ZEMMOUR : L'ORIGINE DE LA HAINE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ce n’est pas une décision facile vous savez. Éric Zemmour est un candidat virtuel. Éric Zemmour est une chimère médiatique et une grenade dégoupillée.
Les sujets qu’évoque Éric Zemmour sont des sujets de préoccupation majeurs. La Seine-Saint-Denis, aujourd’hui, n’est plus en France. Je suis même doublement nostalgique et réactionnaire.
Les immigrés arabo-musulmans ne donnent pas de prénoms français parce que ce sont des prénoms chrétiens. “Le nazisme est parfois un peu raide et intolérant, mais de là à le comparer à l’islam…” Un sondage le donne désormais à 10 %. Soit 3 points de plus que la semaine précédente.
Sa photo est en une de tous les magazines et l’on ne l’a jamais vu autant à la télé que depuis qu’il a abandonné son émission quotidienne sur CNews. Éric Zemmour est incontestablement la coqueluche politico-médiatique du moment. Un feu de paille ?
Ou bien un tournant dans la campagne électorale pour 2022 ? Pour l’heure, le polémiste de la droite extrême n’est toujours pas candidat. Ce n’est pas une décision facile vous savez.
Ça engage beaucoup, on me promet pis que pendre, on me promet des grands malheurs si je fais ça, on me menace. Et donc, voyez, c’est une décision lourde. Donc il faut la prendre, la mesurer, et après j’annoncerai.
Ne vous inquiétez pas, je le dirai. Éric Zemmour était à Toulon. Officiellement, pour dédicacer son nouveau livre “La France n’a pas dit son dernier mot”.
Une rencontre littéraire aux allures de meeting. Plutôt qu’une librairie, l’auteur a choisi de louer le Palais des congrès de la ville. 800 places.
Toutes occupées. Ce meeting qui ne dit pas son nom est le premier d’une tournée à travers la France. Après Toulon, c’est à Nice que le polémiste fera étape avant de tenter de remplir le Palais des congrès de la porte Maillot à Paris, le 4 octobre.
Capacité du grand amphithéâtre : 3 700 places. Il se murmure que ce serait là le dernier test avant une déclaration officielle de candidature. Éric Zemmour peut-il bousculer le scénario de l’élection présidentielle qui, sondage après sondage, semble s’acheminer vers un nouveau duel Macron Le Pen ?
Pour l’heure, la progression de l’éditorialiste se fait au détriment de Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Éric Zemmour prend 3 points à l’un et à l’autre. La droite s’en sort mieux.
Dans l’hypothèse d’une candidature Zemmour, Xavier Bertrand, le candidat le mieux placé des Républicains, ne recule que d’un point, tombant ainsi à 14 % d’intentions de vote. Cependant, si la candidate du Rassemblement national est la plus menacée, il s’en faut de beaucoup, encore, pour qu’elle soit écartée du second tour. Le jeu reste ouvert.
Dans son livre, Zemmour se plaît à rapporter ce que Marine Le Pen lui aurait déclaré lors d’une rencontre courant mars. Pour l’heure, la candidate du Rassemblement national affecte de ne pas accorder d’importance à la candidature Zemmour. Je débattrai avec Éric Zemmour lorsqu’il indiquera qu’il sera candidat à la présidentielle.
Nous débattrons d’ailleurs avec tous ceux qui auront les 500 parrainages et qui seront candidats à cette présidentielle. Pour l’instant, Éric Zemmour est un candidat virtuel, même s’il en a la volonté. À droite, en revanche, la guerre est déclarée.
Tout le monde a bien compris que madame Le Pen ne serait jamais présidente de la République, qu’Éric Zemmour est une chimère médiatique et une grenade dégoupillée qui n’a qu’un seul objectif : faire battre la droite. Laissons-les dîner ensemble, soyons unis sur nos forces, assumons nos convictions et soyons tout simplement une droite qui ne s’excuse pas d’être de droite. Si Damien Abad se montre aussi virulent, c’est parce que certains de ses propres amis ne considèrent pas Éric Zemmour comme un adversaire politique.
Ainsi Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et candidat à l’investiture de son parti pour la présidentielle. Si d’aventure on avait un second tour Emmanuel Macron / Éric Zemmour, est-ce que vous diriez la même chose ? Non, je voterais Éric Zemmour, très clairement.
Une déclaration mal reçue chez les Républicains. Qu’importe, une semaine plus tard, Éric Ciotti enfonçait le clou. Les sujets qu’évoque Éric Zemmour sont des sujets de préoccupation majeurs de nos concitoyens.
Nos concitoyens souffrent de l’immigration. Ils craignent la modification de leur mode de vie. Ils voient la France se déclasser, notre école qui ne joue plus son rôle.
C’est la théorie du grand remplacement, le cheval de bataille d’Éric Zemmour. À la suite de l’écrivain Renaud Camus, dont il revendique l’héritage, il soutient que les Français vont être remplacés par des populations étrangères. Le département de Seine-Saint Denis préfigurerait ce mouvement.
La Seine-Saint-Denis, aujourd’hui, n’est plus en France. C’est un département qui est sur le territoire de la France, mais il y a une telle population arabo-musulmane et africaine, qu’en fait c’est un autre continent. C'est un département qui se détache de la France.
Et attendez, je n’ai pas fini. Ça c'est vraiment l’achèvement du grand remplacement. Là, la population a été remplacée, complètement.
Une prédication mille fois répétée sur CNews dans son émission quotidienne “Face à l’info”. Depuis 2019, avec Christine Kelly dans le rôle du faire-valoir, le bateleur de l’extrême droite réunissait jusqu’à 700 000 spectateurs quatre fois par semaine. 10 % de l’audience de la chaîne !
Je dis “réunissait” car le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le CSA, a fini par estimer qu’il convenait de décompter ce temps de parole quand bien même Éric Zemmour ne s’est toujours pas déclaré. Du coup, CNews et l’éditorialiste se sont séparés. Cette obsession pour l’immigration parcourt, bien sûr, les précédents essais politiques d’Éric Zemmour : “Le suicide Français” publié en 2014 et “Destin Français” paru en 2018.
Le premier ouvrage s’est vendu à 310 000 exemplaires et le second à un peu plus de 110 000. “La France n’a pas dit son dernier mot” devrait faire mieux. Imprimé à 200 000 exemplaires, le livre est déjà en réimpression.
Pourquoi ce troisième livre sur le sujet ? Le prophète de l’apocalypse migratoire s’en explique dans la préface. Se remettre au travail et descendre dans l’arène politique.
Car Éric Zemmour estime que l’heure de Marine le Pen est passée. Marine Le Pen, elle a un socle très solide mais vous avez vu, elle a déjà perdu 5 points dans les sondages. Elle était à 26, elle n’est plus qu’à 21.
Je pense que l’échec aux régionales a été un très mauvais coup pour elle. Tout le monde a compris au RN qu’elle ne gagnera jamais. Bien qu’il se défende d’avoir arrêté sa décision, Éric Zemmour s’organise.
L’association “Les amis d’Éric Zemmour” collecte les promesses de parrainage auprès des maires. Une centaine aurait déjà signé. Génération Z, qui rassemble les jeunes supporters de l’éditorialiste, colle des affiches “Zemmour Président”.
Et le fils de Jacques Bompard, le maire d’extrême droite d’Orange organise des comités de soutien à travers le site “Je signe pour Éric Zemmour”. Côté finances, le service investigation de France Inter vient de révéler l’existence d’une cellule économique pilotée par Jonathan Nadler et Julien Madar, deux jeunes banquiers d’affaires. Équipe à laquelle vient s’agréger l’entrepreneur Charles Gave.
Enfin, pour faire bonne mesure, Éric Zemmour s’est assuré les services d’Olivier Ubéda, un consultant en communication qui a conseillé Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire. Il a la lourde tâche d’insuffler un peu de charisme à son client. Le dispositif est donc prêt.
Reste à comprendre comment le chroniqueur poil à gratter de l’émission “On n’est pas couché” de Laurent Ruquier est devenu le messie d’une mouvance radicale. Je suis journaliste. Je suis journaliste politique au Figaro.
Je suis journaliste politique depuis 20 ans et j’écris des livres. Qu’est ce que vous faites là ? Vous faites tout et n’importe quoi vous aussi.
Éric Zemmour est un nostalgique de la France d’avant. Celle des années soixante, des cuisines en formica et de la télévision en noir et blanc. Des hommes qui fument la pipe au salon et des femmes qui s’activent à la cuisine.
Du culte de la bagnole et du Concorde. Du plein-emploi et de la méritocratie républicaine. Je suis même doublement nostalgique et réactionnaire.
J’en étais sûr. De mon enfance d’abord, puisque je raconte dans l’introduction, mon enfance dans les années soixante, ce temps que j’estime béni. Une espèce de parenthèse où on avait à la fois le bonheur collectif, matériel et une idée de la grandeur française grâce au général de Gaulle.
La deuxième chose, c’est évidemment de celui de la puissance française et de la grandeur française, c'est-à-dire sous l’empire de Napoléon ou sous Louis XIV. Zemmour raconte même qu’il a été de gauche. Enfin rocardien.
Il le serait resté s'il ne s’était produit un événement à la fin des années quatre-vingt. Moi, mes parents viennent d’Algérie, de l’autre côté de la Méditerranée. Comme je le dis toujours, je ne suis pas un Français de souche.
Mes ancêtres n’étaient pas là aux croisades, ils n’étaient même pas là avec Murat dans la charge d’Eylau. Donc voyez, je ne prétends pas, parfois on me reproche ça, je ne prétends pas du tout être Français depuis 1000 ans. Simplement, j’ai appris les codes de cette assimilation à la France.
Et je croyais que tout le monde marchait comme moi, et j’ai compris en 89 que ça ne marchait pas comme moi, et qu’au contraire on était dans un système qui allait désintégrer le pays. 1989, c’est l’affaire des foulards de Creil. Collège Gabriel Havez de Creil. 870 élèves, 25 nationalités s’y côtoient.
Depuis la rentrée, le principal se débat avec la communauté juive. Il y a alors cours le samedi, jour de Shabbat, mais Ernest Chénière reste ferme. Puis à l’automne, trois adolescentes musulmanes apparaissent voilées, le principal les exclut temporairement.
Nous avons différents cultes, nous traitons tout le monde suivant le principe d’égalité. Ainsi donc, nous dit Zemmour, les musulmans refusent de se plier à ce que lui et ses parents, juifs d’Algérie devenus Français grâce au décret Crémieux, ont accepté. Se fondre dans le décor jusqu’à gommer tout particularisme.
Car il faut se rendre invisible. Comme dans cette séquence fameuse d’un des plus grands succès du cinéma français, Rabbi Jacob, interprété par Louis de Funès. Vous êtes juif ?
Comment Salomon, vous êtes juif ? Salomon est juif. Et mon oncle Jacob qui arrive de New York, il est rabbin.
Mais il n’est pas juif ? Bah si. Toute votre famille ?
Si. C’est là sans doute la racine des obsessions du polémiste : effacer tout ce qui peut le renvoyer à cette double identité de juif et de berbère. Donner sans cesse des gages de sa loyauté à une France mythifiée, celle de son enfance.
Une France qui n’existe plus si tant est qu’elle ait existé. Dans cette quête d’une francité absolue, Zemmour va dériver, loin, très loin. Racontant un de ses échanges avec François Bayrou, voici ce qu’il écrit dans “La France n’a pas dit son dernier mot” : Figure de proue du nationalisme français au début du siècle dernier, Maurice Barrès était violemment xénophobe et antisémite.
Se réclamer de lui, c’est donc, pour Zemmour, démontrer qu’il peut faire abstraction de sa condition de juif. Qu’il est d’abord Français avant d’appartenir à la communauté juive. D’ailleurs, même chez les antisémites, il y a place pour les bons juifs.
Écoutez cette défense de Charles Maurras, le maître à penser des royalistes de l’Action Française. Oui, Maurras a des écrits antisémites parce que c’est un antisémitisme d’État. C’est à dire qu’il reproche aux juifs, mais pas seulement aux juifs, aux protestants, aux francs-maçons, tout ceux qui, il estime, ont un pouvoir organisé, collectif, qui fait pression sur la République qu’il estime toujours trop faible que la monarchie qu’il défend.
Pour Maurras, il y a des Français juifs qui ne sont pas critiqués par lui. Et il y a des juifs qui sont critiqués. Vous comprenez ce que je veux dire ?
De fait, l’Action Française comptera quelques juifs dans ses meneurs. Mais, comme disait Jean Gabin dans une réplique culte du film Le Président : Il y a aussi des poissons-volants mais qui ne constituent pas la majorité du genre. Cette distinction entre les juifs en tant que communauté et les juifs en tant qu’individus isolés, Éric Zemmour entend la transposer aux musulmans.
C’est exactement comme la révolution française et Napoléon ont fait avec les juifs. La fameuse phrase de Clermont-Tonnerre, vous la connaissez : “Tout aux juifs en tant qu’individus, rien en tant que nation.” C’est la même chose.
Et Napoléon ajoutait, il disait aux juifs : “Vous devez considérer Paris comme Jérusalem.” Mais voilà, cette posture est une imposture intellectuelle. Car pour Zemmour, il n’y a pas vraiment de bons musulmans.
Écoutez cet échange éclairant avec Pascal Praud qui, on en conviendra, n’est pas un tenant de la pensée décoloniale et autres intersectionnalités. Moi, je connais des musulmans, ils ont un rapport à leur religion qui n’est pas du tout le même que des islamistes. Et ce, comment dire, reproche, en tout d’ailleurs, de généraliser : “Les femmes sont comme ça, les musulmans sont comme ça, les homos sont comme ça.” Mais enfin.
Si on ne généralise pas, on passe son temps à voir des cas individuels, et donc, et donc, on ne pense pas ! Parce que chaque cas individuel est différent. Eh oui, le réel est plus complexe que les généralités de bistrot.
Les individus échappent aux catégories. Il faut donc les rattraper. Et pour cela, il y a le prénom.
Éric Zemmour veut en effet rétablir la loi de 1803, abrogée en 1993, sur le choix des prénoms. Tous ceux qui ne figuraient pas sur une liste officielle étaient refusés par l’état-civil. À l’époque, Napoléon voulait limiter la propension des parents à donner des noms de grands révolutionnaires à leur progéniture.
En gros, il s’agissait d’éviter qu’on entende des phrases du genre “Marat, remets tes chaussures, Saint Just, termine ton assiette, Danton, fais tes devoirs”. Mais tout à son combat, Éric Zemmour réécrit l’esprit de la loi de 1803. Soit le prénom n’est rien, puisque si c’est ce que vous allez l’air de dire, soit il est marqueur de l’identité, et en plus c’est ça la vérité, et là, il faut justement donner des preuves d’amour.
Il ne suffit pas d’aimer, il faut donner des preuves d’amour. Les immigrés arabo-musulmans ne donnent pas de prénoms français parce que ce sont des prénoms chrétiens. Ils veulent persévérer dans leur être islamique, et c’est pour ça qu’ils s’appellent Mohammed.
L’idée qu’il s’agisse simplement d’honorer des ascendants ne semble pas effleurer Éric Zemmour. Et qu’il y ait des Mohamed morts pour la France dans les carrés musulmans des cimetières militaires n’interpelle pas davantage le lecteur de “La terre et les morts” de Barrès. S’étonnera-t-on alors qu’il en soit venu à prendre la défense du Maréchal Pétain dans un chapitre du “suicide français” publié en 2014.
Vichy fait un pacte avec le diable, c’est qu’il négocie avec les Allemands et qu’il dit : “On vous donne les juifs étrangers et simplement vous ne touchez pas aux juifs français.” Pétain a sauvé les juifs ? Mais répondez-moi !
Oui ou non ? Il a sauvé des juifs français, oui. Historiquement, c’est faux.
Les travaux de l’historien Robert Paxton qu’Éric Zemmour déteste, et pour cause, font litière de ce révisionnisme. C’est la vieille thèse de l’extrême droite sur Pétain le bouclier et De Gaulle l’épée. De surenchère en surenchère, il était fatal que l’éditorialiste de Cnews en vint à relativiser le nazisme.
En septembre 2019, invité par Marion Maréchal Le Pen et ses amis, Éric Zemmour s’est livré à la tribune à une sidérante comparaison. Quant à l’islam, nous avons l’embarras du choix. Dans les années 30, les auteurs les plus lucides qui dénonçaient le danger allemand, comparaient le nazisme à l’islam.
Oui l’islam, ils disaient “l’islam” et personne ne leur reprochait de stigmatiser l’islam. A la limite, beaucoup trouvaient qu’ils exagéraient un petit peu, “Bien sûr” disaient-ils, “le nazisme est parfois un peu raide et intolérant, mais de là à le comparer à l’islam...”.
Ces propos et d’autres lui ont valu d’être condamné le 25 septembre 2020, en première instance, à une amende de 10 000 euros pour injure et provocation à la haine. À ce jour, Éric Zemmour a été poursuivi plus d’une dizaine de fois pour ses propos. Plusieurs affaires sont encore en cours.
Une seule condamnation pour provocation à la discrimination est devenue définitive. Éric Zemmour se pique d’être l’intellectuel organique de la droite radicale. Il n’en est que l’idiot utile.
Car, en regard de ses imprécations, Marine Le Pen passe pour une modérée. Un comble pour un parti qui, depuis la fondation du Front national en 1972, fait justement de l’immigration son cheval de bataille. Au fond, Éric Zemmour, c’est la détestation de soi qui culmine dans la haine des autres.
Ce n’est plus un projet politique, c’est une névrose obsessionnelle. À force de se prendre pour Jeanne d’Arc, Éric Zemmour finira sur le bûcher des vanités. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.
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Éric Zemmour