Enfin un peu d'air
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture, et c'est l'heure de votre humeur du jour, Astrid, et ce matin, de l'air, de l'air. L'expression n'a jamais aussi bien porté son nom. Enfin un peu d'air, on a suffoqué, la température est un peu retombée, on respire. Il ne faudra toutefois pas oublier la canicule de 2026, comme on a zappé trop vite celle de mai dernier et toutes celles à venir. Quand on commence à prendre un sujet à bras le corps, on compte nos morts. C'est ce qu'ont fait les féministes pendant des années, dans leurs coins, avant d'être prises au sérieux et d'imposer leur décompte des féminicides et leur vocabulaire.
Comptez nos morts, c'est désormais le bilan à tirer pour les autorités et la presse, qui va chercher les informations au compte-gouttes afin de les rassembler, d'en tirer du sens et de prouver. Prouver que le dérèglement climatique tue déjà sous nos yeux. Mais ne vous méprenez pas beaucoup, n'y crois toujours pas. Ils ne nous aideront pas. Trop occupés au déni pour éviter de se culpabiliser par paresse intellectuelle ou paresse d'action, peu importe les raisons. Comptez les morts, par où commencer ? Il faut du temps, on n'est pas sûr. L'atroce délai, mourir de chaud, l'insupportable raison. On croirait mourir de rire, tout était pourtant si prévisible.
1000 décès de plus que la normale depuis mercredi selon Santé publique France. 109 morts en 24 heures recensées par le SAMU parisien au lieu de 7 à la même époque l'an dernier. 74 noyades en 10 jours. Ne pas oublier, tirer les leçons, agir, se souvenir. L'eau du robinet était chaude alors qu'elle devait être froide. Les gels douche, brûlant. Les bougies aussi ont fondu. L'œuf, il a cuit sur une poêle posée dans la cour de récré. Les couvertures de survie aux fenêtres des écoles et des maisons, néo-gilets jaunes de la crise caniculaire. Et les sensations d'étouffement, d'angoisse, de malaise, de vomissement à tous les âges. Irritabilité, peur de mourir, agressivité.
Bitume, brûlant, degrés délirants. Les chiens, assoiffés, les personnes en danger. Les rues désertées, trop de camions de pompiers. L'angoisse, du manque pour respirer. Des scènes de films qui viennent à l'esprit. Mais rien de comparable, c'est l'inconnu. C'est Séville à Paris, se réjouissent certains. Les mêmes qui ne voient rien. Paris n'est pas Séville, c'est plus, plus souvent. Pas besoin d'argumenter. Lisez, lisons, agissons. C'est une prière, sera-t-elle. Exaucée, ne relâchons plus jamais ce sujet. Il est bientôt 7h sur France Culture. Sous-titrage Société Radio-Canada