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videoyoutube.com· 14 juillet 2026

Attentat de Nice : elle a perdu sa soeur jumelle sur la Promenade des Anglais, le 14-Juillet 2016

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Quand je passe à côté d'un bus, la chaleur qui dégage le bus, j'ai l'impression de ressentir la même chaleur qu'il y avait quand le camion est passé vraiment à côté de moi. L'odeur de l'essence, du moteur, tout ça, le son des gens qui crient, des coups de feu, ça me fait peur et donc directement après je vais repenser au 14 juillet. Audrey Borla est rescapée de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice.

Ce soir-là, sur la promenade des Anglais, le camion du terroriste fauche sa soeur jumelle. C'est comme un domino, je vois tout le monde tomber et à partir de là, je ne vois plus ma soeur, je ne sais plus où elle est et c'est le chaos. Pendant trois jours, elle reste sans nouvelles de sa jumelle.

Le 17 juillet, elle apprend finalement que sa soeur est morte sur le coup. Moi, j'ai toujours vécu avec ma soeur. Je suis venue au monde avec elle.

Donc mon anniversaire, ce n'est plus mon anniversaire. Enfin, si c'est mon anniversaire, mais c'est limite, son anniversaire n'est pas lui. Moi, je n'ai plus envie de fêter mon anniversaire, ça ne m'intéresse plus.

Dix ans plus tard, elle raconte au monde cette soirée noire et sale entre-construction. Le 14 juillet, j'étais à la maison avec ma mère, mon frère et ma soeur. J'habitais à Magnan à l'époque.

Magnan, c'est un quartier dans Nice, donc juste tout proche de la promenade des Anglais. Donc on descend à pied, on arrive sur la promenade et nous, on va manger une glace au Pinocchio. C'est un glacier qu'il y a sur la promenade.

Donc on va manger une glace là-bas, tout se passe bien, on rigole, on prend des photos. Laura, du coup ma soeur jumelle, s'était toute bien préparée, etc. pour ce soir-là.

Elle prenait des photos, des vidéos, elle était magnifique. Et après avoir mangé la glace, on décide donc de rejoindre la plage pour s'installer pour le feu. Et mes parents, eux, sont restés sur la promenade en haut en fait.

Juste après le feu, il a commencé un petit peu, petit peu, plus vioté, mais tout petit peu. Ce n'était pas grand soleil, chaleur d'été, pas du tout. C'était un peu triste, c'était bizarre.

Le feu d'artifice, il se termine. Donc on remonte en direction de Magnan, sur la promenade. Donc on est toujours sur la promenade, on n'est pas sur la chaussée ou de l'autre côté.

Et on faisait comme à l'école, on était deux, deux, deux à chaque fois. Donc moi j'étais tout devant avec ma copine. En me retournant, je vois ma soeur avec ma mère, bras dessus, bras dessous.

Elles se font des câlins, des bisous, maman je t'aime, etc. Voilà. Et en fait, en me retournant, c'est un cri qui m'a interpellée.

Et c'est un cri au loin de « Attention, le camion ! » en fait. À cet instant, le terroriste Mohamed Lawesh Boulel fonce sur la promenade des Anglais au volant d'un camion de 19 tonnes.

Tout feu s'éteint, ils zigzaguent et tentent de faucher un maximum de spectateurs. Je vois un ramas de foules se dispatcher, courir partout. Et là, en fait, t'as pas le temps de réagir.

On voit le camion arriver en vitesse. Mais il faisait vraiment des zigzags, on le voyait quoi. Donc on tombe, c'est comme un domino, je vois tout le monde tomber.

Et à partir de là, je vois plus ma soeur, je sais plus où elle est. Et c'est le chaos, quoi. En 4 minutes, le terroriste parcourt près de 2 kilomètres. 86 personnes sont tuées dans l'attentat.

Par terre, il y avait des sacs, des doudous, il y avait des corps partout, du sang. On ne comprend pas ce qui se passe. Je n'ai pas les mots de raconter ça, quoi.

C'est traumatisant. Traumatisant. Dans la confusion de l'attaque, la famille ne retrouve plus la soeur d'Audrey.

Ils ne savent pas s'il a survécu à l'attentat. Pendant 3 jours, on était dans le néant. On a appelé tous les hôpitaux.

On a appelé même les commissariats et tout. Personne ne nous a dit qu'on a retrouvé notre soeur, elle a été autopsie, etc. Personne.

Personne. Ma mère a dû se faire hospitaliser en psychiatrie. Elle voyait Laurent en me regardant.

Elle commençait un peu à dérailler. On s'est dit qu'il fallait qu'elle aille se faire hospitaliser. En plus, elle ne mangeait plus, elle ne dormait plus.

Mon père a été sollicité pour toutes les recherches, etc. Avec les médias aussi. Et puis moi, du coup, je suis restée en retrait derrière à faire les recherches, etc.

Avec mon beau-frère, ma soeur, tout ça, quoi. Le 17 juillet au soir, on va à la maison d'aide aux victimes rue Gugbertis. C'est là où, en fait, c'est tous ceux qui ont pris en charge les victimes, etc. de l'attentat.

Et là, il y a un commissaire qui vient. Et il nous dit, suivez-moi dans mon bureau. Le bureau, il est sombre.

Il n'y a rien. C'est un bureau. On n'a pas envie d'y être.

On sent qu'il y a un truc qui va se passer, là. Il dit, bon, bah, voilà, merci d'être venu, etc. Donc, j'ai une bonne et j'ai une mauvaise nouvelle.

Bon, bah, du coup, la bonne, c'est qu'on a retrouvé votre soeur. Et moi, je fais, voilà, c'est génial. Et puis, il me dit, la mauvaise, c'est qu'elle est sans vie, quoi.

Et là, je regarde. Pardon ? J'ai cru que j'avais fait un malaise.

Je sors de votre bureau, c'est pas possible. Voilà. Je me suis levée, je suis partie.

Juste le fait qu'on me le dise, qu'on me l'annonce, et qu'en fait, je dois faire face à cette vérité que je sais depuis trois jours, là, ça fait mal. Parce que moi, j'ai refoulé cette vérité pendant trois jours. Je me suis dit, c'est pas possible.

Moi, j'ai toujours vécu avec ma soeur. Je suis venue au monde avec elle. Donc, je n'ai jamais appris à vivre sans elle, à faire des choses sans elle.

Les jumeaux, il y en a toujours un extraverti, introverti. Et elle, c'était l'extraverti. C'était celle qu'on remarque, celle qui rigole, qui parle avec tout le monde, qui n'est pas timide, qui va dire ce qu'elle pense, mais qui aide les gens, etc.

Et puis, il y a moi derrière, en retrait, qui se cache derrière, et qui est toute timide, qui ne dit pas ses sentiments, etc. Mais c'était le rayon de soleil de la pièce. Elle rentre dans une pièce, on sent qu'il y avait Laura, on l'entend parler, on l'entend rire.

C'était le personnage principal entre elle et moi. C'était mon carnet secret aussi. Tout ce que je ne disais pas aux parents ou à mes copines.

C'était tout. C'était ma meilleure amie. C'était tout.

Tout, tout, tout pour moi. Donc, qu'est-ce que ça a changé ? Tout.

Tout mon quotidien, mes nuits, mes repas, nos passions. On allait à la danse ensemble, écouter de la musique, c'est plus comme avant. Tout ça, quoi.

Ça a changé vraiment tous les petits détails et les gros détails d'une vie, d'une personne. Moi, ça a tout changé. Tout.

On est rentré au collège, classe de troisième. Et donc, il y a tout qui a été mis en place par rapport à ça au collège. C'était, on n'annonce pas les noms des élèves au micro.

Parce qu'à la base, on annonce Audrey Borla et Laura Borla dans la même classe. Là, ça a été sur une fiche. Je sais que quand je suis rentrée au collège, ils ont fait une minute de silence.

Je sais que le directeur est passé dans toutes les classes en disant que j'avais perdu ma soeur. Tout a été mis en place pour que je passe une année scolaire décalée de tout le monde. Et puis, ça m'apportait préjudice.

J'ai eu des gros problèmes par rapport à ça. Les gens pensaient que j'étais le chou-fou du collège, etc. Moi, tout ça, je ne l'avais pas demandé.

Donc, ce n'est pas moi qui ai dit prévoyez ça, ça, ça. Non, le cours de la vie a dû reprendre. Mais moi, je ne me souviens pas de comment ça s'est repris après l'été.

Je ne sais pas du tout. Le premier enterrement de ma vie, c'est ma soeur. Je n'avais jamais vécu un enterrement.

Donc, c'est la plus grosse épreuve qu'on avait pu mettre à 13 ans. Donc, c'est bon, tiens, tu prends ça. Et maintenant, tu vas faire prof de maturité.

Et tu n'auras pas du tout la même adolescence comme tout le monde. C'est vraiment le cas. C'est vraiment le cas.

On m'a privée de mon adolescence. Je ne sais pas, moi, je ne sais pas ce que c'est d'aller manger un McDo avec des amis et sortir du collège. Et je ne sais pas, rire, rentrer à 17 heures des cours ou on va faire une soirée avec les amis.

Non, je ne sais pas ce que c'est. Tout ça, je les fuis. Déjà, puisque c'est un regroupement de foules, etc.

Donc, moi, j'avais peur. Et puis, même, du coup, je n'avais rien à faire là-bas parce qu'il n'y avait pas ma soeur. Donc, à 13 ans, on m'a mis la plus grosse épreuve qu'il puisse y avoir dans une vie.

Et puis, on fait face à ça. Et on te dit, tu prends en maturité. Donc, moi, je me suis sentie beaucoup plus mature et en avance sur ma vie par rapport à tous les gens que je côtoyais encore aujourd'hui.

Je me dis, mais en fait, c'est parce que j'ai vécu ça à 13 ans. C'est difficile de dire qu'on me regarde et qu'on voit ma soeur. Je me suis dit, on voit.

Enfin, pendant un temps, je me suis dit, on ne voit pas la personne que je suis. Parce que oui, je suis elle, c'est ma jumelle, mais je suis une toute autre personnalité aussi. Alors, par contre, encore aujourd'hui, on va m'appeler Laura.

Dès que je parle de ma soeur ou quoi, après, on va me dire, bon, merci Laura. En plein de fois, on m'appelle Laura. Ça, ça ne me dérange pas.

Mais des fois, on pouvait me toucher le visage ou regarder et dire, mon petit bébé, et tout. Et après, partir pleurer. Et du coup, au milieu, tu te dis, je fais quoi là ?

Ce n'est pas ma faute, quoi. Je suis Audrey. Depuis 10 ans, tout est construit autour de ça, autour du décès de ma soeur, autour du 14 juillet.

Parce que, bah oui, forcément, il y a des traumatismes. Il y a des choses qui ont changé dans ma personnalité, dans ma façon d'être, de percevoir aussi les choses, de faire les choses aussi. Donc, tout a été construit autour de ça.

Mais maintenant, aujourd'hui, j'essaie de m'en détacher et de me dire, mon bas, ça ne te définit pas en fait. Tu n'es pas comme ça à la base. Tu es une personne solaire.

On t'a toujours dit, les jumelles, elles sont solaires, elles sont pétillantes. Enfin, c'est des jumelles, quoi. Elles sont là, elles sont souriantes.

Et aujourd'hui, j'ai été tout le contraire pendant 10 ans. Donc non, aujourd'hui, j'essaie de me détacher de tout ça et de me dire, je ne suis pas cette personne-là. À la base, je ne suis pas comme ça.

Donc, j'essaie de m'en détacher. Mais ça reste quand même là, quoi. C'est omniprésent.