Paris 2024, les politiques sur le terrain - Bruno Le Maire est l'invité des 4 vérités du 31 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bruno Le Maire qui arrive et qui s'installe. Bonjour et bienvenue à vous, monsieur le ministre de l'économie. Bonjour, Thomas Soto. On entendait Roxana Maracinano. Vous êtes quel genre de spectateur, vous, devant les JO et devant votre télé ? Vous êtes comme ça aussi ?
Assez bruyant. Peut-être pas aussi vocal, mais assez bruyant.
La plus belle croissance française ces jours-ci, c'est celle des médailles, des médailles tricolores. On a vu Gabriel Attal poster sur Instagram des images de sa rencontre avec Lady Gaga. On sait qu'Emmanuel Macron passe un coup de fil à chaque médaillé d'or. Pour vous, ils ressemblent à quoi ces jeux ?
C'est une fête. C'est une très belle fête avec un esprit sportif remarquable, des athlètes qui accumulent les performances. Des histoires aussi qui sont parfois bouleversantes. Je pense à Clarisse Agbenienou, ce qu'elle a vécu, son retour, la demi-finale manquée. Et puis elle puise au fond d'elle-même pour arracher le bronze. Tout ça, c'est des histoires humaines qui sont formidables. La France donne la plus belle image d'elle-même, nos athlètes également. Ça rassemble tous les Français.
Et vous êtes un peu capitaine d'équipe, parce qu'il y a des douaniers qui dépendent de Bercy.
Il y a des douaniers qui devraient avoir des médailles dans les heures qui viennent, je l'espère. Notamment en judo avec Marie-Ève Gaillet. J'espère qu'on aura des médailles dans les heures qui viennent. Je suis à fond derrière nos douaniers qui vont participer à ces compétitions.
Et on a une pensée par ailleurs ce matin pour le douanier qui a été tué hier lors d'un accident de la circulation dans le nord du pays.
J'ai décision d'appeler la directrice régionale pour manifester évidemment tout mon soutien et toute ma sympathie à la famille et à l'ensemble des douaniers de la région.
Ces douaniers, est-ce qu'ils ont beaucoup de boulot pendant les Jeux ? Est-ce qu'il y a déjà des saisies depuis le début de ces Jeux Olympiques, des choses importantes ?
Alors comme je pense qu'on a été bon en prévention, ce qui arrive rarement en France, en fait je vais vous dire qu'il y a assez peu de saisies de drogues, de stupéfiants. Il y a quelques contrefaçons. On a fait une grosse saisie de contrefaçons de chaussures, 80 000 chaussures de marques en contrefaçon pour 10 millions d'euros dans la région parisienne. Donc je félicite les douaniers qui ont mené cette opération.
Mais pour le reste, c'est plutôt calme parce que je pense qu'il y a eu un travail remarquable de prévention qui a été fait par le ministère de l'Intérieur, par Gérald Darmanin, par les gendarmes, les policiers, les douaniers, et l'ensemble des forces de sécurité qui sont mobilisées en fait depuis deux ans.
Valeur de combien ? Vous dites 90 millions ? 10 millions d'euros. Ah, 10 millions d'euros. 10 millions d'euros. Quel impact ces Jeux vont-ils avoir sur notre économie ? Est-ce que vous savez déjà le chiffrer ça ou est-ce que c'est trop tôt ?
Le chiffrage qui est donné par l'INSEE, qui me paraît crédible, c'est 0,3 point de croissance en plus pour la France en 2024, ce qui est un chiffre très élevé. On a aujourd'hui, comme vous le savez, un très bon chiffre de croissance pour le deuxième trimestre, 0,3. Après plus 0,3 au premier trimestre, après un bon chiffre aussi au dernier trimestre 2023, tout ça montre que l'économie française est bien repartie, qu'elle enregistre des performances qui sont exceptionnelles.
Ou qu'elle était bien repartie avant la dissolution parce que l'INSEE pointe une forte dégradation depuis juillet.
Alors elle est bien repartie. La croissance, les chiffres que nous enregistrons sont excellents, surtout quand on compare à d'autres pays. Je vois que l'Allemagne a eu un chiffre négatif ce trimestre-ci. Là, nous avons un chiffre positif. Nous devrions avoir une performance meilleure en 2024. C'est quoi l'objectif pour 2024 ? C'était 1% de croissance. On l'a déjà au mois de juillet. Donc on fera probablement plus qu'un pourcent de croissance.
1,2 ? 1,3 ?
On verra. Mais ce sera au-dessus de la prévision du gouvernement. Comme en 2023, la croissance française avait superformé et avait eu une performance meilleure que ce qui avait été anticipé par le gouvernement. Donc ça veut dire que notre politique économique donne des résultats solides, stables, positifs sur le long terme. Après, je vous rejoins. Je pense que l'incertitude n'est pas bonne pour l'économie, pas bonne pour les investisseurs, pas bonne pour les PME, pour les indépendants. Ils veulent savoir quel va être le panorama politique dans quelques semaines. Ça veut dire qu'il est urgent de clarifier maintenant ?
Je pense que plus vite nous sortirons de l'incertitude politique, mieux ce sera pour l'économie française, mieux ce sera pour les entrepreneurs, mieux ce sera pour les salariés.
C'est quand au plus vite dans votre esprit ? Parce qu'Emmanuel Macron a dit rien avant la fin des Jeux.
Je pense qu'il est de bonne politique de laisser la place aux Jeux pour le moment et à la fête des Jeux et aux sportifs. Mais au lendemain des Jeux olympiques, à la mi-août, je pense qu'avoir un nouveau gouvernement, un nouveau chef de gouvernement, remettre la vie politique en ordre de marche pour qu'il puisse y avoir un gouvernement lui aussi en ordre de marche, ça me paraît nécessaire. Je le dis pour les investisseurs, pour nos chefs d'entreprise, pour les salariés qui n'aiment pas l'incertitude, on enregistre depuis des mois d'excellents résultats économiques. La France réussit, elle réussit sportivement, elle réussit économiquement.
Ça veut dire que là, s'il n'y a pas de nouveau gouvernement, on prend le risque d'affaiblir notre économie ? Je pense que l'incertitude n'est pas bonne, qu'il y a besoin de visibilité et que le provisoire n'est jamais fait pour durer.
Il faut appeler Lucie Casté par exemple ? Il faut appeler un candidat à Matignon ou une candidate du nouveau Front populaire ou pas ?
Ça c'est le président de la République de le décider. Il y a une constitution qu'il faut respecter. L'article 8 dit très clairement que c'est le président de la République qui nomme le Premier ministre. En tenant compte du résultat des élections ? Oui bien sûr, mais ne nous livrons pas à un exercice de casting. Matignon, ce n'est pas un casting, c'est quelle politique pour la France ? Or ce qu'ont décidé les Français, c'est de ne donner la majorité à personne.
Donc la responsabilité du prochain Premier ministre, de quelques bancs qu'ils viennent, sera de construire une coalition qui permette de rassembler le plus largement possible et d'avoir une politique qui soit la plus claire possible, la plus volontariste possible pour la France.
Chez les macronistes, on parle beaucoup de Xavier Bertrand, c'est votre ancienne famille politique.
Est-ce que ça ferait un bon Premier ministre ? Oui, il a beaucoup de qualités, Xavier Bertrand, mais la question n'est pas là. Il y a beaucoup de personnels politiques qui ont des qualités tout à fait éminentes. La première qualité du prochain Premier ministre devrait être de constituer une coalition, donc de rassembler, de dialoguer et de définir une politique qui soit claire pour nos compatriotes.
Bruno Le Maire, vous êtes un ministre démissionnaire, vous n'êtes pas encore un ministre en vacances que vous planchez sur le budget 2025. Il va raconter quoi ce budget ? Est-ce que l'objectif, ça reste les 25 milliards d'économies que vous aviez annoncées avant la dissolution ?
Mon objectif, ça reste de revenir sous les 3% de déficit en 2027.
Mais là, c'est une fable pour l'instant.
Non, ce n'est pas une fable, c'est tout à fait possible. Vous savez, on me dit depuis deux ans que c'est une fable d'avoir de la croissance en 23 ans. On m'a dit que ce serait la récession. J'ai fait mieux que ce qui était prévu, nous avons fait mieux que ce qui était prévu.
Mais sur le déficit, on a fait beaucoup moins bien.
En 2024, on nous a fait la même chanson. On nous a expliqué, mais votre chiffre de croissance, il n'est pas crédible. Nous ferons mieux que la prévision du gouvernement. Et bien de la même façon que nous réussissons sur la croissance économique, nous devons réussir sur le rétablissement des comptes publics. Et pour réussir, il faut qu'il y ait un budget qui puisse être présenté le premier ordre. Avec combien d'économies ? Mais ça, ce sera au prochain gouvernement de le décider. Mais c'est ça qui est compliqué, parce que, pardon, le budget, c'est quand même le marqueur politique d'une majorité, de ceux qui gouverneront.
C'est pour cela que ce que je vais proposer, c'est d'abord de respecter les délais pour qu'il y ait un budget en temps et en heure. On n'est pas en retard ? On n'est pas à la boue ? Non, on n'est pas en retard. Je vais envoyer, dès cette semaine, les propositions de crédit, ministère par ministère, au Premier ministre Gabriel Attal, que je verrai tout à l'heure, pour qu'il puisse signifier lui-même à ses différents ministères le montant de crédit dont ils disposeront en 2025.
Je proposerai que ces crédits de l'État en 2025 soient inférieurs à ceux de 2024, pour aller dans le sens des économies et du retour à l'assainissement des comptes publics, dans des proportions qui seront significatives, parce qu'il faut s'engager dans la réduction des déficits. Pourquoi ? Tout simplement, parce que si demain, vous avez une nouvelle crise, une pandémie, une crise liée à la guerre en Ukraine, il faut que mon successeur puisse avoir les moyens de protéger, comme j'ai protégé face au Covid et comme j'ai protégé face à l'inflation. Les délais sont très importants. Il faut que ces lettres au plafond, c'est-à-dire que les crédits des ministères soient envoyés avant le 15 août.
J'enverrai mes propositions d'ici la fin de la semaine pour que le prochain gouvernement puisse, le 1er octobre, présenter comme c'est d'usage depuis 1958, le budget pour la France. Ma proposition sera une réduction des dépenses et le retour à l'équilibre en 2027. Si le prochain gouvernement veut faire autre chose, toutes les options seront ouvertes. Il aura la liberté de le faire. Donc c'est un budget qui sera adaptable que vous allez proposer ? C'est un budget qui est adaptable. C'est une option que je propose, qui est l'option de retour sur les 3% en 2027, de retour aussi dans les clous européens.
Et il est indispensable d'un point de vue technique que tous ces documents soient envoyés en temps et en heure avant le 15 août. Sinon, il n'y a pas de budget le 1er octobre. Moi, je veux partir de Bercy en laissant à mon successeur la possibilité de présenter le budget en temps et en heure.
Alors vous allez partir, mais pour partir où ? On vous annonce en Suisse. Bruno Le Maire, exilé fiscal en Suisse, c'est l'avenir ça ?
Oui, je dois dire que ce serait un peu baroque. Donc c'est pas trop mon genre. Je me suis toujours engagé pour les Français. C'est une fake news, ça ? J'ai toujours habité en France. Je vais vous dire, à l'origine, vous savez, j'étais diplomate. Vous savez pourquoi j'ai arrêté ma carrière de diplomate ? Pour une raison très simple. C'est que je suis incapable de quitter la France plus de quelques semaines. Donc il est hors de question pour moi de quitter la France, que j'ai servi pendant 22 ans, que je continuerai à servir d'une façon ou d'une autre. J'enseignerai, ça fait partie des...
Ah, vous allez aller enseigner en Suisse, mais vous resterez ?
Je vais enseigner. Je n'ai pas encore choisi la destination. C'était mon premier métier, l'enseignement. J'étais professeur de français. C'était mon premier métier. J'ai 22 ans d'engagement politique derrière moi. Je vais retourner à l'enseignement, qui est quelque chose qui me plaît, qui permet de transmettre son expérience. Et puis il y aura d'autres aventures politiques devant. Mais elles se dérouleront en France. Je n'ai pas du tout ni une vocation, ni un goût pour l'exil.
À propos des exilés fiscaux, le nouveau Front populaire et Lucie Casté a une idée. Elle veut taxer en France les exilés fiscaux, comme ça se fait aux Etats-Unis. Très rapidement, est-ce que c'est une bonne idée ? Est-ce que c'est faisable ?
Non, là aussi, c'est une idée baroque. D'abord, ça n'est pas faisable. Pourquoi baroque ? Ça se fait aux Etats-Unis ? Oui, mais ça se fait aux Etats-Unis. Elle n'est pas obligée de copier les Américains. C'est bizarre, cette gauche qui veut toujours copier les Américains. Moi, je préfère qu'on garde notre modèle français. Je pense que ça prendrait des décennies avant d'être appliqué. En plus, ce ne serait pas très juste, parce que la plupart de ces retors qui sont français payent des impôts en France sur les revenus qu'ils ont en France. Oui, mais tout ça est bien compliqué pour peu de revenus.
Moi, si j'ai une recommandation à donner, justement, au Nouveau Front Populaire, c'est de me soutenir. Dans la lutte que je mène depuis 7 ans pour une fiscalité internationale plus juste, j'ai mis en place la fiscalité sur les géants du numérique, sur les GAFA. J'ai mis en place la fiscalité minimale à l'impôt sur les sociétés. Et aujourd'hui, je me bats avec mon collègue brésilien pour qu'il y ait une fiscalité minimale sur les plus riches, au niveau international. Ça, c'est une belle bataille, une bataille de justice fiscale, une bataille internationale. J'engage le Nouveau Front Populaire à me rejoindre dans ce combat.
Bruno Le Maire, je ne sais pas si votre appel sera entendu, mais il a été lancé. Une toute dernière question, vraiment rapidement, parce qu'on est au bout. Beaucoup de restaurateurs et de commerçants parisiens ont souffert de la préparation des JO de la cérémonie d'ouverture. Certains parlent d'un manque à gagner de 60% en chiffre d'affaires. Est-ce que vous allez les indemniser, les aider ? Est-ce qu'ils auront des aides, comme à l'époque du Covid, oui ou non ?
Ce ne sera pas comme le Covid, non. En revanche, on va regarder, au cas par cas, la situation de chaque restaurateur, hôtelier, tous ceux qui ont pu être lésés par la cérémonie d'ouverture et par les contraintes de circulation. Et nous verrons s'il y a lieu à indemniser, si jamais il y a eu, effectivement, des pertes significatives.
Merci beaucoup, Bruno Le Maire, d'être venu dans les 4V. Merci également à Frédéric Chevalier pour la traduction en langue des signes. Télématin revient dans quelques secondes. On va aller se bailler dans la scène. On ne vous a pas vu en maillot, vous ? Ce n'est pas prévu ? Non, ce n'est pas prévu. Bon, dommage. Peut-être d'ici quelques semaines, on verra. Allez, merci beaucoup, Télématin revient en direct. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Bruno Le Maire