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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 22 février 2022 18 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalImmigration & asileInstitutions & élections

Macron candidat sous-marin, Pécresse piégée, sondages à gogo : Thomas Porcher décrypte les manipulations

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:37OuverteRéponse directe

    Pourquoi Macron tarde-t-il à entrer dans la campagne présidentielle ?

  • 4:30OuverteRéponse directe

    Est-ce que tu sais quel va être son axe pour cette campagne présidentielle ?

  • 7:39OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que tu penses de ce terme qui a pu être marginalisé jusqu'alors, mais qui est repris dans les meetings et là, dans le meeting républicain ?

  • 9:30OuverteRéponse directe

    C'est quoi son positionnement justement par rapport à Macron du coup dans la campagne ?

  • 12:40OuverteRéponse directe

    Toi, qu'est-ce que tu penses des sondages ? Est-ce que tu comprends les critiques sur le fait qu'ils sont biaisés, etc.

  • 13:41OuverteRéponse directe

    Est-ce que tu vois quand tu analyses, quand tu décris les sondages qu'ils ont un impact sur le positionnement des politiques et même au-delà ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:40InvitéFait
    « Alors, je pense que la stratégie de Macron, c'est de rester au-dessus de la mêlée. »
  • 3:05InvitéChiffre
    « Il reste toujours en tête des sondages au premier tour. »
  • 3:40InvitéFait
    « Et le but de Macron, vraiment, c'est d'écarter. »
  • 4:37InvitéFait
    « En 2017, c'était clairement la Start-up Nation. »
  • 5:04InvitéFait
    « Là, Macron, il fait tout pour ne pas parler d'économie. »
  • 5:12InvitéPromesse
    « Oui, je vais faire la réforme des retraites. »
  • 7:46InvitéFait
    « C'est un terme d'extrême droite, on est d'accord. »
  • 8:15InvitéFait
    « Vous savez, quand vous allez sur son programme et que vous voyez qu'elle veut résoudre tous les maux de la France. »
  • 9:34InvitéFait
    « Mais en fait, l'oligarchie, comme on aime bien dire, c'est-à-dire les très riches et les grandes entreprises ont déjà leur champion. C'est Macron. »
  • 10:00InvitéChiffre
    « Il a baissé les impôts de production très fortement. »
  • 10:07InvitéChiffre
    « Il a baissé l'impôt sur la fortune, l'ISF. »
  • 12:45InvitéFait
    « Les sondages en eux-mêmes sont plutôt fiables. »
  • 13:50InvitéFait
    « Ce n'est pas le sondage en lui-même. La tribune, moi, des sondeurs, je suis plutôt d'accord avec eux sur les méthodes. »
  • 15:52InvitéFait
    « C'est que les sondages entraînent un certain nombre de débats qui entraînent des changements chez les lecteurs et chez le politique. »

Temps de parole

  • Invité69 %
  • Présentateur22 %
  • Présentateur 25 %
  • Invité 24 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

L'islamisme, l'immigration, l'insécurité. Et pourquoi il a fait ça ? Il l'a fait au moment où Zemmour est grimpé de manière exponentielle dans les sondages. Puis là, on va en parler toute une journée des débats. Tel candidat perd deux points, c'est la fin. Oui, il est nerveux, il est ci, il est ça. Voilà, tu vois qu'un mec est bien placé. Donc comme il est bien placé, tu vas voter pour lui. Et comme tu vas voter pour lui, il va être mieux placé. Donc on veut faire débattre que ceux qui sont au-dessus de 10%, comme le veut Macron aujourd'hui, ou au-dessus... Enfin, on ne peut pas faire ça.

0:25
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Et comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, analyser et décrypter, car nous sommes dans la ligne droite vers l'élection présidentielle et tant de discours gravitent autour de nous. Notre meilleure arme, c'est de les connaître et de les comprendre. Au programme aujourd'hui, Macron pourrait enfin se déclarer candidat. À quoi joue-t-il ? On revient aussi sur Valérie Pécresse qui reprend des thèses d'extrême droite. Et enfin, les sondages entravent à la démocratie. On analyse tout cela, c'est l'instant porcher.

Et bien selon nos informations, Christophe, le scénario qui tient la corde, c'est la semaine prochaine, celle du 21 février, pour plusieurs raisons. D'abord, contrairement à cette semaine, la semaine prochaine, il n'y a pas de sommet international, ce qui dégage du temps au chef de l'État pour poser une candidature. En plus, la semaine prochaine se termine par la visite du chef de l'État au salon de l'agriculture. Lieu éminemment politique et idéal pour parachever une candidature. Et puis, le président pourrait aussi vouloir profiter d'un bon contexte politique. D'abord, la fin des restrictions sanitaires prévues demain.

Et puis aussi, les bons sondages, les ralliements qui se succèdent, le jeu politique, enfin, qui s'éclaircit. Valérie Pécresse qui traverse une mauvaise passe. Autant de raisons de battre le fer tant qu'il est chaud. Maintenant, la seule chose qui pourrait bouleverser les plans d'Emmanuel Macron, c'est le contexte international. Évidemment, si la Russie décide d'envahir l'Ukraine, cela change la donne. Macron, candidat ou pas candidat ? Les rumeurs s'enflamment. Le président de la République pourrait se déclarer officiellement cette semaine, selon BFMTV. Alors, les rumeurs ici, nous, on ne les écoute pas trop.

Par contre, à un mois et demi du premier tour, les candidatures ne sauraient se confirmer. Et Emmanuel Macron a quand même donné beaucoup d'indices, dont on a pu discuter dans les épisodes de l'Instant Porcher. D'abord, il dit avoir envie d'être candidat, mais que ce n'est pas le moment, dans le Parisien en janvier. Ensuite, ses proches font savoir à la presse qu'il ne participera pas au débat du premier tour. Puis en fait, si, mais en petit comité, sans Philippe Poutou, par exemple. Et ce début de semaine, les responsables de la majorité sont conviés au QG de campagne pour une veillée d'armes.

Des marcheurs estiment que le chef de l'État pourrait se déclarer les jours suivants, écrit le Parisien, propriété de Bernard Arnault. Le suspense est à son comble. Thomas, pourquoi Macron tarde-t-il à entrer dans la campagne présidentielle ?

2:40
Invité

Alors, je pense que la stratégie de Macron, c'est de rester au-dessus de la mêlée. En bas, on se fâche pour les prénoms. Est-ce qu'on doit s'appeler Corinne ou autre chose, etc. Et puis lui, en haut, il gère les affaires du monde. Il rencontre Poutine. La crise est à nos portes en Europe. Et il essaie de délier cette crise. Il gère la crise sanitaire avec les partenaires européens. Et ainsi de suite. Donc lui, il est au-dessus de la mêlée. C'est ça, sa stratégie. Ça paye, puisqu'il reste quand même très bien placé dans les sondages. Il reste toujours en tête des sondages au premier tour. Donc il faut choisir le juste moment pour y aller.

Et il faut qu'en fait, tous les aspects géopolitiques, sanitaires, servent sa campagne. Donc c'est quand même une stratégie extrêmement fine pour annoncer sa candidature. Et il attend quand même le dernier moment. Là, je pense que ça ne saurait tarder. Et puis c'est un suspense maintenant qui ne devient plus un suspense puisque tout le monde est au courant. Et d'ailleurs, il n'est même pas candidat, qu'il est déjà sondé depuis le début. Donc voilà, tout le monde est au courant. Mais il faut trouver le bon moment et un moment politique pour annoncer sa candidature tout en restant au-dessus de la mêlée qui est en bas. Et le but de Macron, vraiment, c'est d'écarter.

En fait, lui, c'est ni de gauche ni de droite, même s'il est plus de droite que de gauche. Et le but, ça a été de prendre toujours plus au centre. Il a pris pratiquement tout le PS. Il a pris toute la droite. Et c'est d'écarter de plus en plus, de plus en plus, pour qu'il ne reste que les extrêmes et que lui, ce soit la voie de la raison. Et c'est ça, le but qu'il essaie de jouer. C'est pour ça que c'était une erreur quand il a fait sa sortie sur les non-vaccinés. Parce que là, il a montré qu'il était finalement dans une position extrême aussi. Il aurait mieux fait de jouer la voie de la raison comme il essayait de faire depuis un certain nombre de semaines.

Parce que cette voie de la raison, c'est un peu ce qu'il essaie d'incarner face aux extrêmes à gauche comme à droite qui, eux, ont des positions beaucoup plus radicales qui peuvent, selon les sondages, faire parfois un peu plus peur à une France, on va dire, plus modérée.

4:30
Présentateur

Est-ce que tu sais quel va être son axe pour cette campagne présidentielle ? Parce que je pense que ça ne va pas être le même qu'en 2017.

4:36
Invité

Non. En 2017, c'était clairement la Start-up Nation. On se souvient quand même des sorties qu'il faisait. C'était, je vais dynamiter l'économie française par un certain nombre de réformes, notamment en cassant le service public et le modèle social. Il disait, je n'aime pas le modèle social, le statut de fonctionnaire, ce n'est plus un statut valable. Moi, c'est la Start-up Nation, c'est la théorie de l'ubérisation de l'économie, c'est les jeunes qui veulent devenir milliardaires. Moi, je veux des jeunes qui ont envie de devenir milliardaires. C'est ça, Macron. Et ça a bien marché. Donc la campagne de 2007 est une campagne sur l'économie.

Là, Macron, il fait tout pour ne pas parler d'économie. Parce que son programme économique, c'est un programme dur, c'est un programme plutôt de droite. Donc il fait tout pour ne pas en parler. Alors, il donne quelques gages quand même à sa droite en disant, oui, je vais faire la réforme des retraites. Oui, j'ai permis aux entreprises de revenir, j'ai augmenté ma compétitivité. On est un des pays qui avons le meilleur rebond en termes de reprise. Il essaie de dire tout ça. Mais les réformes qu'il va engager après vont être difficiles. Mais il ne peut pas les dire ça. Parfois, il laisse infuser. Il ne peut pas le dire.

Donc là, il va faire une campagne vraiment, encore une fois, sur la France soi-disant modérée. C'est-à-dire, et c'est pour ça qu'il fait avec nous cette campagne où là, il y a des agriculteurs qui parlent, des infirmières, des cadres, des commerçants. Il les fait. Voilà, on est loin de la Start-up Nation. Alors, il a voulu commencer cette campagne en faisant un tour de France qui s'est un peu arrêté en plein milieu, peut-être à cause, je crois, des conditions aussi sanitaires. Il voulait faire un tour de France en commençant par les territoires. Donc, on était vraiment à l'opposé de la campagne de 2017.

Donc là, on va faire une campagne, le nous, le nous modéré, celui qui accepte quand même les réformes, celui qui aime bien le service public, celui qui s'est fait vacciner sans broncher, celui, voilà, la voie de la modération. C'est à ça qu'il essaie de jouer. Et je pense que sa campagne va jouer là-dessus en disant, voilà, moi, je ne casserai pas la baraque comme Valérie Pécresse. Moi, je vais faire en sorte que l'économie soit bien gérée, pas comme ce que veut faire l'extrême droite de Zemmour ou de Marine Le Pen, et comme veut faire, d'un point de vue économique, mais dans un autre virage, Jean-Luc Mélenchon.

Et il y a un certain nombre de Français, après une période d'épidémie, de crise sanitaire comme ça, qui ne veulent surtout pas qu'il y ait de grands changements. Et c'est là-dessus qu'il va miser dans cette campagne. Dans dix ans, serons-nous encore la septième puissance du monde ? Serons-nous encore une nation souveraine ou un auxiliaire des Etats-Unis, un comptoir de la Chine ? Serons-nous une nation unie ou une nation éclatée ? Face à ces questions vitales, pas de fatalité, ni au grand déclassement, ni au grand remplacement. Je vous appelle au sursaut. Cinq ans, c'était trop. Dix ans, ce sera trop tard.

7:17
Présentateur

On vient de l'entendre, la candidate qui avait quitté les Républicains pour prendre ses distances avec les idées d'extrême droite, avant de revenir, fait entrer dans un meeting de campagne présidentielle la théorie du grand remplacement. C'était dimanche 13 février. Cette théorie d'extrême droite a notamment inspiré les terroristes des attentats de Christchurch contre des mosquées en Nouvelle-Zélande. Valérie Pécresse a beaucoup été pointée du doigt pour faire du Zemmour. Thomas, qu'est-ce que tu penses de ce fameux terme qui a pu être marginalisé jusqu'alors, mais qui est repris dans les meetings et là, dans le meeting républicain ?

7:46
Invité

C'est un terme d'extrême droite, on est d'accord, c'est le fait que la population à peau blanche va être remplacée par une population à peau noire ou peau métissée. C'est le fait que l'immigration débordante, principalement d'Afrique, va faire en sorte que l'Europe ne va plus ressembler à l'Europe. Il y a plein d'auteurs qui ont théorisé plus ou moins ça à différents niveaux, ce grand remplacement. Alors, le fait qu'elle utilise ça, elle, de droite, qui se veut d'une forme de gaullisme et qui était plutôt de la droite centriste, montre qu'on a passé un cap. Mais ce n'est pas si étonnant que ça.

Vous savez, quand vous allez sur son programme et que vous voyez qu'elle veut résoudre tous les maux de la France et les maux de la France, elle dit que c'est la dette, bon, que c'est un classique de droite, mais après que c'est l'islamisme, l'immigration, l'insécurité, là, on rentre clairement dans un programme qui ressemble plus à un programme de celui de l'extrême droite. Et donc, aujourd'hui, la droite a un problème. Elle a un problème parce qu'elle se dit que son réservoir de voix, il est plus du côté de l'extrême droite, encore une fois, d'une extrême droite qui ne veut pas que les choses changent trop. Voilà.

C'est-à-dire, allez, la droite de la droite, je ne sais pas si on peut l'appeler extrême droite, mais voilà, qui ne veut pas que les choses changent trop. Plus que du côté du centre, qui est déjà plus ou moins acquis au macronisme. Donc, il faut qu'elle donne des gages comme ça. Mais au final, je ne sais pas si ce type de gage lui profite à elle, parce que le grand remplacement, c'est quand même Zemmour qui en a fait son argument principal de campagne. Je pense que quand on utilise des termes que Zemmour utilise depuis le début, on ne prend pas des voix à Zemmour. On donne de l'importance au phénomène Zemmour. Donc, je pense que c'est très contre-productif ce qu'elle a fait.

Après, voilà, son axe de campagne est malheureusement, par les mots qu'elle a décrits, plus basé sur les questions d'immigration, d'insécurité et d'islamisme que de réformes économiques de droite.

9:26
Présentateur

Justement, tu l'as dit, je l'ai dit, il y a certains qui l'accusent de faire du Zemmour. C'est quoi son positionnement justement par rapport à Macron du coup dans la campagne ?

9:33
Invité

Mais en fait, l'oligarchie, comme on aime bien dire, c'est-à-dire les très riches et les grandes entreprises ont déjà leur champion. C'est Macron. Je veux dire, Macron n'a jamais fait autant de cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises. Vraiment, il y a aujourd'hui justement une petite musique qui veut dire que Macron n'a pas fait les réformes qu'il avait dites, etc. Pour dire que Macron est impragmatique parce que pendant la crise sanitaire, il a encore fait des cadeaux énormes au capital. C'est-à-dire qu'il a baissé les impôts de production très fortement, alors qu'avant, il avait déjà baissé l'IS. Il a baissé l'impôt sur la fortune, l'ISF.

Il a baissé la flat tax, les impôts sur les revenus financiers. Il a fait plein de cadeaux au capital. Ça n'a pas vraiment changé grand-chose aux délocalisations, etc. qui ont continué à la désindustrialisation, qui a continué sous Macron. Mais ça a été des cadeaux très forts aux détenteurs de capitaux et aux très riches. Donc, il est là le candidat du business. C'est Macron. Donc, de dire maintenant, ça va être moins. Qu'est-ce qu'elle peut dire de plus que Macron ? C'est très difficile. Donc, ça déporte sa campagne sur l'extrême droite. Avant, la droite, elle pouvait dire ça parce qu'il y avait souvent la gauche dans l'alternance PS qui avait fait moins de cadeaux.

Elle avait fait quand même moins. Elle pouvait dire, en passant à la droite, j'en ferais un peu plus. Mais là, elle est bloquée. C'est le jeu de Macron. Le jeu de Macron, c'est de pousser toujours les gens vers les extrêmes. Pour que lui, au centre, il ait une place de plus en plus importante. Et donc, là, il la pousse alors qu'à la base, elle était contre. Je me souviens que Pécresse a quitté le LR parce qu'elle trouvait que le LR prenait une mauvaise tournure à l'époque. C'était plutôt la droite centriste. Et là, elle est obligée d'aller chasser sur ces terres-là parce que Macron la pousse.

Et donc, Macron est un fin stratège là-dessus parce qu'on voit bien que là, elle s'est complètement scratchée avec ce... Même en interne, ça a créé des remous en utilisant ce terme de grand remplacement. Donc, oui, le but aujourd'hui, c'est de faire une campagne de plus en plus vers l'extrême-droite. Mais l'extrême-droite, quand on fait une campagne là-dessus, ça profite à l'extrême-droite. Quand ça profite à l'extrême-droite, c'est le rêve que voudrait Macron. Ça fait un deuxième tour. Macron-Zemmour ou Macron-Le Pen.

Et après, avec le vote utile, le barrage, etc., qui profitera toujours à Macron peut-être pour une dernière fois ou de justesse, mais qui lui profitera quand même parce qu'il sera président.

11:41
Présentateur

Non, la dictature des sondages ne tue pas le débat électoral. Se défendent les responsables des principaux instituts d'études dans une tribune dans Le Monde mardi dernier qui mettent en avant le sérieux et le professionnalisme des méthodes des chercheurs. C'est vrai que les sondages sont souvent pointés du doigt pour faire les élections avant qu'elles n'aient lieu, abîmer la démocratie ou encore encourager les votes utiles ou contre plutôt que les votes de conviction. West France avait d'ailleurs fait le choix de ne publier aucun sondage lors de cette campagne présidentielle. Je cite, « À chaque élection, on veut connaître le résultat avant même que les Français aient voté.

Cette année, on est allé jusqu'à imaginer convoquer les sondeurs pour désigner les candidats, on atteint des sommets. Pourquoi se casser la tête à bâtir un programme politique alors que pour quelques milliers d'euros des sondages vous diront ce qu'attendent les gens ? Ce recours systématique au sondage pour éviter de se pencher sérieusement sur les programmes des candidats ou pour pallier l'absence de programmes nous paraissent dangereux pour la démocratie » écrivait François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef du 1er quotidien de France en octobre dernier. Thomas, toi, qu'est-ce que tu penses des sondages ? Est-ce que tu comprends les critiques sur le fait qu'ils sont biaisés, etc.

12:45
Invité

Les sondages en eux-mêmes sont plutôt fiables. C'est-à-dire qu'il n'y a pas une volonté des sondeurs de tricher comme on l'entend parfois pour influencer un candidat ou un autre. Les méthodes statistiques utilisées sont rigoureuses. Il y a eu des fois, il y a eu des gros ratés, des énormes ratés comme en 2002 quand Jospin était persuadé d'être au deuxième tour et que c'est Jean-Marie Le Pen qui a été au deuxième tour. Il y a eu un gros raté. Il y a eu d'autres ratés aux européennes quand Jadot était en dessous de 10 et qu'il arrivait largement au-dessus de 10. Il y a des ratés parfois. Mais les gens essayent de s'adapter. Ils sont sur des populations représentatives.

Ils essayent de faire au mieux leur métier. Pour moi, le sondage est quelque chose de sérieux, de bien fait. Il n'y a pas un lien avec le pouvoir qui voudrait que l'on truque les sondages pour influencer les Français. Ça, je n'y crois pas. C'est la conséquence de ces sondages qui est différente. C'est la conséquence que ces sondages entraînent qui est importante. Mais le sondage en lui-même est quelque chose de fait sérieusement.

13:41
Présentateur

Justement, tu parles de conséquences. Est-ce que tu vois quand tu analyses, quand tu décripes les sondages qu'ils ont un impact sur le positionnement des politiques et même au-delà ?

13:49
Invité

Bien sûr. En fait, c'est là le vrai problème. Ce n'est pas le sondage en lui-même. La tribune, moi, des sondeurs, je suis plutôt d'accord avec eux sur les méthodes. C'est la conséquence de ces sondages. Quand vous avez des sondages tous les jours, vous prenez en compte ces sondages, il y a des conséquences. Il y a des conséquences sur ceux qui votent. Parce que quand vous voyez, par exemple, je ne sais pas moi, un Macron très élevé et deux d'extrême droite qui sont juste derrière, qui est-ce qui devient le vote utile, le vote barrage ? C'est Macron. On se dit, mais pourquoi je donnerais une voix pour Mme Arthaud qui est à moins de 1% ? Parce que Mme Arthaud, elle ne sert à rien en fait.

C'est comme si j'étais ma voix à la poubelle. Donc le vote barrage, ça va être Macron. Ou ça va être un autre candidat mieux placé à gauche. À un moment, c'était le PS, maintenant c'est Mélenchon, c'est ça. Donc il y a cette question de vote utile qui rentre en compte dans le choix de l'électeur en fonction des sondages. Et donc l'électeur base son choix, pas que en fonction des programmes, il base son choix en fonction du sondage. Et ça, donc, ça crée ce qu'on appelle des prophéties autoréalisatrices. C'est-à-dire que, voilà, tu vois qu'un mec est bien placé, donc comme il est bien placé, tu vas voter pour lui et comme tu vas voter pour lui, il va être mieux placé. Voilà.

Donc ça, c'est un vrai problème. Ça, c'est un vrai problème. Et le deuxième, c'est sur les politiques. Les politiques, en fonction des sondages, des tendances, ils estiment que la France est plus de droite que de gauche, donc ils prennent des positions plus à droite. Et ça, on le voit dans des candidats de gauche, notamment Montebourg, qui a tiré la plus grosse balle qu'on a jamais tirée dans le pied d'un homme de gauche avec son histoire des transferts Western Union, où il a repris quasiment une proposition de Zemmour. Et pourquoi il a fait ça ? Il l'a fait au moment où Zemmour y grimpait de manière exponentielle dans les sondages. Vous voyez ?

Donc là, il s'est dit c'est ce qu'il faut faire. Et voilà. Et puis, quand bien même, aujourd'hui, on est dans une époque où il y a les chaînes d'info en continu, où il y a plein de choses comme ça. Donc, si demain, je ne sais pas moi, un candidat perd deux points, on se dit, tiens, il perd deux points. Ça va titrer dans tous les journaux. Tel candidat perd deux points, c'est la fin. Puis là, on va en parler toute une journée des débats. Pourquoi il perd deux points ? Ah bah oui, il est nerveux, il est ci, il est ça. Et à la fin, finalement, les gens disent, ah bah oui, c'est vrai, il perd deux points et il va perdre ces deux points.

En réalité, parce que j'en veux dire, bah c'est vrai, il est nerveux après une journée. Oui, c'est vrai, en fait, ça ne sert à rien de voter pour lui. Et à la fin, il perd ces deux points prophétie autoréalisatrice. Donc, c'est ça, le vrai problème aujourd'hui des sondages. C'est que les sondages entraînent un certain nombre de débats qui entraînent des changements chez les lecteurs et chez le politique. Et j'irai même plus loin. Parce qu'aux européennes, par exemple, Benoît Hamon, à un moment, on s'est dit, est-ce qu'il doit débattre ou pas ? Parce qu'il est en dessous de 10% ou en dessous de 5%.

Donc, on ne veut faire débattre que ceux qui sont au-dessus de 10%, comme le veut Macron aujourd'hui. Enfin, on ne peut pas faire ça. Quand on est candidat et qu'on a ses signatures, on doit débattre. Ce n'est pas le sondage qui décide qu'il doit débattre ou ne pas débattre. D'ailleurs, le débat, c'est très important pour le choix des électeurs. Donc, vous voyez, moi, je n'ai rien contre le sondage. Je pense qu'il en faut. Mais le problème aujourd'hui, c'est qu'on a des sondages tous les jours, tous les jours, avec des différences comme ça, ce qui crée en fait des comportements et des professions autoréalisatrices.

Et ça nous détache de plus en plus de ce que devrait être la politique, qui est un débat de fond et de programme et pas un concours de beauté ou un tiercé ou la course de petits chevaux où on se dit qu'est-ce qui va gagner ou on fait des paris, etc. Ça ne doit pas être ça. Et les sondages amènent à, on va dire, une politique, moi, que j'appelle la politique de casino. Voilà, où on mise, où on joue, où il y a des barrages, où il n'y a pas des barrages, où il y a des gens qui vont gagner, qui font des bonnes campagnes et d'autres qui en font des moins mauvaises basées principalement sur des sondages. Et c'est ça la dangerosité aujourd'hui de l'ère des sondages.

C'est que, en fait, comme l'a dit le patron de West France, c'est qu'il plie la campagne avant même qu'elle ait commencé. Alors qu'une campagne, en fait, elle se fait sur le fond et pas sur autre chose.

17:18
Présentateur

Merci Thomas. Merci beaucoup. Merci beaucoup d'avoir suivi cet instant porché. Et si Le Média tient, c'est grâce à vous qui avez choisi de soutenir un média indépendant et une information différente. Rendez-vous sur lemédiatv.fr slash soutien. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas et vous chaque semaine car l'élection présidentielle approche à grands pas et c'est difficile de faire le tri avec tout ce qu'on entend autour de nous. Merci de nous avoir suivis comme chaque semaine. Merci pour tous vos commentaires et pouce en l'air sous la vidéo. Spectateurs, abonnés, donateurs et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.

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