Jean-Philippe Girard (ANIA) : "Je crois que Michel-Édouard Leclerc est passé du soi-disant pouvoir d'achat au pouvoir sur les achats"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:25OuverteRéponse directe
Est-ce que vous soutenez ces mesures globalement ?
- 1:09OuverteRéponse directe
Comment est-ce que ça peut marcher ?
- 2:49RelanceRéponse partielle
Mais pourquoi est-ce que vous, industriel, vous ne feriez pas également un effort ?
- 3:58OuverteRéponse directe
Qu'allez-vous faire ? Dans quel état d'esprit abordez-vous ces négociations ?
- 5:09OuverteRéponse directe
Que lui répondez-vous très clairement avant que la loi change dans quelques mois ?
- 6:01OuverteRéponse directe
Mais donc, ça, c'est un appel à la distribution, aux distributeurs avec qui vous négociez chaque année ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:47InvitéFait
« cette guerre des prix qu'on a baptisé des prix prédateurs aujourd'hui »
- 2:20InvitéChiffre
« Deux cents sur une tranche de jambon, ce serait trois cents à cinq cents sur un steak haché, ce serait deux à trois cents sur un litre de lait. »
- 2:32InvitéChiffre
« l'enjeu, il est de 30 centimes par français et par foyer, ce qui fait 15, allez, on va dire 15 euros par an. »
- 3:01InvitéChiffre
« je suis à la tête de 17 800 entreprises. 98% sont des TPE-PME »
Temps de parole
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- Présentateur25 %
- ?3 %
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Voici
l'interview éco sur France Info. Votre invité Jean-Lemarie est au cœur de la filière agroalimentaire. Bonsoir Jean-Philippe Girard. Bonsoir. Vous présidez l'ANIA, l'Association Nationale des Industries Alimentaires, et vous êtes ce soir en direct de Rungis, où le chef de l'État vient donc d'annoncer des mesures pour améliorer le revenu des agriculteurs. On est toujours au cœur de ces états généraux de l'alimentation. On va entrer dans le détail, sans nous noyer dans les détails. Est-ce que vous soutenez ces mesures globalement
?
Écoutez, j'ai entendu un président offensif clair, lucide, à la fois sur les enjeux et les défis, avec effectivement, en prenant en compte une vraie souffrance d'une partie de notre agriculture, d'entreprises qui perdent des marges régulièrement depuis plusieurs années, et puis cette guerre des prix qui a été évoquée, cette guerre des prix qu'on a baptisé des prix prédateurs aujourd'hui, et de passer d'un prix prédateur à un prix responsable.
Alors, passer à un prix responsable, d'après le chef de l'État, c'est notamment construire ce prix, donc celui du jambon ou du beurre qu'on achète, à partir du coût de production. C'est une manière
de
finalement rendre la main aux agriculteurs eux-mêmes. Comment est-ce que ça peut marcher ? Vous êtes les premiers interlocuteurs des agriculteurs, puisque vous leur achetez les produits que vous transformez ensuite.
Exactement, nous sommes les clients de l'agriculture, qu'ils soient éleveurs, producteurs. Alors, nous sommes donc toujours en partenariat, quelque part, avec cet amont, et on voit aujourd'hui une partie de l'agriculture qui souffre terriblement, qui n'arrive même pas à vivre de sa production, et c'est assez indigne. Et on souhaite, bien sûr, nous, contribuer au redressement de cette agriculture, de la rendre encore plus qualitative, encore plus productive, sûre, plus sûre. Donc, voilà, l'enjeu, il est là. Donc, partant de ce prix, de ce souhait du président de partir du prix producteur, il nous faudra, bien sûr, l'intégrer au niveau des transformateurs,
c
'est-à
-dire
nous-mêmes, et également au niveau des distributeurs, c'est-à-dire qu'il va falloir qu'il y ait une
réperception de l'un à l'autre. Ça, Jean-Philippe Girard, ça veut
dire que nous, consommateurs, nous allons payer plus cher
? Pas
obligatoirement, pas obligatoirement, parce que l'enjeu, il est très différent. Aujourd'hui, ce qu'on s'aperçoit, c'est qu'on est dans une communication un peu caricaturale, j'ai envie de le dire très directement, depuis quelques jours. Non, l'enjeu, je vais vous donner quelques chiffres, l'enjeu, ce serait quoi ? Deux cents sur une tranche de jambon, ce serait trois cents à cinq cents sur un steak haché, ce serait deux à trois cents sur un litre de lait. Donc, on voit que l'enjeu, il est de 30 centimes par français et par foyer, ce qui fait 15, allez, on va dire 15 euros par an. Est-ce que ça ne
vaut
pas le coup de faire cela avec plus de qualité, plus de sécurité, une offre encore plus large au niveau des consommateurs ? Voilà, je crois que tout le monde serait gagnant dans ce changement d'état d'esprit et dans cette action responsable.
Mais pourquoi est-ce que vous, industriel, vous ne feriez pas également un effort
? Alors,
nous faisons déjà l'effort. Je ne voudrais pas qu'il y ait de malentendu aujourd'hui. On parle bien sûr de la difficulté des agriculteurs, mais vous savez, je suis à la tête de 17 800 entreprises. 98% sont des TPE-PME, c'est-à
-dire
des entreprises locales, qui sont l'emploi local, l'investissement local, qui sont en sous-investissement et qui ont perdu cinq points de marche sur les dernières années. Donc l'effort, nous le faisons. Nous le faisons contraint, mais nous le faisons. Ce n
'est
pas ça que l'on souhaite aujourd'hui. C'est aller vers plus de qualité, vers plus d'innovation, vers plus d'international, avec un vrai projet de filière et des distributeurs qui arrêtent de se faire une guerre des prix qui devient mortifère et qui, quelque part, contribuent à la faiblesse et à
l
'affaiblissement de cette filière française, cette filière d'excellence.
Des ordonnances sont prévues dès le début de l'année prochaine. En attendant, ce qui va commencer là très rapidement pour vous et pour tout votre secteur, ce sont les négociations commerciales annuelles. Et le président de la République souhaite que ces négociations se passent mieux que d'habitude, avec moins de tensions et finalement moins de souffrance pour les agriculteurs aussi au bout de la chaîne. Qu'allez-vous faire ? Dans quel état d'esprit abordez-vous ces négociations ? Il vous a lancé un appel à vous tout à l'heure, les uns et les autres.
Exact, exact. Et il a souhaité effectivement qu'il y ait de part et d'autre un pas en avant. Je crois que c'est ça l'enjeu de responsabilité.
Il
n'est pas simplement vis-à-vis de notre amont, il est vis-à-vis du consommateur, il est vis-à-vis des distributeurs. Je crois qu'aujourd'hui, l'enjeu de ces négociations 2018, et c'est cela un petit peu mon... J'ai une petite inquiétude, si vous voulez, c'est le temps pour mettre en place tout cela, parce que les négociations 2008 vont débuter fin d'année et vont être très dures en janvier-février. Et ce que je souhaiterais, c'est que le président prenne vraiment conscience qu'il va falloir trouver des solutions avant la fin des négociations de 2018. Alors, bien sûr, on a parlé du seuil de revente à perte économique,
c
'est-à
-dire
celui qui va intégrer les prix de production. Il a parlé, il était favorable également à l'encadrement des promotions. Il a parlé de durcir les sanctions pour les gens qui ne respecteraient pas la loi. Donc, tout cela nous va bien. Et à partir de là, oui, nous nous engagerons dans une filière responsable et dans la création de valeur pour tous les maillons de la filière.
Je
voudrais que vous nous expliquiez davantage ce que vous attendez pour ces négociations immédiates. Donc, le président de la République vous lance un appel. Que lui répondez-vous très clairement avant que la loi change dans quelques mois ? Les négociations, là, elles sont imminentes.
Je crois qu'on l'a vu juste avant le président. Les sept présidents d'atelier ont rendu quelque part une synthèse qui a permis de recréer de la confiance entre les acteurs. On voit bien que tout est dit. Si vous reprenez les conclusions de chaque atelier, on peut en faire presque une loi. On pourrait en faire quelque part un changement d'état d'esprit, un renouvellement quelque part des filières. Donc, voilà ce qu'on souhaiterait par contre, c'est qu'on va rentrer en égo. Et moi, je vous assure, je vois des patrons de PME, de TPE, d'ETI, même de grands groupes, sous une pression chaque année qui attendent autre chose dans les négociations.
De parler de qualité, de parler de naturalité, de parler d'offres consommateurs et pas seulement du prix toujours plus bas. Voilà l'enjeu de ces semaines à venir.
Mais donc, ça, c'est un appel à la distribution, aux distributeurs avec qui vous négociez chaque année.
C
'est exact, oui. Tous les distributeurs, tous les distributeurs parce que...
Y compris
Michel-Edouard Leclerc qui a tiré la sonnette d'alarme ces derniers jours en disant les consommateurs vont payer au bout de la chaîne.
Oui, c'est un peu caricatural et en plus, c'est exagéré. Non, je ne crois pas qu'on puisse continuer à jouer comme ça avec les consommateurs. Je l
'ai
dit l
'autre jour, il est passé du pouvoir d'achat. L'UFC que choisir, c'est inquiété
également, Jean-Philippe Girard. Oui, je comprends, je comprends les inquiétudes et on les a également parce que pour nous, des prix plus chers, ça voudrait moins de vente et ça voudrait moins d'activité. Donc, on n'a pas intérêt à jouer cela. On n
'a
pas intérêt à jouer cette partition. Mais je crois que Michel-Edouard Leclerc, comme je l'ai dit l'autre jour, est passé du soi-disant pouvoir d'achat au pouvoir sur les achats. Et il est en train de perdre ce pouvoir sur les achats. Ça l'irrite. Il est en train de payer des pages entières dans les journaux pour pouvoir faire passer ses messages et ses caricatures. Voilà, nous,
on
va répondre en responsabilité, en filière, que ce soit avec notre amont et avec notre aval.
Emmanuel Macron a parlé de sanctions réelles pour ceux qui ne respectent pas la loi. Est-ce que ça veut dire qu'il faut sanctionner les lactalis ou les bigards quand ils ne publient pas leurs résultats
? Écoutez, c
'est toujours un sujet de ces grandes entreprises qui ont une grosse activité à l'international, qui ont des concurrents internationaux, qui, oui, pourquoi est-ce que souvent ils ne le publient pas ? C'est pour pas que leurs concurrents européens et mondiaux aient des informations sur la structure de leur bilan, sur la structure de leur activité et tout. Donc, je crois qu'il faut peut-être qu'il y ait un rendez-vous avec, effectivement, ces très belles entreprises que sont Lactalis, ces très belles entreprises que sont Bigard, de parler avec eux,
de parler aux filières, de parler à bonnes... Présenté, Jean
-Philippe Girard, est-ce que vous leur demandez de respecter la loi
?
La loi, ce n
'est
pas moi qui fais respecter la loi. Il y a une loi, ils doivent la respecter, bien sûr, comme toutes nos entreprises la respectent. Mais ce que je voudrais, c'est qu'on arrête de prendre ces entreprises en cible et qu'on pense aux 17 685 autres qui, elles, sont dans le dur, cherchent à retrouver des moyens d'investir, de recruter et d'innover et d'exporter. Jean
-Philippe Girard, merci. Président de l'ANIA, invité de l'interview éco en duplex de Rungis avec Raymond Albuy pour les moyens techniques.