Le cimetière militaire ukrainien qui ne cesse de grandir à Lviv
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« le chiffre de 55000 militaires ukrainiens morts récemment annoncés par Vodimir Zelenski dans un entretien à France TV et sous-estimé »
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« on a un enterrement par jour au minimum »
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« Il y a aujourd'hui 1226 tombes qui sont donc alignées sur ce champ de Mars »
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« près de 5000 tombes »
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« un soldat qui avait été déclaré mort en 2023 était parmi les soldats ukrainiens qui ont été libérés »
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« le projet est déjà compris dans le budget 2026 »
- Fait
« il devrait être plein d'ici euh février 2027 »
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On le devine, le chiffre de 55000 militaires ukrainiens morts récemment annoncés par Vodimir Zelenski dans un entretien à France TV et sous-estimé. Les bilans des pertes humaines sont parmi les secrets les mieux gardés de cette guerre et comme vous le savez tous, on en est réduit à des estimations et à des spéculation. Mais ce chiffre de 55000 paraît être une sous-estimation en particulier par rapport au rapport du film Tank américain Center for Strategic and International Studies, le CSIS, qui lui a récemment placé les pertes ukrainiennes, donc les morts ukrainiens à 140000 et les pertes russes à 325000.
On est vraiment dans le flou par rapport à ces questions et de toute évidence, on ne connaîtra la vérité que quelques années après la fin des hostilités. Mais quoi qu'il en soit, la fatalité de ces morts qui se multiplient des deux côtés de la ligne de front pose la question de la façon d'enterrer les défunts et des sépultures à leur réservé. à travers l'Ukraine, on a vu fleurir ces dernières années des cimetières et des mémoriaux qui sont plus ou moins improvisés et plus ou moins temporaires.
Alvif, la grande ville de l'Ouest de l'Ukraine où je suis basé, on a franchi un cap récemment en remplissant le grand carré militaire qui était dédié aux morts de cette guerre depuis 2022. Alors, dans cette vidéo, je voudrais vous parler de ce cimetière qui n'arrête pas de grandir et des questions de mémorialisation qui vont avec. Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette nouvelle vidéo.
Donc je base sur un reportage que j'ai récemment publié pour le journal La Croix. Je mets le lien dans la description de la vidéo. Vous pouvez aller le retrouver là-bas.
C'est une histoire riche qui contient plusieurs histoires et assez ironiquement, je vais vous parler de la tombe de Poutine. Alors, restez avec moi jusqu'au bout. Donc, le reportage que j'ai fait, c'est sur le cimetière Lakif qui est l'équivalent du père la chaise local avec des tombes qui remontent au 18e siècle.
Dans ce cimetière historique, on trouve plusieurs carrés dédiés à plusieurs parties de l'histoire, plusieurs tombes de personnalités célèbres et un grand carré militaire qui est dédié au défenseurs de Lif en ukrainien, Levouf en polonais, Lamberg en allemand. Là, on y trouve des centaines de défenseurs polonais, les aiglons de Levouf, mais aussi des Ukrainiens, des aviateurs américains et des soldats français qui ont servi entre 1919 et 1921 au côté des Polonais. C'est un haut lieu de la mémoire locale qui a été au centre d'un travail de réconciliation entre l'Ukraine et la Pologne à partir des années 2000 et qui comporte aussi un carré pour les soldats ukrainiens de la guerre du Donbas entre 2014 et 2022.
Ce carr-là, il n'était pas tout à fait rempli le 24 février 2022, mais très vite, il a été saturé après seulement 46 enterrement. Après ça, la municipalité a opté pour utiliser le Champ de Mars qui est une grande pelouse juste à côté du cimetière Lakkif, mais qui techniquement fait partie de l'espace et qui a sa propre histoire. Ça, je vais y revenir après.
Si vous vous intéressez à l'Ukraine en guerre, je suis sûr que vous avez vu des photos de ce cimetière et puis de l'allongement des rangés de tombe bien sûr. Alviv, ce qu'il faut voir, c'est que on a un enterrement par jour au minimum. Une grande partie des défunts sont enterrés ici au Champ de Mars et tout se fait selon un rituel très encadré puisque la cérémonie a lieu dans une église de garnison.
Ensuite, le cortège funéraire passe sur la place principale. Le maire ou son adjoint sort accompagné d'une délégation et d'un trompettiste de la ville. Il marquent un moment de recueillement et ensuite ils partent vers le cimetière et donc la plupart du temps vers ce cimetière de l'Acif.
Mais sur ce champ de Mars, la dernière mise en terre a eu lieu le 10 septembre 2025. Il y a aujourd'hui 1226 tombes qui sont donc alignées sur ce champ de Mars. Ce sont principalement des rectangles faits de bois et juste surmonté d'une croix et d'une photo du défunt.
Et puis évidemment, il y a des aménagements selon les familles qui rajoutent des fleurs, des plaques ou encore des bans pour s'asseoir. Chaque jour, on a énormément de gens qui viennent se recueillir. Certaines familles viennent plusieurs fois par semaine et en 2022, personne n'imaginait que cet espace qui est quand même très grand pourrait se remplir complètement.
Mais à un moment donné, entre 2024 et 2025, la municipalité a compris que la guerre allait continuer de charier des dépouilles puisque même si les hostilités s'arrêtaient, mettons début 2025, et bien de toutes les manières, il y aurait encore eu des enterrements de corps qui allaient être identifiés, de dépouilles qui allaient être rendus par la Russie lors d'échange ou encore d'autres circonstances. Et donc la municipalité a pris les devants non seulement pour trouver un nouveau carré militaire mais aussi pour prévoir la construction d'un mémorial permanent sur ce site du champ de Mars. Et ça ça pose bien sûr la question de la construction d'un mémorial permanent alors que les hostilités ne sont pas encore terminées.
Ça ça a fait l'objet d'un débat intense mais je vais y revenir par la suite. D'abord, je vais vous parler de l'histoire du site car ce champ de Mars a déjà connu plusieurs vies et ça c'est le reflet de l'histoire multiethnique de le vif. D'abord, il a été consacré comme un cimetière militaire lors de la Première Guerre mondiale et c'était alors l'armée russe qui occupait la ville et qui s'était chargé de mettre en terre les corps de leurs ennemis, donc l'armée austro-hongroise puisque les dépouilles russes, elles étaient principalement rapatriées vers la Russie.
Et donc ce champ de Mars a hébergé toutes les nationalités de l'Empire austro-ongrois. Vous pouvez voir sur cette photo d'époque l'étendue du cimetière et on avait alors recensé près de 5000 tombes. Donc comme on le sait, le vif et la région avoisinante ont été austro-hongrois pendant un certain temps.
À partir de 1920-121, elles ont fait partie de la 2e République polonaise. Et donc ça jusque en 1939. Et ensuite, en vertu du pactolot Rentrop, mais aussi évidemment de l'issue de la Seconde Guerre mondiale, et bien s'est passé sous la coupe soviétique.
À partir de leur annexion de la région en 1944, les soviétiques sont beaucoup moins compatisants que l'empire russe et ils exument les tombes pour y placer celle de leur défunt, leurs soldats tués face au nazis mais aussi face aux résistants nationalistes ukrainiens. Mais ils comprennent quand même qu'ils sont dans une ville très spécifique. vif Louf Lemberg qui est imperméable à l'idéologie soviétique et qui vraiment vit l'incorporation dans l'URSS comme une occupation.
Alors leur mémorial, le mémorial soviétique, il est resté discret au contraire de ce qu'on peut voir dans d'autres villes du RSS et il s'est composé de stelle neutre que vous pouvez voir donc sur cette photo d'une vaste pelouse et le seul élément qui marquait vraiment l'entrée d'un cimetière, c'était un énorme médaillon de bronze à l'entrée qui était frappé du marteau et de la fossille. L'endroit a été assez vite banalisé, hein, sauf lors de commémoration officielle. Et après l'indépendance en 1991, euh les Rivrins avaient pris l'habitude d'y promener leurs chien ou encore de venir faire du sport.
À partir des années 1990, les autorités locales ont laissé le site tel que pendant très longtemps en rajoutant juste deux petites croix de pierres dédié aux victimes des persécutions soviétiques. Et ce n'est que à partir de 2022 que les autorités ont poussé plus activement pour exhumer les soviétiques et pour transposer leur reste vers un autre cimetière en périphérie. À ce moment-là, il y a eu quelques protestations de familles qui avaient encore leur défunt enterré sur cette pelouse soviétique.
Mais dans le cadre de l'invasion généralisée par la Russie, le problème s'est plus ou moins résorbé de lui-même. En plus de ça, avec une dimension de justice historique puisque il s'agissait d'exumer des soldats soviétiques qui avaient eux-mêmes exhumé des défenseurs de Levif de la Première Guerre mondiale. L'idée étant ici évidemment que les soviétiques n'étaient pas des défenseurs de Levif mais plutôt des occupants.
Ça c'est une question évidemment très complexe et qui occulte le fait que les soviétiques ont quand même chassé les nazis. Ça pose aussi la question du regard à apporté sur l'héritage féodal polonais ou l'héritage impérial austro-hongrois comme s'il y avait des bons occupants et des mauvais occupants. Ça c'est évidemment une question fascinante mais je n'entre pas dans les détails de ce débat dans le cadre de cette vidéo.
Les exhumations donc des tombes soviétiques se sont faites progressivement et elles se sont achevées en février 2024 ce qui a fait de la place pour les soldats ukrainiens de la guerre actuelle et ça donc jusqu'au 10 septembre 2025. Alors, la municipalité de Levif a vraiment tout voulu faire dans les règles à la fois pour cette transition mais aussi pour la prévision de la construction du mémorial. Et donc ça s'est traduit par des mois et des mois de consultation publique, de débats, de controverses et de concours architecturaux.
Et à la fin a été sélectionné ce projet que je vous présente ici. Donc très important à souligner, ce projet ne prévoit pas d'exumation des corps, ce qui était une des grosses inquiétudes des familles. Mais à la place, chaque tombe sera recouverte d'une pierre tombale uniforme et d'une stelle qui aura une forme de croix inspirée de la tradition causaque pour les chrétiens, donc la majorité des défunts.
Et pour les musulmans, les juifs et les agnostiques, ce sera une pierre rectangulaire avec mention de l'affiliation religieuse ou non du défunt. Ça sera un cimetière militaire he tout à fait uniformisé mais avec un accent fort mis sur les individualités des soldats puisque il y aura une petite photo vignette en noir et blanc donc posé sur les pierres et un code QR permettant de lire un résumé de la vie du défunt. À l'entrée du carré militaire, il y aura aussi une citation d'un poète qui est mort au combat qui s'appelle Maxime Kriftzov et qui dit ouvrez les guillemets, "Quand on me demande ce qu'est la guerre, je réponds sans détour des non.
Fermez les guillemets. Il y aura aussi un mur de recueillement érigé sur la partie gauche du cimetière et le monument sera dominé par un ange assez conceptuel qui sera placé en hauteur. Comme j'ai dit, beaucoup de personnes se sont interrogées sur la pertinence de construire ce mémorial en temps de guerre.
Mais en fait, étant donné que c'est un cimetière et qu'il n'est plus appelé à se remplir, et bien le respect du mort en fait impose de construire une structure permanente. C'est comme ça que la municipalité l'a justifié et toutes les personnes auxquelles j'ai parlé dans le cimetière pensent exactement la même chose. Selon une tradition militaire orthodoxe, les tombes de soldats doivent rester temporaires pendant au moins 1 an si jamais il y avait des questions d'identification ou bien s'il s'avérait que un soldat déclaré mort et bien était en fait vivant.
Ça a été le cas récemment dans le dernier échange de prisonniers 157 russes contre 157 ukrainiens. Et effectivement, un soldat qui avait été déclaré mort en 2023 était parmi les soldats ukrainiens qui ont été libérés. Mais ce qu'il faut voir, c'est que pour beaucoup de familles et bien ce temporaire, il dure déjà depuis presque 4 ans et donc il y a vraiment un désir voir un besoin des familles de passer à autre chose.
Comme j'ai dit, l'immense majorité des familles auxquelles j'ai parlé dans le cimetière approuve le projet et apprécie la démarche de transparence et de consultation publique qu'a mené la mairie. Il y en a une preuve en ce moment même, c'est que au pied du cimetière, on a trois échantillons de croix caque de pierres différentes en granite, en terrazo et en gré. Et en fait, les familles ont la possibilité de comparer les pierres et ensuite elles ont la possibilité de donner leur avis en ligne.
Évidemment, si les avis sont consensuels, ça ne veut pas non plus dire qu'ils sont unanimes. On voit une grande différence entre les familles qui ont enterré leurs proches il y a presque 4 ans et ceux qui viennent tout juste de les enterrer. Donc la dernière mise en terre le 10 décembre 2025 puisque ceux qui attendent depuis déjà des années veulent un mémorial permanent et ceux qui viennent tout juste de mettre en terre leurs proches veulent encore un peu plus de temps.
J'ai aussi entendu des critiques diverses sur les formes des pierres ou sur le fait que la photo de vignette ne sera qu'en noir et blanc et pas en couleur. Comme vous pouvez le voir sur les photos que je vous ai montré, les familles ont tendance à privilégier la couleur, mais tous apprécie, comme j'ai dit, la démarche de transparence et consultation publique qu'à mener la municipalité. la municipalité même qui entend continuer à la fois les discussions mais aussi les explications jusqu'au moment de commencer le chantier.
Ce qu'on m'a dit à la municipalité c'est que le projet est déjà compris dans le budget 2026 mais si jamais il faut attendre avant de commencer le chantier et bien ils attendront. Ce qui fait que ce projet de mémorial dont je vous ai montré les photos et bien il peut se concrétiser cette année comme dans 3 4 ans. Ça la mairie de Levif le fait parce que c'est très local.
Pour tous ceux qui connaissent Levif, ils doivent savoir que c'est une des rares villes en Ukraine qui entend respecter son patrimoine architectural et son patrimoine historique autant que faire se peut. Mais c'est aussi conçu comme un instrument d'influence politique en Ukraine même vis-à-vis des autres villes puisque on a vu que l'établissement d'un cimetière militaire au sud de Kief a été très controversé. [rires] Ça a pris beaucoup de temps.
Il y a eu beaucoup de critiques sur le choix du terrain qui à la fois est loin de la ville mais en plus de ça est sur un terrain plus ou moins marécageux. En plus de ça, il y a eu des conflits d'intérêt et des scandales de corruption dans l'attribution des marchés publics. Et dans les autres grandes métropoles d'Ukraine, notamment CARKIF, Nipro et Odessa, ces questions de mémorialisation ne sont presque pas abordées.
Évidemment, on peut dire que ces villes ont d'autres chats à fouetter, hein. Elles sont beaucoup plus proches du front, beaucoup plus concerné par des bombardements de masse. Mais en vérité, pour chacune de ces municipalités, le blocage est bien plus conceptuel.
Et donc Ulvif veut être à la pointe de ces questions en Ukraine. C'est quand même assez intéressant. Et puis on voit que le projet final présente un certain nombre de spécificités par rapport à d'autres cimetières militaires dans le monde que l'on peut connaître. et viif, c'est d'autant plus important que cette histoire n'est pas terminée.
Donc j'ai commencé cette vidéo en parlant du cimetière qui ne cesse de grandir parce que en effet la municipalité a sélectionné un nouveau site, un nouveau carré militaire qui est donc le 3è après celui donc à l'intérieur du cimetière de l'chakif et ce champ de Mars. Ce carré militaire, il est situé très proche de ce champ de Mars sur la colline qui domine ce complexe du cimetière. Et ce carré militaire a lui-même longtemps servi de cimetière pour des soviétiques et notamment pour des officiers.
Et parmi ces officiers et bien ont trouvé un major Poutine qui est mort en novembre 1945 donc après la fin de la seconde guerre mondiale. Ce qui veut dire que soit il a eu un problème de santé, soit il a été tué dans des affrontements contre les résistants de l'armée insurrectionnelle ukrainienne LPA. Lupa qui a été active dans l'ouest de l'Ukraine mais pas que jusqu'au milieu des années 1950.
Et ça c'est évidemment assez inédit pour être remarqué. Évidemment, l'exhumation et le transfert de la tombe du major Poutine, et bien on en a parlé dans la presse locale. Ce nouveau carré militaire, il ne fait que 420 places.
Autrement dit, au rythme des enterrements quotidiens, et bien il devrait être plein d'ici euh février 2027. Alors, la municipalité prend aussi la les en train de négocier pour trouver un nouveau carré militaire qui cette fois-ci sera beaucoup plus grand et il sera un peu en périphérie de la ville puisque il sera prévu pour accueillir non seulement les morts des hostilités actuelles, évidemment en espérant que les combats s'arrêtent d'ici là, mais aussi les corps qui peuvent être identifiés par après, les dépouilles qui peuvent être rendues lors d'échange et aussi très important les milliers de vétérans qui dans des années, dans des dizaines d'années et bien demanderont à être enterrés dans un cimetière militaire. Et ainsi on voit que la municipalité prévoit pour du long très long terme et que ce cimetière militaire effectivement il n'est pas prêt d'arrêter de s'agrandir.
Voilà, je m'arrête là. Merci beaucoup de m'avoir suivi tout au long de cette vidéo. Ces questions mémorielles et ces questions de mémorialisation, ça c'est vraiment un intérêt personnel.
Mais de toutes les manières, ce thème désenterrement des sépultures et des mémoriaux, il est particulièrement important pour comprendre l'Ukraine en période d'invasion généralisée. Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. le fil et je vous retrouve très vite.