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interviewRMC — Face à Face· 28 février 2024 21 min

Face à Face : Fabien Roussel - 28/02

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. RMC jusqu'à 9h. Apolline Matin. Face à face. Apolline de Malherbe.

0:14
Fabien Roussel

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Fabien Roussel. Bonjour Apolline de Malherbe. Merci d'être dans ce studio ce matin pour répondre à mes questions. Vous êtes le patron du Parti communiste français. Vous allez vous rendre dans un instant au salon de l'agriculture. On va évidemment parler des réponses que vous apportez à la crise agricole. On va parler aussi de l'investissement du Qatar. Mais je voudrais d'abord vous emmener à Nîmes. Parce qu'il y a là-bas une école qui aujourd'hui est une école fantôme. Il n'y a qu'un tiers des élèves qui s'y rendent. Et pour cause, ils ont peur. Cette école, elle se retrouve en plein cœur du trafic de drogue.

Les professeurs eux-mêmes sont à bout. Ils sont épuisés. Ils sont angoissés. Et pour certains, ils sont en arrêt. Marie a témoigné ce matin. Elle est enseignante dans cette école depuis 15 ans. Elle a témoigné de la réalité de cette école prise dans le trafic de drogue. C'était sur RMC ce matin. Écoutez.

1:09
Présentateur

Je n'ai pas pu prendre la route pour aller à l'école. Tellement j'étais angoissée. Oui. Très difficile de dormir ces derniers temps. Il faut autour de nos écoles une présence policière permanente. On attend quoi en fait ? Que quelqu'un se prenne une balle pour faire intervenir des forces policières suffisantes. Qu'est-ce qu'on attend ? Qu'est-ce qu'on attend Fabien Roussel ? Qu'est-ce qu'attend le gouvernement pour enfin protéger nos enfants, nos écoles publiques de cette grande délinquance liée au trafic de drogue et qui va jusqu'au cœur de Nîmes ? On sait qu'elle vient de Marseille. Et ses parents, ses enseignants ont besoin du soutien de toute la nation.

Aucune école ne doit être fermée à cause de menaces de tir de Kalachnikov comme ils ont vécu à la veille des vacances. Vous vous rendez compte ? Au retour d'une sortie scolaire, les enfants ont dû se coucher dans le bus qui les ramenait devant l'école. Et à 20 mètres de là, il y avait des tirs de Kalachnikov. Pendant les vacances, un homme a été tué dans ce quartier. Devant les yeux de son fils de 8 ans. Devant les yeux de son fils de 8 ans. Bref. Ces trafics de drogue, ces trafics d'armes qui existent dans notre pays, qui se développent. Il faut y mettre un terme, il faut y mettre des moyens.

Ça veut dire protéger nos frontières qui sont de vraies passoires pour ces trafics qui viennent de la Méditerranée. On sait les fermer les frontières quand il s'agit des migrants. Mais par contre, dans nos ports, comme dans nos aéroports, je pense notamment à ces mules qui viennent de Guyane, qui transportent de la drogue dans leur corps. Eh bien, il y a là de véritables courants d'air qui permettent à cette drogue de pouvoir faire leur trafic. Et je dis un dernier mot concernant les banques.

2:43
Fabien Roussel

Prenez le temps, prenez le temps. C'est important, à un moment on se retrouve avec des enfants qui ne peuvent pas aller à l'école.

2:47
Présentateur

Parce que je sais que le gouvernement emploie des grands mots pour dire qu'ils y mettent des moyens. Mais en fait, quand ils mettent un quart de CRS devant une tour ou dans une cité, ça dure deux heures, ça dure douze heures. Et ils s'en vont. Et les trafiquants savent bien qu'ils ne vont pas rester longtemps. Et qu'après, ils vont pouvoir reprendre leur commerce. Il faut y mettre un terme et frapper fort contre les têtes des narcotrafiquants, les têtes des trafics. Mais aussi les banques qui, elles, jouent le rôle de blanchir l'argent.

3:17
Fabien Roussel

Les banques, alors attendez, il y a les frontières, il y a la police, il y a les banques.

3:20
Présentateur

Plus de moyens, plus de moyens nos frontières. Et responsabiliser les banques qui, elles, indirectement, participent à ce commerce. Puisque c'est dans ces banques qu'est blanchi l'argent du commerce de la drogue et des armes. Mais aussi des êtres humains. Mais responsabiliser, ça veut dire que...

3:42
Fabien Roussel

On le sait ça, on arrive à suivre la trace de cet argent.

3:47
Présentateur

Il y a des procédures, il y a Tracfin, notamment, qui joue ce rôle-là. Mais il y a eu tellement de débauches et tellement de suppressions d'emplois à Bercy pour le contrôle des banques, le contrôle de la circulation de l'argent. Je dis-moi qu'il faut y mettre beaucoup plus de moyens et responsabiliser les banques pour s'attaquer au cœur de ce trafic, c'est l'argent, le business.

4:07
Fabien Roussel

Donc, à court terme, c'est une question de policier, Marie, cette enseignante. D'ailleurs, je précise qu'elle se fait appeler Marie, mais qu'elle ne s'appelle pas Marie dans la vraie vie parce qu'elle a peur, elle est terrorisée.

4:18
Présentateur

J'étais en contact avec les élus communistes de Nîmes. Vincent Bouget, qui est leur responsable, qui est conseiller municipal, conseiller communautaire, qui est en dialogue avec ses enseignants, avec les responsables syndicaux. Tout le monde est inquiet. Et d'ailleurs, ils réfléchissent ensemble à lancer un appel très large pour sécuriser la ville, sécuriser les abords de nos écoles et faire en sorte que la ville... Au-delà de Nîmes ? Vous voulez dire dans d'autres villes ? Comme ça s'est fait à Marseille.

Puisqu'à Marseille, Jérémy Bacchi, mon collègue sénateur communiste avec Robin Renucci, qui dirige le théâtre, et d'autres personnalités, ont lancé un appel pour la sécurité à Marseille, pour la tranquillité publique. Eh bien, ce même appel pourrait aussi exister à Nîmes.

5:02
Fabien Roussel

Et vous lancé à qui cet appel ? C'est ça que je ne comprends pas. Aux trafiquants qui vous demandez...

5:08
Présentateur

Mais à ce que les pouvoirs publics se bougent. Par exemple, les enseignants demandent une chose très concrète à Nîmes, et nous soutenons leur demande, c'est qu'il y ait au moins, dans un premier temps, de la police aux abords de l'école.

5:18
Fabien Roussel

Une police permanente et armée, demande-t-il.

5:19
Présentateur

Oui, permanente et armée. Vous vous rendez compte que nos enfants vont devoir rentrer entre des policiers dans une école, mais s'il faut passer par là pour rassurer les parents et les enseignants, des enseignants qui demandent à pouvoir exercer leur métier en sécurité. D'abord, ils subissent des attaques de terroristes, mais en plus de ça, c'est aujourd'hui les trafiquants de drogue qui les menacent. Donc oui, qu'ils puissent travailler en sécurité. De la police permanente, armée. Ça, c'est du court terme. Tout de suite, maintenant, qu'on puisse sécuriser les abords des écoles.

5:48
Fabien Roussel

Marie, elle racontait que parfois, on faisait roder la police. D'ailleurs, elle disait, on le sait tout de suite, parce que les indics de la drogue crient extrêmement fort, on n'entend plus que ça.

5:59
Présentateur

Il faut une police, une présence policière permanente. Ça veut dire qu'il faut beaucoup plus de bleus, beaucoup plus de moyens humains, beaucoup plus d'enquêteurs, de commissaires, de cadres de la police qui puissent mener des enquêtes, surveiller, filer, etc.

6:12
Fabien Roussel

Ce n'est pas de droite, ça, Fabien Roussel ?

6:14
Présentateur

La sécurité, la tranquillité publique, c'est en tout cas, moi, la France que je défends, et c'est la gauche que je défends. Une gauche qui dit, oui, la sécurité, c'est d'abord défendre les quartiers populaires, les gens qui sont ou sans emploi, ou parmi ceux qui exercent les métiers essentiels, mal rémunérés, qui vivent dans ces quartiers qui sont devenus des vrais ghettos, où on ne peut plus circuler librement parce qu'il y a des barrages pour passer d'un endroit à un autre. Ce n'est pas l'État de droit, ce n'est pas la France que je défends. Il nous faut de la tranquillité publique. Il nous faut faire vivre des services publics pour que l'État revienne. L'État doit revenir.

6:45
Fabien Roussel

Vous avez dit autre chose, Fabien Roussel, vous avez parlé des frontières. Vous avez dit, les frontières, ce sont des véritables passoires. Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, vous demandez à ce qu'on rétablisse les frontières ?

6:55
Présentateur

Mais je dis oui, que quand un pays a des frontières, c'est pour qu'elles servent à quelque chose. Elles doivent servir à assurer la sécurité, la protection d'un pays, notamment contre les trafics de drogue, d'armes et d'êtres humains. Mais elles doivent servir aussi de contrôle sur les marchandises qui rentrent ou qui sortent. Savez-vous qu'aujourd'hui, il y a un conteneur sur 10 000 qui est contrôlé par les dockers, les douaniers, qui ne sont pas assez nombreux sur place. Nous avons besoin aussi de ces frontières pour surveiller la circulation de l'argent.

Moi, les milliards qui s'échangent à la bourse et qui s'en vont au Luxembourg sans aucun contrôle et qui ensuite s'en vont aux îles Caïmans, eh bien ça, c'est de l'évasion fiscale et par an, c'est 100 milliards d'euros qui manquent à la France.

7:39
Fabien Roussel

Et là, c'est l'Union Européenne

7:40
Présentateur

qui doit agir fortement contre la fraude fiscale. Et parmi cet argent, il y a de l'argent sale qui, lui, provient des trafics de drogue. Et donc, il faut tracer l'argent, chaque billet qui circule dans notre pays pour lutter contre ces trafics et faire en sorte que l'argent de l'évasion fiscale reste au pays. Là, il y aura des sous pour pouvoir répondre aux besoins des Français. Moi, je vais les trouver. Je le dis à Bruno Le Maire à chaque fois.

8:05
Fabien Roussel

Alors justement, vous dites que vous le trouverez. L'argent, 10 milliards. 10 milliards, c'est ce qui manque de manière immédiate. Ça, c'est ce qu'a dit Bruno Le Maire. Mais 10 milliards, c'est aussi, et je voudrais vous interroger là-dessus, ce que l'émir du Qatar a promis d'investir en France. Il l'a annoncé hier soir à l'issue d'un dîner à l'Élysée. Il s'engage à investir 10 milliards d'euros en France. Est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

8:29
Présentateur

Je fais le même lien qu'avec les trafics de drogue. Je le dis au président de la République. L'argent n'a pas d'odeur, en fait. L'argent n'a pas d'odeur. Puisque l'émir du Qatar est pointé du doigt comme étant celui qui dialogue et héberge le Hamas dans son pays. Mais il peut être accueilli en France et on peut accueillir ses investissements sans aucun problème. La France dit qu'elle mène une lutte dure contre l'islamisme radical, politique, le terrorisme islamiste. Elle expulse des imams qui mettent en cause nos valeurs. Elle a raison de le faire. Elle ferme des lycées suspectées d'eux. Elle a raison de le faire ? Là aussi ? Là, sur le lycée Averroès, non.

Et je le dis ici parce qu'il y a deux poids, deux mesures. Mais c'est un autre sujet. C'est pas un autre sujet. C'est vous qui le mettez dans le même panier ? C'est parce que je dis que M. Darmanin, lui, prend des décisions de ce type. Mais de l'autre côté, on accueille en grande pompe l'émir du Qatar. On va y revenir

9:28
Fabien Roussel

parce que vous ne pouvez pas dire que ça n'a rien à voir. Mais bon, allez-y. Sur le Qatar. Il accueille en grande pompe

9:33
Présentateur

l'émir du Qatar pour ses investissements, sachant qu'il y a des conventions fiscales spéciales concernant le Qatar qui leur permettent d'avoir des investissements ici et de payer moins d'impôts que d'autres. Ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal que l'on ait un dialogue avec le Qatar, notamment parce qu'il joue un rôle aujourd'hui dans une trêve possible à Gaza et la libération des otages. Et je pense à nos trois compatriotes encore enfermés là-bas et retenus par l'organisation terroriste du Hamas. Oui, que l'on dialogue avec pour pouvoir trouver une solution, un cessez-le-feu. Mais de l'autre côté, qu'on accueille en grande pompe ce dirigeant à qui d'ailleurs on vend des armes.

Mais pour son argent, là je dis que ce n'est pas normal.

10:17
Fabien Roussel

Ce n'est pas normal. Vous ne l'auriez pas, vous Président, accueilli en grande pompe hier soir à l'Élysée. Et est-ce que vous accepteriez ou non ces sous ? Est-ce qu'il faut dire non aux 10 milliards d'euros ou est-ce qu'il faut s'en réjouir ?

10:28
Présentateur

Mais on doit avoir en politique un peu d'éthique quand même et de valeur. Puisque c'est au nom des valeurs aujourd'hui que l'on parle de l'envoi de troupes éventuelles en Ukraine. Eh bien si on a des valeurs, si on a des idées, eh bien justement on se dit que l'argent, selon sa provenance, eh bien on doit être capable de dire non. Parce que cet argent-là, eh bien c'est aussi l'argent d'un émir qui s'en prend au droit de l'homme. Nous les avons dénoncés lors de la Coupe du Monde qui s'est tenue là-bas. Eh bien il faut avoir des valeurs en politique.

11:00
Fabien Roussel

C'est quoi ? C'est une forme d'hypocrisie ?

11:01
Présentateur

Oui, c'est une forme d'hypocrisie tout simplement. Je vous dis, l'argent n'a pas d'odeur dans le business.

11:05
Fabien Roussel

Est-ce que c'est plus qu'une hypocrisie ? Est-ce que c'est coupable ? Est-ce qu'il y a une forme ? Est-ce que vous iriez jusqu'à dire qu'on fait rentrer en quelque sorte le loup dans la bergerie ?

11:12
Présentateur

Mais il y est déjà dans la bergerie. C'est du cinéma. C'est pour ça que je vous dis qu'il y a beaucoup de cinéma dans tout ça. D'un côté, il y a des discours très forts contre le terrorisme islamiste et il faut lutter contre l'islamisme politique et y mettre des moyens. Mais de l'autre côté, quand on accueille en grande pompe l'émir du Qatar dont on sait les pratiques qu'il a dans son propre pays... Il faudrait refuser qu'il finance le PSG par exemple ? Il faudrait refuser

11:35
Fabien Roussel

à un moment et il faudrait aller jusque-là.

11:37
Présentateur

On doit avoir des règles. On a des règles en éthique. Par exemple, quand on dit que des personnes qui font l'apologie du terrorisme, qui ne respectent pas nos valeurs républicaines, doivent être expulsées. Bien sûr qu'il faut le faire. Mais de l'autre côté... Soyons cohérents. Au fond, ce que vous dites, c'est soyons cohérents. Mais bien sûr. Sinon, les Français ne comprennent pas. Nos compatriotes musulmans ne comprennent pas non plus. Ils se sentent stigmatisés, pointés du doigt tous les jours par ce gouvernement et de l'autre côté, on accueille en grande pompe les mères du Qatar. Je trouve que vous dites

12:07
Fabien Roussel

un peu tout et son contraire. Pardon ? Quand vous dites à l'instant qu'il faut les expulser, qu'il faut les expulser, et en même temps, vous dites qu'on les stigmatise. Je ne comprends pas très bien. Le fait d'expulser, par exemple, l'imam, est-ce que c'est une manière

12:23
Présentateur

de stigmatiser ? Non, je ne parle pas de ça. Je parle du discours du gouvernement qui tire un trait d'égalité régulièrement entre nos compatriotes musulmans, la délinquance et le terrorisme. Ça, c'est de la stigmatisation. Et ça, c'est honteux. Et c'est pour ça que, oui, nos compatriotes musulmans se sentent stigmatisés et qu'il y a un racisme fort qui monte dans notre pays, qui crée des divisions et des tensions. Et ça, c'est grave et c'est extrêmement grave. Alors, de l'autre côté, il y a ces discours que l'on a entendus dans la loi immigration et de l'autre, il y a ce tapis rouge. Et le lycée Averroès,

12:53
Fabien Roussel

pardon, mais puisque vous le mettiez dans le même sac.

12:55
Présentateur

Je vais vous le dire en deux mots parce que j'aimerais bien qu'on parle de la Russie, de l'Ukraine. C'est vous qui l'avez évoqué,

12:58
Fabien Roussel

le lycée Averroès.

12:59
Présentateur

Je vous le dis en deux mots. Il y a deux poids, deux mesures. Il y a le lycée Stanislas pour lequel il y a des poursuites qui sont engagées, mais c'est un lycée privé et aucune menace de fermeture, aucune décision de prise. Par contre, le lycée Averroès, à Lille, fait l'objet d'une décision de fermeture.

13:19
Fabien Roussel

Qui pour vous n'est pas justifiée ?

13:20
Présentateur

Non, je dis qu'il y a deux poids, deux mesures.

13:23
Fabien Roussel

C'est-à-dire que si on ferme Averroès, vous n'êtes pas forcément pour ne pas fermer Averroès, mais vous dites si on ferme Averroès, on ferme aussi à l'Ukraine. Je n'ai pas tous les éléments

13:29
Présentateur

du dossier, mais quand j'ouvre la presse et que je vois ça, je me dis vraiment comment voulez-vous que les gens s'y retrouvent ? Et comment voulez-vous que nos compatriotes musulmans ne se sont pas stigmatisés ?

13:37
Fabien Roussel

Fabien Roussel, vous l'avez évoqué, la question de l'Ukraine et c'était l'autre coup de théâtre il y a donc deux jours. Emmanuel Macron qui s'est dit prêt à envoyer, s'il le faut, des troupes au sol en Ukraine. Il ne faut rien s'interdire. Voilà ce qu'il a dit. Est-ce que vous estimez que oui, il faut être prêt à envoyer des troupes au sol ?

13:55
Présentateur

Non. Je considère que la déclaration d'Emmanuel Macron est extrêmement grave et dangereuse car elle prépare les esprits français à entrer en guerre contre la Russie. Et c'est extrêmement grave. Je suis d'ailleurs heureux que beaucoup de chefs d'État, une majorité de chefs d'État s'opposent à cette déclaration, ne la rejoignent pas. Tous les chefs d'État,

14:18
Fabien Roussel

tous les alliés de la France que l'ont exprimé depuis

14:21
Présentateur

leurs désaccords. Heureusement. Mais malgré tout, cette déclaration est un pas de plus vers l'escalade guerrière. Et c'est en ça que je dis que c'est grave parce que ça prépare les esprits. On se dit que peut-être demain, vu que le chef d'État en parle, cela pourrait arriver.

14:36
Fabien Roussel

Escalade guerrière ?

14:37
Présentateur

Oui, l'escalade guerrière, ça veut dire que, comme l'a dit lui-même le président de la République, au début de la guerre contre l'agression ignoble de Poutine contre la Russie, nous avons été, nous, de ceux qui l'avons tout de suite dénoncé dès le premier jour et qui avons dit qu'il fallait aider l'Ukraine à se défendre. Il n'y a aucune ambiguïté là-dessus. Mais nous avions dit aussi, et tout le monde le disait, ne participons pas à cette guerre, pas de belligérance. Nous ne devons pas entrer en guerre contre la Russie et le peuple russe. Et donc, on a dit pas de tanks. Il y a eu des tanks. Nous avions dit pas d'avions. Il y en a aujourd'hui qui arrivent.

Nous avons dit pas de missiles longue portée et voilà que maintenant, il va y avoir des missiles longue portée. Eh bien, je dis que demain, l'escalade guerrière, c'est peut-être nos enfants. Nos enfants qui seront mobilisés pour aller faire la guerre là-bas, en Ukraine, contre la Russie. Il y a des mères ukrainiennes qui pleurent leur fils. qui pleurent leur fils. Il y a des mamans russes qui pleurent leur fils. Faut-il qu'il y ait demain des mamans françaises qui pleurent leur fils parce qu'ils seront envoyés faire la guerre en Ukraine contre le peuple russe. Je ne le veux pas. Nous avons vécu ça en 14-18 et à la fin de la guerre, nous avons dit plus jamais ça après 10 millions de morts.

Nous avons dit la même chose en 1945. 60 millions de morts, plus jamais ça. Et aujourd'hui, je voudrais dire plus jamais cela et je voudrais le dire maintenant.

15:51
Fabien Roussel

Mais Fabien Roussel, à cette même question, Raphaël Glucksmann qui était mon invité la semaine dernière, qui est un homme de gauche comme vous, qui même à un moment espérait probablement que vous seriez dans une forme d'unité, dit exactement l'inverse. C'est-à-dire, il dit précisément si on n'est pas capable aujourd'hui de dire qu'il faut se lever pour l'Ukraine, alors demain, oui, nous aurons à pleurer nos morts. C'est bien la raison pour laquelle

16:19
Présentateur

il y a des listes différentes aux élections européennes et que nous ne partageons pas du tout la prise de position de la liste conduite par Raphaël Glucksmann. Et Léon Desfontaines qui conduit notre liste sera la tête de liste qui défendra une gauche du travail et de la paix en Europe. Parce que nous, nous opposerons...

16:36
Fabien Roussel

L'entrée de l'Ukraine dans l'Union Européenne, vous êtes contre ?

16:38
Présentateur

Nous opposerons fermement à tout signe qui permettrait d'engager un pas de plus vers la guerre en Ukraine. Pas de missiles longue portée livrés à l'Ukraine. Un soutien pour qu'ils se défendent, des armes défensives, oui, mais des armes offensives permettant d'attaquer la Russie sur son territoire avec des armes françaises feraient de nous un pays cobelligérant et nous feraient rentrer en guerre. Nous n'en voulons pas, au contraire. Au contraire, nous voulons, nous, que la France prenne la tête d'une coalition de diplomatie européenne qui pousserait à ce qu'il y ait des négociations entre l'Ukraine et la Russie et en mettant des choses concrètes sur la table.

Bien sûr, le retrait des troupes russes...

17:17
Fabien Roussel

Mais vous le savez bien, les Russes n'acceptront jamais de se retirer. Il ne peut pas y avoir de négociations

17:22
Présentateur

dans ce cadre-là. Madame de Malermes, quels sont les signes qui sont envoyés aujourd'hui ? Quels sont les signes au monde qui sont envoyés aujourd'hui ? C'est des missiles de longue portée, c'est l'envoi de troupes russes. Est-ce que l'on entend une voix dire trouvons les voies de la paix ? Mettons sur la table le retrait des troupes russes d'un côté mais la neutralité de l'Ukraine de l'autre. Oui, il ne faut pas que l'Ukraine rentre dans l'Union Européenne et dans l'OTAN. Léon Desfontaines et la liste que nous allons conduire ensemble aux élections européennes le portera avec force.

L'enjeu pour la France qui a un rôle important parce qu'il est membre du Conseil Permanent de la Sécurité, celui qui détient la dissuasion nucléaire en Europe, et l'enjeu pour la France c'est d'être la voix de la paix. Celle qui va réussir à trouver un cessez-le-feu dans ce pays, dans cette région qui est au cœur de l'Europe.

18:06
Fabien Roussel

Fabien Roussel, je voudrais qu'on puisse dire un mot de l'agriculture. Vous serez dans quelques minutes au salon de l'agriculture. Vous avez toujours fait de la bonne bouffe comme vous dites l'un des cœurs même de votre engagement.

18:16
Présentateur

La gastronomie française c'est la richesse de la France.

18:19
Fabien Roussel

Il y a un point sur lequel Emmanuel Macron a surpris y compris ses propres troupes c'est la question des prix planchers. Et c'était votre idée.

18:27
Présentateur

Ah bah oui. Et ça c'est incroyable. On est contents. Enfin. Enfin. Mais André Chassaigne, notre grand député communiste, député historique, historique, défenseur de l'agriculture, des retraites agricoles, il a déposé trois fois ce texte à l'Assemblée nationale. En 2009, en 2011, en 2015, à chaque texte de loi tous les ans quand on parle d'agriculture. Il revient avec cette proposition que nous défendons de prix plancher, c'est-à-dire le prix qui garantit de rémunérer les agriculteurs. Vous n'avez pas tout à fait

18:57
Fabien Roussel

la même vision, vous ne mettez pas tout à fait la même chose dans les prix planchers. Si je comprends bien du côté du gouvernement aujourd'hui, l'idée des prix planchers ce serait des prix qui seraient proposés, décidés par les agriculteurs eux-mêmes en inter-syndical, en inter-céréalière. Vous, si j'ai bien compris, c'est plutôt l'État qui fixerait le prix.

19:13
Présentateur

Non, non, non, non. Il y a les deux. Non, il faut les deux choses. D'abord, nous demandons à ce que les producteurs et ceux qui transforment se mettent d'accord sur un prix qui permette de rémunérer les agriculteurs. Mais si les producteurs, les paysans disent « Ah non, non, ça ne correspond pas du tout au prix », nous demandons à ce que l'État intervienne et que ce ne soit pas le marché libéral qui décide des tarifs. Il faut que ce soit l'État qui soit garant.

19:39
Fabien Roussel

Ça ne doit pas être si libéral que ça parce que les Américains le font.

19:42
Présentateur

Les Américains,

19:43
Fabien Roussel

les Canadiens, les Américains, ils vont jusqu'à faire payer par l'État la différence avec un prix minimum qui est fixé sur 5 ans. Il y a quand même beaucoup de difficultés là-bas dans la mise en œuvre. C'est très rigide.

19:57
Présentateur

Mais c'est pour ça que nous disons nous d'abord que les filières se mettent d'accord filière par filière sur des tarifs et que la marge, la valeur ajoutée soit équitablement répartie. Chacun doit pouvoir gagner ou tirer des bénéfices. Et donc, y compris l'industrie, les grandes surfaces, chacun doit tirer son bénéfice. Or aujourd'hui, mais le profit n'est pas un gros mot. Les chefs d'entreprise, les paysans sont des chefs d'entreprise. Et donc, ils doivent tirer un profit et donc un salaire. De la même manière, l'industrie agroalimentaire, les grandes surfaces, chacun doit pouvoir vivre pour payer les salaires derrière de leurs salariés, de leurs travailleurs.

Ce que nous voulons, c'est que cette marge, elle soit équitablement répartie. C'est l'État qui doit être garant de cela. Puis je dirais une dernière chose, c'est que le meilleur moyen d'aider nos agriculteurs et nos paysans dans notre pays, c'est de rendre du pouvoir d'achat aux Français, d'augmenter les salaires, de baisser les factures d'électricité, d'essence. Et tout soutien.

20:48
Fabien Roussel

Et tout soutien.

20:49
Présentateur

Fabien Roussel. C'est ce qui nous permettra de choisir ce qui est produit en France avec des étiquettes qui le garantissent et qui nous permettra de défendre notre gastronomie.

20:56
Fabien Roussel

Et vous allez leur dire directement puisque je vais vous laisser partir rejoindre les agriculteurs au Salon de l'agriculture. Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français. Merci d'être venu dans ce studio. 8h53. Sous-titrage ST' 501