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InterviewLe Crayon· 26 octobre 2021 29 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleCulture, médias & sportInstitutions & électionsEurope & international

Les politiques manquent de respect aux citoyens selon Agathe Cagé - Œil pour Œil

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:31OuverteRéponse directe

    On se retrouve aujourd'hui pour un nouvel épisode d'Œil pour Œil, l'interview contradictoire. Nous sommes aujourd'hui avec Agathe Cagé.

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Agathe Cagé, il n'y a plus de respect ?

  • 1:36OuverteRéponse directe

    Cette indifférence, ce sont ces yeux qu'on ne voit pas ?

  • 2:07OuverteRéponse directe

    Est-ce que la métropolisation empêche d'être proche de son prochain ?

  • 3:26OuverteRéponse directe

    À qui est-ce qu'il s'adresse, ce livre ?

  • 4:17RelanceRéponse partielle

    Mais parce que vous, vous faites partie de cette élite.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:12InvitéChiffre
    « Il y a 70 000 femmes, par exemple, qui vivent sans abri en France aujourd'hui. »
  • 5:30InvitéFait
    « Une fois que vous avez passé le revenu médian, vous pourrez considérer que la moitié de la population qui est au-dessus du revenu médian aujourd'hui en France, elle fait partie soit de la classe moyenne, soit des riches. »
  • 5:41InvitéChiffre
    « Vous pouvez définir les très très très riches, c'est 0,5% de la population qui vont cumuler 10, 20, 30, 40% du patrimoine d'un pays, selon les pays. »
  • 8:16PrésentateurChiffre
    « Le seuil pour être dans les 10% de Français qui gagnent le plus, il est à 5 000 euros par mois et par personne. »
  • 8:20PrésentateurChiffre
    « Plus de 5 millions de Français gagnent plus que 5 000 euros par mois. »
  • 14:58InvitéChiffre
    « En 2017, le taux d'abstention au second tour de l'élection présidentielle, c'était 25%. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur28 %

2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Je ne remets pas du tout en cause la liberté ni d'expression, ni de penser des éditorialistes que vous avez cités. Par contre, quand on est sur des formes d'expression qui sont des formes d'expression systématiques, de mépris, vous êtes uniquement sur de l'attaque gratuite. Attends, pause. C'est quoi le Créomédia ? On est une équipe qui vous propose du contenu vidéo respectant trois piliers. Le débat, l'ouverture d'esprit et la pluralité des opinions. Notre but, faire réfléchir et permettre la libre circulation des idées. Bonne vidéo.

0:27
Présentateur

Yo, c'est Jules pour Le Crayon. On se retrouve aujourd'hui pour un nouvel épisode d'Oeil pour Oeil, l'interview contradictoire. Nous sommes aujourd'hui avec Agathe Cagé. Bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté l'invitation du Crayon.

0:37
Invité

Avec plaisir.

0:38
Présentateur

Bon, Agathe Cagé, vous êtes haut fonctionnaire. Vous publiez un essai, Respect, aux éditions Équateur, que je résumerai peut-être en une phrase, si à la fin du livre, le respect, c'est nécessaire pour que nous vivions ensemble et non pas côte à côte. Agathe Cagé, il n'y a plus de respect ?

0:52
Invité

C'est plutôt qu'on est... Aujourd'hui, on dit le confinement physique, depuis un an et demi et maintenant avec la crise sanitaire. Mais moi, je parle du constat qu'on est aussi un peu confinés dans nos têtes. C'est-à-dire qu'on a tendance à regarder uniquement les gens qui sont autour de nous, uniquement les gens qui nous ressemblent, et soit faire preuve d'indifférence, soit faire preuve de manque de considération pour les gens qui sont soit un tout petit peu différents de nous, soit un peu éloignés de nos cadres de vie et de pensées personnelles.

Et donc, je dis, essayons de nous déconfiner aussi dans nos têtes, essayons de dépasser le manque de considération, essayons de dépasser l'indifférence, essayons de regarder qui sont les autres, quelles sont leurs convictions, ce qu'ils apportent à la société. Et là, on arrivera à mieux vivre ensemble.

1:36
Présentateur

Justement, cette indifférence, ce sont ces yeux qu'on ne voit pas. Vous parlez des yeux internes qui bloquent un petit peu la vue, c'est-à-dire les prismes qu'on a avec le cerveau qui nous empêchent de voir, notamment les personnes sans domicile fixe, par exemple. Est-ce que vous pensez que la métropolisation, le fait qu'on habite dans des villes où il y a toujours de plus en plus de monde, ça empêche d'être proche de justement son prochain parce qu'on ne le connaît pas, parce qu'on n'est pas sûr de le recroiser le lendemain, alors que dans un village, si quelqu'un décède, tout le monde l'apprend et probablement que tout le monde le connaissait.

2:07
Invité

Disons que la métropolisation, c'est plutôt une forme d'excuse. Vous parlez des sans domicile fixe. En effet, il y a 70 000 femmes, par exemple, qui vivent sans abri en France aujourd'hui. C'est l'équivalent du Stade de France. Donc, on se dit...

2:18
Présentateur

Elles sont réparties sur tout le territoire.

2:19
Invité

Elles sont réparties sur tout le territoire, mais il y a quand même une image assez forte. Si vous les mettez toutes dans le Stade de France, et si, comme à la fin d'un match, vous voyez le Stade de France se vider, vous vous rendez compte du nombre de personnes, d'individualités, de personnes qui ont une humanité, une vie, des problèmes, et des problèmes qu'on pourrait prendre aussi en compte. Et on fait un peu, pas exprès de ne pas les voir, pas semblant de ne pas les voir, mais par l'excuse de la métropolisation, c'est aussi une facilité de ne pas les voir.

Et puis, il faut, je pense, se méfier un peu de la différence entre les grandes villes et les villages, parce que si vous lisez la presse quotidienne régionale, vous avez aussi beaucoup de drames de personnes dans des villages qui meurent seules et qu'on retrouve une semaine, deux semaines, trois semaines après, du fait du cri de leur chien, parce qu'elles sont décédées, et que personne ne l'a vue, cette forme d'indifférence, bien sûr, qu'elle est un peu plus forte dans les villes, où le lien de solidarité qui peut être plus prégnant, quand on est sur des petites communautés dans les villes, il est encore plus délité. Mais ce lien de solidarité, c'est un peu délité partout sur le territoire.

3:26
Présentateur

À qui est-ce qu'il s'adresse, ce livre ? Parce que j'avoue que quand je le lis, je me demande quand même si les personnes sans domicile fixe ou des personnes âgées qui sont éloignées du numérique ou des personnes qui sont précaires des classes très populaires, puisque c'est aussi l'un des points que vous soulevez, est-ce que c'est vraiment des personnes qui sont en état de lire ce livre ? Ou en tout cas, est-ce que vous leur adressez vraiment ? J'ai la sensation que quand vous faites des allusions parfois à une petite phrase d'Emmanuel Macron ou d'Éric Zemmour, il faut avoir une certaine culture politique pour la comprendre ?

3:56
Invité

Je pense que ce livre vraiment s'adresse à tout le monde. D'abord, parce que c'est un appel à la responsabilité individuelle. Ce livre, quand je l'écris et quand je dis « faites attention à ne pas vous laisser prendre dans la facilité de l'indifférence, dans la facilité du manque de considération », c'est aussi une claque que j'ai envie de me mettre à moi-même parfois quand je sors dans la rue ou quand je considère ce que j'ai fait et ce que je n'ai pas fait de ma journée.

4:17
Présentateur

Mais parce que vous, vous faites partie de cette élite. Vous avez fait l'ENA, l'ENS...

4:20
Invité

Après, Éric Zemmour, c'est CNews qui est en train de devenir la première chaîne d'information continue. Donc, c'est regardé par énormément de monde. L'accès à ce livre, j'espère, sera un accès le plus large et le plus grand possible. Parce que finalement, la problématique du manque de respect aujourd'hui, c'est une problématique dont tout le monde est victime. Et tout le monde est victime des gilets jaunes dont je parle, aux personnes âgées, aux soins de domicile fixe, mais également les gens qui vivent dans les conditions, disons, socio-économiques les plus favorisées.

Et quand on parle de l'égalité entre les femmes et les hommes, qui est un sujet majeur, déjà, ça concerne 50% de la population, 50% des femmes, et puis ça concerne aussi 50 autres pourcents de la population, parce que les hommes sont concernés au premier chef.

5:06
Présentateur

Et puis ça transcende effectivement, du coup, les classes sociales. C'est quoi pour vous une classe moyenne ? Et c'est quoi pour vous les riches ?

5:15
Invité

Ah ça, c'est une question petite phrase.

5:18
Présentateur

C'est une question difficile ?

5:20
Invité

Non, la richesse, elle peut se définir par des éléments statistiques. Une fois que vous avez passé le revenu médian, vous pourrez considérer que la moitié de la population qui est au-dessus du revenu médian aujourd'hui en France, elle fait partie soit de la classe moyenne, soit des riches. Après, vous pouvez définir les très très très riches, c'est 0,5% de la population qui vont cumuler 10, 20, 30, 40% du patrimoine d'un pays, selon les pays. Vous pouvez définir les très riches sur les 5%, les 10% les plus riches de la population. Enfin, statistiquement, ça se définit.

Après, la question de la classe moyenne en France, elle est beaucoup plus difficile, parce que comment vous définissez une classe moyenne ? Est-ce que ce sont des personnes ?

6:05
Présentateur

Je le demande parce que du coup, vous en parlez aussi dans le livre.

6:09
Invité

Est-ce que la classe moyenne, ce sont des personnes qui ont l'ensemble des opportunités qui leur sont ouvertes ? Et avoir l'ensemble des opportunités qui leur sont ouvertes, c'est la possibilité d'accéder à un emploi, de permettre à ses enfants de faire les études qu'ils souhaitent, d'avoir un accès à la mobilité, d'avoir aussi un accès finalement facilité par son utilisation du numérique, par aussi les services publics qui nous entourent, à tous les services publics essentiels.

Et là, c'est finalement assez difficile à définir en termes socio-économiques, puisque vous pouvez, en fonction de votre revenu, avoir l'impression de faire partie de la classe moyenne, mais parce que vous êtes dans une zone urbaine, éloignée des grands centres métropolitains, tout d'un coup, vous vous rendre compte que vous êtes bloqué en termes de mobilité, parce que les transports autres que routiers sont mal assurés, que votre enfant, en termes d'opportunités, finalement a un champ de vision qui est relativement fermé, parce qu'il a l'impression que de nombreuses portes ne lui sont pas ouvertes, ou soit il n'a pas la connaissance de ce que les enfants des métropoles ont comme connaissance de l'ensemble des opportunités qui leur sont ouvertes.

Donc c'est assez difficile. Ce qu'il faut éviter, à mon sens, c'est une forme d'assignation des personnes en leur disant « Vous n'avez pas de raison de considérer que votre situation aujourd'hui est délicate et précaire, parce que regardez, là on peut vous classer selon les logiques de l'INSEE, vous faites partie de la classe moyenne ». C'est là où il faut faire attention, parce que les difficultés de vie des uns ou des autres sont liées à des situations extrêmement complexes.

7:42
Présentateur

On en a parlé de ces thématiques d'isolement des territoires, notamment avec Nicolas Hazard, qu'on a reçu en interview ici pour un autre livre. Moi, si je vous pose cette question, ce n'est pas pour la petite phrase, c'est parce qu'il n'y a pas forcément de bonne ou de mauvaise réponse. Mais en France, chacun a sa définition de ce qu'est un « riche ». Il y a une très bonne vidéo d'Osons Causer à ce sujet sur YouTube. C'est quoi un « riche » ? Est-ce que c'est ton médecin ? Est-ce que c'est un trader ? Est-ce que c'est une star genre Hanouna ? Est-ce que c'est le patron de boîte ? Ou est-ce que c'est le milliardaire comme Bernard Arnault ?

Première chose à noter, c'est que le seuil pour être dans les 10% de Français qui gagnent le plus, il est à 5 000 euros par mois et par personne. Ça veut dire que plus de 5 millions de Français gagnent plus que 5 000 euros par mois. Voilà, c'était un petit peu... Finalement, je vois que vous ne vous donnez pas forcément une réponse claire et précise sur ce que c'est pour vous.

8:33
Invité

Non, mais à partir de certains niveaux de revenus, bien sûr que, de toute façon, de manière relative et de manière absolue, vous êtes à un certain niveau de richesse. Mais entre la définition de qui sont les personnes riches et qui sont les classes moyennes, vous avez déjà un gap qui est extrêmement fort.

8:49
Présentateur

Justement, pour parler un peu des classes populaires, puisque ça fait l'objet d'un chapitre de votre livre que j'ai trouvé très intéressant, vous dites qu'il ne faut pas niveler les cultures, mais qu'il faut accorder du bon respect et surtout ne pas mépriser des cultures populaires, que ce soit de la chansonnette versus l'opéra, que ce soit peut-être des écrits plus populaires, des romans de gare versus Molière. J'ai quand même envie de vous demander, la télé-réalité, il faut l'inciter au même niveau que la lecture ?

9:23
Invité

La télé-réalité, c'est vraiment intéressant aujourd'hui puisqu'on fête les 20 ans de Love Story et des premières émissions de télé-réalité. Et on voit bien qu'aujourd'hui, on regarde ces premières émissions de télé-réalité comme l'émergence d'un phénomène culturel extrêmement important, comme finalement aussi une forme de prémisse de ce qu'on peut montrer derrière les réseaux sociaux, de ce qu'ont pu être derrière les chaînes YouTube.

Donc on voit bien que ces émissions, qui au départ étaient extrêmement déconsidérées, si on lit les articles de presse de l'époque, aujourd'hui font l'objet de thèses, font l'objet d'analyses extrêmement poussées, font l'objet de réflexions, y compris dans les émissions culturelles les plus en pointe de ce que proposent la télévision ou les médias français. Moi, ce que je dis, c'est qu'en France, on a eu vraiment un grand retard par rapport à la considération qu'on n'accordait pas à toutes les formes de culture. Et ça peut être moderne jazz versus ballet, ça peut être chanson versus opéra, ça peut être téléfilm du samedi soir versus film qu'on passe dans les cinémas.

10:27
Présentateur

Mais est-ce qu'il faut encourager cette culture-là, cette télé-réalité ? Plutôt, il faut encourager quelqu'un à dire que c'est aussi bien de lire un roman de gare autant que Molière ou que Stendhal ?

10:40
Invité

Ce que je dis, c'est qu'en réalité, il y a des gens qui lisent des romans de gare et Stendhal, il y a des gens qui lisent que Molière, il y a des gens qui lisent que Stendhal, il y a des gens qui lisent que des romans de gare. Ce que je dis, c'est que faire preuve de mépris par rapport à des romans de gare en disant que c'est de la sous-littérature, c'est déconsidérer une culture qui pourtant est une véritable culture.

Et les orgo-saxons ont eu cette capacité-là, bien avant nous, ont eu la capacité de regarder l'ensemble, par exemple, des œuvres d'art plastique du tag juste à Picasso en disant qu'on peut avoir une considération, on peut les analyser, on peut considérer que c'est quelque chose d'intéressant. Sauf qu'en France, on a une tendance à dire qu'il y a de la sous-culture qui ne vaut pas la peine et il y a une culture qui vaut la peine. Et quand vous dites, pas vous, mais quand on dit le roman de gare, ce n'est pas de la littérature et ça ne vaut pas la peine et vraiment, c'est quelque chose qui doit être déconsidéré, ce qu'on fait derrière, c'est qu'on déconsidère aussi le lecteur du roman de gare.

11:34
Présentateur

Mais pour l'éducation, qu'est-ce qu'on donne aux enfants, du coup, à l'école ?

11:38
Invité

À l'école, il y a des programmes, il y a l'accès à des œuvres littéraires qui sont définies dans les programmes. Cet accès-là, c'est vraiment élargi. Vous avez de la littérature qui peut être extrêmement diverse. Et aujourd'hui, en France, en collège, bien sûr qu'on étudie Molière, on étudie aussi Harry Potter qui est considéré comme de la grande littérature. Et si on fait des études cinématographiques, bien sûr qu'il faut regarder les grands réalisateurs et regarder les Truffauts, mais si on fait des études cinématographiques, aujourd'hui, je pense aussi qu'il faut regarder les grandes séries télé parce que c'est en train de renouveler totalement le genre. Moi, je ne mets pas du tout.

Je dis, bien sûr qu'on peut émettre des jugements artistiques, on peut émettre des jugements culturels. Ce que je dis juste, c'est que toutes les cultures ont le droit au respect à une forme de considération. Et cette considération-là, elle est d'autant plus essentielle que quand vous déconsidérez une série, un téléfilm, une œuvre d'art, quand vous les déconsidérez, vous déconsidérez à la personne que cette série, ce livre, ce film intéresse et que c'est uniquement finalement faire blesser quelqu'un socialement, gratuitement, que ça ne vaut pas la peine.

12:44
Présentateur

Oui, c'est un mépris qui ruisselle, qui découle, qui coule sur toute la société du haut vers le bas. C'est ce que vous dites un petit peu.

12:53
Invité

C'est un peu ce que je dis et ça, ça fait du mal à la...

12:56
Présentateur

Ça fait les gilets jaunes d'une certaine manière.

12:58
Invité

Et derrière, de la même manière que vous pouvez avoir du mépris qui s'exprime par rapport à du téléfilm, vous avez ainsi un mépris qui va s'exprimer de la part de ceux qui aiment ces défilms par rapport à ceux qui n'aiment que l'opère. Et donc, vous avez des mépris réciproques qui s'installent alors même que toutes les cultures valent de la considération. Ce qui ne veut pas dire que dans les programmes scolaires, toutes les œuvres se vaudraient et qu'il ne faut pas apprendre et faire découvrir un certain nombre de choses aux enfants. Justement,

13:27
Présentateur

parce que vous parlez aussi dans votre livre de la langue en politique. Vous dites que typiquement Pompidou, qui a été président dans les années 60, était ancien prof de français, a écrit une anthologie de la poésie française et quelqu'un qui est donc très lettré versus Sarkozy et le Castor-Pofcon. Est-ce que vous ne faites pas vous-même une déconsidération de la langue qu'utiliseraient justement des classes populaires en disant Castor-Pofcon plutôt que d'écrire une anthologie de la poésie française ?

13:56
Invité

Non, là, je suis vraiment en désaccord parce qu'en réalité, pour moi, les citoyens ont une exigence relativement forte par rapport à la parole publique et à la parole qu'ils reçoivent. Et tous les citoyens étaient totalement capables et seraient aujourd'hui totalement capables d'entendre, d'écouter, d'apprécier des discours politiques du niveau de ceux que prononçait Georges Pompidou.

14:19
Présentateur

Est-ce qu'ils les écoutent encore ?

14:20
Invité

Ils les écouteraient. Le problème, c'est que si on fait le choix parce qu'on croit que c'est plus facile pour attirer les électeurs de dire « casse-toi, pauvre con » plutôt que de faire appel à leur intelligence, si tous les hommes politiques font ce choix-là, les citoyens ne peuvent plus les écouter parce qu'ils n'ont plus ce niveau de discours. Mais on a encore assez récemment, il y a quelques années, vous aviez dans les meetings certaines personnalités politiques qui citaient du Victor Hugo parce qu'il y a une exigence aussi des citoyens par rapport à la qualité de la parole publique et par rapport à la qualité de la parole politique.

Et peut-être que si les citoyens aujourd'hui se détournent des urnes, peut-être qu'ils ne vont plus voter, y compris aux élections municipales, y compris aux élections présidentielles. En 2017, le taux d'abstention au second tour de l'élection présidentielle, c'était 25 %, alors que depuis des années, on nous disait les élections présidentielles seront toujours préservées de l'explosion de l'abstention. Si les citoyens ne vont plus voter, c'est peut-être aussi qu'ils considèrent qu'il y a un fort manque de considération des responsables politiques par rapport à eux.

Que les responsables politiques, finalement, ont une parole politique qui s'est abaissée en qualité, que les promesses ne sont pas tenues et que les responsables politiques ne se comportent plus en responsables politiques.

15:26
Présentateur

Vous parlez aussi des éditorialismes, justement, enfin éditorialistes plutôt, et des polémistes Éric Zemmour, Arnaud Stéphan, Yvan Rufol, Alain Finkielkraut, etc. Et vous écrivez une phrase qui m'a un peu choqué, c'est juste une pensée liquide comme de la merde.

Est-ce que Éric Zemmour, qui est écouté aujourd'hui, comme vous l'avez dit justement auparavant, par de larges points de la population et notamment des classes populaires, qui partage typiquement l'avis, les sondages le montrent, des tribunes qui sont publiées dans les valeurs actuelles que vous auriez pu conspuer à égale valeur avec Éric Zemmour, est-ce que c'est pas justement aussi ce mépris des idées politiques d'une large partie de la France ?

16:09
Invité

Éric Zemmour, il me gêne quand il insulte les personnes en fonction de leur prénom en disant votre mère a eu tort de vous donner tel prénom parce que c'est des prénoms qui moi ne me conviennent pas. Quand il insulte

16:20
Présentateur

des personnes... africain versus un prénom qui serait français, c'est ça ?

16:24
Invité

Éric Zemmour considère qu'il y a des prénoms que lui peut étiqueter comme français et que d'autres prénoms qui ne lui conviennent pas. Quand Éric Zemmour est condamné pour incitation à la haine raciale, oui, je pense que c'est de la pensée liquide comme de la merde et c'est une pensée qui est condamnée devant la justice parce que c'est une pensée qui insulte et c'est une pensée qui fait mal. Quand Alain Phil Colcroft dit à une heure de grande écoute qu'il faut s'interroger sur le consentement possible d'une personne qui a été victime d'inceste, oui, je trouve que c'est de la pensée liquide comme de la merde.

Alors, bien sûr que derrière cette phrase qui est un peu forte, qui est un peu choc, je ne remets pas en cause toutes les paroles qui peuvent être dites par les éditorialistes quand ils s'expriment par certains éditorialistes, quand ils s'expriment une certaine pensée politique que je ne partage pas forcément. Mais je dis qu'on a une parole de haine, qu'on a une parole d'insulte, qu'on a une parole qui cherche à faire mal. Alors, je trouve que c'est une parole qui est là pour déchirer la société, qui est là pour blesser et qui est une parole qui est extrêmement dangereuse.

Et oui, Éric Zemmour, parfois, a une parole qui blesse, qui fait mal et qui n'est là que pour déchirer la société, comme un infique qu'il croit, parfois, qui a ce type de parole-là. Et pour ces paroles-là, oui, je le redis. C'est de la pensée, pour moi, c'est de la pensée liquide comme de la merde.

17:44
Présentateur

Et ce constat, on le partage, le constat du problème du déchirement de la société et c'est ce contre quoi on essaie de lutter au crayon en réunissant des gens différents autour de la table pour cultiver une pluralité d'opinions, une ouverture, confronter des idées, même si on n'est pas d'accord. Mais bon, moi, je gâche qu'il y a peut-être quand même des Français qui estiment comme Éric Zemmour qu'un prénom devrait être plutôt Yves Montand que Yvio, comme il le dit parfois, parce qu'il y a quelqu'un d'immigré. Et si ces Français pensent ça, est-ce que du coup, ce n'est pas un problème grosso modo d'estimer que c'est de la merde ?

18:25
Invité

Je ne remets pas du tout en cause la liberté ni d'expression ni de pensée des éditorialistes que vous avez cités, modulo le fait que quand ils sont condamnés pour leurs propos, c'est que ce sont des propos qui sont condamnables. Et heureusement qu'aujourd'hui, médiatiquement, vous avez toutes les opinions politiques qui peuvent s'exprimer parce que c'est quand même la base et le fondement de la démocratie. Et c'est la base et le fondement de la démocratie que l'ensemble des citoyens puissent retrouver dans les médias des formes d'expression politique qui correspondent à leur conviction propre.

Par contre, quand on est sur des formes d'expression qui sont des formes d'expression systématiques de mépris, de haine, de blessures, ce qui a donné une très bonne fonction

19:14
Présentateur

d'Édude Jussufa, d'ailleurs...

19:15
Invité

Voilà, vous êtes uniquement sur de l'attaque gratuite et ça, ça fait mal aux personnes qui regardent quand vous avez votre prénom qui est remis en cause tous les soirs de manière systématique à la télévision, quand vous écoutez ou quand vous entendez parler de ces émissions-là, ça vous fait mal et ça vous blesse. Quand Éric Zemmour explique que quand une femme prend un poste de pouvoir, alors le pouvoir se dissipe et s'évapore parce que les femmes sont incapables de diriger, oui, je pense que ça fait mal et que ça blesse ces femmes.

Et la liberté d'expression a cette limite des propos pénalement condamnables et ensuite, moi, je regrette que la haine et le mépris aient libre cours et la deuxième chose qui me semble problématique, c'est que Éric Zemmour et l'infricle croûte ont souvent dit mais regardez, on ne peut pas s'exprimer parce que vous avez le politiquement correct qui nous empêche de nous exprimer la réalité de ce qui se passe aujourd'hui de leur lieu d'expression et leur audience et que ce sont eux et leur parole de haine et leur parole d'injure qui sont quasiment devenus le politiquement correct.

20:21
Présentateur

Mais alors ça, c'est un point très intéressant parce que je me suis souvenu en lisant ce livre justement d'une émission qui avait eu lieu sur On n'est pas couché en 2017 où Alain Finkielkraut était invité et où il a eu un échange, enfin un clash avec Camille Chamou je crois qui est une comédienne et les deux ne se comprenaient pas sur la pensée dominante. On avait d'un côté Camille Chamou qui exprimait grosso modo un désarroi face à la France qui face au féminisme ne comprenait pas encore les cas de féminicide qui s'exprimait sur l'égalité entre les hommes et les femmes dans le milieu du travail etc.

et qui disait mais ces idées ne sont pas répandues dans la société il faut les combattre pour celles-ci ce en quoi elle a raison quand elle parle en fait de la majeure partie de la population vers lesquelles les idées ne sont pas encore diffusées et on avait de l'autre côté Alain Finkielkraut qui disait mais en fait les idées sont déjà dominantes parce que lui parle de son milieu du cercle intellectuel dans lequel il faut le dire aujourd'hui c'est compliqué enfin ce serait on serait probablement ostracisé du coup si on avait une pensée comme Alain Finkielkraut Alain Finkielkraut

21:23
Invité

est absolument pas ostracisé Alain Finkielkraut

21:26
Présentateur

mais dans le milieu intellectuel en fait ils ne se comprennent pas est-ce qu'il ne parle pas peut-être de la même chose il ne parle pas du même monde c'est-à-dire le monde des élites dans lequel il y a pas un politiquement correct mais disons des idées qui sont communément admises sur la place l'égalité des hommes et des femmes versus en fait la plupart de la population vers laquelle ces idées ne sont pas encore transmises est-ce que c'est ça le problème aussi ?

21:45
Invité

Je ne pense pas parce que je pense que dans tous les milieux et dans l'ensemble de la société vous avez ces débats-là vous avez le débat sur comment qu'est-ce que doit être le féminisme est-ce qu'un féminisme radical et comment on définit un féminisme radical un féminisme radical ça peut être radical sur le fond mais vous pouvez avoir quelque chose qui est totalement non-violent etc c'est le cas des ratfemmes

22:08
Présentateur

par exemple on a invité Anissia pour parler de féminisme radical qui est un mouvement effectivement un peu particulier au sein du féminisme mais donc sur la radicalité

22:17
Invité

il faut assumer une forme de radicalité les colos ont une forme de radicalité dans leur message et c'est un féminisme totalement pacifique c'est un féminisme d'expression dans l'espace public sur est-ce qu'on est aujourd'hui à l'égalité entre les femmes et les hommes ou est-ce qu'on n'y est pas du tout vous avez des différences très fortes de pensées qui s'expriment dans tous les milieux et dans le milieu intellectuel en tout cas dans la sphère dans la sphère médiatique vous avez certaines personnes qui considèrent alors même qu'en matière de parité salariale on estime qu'il faudra encore 200 ans pour avancer vous avez des personnes qui essayent qu'on est déjà à l'égalité donc je pense que les débats se font

22:56
Présentateur

on met en rapport des choses qui ne devraient pas forcément être mises en rapport c'est-à-dire que c'est un calcul où on met en équivalent temps plein des temps partiels etc

23:05
Invité

quand vous êtes sur les analyses aujourd'hui du forum économique mondial c'est vraiment des analyses qui regardent à un niveau de post-égal les rémunérations des femmes et les rémunérations des hommes avec en plus les difficultés des femmes notamment accentuées par la crise sur l'accès au temps plein sur l'accès à des emplois non précaires sur la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle vraiment je suis assez convaincue que ces débats-là de fond c'est des débats qu'on retrouve véritablement dans toute la société et que vous avez vraiment des sujets sur lesquels c'est intéressant qu'il y ait aussi des débats parce que pour progresser sur le fond des idées il faut que l'ensemble des points de vue puissent s'exprimer pour qu'il y ait une forme de progression et de diffusion des idées des uns et des autres en respectant bien sûr aussi un certain nombre de faits ceux qui considèrent qu'il n'y a pas de problème de féminicide aujourd'hui ont un problème de regard sur la réalité quand vous avez encore il y a deux ans plus de 150 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint et qu'on voit malheureusement cette année encore se multiplier ce type de drame

24:21
Présentateur

on est déjà à une quarantaine je crois cette année si du coup on est dans à un peu près au mois de mai on serait quand même un peu réduit par rapport à 150 d'il y a deux ans mais disons oui mais

24:31
Invité

on est sur des sujets tels que le seul objectif à atteindre c'est zéro

24:36
Présentateur

et c'est possible ça d'atteindre zéro un crime violent dans une société

24:41
Invité

c'est l'objectif qu'il faut viser et quand on a des politiques qui sont mises en place pour protéger les victimes et pour protéger les femmes victimes de violences notamment des politiques à l'image de ce qui a été mis en place en Espagne on voit qu'on peut sauver massivement des vies

24:55
Présentateur

la radicalité vous en parliez c'est quoi la différence entre radicalité et violence

25:00
Invité

vous pouvez avoir une forme de pensée très radicale sur le fond qui n'a absolument rien à voir avec la violence sur le sujet de l'égalité entre les femmes et les hommes par exemple les écrits de quelqu'un comme Gisèle Halimi sont extrêmement radicaux c'est à dire qu'elle a une vue très claire de là où en était la situation là où elle souhaitait aller d'un certain nombre de progrès à accomplir qui passaient absolument pas par la violence ce qu'elle réclamait c'était des rapports différents entre les femmes et les hommes dans la société au sein des familles un accès ouvert aux femmes à l'ensemble des métiers et à l'ensemble des postes de pouvoir bien sûr une égalité salariale un partage des charges domestiques et de la charge mentale donc ça peut paraître comme une évolution radicale si on regarde la situation où on était dans les années 70 par rapport à la situation idéale qu'elle visait mais il n'y avait aucune forme de violence par rapport à ce qu'elle défendait

25:56
Présentateur

c'est vrai qu'aujourd'hui on parle par exemple beaucoup d'islam radical et je pense que les gens font un parallèle avec la violence qui s'exerce parfois par des actes terroristes du coup

26:04
Invité

il faut faire attention à la manière dont on lit certains mots avec d'autres mots

26:10
Présentateur

Alice Coffin dans le génie lesbien qui c'est la phrase qu'on cite tout le temps mais sur je lis plus ou moins les oeuvres des hommes etc

26:17
Invité

elle l'assume comme tel là elle fait un choix radical qu'elle présente comme un choix personnel et qu'elle présente comme un choix personnel qu'elle ne souhaite bien évidemment imposé à personne elle a mis une position radicale dans le débat et ça a fait polémique extraire une phrase dans une pensée qui est quand même plus mais est-ce que c'est pas pareil

26:41
Présentateur

pour Éric Zemmour alors ?

26:43
Invité

ça dépend vous mettez quoi en regard comme phrase d'Éric Zemmour ?

26:46
Présentateur

bah non mais je sais pas sur les prénoms

26:48
Invité

je sais pas si je sais pas si Éric Zemmour dirait aujourd'hui mais je veux pas je veux pas trahir ça je veux pas trahir sa pensée je sais pas si Éric Zemmour on dirait qu'elle a de la considération à lire des ouvrages de femmes quand elle dit que la place des femmes c'est uniquement dans le foyer et que la place des femmes c'est loin de tous les postes d'autorité et tous les postes de pouvoir donc j'imagine aussi loin de toutes les positions d'autorité intellectuelle parce qu'elle considère que la femme et l'autorité c'est incompatible

27:14
Présentateur

il faudrait poser la question à Christine Kelly qui anime l'émission sur CNews voilà

27:18
Invité

il faudrait lui demander de poser la question

27:19
Présentateur

Agathe Cagé on va aller vers la fin de cette interview je vais poser les deux questions qu'on pose toujours à nos invités d'abord une suggestion peut-être pour quelqu'un qui serait assis à votre place dans une prochaine émission de l'œil pour eux

27:28
Invité

je pense qu'il y a un ouvrage qui est vraiment intéressant qui vient d'être publié c'est sur la liberté d'expression ça a été écrit par la philosophe Monique Cantos-Pervers elle pose vraiment la question des limites de la liberté d'expression aujourd'hui et notamment de notre usage des réseaux sociaux du fait que ça permet en même temps à chacun de prendre la parole mais en même temps il y a une forme de culture de l'insulte qui s'est développée et elle nous interroge vraiment sur comment on considère notre liberté d'expression celle des autres et comment on peut progresser dans la qualité du débat

28:04
Présentateur

La dernière question que signifie pour vous la phrase trace tes contours qui est le slogan de notre média

28:09
Invité

C'est une belle phrase mais j'aurais plutôt moi j'aurais plutôt tendance à dire il faut absolument pas se mettre de contours pour pouvoir s'ouvrir toutes les possibilités et toutes les opportunités donc il faut tracer les contours très très très très loin de nous

28:24
Présentateur

Merci Agathe Cagé De rien J'espère que cette vidéo vous aura plu Retrouvez-nous lundi prochain pour un prochain échange et d'ici là n'hésitez pas à la partager et à vous abonner au crayon si ça vous a plu Ciao

28:35
Invité

Merci à vous abonner à la chaîne

Les politiques manquent de respect aux citoyens selon Agathe Cagé - Œil pour Œil · Pourquijevote