Budget 2026 : quand la canicule s’en mêle - C dans l’air - 13.08.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Always Discreet est un dispositif médical. ... - S.Brakhlia: Bonsoir.
Bienvenue. Il fait très chaud. On fonctionne tous un peu au ralenti.
C'est toute l'économie française qui est impactée par la canicule. Le BTP, l'agriculture, les transports...
De nombreux secteurs sont figés par cette chaleur écrasante. Gros coup de frein sur l'économie française qui va coûter des milliards. Le gouvernement prépare un budget pour l'année prochaine jugé explosif.
Suppression de 2 jours fériés, tour de vis de l'assurance-chômage...
La rentrée s'annonce très tendue. Les syndicats ont prévu de se rassembler pour se mobiliser dès le 1er septembre. Quelles sont les conséquences des vagues de chaleur sur l'économie?
A quoi va ressembler le prochain budget de la France avec les annonces du Premier ministre? N'hésitez pas à réagir. Pour en parler, P.Dessertine, économiste, professeur à l'université Paris Panthéon-Sorbonne.
Je cite votre dernier livre: "L'Horizon des possibles". C.Jakubyszyn, vous êtes directeur de rédaction des "Echos".
B.Jeudy, vous êtes directeur délégué à "La Tribune Dimanche". C.Michel-Aguirre, vous êtes grand reporter au service politique du "Nouvel Obs".
Bienvenue. A quel point une canicule qui dure au moins 10 jours, comme celle-ci, impacte l'économie française? - P.Dessertine: C'est compliqué à mesurer.
Ca a des conséquences. Vous avez évoqué des secteurs dont on voit le ralentissement, tout ce qui est BTP, la construction...
En plus, le secteur n'allait pas bien. L'agriculture, évidemment. Là, on a l'historique des canicules précédentes.
La santé, le tourisme...
Ca a des conséquences sur certains éléments. On a eu des calculs qui sont sortis mais qu'il faudra affiner. On dit 0,3 %.
On dit 0,5 % pour l'Espagne. C'est énorme. L'Allemagne, 0,1.
Nous, 0,3, ce n'est pas beaucoup. - S.Brakhlia: Ca fait combien? - P.Dessertine: 9 milliards.
C'est beaucoup. - S.Brakhlia: Dans un contexte déjà difficile. - P.Dessertine: En montant, ce n'est pas négligeable.
Ce sont des événements climatiques qui vont se reproduire sans cesse. Vous avez des problématiques structurelles qui vont nous amener à réfléchir à ce qu'il faut qu'on change, peut-être changer de civilisation, et après, il faut boucler le budget pour la fin d'année. Les événements se télescopent.
Ca, ce n'était pas prévu. Le gouvernement n'avait pas besoin de ça. - S.Brakhlia: Une journée avec des températures supérieures à 30 degrés, c'est l'équivalent d'une demi-journée de grève, car tout le marché du travail est ralenti.
Si la canicule dure trop longtemps, il va y avoir un vrai impact sur l'économie? - C.Jakubyszyn: Oui, d'autant que c'est le 2e épisode caniculaire.
Ce qui est intéressant, c'est la récurrence. Ca devient quelque chose de structurel dans le fonctionnement de l'économie. Il y a des secteurs qui diminuent en activité.
Le BTP doit s'adapter, travailler plus tôt. En Italie, une loi a été votée pour obliger les entreprises à arrêter le travail à midi, faire des pauses de 2 heures 30. Dans l'industrie, c'est moins grave, car ça ralentit souvent, mais on rattrape.
Il y a des carnets de commandes à honorer et on rattrape. Pareil dans les services. Les gens ne font pratiquement rien quand il fait trop chaud.
Ils sortent moins, vont moins au restaurant, mangent moins. Ce sont des micro-décisions qui ont un impact économique. Là où ça devient préoccupant, c'est que ça devient un phénomène Récurrent plusieurs fois dans l'année et partout dans le monde.
Les conséquences sur l'économie mondiale sont très importantes, sans compter les catastrophes climatiques. Là, ça se chiffre à des dizaines de milliards de dégâts chaque année. On sait les problèmes que ça pose pour les assureurs.
C'est un changement de paradigme, de modèle dans lequel on doit intégrer Ces conséquences économiques. Il y a des secteurs qui progressent, forcément. - S.Brakhlia: Les clims, ils sont contents... - C.Jakubyszyn: Tout ne va pas mal, mais le poids sur l'économie, car ça désorganise, car on n'est pas prêts, car on n'arrive pas à se projeter dans un monde où il fera de plus en plus chaud...
On est dans une période où ça crée plus de moins que de plus sur l'économie. - S.Brakhlia: D'où l'importance de prendre en compte ce qui se passe aujourd'hui dans l'économie.
Les canicules survenues entre 2015 et 2020 ont coûté entre 22 et 37 milliards d'euros. Ca va compter dans la facture qui va être présentée à la rentrée... - C.Michel-Aguirre: Ce qui est fou, je rebondis sur ce que vous disiez, c'est que ce n'est pas comme si on n'avait pas été prévenus.
La 1re canicule qui marque les esprits est celle de 2003. Il y a 22 ans! Qu'est-ce qui s'est passé pour préparer le pays, les infrastructures à cette vague de chaleur?
Rien! Souvenez-vous de la 1re vague de canicule de juin. 200 écoles fermées car les salles de classe étaient trop chaudes.
Qu'est-ce qui nous dit que les appartements où les parents devaient s'organiser étaient moins chauds? Souvenez-vous de la gare de Nantes, avec la mezzanine fermée car il faisait trop chaud. On a l'impression que les municipalités, les pouvoirs publics et un peu tout le monde, y compris la construction...
On continue de voir partout des magnifiques bâtiments tout en glace alors que ça ne répond pas aux enjeux. Le pays n'est pas préparé. La communication gouvernementale ne me paraît pas à la hauteur.
Début juin, le gouvernement a pris un décret pour améliorer la protection des salariés face aux vagues de chaleur. Je ne sais pas si vous avez lu ce décret...
Il prévoit qu'il faut 3 l d'eau par personne. - S.Brakhlia: On en a parlé hier. - C.Michel-Aguirre: Il faut des vêtements...
Tout ça paraît anecdotique par rapport aux enjeux très structurants. Je pense notamment aux bâtiments. - S.Brakhlia: Là, on est sur des mesures d'urgence.
Le décret servait à protéger les salariés. - C.Michel-Aguirre: On ne voit pas le plan à long terme.
On pourrait commencer à voir les 1ers résultats de l'adaptation. On est toujours un peu en train de courir après le thermomètre. Autre exemple: à côté de mon journal, la gare d'Austerlitz, dont l'esplanade a été refaite, minéralité magnifique...
Après juin, une petite ombrière a fait place car il faisait...
Mesures d'urgence, mais on ne peut pas s'en contenter. On ne peut pas courir tout le temps après la température. On a l'impression que c'est comme les incendies de forêt. - S.Brakhlia: Par rapport à ce qui se passe aujourd'hui et au coût qu'on va devoir payer, car la canicule ralentit l'activité, c'est un nouveau coup dur dans un contexte économique déjà catastrophique. - B.Jeudy: Je partage ce qui a été dit par P.Dessertine.
Ca va avoir un coût, on le sait. Ca tombe au mauvais moment pour le gouvernement, qui est empêtré dans une crise financière, politique et, ne l'espérons pas, budgétaire. On y verra plus clair lors du vote, s'il y a un vote, car il peut y avoir une censure avant.
Le gouvernement s'en serait bien passé. Tout ce qui se passe là rentre dans un cycle long d'adaptation de nos sociétés européennes. Il faut s'adapter à une crise climatique qui s'installe, car le réchauffement ne prend pas de vacances.
Eté après été, on a des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, de plus en plus longues. Cette année, on est bien servis, avec deux grosses vagues de chaleur. Le mois de juillet n'est "que" le 3e mois le plus chaud jamais enregistré sur terre.
Il bat quand même aussi des records par rapport à ce qui se faisait avant 2022. L'été 2022 était une des références en matière d'été, de canicule. Je ne partage pas l'idée qu'il ne s'est rien passé depuis 2003 et les 15 000 morts, car c'est le pic de mortalité. - S.Brakhlia: Des dispositifs ont été mis en place. - B.Jeudy: Beaucoup.
On est entrés dans une phase d'adaptation. Sans doute que ça ne va pas aussi vite que ce que les scientifiques ont dit. Les rapports du Giec pointent une accélération de la crise climatique.
Il y a eu des choses de faites. Parfois, et c'est le cas pour les 3 derniers Premiers ministres, on a raboté sur le budget concernant ce qui touche la planification écologique, qui sont des politiques publiques qui peuvent... - C.Michel-Aguirre: MaPrimeRénov'... - B.Jeudy: Voilà.
La transition écologique est un peu la variable d'ajustement budgétaire. Depuis E.Borne, les 3 derniers ne se sont pas embarrassés, car il faut faire un budget et la France est en grave difficulté financière.
Ils ont fait des coupes. - C.Jakubyszyn: On emploie le mot "adaptation".
C'est assez nouveau. Cette canicule va nous faire prendre conscience qu'on a longtemps fait l'autruche car on croyait en notre capacité de ralentir le réchauffement climatique. On s'était Engagés pour que, mondialement, on fasse des efforts pour éviter de franchir le seuil de 1,5 degré.
On sait depuis 2 ou 3 ans que c'est raté. Ca va sans doute même s'aggraver. Dans certains continents, comme les Américains, car comme vous le savez, il n'y a pas de réchauffement climatique pour eux...
On a longtemps cru qu'on pouvait arrêter l'accélération du réchauffement. On ne s'est pas adaptés. On entend de plus en plus dans les entreprises l'idée que c'est trop tard.
Il faut continuer à faire des efforts, à changer d'énergie, mais c'est en grande partie trop tard. On va avoir une multiplication des épisodes caniculaires, de plus en plus chauds et de plus en plus souvent. Ce qu'on n'a pas fait suffisamment, c'est s'adapter.
Se dire que malgré tous les efforts qu'on va faire, on n'y arrivera pas...
En 2050, on sera largement au-dessus de 1,5 degré. Il faut s'adapter, changer la conception des bâtiments, réfléchir à comment rafraîchir. Il y a un blocage sur la climatisation, en France.
Les effets négatifs sont terribles. Dans certains endroits, c'était nécessaire. Les chambres froides dans les Ehpad, dans les hôpitaux, dans les lieux publics, ça permet au moins, pendant quelques heures très chaudes, de concentrer...
Je sais qu'on est plus vertueux que tout le monde, mais dans tous les pays du monde, la clim fait des progrès. On est un pays sous-climatisé. Tant mieux pour la planète, mais tant pis pour nous. - S.Brakhlia: Cette canicule intervient dans un contexte économique difficile.
Le prochain budget s'annonce explosif. - A Lyon, ces travailleurs du BTP luttent contre la chaleur assommante de la canicule. La préfecture du Rhône a décidé de mettre à l'arrêt tous les chantiers extérieurs entre midi et 22h. - C'est comme en hiver, s'il fait -8, on ne travaille pas.
Là, s'il fait 40, on ne travaille pas. - Des entreprises qui risquent de prendre du retard à cause des températures trop élevées et d'autres qui doivent accélérer pour ne pas perdre leur production. Près de Toulouse, cette femme met les bouchées doubles pour récolter ses fruits avant qu'ils ne s'abîment. - Ma crainte, c'est que tout arrive en même temps.
Je n'ai pas de chambre froide. Il faut écouler la récolte. C'est ma hantise. - Trains en panne, réacteurs de centrales nucléaires mis à l'arrêt en raison des eaux trop chaudes rejetées dans le Rhône ou commerces désertés...
Sous l'effet de la chaleur, l'économie française est à la peine. Un coup de frein qui s'ajoute au coup de froid jeté par F.Bayrou en pleine période estivale. - F.Bayrou: Chaque seconde de chaque jour et de chaque nuit, la dette de la France augmente de 5000 euros. - Le Premier ministre n'aime pas partir en congés et aime le faire savoir.
Il se lance dans un nouvel exercice de style pour défendre son budget auprès des Français. - F.Bayrou: Si nous ne décidons pas de nous ressaisir, c'est que nous sommes irresponsables devant nos enfants. - Une urgence qui, selon lui, justifie de contacter les partenaires sociaux en plein mois d'août.
Deux documents leur ont été envoyés en quelques jours, l'un sur le projet de suppression du lundi de Pâques et du 8-Mai, l'autre sur une nouvelle réforme de l'assurance-chômage. A la clé, selon Matignon, 4,2 milliards d'euros économisés dès le budget 2026 et 4 autres milliards d'ici 2030. Les partenaires sociaux n'ont que quelques semaines pour négocier.
Une méthode qui leur déplaît, sans surprise. ... - Le problème central n'est pas de faire travailler davantage les personnes qui ont déjà un emploi.
Notre principale difficulté dans notre pays, c'est que nous avons un taux d'activité trop faible. *-Il n'est pas question pour la CFE-CGC d'aller négocier les voies et moyens par lesquels on va se faire voler. - Un front syndical uni qui a l'opinion publique derrière lui.
Plus de 7 Français sur 10 estiment que les efforts budgétaires demandés par F.Bayrou sont trop importants. Les pistes du gouvernement n'épargnent personne.
Plan d'économies de 5 milliards d'euros dans la santé, suppression de l'abattement de 10 % pour les retraités et pourquoi pas une année blanche pour tous les Français... - F.Bayrou: Qu'est-ce que c'est, une année blanche?
C'est une année dans laquelle on n'augmente plus ni les prestations ni les barèmes. - Une perspective qui inquiète ce retraité. - Une année blanche avec une inflation de 1 %, ça paraît acceptable.
Mais l'inflation est plus importante sur les biens de première nécessité, l'alimentation et tout ça. L'effet va être plus important. - Un budget déjà impopulaire avant même d'avoir été voté et qui pourrait coûter cher à F.Bayrou.
La CGT a annoncé une journée de mobilisation à la rentrée. Le mouvement contestataire appelle à mettre le pays sur pause le 10 septembre. - S.Brakhlia: Revenons sur les pistes d'économies qui fâchent une bonne partie des Français et les syndicats en particulier.
Question. ... - P.Dessertine: Dont les finances publiques vont mal...
On est dans une situation de plus en plus dangereuse, vraiment! - S.Brakhlia: On rappelle le tableau général? - P.Dessertine: Nous sommes le pays avec le déficit public le plus élevé de la zone euro, de très loin.
On est à 5,4 %, alors que la zone euro, c'est 3. On va être à 4,6 cette année. Il va falloir continuer.
On est dans des logiques où il faut trouver 120 milliards. Le Premier ministre a parlé de 43,8 milliards en rajoutant l'effort militaire. Les finances publiques sont de plus en plus, dans ce qu'on sait, dans une situation où ça peut être très grave pour un pays comme la France. - S.Brakhlia: Quand vous dites qu'on doit trouver 120 milliards...
A quel moment ça a dérapé? - P.Dessertine: On s'en est rendu compte notamment depuis 10 ans, en particulier autour du covid, qui n'a rien arrangé.
Vous avez une accélération et vous avez eu des détériorations qu'ont eues les autres pays et qu'on n'a pas récupérées. On dérape car les autres, lors du confinement, ont eu une augmentation de leur dette publique. Ensuite, ils ont récupéré.
Je ne parle pas des Etats-Unis, ceux qui nous ressemblent le plus. Mais ils ont un levier formidable: le dollar. La situation se détériore.
Les autres ont récupéré leurs finances publiques, parfois spectaculairement, comme l'Espagne, le Portugal ou la Grèce. - S.Brakhlia: On n'a pas réussi à se relever après le covid. - P.Dessertine: On n'a pas voulu!
Il faut le voir comme ça. Collectivement, on ne veut pas. - S.Brakhlia: Il y a 120 milliards d'économies à trouver.
Pour l'année prochaine, le gouvernement propose de faire des économies à hauteur d'un peu plus de 43 milliards et ces 2 jours fériés sont proposés. C'est non pour les Français. - C.Jakubyszyn: Je suis embêté pour vous répondre.
Je trouve que c'est une très mauvaise idée. Le travail doit payer. Tout travail mérite salaire.
C'est une très mauvaise pédagogie que de dire aux Français qu'ils vont travailler plus pour ne rien gagner de plus. Economiquement, quand on est libéral, c'est idiot. Ce n'est pas une bonne idée.
Il faut que le pays travaille davantage. Un syndicaliste a dit tout à l'heure que le problème, c'est les jeunes et les seniors qu'on exclut trop vite du marché du travail. Les jeunes, car on n'a pas la culture de l'emploi étudiant.
On proroge, on fait un master, un 2e master...
Pour les seniors, quand ils ont 55 ans, on prépare leur départ. C'est le vrai problème. - S.Brakhlia: Ce que dit F.Bayrou, c'est qu'on ne travaille pas assez. - C.Jakubyszyn: C'est vrai. - P.Dessertine: C'est la même chose. - C.Jakubyszyn: Les gens au milieu travaillent pas mal.
Un petit plus sur les 2 jours fériés...
C'est le bon choix. Le mois de mai est saucissonné. - S.Brakhlia: Il y a le 8-Mai et le lundi de Pâques. - C.Jakubyszyn: Il y a trop de ponts.
On ne travaille plus, en mai. - B.Jeudy: On n'a pas le choix.
Il faut travailler plus. De ce point de vue, qu'on soit pour ou contre la politique de F.Bayrou, il est assez cohérent.
Quand il vient présenter sa copie budgétaire, le 15 juillet, on s'aperçoit qu'il veut faire plus travailler les Français, essayer de remettre les gens sans emploi au travail... - S.Brakhlia: On travaille moins que nos voisins européens? - B.Jeudy: On est dans la moyenne.
On a 11 jours fériés en moyenne. Certains pays en ont 14. On est plutôt au milieu.
Mais c'est symbolique. Cette affaire de jours fériés cumule tout ce qui ne va pas en France. Un Premier ministre met une proposition sur la table.
Immédiatement, de manière pavlovienne, les opposants, la gauche, l'extrême droite, les syndicats, c'est tout de suite non. On rejoue ce qui s'est déjà joué avec le lundi de Pentecôte. Ca avait été pareil. - S.Brakhlia: Avec J.-P.Raffarin. - B.Jeudy: A l'arrivée, c'est pour récupérer 4 milliards. - S.Brakhlia: Le message envoyé... - B.Jeudy: C'est faire prendre conscience qu'on doit travailler plus.
Il y a une relation au travail particulière, en France. Une partie du pays veut moins travailler. - S.Brakhlia: Travailler plus sans être payé plus, c'est tout bénef pour les entreprises. - C.Jakubyszyn: Pour l'Etat!
Le 0,3 %, c'est la valeur du travail gratuit. C'est tout bénef pour l'Etat. - C.Michel-Aguirre: On a un vrai problème de diagnostic.
Je reprends ce que P.Dessertine disait. Notre déficit budgétaire a plongé d'une manière inédite en Europe.
On ne sait pas pourquoi. On ne partage pas collectivement le diagnostic de pourquoi. Des rapports ont montré que les crises, c'est la moitié de notre déficit budgétaire.
Sur l'autre moitié, ce sont des décisions, et F.Bayrou continue de faire comme s'il ne savait pas et comme si ça ne le concernait pas. Il est quand même soutien de la majorité depuis 2017.
Comment vous pouvez arriver en disant qu'on a une dette stratosphérique...
On a l'impression qu'il ne sait pas pourquoi ça lui est tombé... - S.Brakhlia: Il dit que ça fait longtemps qu'il fait campagne sur la dette. - C.Michel-Aguirre: Le déficit budgétaire était maîtrisé sous le gouvernement socialiste.
Il était revenu aux 3 %. Là où ça part en sucette...
C'est une année... - P.Dessertine: Pareil pour Sarkozy. - C.Michel-Aguirre: Aujourd'hui, on a frôlé les 6 %.
C'est depuis 2022 que c'est hors de contrôle. Comment voulez-vous que les Français adhèrent au fait qu'il faut se serrer la ceinture puisqu'on ne leur explique pas pourquoi on en est là ni où on va? C'est l'autre diagnostic non partagé du problème.
On dit qu'on ne travaille pas assez. Ca dépend du critère que vous prenez. Si vous prenez le nombre d'heures par Français actif ou pour toute la population, ce n'est pas le même résultat.
F.Bayrou a rectifié un peu sa communication. Il a dit qu'on ne produisait pas assez. "On produit 10 à 15 % de moins que nos voisins européens." Il voulait parler de l'Allemagne.
C'est juste. Le PIB par habitant de la France est 13 % inférieur à celui de l'Allemagne. Il ne dit pas que c'était 20 % en 2017.
Depuis 2017, on a augmenté le PIB par habitant, on a réduit l'écart avec l'Allemagne et le déficit budgétaire s'est creusé. - B.Jeudy: Le "quoi qu'il en coûte", on le paie aujourd'hui.
Il y a eu des politiques d'échec qui ont été prolongées. - C.Michel-Aguirre: Je ne partage pas le diagnostic.
On ne peut pas emporter les Français avec. - S.Brakhlia: Rappelons à quoi vont servir les 2 jours fériés.
On prend l'exemple du lundi de Pentecôte. C'était sous J.-P.Raffarin au début des années 2000.
La Pentecôte, c'était pour financer le régime d'assurance vieillesse. Ca a marché ou pas? - P.Dessertine: Ca a rapporté plus de 30 milliards.
Ca rapporte de l'argent. Quand on travaille alors qu'on ne travaillait pas, que l'Etat récupère, il n'y a pas de doute. Quand nous travaillons tous, nous créons de la richesse.
Il faut que les gens en aient conscience. - C.Jakubyszyn: L'Etat prend tout.
C'est un impôt à 100 %. - S.Brakhlia: Là où il y a une incompréhension...
On a eu le président de la République sur TF1 qui disait que le régime social français reposait trop sur les actifs. C'est ce qu'on continue de faire. - P.Dessertine: On a des problèmes structurels, en France.
Il y a plein d'éléments qui ne vont pas et qui sont reliés les uns aux autres. A "C dans l'air", on peut le dire. Un Premier ministre ne va pas dire ça: "Vous ne travaillez pas assez, je vous mets 2 jours fériés en moins." - S.Brakhlia: Il essaie de communiquer.
Il parle sur YouTube avec les Français... - P.Dessertine: C'est là où ça devient un problème.
En réalité, la différence...
Est-ce qu'on travaille moins? Oui. Les Américains travaillent beaucoup plus que nous. - S.Brakhlia: Ils n'ont pas le même régime social que nous. - P.Dessertine: C'est vrai.
On a les dépenses publiques les plus élevées du monde. Il faudrait qu'on travaille comme les autres, mais plus, car on a quelque chose qui nous coûte plus cher. Le problème est des 2 côtés de la cloche: les jeunes et les seniors.
Les seniors ont entre 60 et 65 ans. Ca nous remet sur le débat à 64 ans. Donc on enlève 2 jours fériés...
Au passage, on a aussi un souci dans les personnes très peu qualifiées. Elles travaillent beaucoup moins que dans les autres pays. - S.Brakhlia: Pourquoi il n'agit pas sur ces catégories?
L'autre mesure proposée, ce qui énerve les syndicats, c'est l'assurance-chômage. Nouveau tour de vis en vue. "Il faudra atteindre 2 à 2,5 milliards d'euros d'économies en moyenne par an et au moins 4 milliards à partir de 2030." - C.Jakubyszyn: Il y a peut-être un problème de relation au travail en France.
Quand on dit ça...
On a plein d'exemples en France de gens qui profitent. Pas tous. J'en connais!
Je peux en citer 10. C'est déjà pas mal. Ils se disent que c'est un droit. - S.Brakhlia: Parce qu'ils ont cotisé. - C.Jakubyszyn: Le nombre de ruptures conventionnelles a explosé pour cette raison.
Et c'est souvent des gens très qualifiés, des cadres qui veulent prendre une année sabbatique, faire une rupture conventionnelle pour toucher le chômage pendant un an. Ce n'est pas la logique du système. Le système du chômage n'est pas fait pour vous rendre de l'argent parce que vous avez cotisé mais pour vous aider si vous êtes en difficulté.
Je parle plutôt de populations assez aisées, des cadres. C'est ça que le gouvernement veut corriger en restreignant aussi cet accès à la rupture conventionnelle. - B.Jeudy: De la même manière qu'on a un système social extrêmement généreux et qu'il faut le conserver, on a aussi un régime d'assurance-chômage extrêmement généreux.
Forcément, dans un contexte de difficultés financières très importantes, ce qui est le cas de la France, le Premier ministre essaie de voir où il peut récupérer un peu d'argent. Cette réforme de l'assurance-chômage, qui a été suspendue...
C'est la 3e réforme depuis l'élection d'E.Macron en 2017. La 3e est celle qui était prévue par G.Attal, qui a été suspendue dans l'entre-deux-tours des législatives.
Tout ce qui fait qu'on a moins, on n'est pas contents. Les Français ne sont pas contents, et ils l'ont fait savoir. Le Premier ministre reprend cette même réforme qui rapporte beaucoup. - S.Brakhlia: Entre 2 et 2,5 milliards et, plus tard, 4 milliards. - B.Jeudy: A l'horizon 2027. - C.Michel-Aguirre: Rajoutons quelques chiffres sur l'assurance-chômage.
C'est la 3e fois sous E.Macron que le système est réformé. Vous dites que les syndicats ne sont jamais d'accord.
Il faut les entendre. Ils ont signé en avril un accord en disant qu'ils se mettaient d'accord sur 4 ans. Quand j'entends les chefs d'entreprise dire qu'ils ont besoin de stabilité institutionnelle...
Je comprends que les syndicats ne soient pas contents car ils s'engagent au nom des salariés. - S.Brakhlia: Le dernier accord, c'était 4 ans. - C.Michel-Aguirre: 6 mois après, on dit: "On s'est trompés, ce n'était pas assez." Notre système social est l'un des plus généreux au monde, dit-on.
Mais je rappellerais que le niveau de pauvreté, selon l'Insee, en 2023, en France, a atteint son plus haut seuil depuis 1996. Les populations les plus modestes ne s'en sortent pas. Ils ont vu leur pouvoir d'achat stagner et sont a priori les plus impactés par ces décisions.
Ce n'est pas qu'il ne faut rien faire. Il faut résoudre ce problème. Mais on a un peu appuyé sur le même bouton.
Le gouvernement, même si on est dans une instabilité politique où chacun peut accuser l'autre, doit tenir sa parole quand il s'est engagé. - S.Brakhlia: Remarque. - C.Jakubyszyn: Il y a eu beaucoup de mesures sur la fraude fiscale.
De gros efforts ont été faits. Ca rejoint ce que vous disiez. Le fisc s'est beaucoup modernisé.
Il a fait beaucoup appel à des instruments d'IA, des drones. C'est une administration qui a récupéré beaucoup de fraude fiscale. C'est un peu le non-dit du débat.
On dit qu'une partie du déficit est liée au covid. Est-ce que ça ne viendrait pas de l'inefficacité de nos politiques, leur incapacité à réformer le pays, son système? A l'étranger, d'autres pays se sont transformés et sont beaucoup plus efficaces.
Notre administration est très peu digitale. Certains services, comme le fisc... - S.Brakhlia: Le fisc est très efficace... - C.Jakubyszyn: L'hôpital utilise encore des fax pour correspondre entre les services!
Des fax! L'explosion du budget des hôpitaux est liée au personnel non soignant. Il n'y a pas assez de médecins mais trop d'administratifs.
On n'a pas fait les réformes car nos politiques, peut-être, ne sont pas à la hauteur des enjeux. - C.Michel-Aguirre: On a voulu faire des réformes pour améliorer l'efficacité de la dépense, précisément sur l'hôpital.
Ca a abouti à l'inverse. - C.Jakubyszyn: On a fait les mauvaises réformes. - S.Brakhlia: F.Bayrou demande plus d'efficacité à l'hôpital. - C.Jakubyszyn: Peut-être qu'on n'a pas les bons managers à la tête du pays. - C.Michel-Aguirre: La Cour des comptes a des explications très claires sur d'où viennent les 500 milliards manquants: les 60 milliards de baisses d'impôts qui n'ont pas été financés et qu'il nous manque aujourd'hui.
Les dépenses augmentent. - S.Brakhlia: Parlons de l'hôpital. - P.Dessertine: Je voulais rebondir un peu avant sur l'assurance-chômage.
On est sur des questions de problématiques structurelles auxquelles on ne répond pas. Notre problème, c'est le chômage des jeunes. Je suis enseignant.
J'y suis confronté. C'est ça qu'il faut contrer. Quand on parle des gens qui ne travaillent pas assez, qui rentrent trop tard sur le marché du travail, il y a une question structurelle.
Il faut travailler là-dessus. Vous allez récupérer des heures, de la capacité à créer de la richesse, et pour longtemps. Nous avons des jeunes hors du marché du travail, mal formés et qui vont plomber l'économie et leur génération.
On a beaucoup de burn-out, en France. On a beaucoup de maladies du travail. Les gens ne sont pas bien.
Il faut travailler là-dessus. Ce sont des questions structurelles. On a un problème d'équilibre, ça ne fait aucun doute.
On a un problème d'équilibre multiple, avec plein de facteurs. Il faut traiter les problèmes structurels et les traiter tous ensemble. La France repousse sans arrêt.
C'est pareil à l'hôpital. Il y a des choses structurelles qu'il faut qu'on travaille et on ne le fait pas. On repousse au lendemain.
On fait des mesures qui vont impacter les gens pour de vrai et qui vont faire lever une espèce de colère sourde qui peut sortir avec des "gilets jaunes" ou comme en septembre. "Les gens nous demandent des efforts, mais ça se dégrade de plus en plus." - S.Brakhlia: C'est le cas à l'hôpital.
On demande une réorganisation de l'hôpital public dans le nouveau budget. Les soignants disent qu'ils n'en peuvent plus. Ils n'ont pas les moyens de travailler avec l'argent qu'ils utilisent. - C.Michel-Aguirre: Parmi les gros problèmes de l'hôpital, il y a celui de la médecine de ville.
Les problèmes, on les connaît. Le chômage des jeunes, ça fait combien de temps qu'on en parle? Il atteint 19 %.
L'hôpital, même chose. On a eu ces réformes successives qui n'ont pas marché. On a un problème avec la médecine de ville qui ne fait pas les gardes.
L'articulation ne s'est pas faite. Tous les gens, le week-end et les jours fériés, atterrissent à l'hôpital. Les soignants n'en peuvent plus.
Ils ne cessent de le dire. Si on ne réfléchit pas au système d'ensemble, il va finir par craquer. - S.Brakhlia: On a énuméré quelques pistes d'économies envisagées par le gouvernement.
Dans la liste de courses des coupes budgétaires, l'un des gros points rouges qui fait l'unanimité contre lui, c'est la suppression de 2 jours fériés. Quand on va voir les entreprises, en pratique, ça a l'air simple, mais en réalité, c'est compliqué. - Des ouvriers à la tâche. - J'avais commandé les vis la semaine dernière. - La fatigue s'installe en plein coeur de l'été, alors les annonces de F.Bayrou passent mal, notamment la suppression envisagée de 2 jours fériés. - On commence à vieillir.
Ce n'est pas pour 2 jours...
Mais dans le bâtiment...
La vie passe très vite. Il faut en profiter aussi. Le travail, le travail...
Mon père est décédé 2 jours après son départ en retraite. Il faut en profiter au maximum. - Cet homme est chef d'équipe.
Il assure que supprimer des jours de repos pour gagner en compétitivité est une erreur. - C'est un rythme de travail assez soutenu, l'industrie. C'est ce qui va nous fatiguer un peu plus.
Il y a cette balance. Est-ce qu'on peut travailler 2 jours de plus, au risque de s'absenter par la suite en se dégradant la santé? Ou pouvoir les prendre et que ça n'impacte pas?
On a l'impression que c'est toujours demandé aux mêmes personnes. - Solliciter davantage les salariés, indispensable pour le patron. - Travailler plus va être à mon sens une obligation pour conserver le modèle social à la française tel qu'on le connaît.
Je pense que les gens en sont de plus en plus conscients. On a déjà ça pour les heures supplémentaires. Ceux qui veulent en faire, en période de rush, peuvent le faire.
Ceux qui ne veulent pas n'ont pas l'obligation. - Le directeur permet aussi aux employés qui le souhaitent de renoncer à une semaine de vacances. Ils reçoivent alors un salaire majoré.
Un système que veut développer le gouvernement et qui fait débat en pleine pause déjeuner dans cette entreprise d'événementiel. - Il y a 2 semaines que je n'ai pas prises. Je les aurais bien monétisées.
Juste pour pouvoir financer des projets ou n'importe quoi. - Je garde mes semaines de congés. Si ça peut être bénéfique à certaines personnes dans le besoin, pourquoi pas, mais il ne faut pas que ça dérive, au fur et à mesure, dans de l'obligation. - Le risque est qu'il y ait une différence de perception de l'employeur vers le salarié, qu'il se dise qu'il y a un vrai bosseur et un feignant. - Ici, la patronne promet de ne pas faire de différence.
Plutôt favorable au dispositif, elle est cependant convaincue que pour réduire la dette, il faudra en faire davantage. - Tout le monde s'accorde à dire qu'il faut la réduire mais que le voisin doit faire un effort. Je n'entends personne dire vouloir payer plus d'impôts.
Je pense aussi que l'Etat doit faire un effort sur son train de vie. Il y a certainement beaucoup de subventions à des myriades d'associations qui doivent être revues. Il y a un millefeuille administratif qui pèse énormément. - La directrice attend l'automne et le vote de ces mesures à l'Assemblée nationale. - S.Brakhlia: On a déjà eu le débat sur les jours fériés, mais une idée a été mise sur la table par une ministre: l'idée de monétiser des congés payés de façon volontaire, quand on a envie de ne pas prendre des vacances et d'être payé. - C.Jakubyszyn: C'est le "travailler plus pour gagner plus"qui revient.
C'est la bonne formule. C'est plus pédagogique que la suppression des jours fériés. Ca permet de faire comprendre aux Français que la richesse se crée quand on travaille et qu'ils ont légitimement droit à une partie de cette richesse quand ils la créent.
On a un système qui est socialisé. - S.Brakhlia: Ce n'est pas Un bon mot quand vous le dites? - C.Jakubyszyn: Au sens "étatisé".
Il y a une grande partie de l'argent qui part dans les cotisations sociales et les impôts de manière inefficace. - B.Jeudy: Ca procède toujours de la même logique.
Si on veut continuer à financer notre système social, il va falloir travailler plus. Ou alors, c'est un choix collectif d'avoir un système social plus dégradé, de l'accepter et de recourir à des solutions qui soient liées plutôt à la capitalisation ou autre pour le travail. La proposition de F.Bayrou a surpris un peu tout le monde avec cette copie budgétaire.
On n'attendait pas forcément ça de lui. - S.Brakhlia: Il avait prévenu. - B.Jeudy: Il a mis les choses sur la table.
Il soumet ça au débat pendant l'été...
Ca fonctionne plus ou moins bien. Dans les sondages, pas du tout. Les cotes de popularité sont catastrophiques.
Son explication sur la chaîne de télévision...
On ne donnera pas les chiffres. C'est très faible. Il échoue une forme de quitte ou double, mais il prend l'opinion à témoin.
Il met les Français devant leurs responsabilités. - S.Brakhlia: Il en a remis une couche sur YouTube. - S.Brakhlia: Remarque. - C.Jakubyszyn: C'est ce que disait Bruno quand il disait "quitte ou double".
Il y a de la politique derrière ça. Le destin de F.Bayrou est fragile.
Il peut ne plus être Premier ministre dans quelques semaines. Il a intérêt à quitter la scène avec un peu de panache. - S.Brakhlia: "J'ai essayé d'être courageux." - C.Jakubyszyn: "Voilà ce qu'il faut faire." Moi, je vous ai dit ce qu'il fallait faire.
Il prépare un peu sa postérité. - B.Jeudy: Dans cette démarche politique, il y a aussi des candidats potentiels à la prochaine présidentielle qui disent: "Il n'était pas assez courageux, E.Philippe." Ce qu'il dit aux Français, c'est que si vous n'acceptez pas ça aujourd'hui...
La purge sera bien plus forte en 2027. Il ne faut pas croire que si on ne fait rien jusqu'en 2027, ça va s'arranger. - S.Brakhlia: L'autre argument de F.Bayrou, c'est de dire qu'il vise tout le monde, même les retraités. - C.Michel-Aguirre: Il y a quand même une catégorie de la population qu'il ne vise pas, ou en tout cas, on n'en connaît pas les contours aujourd'hui: ce sont les très, très riches.
Il y a un dispositif qui est en préparation mais qui a été renvoyé en commission de l'Assemblée...
Des 2 assemblées, je crois. Autant vous dire qu'avant qu'ils se mettent d'accord, vu comment l'Assemblée est émiettée, pour savoir quel contour prendra cette contribution, on n'y est pas arrivés. Ca peut faire partie de la négociation. - B.Jeudy: Il peut être le parti charnière qui aiderait à faire passer le budget... - C.Jakubyszyn: La tranche supérieure des plus aisés va rester... - S.Brakhlia: Pardon, mais... - C.Michel-Aguirre: Je voudrais donner un chiffre pour préciser à nos téléspectateurs de quoi on parle.
Combien on attend de ces 2 jours fériés? 4 milliards. 4 milliards sur les 40 et quelques milliards... - C.Jakubyszyn: C'est déjà pas mal. - C.Michel-Aguirre: Oui, mais tout le reste n'est pas documenté.
Les 10 milliards d'économies de l'Etat, on ne sait pas d'où ça peut venir. 5,8 sur l'Etat... - B.Jeudy: L'année blanche, on sait quand même. - C.Michel-Aguirre: C'est 7 milliards ailleurs.
On se focalise... - S.Brakhlia: Sur les jours fériés.
Et vous dites qu'il fait exprès de parler des jours fériés pour détourner l'attention du reste. - C.Michel-Aguirre: C'est très symbolique.
Ca nous occupe beaucoup. Ca traduit l'attachement qu'on a aux jours fériés. Mais on n'est pas dans le coeur du truc!
Une fois que vous aurez enlevé ces 2 jours fériés...
Vous n'allez pas faire ça chaque année. Ca veut dire que l'année prochaine...
On n'a pas de trajectoire. Ce sont des one shots. On n'a pas de direction. - S.Brakhlia: Ce sont des mesurettes, alors qu'il faudrait faire des réformes structurelles, faire beaucoup plus d'économies. - B.Jeudy: 4 milliards avec les jours fériés, si on y arrive, l'année blanche...
A l'arrivée, ça fait quand même déjà pas loin du tiers de ce qu'il cherche à récupérer. Et ce sont des mesures qui peuvent être reconduites. Pour rejoindre la trajectoire des 3 % à l'horizon 2029, c'est le rythme de croisière qu'on va devoir, hélas... - S.Brakhlia: Je reviens sur les retraités.
Pour les personnalités politiques, pour les partis politiques, les retraités, c'est sensible. Ce sont eux qui votent. L'abattement fiscal qui pourrait être retiré pour certaines catégories... - C.Jakubyszyn: Remplacé par un forfait. - P.Dessertine: Complètement supprimé.
Ils sont plutôt sensibles aux retraites élevées. La France, quand on compare par rapport aux autres pays européens et sachant que nous avons un problème structurel, on a à peu près 14 % du PIB sur les retraites. Les autres sont à 12.
Là, c'est un des axes les plus forts sur lesquels on a un problème. Il y a 2 solutions. Soit vous repoussez l'âge de la retraite, mais ça voudrait dire...
On a bien vu ce qui s'est passé autour de la discussion en France. On était sur les 64 ans, sur les 63 ans, 65 ans...
Mais on ne parle pas de la manière dont on va devoir envisager de plus en plus une fin de vie au travail. Peut-être que là, nous sommes dans une logique brutale d'arrêt. Il va falloir rentrer dans quelque chose que font les autres pays d'Europe, un ralentissement progressif qui fait que vous ne ponctionnez pas et vous continuez à rapporter.
Mais dans les 2 cas, vous n'êtes pas, comme la France, dans ce système d'arrêt brutal avec des personnes qui disent qu'elles sont fatiguées, comme dans le reportage. Ce n'est pas juste quelqu'un...
On voit quelqu'un qui travaille, pas quelqu'un qui a l'air flemmard. Les Français doivent réfléchir à ça. Quand on regarde la problématique retraite, soit vous faites travailler les gens plus longtemps, soit vous devez réduire les tensions.
On va avoir de plus en plus d'inactifs et de moins en moins d'actifs. On est passés en solde négatif. On fait moins d'enfants qu'il y a de personnes qui meurent chez nous en France.
On est vraiment dans cette logique peu à peu de l'hiver démographique. - S.Brakhlia: Un régime par répartition, ça ne peut pas tenir? - P.Dessertine: Ca tient si vous êtes en train de le modifier.
Soit vous travaillez plus longtemps, soit le montant des pensions se réduit. On tourne autour du pot! On est bien dans cette problématique en disant que le système ne marche pas.
Il va marcher de moins en moins. Soit on fait des coupes au passage... - S.Brakhlia: A gauche, on dit qu'il y a d'autres sources de recettes possibles pour financer la prochaine retraite, mais on ne va pas entrer dans ce débat.
L'idée du prochain budget, c'est de faire des économies par tous les moyens. La dépense publique est dans le viseur du gouvernement. Sur le terrain, les Français assistent au délitement des finances publiques, notamment dans les communes rurales.
Nous sommes partis en tournée avec un facteur à l'ancienne en Haute-Garonne. - Sur les routes de Haute-Garonne, la tournée d'Axel commence toujours au pas de course. Savoir accélérer pour, un peu plus tard, mieux prendre son temps. - Ne pas traîner...
Ce qu'on sacrifie aujourd'hui, c'est le contact humain. Il faut aller plus vite. J'essaie de garder ça, le rapport humain.
Ce lien social, c'est ce qui fait le coeur de notre métier. On reste un service public, à La Poste. - Ce qui est pratique, avec un camion jaune, c'est qu'on le voit arriver de loin. - Vous voulez un café? - Oui, vite fait. - Entendu. - Cette femme et son mari vivent ici depuis toujours.
Lui était forgeron, elle aide ménagère. Les enfants sont partis, la retraite est arrivée et, avec elle, un sentiment d'isolement. - Je sais qu'il y a le facteur qui est là, si jamais je tombe. - Il y a une dame qui perd l'équilibre.
Tout seul, son mari ne pouvait pas la relever. Je suis arrivé à ce moment-là. Il était bien content. - Dans les terres retirées de Haute-Garonne, le facteur fait presque partie de la famille, mais pour combien de temps encore?
Ce jour-là, Cathy, la factrice à la retraite, vient prendre des nouvelles de ses anciens clients. -29 ans, j'ai fait ma tournée. Ca fait presque une génération.
Moi, j'ai apprécié. Je ne dis pas qu'il faut aller vite, mais il ne faut pas passer trop de temps chez les gens. Il ne faut pas perdre trop de temps, en tournée.
Et c'est bien dommage. - En rural, ils se sentent abandonnés parce qu'ils ne voient plus personne. On peut parler des bureaux de poste qui ferment en nombre.
Depuis les années 2000, on est sur plus de 10 000. - La numérisation des échanges a fait s'effondrer le service courrier de La Poste. Aujourd'hui, un Français envoie en moyenne 5 lettres par an contre 45 en 2010.
Alors, l'entreprise se réorganise et les tournées comme celles d'Axel se raréfient. - Je me débrouille, comme d'habitude? - Oui, oui.
Là... - Direct dans la cafetière?
Allez. - Ce n'est pas tellement pour le courrier... - C'est une excuse, le courrier? - Oui, un peu.
J'aime bien qu'il vienne. Il est tellement gentil, aussi. Quand je n'ai personne autour...
Mon fils est là, mais quand il s'en va...
Il ne peut pas être là tout le temps. Mes filles ne sont pas là non plus. Je ne suis pas toujours tranquille. - Vous venez boire le café ou vous n'avez pas le temps?
Vous avez le temps de prendre le café? - Céder au sourire d'Anne-Marie, manger un peu de brioche et l'écouter parler de la vie chère. - Hier, je suis allée faire les courses.
Seulement, dans le chariot, qu'est-ce qu'on a? Rien! - L'engagement d'Axel, engagé à la CGT, est aussi politique, dans des terres où le le RN ne cesse de progresser. - Le RN surfe sur l'isolement des gens sur les territoires ruraux, sur les disparités...
Je lutte contre ça tous les jours en allant au contact des gens. - La fin de la tournée approche, et un espoir pour ces vieilles dames: revoir leur facteur dès demain. - S.Brakhlia: On voit dans le reportage qu'Axel est beaucoup plus qu'un facteur.
Je pense à cette période de canicule. Si Axel ne prend pas le temps d'aller voir ces personnes âgées chez elles, c'est plus compliqué pour elles. - C.Jakubyszyn: Oui, mais La Poste est aussi une entreprise qui doit trouver les ressources pour se développer.
Ils l'ont fait. Ils ont développé beaucoup...
Les gens ne s'écrivent plus. Le courrier s'effondre. Les gens s'envoient des mails.
Heureusement, ils s'envoient des colis. La Poste est devenue leader sur le marché des colis en France et s'en sort extrêmement bien. Ce n'était pas évident avec les Américains en face.
On a transformé les facteurs, mais encore faut-il qu'ils soient d'accord. Certains ne veulent pas fournir des services supplémentaires. Beaucoup de facteurs livrent les repas.
Pas forcément tous les jours, mais tous les 2-3 jours. Il y a des abonnements qui existent. Il y a des entreprises qui font des repas pour les personnes âgées.
Il y a aussi des services bancaires à domicile. Ils ne peuvent pas se contenter de livrer des lettres. Ce n'est pas possible.
Mais en fournissant des services, on peut garder les facteurs. - S.Brakhlia: Sur les services publics qui disparaissent dans les communes rurales...
Là, La Poste y est toujours, mais il y a plein de services publics qui ont déserté ces communes. M.Le Pen et le RN ont fait campagne là-dessus.
Pendant de longues années, M.Le Pen a fait campagne sur les oubliés de la France. - B.Jeudy: C'est un des fonds de commerce de M.Le Pen.
C'est vrai que les administrations se sont aussi transformées. Christophe le décrivait pour La Poste, mais pour d'autres administrations aussi. Il y a un peu moins de fonctionnaires, ce qu'on appelle en front office, qui sont sur le terrain, parce que les administrations se sont, pour certaines, numérisées, comme le fisc.
On parle de la dématérialisation qui, pour certaines catégories de population, peut donner ce sentiment d'abandon. Ils sont aussi en difficulté par rapport au numérique. Il y a toute une catégorie de la population pour qui c'est difficile, parfois.
Pas forcément dans les zones rurales, mais aussi en ville, quand il s'agit d'accéder à certaines plateformes. Cette fracture numérique ajoutée à la réduction et à la réorganisation des administrations...
M.Le Pen et le RN ont beaucoup surfé là-dessus. Ca leur a plutôt réussi, dans ces zones où, on l'a vu aux dernières législatives...
Vous aviez quelques taches du territoire qui n'étaient pas conquises par le RN mais toute la grande partie de nos provinces, notamment dans les villes plus reculées, c'était le RN qui dominait très largement. - S.Brakhlia: En Haute-Garonne, le RN a bondi. - B.Jeudy: En Occitanie, c'était une des régions où ils étaient les moins forts, avec la Bretagne et quelques autres. - P.Dessertine: C'est un très beau reportage.
C'est le problème, à mon sens: le côté nostalgique. Il y a un petit côté "Bienvenue chez les Ch'tis", "Amélie Poulain", la France d'autrefois avec nos aînés qui parlent de la France d'autrefois et avec le service public en face dont on dit qu'il disparaît. Après, on dit qu'il faut numériser.
Numériser, ça veut dire garder la nostalgie et mettre quelque chose à la place. Là, ça ne marche pas. Là, on est dans l'idée de fermeture de petites structures.
La question est de savoir si on doit prendre le truc d'avant pour rester dans la nostalgie sur laquelle surfent un certain nombre de partis politiques...
Alors qu'on sait que ce n'est pas vrai. - B.Jeudy: Le gouvernement a quand même essayé, avec les fameuses maisons de services, de remettre un peu d'humain, mais c'est inégal.
Il y a des collectivités qui peuvent financer, mais ça ne marche pas partout. - P.Dessertine: Je crois que derrière, il va falloir repenser le modèle complètement.
Le postier a été très intéressant...
A l'intérieur d'un modèle complètement nouveau dans lequel le digital, l'IA, va être fondamental...
L'humain est fondamental. Ce qui va être fondamental, c'est que les services publics continuent d'attirer des gens intéressants qui vont correspondre à ce qu'attendent les citoyens. Ils ont besoin de gens en face d'eux et que ces mêmes agents publics aient une vision en disant qu'il faut une vision stratégique par rapport à là où on va.
Un nouveau service public pour une nouvelle France. - S.Brakhlia: On va prendre tout de suite les SMS et les questions des téléspectateurs.
Ils sont plus de 1500. On commence avec cette question. - C.Jakubyszyn: Il y a plusieurs cas. - C.Michel-Aguirre: Chaque cas est différent. - C.Jakubyszyn: Les Grecs sont radicaux.
Ils ont baissé les pensions de 25 %. L'Espagne, c'est un modèle de transformation de la gouvernance du pays. Ils sont très avancés...
J'ai la chance d'avoir un frère qui vit en Espagne. Quand vous voyez le système éducatif public en Espagne, c'est extraordinaire. Il y a des newsletters toutes les semaines, ils apprennent 3 langues...
Ils investissent sur leur jeunesse. Quand vous comparez ce qu'ils ont fait en 10 ans, on se demande pourquoi nos politiques ne l'ont pas fait. - C.Michel-Aguirre: L'Espagne est très intéressante.
Ils ont eu une vision. Ils ont fait les deux. Ils ont d'abord... - S.Brakhlia: Serré la vis. - C.Michel-Aguirre: Et depuis que le gouvernement socialiste est en place, il investit, vraiment.
Il a mis en place un revenu minimum. Ils investissent également dans la transition écologique, mais avec une vision dans le numérique, etc. Ils ont repoussé l'âge de la retraite, ce qu'on refuse de faire.
Et le pays est en marche. Ils sont dans une phase de rattrapage aussi. Ils sont en dessous de la France en termes de PIB par habitant, mais le pays est mobilisé et il est dans le rattrapage. - S.Brakhlia: Question. - B.Jeudy: Pour l'instant, les sondages sont assez catastrophiques pour lui.
Il doit être à peu près le Premier ministre le plus impopulaire de la Ve République. Mais qui serait populaire avec...
Je suis d'accord. Je crois que ce qu'il a fait le 15 juillet...
C'est un homme politique qui a son âge, 74 ans. Il est en fin de carrière. Je ne comprends pas que ceux qui veulent être candidats en 2027 ne s'appuient pas sur lui.
Il est en train de faire une part du sale boulot qu'il faudra faire à un moment ou à un autre. - S.Brakhlia: Vous savez comment il le vit? - B.Jeudy: Je vais vous dire: il est dans ses baskets.
Il avance. Je pense qu'il savait...
Il y a un an, c'était M.Barnier qui était Premier ministre. Lui-même, pendant l'été, avait prévu qu'il serait Premier ministre tôt ou tard.
C'est arrivé le 13 décembre. M.Barnier a chuté pour les mêmes raisons, peut-être, qui arriveront à F.Bayrou.
Et il s'est imposé à E.Macron. - S.Brakhlia: Il a eu la vision. - B.Jeudy: Il sait que ce budget est compliqué et qu'il faut prendre des mesures impopulaires.
Il pense qu'il est celui qui peut le faire aujourd'hui. - S.Brakhlia: Question. - P.Dessertine: C'est intéressant.
Ca regroupe les 3 questions. Quand on prend l'exemple des autres pays d'Europe, ils ont touché le fond, et les vraies gens, les Espagnols, les Portugais, les Grecs, ils sont comme nous. Ils n'aiment pas les mauvaises nouvelles.
Il y a eu cette idée: "Maintenant, il faut qu'on y aille." A un moment donné, il faut peut-être qu'on touche le fond, qu'on ait une grosse catastrophe et que les Français se disent: "Maintenant, il faut y aller." En 1958, quand de Gaulle revient au pouvoir, les finances publiques sont dans un état catastrophique.
Tout va mal. Les gens se disent: "Il faut qu'il se passe quelque chose." Il se passe le nouveau front, la remise à plat de toutes les finances publiques qui sont catastrophiques.
Les Français ont été derrière. Ce dont on a besoin... - S.Brakhlia: On n'y arrive pas s'il n'y a pas de prise de conscience des Français. - P.Dessertine: Les politiques se ressemblent.
Ils vont faire là où ils sentent... - B.Jeudy: Les Français n'ont pas exactement ce niveau de conscience, à cause du covid, des politiques d'aide qui ont été prolongées, les boucliers, les chèques qui ont affaibli cette conscience.
A la fin des années Chirac et au début des années Sarkozy, il y avait cette prise de conscience, mais c'est terminé. - S.Brakhlia: Question. - C.Jakubyszyn: C'est ce qu'on disait.
Il faut sans doute toucher à l'organisation de l'hôpital. - S.Brakhlia: Remarque. - C.Jakubyszyn: C'est la fameuse guerre des générations.
Mais je comprends. Il a l'impression que c'est lui qui va faire les sacrifices et que les boomers ont tout eu. - S.Brakhlia: Question. - C.Michel-Aguirre: Elle devrait! - P.Dessertine: Elle va l'être.
Il faut qu'on bascule. Il faut qu'on mette les moyens pour ça. - C.Jakubyszyn: Regardez les Chinois.
Regardez l'industrie automobile chinoise. - S.Brakhlia: Merci.
Merci d'avoir participé à cette émission. Vous pouvez écouter l'émission en podcast. Ca a été un plaisir de vous accompagner ces derniers jours.
François Bayrou