Livres : les frais fixes à 3 euros pour protéger les libraires sont "une fausse bonne idée" et nuisent "à la lecture", selon le directeur d'Amazon France
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Est-ce que ces frais ont nuit aux ventes en ligne de livres ?
- 1:15OuverteRéponse directe
Et elle pénalise Amazon ?
- 1:27RelanceRéponse partielle
Mais ça veut dire que les ventes de livres ont baissé sur Amazon depuis un an ?
- 2:17RelanceRéponse partielle
Mais ça reste, Frédéric Duval, un sondage que vous avez commandé vous-même. Est-ce que vous pouvez argumenter ce que vous dites par des chiffres ?
- 2:59OuverteRéponse directe
Alors justement, c'est pour soutenir les enseignes physiques que cette mesure a été mise en place, défendue par le président de la République, Emmanuel Macron, pour défendre les librairies physiques et notamment indépendantes.
- 3:16RelanceRéponse directe
Donc ça veut dire que ça ne favorise pas les librairies indépendantes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:01Invité politiqueFait
« Cette mesure des frais de port obligatoires est une fausse bonne idée. »
- 1:38Invité politiqueFait
« un livre qui vaut 7,50 euros, un livre de poche, dans une des communes, des 90% de communes où il n'y a pas de librairie, eh bien ce livre vaut 10,50 euros désormais. »
- 1:52Invité politiqueChiffre
« une enquête IFOP que nous venons de commissionner montre qu'environ 6 personnes sur 10 disent que cette mesure a affecté leur pouvoir d'achat et environ 4 personnes sur 10 disent qu'elle va réduire sa consommation de livres en conséquence »
- 2:38Invité politiqueChiffre
« Cette étude, commissionnée auprès de 12 000 Français... »
- 3:10Invité politiqueChiffre
« Ils vont dans les grandes enseignes culturelles, dans les grandes surfaces, pour 70% d'entre eux. »
- 3:50Invité politiqueFait
« comme un tarif spécial d'expédition des livres, qui permettrait aux libraires d'expédier des livres sur le territoire à des prix réduits. »
- 4:09Invité politiqueFait
« si un libraire expédie un livre aujourd'hui à l'étranger, à Londres, à New York, ça lui coûte quatre fois moins cher que d'expédier ce même livre en France. »
- 4:52Invité politiqueFait
« on a effectivement déposé un recours, parce que sur le principe, nous sommes contre pénaliser la lecture et les lecteurs en France. »
- 5:33Invité politiqueFait
« Jessie, notre CEO, a annoncé le 16 septembre que nous allions revenir à l'organisation qui était celle d'avant la pandémie de Covid. »
- 5:45Invité politiqueChiffre
« aujourd'hui, sur les 24 000 salariés français, uniquement une dizaine de pourcents d'entre eux sont concernés par cette mesure. »
- 9:04PrésentateurChiffre
« Vous avez quand même, votre chiffre d'affaires s'est élevé à 10 milliards en 2022. »
- 9:28Invité politiqueFait
« Nous l'appliquerons comme toutes les entreprises qui sont soucieuses du droit français. »
- 9:51Invité politiqueChiffre
« on a démontré sur les dix dernières années, au travers de 20 milliards d'euros d'investissement, au travers d'être le premier créateur d'emplois nets en France, avec plus de 24 000 salariés à la fin de l'année »
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Bonsoir à toutes et à tous, c'est une des plus grosses multinationales au monde, une des GAFAM made in USA, spécialisée dans le cloud, la vidéo et surtout la vente en ligne. J'ai nommé Amazon, bien sûr. Tout ce que vous voulez acheter en un clic, livré chez vous en un rien de temps. Bonsoir François Duval.
Bonsoir Isabelle Raymond, Frédéric Duval s'il vous plaît.
Pardon, Frédéric Duval, évidemment, vous êtes le directeur général d'Amazon France. On peut trouver de tout sur Amazon, des jouets, des vêtements, souvent avec des frais de port riquiquis et même réduits à néant pour les abonnés. Prime, sauf, sauf pour le livre et c'est une spécificité française. Des frais de port de 3 euros ont été introduits il y a un an, tout juste, pour protéger, dit-on, les librairies physiques. Un an après, que dites-vous, est-ce que ces frais ont nuit aux ventes en ligne de livres ?
Alors, bonjour d'abord Isabelle Raymond et merci de m'interroger sur ce sujet qui m'est à cœur. Ce que je peux vous dire, c'est que cette mesure des frais de port obligatoires est une fausse bonne idée. Elle pénalise les lecteurs, elle pénalise la lecture et en particulier les compatriotes qui sont dans les campagnes.
Et elle pénalise Amazon ?
Elle ne pénalise pas Amazon. Je vous assure, Amazon va bien et Amazon, dans cette histoire, n'est pas le problème. Le problème, c'est est-ce qu'on a envie de pénaliser la lecture en France ?
Mais ça veut dire que les ventes de livres ont baissé sur Amazon depuis un an ?
Très peu. Et à nouveau, Amazon n'est pas le problème. Le problème, c'est de savoir, est-ce qu'on a envie de pénaliser la lecture en France ? Est-ce que, soyons factuels, un livre qui vaut 7,50 euros, un livre de poche, dans une des communes, des 90% de communes où il n'y a pas de librairie, eh bien ce livre vaut 10,50 euros désormais.
Et une enquête IFOP que nous venons de commissionner montre qu'environ 6 personnes sur 10 disent que cette mesure a affecté leur pouvoir d'achat et environ 4 personnes sur 10 disent qu'elle va réduire sa consommation de livres en conséquence parce qu'elle ne peut plus, ou tout du moins elle ne peut plus, elle n'a plus les moyens d'acheter des livres qui ont augmenté fortement.
Mais ça reste, Frédéric Duval, un sondage que vous avez commandé vous-même. Est-ce que vous pouvez argumenter ce que vous dites par des chiffres ? Est-ce que les ventes ont vraiment baissé sur Amazon concernant les livres ?
Est-ce que vous le constatez dans les chiffres ? Mais à nouveau, ce problème n'est pas le problème de fond. Le problème de fond, c'est à nouveau la lecture en France. Cette étude, commissionnée auprès de 12 000 Français... Mais ça reste un sondage. Oui, mais 12 000 Français, c'est quand même beaucoup. 12 000 Français, c'est beaucoup, ont répondu, et 4 Français sur 10 disent se détourner de la lecture en conséquence. Pour une grande partie d'entre eux, ils se retournent vers les enseignes physiques.
Alors justement, c'est pour soutenir les enseignes physiques que cette mesure a été mise en place, défendue par le président de la République, Emmanuel Macron, pour défendre les librairies physiques et notamment indépendantes.
Quand ils se retournent vers les anciennes physiques, où vont-ils ? Ils vont dans les grandes enseignes culturelles, dans les grandes surfaces, pour 70% d'entre eux.
Donc ça veut dire que ça ne favorise pas les librairies indépendantes ?
Très peu en fait. C'est une mesure qui est une fausse bonne idée, qui finalement affecte la lecture, qui affecte les lecteurs, et qui ne répond pas à l'objectif principal qui était celui de favoriser les libraires.
Et c'est pour ça que vous dénoncez cette mesure ? Un an après, ça mise en place ?
Je dis qu'aujourd'hui, ce n'est pas le choix que j'aurais fait pour protéger les libraires et protéger les lecteurs.
Et donc pas pour protéger Amazon ?
Il existe d'autres moyens, qui ont été mis d'ailleurs en place dans d'autres pays, comme un tarif spécial d'expédition des livres, qui permettrait aux libraires d'expédier des livres sur le territoire à des prix réduits.
C'est-à-dire que vous voudriez qu'il y ait un frais de port différent ?
Pour vous que pour un libraire, c'est ça ? Bien sûr, si je peux terminer ma phrase, si un libraire expédie un livre aujourd'hui à l'étranger, à Londres, à New York, ça lui coûte quatre fois moins cher que d'expédier ce même livre en France.
Oui, mais vous savez très bien qu'il n'y a que vous, Amazon, qui allez expédier des livres à l'étranger.
Mais oui, mais avouez que c'est cocasse. Avouez que c'est cocasse de pouvoir expédier un livre normal, un Gallimard classique, pour 1,66€ à Londres, et de ne pas pouvoir expédier ce même livre à ce tarif-là, mais de l'expédier plutôt autour de 7€, quand on l'en expédie à Clermont-Ferrand ou dans une ville de province.
D'ailleurs, vous avez porté cette affaire en justice. La justice administrative doit d'ailleurs encore trancher. Est-ce que vous espérez obtenir gain de cause, Frédéric Duval ?
Écoutez, on a effectivement déposé un recours, parce que sur le principe, nous sommes contre pénaliser la lecture et les lecteurs en France. Un recours devant le Conseil d'État. Le Conseil d'État a demandé à la Cour de justice de l'Union européenne, qui va rendre son avis. Alors, on verra quand elle le donnera. Mais en attendant, aujourd'hui, la lecture est pénalisée en France.
Alors, autre actualité chez Amazon, le retour à du 100% présentiel. La fin du télétravail, ce sera à partir du 1er janvier. Est-ce que ce sera le cas pour les 24 000 salariés français ?
Alors, effectivement, on dit, Jessie, notre CEO, a annoncé le 16 septembre que nous allions revenir à l'organisation qui était celle d'avant la pandémie de Covid. C'est important de le dire. Aujourd'hui, sur les 24 000 salariés français, uniquement une dizaine de pourcents d'entre eux sont concernés par cette mesure. Les autres viennent tous les jours sur leur lieu de travail et travaillent. Donc, en ce qui concerne cette petite catégorie, on pense que c'est important d'être ensemble pour innover, pour collaborer, pour être suffisamment connectés et vraiment adhérer à notre culture d'entreprise, pour servir les clients. C'est important. Je ferais juste un petit parallèle.
Qu'est-ce qu'on penserait d'un groupe de musique qui s'entraînerait seulement à distance ? Ce n'est pas possible, ça. Un groupe de musique, il joue mieux quand il est entre eux et sur scène ensemble.
Mais un groupe de musique, quand il compose, quand il réfléchit, il peut être à distance. Absolument. Donc, c'est-à-dire que là, ce que vous allez mettre en place, c'est du 100% présentiel.
Mais non, à nouveau, la chose est assez claire. On dit, j'ai expliqué qu'il y aurait de la flexibilité. Mais nous souhaitons cependant revenir à la situation que nous connaissions avant le Covid.
Sauf que vous avez embauché. D'ailleurs, vous continuez d'embaucher en 2024. Il y a des gens qui n'habitent pas à Paris, qui ne vont pas pouvoir venir au siège tous les jours. Il y a aussi un accord d'entreprise qui a été signé en France. Comment vous allez, Amazon, vous accommoder de cela ?
On va mettre tout ça, comme toute entreprise française, en étant absolument très clair avec les réglementations en vigueur en France. Et puis, en discutant avec les différents partenaires pour faire en sorte qu'effectivement, on applique cette mesure.
Et donc, c'est-à-dire qu'à partir du 1er janvier, les personnes qui sont concernées par le télétravail aujourd'hui seront obligées de revenir au travail. Vous avez vu qu'il y a une enquête interne que s'est procurée le magazine Fortune aux Etats-Unis qui dit que cette mesure est diversement appréciée au sein d'Amazon. Qu'est-ce que vous répondez aux salariés d'Amazon qui nous écoutent aujourd'hui ?
Mais je dis que c'est important qu'on soit ensemble. C'est important pour inventer. C'est important pour collaborer. C'est important qu'on soit suffisamment connectés les uns aux autres pour faire en sorte que notre culture d'entreprise perdure et continue de servir nos clients.
Même si les modes de travail, les modes de vie ont évolué depuis le Covid. On ne peut pas revenir à la vie d'avant.
On ne peut pas revenir à la vie d'avant. Mais on peut quand même avoir dans l'intention de collaborer ensemble beaucoup plus qu'on ne le fait aujourd'hui. Vous savez, comme vous le disiez, on a 24 000 salariés aujourd'hui en France. 24 000 salariés. Et on a 400 métiers différents. Et on doit continuer à vivre ensemble. D'ailleurs, c'est ce qu'on va faire à l'occasion du Forum des métiers et des carrières à venir qu'on va avoir aujourd'hui le 21 octobre à la station F qu'on fait en collaboration avec France Travail. Et donc, avec tous nos salariés et avec tous ceux qui veulent, on va voir comment on peut intégrer nos salariés dans une démarche de progrès, de développement.
Et on va aussi proposer plus de 200 offres d'emploi.
Alors, dernière question. Vous le savez, Frédéric Duval, la présentation du budget est attendue ce jeudi. Il est question de mettre pour les grandes entreprises une surtaxe à partir d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires. Vous serez donc concerné. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, ce que j'en pense n'est pas très important.
Vous avez quand même, votre chiffre d'affaires s'est élevé à 10 milliards en 2022. Mais ce n'est pas très important.
Ce que je peux dire, c'est qu'évidemment, en tant qu'entreprise française, on appliquera les décisions qui seront prises par le gouvernement quand on saura ce qu'elles seront. Puisqu'aujourd'hui, on ne sait pas exactement le détail de ces décisions. Elles seront prises jeudi par le Premier ministre et son gouvernement.
On sait quand même qu'il y aura une surtaxe de l'impôt sur les sociétés.
Oui, que nous appliquerons en tant que société française qui fait plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires en France. Nous l'appliquerons comme toutes les entreprises qui sont soucieuses du droit français. Et en revanche, ce qu'on peut être, et on l'a déjà dit, on est très attentif à l'attractivité des territoires. Et la fiscalité en fait partie.
Et donc, ça peut remettre en cause l'attractivité des territoires, la fiscalité ?
Je pense qu'on a démontré sur les dix dernières années, au travers de 20 milliards d'euros d'investissement, au travers d'être le premier créateur d'emplois nets en France, avec plus de 24 000 salariés à la fin de l'année, au travers de notre investissement de 1,2 milliard qu'on a annoncé à Tchouz France et 3 000 emplois supplémentaires, qu'on était résilients et qu'on était une entreprise française bien implantée et qu'on allait continuer à l'être.
Merci beaucoup Frédéric Duval, directeur général d'Amazon France. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.
Merci.