Réforme des retraites: l'interview d'Emmanuel Macron
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Il est midi 45. Bonjour. Bienvenue sur le Figaro Live. Dans quelques minutes, le président de la République s'adressera aux Français. Il fut un temps où on le voyait beaucoup, le président, lorsqu'il regardait les Français droit dans les yeux à travers l'écran du poste de télévision pour dire « Nous sommes en guerre ». Oui, c'était l'époque du Covid. Mais depuis quelques mois, le président se fait discret, préfère les sujets internationaux. Et c'est pourquoi l'interview qu'il donne dans quelques minutes est un événement. Bonjour, Guillaume Roquet. Bonjour, Thibaut. C'est directeur de la rédaction du Figaro Magazine. Guillaume, cette interview, c'est un petit événement quand même.
Oui, c'est même un grand événement. Je pense que c'est un moment important. Pas forcément par le message que va délivrer le président de la République, qui ne va pas nécessairement renverser la table, dissoudre l'Assemblée nationale, démissionner. Non, ça, vous nous dites qu'il y a peu de chances de ça. J'y crois pas trop, mais on pourra y revenir si vous voulez. En revanche, c'est un moment important parce que nous sommes dans une situation inédite sous la Ve République. C'est-à-dire que le président de la République est presque entravé pour la suite de son mandat. Il a réussi dans la douleur à faire passer cette réforme des retraites.
Mais on sent bien qu'il lui manque non seulement une majorité solide, mais ça, c'est pas nouveau. Ça date de juin dernier, au moment des législatives, où les Français n'ont pas voulu donner au parti du président une majorité stable et suffisante. Mais aussi, il y a un questionnement sur la légitimité, non pas politique d'Emmanuel Macron, qui est président de la République, mais sur son rapport à l'État, son rapport plutôt aux Français. On voit bien que quelque chose s'est cassé pendant cette réforme. Et comment est-ce que le président de la République va pouvoir recoudre ce lien ? C'est un moment important.
— D'abord, ce choix de l'interview à 13 heures, vous y attendiez ? Déjà, à ce qu'il donne une interview, qu'il prenne la parole. Et ensuite, ce choix. Une interview à 13 heures, ça, c'est pas anodin.
— Alors moi, je crois que je vais changer de métier parce que je ne m'attendais ni à l'interview aussi vite ni à 13 heures. — Bon. Donc... — Bien figurez-vous, vous êtes quand même là pour en parler. — Voilà. Je pensais qu'Emmanuel Macron allait attendre le moment social important de demain avec cette journée de mobilisation pour voir un petit peu, en fonction de l'importance du mouvement social, calibrer sa réponse. Mais non. Il choisit de parler avant. Et puis effectivement, ce 13 heures, c'est un peu bizarre. En général, quand on a quelque chose d'important à dire aux Français, on le fait à 20 heures parce que c'est là où il y a le plus de monde.
Donc est-ce que ça signifie que le chef de l'État s'apprête à délivrer un message un peu à bas bruit ? C'est comme s'il disait « Je parle, mais je ne veux pas parler trop fort ».
— Oui. 13 heures. Alors il se dit que ce serait pour parler aux régions, à la province. Pourquoi en région, en province ? À 13 heures, on est devant sa télé ?
— Alors ça, c'est assez drôle, oui. Je crois que ça relève un petit peu du cliché. Les gens qui retournent déjeuner chez eux en province, même si c'est vrai que les temps de transport sont moins longs, il y a aussi une structure d'audience de ce journal de 13 heures qui fait qu'il y a et pour cause un nombre important de personnes inactives qui regardent l'émission.
— Oui, c'est ça. Mais je crois que la moyenne d'âge sur France 2 est de 56 ou 57 ans et sur TF1, 61 ans.
— Exactement. Et or, on sait que le cœur du soutien à cette réforme des retraites, c'est justement les retraités. Parce que eux, comme ils travaillent plus, ça les dérange pas trop que les autres doivent bosser 2 ans de plus.
— Bon, on le voit assez peu, Emmanuel Macron, sur cette question des retraites, non ? — Oui. — Pourquoi ? C'est un choix complètement mesuré. Il a pris cette décision où, finalement, il n'avait pas d'autre option. Il fallait laisser faire le gouvernement.
— Je pense que c'est un choix. C'est-à-dire qu'il avait annoncé clairement pendant sa campagne pour sa réélection qu'il allait mettre en œuvre cette réforme des retraites. Ensuite, il a laissé faire son gouvernement et Elisabeth Borne pour 2 raisons. Une raison technique, qui est qu'il fallait trouver une majorité à l'Assemblée. Et ça, c'est vraiment le boulot du Premier ministre. — Oui, parce que le président, il n'est pas bienvenu à l'Assemblée. — Bah exactement. D'abord, il n'a pas le droit d'y aller, vous savez, sauf circonstances exceptionnelles.
Et puis c'est quand même pas le fondement de sa mission que d'appeler les chefs de partis, les gens influents chez LR en disant « Allez, sois sympa, vote ma loi ». Donc c'est plutôt du niveau gouvernemental. Et puis il y a une raison politique aussi à cette mise en retrait, qui est qu'Elisabeth Borne a joué le rôle traditionnel du Premier ministre sous la Seigneur République, c'est-à-dire de servir d'écran au président. Comme on dit dans l'armée, « Passe devant, je te couvre ».
— Midi 50. Dans 10 minutes, le président de la République s'adressera aux Français dans une interview que vous suivez, évidemment, sur le Figaro Live. Est-ce que, justement, le fait de se mettre en retrait, de s'intéresser plutôt aux questions internationales, de se désintéresser d'une certaine manière des préoccupations des Français, des sujets du quotidien, a créé cette scission, cette rupture dont vous parliez en ouverture de live ?
— Non, je pense pas. Je pense que dès le départ, il y avait un désaccord d'une majorité de Français et plus encore du mouvement syndical avec cette réforme. — Donc le désaccord, il était sur le fond. Les gens, on peut les comprendre, n'ont pas envie de travailler davantage. Et je pense que si Emmanuel Macron avait fait 5 discours de plus sur le sujet, ça n'aurait rien changé. Donc c'est un désaccord de fond. Et ce qui est intéressant, d'ailleurs, c'est que si le chef de l'État pensait se « protéger » en intervenant peu, ça a été un échec relatif parce qu'on voit bien que dans l'opinion aujourd'hui, quand on entend les gens qui manifestent, c'est à Emmanuel Macron qu'ils en veulent.
— Oui, très clairement. On l'a vu sur les affiches. C'est toujours Emmanuel Macron qui est ciblé. La situation, elle est assez complexe. On a l'impression qu'il est dans une impasse sans l'être. Je veux dire, il y a des manifestations, mais sa réforme est passée. Elle est arrivée au bout de son parcours démocratique, même si certains le remettent en cause. Qu'est-ce qu'il peut faire ? Bon, voilà. Le jeu politique s'est fait. Cette loi est passée. Bon, c'est le problème.
— Oui. Vous avez raison. On est dans une situation un peu flottante, un peu gazeuse, qui est le reflet de la situation institutionnelle. On a d'un côté un président de la République qui a beaucoup de pouvoir. C'est la Ve République qui veut ça. Il a été élu confortablement face à Marine Le Pen. Mais il n'a pas de majorité pour gouverner. Et donc il faut qu'il se trouve un chemin. Moi, ce que je pense, c'est qu'il va faire aujourd'hui un peu l'essuie-glace. C'est-à-dire qu'après avoir dit on ne lâche rien sur les retraites, on fait passer la loi même par le 49-3, il va dire bon, maintenant, le moment est venu de mesures plus consensuelles. On met de côté ce qui peut fâcher.
— Alors en même temps, il va exploser à nouveau au grand jour tout à l'heure.
— Je pense. Je pense. Parce qu'en fait, Emmanuel Macron, c'est ça. C'est pas un homme qui renverse la table. — Finalement, non. — Non. Il est très consensuel. On voit bien d'ailleurs que quand il est en situation difficile, il met toujours du temps à réagir. Je pense qu'il a très peur de revoir une séquence de type gilet jaune. Donc je pense qu'il va jouer l'apaisement. Et puis il espère qu'à l'avenir, il puisse continuer vaille que vaille avec cet attelage bizarre d'une majorité qui n'est pas là. Mais vous savez, moi, je pense que c'est pas la fin du monde, cette histoire. Je partage pas le diagnostic. Peut-être que je me trompe avec les jours prochains. Vous me donnez tort.
Mais les gens qui sont catastrophés en disant « Il y a eu une déchirure avec le pays. Il ne s'en remettra pas ». Regardez ce qui s'est passé à l'Assemblée. Ça a quand même été très violent. — Oui, c'est vrai. — Bon. — Depuis 2 mois. — Depuis 2 mois, exactement. Le ministre qu'on traite d'assassins, la France insoumise qui a bordélisé le truc comme jamais. Et on s'est dit « Ils s'en remettront pas ». Qu'est-ce qui s'est passé hier ? Il y a un projet de loi qui a été voté. C'est passé un peu inaperçu. — C'est bon ? Oui. Le projet de loi sur la relance du nucléaire a trouvé. Vous voyez, même vous qui suivez ça de près. — Mais c'est vrai, vous avez raison.
— Et je vous conseille le site du Figaro qui est très bien fait. — C'est pas vrai. — Et ils en ont parlé. Il y a une loi pour relancer le programme nucléaire civil qui a été votée grâce à la majorité relative, celle de Renaissance, mais aussi grâce aux voix du Rassemblement national et aux voix de LR. — Et les communistes aussi. — Et les communistes, absolument. Vous voyez que vous avez suivi le sujet. C'était un piège. Et donc c'est intéressant de voir que malgré ces difficultés, malgré le 49-3, malgré le tir des LR qui a fait ces sessions, on peut encore trouver des majorités. Donc le truc n'est pas foutu.
— Bon. Il va prendre la parole, Emmanuel Macron, dans 6 minutes maintenant. À quoi ça sert ? Les Français qui manifestent. On a vu les images il y a quelques instants. Hier soir, ce matin, la gare de Toulouse bloquée, à Rennes, les pêcheurs qui manifestent partout en France. Plusieurs points de blocage. On peut se dire à 13h30... Ah bon, d'accord. Bon. On arrête là. Le président a parlé.
Ça ne doit pas se passer comme ça, Guillaume. — Non. Ça se passera sans doute pas comme ça. Il faut bien voir que ces mouvements sont extrêmement minoritaires. On n'est pas en mai 68. D'abord, le pays n'est pas bloqué. Alors évidemment, demain, il y aura des perturbations fortes dans les transports. Mais ce n'est pas du tout la grève générale. Il n'y a pas de mouvement de blocage massif. On voit des petits rassemblements sporadiques avec des gens qui sont plutôt calmes. Mais il y a toujours des voyous d'extrême-gauche qui viennent se greffer là-dessus pour aller foutre le bazar et...
— Oui. On avait hier soir les images à République. On voyait les images de la place en hauteur. Pas énormément de monde. — Exactement. — Et les gens qui étaient là étaient venus essentiellement pour le conflit.
— Voilà. Et il faut se méfier de l'effet de loupe. Notre métier, c'est de parler de ce qui bouge ou de ce qui flambe. Mais ce n'est pas le pays qui est en train de flamber. Donc encore une fois, là, pour le coup, je ne fais pas de pronostics. Ça sera intéressant de voir quelle est la mobilisation de demain. Est-ce que les gens se disent OK, de toute façon, même si on n'était pas d'accord, cette loi est passée. Donc on se résigne. Moi, c'est plutôt ce que je pense. Ou alors Emmanuel Macron a créé une espèce de... a allumé la mèche d'une explosion sociale qui serait inédite depuis qu'il est arrivé au pouvoir puisque le mouvement des Gilets jaunes était très différent.
Ça n'était pas les mêmes ressorts. Et c'était pas les mêmes populations.
— Quatre minutes avant l'interview du président de la République que vous suivez, évidemment, sur lefiguro.fr, sur YouTube. On essaye de savoir ce que peut dire le président lors de cette interview. Cette phrase rapportée d'Emmanuel Macron, « La foule n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime à travers ses élus ». Il n'a pas vraiment envie d'éteindre le feu, là, le président de la République.
— Non. C'est vrai qu'il y avait une part de provocation chez Emmanuel Macron avec cette phrase. Sur le fond, ce qu'il dit n'est pas faux. C'est vrai qu'en France, sauf quand on fait appel au référendum, le peuple s'exprime à travers ses représentants qui sont les parlementaires. Et il n'y a pas eu une majorité de députés pour voter la censure et donc pour s'opposer à cette loi. Donc elle est supposée être actée. Ce qui est intéressant, c'est qu'Emmanuel Macron, dans une opposition assez classique, distingue bien la foule du peuple. Il y a cette belle phrase de Victor Hugo. « Parfois, la foule trahit le peuple ».
C'est-à-dire de dire que le message subliminal, c'est de dire « OK, les Français sont contre cette mesure, mais finalement, ils savent bien qu'il n'y a pas d'alternative et que de toute façon, il faudra travailler plus longtemps parce qu'on vit plus longtemps ». Et de ce fait, il ne faut pas surestimer l'importance de ces mouvements de foule, justement, qui font la une des chaînes d'info et de notre site depuis plusieurs jours.
Il y a plein d'options. On parle d'une démission du gouvernement forcée, d'un remaniement, d'une dissolution, d'un référendum. Pourtant, il a l'air de vouloir choisir aucune option, Emmanuel Macron. Tout ça, c'est écarté pour l'instant.
Non. Oui, effectivement. D'abord, ce ne serait pas la première fois. Emmanuel Macron n'aime pas réagir sous la pression.
Il l'avait fait lors des manifestations de gilets jaunes, quand même.
Oui, mais il y avait une pression presque physique contre lui. Vous vous souvenez ? Oui, c'était les alentours du quartier de l'Élysée qui étaient attaqués. Les manifestants cernaient l'Élysée. Mais là, cette loi a été votée. Elisabeth Borne est allée jusqu'à dire que c'était une forme de victoire pour le gouvernement. C'est vrai qu'il n'a pas cédé. Il est là en président réformateur. Les retraites, c'est quand même la mesure symbolique. Donc si... Je ne sais pas ce qu'il va faire. Mais renvoyer Elisabeth Borne, changer le gouvernement, ce serait une façon de dire « Ok, je me suis trompé. J'ai eu tort. Donc finalement, je rebats les cartes ».
Mais le statu quo est possible avec ce qu'on voit dans la rue, avec cette colère qui ne s'est pas manifestée autant que l'espéré certain dans les rues, avec ces sondages qui sont contre la réforme des retraites, avec un mandat à finir et pas à finir, à continuer parce qu'on est encore loin de la fin. Il peut se contenter de ne rien faire, Emmanuel Macron ?
Oui, je pense qu'il le peut. Il peut annoncer des mesures, semble-t-il, par exemple, le report de la loi sur l'immigration, qui suscitait des polémiques au sein même de sa majorité. Mais oui, il peut d'abord ne pas tenir compte des sondages, parce qu'il est là pour 5 ans. Donc que cette mesure soit impopulaire, ça n'est pas surprenant. Mais Emmanuel Macron n'oublie pas que, dès 2017, il avait été élu pour transformer le pays. C'est ça, son programme. C'est un homme qui n'a pas d'idéologie particulière. Il n'est pas conservateur. C'est un moderne. C'est un modernisateur. C'est un moderne. Oui, c'est ça, son idéologie. Oui, mais c'est ça. Or, de dire « Ben voilà, il faut travailler plus ».
Vous n'êtes pas un moderne, vous de mon requête. Moi, j'aime bien travailler, mais je pense qu'il y a quelques valeurs sur lesquelles il ne faut pas transiger. Je ne suis pas sûr qu'on soit Emmanuel Macron et moi sur la même ligne, mais ce n'est pas vraiment le sujet du jour. En revanche, je pense que, oui, il n'a pas intérêt aujourd'hui à donner le sentiment d'avoir commis une faute ou de s'être trompé par des mesures qui apparaîtraient comme des reculs.
Il est 13h. Le président de la République doit s'exprimer d'un instant à l'autre, puisqu'il est interviewé par nos confrères de TF1 et France 2. L'interview commence. On se retrouve tout à l'heure. Merci beaucoup, Guillaume Roquette.
Merci de nous recevoir à l'Élysée avec Julien Bugier. Bonjour, Julien. Bonjour, Marie-Sophie. Bonjour, M. le Président. Vous savez que votre parole aujourd'hui est particulièrement attendue. C'est la toute première fois que vous vous exprimez depuis le recours au 49.3 et depuis que cette réforme des retraites a été adoptée par le Parlement. Elle est très contestée dans la rue. Première question, donc, est-ce que ce texte entrera en application, comme prévu, au 1er septembre ?
Bonjour et bienvenue. Je suis heureux de pouvoir, en effet, répondre à vos questions. Écoutez, ce texte, il va poursuivre son chemin démocratique. Il a été préparé par le gouvernement après des mois de concertation. Il a été ensuite porté par le gouvernement, qu'il a modifié après ses concertations au Parlement. Il a donné lieu à 175 heures de débat. C'est le texte issu du chemin parlementaire, enrichi par le parlementaire, qui a été adopté dans la commission mixte paritaire, puis voté par le Sénat, et en effet, qui a été adopté par l'Assemblée suite à l'utilisation de l'article 10.49.3, et donc par un vote, c'est une motion de censure contre le gouvernement qui a échoué.
Il est aujourd'hui devant le Conseil constitutionnel. Et donc, il faut maintenant attendre que le Conseil constitutionnel se prononce, et c'est à l'issue de cette décision que j'aurai à promulguer un texte, et donc qui permettra de faire évoluer les choses pour nous.
– Tenez-vous à cette date du 1er septembre ?
– Je pense que pour que les choses rentrent en place, à la fois pour que, d'ici à la fin de l'année, pour près de 2 millions de nos compatriotes, 1,8 million exactement, ils puissent avoir leur pension qui commence à être augmentée, environ 600 euros par an en moyenne, pour ces 1,8 million. Pour qu'en effet, on commence à décaler l'âge légal de 3 mois par an, progressivement, et qu'on accélère l'augmentation du nombre de trimestres à travailler, jusqu'à 43 ans à horizon 2027. Eh bien, il faut que ça rentre en vigueur d'ici à la fin de l'année. Mais maintenant, au moment où je vous parle, il faut attendre la décision du Conseil.
– Alors, on va parler de la crise sociale dans notre pays, qui est forte. On va parler de la crise politique, évidemment, à l'Assemblée nationale, et de ce qui s'est passé. D'abord, je voudrais vous faire réagir sur des propos que vous avez tenus, qui ont pu choquer certains. C'était hier devant les parlementaires. Vous avez dit que la foule n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime à travers les élus. Est-ce à dire, à vos yeux, que le mécontentement qui s'exprime dans les rues, aujourd'hui, les manifestants, sont illégitimes ?
– Non, pas du tout. Et merci de nous permettre de clarifier cela, parce que j'ai dit des choses hier précises à des parlementaires qui ont subi des agressions inacceptables depuis ces derniers jours. Et je vous le dis ici avec beaucoup de solennité. Nous sommes une grande nation et un vieux peuple. Il se dote de responsables qui ont une légitimité politique. Président de la République, des parlementaires. Ils sont élus par lui. Il y a des légitimités qui existent. Les syndicats ont une légitimité. Quand ils défilent, qu'ils manifestent, ils sont en opposition à cette réforme. Je les respecte. Ils défendent leur point de vue.
Et d'ailleurs, c'est protégé par la Constitution, le droit de manifester, de pétition. Il y a une légitimité. Et d'ailleurs, le gouvernement, comme le Parlement, a essayé de tenir compte de ces manifestations et d'intégrer une partie de ces collègues. On y reviendra. A côté de ça, je vous le dis, dans le moment que vivent nos démocraties, quand des groupes utilisent l'extrême violence pour agresser des élus de la République, qu'ils soient parlementaires aujourd'hui ou maires, malheureusement chaque semaine, quand ils utilisent la violence sans règles, absolue, parce qu'ils ne sont pas contents de quelque chose, alors là, ça n'est plus la République. Mais là, vous convenez,
convenez, monsieur le Président, ce ne sont pas des propos qui sont à même d'apaiser ce qui se passe aujourd'hui dans les rues. Pardon, ce sont des propos qui clarifient.
Ce sont des propos qui clarifient. Quand les États-Unis d'Amérique ont vécu ce qu'ils ont vécu au Capitole, quand le Brésil a vécu ce qu'il a vécu, quand vous avez eu l'extrême violence en Allemagne, aux Pays-Bas, ou parfois par le passé chez nous, je vous le dis très nettement, il faut dire, on respecte, on écoute, on essaie d'avancer pour le pays, et je vais y revenir parce que je veux qu'on parle du fond de cette réforme, mais on ne peut accepter ni les factieux, ni les factions. Mais à côté de ça, il y a des millions de Français qui manifestent. Oui, mais ceux-ci, il faut les écouter, il faut écouter leur colère et y répondre.
C'est cela, parce qu'avec ces propos, vous faites référence au débordement, mais que dites-vous à ceux qui vont manifester demain ? Neuvième journée d'action dans la rue, c'est quoi ? Ce n'est pas la peine d'y aller ? Il n'y a plus rien à négocier ?
Non, d'abord... C'est la fin de partie. Alors, je voudrais essayer de dire d'abord ce que ce texte va faire et pourquoi on l'a fait. Vous savez, au moment où je vous parle, est-ce que vous pensez que ça me fait plaisir de faire cette réforme ? Dites-le nous. Non. Est-ce que vous pensez que je n'aurais pas pu faire comme tant avant moi, mettre la poussière sous le tapis ? Oui. Peut-être. Mais la réalité, et s'il y a une chose que je regrette, c'est que nous n'avons pas réussi à partager la contrainte, plus exactement la nécessité de faire cette réforme. Au moment où je suis rentré dans la vie active, il y avait 10 millions de retraités. Il y en a aujourd'hui 17 millions.
Dans les années 2030, il y en aura 20 millions. Est-ce que vous pensez qu'on peut continuer avec les mêmes règles ? On rentre de plus en plus tard dans la vie professionnelle. On vit, et c'est une chance, de plus en plus tard. Nous avons un système par répartition qui fait que c'est nous, les actifs, qui finançons aujourd'hui les retraites. On ne finance pas les nôtres. Donc oui, il n'y a pas 36 solutions si on veut que le régime soit équilibré. Il ne l'est plus. Et plus on va attendre, plus il se dégradera. Donc cette réforme, elle est nécessaire.
Et je le dis aux Français, ça ne me fait pas plaisir, j'aurais voulu ne pas la faire, mais c'est pour ça aussi que j'ai pris l'engagement de la faire devant vous par le sens des responsabilités. Et c'est l'intérêt général. Qu'est-ce qu'on peut faire face à cette situation démographique qui est la nôtre ? On aurait pu dire on baisse les pensions. La réponse est non. Nos retraités n'ont pas trop de pouvoir d'achat. On ne peut pas baisser leurs pensions. On va même relever celle des plus modestes. La deuxième solution, ça aurait été d'augmenter les cotisations des actifs. Nous avons un problème de pouvoir d'achat en raison de l'inflation.
Ou des entreprises, M. le Président. Non. Et de mettre les entreprises à contribution, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui dans le financement.
Non, parce que je vais venir, ce n'est pas comme ça que marchent les retraites. Les retraites, c'est des cotisations des actifs pour les retraités. La troisième solution, c'est de dire au fond, j'acte que mon système de retraite a un déséquilibre. Et c'est le budget de l'État qui va le financer par ailleurs. Et alors, comment on fait quand c'est le budget de l'État ? Soit on augmente les impôts. Nous sommes l'un des pays occidentaux qui a les impôts les plus hauts. Moi, je crois dans la réindustrialisation du pays. J'espère qu'on y reviendra. On l'a défendu. On est en train de gagner cette bataille. Ce n'est pas pour faire l'inverse.
Deuxièmement, on pourrait dire, c'est au dépend d'autres priorités. On doit investir dans nos services publics, notre école, notre santé. On ne peut pas prendre cet argent pour le mettre sur les retraites. Et alors, la formule magique, qui est implicitement le projet de toutes les oppositions et de tous ceux qui s'opposent à cette réforme, c'est le déficit. Mais qu'est-ce que c'est le déficit ? Ça veut dire, de fait, que vous choisissez de faire payer vos enfants parce qu'aujourd'hui, vous refusez de décider avec clarté et courage. Et regardez, vos collègues du Parisien avaient fait cette petite infographie. J'ai arrivé de la convoquer.
Enfin, nous sommes le pays d'Europe qui, avec la Suède, qui a un autre système et un autre modèle, mais on est ensemble. Regardez, tous les autres sont entre 65 et 60.
On entend vos arguments, M. le Président. Mais pourquoi est-ce que vous n'avez pas été compris ? Mais parce qu'il y a une volonté, d'abord. Parce que je vous le dis très sincèrement. M. le Président, c'est graphique. On les montre depuis le début. La pédagogie, vous l'avez fait depuis le début.
On n'a pas forcément envie d'entendre la réalité, mais je vous dis, cette réforme, ça n'est pas un luxe, ça n'est pas un plaisir, c'est une nécessité pour le pays. Ensuite, il y a des forces politiques.
Vous pensez avoir mal expliqué, M. le Président ?
Non, je pense simplement qu'il y a aussi une volonté de passer à autre chose chez certains et de ne pas partager cette contrainte.
Mais peut-on avoir raison contre 70% des Français ? D'abord, ce n'est pas votre conviction, M. le Président. Mais peut-on avoir raison seule contre les autres ?
Je pense qu'on peut prendre ses responsabilités dans un système démocratique où les élections ne sont pas très tardives, ni celles des parlementaires, ni celles du Président, et où, sur les fondamentaux d'une réforme, après il faut la compléter, il faut entendre ce qui se dit, je vais y revenir, et je pense que beaucoup de choses qui se sont dites ne sont pas sur les retraites. Et y compris les colères qui s'expriment aujourd'hui. Nos pêcheurs, par exemple, s'expriment à Rennes, ce n'est pas les retraites le cœur de leurs problèmes. C'est des réglementations et des jugements qui leur tombent dessus. Bon, il faut les entendre et les aider.
Beaucoup des colères qui se sont exprimées, ça ne sont pas que les retraites. Et je veux y revenir et pouvoir en parler.
On y viendra.
Mais notre système aujourd'hui, nous devons le réformer. Et donc je le fais en responsabilité, par le sens de l'intérêt général. Il y a une partie des oppositions qui ont eu le sens des responsabilités. Et je vous le dis ici aussi, et il faut les respecter et les associer. La majorité au Sénat n'est pas une majorité qui soutient normalement le président de la République. Elle a enrichi ce texte, elle l'a modifié, mais enfin elle a adopté quelque chose qui va dans le même sens. Plusieurs élus de l'opposition venant de la droite républicaine ont décidé de voter ce texte et de ne pas voter la motion de censure. Il faut les respecter et les associer aussi. Ils ont le sens des responsabilités.
Je regrette qu'aucune force syndicale n'ait proposé un compromis. Et c'est ça aussi, il faut voir depuis le début. Là où historiquement les forces syndicales pouvaient proposer des compromis. Ne faites pas 65 ans, 63 ans et demi, augmentez la durée. On nous a dit aucune réforme.
Vous n'avez commis aucune erreur ?
De ne pas réussir à convaincre. Mais en même temps, je constate qu'il y a aussi une tendance dans nos démocraties à vouloir s'abstraire du principe de réalité. Et ça, c'est aussi sans doute les conséquences d'une situation après le Covid, ou pour beaucoup de nos compatriotes, mais aussi des forces politiques, syndicales. Je note que le secrétaire général de la CFDT, pour qui j'ai l'estime et respect, était allé devant son congrès en proposant d'augmenter les durées. Il n'a pas été suivi par son propre... Mais il avait cette volonté de faire travailler davantage. Il nous aurait proposé un compromis. D'ailleurs, le gouvernement a changé les choses.
On n'est plus à 65 ans en 2030, mais 64 ans et une accélération de l'augmentation de la durée de cotisation. Mais il n'y a pas eu de proposition de compromis. Donc le compromis, il a été fait par le gouvernement, après ses concertations. Il a été fait avec le Parlement. Mais nous devons avancer. Parce que c'est l'intérêt supérieur de la nation. Et je vous le dis, je vous le dis en responsabilité. Moi, je ne cherche pas à être réélu. Je ne le peux pas constitutionnellement. Mais entre les sondages et le court terme, et l'intérêt général du pays, je choisis l'intérêt général du pays. Et s'il faut derrière endosser l'impopularité aujourd'hui, je l'endosserai.
Alors voilà pour la pédagogie et l'explication de texte. Aujourd'hui, ce qui se passe dans la rue, est-ce que vous craignez un embrasement, l'émobilisation, un pourrissement de la situation ? Qu'est-ce que vous répondez aujourd'hui aux Français qui sont inquiets aussi de cette situation et qui la subissent ? Bien sûr. Les ordures qui s'amoncèlent, les stations essence avec des queues considérables, les blocages ?
D'abord, je vous le dis, il y a différentes formes de contestation, et vous m'avez permis de le clarifier à l'instant. Qu'il y ait des manifestations organisées pour dire qu'on est contre, c'est légitime. Et je salue d'ailleurs l'esprit de responsabilité de l'ensemble des syndicats qui, je l'ai dit, n'ont pas proposé de compromis, mais ont été contre avec clarté, je le respecte. Mais ça a été fait de manière calme, organisée, le front de main, c'est normal. À côté de ça, il y a des blocages, il y a des violences. Les violences, il faut les condamner. Je l'ai dit, ni les factions, ni les factions dans la République.
Et il y a les blocages, et les blocages, il faut pouvoir les lever quand ils empêchent l'activité normale. Et c'est pourquoi d'ailleurs, j'ai demandé... Donc des réquisitions. C'est pourquoi j'ai demandé au gouvernement d'essayer au maximum de négocier, et ensuite de réquisitionner ce que nous avons pu faire sur les ordures ménagères, par exemple, dans certaines grandes villes, ou sur les raffineries, à chaque fois qu'il faut le faire. Ça a commencé, et ce sera fait pour qu'il n'y ait pas de blocage. Souvent, ce sont très peu de gens d'ailleurs.
À quand un retour à la normale dans la vie des Français ? Un retour à l'ordre, même, disent certains. Est-ce que vous pouvez prendre un engagement ?
L'ordre républicain, c'est celui que je souhaite. Je prends un engagement pour ce qui dépend de moi. Je suis un peu stoïcien en la matière. Donc je pense qu'il faut qu'il y ait un chemin qui soit maintenant trouvé, et qu'on se remette autour de la table. Mais...
Les Français commencent à se lasser. On l'entend dans nos reportages. Mais ils ont raison. Depuis le début de la semaine.
Et donc, je le dis, on ne tolérera aucun débordement. On fera en sorte qu'une vie la plus normale possible puisse reprendre face à ceux qui bloquent à quelques-uns l'activité. Et après, c'est aussi à nous, à moi, l'exécutif, d'essayer d'entendre la colère légitime, qui n'est pas la violence, encore une fois, mais qui s'est exprimée au moment de ces contestations. Alors ces contestations, d'abord, je vais ici rappeler qu'à chaque réforme des retraites, nous les avons, et parfois en nombre bien supérieur.
Et dans quelle situation serions-nous si en 1993, en 2003, en 2010, pour ne citer que quelques-uns des exemples des réformes précédentes, ou en 2013, mes prédécesseurs s'étaient arrêtés devant ces contestations en disant « je ne fais pas la réforme ». On serait dans une situation encore plus critique. Donc, c'est pour ça que je vous le dis, il faut le faire. Maintenant, dans cette colère et ces voix, qu'est-ce qui s'est exprimé ? D'abord, un sentiment d'injustice. Et moi, que j'entends, vous l'avez un peu évoqué en parlant des entreprises tout à l'heure. Ce sentiment d'injustice, c'est de dire au fond, c'est toujours nous qui bossons, à qui on demande des efforts.
Et c'est vrai qu'on demande cette réforme, il ne faut pas se tromper, on demande à nos compatriotes des efforts.
C'est nous qui allons travailler deux ans de plus.
On leur demande des efforts pour pouvoir financer la protection et la préparation de l'avenir. Et donc, il faut entendre ce besoin de justice. Moi, je l'entends, à au moins deux égards. Quand on voit des entreprises qu'on a aidées et on continuera cette politique pour l'entreprenariat, pour l'attractivité, parce que ça permet de réindustrialiser, de payer, de nous rendre plus forts. Mais il y a quand même un peu un cynisme à l'œuvre.
Quand on a des grandes entreprises qui font des revenus tellement exceptionnels qu'ils en arrivent à utiliser cet argent pour racheter leurs propres actions, là, je vais demander au gouvernement de pouvoir travailler à une contribution exceptionnelle pour que cet argent, quand il y a des profits exceptionnels d'entreprises qui sont prêts à racheter leurs propres actions, que leurs travailleurs puissent en profiter.
Donc, c'est une taxe sur les super-profits ?
Non, parce que cette taxation des super-profits, nous l'avons déjà fait pour les énergéticiens. C'est ce qu'on a construit au niveau européen. C'est ce qui nous permet d'ailleurs de financer le bouclier face à l'augmentation de l'énergie. Et c'est ce qui fait que vous payez, par mois, une augmentation de 20 euros environ, entre 20 et 30 euros sur votre électricité et votre gaz, au lieu de 180 ou 200 euros. Ça, on l'a financé en taxant les super-profits des énergéticiens. Là, je dis, on a des grandes entreprises qui sont en train de racheter leurs actions, ont des contributions exceptionnelles. Il faut trouver la bonne technique, mais il faut qu'ils distribuent davantage à leurs salariés.
Il faut qu'il y ait une contribution à cet effort du moment. La deuxième chose, c'est qu'aussi beaucoup de travailleurs disent, vous nous demandez des efforts. Il y a des gens qui ne travaillent jamais, ils ont quasiment la même vie. Ils auront le minimum vieillesse. C'est pour ça qu'il faut très vite engager pour aller chercher toutes celles et ceux qui sont au RSA et les aider à revenir vers l'emploi, les aider et les responsabiliser.
Et ça, ce sera dans les réformes les plus importantes à venir, c'est-à-dire droits et devoirs renforcés pour les bénéficiaires du RSA, mieux les former et les accompagner, régler parfois les problèmes de logement, de garde d'enfants, de transport, mais faire revenir à l'emploi des gens aujourd'hui qui n'y sont pas, parfois depuis des années ou des dizaines d'années, au moment même où on a des besoins.
– C'est ce que vous avancez aujourd'hui pour remettre de l'apaisement, pour apaiser ?
– Ça, c'est des chantiers que je veux qu'on ouvre parce qu'il y a un besoin de justice. À côté de ça, il y a ce qu'on entend dans la rue, c'est aussi des protestations sur le travail. Beaucoup de gens, à juste titre, j'ai écouté dans l'agroalimentaire, en Bretagne, dans certains métiers encore postés, dans l'industrie, dans le centre de la France, les métiers aussi du soin, les éboueurs, les égoutiers, bon, ces métiers difficiles. Ils disent, à 60 ans, on a le dos cassé, on est épuisé, c'est vrai. Mais si on est honnête avec nous-mêmes, ce n'est pas 62 ou 64 ans qui est le problème, le problème, il est à 55 ou 58 ans. – Alors on sait quoi ?
– Et donc, le vrai sujet qui a commencé à être ouvert par le gouvernement, comme par les parlementaires dans ce texte, c'est celui de l'usure professionnelle et des fins de carrière. Celui-ci, on doit très concrètement le prendre à bras-le-corps. Parce que si on veut donner une réponse à cette colère légitime et une réponse efficace, moi je souhaite, il faut attendre quelques jours, quelques semaines, mais qu'on réengage avec les partenaires sociaux sur des sujets très concrets. L'usure professionnelle, la reconversion de fins de carrière. Il y a beaucoup de métiers où, au fond, passer 50 ans de reconvertir. – Pourquoi avoir attendu si longtemps pour mettre sur la table ces propositions ?
– On a commencé à le faire. Et d'ailleurs, les assises du travail n'ont pas attendu la réforme des retraites. Et beaucoup de choses qu'on a faites sur les carrières professionnelles se sont faites durant le premier quinquennat. Mais il faut continuer. Quand la colère s'exprime, il faut aussi l'entendre et accélérer. Donc, l'usure professionnelle…
– Donc il faut que la colère s'exprime pour vous fassiez des propositions supplémentaires ?
– Je suis en train de vous dire qu'on a commencé à faire les choses. Si j'étais là à vous dire « on a tout bien fait », vous me diriez « vous êtes un drôle de type ». Vous n'entendez pas qu'il y a des gens qui protestent. Et ça veut dire par là que, quand ça s'exprime, c'est là aussi où une démocratie, elle doit entendre la colère légitime qui s'exprime dans un cadre républicain et y apporter une réponse. Et donc, je dis ce qu'on a commencé à apporter, elles ne sont pas suffisamment fortes et tangibles, et donc on doit aller beaucoup plus loin. L'usure professionnelle, les reconversions. La deuxième chose, c'est la progression de la carrière.
Beaucoup de gens qui manifestent disent « il y en a qui ne bossent pas ». Ce que je dis, il faut y répondre par la loi travail et le système de droits et devoirs, de formation et d'accompagnement des bénéficiaires du RSA. Mais ils nous disent aussi, au fond, le travail ne paye pas assez. Alors là aussi, je vais vous dire, on a fait beaucoup de choses. On a fait, en 2019, la prime d'activité augmentée de 100 euros au niveau du SMIC. Jamais les SMICards n'ont autant eu leur pouvoir d'achat augmenté depuis des décennies. On a augmenté ces 18 derniers mois, le SMIC en France, de 9,5%. Plus que l'inflation.
Néanmoins, il faut entendre ce que nous disent nos compatriotes qui manifestent sur ce sujet, qui n'est pas celui des retraites, mais du travail qu'il doit payer. Premièrement, moi je souhaite qu'on engage avec les partenaires sociaux, dès qu'ils seront prêts à le faire, là ils vont continuer demain de s'opposer, mais je les invite à se réengager très vite avec nous, pour qu'on ait dans toutes les branches qui sont en dessous du minimum légal, pour leur salaire minimum. Parce que vous avez des tas de branches qui en fait continuent à payer les gens en dessous du SMIC légal.
Là vous nous parlez des partenaires sociaux, avec quel partenaire politique vous allez avancer sur ces sujets ?
La main est tendue, toutes celles et ceux qui sont prêts à avancer sur ces sujets concrets pour nos compatriotes. Et donc je leur dis, allons travailler pour maintenant très vite trouver une réponse dans tous ces métiers qui sont insuffisamment payés, qui sont souvent les métiers de première et deuxième ligne dont on a eu besoin pendant la période Covid, et qui continuent à avoir des salaires minimums dans leur branche qui sont inférieurs au minimum légal. On doit accélérer, enclencher les choses. Deuxième élément, on doit travailler les carrières. Ce n'est pas une loi qui changera les carrières, parce qu'on n'est pas une économie administrée.
Mais il faut remettre sur le terrain le dialogue social pour que les carrières permettent de mieux gagner sa vie. Vous savez, on est l'un des pays où le salaire minimum est le plus élevé en Europe. Mais le salaire médian, c'est-à-dire le salaire en dessous duquel il y a la moitié des gens, au-dessus duquel il y a l'autre moitié des travailleurs, c'est l'un des plus proches du salaire minimum en Europe. Ce qui fait que les carrières sont écrasées dans notre pays. Et c'est un peu désespérant pour beaucoup de nos compatriotes. Alors, on a trouvé des réponses. On a enlevé, comme vous le savez, des cotisations sociales, des impôts sur des heures supplémentaires.
Mais il faut qu'on travaille les carrières dans notre pays pour permettre de se dire 45, 50, 55 ans, je vais voir un progrès. Soit je pourrais changer de secteur et avoir un métier qui ne me casse plus le dos et prendre en compte mes mesures, soit au moins je serai mieux payé, j'aurai des tâches qui reconnaissent mieux les choses. Ça, c'est du dialogue social et c'est indispensable.
Est-ce que pour mener ces réformes, M. le Président,
c'est une bonne première ministre ? Alors, attendez, je vais finir sur le champ politique. Je voudrais finir sur le fond, sur le travail. C'est un sujet essentiel. On a commencé les assises du travail, mais il faut le rendre plus concret. Donc moi, je veux réengager avec les partenaires sociaux très vite sur tous ces sujets.
À quelle échéance ?
Là, il faut le préparer dans les prochaines semaines, un mois pour définir ces objets et la méthode et engager. Mais il ne faut pas des grandes discussions et des grandes messes. Discussions concrètes où on est tous autour de la table.
Vous avez commencé à appeler les syndicats ?
Ils vont manifester. Demain, je respecte cette manifestation, je les engage. Mais derrière ça, il y a le sens du travail. Moi, je suis frappé. Et c'est pour ça que je le dis avec... Il faut beaucoup de bienveillance et d'attention et de patience. On a eu des manifestants qui ont dit nous, ce n'est pas la retraite le problème, on ne veut plus travailler du tout. Parce qu'il y a eu... Et on a cette crise dans beaucoup de pays occidentaux. On a beaucoup aidé au moment du Covid. Et donc, tout s'est un peu déréglé, les référentiels. C'est aussi pour ça que c'est plus dur de convaincre qu'il faut de la responsabilité.
Parce que pendant plusieurs mois, on a payé pour ne pas travailler, pour protéger le pays. Et on a trouvé d'autres équilibres. Et donc, le rapport au travail n'est plus le même. Il faut le rebâtir et redonner aussi du sens au travail.
On vous entend sur les intentions. Donc voilà, ce n'est pas des intentions,
ce sont des engagements.
Avec quel gouvernement ? Avec quelle première ministre ? Est-ce qu'Elisabeth Borne a toujours votre confiance ?
Oui, j'ai nommé Elisabeth Borne. Elle doit ensuite avoir la confiance du Parlement. C'est là aussi nos institutions. Elle a décidé, après avoir examiné, avec l'ensemble des forces politiques de la majorité et ses ministres, pour cette réforme, le fait que, pour qu'elle passe et ne laisse aucune incertitude, elle a souhaité engager la responsabilité de son gouvernement. C'est ça, ce qu'on appelle le 49-3, le fameux article. C'est la centième fois qu'on le fait dans notre République. C'est un geste très solennel. Elle a pris ses responsabilités avec son gouvernement. Et elle a dit au Parlement, si vous avez une majorité alternative, qu'elle s'exprime.
Lundi, il a été montré qu'il n'y avait pas de majorité alternative. À neuf voix près ? Oui, mais vous savez, nous sommes en République à une voix près.
Mais peut-on gouverner pendant quatre ans avec un gouvernement... Je le crois, avec beaucoup de volonté. ...qui n'est pas censuré à neuf voix près ?
Oui, parce que d'abord, ça montre une chose, même un moment d'incandescence politique, il n'y a pas de majorité alternative.
Ensuite... Et donc, Elisabeth Borne, pardon, je reviens sur la première ministre, elle a votre confiance ? Est-ce qu'elle l'a durablement, pour plusieurs semaines, pour plusieurs mois ?
Alors, elle a ma confiance pour conduire cette équipe gouvernementale. Et ce que je lui ai demandé, sur la base de ce que je viens de vous dire, et aussi du cap des priorités, on y reviendra, je pense, dans le cours de notre discussion, de bâtir un programme législatif et un programme de gouvernement, en lien avec la présidente de l'Assemblée nationale et le président du Sénat, que j'ai vu hier, pour avoir à la fois moins de textes de loi, des textes plus courts, plus clairs, pour aussi changer les choses pour nos compatriotes de manière plus tangible, si tout ne passe pas par la loi.
Et donc, dans ce contexte, il faut agir au service de nos priorités, de nos compatriotes, le faire de manière très concrète, avec les élus sur le terrain, avec les services de l'État, et tout ne passe pas par la loi, et on passe trop par la loi dans notre République, et ensuite, de bâtir un programme de gouvernement pour que les choses soient plus claires et ambitieuses et apaisantes.
Et dans ce contexte-là, le mandat que je lui ai donné, c'est de continuer à élargir cette majorité autant qu'elle le pourra, avec les femmes et les hommes de bonne volonté, qui, de droite et de gauche, ou du côté de l'écologie, sont prêts sur les priorités que j'ai fixées, que je vais vous rappeler, et le programme de gouvernement que la Première Ministre va travailler, a avancé avec elle. Peut-être texte par texte, je ne suis pas en train de dire qu'on peut bâtir aujourd'hui des accords de gouvernement et de coalition. On ne l'a pas fait au début du quinquennat, ce n'est pas notre tradition politique.
Édouard Philippe le demande.
Mais par des accords... Oui, mais je suis obligé de regarder de manière très lucide que c'est ce qu'on a tenté au début du quinquennat, et ce qui n'a pas été fait. Par contre, il faut avoir beaucoup d'estime et de respect pour de nombreux parlementaires qui sont venus en soutien de son texte. Ils n'étaient pas la totalité d'un parti. C'est pour ça que je dis que c'est dur de bâtir des coalitions. Mais il y a des individualités politiques, avec leurs convictions, qui sont prêtes à travailler avec les forces de la majorité. Et donc je souhaite que la Première Ministre puisse bâtir justement cet élargissement de la majorité dans les semaines à venir, et j'espère qu'elle n'y parviendra.
Au-delà de cet assouplissement, sur la méthode, pas de changement de Première Ministre, pas de remaniement, avez-vous dit il y a quelques jours, pas de dissolution, pas de référendum, vous ne changez rien à la méthode.
La méthode, ce n'est pas tout ce que vous venez de dire. Ça, ce sont des effets politiques. Je suis en train de vous dire, en responsabilité, nous devons avancer. On doit apaiser, et on doit rebâtir un agenda parlementaire et des réformes en réengageant avec les syndicats et toutes les forces politiques qui sont prêtes à le faire. Et donc, c'est une méthode qu'on doit réengager. Mais à côté de ça, beaucoup de ces choses-là, nous le faisons depuis un an. C'est d'ailleurs pour ça que tant de textes ont pu passer et de décisions ont pu être prises, malgré une majorité relative à l'Assemblée.
Textes financiers, des textes sur l'énergie extrêmement important pour notre souveraineté et nos compatriotes. C'est pour ça aussi qu'on a pu passer des réformes sur l'assurance chômage pour continuer de mener cette bataille essentielle du plein emploi. Donc oui. Après, le changement, il est dans l'apaisement, la co-construction d'un agenda parlementaire avec l'ensemble des forces des deux chambres et, je dirais, être plus engagé sur le terrain pour des réponses plus concrètes et plus rapides à nos compatriotes.
Donc, après ce qui vient de se passer, vous êtes en train de nous dire que vous n'êtes pas condamné à l'immobilisme. Il reste 4 ans de mandat. On vient de voir que le plan O a été reporté. On entend dire que la loi immigration sera reportée aussi.
Non, mais si vous me demandez comment je compte faire les prochains mois, je vais vous le dire.
Est-ce que la loi immigration arrivera au Sénat la semaine prochaine comme prévu ?
Alors, c'est justement, ça, c'est l'objet de ce qu'on a décidé hier avec le président du Sénat et la présidente de l'Assemblée. Nous allons réagencer les choses aussi et découper des textes plus courts. Donc, il y aura bien une loi immigration. Il y aura sans doute plusieurs textes immigration et ils arriveront dans les prochaines semaines. Maintenant, nous n'avons pas le droit pour notre pays à l'arrêt ou à l'immobilisme. Nous n'avons pas le droit. Vous savez, beaucoup de nos compatriotes aussi expriment ces peurs parce qu'ils ont peur du changement, des grands bouleversements. Ce monde est inquiétant. On a un sentiment de déclassement parfois.
Je l'entends celui-ci aussi quand on dit qu'on n'a plus de paracétamol, nos services publics sont de plus en plus en difficulté.
Ce sont les mots utilisés par Édouard Philippe. L'immobilisme, c'est l'assurance du déclassement.
Il était à mes côtés hier matin avec l'ensemble des responsables de la majorité pour justement mener cette concertation pour engager tout le monde. On n'a pas le droit. Et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai été élu en 2017 et aujourd'hui. Mais pourquoi en sommes-nous là ? Parce que pendant des décennies, nous avons habitué le pays à dépenser et à ne plus produire ou de produire de moins en moins. nous avons, entre 1980 et 2010, avant même la crise financière, détruit 2 millions d'emplois industriels et continué à dépenser.
Et donc, nous avons habitué nos compatriotes à dire tout va bien se passer, on a un modèle social formidable, vous aurez de plus en plus de droits et on va de moins en moins produire. ça ne marche pas. C'est un mensonge. Et donc, qu'est-ce qu'on fait depuis 2017 ? On mène cette bataille du plein emploi et de la réindustrialisation, c'est le cœur de la bataille. Cette société du plein emploi et on est en train de la réussir collectivement. On est passé de 9% de chômage à 7% aujourd'hui. Les plus de 50 ans dont on parle, c'est des 5% de taux de chômage. Le plus bas depuis plus de 15 ans. Et on a le taux de chômage des jeunes le plus bas depuis des décennies.
On a le taux d'activité le plus élevé depuis qu'on le mesure. Et on réindustrialise. On ouvre plus d'usines qu'on en ferme, ce qui est une première depuis bien longtemps. On a créé plus des emplois industriels et on continue d'en créer. C'est le cœur de la bataille. Et donc ça, ça suppose de faire quoi ? D'assumer les choix fiscaux qu'on a faits pour les entreprises. Si on veut continuer de réindustrialiser, il faut plus de travail et plus de capital. Bon. Dans notre pays, sur notre sol, réindustrialiser des terres qui ont tant souffert. Le Haut-de-France que je connais bien, bastion des batteries électriques pour notre pays et notre continent.
L'Est de la France où on va le faire sur l'hydrogène et sur l'énergie, etc. Donc oui, on va continuer à avancer, à marge forcée.
Pourquoi ce bilan, ces réussites, selon vous, l'emploi, la réindustrialisation, la baisse du chômage ?
C'est pas selon moi, ce sont des chiffres. Il faut que je les vérifie.
7,2% le taux de chômage. Effectivement. Pourquoi les Français ne le perçoivent pas ?
Et pourquoi sont-ils en colère ? D'abord, je pense qu'il faut toujours se méfier quand on dit les Français. Si les Français ne le perçoivent absolument pas et étaient totalement en colère, sans doute n'aurais-je pas été réélu il y a moins d'un an ni une majorité relative il y a encore moins longtemps. Bon. Donc il y a des gens qui sont en colère. Ça veut pas dire que tout va bien pour tout le monde. Il y a des choses qui marchent. Faut pas qu'on regarde simplement ce qui marche pas. Mais nous venons d'une situation qui est reposée sur une forme d'illusion et donc là, on réengage le pays vers son avenir. Et donc moi, je vais continuer d'avancer sur un cap qui est clair.
Un, le plein emploi et la réindustrialisation. C'est la France de 2030. Nous devons être, redevenir une grande nation de recherche, d'innovation, de production. Sur ce point, pourquoi ne pas l'avoir fait
avant la réforme des retraites ?
On le fait depuis 5 ans.
Vous disiez vous-même en 2019, on peut pas demander aux gens de travailler jusqu'à 64 ans. S'il y a 55 ans, ils ont déjà du mal à trouver du boulot.
On a beaucoup repris ce passage. Je vais être clair avec vous parce que j'ai le sens justement de la démocratie et du mandat. Quand je m'exprime et que je dis ça en 2019, on a lancé les ordonnances travail que depuis 18 mois, ça fait 6 ans maintenant qu'elles sont en oeuvre avec les résultats que vous connaissez. Je m'exprime dans une société qui est à plus de 8% de taux de chômage. Le mandat que j'ai en 2017, c'est de créer un système universel des retraites, en aucun cas de bouger l'âge de départ parce que le rapport du Conseil d'orientation des retraites et tous les experts disaient qu'il n'y a pas de problème.
Après cette expression que tout le monde nous resserre, qu'est-ce qui s'est passé dans notre pays ? Les gens vivaient dans quel monde ? On a eu le Covid, on a eu la guerre, on a eu l'inflation. La nation a dépensé des dizaines de milliards d'euros pour protéger. Elle a donc construit une dette qu'on amortit dans le temps et nos comptes se sont dégradés. Au moment de la campagne de 2022, la situation est drastiquement différente. Nous avons commencé à gagner la bataille pour le plein emploi en baissant de 2 points le taux de chômage. Nous avons commencé à réindustrialiser et donc ce à quoi je répondais commençait à avoir une réponse parce qu'on a fait tout ce travail.
Et surtout, tous les expertis, vous avez un problème de votre système de retraite. Donc oui, il faut pouvoir avancer, l'engager, c'est cohérent.
Effectivement, regardons vers l'arrière. C'est pour ça que le mandat
que j'ai demandé en 2022 n'était pas celui de 2017 parce que le pays n'était pas le même.
Vous nous avez présenté plusieurs chantiers que vous souhaitez lancer dans les mois qui viennent. si on essaye d'être concret. Quelle sera la mesure emblématique ?
Non, mais moi, j'ai jamais... Enfin, la société, ça ne marche pas avec une mesure emblématique. Non. C'est une cohérence. Ça donne un cap. Ça donne un cap. Réindustrialisation plein emploi. France de 2030, il faut gagner la bataille de l'industrie décarbonée. Ça sera la clé. Le plein emploi et donc les textes que nous allons faire passer pour remettre au travail ceux qui sont le plus loin de l'emploi et réussir tout le volet travail qui va derrière.
Le climat ?
Deuxième cap. Deuxième cap. L'ordre républicain. 200 brigades de gendarmerie. Il n'y a pas besoin de loi pour faire ça. Ils vont être ouvertes partout sur le territoire. Plus de juges, plus de greffiers pour juger plus vite face à la petite délinquance. Réengager. Et à côté de ça, une loi de programmation militaire qui va arriver. Et là, ça fait partie des priorités des prochains mois pour nos armées et nos protégés. Ça, c'est l'ordre républicain. Et puis la troisième priorité, c'est les progrès pour mieux vivre. L'école, la santé, l'écologie. C'est ça, les trois priorités. Du jour au lendemain, les profs dans les classes des élèves.
Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui dans beaucoup de collèges et lycées.
C'est loin d'être le cas.
Voilà. C'est une priorité. La deuxième chose, qu'on réponde dans la ruralité et qu'on améliore, parce qu'on a des baisses d'effectifs. Parfois, il faut fermer. On continuera d'avoir fermé des classes ou des établissements. Mais qu'on améliore la réponse avec parfois les classes multiniveaux, nos internats ruraux. Qu'on réponde aux besoins de la ruralité sur le scolaire. Qu'on réforme le lycée professionnel, indispensable pour être juste avec nos jeunes et les amener vers l'emploi ou la formation.
Beaucoup de chantiers.
Mais vous voyez qu'il y a beaucoup de chantiers parce qu'on a des immenses ambitions. Ça, c'est l'école. La santé, pour cette année, donner un médecin traitant à nos compatriotes, ils sont 600 000 qui sont en infection longue durée. C'est à la fin de l'année.
C'est à la fin 2023.
C'est le cœur de la convention médicale de ce que le ministre prépare. Ils n'ont pas de médecin traitant et qui sont dans des déserts médicaux. Ils sont 600 000 qui sont en infection longue durée ou âgés. Et enclencher la réforme qu'on a lancée sur l'hôpital pour les conditions de travail, pour réengager et les déserts médicaux. Et l'écologie, dès les prochaines semaines, le plan eau, nous aurons besoin d'avoir un... Comme on l'a réussi tous ensemble à gagner la bataille pour la sobriété énergétique. On doit gagner la bataille pour la sobriété en matière d'eau.
Et donc tous faire une petite part d'effort pour préserver notre eau, mieux réutiliser l'eau, l'eau de nos réseaux comme l'eau de pluie, changer les usages. L'eau, la forêt, les océans, les transports, le logement, c'est tout ça l'écologie. C'est des vies concrètes mais il faut accompagner pour une transition juste et durable. Voilà le cap. Le plein emploi, la réindustrialisation, l'ordre républicain et mieux vivre les progrès avec l'école, la santé et l'écologie.
Un mot plus personnel pour conclure peut-être, M. le Président, vous avez été élu en 2017 et puis l'an dernier en 2022 avec la promesse d'être le président de tous les Français et d'être un rassembleur. Je crois même que l'un de vos slogans lors de la dernière élection, c'était « nous tous ». Oui. Aujourd'hui, le pays paraît plus fracturé que jamais. On en a parlé, vous l'avez dit, vous-même. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir raté quelque chose ? Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir perdu la manière de comprendre et de parler aux Français ?
Non, je veux vous dire, la réforme qu'on fait est une réforme qui est très difficile. Elle est très difficile. On demande un effort aux gens. Ce n'est jamais populaire. On n'est pas concurrencé sur le sens des responsabilités. Non plus. Je ne dis pas qu'on est beaucoup aidés. Vous dites à part vous, les autres proposeraient. Non, mais c'est la réalité. C'était retirer la réforme. Bon. Donc, j'assume ce moment. Mais j'assume ce moment parce qu'il permet les autres. Et je pense que ce qu'on a fait quand même ces derniers mois avec le Conseil national de la refondation, un engagement avec les territoires, c'est ce que je veux continuer. Moi, je vois une vitalité quand même sur le terrain.
Je vois des Françaises et des Français qui sont prêts à s'unir pour avoir une réponse concrète pour l'école, pour la santé. Je vois des élus locaux formidables d'engagement. Et pour répondre à ma question,
vous n'avez pas de regrets.
Je vous le dis, si j'en avais un, c'est pas réussi à avoir convaincu sur la nécessité de cette réforme qui ne me fait pas plaisir une fois encore. Mais je ne vis pas de regrets, moi. Je vis de volonté, de ténacité, d'engagement parce que j'aime notre pays et nos compatriotes. Et donc, je suis à l'œuvre pour pouvoir faire ce qu'on doit faire. Et il y a toujours des moments difficiles qu'il faut assumer. Mais pouvoir surtout, jusqu'au bout, les engager toutes et tous pour faire ces transformations. Ce n'est pas des lois, tout ce que je vous ai dit la plupart du temps. C'est de l'engagement collectif parce qu'on a tous une part à prendre dans l'avenir du pays.
Et quand on parle d'école, d'industrie, de santé, de formation, d'écologie, quelques jours après la sortie du sixième rapport du GIEC, on a tous une part à donner. C'est ça, ce avec vous. Et donc, on va continuer les conseils de la refondation. On va continuer le travail sur le terrain. C'est aussi ça, cette nouvelle méthode. Là, c'est un texte difficile. Il arrive là, il faut le faire. Mais ça n'emporte pas tout. Merci, M. le Président. Je suis sûr qu'on saura s'unir, se réunir pour l'avenir du pays. J'en suis convaincu. Merci, M. le Président. Merci à vous. Voilà pour cette interview.
36 minutes de questions-réponses. Qu'en retenir ? Quelles conséquences ? Nous sommes là pour débriefer cette interview du Président de la République, Vincent Trémolet de Villers. Bonjour. Bonjour, Thibault. Directeur délégué de la rédaction du Figaro. Merci d'être ici. Est-ce que c'est une interview importante qui restera et qui changera les choses ?
Alors qui changera les choses, on ne fait pas de prévision à court terme. C'est une des règles élémentaires du journalisme. Importante, oui, parce qu'elle était attendue et qu'elle vient après un long silence et au cœur d'une crise politique et sociale très importante, est-ce qu'elle est à la hauteur du moment ? Je suis quand même hésitant. C'est-à-dire qu'il y a à la fois de la part du Président de la République une prise en compte contrainte de la colère légitime. Il a répété peut-être dix fois cette formule. Et en même temps, on sent que ce qui parle vraiment en lui, c'est la satisfaction du travail qu'il considère qu'il a bien fait et de la médiocrité de ses opposants.
Donc, je ne vois pas dans cette intervention les éléments d'apaisement qui étaient peut-être attendus. Et je ne vois pas non plus comment il peut restaurer une espèce de filtre extraordinaire qui lui avait permis par sa capacité de conviction, d'entraînement et de séduction. de magie qui est quelque chose d'un peu supérieur. Je ne crois pas qu'il y restera ça non plus. Donc, peut-être qu'on va rester au même stade qu'il y a une heure, c'est-à-dire avant qu'il prenne la parole, puisqu'on va en parler. Les annonces ne sont pas extraordinaires et pas transcendantes. On le savait, puisque c'est quand même une intervention assez étonnante, puisque c'est une intervention...
Le Président de la République nous avait prévenu qu'il n'y aurait pas les éléments qu'attendaient les gens, c'est-à-dire les trois possibilités institutionnelles qui étaient les référendums, la dissolution ou le changement de Premier ministre ou de remaniement. Même un petit remaniement comme ça à la marge, etc. À partir de là, on a eu un nouvel agenda. Donc ça, c'était attendu, puisqu'on avait... C'était sur le site du Figaro. On savait que la loi immigration avait été déprogrammée.
Et puis, il y a un certain nombre d'éléments qui sont donnés, très consensuels, pas très précis, un peu de contributions supplémentaires pour les très gros profits des entreprises et puis quelques exigences pour les bénéficiaires du RSA. Enfin, tout ça est quand même très diffus. Donc, ce sont des interviews d'atmosphère, en fait. Ça sert à, justement,
installer une atmosphère. À quoi ça sert ? Je veux dire, Emmanuel Macron a bien des conseillers qui lui disent... Alors, je vais vous dire un truc. Il faut prendre la parole, mais sache que demain, il y aura quand même des manifestations. Je ne suis pas persuadé que là, les gens qui regardent et qui avaient prévu de manifester demain se disent « Ah bon, on a écouté le président, on n'y va pas, on ne va pas manifester demain. » Non, mais si vous voulez, il y a une forme
de pontozanne journalistique qui consiste, que l'on emprunte, tous et moi le premier, qui consiste à dire quand il y a un problème, il faut que le président parle. On dit « Il faut que le président parle ». On n'a pas forcé à dire le président. Non, non. L'opposition dit « Il faut que le président parle ». Les conseillers du souhait. Mais au fait, là, il n'a rien à dire. Oui, c'est ça. Il n'a rien à dire parce qu'il ne sait même pas comment va se terminer l'histoire. Si vous voulez, demain, peut-être que c'est une journée de mobilisation qui sera une journée d'essoufflement et qui signera la mort lente de ce mouvement de constatation ou peut-être ce sera le contraire.
Personne, aujourd'hui, n'est capable de le dire sans compter les événements qui peuvent surgir et qui viennent perturber tous les plans que l'on peut avoir. Donc, à partir de là, c'est une intervention pour répondre à la demande de cette intervention. Mais la nécessité de cette intervention à partir du moment où il n'y a pas d'annonce, elle est quand même moins importante. Quand Emmanuel Macron va aux 20 heures pour nous dire si nous allons être confinés ou si nous allons être déconfinés ou si nous allons être co-belligérants ou pas dans la guerre en Ukraine, les Français sont devant leur poste en se disant « C'est lui qui décide. Donc, c'est lui qui va nous dire où nous allons.
» Là, on n'est pas du tout dans ce cadre-là. D'ailleurs, c'est pour ça, je pense, qu'il a choisi cet horaire de mi-journée pour déjà signifier qu'on était déjà dans un moment mineur d'une forme de service minimum de l'intervention politique.
La situation est complexe parce qu'il est dans une impasse sans l'être, au fond. C'est-à-dire que, oui, il y a des manifestations, oui, il y a une crise, bon, mais sa réforme est passée. Sa réforme est passée. Quel est son problème majeur ? Il bénéficie
d'une constitution en titane qui permet de supporter énormément de crises et de difficultés, mais il est face à des difficultés qui se cumulent. La première, c'est le climat social. Oui. est-ce qu'il va réussir à l'apaiser avec la question que tout le monde se pose qui est est-ce que les jeunes et notamment les étudiants et les lycéens vont rentrer dans ce mouvement ? Et à partir de là, vous connaissez la célèbre phrase, ça fait une semaine que je cherche pour savoir si elle vient de Jack Lang, de Luc Ferry ou de Jacques Chirac, mais en tout cas, elle dit les jeunes, c'est comme le dentifrice une fois qu'il est sorti, on ne sait plus comment le faire rentrer.
Et donc, en tout cas, on ne sait toujours pas de qui la page. Non. Elle est attribuée selon les uns, les autres, je vous le dirai quand je le saurai. Donc, il y a ça, c'est le problème social. Ensuite, il a un problème parlementaire. Il n'a pas de majorité. Il y avait cette idée de coalition ou d'accord de gouvernement avec LR. Il a vu que ça n'était pas possible. Donc là, maintenant, on entre dans une espèce de refrain que l'on entend souvent du cercle de l'arc central, du cercle de la raison, des responsables, des humanistes, vous l'appelez comme vous voulez, qui part de la gauche de Bernard Cazeneuve et qui irait quasiment jusqu'à Éric Ciotti.
Les sociodémocrates à gauche et la droite gauliste. Jusqu'à Retailleau parce qu'il a tenu son rang au Sénat. Moi, je n'y crois pas. Je pense que... Édouard Philippe, il croit dans l'interview que vous lui accordez ce matin. Édouard Philippe, oui, il croit. Il nous fait mine d'y croire. Je ne sonde pas les reins à les cœurs. Bon, ça, c'est la crise parlementaire. Puis après, il y a un problème politique qui est là, propre au président de la République, qui est le problème de son impopularité. C'est-à-dire pour dire « Je suis soutenu par une majorité silencieuse qui s'irrite des blocages parlementaires ou du climat social dans la rue ».
Donc en fait, il n'a pas d'autre point d'appui que la Constitution. Donc ça permet de tenir. Et Emmanuel Macron sera présent de la République jusqu'en 2027.
Parce que Jean-Luc Mélenchon, la première réaction d'une des personnalités politiques, on l'écoute quelques instants. Il s'exprime depuis Toulouse, le patron, le chef de la France insoumise. Pas de grande surprise. À mon avis, il n'a pas aimé ce qu'a dit le président. Mais écoutons quand même.
Et de ce qu'on en a compris, on n'y retrouve que les marques traditionnelles du mépris dont il nous a accablés jusque-là. En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il aura mis son imagination en grève. C'est une contribution qui est appréciée. Comment peut-on, alors que le pays s'enfonce dans une impasse ? Comment peut-on n'avoir pour toute réponse que de fumeux et habituels projets pour après-demain ?
Comment peut-on mentir avec autant d'arrogance que, comme à ces moments où il nous dit, par exemple, qu'il faut tenir compte de la pénibilité et de l'usure du corps au travail, alors même qu'il vienne de retirer des critères de pénibilité l'exposition aux matières chimiques dans ce qui vient d'être passé en force par le 49.3 ? Comment peut-il venir dire qu'il trouve choquant qu'il y ait tant d'argent dépensé à racheter les actions des entreprises par elles-mêmes alors même que lorsque nous avons fait la proposition, les députés qui sont ici au Parlement de taxer ces mouvements de fonds, cela a été refusé par son gouvernement ?
Comment peut-il une fois de plus rappeler qu'il y a des branches dont les minimums des salariaux sont en dessous du SMIC ? Dérogation à la loi qui n'est possible que parce que lui a changé la loi travail qui permet d'avoir des entreprises qui ont des accords inférieurs à la loi ? Comment peut-il dire qu'il est temps de mettre ces minimums au niveau du SMIC alors même que ce sont ses députés et son gouvernement qui a refusé de le faire lorsque mes camarades qui sont ici l'ont proposé au Parlement ?
Une fois de plus des tonnes de phrases pour ne rien dire, offensé les braves gens qui travaillent, une fois de plus on a entendu la comédie de ceux qui ne font rien parce qu'ils ne voudraient pas travailler alors que tout le monde le sait s'il y a 6 millions de chômeurs dans ce pays ce n'est pas parce qu'ils ne savent pas traverser la rue mais parce qu'il n'y a pas d'emplois qui leur sont proposés et une fois de plus les menaces contre les gens qui hélas vivent au RSA cela fait beaucoup en si peu de mots d'offense plus le temps passe plus le temps passe et plus on a le sentiment que cet homme vit en dehors de toute réalité pour ensuite venir nous dire que ce serait nous qui nous ferions abstraction du principe de réalité la vérité à présent et qu'il n'a rien compris et que ses propos méprisants pour la foule comme il dit qui n'a rien à voir avec le peuple des gentils garçons et gentilles filles qui auraient enlevé leur bonnet pour le saluer sur son passage la foule monsieur le président la foule est au peuple ce que le cri est à la voix les foules qui s'assemblent ne sont pas des masses indistinctes de protestataires mais des gens qui savent clairement ce qu'ils veulent il n'est pas vrai que cette réforme serve à quoi que ce soit d'autre qu'à tenir une parole imprudemment donnée à la commission européenne nous n'avons aucun besoin de remplir des caisses qui le sont l'année dernière de 2 milliards cette année de 3 milliards et à l'horizon de 2030 contrairement à ce qu'il dit l'ensemble
voilà voilà Jean-Luc Mélenchon des tonnes de phrases pour ne rien dire il est presque d'accord avec vous en centrément les dillères oui alors après
Jean-Luc Mélenchon a une facilité oratoire qui fait qu'il se laisse emporter assez souvent par son propre verbe donc là il a beaucoup aussi parlé pour ne pas dire grand chose non bon pour revenir à l'intervention du président de la république je pense que la possibilité que cette intervention soit décisive était très très maigre tout le monde avait prévu qu'elle ne le serait pas donc il a tenu alors après il y avait deux possibilités au fait il y avait une possibilité d'accentuer le propos qui a été exfiltré hier de la réunion auprès des députés sur l'illégitimité de la foule la foule n'a pas
de légitimité face au peuple qui s'exprime
à travers ses élus il y avait ou il accentuait ça et donc il accentuait la crispation vis-à-vis de l'opposition ou il jouait l'apaisement et en fait il a fait les deux c'est à dire qu'il a eu des comparaisons un peu excessives il me semble avec le Capitole puisqu'on ne savait pas de qui il parlait si c'était les casseurs d'extrême gauche ou les manifestants voilà et puis d'un autre côté il a répété dix fois colère légitime il a dit qu'il voulait parler avec les syndicats donc les deux étaient entremêlés si bien qu'on n'arrivait pas très bien à faire le tri entre l'apaisement et la crispation renforcée et là encore je crois que vous parliez de ceux qui sont opposés à la réforme qu'ils manifestent ou non je ne pense pas que cette intervention ait changé dans leur point de vue quoi que ce soit il a quand même refait la pédagogie
tout de suite une image c'est une image dans les rues de Paris avec des jeunes qui sont donc mobilisés dans les rues de la capitale donc en effet ça n'a pas empêché les gens de descendre dans la rue
non alors eux ils m'ont l'air quand même assez c'est la CGT non c'est ça il me semble qu'on voit des drapeaux de la CGT en effet il est possible qu'il n'ait même pas regardé considérant qu'il savait déjà mais plus sérieusement non je crois encore une fois que ça ne changera pas l'atmosphère et que le mal qui a été fait hier soir qui est important parce que cette phrase a quand même eu un éventail il se trouve qu'elle se place dans une suite de phrases qui ont participé à la défiance à un certain nombre de français vis-à-vis du macronisme quel est le problème un des problèmes du macronisme c'est que beaucoup de gens l'appréhendent comme une force qui se considère avec un je ne sais quoi de supérieur par rapport aux autres sur le plan intellectuel et sur le plan de l'expertise et les gens perçoivent ça comme du mépris en disant il nous méprise il y a une phrase qui résume tout ça c'est la pédagogie en général quand un ministre d'Emmanuel Macron est critiqué sur la réforme il dit on n'a pas été assez pédagogue sous-entendu nous sommes les professeurs les élèves sont un peu lents à la détente mais si on leur explique bien ils vont bien comprendre et cette intervention restaure dans les esprits le Macron qui s'adresse aux Gaulois réfractaires Macron qui pendant l'affaire Benalla dit venez me chercher le président de la république qui dit qu'il va emmerder les non-vaccinés tout ce chapelet de petites phrases reviennent dans les esprits donc c'était inutile moi il me semble de remettre une pièce de remettre une pièce vous savez il y a une phrase de Jean-Luc Mélenchon qui est très révélatrice de ce que tente de faire la France insoumise Jean-Luc Mélenchon dit il faut tout conflictualiser et il me semble que dans cette phrase hier soir le président de la république et je le regrette est rentré dans le jeu de celui qui est pourtant un de ses plus farouches adversaires politiques c'est à dire qu'il a conflictualisé inutilement
Vincent je voudrais qu'on mène quelques instants sur ce qui s'est dit même si pas de grand changement attendu mais quand même la première question portait sur la promulgation du texte le texte a été adopté à l'Assemblée nationale mais maintenant il faut qu'il soit promulgué alors il y a l'étape conseil constitutionnel qui doit valider ou non la constitution ou valider en partie ou en partie vous avez raison du texte et ensuite il faut qu'Emmanuel Macron signe il a dit qu'il ne lâcherait pas l'affaire et qu'il comptait bien que cette réforme des retraites soit active soit comment dire
ça il a raison au mois de septembre là il ne reculera pas il n'attendra pas
parce qu'il y avait la jurisprudence Chirac avec le CPE qui avait fait le texte oui mais si vous prenez
la jurisprudence Chirac et si vous prenez les différentes interventions alors ce n'est pas Chirac mais de Dominique de Villepin qui était premier ministre oui je peux vous dire qu'elles étaient autrement martiales que celles d'Emmanuel Macron sur le thème on ne lâchera pas on ira puis jusqu'au moment où on lâche mais il est évident que le président de la république est pour le coup puisqu'on parle beaucoup de légitimité a toute la légitimité pour dire le cheminement démocratique a été fait et donc cette loi je vais la promulguer elle sera appliquée donc pas d'apaisement ça n'est pas discutable ce qui est discutable c'est la enfin comment dire c'est le refus de voir ou en tout cas en apparence que c'est agrégé à la contestation de cette loi quelque chose de beaucoup plus profond de beaucoup plus large de beaucoup plus préoccupant il me semble qui nourrit une crise politique qui est peut-être même une crise démocratique et là il n'a pas mais en choisissant encore une fois un journal de mi-journée je pense que c'était pas le lieu pour le faire il n'a pas affiché la solennité la gravité et l'espèce de profondeur de vue qu'il aurait pu avoir sur le moment sans céder et sans céder en aucun cas sur sa réforme
bon quelques propositions contribution exceptionnelle des entreprises qui font des revenus exceptionnels
oui bah donc ça c'est enfin vous savez il faut se souvenir qu'Emmanuel Macron a un électorat de centre droit et une majorité de centre gauche donc dès qu'il y a une difficulté parce qu'il a fait une réforme qui s'apparente à la droite sa majorité de centre gauche lui dit il faut taxer les riches donc là c'est le mode mineur puisque ce sont les entreprises qui ont racheté leurs propres actions d'autres voudraient les super profits il y en a même qui diraient mais est-ce qu'on ne viendrait pas sur l'ISF là il leur cède ça et puis l'autre proposition c'est les droits et les devoirs du bénéficiaire du RSA là c'est en même temps donc c'est plus pour la part droite pour ne pas décourager les LR qui pourraient le rejoindre dans cette coalition qu'il a de projet dont il a tracé les contours et qui irait de la gauche il a même parlé des écologistes jusqu'à la droite là aussi c'était pas tout à fait clair et précis
comme perspective politique il y avait une autre question qui a été posée évidemment l'avenir d'Elisabeth Borne alors il lui dit il le dit Borne Elisabeth Borne à ma confiance mais c'était pas franc et massif non je sais pas si vous l'avez senti on lui a demandé à long terme sur plusieurs mois non oui et non là il répond pas
il peut pas s'engager non plus il veut pas voir une vidéo qui dans il ne sait pas encore une fois comment les événements vont tourner donc là il fait comme si sa stratégie qui est la seule qu'il puisse avoir qui est de serrer les dents en attendant que ça passe et que ça se calme va fonctionner mais dans ces cas là il a raison aussi de ne pas remettre en cause le fait d'avoir Elisabeth Borne comme première ministre bon elle est très affaiblie politiquement d'un autre côté elle lui est totalement acquise c'est une première ministre qui est docile qui ne lui fait pas d'ombre il n'a pas beaucoup d'alternatives pour la remplacer en plus il n'a pas un banc de touche extraordinairement fourni et il n'a pas un esprit de décision dans ce genre de moment qui comment dire qui est très rapide on se souvient quand même qu'il a fallu 15 jours pour remplacer Gérard Collomb au ministère de l'intérieur pour finir avec Christophe Castaner donc cet épisode ancien nous montrait à la fois qu'Emmanuel Macron n'aime pas décider sur ce genre de choix et qu'en plus il n'a pas des ressources infinies même sans être désagréable avec M.
Castaner
on lui a posé des questions sur un potentiel immobilisme désormais puisque visiblement sa majorité relative à l'Assemblée nationale ne lui permet pas d'envisager sereinement les prochaines mesures les prochaines réformes alors peut-être de la tactique il parle de lois plus courtes plus resserrées qu'il y aurait par exemple sur l'immigration plusieurs lois ça veut dire qu'on fait une loi qui sera votée par la gauche sur l'immigration une par la droite et on avance comme ça
et on avance comme ça donc on ne fait rien de véritablement ambitieux et rien qui ne transforme le mouvement court donc là il y a quelque chose d'illusoire et c'est l'illusion c'est instaurer l'illusion de l'action il y a une autre chose qui m'a quand même frappé qui pour le coup est vraiment discutable et qui s'apparente vraiment à la politique dans ce qu'elle est capable de dissimuler des vérités criantes c'est quand il s'est présenté comme une espèce de défenseur des comptes publics qui aurait hérité de 30 ans de Gabby et lui a le souci maintenant de revenir à l'équilibre il faut quand même se souvenir que c'est le quoi qu'il en coûte qui fait galoper les déficits en France et que au-delà même du Covid Macron a dépensé et fait des chèques comme aucun de ses prédécesseurs et si jamais cette réforme a eu du mal à être acceptée par ceux-là même qui devaient y être favorable pourquoi ?
c'est parce que c'est développé ce qu'Edouard Philippe appelle dans notre interview qu'on a publié dans le Figaro ce matin le déto scepticisme c'est-à-dire en gros la dette et les déficits c'est pas grave finalement c'est pas grave on peut vivre avec et ça Emmanuel Macron y a participé et a participé à faire évacuer du champ mental de la politique et même de son parti cette exigence et un des signes c'est Eric Wirt qui était sans doute l'un des élus en France les plus soucieux d'équilibre budgétaire et qui a vu les milliards donnés depuis 3 ans en renonçant au bout d'un moment à s'y opposer en se disant c'est presque une nouvelle vérité collective et bon on ne convaincra pas les gens qu'un jour les déficits et la dette
seront portés par nos enfants et nos petits-enfants l'une des phrases à retenir ça ne me fait pas plaisir de faire cette réforme j'aurais pu faire comme mes prédécesseurs mettre la poussière sous le tapis je voulais finir Vincent avec ses grands points alors puisqu'il faut bien donner un cap réindustrialisation et plein emploi ordre républicain et le mieux vivre dans lequel le président de la république inclut l'école l'éducation la santé et l'écologie bon des grands caps mais pas de mesures précises des grands caps
qui existent l'école ça fait quand même depuis le 2022 que l'on attend et on a un ministre de l'éducation nationale qui est introuvable que l'on ne voit pas oui pas peine d'ailleurs le ministre de la santé a présenté son plan santé je ne sais pas si vous en avez eu éco mais ça s'est fait dans la différence générale et je ne pourrais pas le dire mais je pense que si on l'étudie il n'y a pas plus de lits dans les services de réanimation qu'au début du Covid alors que c'est ce qui nous a manqué l'écologie alors on parle de ministres absents l'écologie il y a les ministres absents et puis là il y a un problème qui potentiellement peut déclencher des colères sociales beaucoup plus importantes que la réforme des retraites c'est la dimension normative de l'écologie notamment définie par la commission européenne sur les logements et sur les voitures donc la fin des voitures thermiques en 2035 et le fait que 40% du parc immobilier en Europe en 2033 doit avoir été rénové sinon il perdra de la valeur et là c'est s'attaquer au patrimoine des gens dans le lieu où ils habitent et la voiture avec laquelle ils roulent et on voit déjà que sur ces sujets là il y a un très très fort potentiel de colère sociale notamment de la classe moyenne donc la transition écologique il faudra aussi qu'Emmanuel Macron s'en approche avec beaucoup beaucoup de tact
vous pouvez voter sur le figaro.fr pour la question du jour elle est simple aujourd'hui avez-vous été convaincu par Emmanuel Macron Vincent Trémolet de Villers oui non avez-vous été convaincu par Emmanuel Macron
on va dire
pas absolument pas absolument voilà merci beaucoup merci de nous avoir suivis on reste ensemble toute la journée on sera ensemble ce soir également s'il venait à y avoir de nouvelles manifestations ce qui est évidemment très probable merci beaucoup excellent après-midi sur le Figaro Life merci de nous avoir suivi
merci de nous avoir suivi
Emmanuel Macron