Pourquoi le pouvoir rêve de fermer X ?
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Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, le fait du jour. Faut-il réguler les réseaux sociaux et plus particulièrement la plateforme X, ex-Twitter appartenant à Elon Musk ? C'est ce que souhaite Emmanuel Macron qui déclare la guerre aux ingérences étrangères, mais surtout aux fausses informations alimentées selon lui par l'extrême droite. Dites-nous ce que vous en pensez en direct au 0826 300 300, le président de la République en fait-il trop ? Doit-on réguler ou carrément supprimer X ? On en parle avec l'écrivain David Angevin, bonjour.
Bonjour. Bonjour David Angevin. Est-ce qu'il faut supprimer le thermomètre que supposent les réseaux sociaux ? Alors on sait bien que sur les réseaux sociaux, il y a à boire et à manger, il y a les bonnes et les mauvaises nouvelles, n'empêche que c'est un moyen d'expression et de liberté d'expression, aujourd'hui mondialement répandu. On sent quelquefois que les pouvoirs politiques sont gênés. Alors il y a des pays où les réseaux sociaux sont carrément contrôlés, jugulés, et pour certains sites interdits.
Et là on a un malaise qui vient du président de la République, qui a fait une déclaration il y a quelques jours qu'on va entendre, où il dit est-ce qu'il y aurait moyen de réguler pour éviter que des fausses informations, que les informations qui suscitent la passion et n'ont pas la raison, que ceux qui n'ont pas de l'information mais de la désinformation, prennent la place de la réalité. Est-ce qu'il y a une possibilité légale ou même politique de réguler les réseaux sociaux ?
Oui, clairement la position d'Emmanuel Macron est pour moi totalement scandaleuse, c'est-à-dire que c'est vraiment une proposition liberticide. On a aujourd'hui avec X la possibilité pour 500 millions de personnes, je crois, dans le monde, de s'exprimer librement. Et ça met très très mal à l'aise une petite caste qui voit son pouvoir affaiblique. Aujourd'hui, Emmanuel Macron est à 11% d'opinion favorable. Donc il considère que les 89% UPRS sont d'extrême droite et s'expriment sur Twitter. Et c'est parfaitement ridicule et c'est une mesure liberticide.
C'est un problème qui est ancien, vous l'aviez soulevé avec David Lysnard déjà au mois de janvier. Bon, la plateforme X, elle appartient à M. Musk, donc on considère d'emblée qu'elle a une orientation idéologique. Est-ce qu'on va comme ça pouvoir inventorier la totalité des sites en les classant politiquement, ça c'est un droite, ça c'est l'extrême droite, ça c'est l'extrême gauche ? Ça consiste en quoi cette classification politique ?
Je pense que ça n'a aucun sens. On sait tous que, de toute façon, un média neutre politiquement, ça n'existe pas. Donc il y a un seul média qui devrait être neutre politiquement, c'est l'audiovisuel public, qui est un service public et qui devrait être neutre politiquement. Donc je pense que M. Macron n'a jamais dit un mot sur la politicisation du service public. Et là, il s'agace soudain contre Twitter. Mais Twitter, il y a évidemment à boire et à manger sur Twitter. Mais c'est à peu près le seul média sur lequel on ne peut pas dire n'importe quoi.
Par exemple, si un homme politique aujourd'hui sur Twitter lance un chiffre fantaisiste, vous avez immédiatement la communauté qui va produire une note pour lui montrer qu'il a tort. Alors que vous pouvez raconter absolument n'importe quoi sur le plateau de France Inter ou de France 2 sans le moindre contradicteur. Donc dire que X est un média de l'extrême droite, déjà c'est totalement ridicule. Tous les élus de droite, de gauche, de l'extrême gauche s'expriment toute la journée sur Twitter. Alors vraiment, les propos d'Emmanuel Macron sont pour moi le signe d'une panique.
Est-ce qu'il y a pour autant un moyen de pouvoir faire la part des choses ? Quand on est soi-même usager, quand on est un consommateur de réseaux sociaux, on sait que c'est l'endroit où on peut, j'allais dire, assouvir ses fantasmes, ses colères, ses haines. En même temps, c'est un endroit où on peut témoigner d'une situation insupportable, où on peut apporter un témoignage sur un fait dont les médias conventionnels ne parlent pas. Il n'y a pas, j'allais dire, de logiciel, il n'y a pas de pratique, il n'y a pas de code éthique qui permette justement de distinguer la bonne de la mauvaise information. Ça c'est factuel.
C'est factuel, c'est factuel, vous avez raison de souligner ce point. C'est d'ailleurs la chute de la tribune que nous avions publiée avec David Lissner. C'est-à-dire qu'on se retrouve aujourd'hui dans un monde où les jeunes, notamment, ont accès avec leur smartphone et via les réseaux sociaux à toute l'information du monde. Et à aucun moment, l'éducation nationale ne s'est préoccupée de nous apprendre, de nous servir de ces outils. Parce que ça demande quand même d'avoir un peu de culture, une culture générale, pour pouvoir faire le tri entre le vrai, le faux. Et c'est tout à fait étonnant.
Moi, je suis fasciné que ce monde du smartphone et des écrans qui a envahi la société ne suscite pas la moindre réaction de l'éducation nationale. On fait comme si le monde d'aujourd'hui était le monde d'il y a 30 ans. Et c'est absolument, c'est un sujet essentiel pour nous. Il faut armer les esprits pour pouvoir faire le tri entre le bon gras et le vrai sur les réseaux sociaux. David Ange. Et pour faire des...
Oui, David Ange. Quelles pourraient être les formes de pédagogie, d'initiation, alors dans le milieu scolaire ou autre, de façon à permettre aux usagers des réseaux sociaux d'avoir une approche un petit peu de recul et de pouvoir faire la distinction entre ce qui est aberrant et ce qui est, quelle que soit ensuite l'orientation idéologique, mais que l'on puisse faire une sélection entre ce qui mérite d'être considéré comme une information et ce qui ne l'est pas. Est-ce qu'il y a un code ? Est-ce qu'il y a une pratique qui permette aujourd'hui, au moins au niveau scolaire, d'initier les élèves à cette distinction ?
Je pense que l'essentiel, c'est de réformer totalement l'éducation nationale. Ça, c'est vraiment très important parce qu'on est dans un monde où les jeunes... C'est le programme. Non, mais vraiment, c'est très, très, très important. Si on veut former les citoyens de demain qui sont capables de comprendre des choses aussi simples que les valeurs républicaines basiques, la laïcité aujourd'hui, tous les sondages montrent que les jeunes n'y comprennent rien. Ils sont contre en pensant que c'est un truc islamophobe, ce qui est totalement ridicule. Donc, il faut absolument réformer l'éducation nationale pour former à la raison critique, au décryptage des médias, etc.
Et ce n'est absolument pas fait.
Est-ce qu'il est envisageable d'avoir l'équivalent de... Ce qu'on a appelé la Haute Autorité de l'audiovisuel ? Un comité, un tribunal qui ferait une forme de sélection, une forme de contrôle sur le contenu de ces réseaux sociaux. D'abord, est-ce que c'est techniquement envisageable ? Et si c'était techniquement envisageable, est-ce que c'est politiquement applicable ?
On voit ce qui se passe avec l'ARCOM. On a voulu, avec l'ARCOM, pouvoir réguler la télévision. Et on voit que c'est devenu aussi un outil ultra-politisé. Donc, moi, je suis pour la liberté dans le cadre de la loi. Évidemment, on ne peut pas insulter les gens sur les réseaux sociaux. Et d'ailleurs, il y a des gens qui sont régulièrement condamnés pour des propos outrageux, que ce soit dans les médias traditionnels ou les réseaux sociaux. Moi, je suis pour la liberté. Je pense que c'est très important. Et les propos d'Emmanuel Macron sont des propos liberticides. Voilà.
Et je pense que la panique dont je parlais tout à l'heure, des progressistes un peu partout dans le monde, vient du fait que, d'une certaine manière, l'élection, par exemple, d'un Trump aux États-Unis, est largement liée aux réseaux sociaux. Les gens se sont exprimés, ont exprimé un ras-le-bol. Il va se passer probablement la même chose avec Starmer en Angleterre. Emmanuel Macron est à 11% d'opinion favorable. Le RN progresse de manière exponentielle. Donc, on voit bien qu'il y a une perte de contrôle des médias qui paniquent cette petite caste de pouvoir. Et ça ne profite finalement qu'aux partis populistes. Donc, il y a une vraie réflexion globale à avoir.
David Angevin, on va réécouter très précisément les propos du président de la République.
Ouvrez aujourd'hui X en France. Si vous ne tombez pas immédiatement sur des contenus d'extrême droite, c'est que vous êtes mal organisé. Et des contenus d'extrême droite français ou du monde entier. Et de toute façon, ces plateformes ont décidé de rompre la neutralité informationnelle, puisque le possesseur de celle-ci s'est engagé dans le combat démocratique et l'international réactionnaire. Donc, ce ne sont plus des lieux où on peut s'informer. Et donc, on doit reprendre le contrôle de notre vie démocratique et informationnelle, en régulant, et ça a été très bien dit, il ne peut pas y avoir de l'anonymat pour tout le monde et pas de responsabilité.
Il y va fort, David Angevin, le président de la République. Il cite nommément un site. Est-ce qu'on peut penser que les récents déboires qu'il a eus à propos de son épouse sont liés un petit peu à ce malaise ? Ou ça va au-delà ? C'est carrément, j'allais dire, un délit d'opinion qu'il est en train de formuler ?
Non, mais je pense que c'est une diversion. Emmanuel Macron a mis le pays dans une telle situation catastrophique à tous les niveaux qu'il essaie de faire diversion. Ces propos sont ridicules. Et encore une fois, quand il parle de neutralité, il n'y a pas de neutralité sur X, mais où est la neutralité dans l'audiovisuel public ? A-t-on jamais entendu Emmanuel Macron se scandaliser de la politisation d'un service public comme l'audiovisuel public ? Jamais.
Jamais. Alors qu'il trouve souvent, d'ailleurs, dans d'autres médias, des propos qui ne lui semblent pas conformes aux valeurs républicaines. Ça, c'est assez étrange. Est-ce que le pseudonymat est un des éléments problématiques des réseaux sociaux ? Et est-ce qu'il y a une solution où, là aussi, c'est inextricable ? On ne pourra pas remédier au fait que des gens sous-covers, entre guillemets, d'anonymat peuvent proférer des menaces, lancer des insultes, dénigrer ou raconter n'importe quoi ?
Oui, mais ça, là-dessus, moi, je suis d'accord sur le fait de réguler. À partir du moment où il y a des lois dans ce pays, donc quand vous insultez, vous menacez, que ce soit dans la vie de la vraie vie, à l'antenne de n'importe quelle radio ou sur les réseaux sociaux, vous devez être poursuivi et condamné. L'anonymat, enfin, c'est très compliqué aujourd'hui de dire à quelqu'un, vous allez mettre votre vraie photo et votre vrai nom, dans la mesure où il respecte la loi, moi, ça ne me pose pas de problème. Il faut simplement faire appliquer la loi et... Mais lui, c'est pas ça son sujet.
Son sujet, c'est que les gens pensent mal, les gens sont contre lui, ils l'expriment sur X, et que le seul moyen qu'il a trouvé pour faire taire les gens, c'est d'interdire X. Mais c'est totalement... Ce sont des propos totalement délirants. Il veut vraiment supprimer...
Il veut vraiment... Le symbole est là, quoi. Il veut vraiment supprimer le thermomètre.
Exactement. Si...
Alors, si on décidait de réguler le pseudonymat, ça pourrait être fait par un organisme, j'allais dire, fiable. Et est-ce qu'il y aurait quand même un risque d'atténuation de la liberté d'expression si les gens devaient révéler leur identité ?
Oui, probablement. Mais enfin, c'est... Je pense que le sujet, c'est pas ça, que les gens aient leur vrai nom ou leur faux nom. Dans la mesure où je respecte la loi, c'est pas un problème. Vous savez, parfois, pour vous exprimer politiquement dans ce pays et dire des choses tout à fait sensées, vous pouvez risquer votre boulot. Donc, il est assez logique que certaines personnes qui critiquent telle ou telle position politique le fassent sous anonymat. Moi, ça ne me dérange pas. C'est pas ça, le souci. Le souci, c'est de traquer, effectivement, les gens qui enfreignent la loi avec des propos insupportables. Ça, oui. Mais je vois mal comment on pourrait régler ça.
Est-ce qu'il y a un risque qu'un jour, l'intelligence artificielle puisse s'emparer des réseaux sociaux et, j'allais dire, orienter l'opinion des électeurs dans un sens ou dans un autre ?
Oui, bien sûr. Mais avec l'intelligence artificielle, on peut faire absolument tout ce qu'on veut. Mais moi, je suis beaucoup moins inquiet, si vous voulez, de ce type de dystopie technologique que du lavage de cerveau auquel on assiste au lycée, à l'université, avec le wokisme. Quand je vois M. Zuckman inviter 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 depuis des mois sur les plateaux du service public, que c'est du lavage de cerveau, je trouve ça beaucoup plus dangereux. Vous voyez ce que je veux dire ? Avant de s'attaquer à ce type de dystopie, attaquons-nous déjà à ce qui existe vraiment, à ce qui pose problème aujourd'hui, c'est-à-dire la cancel culture, la pensée unique, etc. Vive la liberté !
Vive la liberté !
Bien sûr, vous considérez en fait que oui, la liberté d'expression est menacée, elle est entamée, pas forcément là où on pense qu'elle est par rapport aux dénonciations qui sont faites. Ça, c'est clair. Eh bien, merci, merci David Angevin d'avoir partagé cette opinion avec nous et on restera vigilants parce que je pense que cette affaire va certainement rebondir dans l'actualité. Vous restez avec nous, surtout parce que... Merci.
Oui, on a quelques...
David Lisnard