Entretien avec François Bayrou (29/02/12)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Peut-être un mot pour dire que la grande idée qui est la mienne, c'est, dans un gouvernement très resserré, de mettre en place un ministère de l'égalité. Parce que la société française est pleine de discrimination. Il y a des discriminations selon le sexe, il y a des discriminations selon l'orientation sexuelle, il y a des discriminations selon l'origine, il y a des discriminations selon la religion, il y en a selon le nom, il y en a selon l'adresse, il y en a selon la couleur de peau. Et toutes ces discriminations méritent d'être prises en compte. Et je trouve qu'un seul ministère, ça permet transversalement de faire bouger les choses.
Donc un ministère de l'égalité qui aura naturellement la charge au premier rang de l'égalité homme-femme. Et c'est d'autant plus urgent qu'en effet, c'est incroyable, mais c'est comme ça. En France, la question de l'égalité homme-femme n'avance pas. Alors, je ne vous dis pas qu'elle recule, comme Fadela Nehal l'a dit, mais elle n'avance pas. Elle n'avance pas en politique, elle n'avance pas dans la vie professionnelle, elle n'avance pas dans un certain nombre de problèmes de société comme la violence faite aux femmes. Et il y a des réponses très simples à apporter, et je serais heureux de vous les apporter.
C'est vrai qu'on a lancé cet appel. Fadela parle souvent d'un cri, et ce qui est assez juste. C'est un cri parce que je trouve que les associations aujourd'hui sont complètement seules et isolées, avec beaucoup de responsabilités. Parce que l'État a déserté sur beaucoup de sujets, notamment sur les structures d'accueil. C'est pour ça que je vais arriver à ma première question. Quand vous parlez d'un ministère de l'égalité, évidemment, nous sommes pour. Parce que quand Nicolas Sarkozy est venu en 2007, à notre soirée « 1000 femmes pour l'égalité et la diversité », où Fadela Nehal et les Mariannes étaient présentes, il nous a dit « Je serai le président de l'égalité homme-femme ».
Il nous a enlevé notre ministère. Et aujourd'hui, on n'a plus de politique globale. Une vision large, justement, en matière d'égalité homme-femme. On a des mesurettes qui sont distillées par chaque ministère. Et je suis heureuse de savoir que si vous êtes élue président, vous nous redonnerez notre ministère. Et j'espère qu'ensemble, que tous ensemble, avec vraiment toutes les associations féministes, on arrivera à penser à cette égalité homme-femme de façon nationale, avec la jeunesse, l'éducation à l'égalité, avec évidemment l'accueil, les structures d'accueil qui sont vraiment très importantes pour les femmes précaires en foyers monoparentaux et pour les femmes victimes de violences.
Et également, évidemment, tout ce qui est politique, toute la représentation politique et puis l'égalité salariale.
La première question, est-ce que face à la précarité qui est grandissante, c'est vrai que la précarité avec la crise touche tout le monde, mais les femmes en premier lieu, foyers monoparentaux, jeunes étudiantes, femmes de plus de 50 ans qui n'arrivent plus après à retrouver un emploi, est-ce que vous êtes prêts, si vous êtes élue président, François, à ouvrir des structures d'accueil, mais pas des structures d'accueil d'urgence qui durent 48 heures, des structures d'accueil permanentes pendant un an, où on pourrait recevoir ces femmes, les accueillir avec leurs enfants, les accompagner jusqu'à la réinsertion ? Est-ce que vous êtes prêts à aller jusqu'à ce que vous ?
C'est une piste efficace, y compris contre les violences. Lorsqu'il y a des violences et qu'il faut à tout prix soustraire aux agressions ou à la menace des femmes et leurs enfants, la structure d'accueil est la seule réponse, elle n'est pas la seule, parce qu'il faut aussi qu'il y ait des réponses judiciaires pour empêcher effectivement que ne revienne celui qui menace et celui qui est violent. Mais les structures d'accueil est plus durable qu'une nuit ou deux, parce qu'une nuit ou deux, évidemment, c'est trop peur.
On avait fait, dans notre pacte féminin en 2007, d'ailleurs, Fadilla l'avait signé à l'époque, on avait proposé une loi. Alors cette loi, c'était non seulement grâce à des incitations fiscales obligées, les entreprises, à faire que cette égalité soit effective entre hommes et femmes, avec des allégements sociaux, des charges sociales patronales, évidemment, allégées, et d'autre part, en sanctionnant de façon très ferme les entreprises qui ne jouent pas le jeu.
Immédiatement, application immédiate de sanctions pour les grandes entreprises, et disons, une année, ou en tout cas, peut-être même, on peut aller jusqu'au quinquennat, pour les plus petites entreprises, pour qu'elles rendent effective cette égalité. Est-ce que vous êtes prêts à aller jusque-là ?
Il faut frapper ceux qui ne la respectent pas au portefeuille. De ce point de vue-là, c'est assez simple, parce qu'il y a des feuilles de paix. Il y a des feuilles de paix et il y a des fiches de poste. Il est assez facile de vérifier si cela est respecté ou pas. Et donc, pour moi, au fond, c'est une des politiques les plus faciles à définir, et je crois des plus efficaces, parce que la menace d'être frappée au portefeuille, elle est efficace.
Est-ce que vous trouvez que les jeunes sont assez mobilisés en matière de féminisme et d'égalité en femme ?
Ça dépend des milieux sociaux. Il y a des milieux sociaux dans lesquels, notamment dans les quartiers, l'image de la femme est une image peu respectueuse. Et de ce point de vue-là, oui, il y a un grand travail à faire.
Mais au niveau de l'éducation nationale ?
D'éducation, peut-être même d'éducation morale. Alors, ce n'est pas facile à faire, parce que pour trouver les mots qui permettent d'entrer dans la sensibilité des élèves, vous allez peut-être trouver que c'est une réponse moins institutionnelle. Mais moi, je pense que le cinéma a joué un très grand rôle. Il faut qu'on trouve le moyen de rendre sensible aux jeunes, et notamment aux jeunes des milieux populaires venus d'ailleurs, qu'on leur rende sensible les codes. Qu'est-ce que veut dire un code vestimentaire ? Qu'est-ce que veut dire un code de langage ? Qu'est-ce que ça signifie pour votre interlocuteur quand vous êtes habillé d'une certaine manière ou pas ?
Et je suis sûr que c'est le cinéma, le documentaire, tout ce qui passe par l'image, qui peut rencontrer la sensibilité.
François Bayrou