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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 4 juillet 2024 10 min

Les communistes évincés du Nord-Pas-de-Calais - Fabien Roussel est l’invité du 4 juillet 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour à tous. Bonjour Fabien Roussel. Bonjour Yander. Alors on va commencer sans évoquer sa circonscription, mais on va parler quand même de cette agression dont a été victime Priska Thévenot, la porte-parole du gouvernement, hier soir à Meudon. On sait qu'hier aussi, une candidate du Rassemblement National a été agressée en Savoie. Qu'est-ce que ça dit du climat de cette fin de campagne ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

0:30
Fabien Roussel

Dans une société violente et de plus en plus violente, malheureusement, cette violence, elle se reporte là contre des candidats en campagne. Et je voudrais leur apporter mon soutien et dénoncer cette violence physique, y compris la violence verbale. Elle ne doit pas avoir lieu dans le débat politique. Il faut savoir retrouver de la sérénité, une France apaisée, une République apaisée. Voilà où mène la brutalisation de la vie politique. Vraiment, je souhaite que la campagne se déroule de la meilleure manière qui soit. On va avoir des jours difficiles dans les semaines qui viennent. Et donc, retrouvons de l'apaisement et de la sérénité.

Débattons des idées, des projets, projet contre projet, sans excès et sans caricature.

1:13
Présentateur

Vous étiez candidat, vous, dans le Nord. Vous avez été battu dès le premier tour dimanche dernier par un candidat du Rassemblement National élu dès le premier tour. Comment ça va ?

1:23
Fabien Roussel

Ça va bien. Battu, mais pas battu. Pas battu parce que j'aime trop mon pays. J'aime trop ma ville de Saint-Amand-les-Eaux. J'aime trop les gens qui habitent pour dire que c'est fini et je me retire. Ce n'est pas du tout ma nature. Je suis un homme de conviction. Je crois dans les valeurs pour lesquelles je me bats.

1:40
Présentateur

Donc vous ne quittez pas la tête du Parti communiste ?

1:42
Fabien Roussel

Mais ça n'a jamais été question. Nous avons encore des beaux combats à mener, là, jusqu'à la dernière heure de cette élection législative. Et puis dans les semaines, les mois, les années qui viennent. Il y a une telle attente de changement qui s'est exprimée. Une attente de changement qui s'est exprimée extrêmement forte. Et donc, il faut pouvoir répondre à cette attente de changement. Nous avons nos idées. Nous avons des propositions. Les Français n'ont pas souhaité, là, leur donner une majorité. Ils préfèrent soutenir des candidats du Rassemblement national. Ils veulent essayer. Eh bien, on verra. En tout cas, moi, je suis prêt. Prêt à continuer de me battre. Et je ne lâcherai jamais rien.

Voilà. Toujours debout.

2:23
Présentateur

Un mot quand même sur votre circonscription. Ça faisait 60 ans, je crois, qu'il y avait un élu de gauche, Parti communiste. Comment vous expliquez quand même cette défaite ? C'est une montée inexorable du Rassemblement national ?

2:34
Fabien Roussel

Vous regardez la carte du Nord-Pas-de-Calais, du bassin minier. C'est une vague qui emporte tout sur son passage et toutes les circonscriptions. La mienne ne peut pas être un îlot isolé au milieu qui serait exempté de cette vague. Ça n'existe pas. En revanche, j'aime bien l'image de vague parce que, comme toutes les vagues, les vagues, ça reflue, ça se retire. Et donc, je ferai tout. Je ferai tout pour convaincre avec les idées et puis dans la réalité de la vie pour que cette vague se retire et qu'enfin, on arrive à construire un espoir de changement progressiste, humain, pour que tous ensemble, on arrive à vivre dignement, vivre dignement de notre travail, dans la sécurité.

C'est ce que les gens attendent.

3:19
Présentateur

Alors, avec vos partenaires du Nouveau Front populaire, vous avez demandé aux candidats qui étaient arrivés en troisième position de se retirer quand il y avait un risque qu'un candidat du Rassemblement national soit élu. Franchement, est-ce que vous pensez que c'est facile pour des électeurs de gauche d'aller voter, par exemple, pour un candidat de la majorité présidentielle sortante quand ils se sont battus contre la loi immigration, contre la réforme des retraites et tous les projets du gouvernement sortant ?

3:39
Fabien Roussel

Ça, c'est sûr que ce n'est pas simple. Et c'est d'autant plus compliqué que parfois, le camp présidentiel nous a caricaturés, renvoyés dos à dos avec le Rassemblement national comme si nous étions pareils. Oui, mais c'est là où je veux faire mesurer au camp présidentiel l'irresponsabilité de leurs propos quand ils ont fait ça et quand ils ont caricaturé à ce point la campagne. Ce n'est pas bien de ramener des candidats en les renvoyant vers des extrêmes comme s'il y avait les bien-pensants d'un côté, les extrémistes de l'autre, point barre, sans parler des idées.

Alors, aujourd'hui, quand même, dans beaucoup de circonscriptions, c'est le choix entre un candidat du Rassemblement national, d'extrême droite, avec, et on voit ce qui se passe dans le pays aujourd'hui, la libération de la parole raciste, violente. Et donc, c'est le choix entre eux ou d'autres candidats, y compris des candidats du camp présidentiel. Et donc, pour ma part, et je l'ai toujours dit, j'ai toujours été clair, je choisirai toujours le meilleur moyen pour battre un candidat du Rassemblement national parce que je considère qu'ils sont dangereux pour le pays.

Et donc, faisons tout, faisons tout avec notre bulletin de vote pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de majorité absolue demain à l'Assemblée nationale.

5:01
Présentateur

Vous voyez le ministre de l'Intérieur qui dit ni RN, ni LFI. Vous réagissez comment ?

5:06
Fabien Roussel

Encore une fois, c'est le manque de clarté de la part de la majorité présidentielle. Et donc, qu'ils ne viennent pas s'étonner si demain, la France est ingouvernable et qu'il y a demain plus de 200 députés du Rassemblement national au Parlement.

5:24
Présentateur

Justement, si le Rassemblement national n'obtient pas de majorité absolue dimanche soir, est-ce que vous seriez prêt à participer à cette grande coalition qu'évoque certains, notamment dans la majorité, avec une partie de la gauche, une partie du centre, peut-être des élus républicains ? Vous dites quoi ? C'est une bonne idée ?

5:41
Fabien Roussel

D'abord, je vais vous dire que ça, c'est de la tambouille politicienne. Parler de ça aujourd'hui, c'est de la tambouille politicienne. C'est savoir qui va aller à la soupe. Ce n'est pas ma politique. Aujourd'hui, il y a des Français. Donc vous ne participerez pas à ça ? Je ne vous réponds pas à ça. Je vous dis chaque chose en son temps. Aujourd'hui, nous sommes dans l'entre-deux-tours d'une élection législative. J'appelle à ce qu'il y ait le maximum de députés de gauche et écologistes demain au Parlement, à l'Assemblée nationale. D'abord pour répondre aux attentes de nos concitoyens. Ils l'ont exprimé fortement, y compris en votant au Rassemblement national. Ils veulent le changement.

D'abord, ils veulent le changement. Comment on fait pour que le travail paye, que les salaires augmentent, qu'un retraité puisse vivre de sa retraite ? Comment on fait pour que nos services publics fonctionnent ? Comment on répond aux urgences sociales et climatiques ? Ça, c'est le cœur de tout. Et donc, comment on fait demain pour qu'un gouvernement réponde à ses attentes ? C'est ça, moi, ma question. Mais qui dans ce gouvernement ? Et il n'y aura rien d'autre que ça qui guidera notre action, nous, les députés communistes. C'est-à-dire de faire en sorte que cette attente immense qui s'est exprimée, nous puissions y répondre. Y répondre avec force, avec un gouvernement.

Écoutez, on verra en fonction des résultats des élections. En tout cas, nous, je viens de le dire, et c'est pour ça que c'est important, qu'il y ait beaucoup de députés de gauche demain à l'Assemblée nationale qui défendent le monde du travail, qui défendent l'intérêt général, qui défendent les valeurs de la République, qui luttent contre le racisme et l'antisémitisme, qui fassent abroger la réforme des retraites à 64 ans. C'est ça. Nous, nous voulons d'abord ça.

7:13
Présentateur

Vous imaginez une coalition possible si vous dites qu'on participe que si on abroge la réforme des retraites ?

7:17
Fabien Roussel

Mais il y a des points, il y a des lignes rouges qui sont incontournables. Effectivement, abrogation de la... Je vous l'ai dit, trois mots. Abrogation de la réforme des retraites, un coup de pouce sur le SMIC, indexation des salaires sur l'inflation, augmentation du point d'indice des fonctionnaires.

7:33
Présentateur

Sans ces aspects-là, vous ne participeriez pas à une coalition.

7:38
Fabien Roussel

Moi, je regarderai quel est l'état des forces dimanche soir et je m'exprimerai dimanche soir, lundi matin, en fonction de la situation. Ce que je souhaite aussi, c'est ne pas provoquer de chaos dans mon pays. La France doit être gouvernable et il faut répondre aux attentes des Français. C'est la seule chose qui me guide.

7:57
Présentateur

Est-ce que la France insoumise, c'est aujourd'hui une force ou un problème pour la gauche ? Quand on voit, par exemple, qu'Emmanuel Macron dit « Je peux travailler avec certains élus de gauche, mais jamais nous gouvernerons avec la France insoumise ».

8:09
Fabien Roussel

Jamais, dit Emmanuel Macron. Lui qui vient de provoquer le chaos et le grand désordre, d'abord qu'il fasse sa propre introspection, lui. Ensuite, il faudra que nous, nous prenions le temps de faire l'analyse de ce qui a marché et de ce qui n'a pas marché. Mais la France insoumise, un atout ? Aujourd'hui, je vous dis, déjà, quand je vois le poids que va représenter le Rassemblement national à l'Assemblée nationale, je dis qu'on n'a pas tout réussi. Et notamment dans les sous-préfectures, les zones rurales, en direction des classes moyennes, de la classe ouvrière. On voit bien que nous n'avons pas réussi à faire le plein des voix. Il faut s'interroger là-dessus.

Il faut savoir ce qui a fait peur dans le rassemblement. Il faut savoir ce qui a fait peur dans le rassemblement que nous avons construit. – Dites-le franchement pour vous, c'est la France insoumise qui a fait peur ? – Au lendemain des élections…

8:57
Présentateur

– C'est la France insoumise qui a fait peur ?

8:58
Fabien Roussel

– Aujourd'hui, je suis dans l'entre-deux-tours. Je veux que tous les députés de gauche et écologistes, tous les députés sortants qui se présentent aujourd'hui pour faire ébarrage au Rassemblement national et demain peser pour répondre aux attentes des Français, pour de la justice sociale et climatique, je souhaite qu'ils soient élus. C'est la seule chose qui m'anime. Et dimanche soir, lundi, mardi, dans les jours qui viennent, on aura le temps de faire le point là-dessus.

9:23
Présentateur

– Vous reviendrez ici aux 4 vérités. – Avec grand plaisir. – Merci beaucoup Fabien, vous nous en avez déjà dit pas mal ce matin. C'est à vous Émilie et Damien. – C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. – Sous-titrage ST' 501