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interviewFrance Culture· 13 mai 2026 11 min

La FIN de la FRANÇAFRIQUE, vraiment ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le sommet Africa forward s'est achevé hier à Naobbi au Kenya après 2 jours de discussion entre la France et une trentaine de chefs d'état africains. Emmanuel Macron y a annoncé 23 milliards d'euros d'investissement pour le continent dont 14 milliards venus de France tandis que le président Kenyan William Ruto a dénoncé les inégalités du système international et réclamé une place permanente pour l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU. Bonjour Francisque Patindé.

Bonjour. Vous êtes enseigneur à sciences, vous êtes ancien rédacteur en chef de jeune Afrique et du monde d'Afrique. Que signifie le fait que ce sommet Africa Forward a été organisé pour la première fois dans un pays anglophone, autrement dit le Kenya ?

Mais c'est un changement de fond, c'est parce que jusque-là c'était organisé soit en France, soit euh dans un pays francophone d'Afrique. Parce que au début, quand ça a démarré sur le président George Pompidou, le fait c'était de se regrouper que la France se regroupe avec ses anciennes colonies. Maintenant on a évolué.

Au début, ça s'appelait euh France Afrique. Après le le le la dénomination a changé, c'est devenu Afrique-Fance parce que après tout, c'est quand même un continent et un pays. Donc maintenant, on a franchi une étape supplémentaire avec l'organisation dans un pays anglophone d'Afrique, le Kenya en l'occurrent, qui est un des pays les plus dynamiques d'Afrique, hein. un pays où on invente beaucoup, il y a beaucoup d'inventivité où les il y a beaucoup le taux de jeûne est assez fort, c'est 70 % de la population à moins 35 ans au Kenya.

Et puis alors la deuxième particularité, c'est le fait qu'il ne s'agit pas d'aide mais d'investissement. Oui, parce que je crois que les africains ont fait le tour de ce qu'on appelle l'aide au développement et tout, ça n'a rien donné du tout. Et donc ils se disent "Bon, tant qu'à faire, autant faire des affaires et que mettre les cartes sur la table et puis euh euh entrer dans une dans une dynamique de gagnant gagant, c'est le mois à la mode là-bas et et en France aussi d'ailleurs.

Et donc Macron, leur le président Macron leur offre l'opportunité de de débattre de ça, d'entamer peut-être quelque chose de nouveau, mais c'est pas encore sûr, hein. C'est-à-dire que ces investissements ne sont pas fermes. C'est pas ferme.

C'est des effets d'annonce. Vous savez ce type de sommet, on annonce souvent des chiffres assez faramineux. Après, il faut que l'intendance suive et parce qu'il y a il y a 23 millions milliards de d'euros d'investissement direct.

Donc 14 milliards apportés par la France et 9 milliards provenant d'investisseurs africains. Ce qui est intéressant là-dedans, c'est que c'est le secteur euh privé qui est le plus sollicité, sauf dans le casadre de la France où il y a euh des des fonds publics et également le secteur privé français. Mais alors je justement le sommet donc qui a eu lieu s'arrête aussi 10 ans après le discours de Wagadou et ça ça marque également une étape assez importante.

Peut-être faut-il rappeler ce sommet de Wagadou Francisque Patindé. Ben Abagadou, c'était le premier sommet du président Macron. Vous savez, c'est en de il est arrivé au pouvoir en 2017, c'était une initiation à l'Afrique même s'il a fait un stage de l'ENAT au Nigéria.

Et donc ça, il a été à Wagadouu, il a été il a rencontré les étudiants comme d'ailleurs à Nairobi là, il a été sur le campus. Bon, il y a eu des quaks dans la forme avec le président son autre le président du Burkina Faso. Mais bon, le président Macron a annoncé un certain nombre de de de réformes euh devant les étudiants et ça a mis du temps puisque 2017 aujourd'hui c'est presque la fin de son dernier mandat.

L'année prochaine le président Macron sera là. Mais bon, je pense que Naéobi, c'est essayé de démarrer le processus entamé à Wagadouu. Mais alors je je justement ce processus parce que donc parmi les quoi qu'il y avait eu aussi cette déclaration d'Emmanuel Macron qui avait fait polémique en Afrique où il disait en substance que le colonialisme et ses conséquences ne pouvaient pas être tenues responsable pour tout tout le temps de l'état de l'économie de certains pays africains.

Oui, c'est vrai qu' il a dit ça mais il a dit d'autres choses également depuis. Euh bon, c'est il y a un peu de provocation de sa part hein, vous savez, c'est le premier président français né après les indépendances africaines. Donc il estime que bon, il est pas trop comptable de tout ça, que il faut faire table race du passé et se projeter d'ailleurs le titre du sommet Africa forois de tout ça.

Donc en fait, bon, il a répété les mêmes choses maintenant, mais une nuance, il a fait en fait, il a il a promis tout et le contraire d'ailleurs à à Naobi, c'est-à-dire ou ça veut dire que bon, on est tous des métises, le métissage c'est quelqu'un qui a 100 % français et 100 % africain, son pays d'origine. Vous voyez, il a je crois c'est son tempérament. il a la fougue pour lui, il a la jeunesse pour lui et il est en phase aussi avec une partie de l'opinion en Afrique qui aime bien les présidents dérageant mais et ça ne fait pas le bonheur de ces autres de de ses pères chefs d'état africains.

Bon, sur sur le plan euh des euh économies africaines, parce que parmi les pays euh très dynamiques en Afrique, on trouve notamment la Guinée, euh on trouve euh également le le Sénégal, la le Liberia, la Côte d'Ivoire, le Ghana. Ça, ce sont les pays qui aujourd'hui se tarquent d'avoir une économie extrêmement vigoureuse. Oui, selon les chiffres de la Banque Mondiale et du FMI effectivement.

Mais vous avez de grands pays qui ont des problèmes 7 mais euh on peut pas se destourner de ces pays comme le Nigéria, comme le Kenya, comme l'Angola, vous voyez l'Éthiopie. D'ailleurs, le président Macron sur son sur le chemin du retour fait une halte à à Disabeba en Éthiopie. Vous voyez, il y a des pays qui sont qui sont incontournables sur le continent africain par la taille de la population, par la taille de leur économie et puis même par la qualité de leurs élites.

Et donc ça c'est les pays incontournables. Actuellement effectivement les pays que vous avez cités sont bien notés par la communauté internationale. Mais est-ce que ce sera pérenne ?

Et vous savez il y a il y a beaucoup de choses à faire et des pays incontournables pour moi c'est le Nigéria, le Kenya, l'Afrique du Sud, l'Angola. Je vous parle pas des pays d'Afrique du Nord comme l'Égypte et l'Algérie et le Maroc. Bon, il y a aussi une compétition internationale.

Donc euh la France est la France, elle est pas seule. La France n'est pas le premier partenaire. Faut faut pas nous dire ça Francisque. [rires] Maintenant le marché est ouvert et les africains, il y a une quête de souveraineté en Afrique et il y a une quête aussi de pluralité des partenariats.

Donc ce qui fait que le premier partenaire aujourd'hui commercial en tout cas de l'Afrique c'est la Chine. Et la Chine a pris d'importantes part de pris beaucoup d'importance et il y a des pays comme la Turquie, le Brésil, l'Inde aussi qui ont qui ont pris beaucoup de place en Afrique. La France, elle est plus seule.

Il y a la question aussi de la présence russe. La Oui, la présence russe, c'est pas au porte-monnaie que ça frappe. Ça frappe plutôt au niveau de la défense de l'armée.

Donc, vous savez, il y a Afric COPS qui a remplacé Wagner. Afric, c'est des c'est des supplétifs, on va dire, du ministère de la défense russe et donc ils interviennent dans des pays comme la Centrafrique, le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Donc c'est au plan militaire que les Russes interviennent.

Mais les Russes, contrairement aux Chinois, n'interviennent pas en matière commerciale, en matière d'investissement. H ils sont en revanche très présents sur le plan sécuritaire et sur le plan également de la propagande. Ah oui, la propagande et la propagande russe là-bas, elle est surtout présente dans les pays, les trois pays du Sahel qui sont dirigés par des jeunes prorusses actuellement.

Et donc la propagande est particulièrement dirigée par contre la France. Pourquoi ? parce que la France est l'ancienne puissance tutellaire de ces pays et la Russie est en quête de de conquérir le cœur de des jeunes africains.

Bon, il y a aussi donc la question des zones d'influence. Alors effectivement le le Kenya c'est un pays qui fait partie de l'Afrique anglophone. Si on essaie justement de de comprendre comment se répartissent les choses entre Afrique francophone, Afrique anglophone, est-ce que ce sont encore des catégories valides ?

Non. D'autant plus que utiliser ces termes, c'est gênant quelque part parce que on dirait que c'est compartiment francophone, anglophone, los hispanophone parce qu'il y a un pays hispanophone en Afrique donc et le mieux c'est de quelqu'un me disait hier il faut dire plus soiphone parce que la langue la plus parlée dans ce coin là c'est le so hili c'est donc ce qui est sûr c'est que la France et on peut pas la lui interdire le lui interdire c'est la France a besoin de s'ouvrir à à ce qu'on appelle l'Afrique culture. à des marchés qui sont importants comme le Kenya.

Mais je vous fais remarquer par ailleurs que le sommet n'était pas un sommet Kenya France, c'était un sommet Afrique France. Donc c'est une rencontre multilatérale puisque il y a une trentaine de chefs d'État et de gouvernement qui étaient en Naéro avec le président Macron. Et donc on attend ces ces investissements.

Vous disiez tout à l'heure qu'il y avait beaucoup de promesses de fête mais que ces promesses n'allaient pas forcément toutes se concrétiser. Est-ce que ça marque quand même un rapprochement entre la France et le continent africain ? Là aussi, il y a une longue histoire, la France-Afrique, la décomposition de la France-Afrique.

Est-ce qu'on a affaire à une décomposition ou pas ? Oui, ben c'est ça c'est sûr qu'il y a une opération aussi de com derrière tout ça hein. une opération conquête des opinions parce que il y a eu il y a beaucoup de souverainisme en Afrique en ce moment, beaucoup de ce qui est normal parce que vous savez les africains aussi passent par des étapes et en ce moment il y a une quête de souveraineté et dont les jeunes dénoncent la France parce que ils se disent la France d'ailleurs qu'ils n'ont pas connu parce qu'ils sont très très jeunes et c'est leurs parents ont connu la France mais eux ils l'ont pas connu. il dénonce et la France le président Macron part la conquête des cœurs aussi dans cette opération faite à Naéobi.

Une conquête des cœurs, une conquête des marchés. Peut-être que la France peut espérer dans un certain nombre de registres. On sait que les infrastructures notamment portuaires, alors ça c'est un domaine hautement concurrentiel.

Les Chinois notamment sont très présents. Ah ben oui, le de toute façon la France fait face à une concurrence rude hein. Vous savez les les Chinois sont les Chinois sortent le chéquier et ça c'est important.

Le chéquier ça part surtout pour des jeunes qui sont qui ont fait de grandes études qui sont inventifs et tout ils croient les gens ils ne croient plus les gens sur parole. Il faut sortir le chéquier en Afrique comme on le fait en Europe aujourd'hui si vous voulez être cru. Donc ce qu'il faudrait au lendemain du sommet de de Naéroie, c'est qu'il y ait un début de réalisation.

Euh, il faut des actions. Que des actions accompagnent ces promesses mirobolantes.