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interviewRadio J — L'interview politique· 12 septembre 2024 12 min

Pierre Jouvet - Le Barbier du matin du 12/09/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Pierre Jouvet, bonjour.

0:09
Pierre Jouvet

Bonjour Christophe Barbier.

0:10
Présentateur

Et bienvenue député européen. C'est d'ailleurs pour cela que vous êtes en duplex. Vous êtes à Bruxelles. Les travaux ont commencé. On va en parler là-bas. Et puis, je suis secrétaire général du Parti Socialiste. Aujourd'hui, Michel Barnier, lui, il n'est pas à Bruxelles. Il est en Haute-Savoie. Et en Savoie, il va rencontrer les Républicains. Feu vert pour les ministres. On dit les Républicains hier. Feu vert pour entrer au gouvernement. On dit horizon le mouvement d'Edouard Philippe. On va vers un gouvernement de droite ?

0:35
Pierre Jouvet

Ah oui, mais ce n'est pas une surprise. On va vers un gouvernement de droite contre toute attente et finalement contre même tout vote des Français. Mais la droite n'a été aussi faible. Et en vérité, on voit les membres de LR qui sont en train de se répartir des Marocains ministériels. Je trouve ça aussi surprenant qu'inquiétant sur la politique qui sera conduite.

0:59
Présentateur

Michel Barnier nous a annoncé un vrai remaniement, pas simplement un vrai changement de gouvernement, pas simplement un remaniement. Il veut parler de rupture aussi dans la politique menée. Vous le croyez ? C'est possible avec l'hémicycle qu'il aura ? Ou ça sera une fausse rupture ?

1:13
Pierre Jouvet

Je pense que ce sera une rupture toujours plus à droite. Le choix du président de la République avec la nomination de Michel Barnier est en réalité assez clair. L'œil de Michel Barnier se tournera vers la droite et vers l'extrême droite de cet hémicycle. Il faudra aller chercher des majorités et on sait que Michel Barnier est sous contrôle de Marine Le Pen. Et d'ailleurs, elle le dit, il est dépendant de ce qu'elle fera et de ce qu'elle votera. Donc Michel Barnier va donner tous les signes. Et je pense qu'on peut s'attendre dans les semaines et dans les mois qui viennent à une politique beaucoup plus dure encore pour les Françaises et les Français.

1:47
Présentateur

Alors Marine Le Pen ne peut pas seule renverser le gouvernement. Elle a besoin de la gauche quelque part. Est-ce que vous n'avez pas peur de tomber dans un piège ? La gauche fournissant au RN les moyens de montrer son importance décisive en cas notamment de motion de censure.

2:00
Pierre Jouvet

Vous savez, le RN montre en réalité, surtout aux yeux du grand public, le deal qu'ils ont fait avec Emmanuel Macron. Et en fait, Marine Le Pen, dans un accord secret avec Emmanuel Macron, se sont entendues pour nommer Michel Barnier. Nous, on est très clair à gauche. Nous déposons une motion de censure. Nous voterons la censure du gouvernement Barnier qui sera proposée. Parce que nous avions donné des lignes claires aux Français. L'abrogation de la réforme des retraites, par exemple. L'augmentation des salaires. Deux points, si je ne prends que ceux-là, qui sont totalement absents depuis une semaine du discours du nouveau Premier ministre.

Et en fait, c'est signe d'un Michel Barnier qui va faire plus d'austérité, plus de difficulté. Et qui ne reviendra pas sur les mesures qui ont aggravé la situation des Français.

2:45
Présentateur

Il veut toucher quand même ces textes. Il veut améliorer la réforme des retraites. Il veut plus de justice fiscale. Est-ce que ça ne serait pas plus efficace pour vous, et plus clair pour vos électeurs, d'attendre le contenu de ces textes-là, vos fameux marqueurs, pour à ce moment-là éventuellement le censurer ?

3:00
Pierre Jouvet

Mais je crois qu'évidemment, on va attendre précisément ce qu'il dira. Mais il n'y a pas de surprise. Et d'ailleurs, dans les discussions qu'il a pu avoir, qui ont été très rapides, contrairement à la grande tournée qu'il peut faire avec la droite, avec les leaders de la gauche et du Parti Socialiste en particulier, Michel Barnier est très clair. Il ne reviendra pas sur la réforme des retraites. D'ailleurs, lui-même, à titre personnel, était pour un départ à la retraite à 65 ans et pas à 64. Il ne reviendra pas sur une augmentation du SMIC. Il considère que ça affaiblirait l'économie. Michel Barnier, c'est un homme de droite.

Moi, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, on se connaît bien et je vois bien la politique qui a été la sienne, sa culture politique. Je peux respecter, mais je ne la partage pas. Et donc, on sait qu'on va être sur une politique traditionnelle de droite qui ne peut pas nous satisfaire. Donc, évidemment, dans ce moment où l'élection, je le rappelle, a été malgré tout gagnée en partie par la gauche, ne pas voir la gauche en capacité de gouverner ce pays est un déni démocratique qui m'inquiète. Et donc, c'est pour ça que nous censurerons Michel Barnier.

4:06
Présentateur

Vous avez eu l'occasion d'abroger la réforme des retraites. C'est de voter la proposition de loi que le RN va présenter le 31 octobre. Et le RN vous tend la main et vous dit, allez-y, ajoutez-vous à nous et ça fera une majorité pour abroger la réforme des retraites. Piège ou véritable occasion ?

4:22
Pierre Jouvet

Non, c'est un piège. Il faut se le dire franchement. Et on voit bien que dans ce moment, tout le monde est mal à l'aise. Le RN, avec cette possibilité de déposer ce texte par la niche parlementaire, met tout le monde dans une situation d'interrogation. C'est pour ça que nous, nous disons et nous demandons, à la fois au Premier ministre, à la présidente de l'Assemblée nationale, d'ouvrir une session extraordinaire de l'Assemblée nationale. Et nous déposerons notre proposition de loi pour abroger la réforme des retraites.

Vous savez, moi, j'ai participé à la fois au Front Républicain entre les deux tours des élections législatives, au barrage contre l'extrême droite qui est pour moi un combat fondamental. Ici, au Parlement européen, je l'ai fait aussi avec ce cordon sanitaire. Je ne suis pas favorable à ce que nous mêlions nos voix parce que ça amène de la confusion dans les esprits. Et après, en même temps, la réalité exige de dire que si un texte de loi peut faire tomber cette réforme des retraites et permettre aux Français de regagner les deux ans de vie qui leur ont été enlevés par cette réforme injuste, je pense qu'il faut réfléchir. Mais c'est un piège. Oui, c'est un piège.

Il ne faut pas se dire l'inverse. Mais nous demandons donc l'ouverture d'une session extraordinaire pour déposer notre propre texte.

5:29
Présentateur

Alors, les voix des électeurs, elles se sont mêlées, elles, pour faire ce Front Républicain. Est-ce que la gauche n'a pas raté une occasion ? C'est de rester sur la base du Front Républicain pour essayer de faire une majorité, certes, de briquet de broc, mais qui vous aurait permis de participer au gouvernement, à un gouvernement élargi de vous vers le centre et de faire passer vos idées ?

5:48
Pierre Jouvet

Si, mais moi, vous savez, j'y étais favorable et j'y suis encore favorable pour demain. Forcé de constater, Christophe Barbier, que notre Premier ministre, lui, n'a pas participé au Front Républicain. Vous imaginez l'incongruité du système. On a un Front Républicain qui s'est constitué entre les deux tours des élections législatives et on se retrouve 50 jours après avec un homme à la tête de Matignon qui, lui, n'a pas participé au Front Républicain puisqu'il avait mis sur un même plan le Rassemblement National et la France Insoumise.

Et donc, le choix qui a été fait par le président de la République est en réalité un choix de ne pas avoir de cohabitation parce que le président refuse le résultat des urnes, que Marine Le Pen attend une présidentielle anticipée. On le sait tous que certains à gauche jouent de ce jeu de confusion générale et qu'on se retrouve aujourd'hui avec Michel Barnier à la tête de ce gouvernement. Je pense que ça ne tiendra pas longtemps et que la gauche doit se tenir prête à gouverner demain et être en capacité d'aller faire les compromis nécessaires. En tout cas, nous y sommes prêts.

6:48
Présentateur

Est-ce que cette gauche n'a pas été piégée par Jean-Luc Mélenchon qui, dès le résultat du second tour, a dit tout le programme, rien que le programme, n'a pas voulu s'ouvrir ? Ici, à ce micro, vous aviez dit la gauche unie, oui, mais sans Jean-Luc Mélenchon, vous l'aviez dit il y a quelques mois, on a une gauche unie, mais dominée par Jean-Luc Mélenchon.

7:06
Pierre Jouvet

Je crois que Jean-Luc Mélenchon ne domine plus la gauche. Ça, c'est aussi la réalité du scrutin du mois de juillet dernier. Jean-Luc Mélenchon ne domine plus la gauche parce que, déjà, aux élections européennes, avec Raphaël Luxman, nous avons été en tête de la gauche, qu'au sortir des élections législatives, le Parti Socialiste est quasiment à égalité en nombre de députés avec la France insoumise. Alors que nous en avions deux fois moins dans la législature d'avant, qu'aujourd'hui, on voit bien que le centre de gravité de la gauche ne tourne plus autour de Jean-Luc Mélenchon.

Et on voit bien les oppositions en interne qu'il peut avoir chez lui, les sorties de François Ruffin il y a encore quelques heures et quelques jours. Donc, Jean-Luc Mélenchon n'est plus celui qui dicte à la gauche ce qu'elle doit faire. Et c'est heureux parce que je crois qu'aujourd'hui, on est dans un moment où nous devons continuer de construire. Nous devons être majoritaires dans le pays. Nous devons aller élargir notre socle électoral. Il faut que notre plancher électoral ne devienne pas notre plafond électoral. Et donc, moi, je veux qu'on aille plus loin.

Je veux qu'on continue finalement cette grande transformation de la gauche française en restant unis parce que c'est par l'unité de la gauche et des écologistes que nous arriverons à gagner demain, mais en étant sur un discours qui est capable d'élargir les murs et qui est capable demain de nous donner une force majoritaire pour diriger la France.

8:26
Présentateur

Le but, c'est donc une gauche unie avec un seul candidat unique à la présidentielle 2027 qui ne soit pas Mélenchon ?

8:33
Pierre Jouvet

Moi, c'est mon souhait que la gauche soit unie pour les élections présidentielles de 2027. Je ne suis pas certain que tous nos partenaires soient sur la même optique. Donc, moi, je ferai le nécessaire pour que la gauche et les écologistes soient rassemblés parce que dans un moment de tripartition de la vie politique comme on le connaît, on sait que si nous ne sommes pas rassemblés, c'est un risque d'être éliminés dès le premier tour et de voir finalement l'extrême droite face à quelqu'un de droite ou du bloc centriste. Je vois M. Philippe qui se prépare. Et ce que je veux dire très clairement, c'est que nous, nous y sommes prêts à ce rassemblement.

Et nous sommes prêts aussi à partir sous nos couleurs. Et nous n'aurons pas de difficulté à le faire. Nous l'avons fait au moment des élections européennes. Et je crois que nous sommes prêts demain à le refaire à nouveau.

9:13
Présentateur

Une étape, ça sera le prochain congrès du PS. Statutairement, il doit se tenir dans les six mois après les législatives. On aura un congrès du PS fin 2024, tout début 2025 ?

9:24
Pierre Jouvet

Non, je ne crois pas. Je pense que ça ne doit pas être en tout cas la priorité du moment. Vous savez, on va avoir une dissolution possible qui va nous suspendre au-dessus de la tête. Dans ce moment si important pour les Français, si les socialistes étaient simplement dans une phase où nous nous regardons le nombril, où on se tape dessus comme on a l'habitude de le faire et comme j'entends certains le faire depuis quelques jours et quelques semaines parce qu'ils aiment finalement beaucoup taper sur le PS, ça n'aurait pas de sens. Moi, je veux qu'on s'adresse aux Français. Évidemment, il y aura un congrès et il y aura un congrès en son temps.

Mais je pense que dans les six mois qui viennent, notre priorité politique, elle doit être concentrée vers la conquête du pouvoir, vers le projet politique que nous portons auprès des Français, vers l'élargissement du PS, vers la capacité que nous avons d'intégrer ces milliers d'adhérents qui nous ont rejoints au sein du PS depuis de nouveaux fronts populaires, et de continuer à être la force centrale, motrice, dans la gauche française pour lui permettre de gagner demain.

10:21
Présentateur

Alors, le maire de Saint-Vallier dans la Drôme est devenu député européen. Si dans quelques semaines, dans quelques mois, la demande de levée d'immunité de Rima Hassan arrive devant les parlementaires européens, voterez-vous pour cette levée ?

10:35
Pierre Jouvet

Je l'étudierai, je regarderai précisément ce qu'il en est, je ne peux pas me prononcer de manière immédiate sur le sujet. Je crois qu'on doit être dans un débat politique qui est apaisé. Moi, je veux de l'apaisement dans le débat politique et je ne veux pas ajouter de l'huile sur le feu. Les sorties qui sont faites par certaines personnalités politiques ces derniers mois, ces dernières semaines, sont inquiétantes. Et moi, je ferai tout pour remettre de l'apaisement dans le débat politique. Donc, sur ce sujet comme sur d'autres, vous le savez, Christophe Barbier, je ne me défilerai pas.

11:08
Présentateur

Compte tenu de son activité contre les GAFAM, compte tenu aussi de sa défense parfois des intérêts de la France, est-ce que vous voterez pour Thierry Breton comme commissaire européen reconduit ?

11:18
Pierre Jouvet

Écoutez, j'attends de l'auditionner. Je suis d'ailleurs membre de sa commission sur laquelle il est très actif depuis quelques années. On a une première réunion ce matin, on en aura la semaine prochaine. Pour l'instant, la composition de la Commission européenne et des commissaires européens n'est pas faite, puisqu'il y a à la fois des problèmes de répartition, des problèmes de parité dans la commission qui est proposée par Ursula von der Leyen. Donc, j'attends d'auditionner Thierry Breton. Mais je dis malgré tout d'ores et déjà que nous devons aller plus loin, notamment sur la question de la régulation des géants du numérique.

Je pense qu'il y a des options à prendre qui n'ont pas été prises ces derniers temps. Donc, je verrai. Mon vote n'est pas à ce stade vers une orientation favorable.

12:01
Présentateur

Vous avez 10 secondes pour nous dire si vous êtes heureux comme député européen.

12:04
Pierre Jouvet

Je découvre, oui. Un Parlement, c'est très intéressant, avec beaucoup de nouveaux sujets passionnants qui touchent directement la vie des gens. Donc, c'est une belle expérience, je crois.

12:13
Présentateur

Eh bien, Pierre Jouvet, bonne journée de parlementaire européen et à une prochaine fois. Merci.

12:19
Pierre Jouvet

Merci beaucoup, Christophe Barbier. On vous retrouvera demain matin à 7h45. Votre invité sera le maire du 17e arrondissement de Paris, Geoffroy Boulard.

Pierre Jouvet - Le Barbier du matin du 12/09/24 — Pierre Jouvet · Pourquijevote