Najat Vallaud-Belkacem : "La question migratoire est omniprésente dans le débat public"
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Pourquoi ce livre et pourquoi avoir choisi de le faire avec un économiste ?
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Que disent ces images de notre politique migratoire ?
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Vous vous dites que c'est un mythe, la France n'attire pas tant de monde que ça en fait.
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Combien ça coûte également l'immigration aujourd'hui ? Est-ce que ça coûte à la société ?
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En quelques mots, on a lu dans le Canard Enchaîné cette semaine que vous pourriez être nommé à la Cour des Comptes...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« la question migratoire de manière générale, qu'il s'agisse de migration volontaire ou de droit d'asile, est omniprésente dans le débat public »
- 2:15Invité politiqueFait
« La Manche, en réalité, quoi que vous fassiez, les gens qui veulent absolument la traverser la traverseront. »
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« l'année dernière, on a atteint le record de 78 morts dans la Manche. »
- 2:57Invité politiqueChiffre
« tout ça coûte beaucoup d'argent, rien que pour les trois ans qui viennent, la Grande-Bretagne va y consacrer un demi-milliard d'euros. »
- 4:21Invité politiqueChiffre
« 4 millions d'Ukrainiens sont venus dans nos pays. »
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« la France a accueilli 4 à 5 fois moins d'Ukrainiens qu'elle aurait dû le faire, proportionnellement à sa taille, quand on la compare à des pays comme la Pologne ou l'Allemagne »
- 6:56Invité politiqueChiffre
« les plusieurs centaines de milliers de gens, c'est d'abord des migrants volontaires, c'est-à-dire des étudiants, 30% »
- 7:25Invité politiqueChiffre
« les demandeurs d'asile, les déplacés forcés, ils ne représentent sur ces cinq dernières années que 12% dans cet ensemble. »
- 7:30Invité politiqueChiffre
« 130 000 personnes venues demander l'asile chez nous »
- 7:36Invité politiqueChiffre
« c'est 45% simplement qui sont acceptés et qui deviennent des réfugiés. »
- 8:27Invité politiqueFait
« ils payent la TVA par exemple par la consommation. »
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« toutes les études menées à travers le monde montrent que l'arrivée des nouveaux venus ne change pas la physionomie de la criminalité. »
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Sans tenir aux faits, aux chiffres, c'est le plaidoyer de la présidente de France Terre d'Asile pour changer le regard sur l'immigration ce matin. Bonjour Najat Vallaud-Belkacem. Bonjour. Vous signez un ouvrage avec un économiste, Benjamin Michalet. Ça s'appelle « Réfugiés, ce qu'on ne nous dit pas ». Pourquoi ce livre et pourquoi avoir choisi de le faire avec un économiste ?
Pourquoi ce livre ? Parce que la question migratoire de manière générale, qu'il s'agisse de migration volontaire ou de droit d'asile, est omniprésente dans le débat public et qu'on a le sentiment qu'il y manque juste quelque chose à ce débat public, c'est-à-dire des chiffres, des réalités, des faits et pas simplement des fantasmes ou simplement de la polarisation. Et pourquoi avec un économiste ?
Parce que l'idée justement, ce n'était pas de faire un traité de valeur et d'humanisme, c'était vraiment de repartir d'une réalité mondiale qui est faite en effet de beaucoup de déplacements et de beaucoup de flux migratoires dont on va parler, mais qui, j'allais dire, se font dans tous les sens, aussi bien du sud vers le nord que du nord vers le sud, qui ont une explication, qui ne tombent jamais du ciel et qui ne sont jamais dus à la fatalité, et donc de revenir à ce que ça fait dans les sociétés d'accueil, ce qu'on pourrait faire autrement, et ce qu'on pourrait y compris faire pour réduire les situations de déplacement forcé à travers le monde.
Et Benjamin Michalet est un économiste de ces questions-là, qui a le grand avantage finalement de connaître, d'avoir contribué parfois à une recherche mondiale sur ces questions qui n'existent pas assez dans notre pays et qui apportent beaucoup de réponses aux interrogations.
Alors on va entrer dans le détail, mais juste avant cette image d'abord, elle a pu choquer ces derniers jours, des gendarmes français qui lacèrent un bateau chargé de migrants qui cherchaient à rejoindre l'Angleterre pour les empêcher de prendre la mer. Que disent ces images de notre politique migratoire ?
Qu'il y a eu clairement une doctrine qui a évolué, parce qu'en réalité, ces images de bateaux lacérés, etc., on les avait déjà relevées l'année dernière, et ça fait plusieurs fois qu'un certain nombre d'associations, dont la nôtre, mais aussi la Défenseur des Droits, dénoncent ce qui se passe à Calais notamment, avec finalement une France qui est devenue une espèce de gardienne de la frontière pour le compte du Royaume-Uni, qui lui sous-traite ce gardiennage de sa frontière qui n'en est pas une. La Manche, en réalité, quoi que vous fassiez, les gens qui veulent absolument la traverser la traverseront.
La question, c'est que cette surmilitarisation de cette frontière-là de ces dernières années, depuis les accords du Touquet en 2003, a conduit simplement à avoir des passages beaucoup plus dangereux, avec des canaux qui emportent beaucoup plus de gens à leur bord, et ça n'est pas un hasard si par exemple l'année dernière, on a atteint le record de 78 morts dans la Manche.
C'est aussi parce que ces traversées se font dans des conditions qui sont de plus en plus terribles pour les individus, et qu'il y a un moment où la France, comme le Royaume-Uni, devrait dire stop, tirer le bilan, et se dire que le coût faramineux, car tout ça coûte beaucoup d'argent, rien que pour les trois ans qui viennent, la Grande-Bretagne va y consacrer un demi-milliard d'euros.
Donc tout cet argent qui est déployé, toutes ces forces de police et de gendarmerie qui sont mobilisées, toute cette souffrance qui est imposée aussi, parce que c'est des politiques très agressives, donc on voit les canaux lacérés, mais on pourrait dire aussi les démantèlements réguliers de petits camps de fortune à Calais, le fait qu'on empêche les gens d'accéder à l'eau potable, qu'on interdise les distributions de nourriture, toute cette réalité-là, il faut savoir la remettre en question et se dire, est-ce que c'est ça le plus efficace ? Est-ce qu'il n'y a pas à un moment la nécessité de regarder aussi les préférences des individus ?
Pourquoi veulent-ils absolument rejoindre le Royaume-Uni ? Est-ce que ça n'est pas légitime de chercher à rejoindre le Royaume-Uni ? Le Royaume-Uni ne doit-il pas faire face à sa responsabilité d'accueillir la demande d'asile, de l'instruire sur son territoire, plutôt que de demander à un autre pays de les retenir ? Et créer des voies légales pour ce faire.
Emmanuel Macron est à Londres aujourd'hui, on attend justement des annonces sur l'immigration. La France, terre d'asile justement, on en parlait, c'est inscrit dans la Constitution. Vous vous dites que c'est un mythe, la France n'attire pas tant de monde que ça en fait.
En fait, il s'est passé quelque chose de très intéressant en 2022, qui a été l'afflux des Ukrainiens à l'occasion de l'agression russe chez eux. Et donc, pour le coup, l'Europe s'est plutôt bien comportée. Comme vous le savez, 4 millions d'Ukrainiens sont venus dans nos pays. Et pour les Ukrainiens, contrairement à ce qui se passe d'habitude avec les demandeurs d'asile, comme le texte qui a été mobilisé, donc la fameuse directive protection temporaire, était différent, on leur a permis de choisir dans quel état ils voulaient arriver, dans quel pays ils voulaient arriver. Ils n'ont pas choisi la France ?
C'était une expérience in vivo de à quoi ça ressemble quand on écoute les préférences des gens. Et en fait, la France a accueilli 4 à 5 fois moins d'Ukrainiens qu'elle aurait dû le faire, proportionnellement à sa taille, quand on la compare à des pays comme la Pologne ou l'Allemagne par exemple. Et donc, en fait, c'était vraiment l'illustration que quand vous laissez la préférence aux gens, en fait, qu'est-ce qu'ils choisissent ? Qu'ils choisissent la proximité géographique, qu'ils choisissent les affinités familiales, culturelles, linguistiques. Et tout ça est bien logique en fait.
Donc quand on dit « mais non, les gens viennent chez nous parce que la carte vitale », visiblement les Ukrainiens sont allés en Pologne, non pas parce que la Pologne aurait une carte vitale plus intéressante que la nôtre, mais juste parce que c'était plus proche de chez eux. Et si vous écoutiez les Syriens, les Afghans ou les Érythréens, la vérité c'est qu'eux aussi préfèreraient rester près de chez eux, ne serait-ce que pour pouvoir revoir leurs vivants ou pleurer leurs morts, vous voyez. Mais simplement la question c'est dans quelle situation sont les pays limitrophes ? Est-ce que la communauté internationale les aide dans ce genre d'acmé d'arrivée ou est-ce qu'elle les laisse tomber ?
Autre question que vous posez dans votre ouvrage, qui sont les migrants ? Et là aussi on a des idées plutôt fausses en fait. Quand on dit migrants, on pense d'abord justement à ces populations qui fuient les conflits, qui fuient les catastrophes climatiques. Vous dites que c'est une minorité en fait cela.
Oui, alors ça c'est très important. Pourquoi ? Parce que vous avez compris que depuis quelques années, s'est développé un discours hostile à l'égard des migrants, des nouveaux venus de manière générale. Et en fait ce discours hostile, il a réussi un coup assez exceptionnel, c'est qu'il a réussi à installer une confusion sur ce qu'on entend par migrant. Il arrive à faire croire, à l'opinion publique, que les migrants, ce sont les demandeurs d'asile. Et donc en gros, il présente ces images de gens sur des bateaux de fortune, sur le point de faire naufrage.
Généralement, dont la photo est prise de loin, dont on ne voit pas les visages, qui font un peu masse, qui font un peu peur et qui donnent le sentiment, trois petits points de submersion. sauf que, et donc derrière cette image-là, ils mettent les chiffres de plusieurs centaines de milliers de gens accueillis nouvellement chaque année sur notre territoire. Alors c'est quoi la réalité ? Mais la réalité, elle n'est pas là. C'est que les plusieurs centaines de milliers de gens, c'est d'abord des migrants volontaires, c'est-à-dire des étudiants, 30%, c'est la majorité, ce sont des étudiants, enfin le chiffre le plus important, ce sont des travailleurs qui viennent occuper un emploi.
Vous voyez, donc la migration volontaire, celle que je viens d'évoquer, elle est tout à fait régulable par un État qui peut, en fonction de ses intérêts, de ses besoins, dire j'ai besoin de plus, j'ai besoin de moins. Donc en fait, le récit de l'impuissance, c'est une tromperie. Première chose, les demandeurs d'asile, les déplacés forcés, ils ne représentent sur ces cinq dernières années que 12% dans cet ensemble. C'est une toute petite minorité. 130 000 personnes venues demander l'asile chez nous, on ne peut pas dire que ce soit considérable. Surtout quand on sait qu'ensuite, c'est 45% simplement qui sont acceptés et qui deviennent des réfugiés.
Donc pour un nombre finalement assez minimal, on en fait tout un plat dans le débat public et on emporte avec soi à la fois la politique du droit d'asile qu'on rogne de plus en plus, mais aussi la politique migratoire qu'on s'empêche de penser avec ambition.
On doit aller assez vite également sur ces questions, mais elles sont très importantes. Combien ça coûte également l'immigration aujourd'hui ? Est-ce que ça coûte à la société ?
Oui, alors ça c'est un des sujets très importants, l'économie, en fait. Est-ce que les nouveaux venus ont un impact sur l'économie ? Ce qu'on démontre dans ce livre, c'est qu'en réalité, même si on ne faisait pas grand-chose, c'est pour les mettre en emploi, etc. Dès lors qu'ils arrivent sur notre territoire et qu'ils deviennent des consommateurs, en fait, ils contribuent à la richesse nationale. Ils payent la TVA par exemple par la consommation. Donc même si vous leur versez, s'agissant des demandeurs d'asile, une allocation de demande d'asile, qui est assez maigre comme vous le savez, eh bien très vite, consommateurs, ils participent à la richesse.
Mais en fait, le mieux, c'est évidemment de leur permettre de travailler, ce qui fait qu'évidemment, ils créeront de la richesse et ils paieront des cotisations. Sur la criminalité, on dit aussi qu'ils sont surreprésentés en prison devant les tribunaux. Mais donc, deux choses à bien avoir en tête. La première, c'est qu'ils sont surreprésentés dans les délits liés à la situation administrative. Évidemment, les infractions liées à la situation administrative. Mais comme je le disais hier, c'est un petit peu comme les banquiers sont surreprésentés dans la criminalité en col blanc. Vous voyez, c'est logique.
Ou les journalistes, puisque je suis face à des journalistes, font plus souvent l'objet de procès en diffamation. En fait, c'est lié à qui vous êtes et ce que vous faites. Par contre, s'agissant de criminalité, ce qui est vrai, c'est que toutes les études menées à travers le monde montrent que l'arrivée des nouveaux venus ne change pas la physionomie de la criminalité. Ce qui change, c'est le fait que la focale politique et médiatique va se faire sur les auteurs étrangers de criminalité et passer sous les radars les auteurs nationaux de la même criminalité. Et du coup, installer l'idée que les premiers seraient surreprésentés.
Mais à un moment donné, il faut aussi réclamer des comptes, y compris au traitement médiatique de tout cela.
J'ai une toute dernière question. En quelques mots, Najat Vallaud-Belkacem, on a lu dans le Canard Enchaîné cette semaine que vous pourriez être nommé à la Cour des Comptes et que le Premier ministre François Bayrou en profiterait pour demander à votre époux, Boris Vallaud, chef des députés socialistes, de ne pas voter la censure sur le budget
de la rentrée en échange. Bon, tout cela est parfaitement faux, évidemment. Mais je vous avoue que ça me surprend toujours quand un journal se contente de reprendre les vacheries énoncées quelque part. Mais je vais répondre quand même parce que, oui, la Cour des Comptes, si je devais y atterrir, ce ne serait pas une nomination politique. J'ai passé un concours pour cela dont j'attends le résultat avec beaucoup d'impatience, de sérénité,
comme dirait certains en même temps. Merci beaucoup. Merci Najat Vallaud-Belkacem. Le titre de votre ouvrage « Réfugiez ce qu'on ne nous dit pas » que vous co-signez avec l'économiste Benjamin Michelé chez Stock. Bonne journée à vous.
Najat Vallaud-belkacem