Discours du Président Emmanuel Macron à la conférence internationale « Le Cri pour la Paix »
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Parce qu'avec vous, M. le Président, nous croyons encore au rôle important qu'ont la France et l'Europe dans le monde déchiré d'aujourd'hui, surtout si elle creuse dans sa culture et son patrimoine pour apporter de façon renouvelée des ponts et des compréhensions qui peuvent rendre plus humaine et plus en paix notre planète. A vous la parole, s'il vous plaît.
Merci beaucoup. Messieurs les Présidents, chers Séradio, merci, M. le Président. Éminence, béatitude, mes seigneurs, les révérends pères et révérendes mères, mesdames et messieurs, messieurs les grands rabbins et rabbins, mesdames et messieurs les hauts représentants de l'islam, du bouddhisme, de l'hindouisme, mesdames et messieurs les dignitaires religieux, messieurs les Présidents et anciens présidents de la communauté de Sant'Egidio, mesdames et messieurs, D'abord, je veux vous dire l'immense honneur d'être parmi vous aujourd'hui.
Mais en même temps, quand j'ai été invité et que j'ai accepté l'invitation, je me suis d'abord dit qu'ils invitent le Président d'une République laïque qui a une histoire parfois complexe avec les religions. Et puis, je me suis dit qu'ils invitent le Président, qui est à la tête de la diplomatie, mais aussi des armées, d'une puissance dotée nucléaire, en plein milieu d'une guerre qui revient en Europe. C'est un drôle de moment pour venir parler de la paix. Et donc, je me suis d'abord demandé, cher Andréa, si vous étiez vraiment un ami. Et reprenant Molière, je me suis dit qu'est-ce que je suis allé faire dans cette galère.
Parler de la paix maintenant, alors que chaque jour, il faut expliquer qu'on va tenir, qu'on doit parler de défaire l'adversaire, de victoire, et que partout, à travers l'Europe et à travers le monde, on attend essentiellement des propos qui sont plus souvent belliqueux. Mais je me suis aussi souvenu de ces moments qui, ces dernières années, m'ont profondément marqué, m'ont beaucoup apporté, ceux d'échange. Vous avez eu l'amitié d'évoquer les Bernardins. Je me souviens aussi, l'Hôtel de Ville de Paris, de l'échange avec les protestants. Il y a quelques jours encore, à la Grande Mosquée de Paris, le Grand-Rabin s'en souvient sans doute aussi avec les Juifs de France.
Et puis, des lieux parcourus à travers le monde, et je retrouve ici plusieurs visages amis, de Jérusalem à Mossoul, jusqu'aux confins de l'Afrique, et de l'importance de ce dialogue. Et donc, quand j'ai appelé hier Andréa Riccardi, je lui ai dit « Mais qu'est-ce que vous attendez de moi ? » Il m'a répondu quelque chose qui m'a réconforté. Il m'a dit « Dites-nous ce que vous attendez des religions dans ce moment. » D'abord, quelqu'un qui vous répond comme cela, c'est assez rare pour un président de la République. Et donc, je me suis dit « C'est ce que je vais tâcher de faire.
» Mais surtout, je pense que dans le moment, et précisément dans le moment que nous traversons, vos journées de travail, ce dialogue que vous avez instauré, a quelque chose qui, par sa démarche même, répond à la situation que nous vivons. Parce que décider de rassembler toutes les religions, mais aussi les familles philosophiques, les convictions, les responsables, les associations, c'est agir de manière concrète pour ce multilatéralisme de plusieurs ordres. Mais c'est créer un dialogue et donc l'art d'une forme de déséquilibre. Et c'est, comme je le disais, un moment où on ne parle que de victoire ou de défaite, accepter d'être en quelque sorte intempestif et parler de paix.
C'est pour cela que je suis devant vous aujourd'hui. Alors, je voudrais, je l'ai évoqué de manière rapide, mais parler du moment. Parce que parler de paix et appeler à la paix aujourd'hui peut avoir quelque chose d'insupportable pour celles et ceux qui se battent pour leur liberté. Et donner le sentiment d'être en quelque sorte trahis. Et je le dis, dans un pays qui a pu connaître, qui a connu l'occupation et où parfois celles et ceux qui défendaient la paix ne pouvaient n'être pas compris et être vécues comme des porteurs de défaite. Ne laissons pas la paix être aujourd'hui en quelque sorte capturée par le pouvoir russe. Ce n'est pas leur mot.
Il n'est pas à eux, ils ont fait même le contraire. Et la paix aujourd'hui ne saurait être la consécration de la loi du plus fort, ni le cesser le feu, ce qui viendrait consacrer un état de fait. Et donc nous parlons de paix, de ce cri de la paix que vous avez décidé comme titre et appel. Et vous allez travailler ensemble pendant tous ces jours, au moment même où les Ukrainiens et les Ukrainiens se battent. Mais pour résister, pour défendre leur dignité, pour protéger leurs frontières et leurs territoires et leur souveraineté nationale. Mais une paix est possible. Celle la seule qu'ils décideront, quand ils le décideront, et qui pourra respecter leurs droits de peuple souverain.
Alors oui, nous parlons dans ce contexte, et en tâchant de réfléchir avec vous, je voulais essayer de voir pourquoi cette guerre en Ukraine nous bousculait si profondément. D'abord parce que, vous l'avez dit, même le président Matarella un instant, elle signe le retour de la guerre sur le sol européen. Et notre Europe avait réussi ce miracle de chasser la guerre de son sol jusqu'alors. Ensuite, parce qu'elle implique une puissance dotée de l'arme nucléaire. Rien ne justifie cette guerre, rien ne l'explique.
Mais tâchant de me décaler dans ce moment et d'essayer de comprendre, moi qui ai vécu ces dernières années et qui n'ai cessé de parler en particulier au président Poutine, j'ai essayé de voir ce qui avait pu nous amener jusque-là. Parce que quand on est un des dirigeants de ce monde et qu'on a tâché de réengager la Russie dans le concert des nations, de prévenir, y compris il y a quelques mois encore, cette guerre, on ne peut pas chaque jour ne pas se poser la question comment en est-on arrivé là. Je n'ai pas de réponse. Je ne sais pas s'il y en a totalement une. Je pense qu'il n'y en a sans doute pas une unique.
Et je pense qu'aucune réponse ni ne justifie, ni n'explique, ni ne légitime quoi que ce soit. Je pense que d'abord, cette guerre est le fruit d'un nationalisme exacerbé entretenu par le pouvoir russe qui s'est nourrie du ressentiment et de l'humiliation née lors de la dislocation de l'Empire soviétique. Ensuite, elle s'est nourrie, confortée en s'isolant progressivement du reste du monde, l'épidémie ayant sans doute aidé à cet égard, et construisant la conviction que les menaces étaient là et qu'en quelque sorte, l'attaque à son existence était le projet du reste du monde, ou de l'Ouest, pour nous citer.
Et puis, elle s'est consolidée, construite par une forme de révisionnisme historique transformant l'histoire contemporaine et même l'histoire moderne en justifiant ce qui n'est qu'un projet impérialiste et colonisateur consistant à envahir son voisin. Mais c'est ça qui s'est, je crois, passé méthodiquement ces derniers mois et ces dernières années. Et donc cette guerre est aujourd'hui celle d'un pouvoir qui a cherché à la justifier, qui a construit sa propre raison, son propre récit, mais je ne suis pas sûr qu'elle soit la guerre de tout le peuple russe pour autant.
Et c'est là où, pour commencer à répondre à la question posée par toi, Andréa, travailler en dessous, patiemment, est essentiel. Parler au peuple russe et aux consciences est essentiel. Cette guerre ne peut pas être totalement la leur aujourd'hui. Ensuite, aujourd'hui, nous avons très clairement, et jusqu'au dernier quart d'heure, nous ferons décider de sanctionner la Russie, d'être aux côtés du peuple russe pour l'aider à résister, d'un point de vue économique, humanitaire, militaire, sans pour autant être partie prenante de cette guerre pour ne pas la mondialiser.
Mais pour qu'à un moment, le peuple ukrainien puisse choisir la paix et pour qu'il choisisse le moment et les termes d'une paix qu'il aura voulu. Mais ce qui veut dire qu'il y a une perspective de paix. Et elle existera à un moment. Et qu'à un moment, en fonction de l'évolution des choses, et quand le peuple ukrainien et ses dirigeants l'auront décidé, dans des termes qu'ils auront décidé, la paix se bâtira avec l'autre et l'ennemi d'aujourd'hui autour d'une table et la communauté nationale étant là.
Je dis tout cela en vous apportant ma part d'interprétation provisoire et imparfaite de ce que nous vivons, mais parce que nous ne serions pour autant restés à part de ce qui se passe aujourd'hui. Et quand bien même nous parlons de paix, c'est une perspective et nous devons la bâtir. Mais il y a aujourd'hui un peuple agressé, attaqué, et il y a de l'autre côté des dirigeants qui ont décidé de donner l'assaut, d'envahir et d'humilier.
Et se tenir à l'écart en pensant qu'il pourrait y avoir une forme d'équivalence ou qu'on pourrait rester neutre, je le crois, c'est acter qu'on pourrait accepter un ordre international où la loi du plus fort pourrait devenir la loi générale et où la domination ou l'état de fait pourrait se substituer à notre droit. Je ne le crois pas. Cette guerre est là, donc, et elle percute notre Europe, nous bouleverse, change nos vies. Et je ne veux pas qu'elle fasse non plus oublier les autres guerres que vous avez évoquées.
Celle dans le Caucase et que subit le peuple arménien, celle en Syrie, en Irak, celle dans la corne de l'Afrique, celle du Proche et Moyen-Orient, au continent africain, le Mozambique a été aussi évoqué, ou à travers le monde, qui aujourd'hui bouscule des peuples entiers, les pousse dans la misère, la famine, parfois l'exil.
Mais parler de la paix, c'est aussi parler de ce qui traverse nos sociétés, qui ne sont pas forcément en guerre, mais qui vivent le retour de la violence et qui vivent le moment que nous traversons oscillant entre le retour des colères et des grandes peurs, doutant des vérités qui permettent de construire un commun et où tant et tant dans nos sociétés sont plongées, au fond, dans une forme de solitude qui, je le crois, est l'un des grands drames des temps que nous vivons et où dans beaucoup de nos pays, en Europe en particulier, nos peuples ont ce sentiment de perdre le contrôle de leur vie, de leurs histoires, de leurs repères.
Je dis cela parce que ce trouble, en quelque sorte, que nous vivons et qui traverse toutes nos sociétés, même quand elles ne sont pas en guerre. Cette inquiétude qui renaît de la solitude, d'une forme de relativisme qui se généralise, de l'immensité des défis qu'il y a face à nous, celui du changement climatique, celui des grandes inégalités liées à notre organisation contemporaine, au fond, font naître et font revenir, y compris dans notre Europe, les ferments de la guerre.
Et ils ont à chaque fois les mêmes racines, les nationalismes fermés que nous ne devons jamais confondre avec le patriotisme, mais qui sont la volonté de repli, d'exclusion de l'autre et de domination d'un peuple ou d'une nation sur l'autre, du rejet de l'autre dans nos sociétés, ce que j'appellerais les rêves de pureté qui parcourent nos sociétés et qui convoquent toutes les simplifications du monde. Cela peut être le rêve d'une pureté ethnique comme le rêve d'une pureté religieuse.
Mais ils sont là dans nos sociétés pour vendre une forme d'absolu de bonne alloi consistant à dire que la solution face à ces doutes, à ces troubles, à cet ébranlement des consciences, c'est de revenir à une vérité unique et à des ennemis clairs qu'il faut combattre. Et donc, vous le voyez, j'arrive devant vous inquiet. Alors, face à ces défis, celui de la guerre en Europe, celui des guerres qui existent par ailleurs et des ferments qui reviennent dans nos sociétés, que peuvent les religions ?
Je pense qu'elles peuvent beaucoup et que les politiques que nous sommes, je le dis au sens générique du terme, en tant que femmes et hommes qui ont décidé de s'occuper de la vie de la cité, en ont besoin. D'abord parce que nous devons tous, responsables de gouvernements ou d'Etat, responsables associatifs, d'entreprises et responsables religieux, essayer de tirer le bon diagnostic et d'agir ensemble. Ensuite, parce que je pense que si la parole politique peut beaucoup, en ce qu'elle donne de sens, en ce qu'elle peut apporter de sens, elle est aujourd'hui touchée, dans beaucoup de nos sociétés, par la défiance, qui est la sœur du constat que je viens de faire.
Mais parce que ni les lois, ni les décrets, ni les décisions que nous pouvons prendre ne suffisent. Les âmes et les peuples ne s'administrent pas. Et donc, je pense que les responsables religieux ont un rôle essentiel, en tant qu'ils contribuent à la trame de nos sociétés, à ces relations entre les individus et à un rapport au temps long. Et donc, je pense que dans ce contexte que je viens d'évoquer, et face à la situation que je viens de décrire, votre rôle est éminent.
Celui, d'abord, mais je ne le reprendrai pas là, parce que je ne veux pas être trop long, comme je l'avais évoqué à plusieurs reprises, au Bernardin en particulier, le don de sagesse, d'engagement et de liberté qu'on doit attendre des religions. Ensuite, je pense que les religions et les responsables religieux ont un rôle de résistance face à la folie des temps. Et la résistance, je vais essayer de le dire de là où je me situe et de là où je parle, c'est précisément de ne jamais justifier être prise au piège ou soutenir des projets politiques qui viendraient à asservir ou à nier la dignité de chaque individu. Et je pense qu'à cet égard, ce devoir de résistance est essentiel.
Il est essentiel parce que le risque est là et que ce que je décris advient. Nous savons tous comment la religion orthodoxe est aujourd'hui manipulée par le pouvoir russe pour justifier ses actes. Devoir de résistance. Nous savons dans nos sociétés et nous savons aussi dans certaines nations comment l'islam est convoqué pour justifier des projets politiques de domination. et nous savons aussi dans nos sociétés combien les autres religions ont pu être aussi dans notre histoire utilisées pour des projets politiques de domination, de mise en minorité d'une partie de l'humanité, de domination de l'autre.
Et si je parle d'une république où l'État est séparé de la religion, la religion est dans la société et elle a un rôle éminent. Mais ce faisant, elle a ce rôle de ne jamais laisser des projets qui, en son nom, ou la détournant de sa finalité première, qui, manipulant ses préceptes, peuvent conduire au contraire de ce qu'elle défend.
Et ce devoir de résistance des religions, qui est à mes yeux, vous l'avez compris, essentiel, c'est pour ça que je viens le plaider devant vous, c'est celui qui consiste à défendre la dignité de chacun, à ne jamais céder, en quelque sorte, à la pulsion de pureté que d'aucuns voudraient convoquer, à défendre le respect, le devoir de prendre soin des plus fragiles et d'apporter aussi une réponse essentielle dans nos sociétés que nous ne saurions apporter, celle de l'enracinement et celle du salut. Ces quelques points nodaux que je viens de décrire sont à mes yeux clés dans cette mission de résistance.
Quand la guerre est là ou quand le trouble que j'essayais de décrire très rapidement revient dans nos sociétés, à chaque fois qu'une hégémonie s'installe, que la négation de l'autre est là, les religions jouent un rôle essentiel en défendant les quelques principes que je viens d'évoquer. C'est en particulier ce que j'ai pu voir à l'oeuvre et que les chrétiens d'Orient défendent du Liban à Mossoul en passant par l'Arménie, porter une part d'idéal indispensable et une capacité à dialoguer, à ne pas céder à ce qui serait la loi du plus fort qui, immanquablement, conduite à l'effacement de l'autre.
Et puis, la dernière chose, c'est que je pense que les religions ont évidemment un message d'universalisme à porter. Je le dis depuis un pays, une nation, un peuple qui a cela en commun avec vos religions, qu'il a toujours revendiqué d'avoir une part d'universel. Et c'est une fierté de la France et je pense qu'est français celui qui pense qu'il a un message universel. C'est dans nos gènes. Mais qu'est-ce que cet universalisme ? D'abord, ce n'est pas un discours, une religion, une vérité qui dominerait le reste du monde. L'universalisme n'est pas une hégémonie. Ensuite, ce n'est pas non plus l'idée de dialoguer avec soi-même.
Ce n'est pas en quelque sorte la mêmeté, l'ipséité pour revenir au concept antique. L'universalisme, c'est d'abord une exigence à l'égard de soi-même. Ce que je fais doit pouvoir s'appliquer et être expliqué partout à travers le monde. Mais c'est une volonté de comprendre ce que nous faisons à l'échelle du monde et de dialoguer avec les autres et de chercher la part d'universels irréductibles à chacun d'entre nous. Et l'universalisme, c'est précisément ce qui vise à bâtir cette unité de la nature humaine et à reconnaître ce faisant, car c'en est le sous-jacent, la dignité de chaque être humain.
C'est pourquoi l'universalisme est à mes yeux le meilleur antidote contre le relativisme contemporain, le meilleur antidote aussi contre la fracturation du monde à laquelle nous assistons, qui consiste en quelque sorte à consacrer dans trop d'endroits du monde la loi du plus fort ou qui consisterait à renvoyer certains principes dans une forme d'historicité ou de régionalisme. Car nous voyons aujourd'hui monter partout à travers le monde, d'Asie, en Afrique, en Amérique latine, des voix qui s'élèvent et qui nous disent l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est une notion occidentale. Ce que vous défendez ici ou là, c'est une notion occidentale.
Non, la dignité de tout être humain, l'égalité entre les sexes, les valeurs que nous portons et que les religions défendent sont des valeurs universelles en ce que leur sous-bassement est la dignité de chaque être humain, mais en tant qu'elles se tressent, qu'elles cheminent dans les sociétés par un dialogue incessant entre religions, entre formations politiques et parce qu'elles dessinent un horizon que je ne crois pas dépassable. Surtout, cet universalisme, celui auquel vous contribuez historiquement, philosophiquement et pour lequel nous avons plus que jamais besoin de vous aujourd'hui. C'est celui qui permet de prévenir l'humiliation et par voie de conséquence le ressentiment.
Car toutes les guerres que nous voyons aujourd'hui poindre et les divisions dans nos sociétés naissent précisément de cela. L'humiliation du plus faible, de l'oublier, de celui qui n'a pas digéré son histoire parce que nous n'avons pas construit le chemin pour le faire et le ressentiment qui en sort et qui justifie la guerre de demain. C'est ça la tâche qui est la nôtre si nous voulons véritablement être à la hauteur de ce cri de paix.
Pas simplement cesser les armes aujourd'hui, mais traquer partout les humiliations et les sources de ressentiment et elles naissent à chaque fois que cet universalisme est oublié et elles naissent à chaque fois qu'on vient bousculer l'ordre juste que seuls ces principes universels permettent de bâtir. En préparant cette réflexion libre devant vous, je me replongeais dans un petit texte de 1795 pour tout vous dire, c'est le petit texte dans une de ses éditions originales que j'offrirai demain au Très-Saint-Père, le projet de paix perpétuelle de Kant. Et dans ses premiers principes, il dit ne peut pas être reconnu comme traité de paix celui qui porterait les racines d'une nouvelle guerre.
Puis il le développe beaucoup mieux que je ne le ferai ici. Tout texte, toute paix qui vient nier la place de l'autre, même de mon ennemi, n'est pas un traité de paix. C'est ça, l'immense difficulté de la paix. C'est qu'elle impose cet universalisme que je viens de décrire, mais un pas vers l'autre et donc un déséquilibre. C'est ce qui fait qu'elle est précaire et que, quand les temps sont difficiles et que le trouble se réinstalle, elle est souvent si fragile face aux discours belliqueux et à celles et ceux qui vous voudraient faire croire que la vérité est plus pure que cela.
la paix est impure, profondément, ontologiquement, parce qu'elle accepte une série de déséquilibres, d'inconfort, mais qui rendent possible cette coexistence avec l'autre que moi. Et je le dis ici pour nos amis qui viennent du monde entier, l'Europe et en particulier l'Union européenne sont un trésor à cet égard. Et nous, nous pouvons le dire parce que nous avons construit notre Europe sur des millénaires de guerres civiles. L'Europe était le continent qui avait la plus grande expertise en matière de guerre. Guerre de religion, guerre politique, guerre hégémonique.
et notre Union européenne est ce petit trésor de paix parce que nous avons décidé que nous allions construire un équilibre bâti sur la connaissance et la compréhension de l'autre, l'absence d'hégémonie. Il n'y a pas de plus fort dans notre Union européenne. Il n'y a que des semblables et des égaux et la conviction que notre avenir était ensemble. Et je crois que ce message de l'Europe est un message à vocation universelle. Et c'est la même chose qu'il nous faut trouver, le président Mattarella, le président Riccardi l'ont évoqué dans leurs propos, dans l'équilibre entre le Sud et le Nord et dans ce nouveau dialogue qu'il nous faut savoir bâtir.
C'est un équilibre de respect, de réciprocité, de justice. Paul VI parlait du développement comme nouveau langage de la paix. Et c'est le projet que nous voulons porter, celui que nous avons tâché de porter pendant la pandémie et des questions de santé aux questions d'éducation, au sujet si essentiel, du climat, à la question, évidemment, des inégalités économiques. Nous devons rééquilibrer le monde si nous voulons vraiment construire la paix.
Et il nous faut avoir la même force d'âme que nous avons eue en européen pour mettre fin à nos guerres civiles, à l'échelle de la planète tous ensemble, pour retrouver les voies et moyens de cet universalisme qui suppose plus de justice et de respect de l'autre. À cet égard, et pour accompagner nombre de ces projets en matière de santé, d'éducation, de climat, et l'agenda que nous voulons bâtir, qui est celui, au fond, de l'investissement solidaire, j'ai besoin de vous. Et votre rôle est absolument essentiel. Je ne vais pas prolonger mon propos plus loin. Il est largement imparfait et résolument incomplet, et je l'assume.
Mais au fond, j'ai voulu, puisque vous m'en avez offert l'opportunité à un moment si grave pour notre continent et pour nous tous, vous dire qu'il y a un projet humaniste possible. Et pour ce projet humaniste qui est à réinventer, les religions, les grandes familles philosophiques ont un rôle essentiel à jouer. Car ce projet humaniste reposera sur le respect de chacun, la justice, la reconnaissance et le courage. Et je terminerai sur cette vieille valeur. Il faut beaucoup de courage pour vouloir la paix, pour la préserver ou pour la restaurer. Et les vrais courageux sont là. Il faut beaucoup de courage. D'abord, le courage de l'imagination. Vous l'avez admirablement dit, Andréa.
Parce qu'imaginer la paix en temps de guerre, c'est le plus grand des impensables. Mais il faut le courage pour tenir la paix dès qu'elle est possible, d'une forme d'intranquillité. Je vous disais que la paix était impure, elle est toujours intranquille. parce que bâtir la paix, c'est toujours accepter la part de l'autre. Et donc, je ne sais si c'est un cri qu'il nous faut. Mais je pense qu'il nous faut à coup sûr une tâche lente de chaque jour, mais indispensable. Et il nous faudra pour cela beaucoup de courage. Mais je sais que nous en sommes capables. Ce courage de bâtir la paix et en quelque sorte de vivre toujours à sa frontière. Je vous remercie. merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.
Emmanuel Macron