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interviewC à vous· 10 septembre 2025 16 min

« Bloquons tout » : le symbole d’une France désabusée ? F. Ruffin réagit

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elle a joué au chat et à la souris jusque dans un café. - D.Simonnet: J'ai le droit de prendre un café ici! - Tout le monde sort! - L.Amar: Les élus de LFI très largement présents dans les cortèges.

J.-L.Mélenchon et M.Panot étaient place du Châtelet.

Enfin, F.Ruffin était chez lui, à Amiens, dans la Somme. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, F.Ruffin, député Debout!

De la Somme. Votre sentiment sur cette journée de mobilisation "Bloquons tout"? Est-ce que la mobilisation est à la hauteur de ce que vous espériez? - F.Ruffin: On ne peut pas comparer ça avec les "gilets jaunes".

On a une base sociale beaucoup plus classique de gauche dans les métropoles, les jeunes, renforcée par la CGT. J'ai un témoignage sur le rond-point où j'étais ce matin. L'un fait du diagnostic énergétique, l'autre vend des vêtements sur le marché.

Je leur ai demandé s'ils envisageaient d'avoir des enfants. Ils ont dit qu'ils ne pouvaient pas parce qu'ils se demandaient comment ils allaient payer leurs charges le mois prochain. L'avenir s'est assombri et s'est rétréci. - A.-E.Lemoine: Bloquer tout, c'est la solution? - F.Ruffin: J'avais comme mot d'ordre "débloquons tout".

Il faut débloquer la situation par le haut. Il faut le faire par les urnes. Il faut que la rue pousse pour apporter une nouvelle solution. - A.-E.Lemoine: La colère exprimée aujourd'hui aurait été plus spectaculaire si les syndicats s'étaient mêlés au mouvement?

Ils ont appelé à un mouvement de grève seulement le 18 septembre prochain. - F.Ruffin: Je voulais vous parler de l'état d'esprit du pays.

Il y a une colère qui s'exprime en 2 mots: ça suffit. Ca suffit que, quand on est éboueur, auxiliaire de vie, on reçoive un message de la banque le 5 du mois pour payer des agios. Ca suffit d'aller chercher sur les salariés de jours fériés.

Il y a du dégoût pour le petit milieu politique, médiatique, pour le petit jeu...

Depuis un an, quand est-ce qu'on a parlé aux Français? Quand est-ce qu'on a parlé de la France? On parle de dissolution, de destitution, des ambitions pour Matignon, mais quand est-ce qu'on parle de logement, d'éducation et de santé?

Quand est-ce qu'on rouvre un horizon? J'étais dans le métro hier. Un monsieur me dit avec son accent italien: "Le problème, c'est qu'on a besoin d'un horizon qui brille." Depuis un an, il n'y a pas de paillettes.

Il n'y a aucun projet porté. A aucun moment, on vient dire: "Pour l'agriculture, c'est la souveraineté alimentaire, pas la compétitivité." On veut jardiner, cuisiner dans les écoles, arriver à se loger et ne pas avoir 3 millions de logements vides parce que c'est un produit financier.

Le gros besoin des Français, c'est de rouvrir un horizon. Comment transformer la colère en espoir? A la place, on a un enlisement, un engluement.

Les dirigeants, pendant qu'on a des Français... - P.Cohen: Les partis d'opposition ne sont pas capables de fournir un horizon et un espoir. - F.Ruffin: Je me mets dans ça, je vous mets dans ça.

Autour de ces plateaux et dans l'Assemblée, on parle de notre microcosme institutionnel, ministériel, et beaucoup moins de ce qui fait les soucis des Français. - A.-E.Lemoine: Ce que propose LFI, par exemple, c'est de destituer E.Macron.

Hier, ils ont déposé une nouvelle proposition pour engager la destitution. Est-ce que vous signez ce texte? - F.Ruffin: Sans conviction et sans illusion, parce que je sais qu'il n'y aura jamais les 2/3 des députés et des sénateurs...

Le responsable, aujourd'hui, c'est E.Macron et il nous a placés dans une double impasse, une double crise: une crise fiscale...

La baisse des impôts dans la durée, la contribution sur la valeur ajoutée, des cadeaux fiscaux par dizaines de milliards...

Si c'était la gauche qui avait fait ça, tous les matins, on nous dirait que le déficit public, c'est le Titanic. Là, c'est E.Macron qui l'a fait.

Première impasse. 2e crise: la crise politique. La destitution, qui s'est faite sur un coup de tête...

Il nous a mis dans une impasse politique. Il est très clair que le responsable, c'est E.Macron.

S'il y a un "ça suffit" qui rassemble dans le pays, qui rassemble ceux qui sont sortis aujourd'hui et ceux qui ne sont pas sortis, c'est "Macron, ça suffit". Il prend ses décisions tout seul. - A.-E.Lemoine: Vous voulez le pousser vers la sortie, quitte à provoquer une crise de régime? - F.Ruffin: C'est une crise de régime.

Je souhaiterais qu'E.Macron, de lui-même, pose avec honneur sa démission et qu'il dise: "Dans 6 mois, ayons une élection présidentielle et faisons qu'il y ait des projets..." - A.-E.Lemoine: C'est ce que propose J.-F.Copé, des LR. - F.Ruffin: Rares sont les moments de connexion avec J.-F.Copé. - A.Duhamel: Il est très calé sur les présidents, J.-F.Copé.

Il sait de quoi il parle. - F.Ruffin: Là, on aurait 6 mois pour discuter des projets de gauche, de droite.

E.Macron pourrait se représenter pour mesurer sa popularité. - A.-E.Lemoine: Il a déjà fait deux quinquennats.

Constitutionnellement... - F.Ruffin: La Constitution n'est pas claire dessus.

Elle ne le dit pas si un mandat n'est pas terminé...

Alors, qu'il ne se représente pas. Ce n'est pas ça qui va me gêner. Je pense que ce serait digne. dans son mandat, c'est que, de lui-même, sans en faire une crise, il pose sa démission, et pas d'ici un mois.

Qu'il nous donne 6 mois pour nous préparer, poser des projets pour les Français. - A.-E.Lemoine: Ca changerait quelque chose, A.Duhamel? - F.Ruffin: C'est de la politique-fiction.

Ce serait la fin de la logique de la Ve République. Beaucoup de gens peuvent dire: "On se fiche de la Ve République." Il y a une logique dans les institutions.

S'il s'agit d'additionner l'instabilité gouvernementale caricaturale que l'on vit en ce moment avec l'invention d'une instabilité présidentielle...

Si une fois, vous exigez d'un président qu'il se retire... - A.Duhamel: Ca n'a rien à voir avec de Gaulle, en 69. - A.-E.Lemoine: Finissez et vous pourrez réagir après, F.Ruffin. - A.Duhamel: Si l'idée, c'est d'ajouter une instabilité présidentielle...

Une fois qu'il y aura un président qui aura été obligé...

De démissionner, tout président, inévitablement, dès qu'il sera impopulaire, se verra demander une démission. C'est comme ça que ça se passera pour un régime présidentiel, enfin, néo-présidentiel. Pour le reste, j'ai beaucoup admiré l'éloquence de mon voisin de gauche tant qu'il a parlé des gens.

Mon admiration s'est effondré quand il a parlé des conséquences politiques. - F.Ruffin: Je demande une chose qui était une revendication du mouvement des "gilets jaunes".

On aurait pu se sortir de cette crise par le haut s'il y avait eu cette concession politique: le référendum d'initiative citoyenne. Quand on ne veut plus de ses élus, on pose un référendum pour en discuter. Là, il y avait un nouvel outil à mettre dans la boîte à outils démocratique, mais il y a eu une surdité du pouvoir, comme il y en a une sur les retraites et sur à peu près tout depuis 8 ans. - A.-E.Lemoine: Il y a la question de la dette. - E.Tran Nguyen: On ne compte plus le nombre de fois que ce mot a été prononcé ces dernières semaines.

F.Bayrou voulait faire de la pédagogie, expliquer la gravité de la situation aux Français, pour qu'ils comprennent pourquoi il était nécessaire de faire des efforts. Certains lui ont reproché de faire peur aux Français, notamment J.-L.Mélenchon. - J.-L.Mélenchon: Il est passé sur tous les plateaux pour dire que la France, c'est la catastrophe, que tout est perdu.

Ce n'est pas vrai. A un moment donné, je me suis demandé s'il n'essayait pas d'attirer la crise financière sur la France pour qu'on cède. - L.Salamé: Il n'y a pas de problème de dette en France? - J.-L.Mélenchon: Non. - E.Tran Nguyen: Ca fait beaucoup réagir.

Je n'ai jamais vu autant de commentaires. Certains téléspectateurs pensent qu'il a raison, que la dette entretenue par les partis de gouvernement n'est qu'un moyen de pression permanent sur le peuple français. ... - A.Duhamel: On n'a pas la monnaie de réserve internationale.

C'est la petite différence. - E.Tran Nguyen: 66 % des Français estiment que les principaux responsables de la situation, ce sont les gouvernements successifs, encore plus les gouvernements d'E.Macron.

C'est aussi ce que vous pensez, F.Ruffin. Vous avez les mêmes mots que J.-L.Mélenchon.

Vous dites que c'est un problème de recettes et non de dépenses, qu'ils ont multiplié les cadeaux fiscaux aux plus riches. Dans mon record de nombre de commentaires que j'ai reçus aujourd'hui, il y a aussi un mot qui est ressorti: "irresponsable" pour qualifier les propos de J.-L.Mélenchon.

Il y a aussi "inconscient", "irréaliste". Le discours de F.Bayrou a fait son bonhomme de chemin.

Ca fait un an que l'opinion a changé. C'est vrai que depuis des décennies, l'opinion semblait un peu indifférente à la dette. Ca passe après le chômage, l'économie, l'insécurité, l'immigration...

Les Français sont plus préoccupés par cette question aujourd'hui. Peut-être ont-ils besoin de nuances. Peut-être qu'ils attendent des politiques des discours responsables, capables de trouver ensemble des solutions.

En êtes-vous seulement capables? - F.Ruffin: Je prends au sérieux la question de la dette publique.

J'étais membre de la commission d'enquête parlementaire sur la dette publique avant la dissolution de l'Assemblée nationale, dans laquelle ont défilé une série d'économistes et de conseillers de la Cour des comptes. Ils disaient tous la même chose. Le souci n'a pas été une augmentation des dépenses ces dernières années, mais la baisse des recettes.

Je prends cette question très au sérieux. Ce n'est pas l'apocalypse. La crise a été voulue, organisée par E.Macron ces 8 dernières années.

Il y a eu une politique des caisses vides qui a été menée par E.Macron. Après le "quoi qu'il en coûte" du covid, on a continué à baisser l'impôt sur les sociétés...

On a fait la crise de la dette publique. J'accuse le président d'avoir voulu, organisé de manière consciente la crise de la dette. - A.-E.Lemoine: Quel est son intérêt? - F.Ruffin: C'est une politique menée par les libéraux depuis un siècle.

Quand ils veulent mener des réformes fortes, ils mettent le pays en tête. C'est ce qu'a fait Reagan aux Etats-Unis. Clinton avait la possibilité de résorber la dette américaine.

La stratégie du chaos. Je prends la dette publique très au sérieux. K.Marx, quand il écrivait, considérait que la dette publique était une aliénation de l'Etat.

A force de prélever les impôts pour les utiliser pour les hôpitaux, l'éducation, on l'utilise pour payer des financiers et des rentiers. Ca ne me convient pas, qu'on augmente la dette publique. Je suis pour la résorber.

Il y a 2 questions une fois qu'on a dit ça. Dans quels délais et avec quelle brutalité? Qui doit payer?

La grande question du jour, qui était déjà la question de la Révolution française en 1789, mais aussi la question des "gilets jaunes", c'est: qui doit payer? - A.Duhamel: Après la banqueroute... - F.Ruffin: On a réglé la dette publique au moment de la Révolution française. - A.-E.Lemoine: On manque de temps pour remonter aussi loin... - F.Ruffin: J'entends qu'il y a des grands débats.

On doit pouvoir mettre autour d'une table des entrepreneurs, y compris B.Arnault, des artisans, des étudiants, des salariés ordinaires, pour qu'il y ait un grand débat national sur la question de la fiscalité. - A.-E.Lemoine: A.Duhamel? - A.Duhamel: En 2 mots, je connais cette thèse, puisque je lis et j'écoute F.Ruffin.

L'idée vaguement complotiste que l'on créerait délibérément une situation dramatique... - F.Ruffin: Alors... - A.Duhamel: Attendez, c'est moi qui réponds.

En plus, je serai beaucoup plus bref. L'idée qu'on crée délibérément du chaos, c'est des cauchemars pour adolescents. C'est ridicule.

Tout le monde y perd. Aucun président n'a envie de voir son pays dans des convulsions et ridiculisé par nos voisins, comme ça commence à être le cas. Sous des menaces d'intervention européenne dans un premier temps...

Personne n'imagine ça. S'il s'agit de dire qu'après le covid, il y a eu une politique budgétaire irresponsable et qui a contribué non pas à créer la dette, mais à l'accélérer, oui, d'accord. Pour le reste, dire qu'il y a eu une espèce de stratégie d'endettement volontaire, là, c'est des cauchemars enfantins. - F.Ruffin: Je le maintiens.

A l'époque, on a tiré la sonnette d'alarme et nous n'avons pas été entendus. C'est une gigantesque incompétence, ou alors,

« Bloquons tout » : le symbole d’une France désabusée ? F. Ruffin réagit — François Ruffin · Pourquijevote