militaires si vous êtes formé pour être pilote de chasse c'est pas pour aller conduire un tank ou pour être marin la réciproque est vraie aussi et pourtant vous êtes bien militaire donc c'est pas une question d'exclusivité c'est une question de parcours alors il faut trouver le moyen de faire en sorte que les exigences propres à ce métier en tout cas je ne peux parler que pour les diplomates mais c'est sans doute vrai pour d'autres corps enfin c'est même très certainement vrai pour les autres corps nécessitent de trouver les moyens de garder cette professionnalisation
Christian Lecaine justement sur cette question est-ce que cette réforme est assez avancée est-ce que la façon dont la colère monte au quai d'Orsay permettrait de la changer ou d'éviter qu'elle n'intervienne dans les mois qui viennent et cette question du désarmement qui était donc avancé par Olivier Da Silva vous pensez que le corps diplomatrique serait désarmé par cette réforme ?
écoutez, non, je ne le crois pas je pense qu'on va trouver des voies de compromis comme toujours alors d'abord je voudrais dire sur la réforme elle-même moi je crois que la réforme contient pas mal de points qui sont très positifs en règle générale moi aussi je suis très opposé au corporatisme quel qu'il soit quand ils sont trop rigides je pense que c'est très mauvais c'est pas seulement le cas dans la fonction publique c'est le cas de manière générale ensuite un peu de mobilité ça fait du bien aussi mais on a besoin aussi de gens qui soient des professionnels des métiers de l'international donc on aura besoin de diplomates et je pense que le concours d'Orient ne va pas disparaître parce que le concours d'Orient il amène aussi un certain nombre de talents autour de connaissances de langues rares de civilisations particulières etc.
donc je pense que il va se maintenir et puis après
la réforme ne sera pas complète d'une certaine manière on ne supprimera pas ce concours d'Orient selon vous ? parce que c'est ainsi que ça va se terminer
et ensuite il faut regarder à l'Institut National du Service Public comment va se faire si vous voulez l'aiguillage vers le Quai d'Orsay de ceux qui disons exprimeront des talents et des désirs particuliers de travailler à l'international je dois dire que le système de l'ENA actuel n'est pas extraordinaire puisque vous savez que le système actuel tout est basé sur le rang de sortie et lorsque j'ai fait mon enquête sur les diplomates qui ont été recrutés par l'ENA par la voix de l'ENA j'ai trouvé pas mal de gens qui m'ont dit moi j'ai fait la diplomatie parce que je ne voulais faire que cela c'était vraiment mon objectif mais j'ai trouvé aussi des gens qui m'ont dit moi je suis entré au Quai d'Orsay tout simplement parce que je n'ai pas pu aller dans les grands corps c'est à dire je n'étais pas assez bien classé pour aller au conseil d'état ou à l'inspection des finances donc je suis allé au Quai d'Orsay mon autre choix c'était la direction générale du corps ça n'en fait pas
de mauvais diplomate vous voulez dire
ils sont devenus diplomates voilà parce que le rang de sortie a fait qu'il pouvait aller au Quai d'Orsay que le métier qu'on leur offrait là-bas était quand même assez intéressant mais c'était pas de la vocation pure donc tout ce qui est disons travail d'aiguillage qui est en fait un travail de ressources humaines modernes au niveau de l'ENA enfin au niveau de ce qui va remplacer l'ENA l'Institut National du Service Public sera très important oui donc effectivement
il faut axer selon vous la formation et la manière de faire la nouvelle pratique par l'intermédiaire de cet institut national qui va se créer pour remplacer l'ENA Vincent Jauvert vous êtes d'accord avec ce qui vient d'être absolument
je crois que par des billets franchement différents tous les deux on est d'accord je pense je voulais juste rajouter une chose c'est que j'ai vu dans une tribune de signer par 105 ans diplomate quelque chose qui m'a absolument ahuri ces diplomates disaient que cette réforme allait porter atteinte à la place de la France dans le monde et je me suis dit ça prouve bien que cette réforme est urgente si les diplomates en sont à se dire que c'est eux les diplomates qui font la grandeur de la France dans le monde et pas les scientifiques les artistes les sportifs les écrivains c'est que vraiment il y a un problème dans ce corps là
oui qu'est-ce que vous répondez Olivier Derselva à ce que vient de dire Vincent Jauvert à l'instant
ce qu'il y a à répondre c'est que il y a un corps diplomatique par définition c'est pas la tête la tête ça reste l'exécutif évidemment c'est l'exécutif qui détermine d'abord la politique étrangère de la France et c'est le corps diplomatique qui le met en oeuvre mais Vincent Jauvert a raison de rappeler en revanche que la place de la France elle est le fait de ce qu'on fait en matière sportive en matière de recherche en matière culinaire et c'est là-dessus que les diplomates ont ce rôle de favoriser ce sont des facilitateurs en fait pour faire en sorte que notre rôle puisse être valorisé un mot sur l'Institut National du Service Public c'est très important de ce que je comprends alors ça reste à voir mais je crois que ce sont les propos des services de Mme Améline Monchalin il est question qu'il n'y ait qu'une seule langue si j'ai bien compris et que ce soit l'anglais et que surtout le niveau demandé de l'anglais ne soit pas discriminant c'est à dire qu'il faudrait se contenter d'un niveau moyen moyen plus mais pas davantage pour éviter que ce soit discriminant alors évidemment si c'est avec ce type de formation sur le plan linguistique qu'on entend faire de l'excellence pour ensuite avoir des diplomates chevronnés je pense que ça ça risque d'être un petit peu compliqué quant au concours d'Orient oui il est maintenu c'est vrai c'est ce que nous a dit le directeur de cabinet de la ministre mais on parle de 9 à 10 recrutements par an donc c'est pas c'est pas avec ça que vous avec ce chiffre là que vous faites un renouvellement des cadres donc il faut je crois qu'il faut être extrêmement vigilants sur tout ça et sur les risques que l'on fait peser sur l'outil si on a une politique et c'est le cas de notre pays si on a des ambitions en matière de politique étrangère il faut quand même avoir un outil qui correspond sinon ça va poser un léger problème
Christian Lequen dans l'excellent documentaire que je cite depuis le début de cette émission Diplomates au bord de la crise de Nair de Franck Cuvillier et de Véronique Samouilov sur France Culture qu'on peut retrouver sur le site les diplomates interrogés insistent beaucoup sur une sorte de concurrence qui ne serait pas une concurrence entre pays mais qui serait une concurrence entre des organisations qui prendraient en charge des diplomaties parallèles et ils évoquent en particulier des diplomaties tout à fait normales et pas des diplomaties secrètes qui sont les grandes ONG internationales etc et la difficulté pour les diplomates disent-ils dans ce documentaire de se retrouver avec des grandes têtes d'affiches de grandes institutions qui sont Médecins Sans Frontières ou Greenpeace ou d'autres grandes institutions de ce type-là en concurrence d'une certaine manière pour pouvoir porter les paroles de la France ou les paroles autour soit du réchauffement climatique soit de tout un tas d'autres grands problèmes que prennent en charge ces institutions-là donc non-gouvernementales qu'est-ce qu'il faut penser de cela ?
Vous l'avez noté vous aussi en tant que votre travail d'ethnographie du Quai d'Orsay ?
Bien sûr les diplomates sont de plus en plus en concurrence avec d'autres acteurs qui font de la diplomatie c'est vrai à l'intérieur de l'appareil d'Etat je crois que c'était M. Da Silva qui rappelait très justement tout à l'heure qu'une ambassade n'est pas composée simplement de diplomates il y a des magistrats il y a des douaniers il y a un policier etc.
et puis il y a cette concurrence extérieure maintenant des organisations non-gouvernementales des grandes entreprises si vous prenez la fondation Bill Gates par exemple elle est en mesure de donner en Afrique de l'Ouest à peu près l'équivalent de ce que donnent les pays de l'Union Européenne pour les politiques de santé donc c'est un vrai vrai concurrent mais justement les diplomates ça fait partie de l'évolution de leur métier c'est à dire qu'un diplomate moderne il doit prendre en compte justement le fait qu'il y a ces nouveaux acteurs il ne doit pas entrer forcément en conflit avec ces acteurs il doit faire en sorte de travailler ensemble de travailler dans des réseaux alors parfois les différences d'intérêt font que ça n'est pas possible mais parfois ça l'est et ce travail nécessite effectivement de regarder maintenant en dehors des chancelleries c'est à dire que l'interlocuteur d'un diplomate ce n'est plus simplement les autres diplomates ce sont tout un tas d'acteurs et ce sont les sociétés on a rappelé tout à l'heure la question de la diplomatie publique la diplomatie d'influence d'ailleurs il y a une nouvelle feuille de route qui vient d'être dressée par le ministre des affaires étrangères et qui a été présentée à la journée des conseillers de coopération il y a quelques jours qui est très clair de ce point de vue là le diplomate maintenant sur le terrain et bien il faut qu'il aille parler aux universités qu'il aille dans les foires commerciales faire du soft power
comme on dit maintenant
bien sûr bien sûr ça fait aujourd'hui complètement partie du métier et moi j'ai plutôt le sentiment si vous voulez que les diplomates de la nouvelle génération ont très bien compris si vous voulez les all boys qui vous disent non la diplomatie ça doit rester le cabinet noir vous voyez un peu les négociations secrètes etc c'est quand même un peu dépassé Vincent Jouvert oui je voulais juste ajouter qu'il faut que je pense les membres de l'autre fonction publique donc les diplomates mais les autres fassent très attention aux discours qui tiennent vis-à-vis de l'opinion publique je ne suis pas sûr qu'ils mesurent à quel point l'opinion publique est en décalage est en méfiance par rapport à ce groupe-là qui les dirige et résister comme ils le font alors ils le font de manière plus pondérée plus pesée plus posée que d'autres et qu'au début mais tout de même je pense qu'ils ne se rendent pas compte à quel point cela peut rendre fou les français d'entendre parfois leur résistance
qu'est-ce que vous attendez justement de cette résistance que vous incarnez avec d'autres Olivier Da Silva un changement de pied on conclut il nous reste moins d'une minute un changement de pied du gouvernement ou au contraire d'accompagner de façon différente justement cette réforme
il faut peut-être faire ce qui a manqué jusqu'à présent c'est-à-dire une étude d'impact c'est tout si simple que ça c'est-à-dire quels sont est-ce qu'on a bien mesuré nous n'en sommes pas tout à fait sûr à la CFDT en tout cas et dans d'autres organisations syndicales est-ce qu'on a bien mesuré les conséquences de ce qu'on fait voilà en termes de par rapport aux ambitions qui sont affichées c'est sans doute une des pistes qu'on doit pouvoir explorer au moment où la réforme avance quand même tambour battant où tout est censé être verrouillé terminé d'ici le mois de mars assez simplement pour la diplomatie
on suivra cela effectivement pour cette réforme de la haute fonction publique d'ici le mois de mars merci à vous Olivier Del Silva vous êtes diplomate et représentant permanent de la CFDT au ministère des affaires étrangères merci à Vincent Jauvert grand reporter à l'Obs qui a écrit notamment la face cachée du Quai d'Orsay chez Robert Laffont mais également les intouchables d'Etat et merci à vous un grand merci Christian Lequen qui nous avait aidé aussi aidé à préparer cette émission professeur à Sciences Po spécialiste des questions de diplomatie vous avez dirigé l'ouvrage La puissance par l'image les Etats et leur diplomatie publique qui vient d'être publié aux presse de Sciences Po et l'excellent ethnographie du Quai d'Orsay chez Biblis au CNRS édition c'était le temps du débat Rémi Baye Audrey Dugas Fanny Richer Sarah Marx et Chloé Cambrelin à la technique Hugo Renard à la réalisation Louis-Valentin Faury et Thomas Jost
Sous-titrage Sous-titrage
Emmanuel Macron