Attractivité de l'industrie : "Il y a un problème, alors qu'il y a des jobs passionnants et mieux payés que dans les services", assure Louis Gallois
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:37OuverteRéponse directe
Diriez-vous que nous sommes en train de vivre un changement de mentalité profond en France concernant l'industrie ?
- 1:32OuverteRéponse directe
Et est-ce que justement ce changement de mentalité, il est également dû à un volontarisme politique ?
- 2:25OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on n'a pas trop le choix, finalement, quand on regarde notre déficit commercial ?
- 3:30OuverteRéponse directe
En France, 50 à 60 000 emplois. Aujourd'hui, non pourvu, comment est-ce que vous l'expliquez ?
- 3:36OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est dû à un déficit d'images ? C'est sale, finalement ?
- 5:02OuverteRéponse directe
Alors, ma question suivante, et ce sera la dernière, c'est quels sont les leviers d'action sur lesquels il faut agir aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:25PrésentateurChiffre
« 5500. »
- 2:09InvitéChiffre
« France 2030 en particulier, qui représente 53 milliards. »
- 2:35PrésentateurChiffre
« 54 milliards d'euros de déficit au premier semestre »
- 2:40InvitéChiffre
« Il est colossal. C'est 80 milliards en 2022. »
- 3:34PrésentateurChiffre
« 50 à 60 000 emplois. Aujourd'hui, non pourvu »
- 4:18PrésentateurFait
« les salaires, ils sont plus élevés que dans les services aujourd'hui. »
- 4:44InvitéFait
« des jobs passionnants, plutôt bien payés, mieux que dans les services, plus stables que dans les services, contrairement à ce que l'on croit. »
- 5:13PrésentateurFait
« la France est menacée aujourd'hui de descendre en deuxième division. »
- 5:40InvitéFait
« Les biens placés, c'est les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Corée. »
- 6:12PrésentateurChiffre
« un crédit d'impôt recherche qui coûte 7 milliards d'euros de mémoire. »
- 6:20InvitéChiffre
« un chercheur est embauché au CNRS après 10 ans d'études à 2100 euros net »
Temps de parole
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Bonsoir à toutes et à tous. Il est ancien patron de la SNCF d'Airbus, ancien président du conseil de surveillance de PSA Peugeot Citroën. Bonsoir Louis Gallois.
Bonsoir.
Vous êtes coprésident de la Fabrique de l'Industrie, laboratoire d'idées consacré à l'industrie justement. Se tient toute la semaine une série d'événements dans toute la France.
5500.
Exactement, c'est la semaine de l'industrie. La semaine dernière, le laboratoire danois Novo Nordisk annonçait près de 2 milliards d'euros d'investissement près de Chartres. Diriez-vous que nous sommes en train de vivre un changement de mentalité profond en France concernant l'industrie ?
Je crois qu'il se passe quelque chose, c'est-à-dire que les mentalités sont en train de changer. Moi je vois apparaître une nouvelle génération d'entrepreneurs, très souvent engagés, engagés pour fabriquer en France, engagés pour la protection de l'environnement. Et je pense qu'ils ont le moral et ils ont envie d'y aller.
Et donc il y a un changement de paradigme.
Je pense qu'il y a un changement de mentalité. D'autre part, vous avez de très gros investissements. Vous avez cité celui de Chartres. Mais il y a eu l'investissement sur les semi-conducteurs à Grenoble. Il y a eu les gros investissements sur les batteries, notamment autour de Dunkerque. Tout cela crée un climat nouveau. Et je pense que ce sont des bourgeons. J'espère qu'ils annoncent le printemps, même si nous sommes au début de l'hiver.
Et est-ce que justement ce changement de mentalité, il est également dû à un volontarisme politique ? Je pense évidemment à celui du Président de la République et Emmanuel Macron, entre autres.
Je pense qu'il y a eu un virage de la politique de l'offre qui a commencé sous François Hollande, qui a été intensifié avec le nouveau Président de la République, Emmanuel Macron.
Qui a organisé une série d'événements. On pense à Choose France.
Oui, il y a eu Choose France, qui est une initiative importante. Et puis il y a eu aussi des espèces solancentes et trébuchantes. Il y a France 2030 en particulier, qui représente 53 milliards. C'est important et qui permet de s'engager sur un certain nombre de voies nouvelles. Donc il y a du positif. Mais ce sera long. Ça va être long et difficile.
Est-ce qu'on n'a pas trop le choix, finalement, quand on regarde notre déficit commercial ? 54 milliards d'euros de déficit au premier semestre, on n'a pas trop le choix. C'est aussi le choix de la raison.
Il faut regarder le déficit des produits manufacturés. Il est colossal. C'est 80 milliards en 2022. Je ne sais pas ce que ça va être en 2023. Je pense que ça sera légèrement inférieur. Mais enfin, 80 milliards, c'était considérable. Parce qu'à côté de ça, il y a évidemment le déficit dû aux produits pétroliers et aux importations des énergies.
Mais fabriquer en France, c'est aussi un choix raisonnable.
Je crois que fabriquer en France, c'est un choix raisonnable. D'autant plus raisonnable qu'il s'inscrit dans cette idée de grande régionalisation pour éviter les transports excessifs et aussi pour éviter les dépendances. Nous sommes très dépendants d'un certain nombre de fournisseurs, et notamment de la Chine.
Et donc, c'est aussi une question de souveraineté.
Je pense qu'il y a une question de souveraineté.
Alors, dans le même temps, Louis Gallois, on voit qu'on a énormément de mal à recruter dans l'industrie. En France, 50 à 60 000 emplois. Aujourd'hui, non pourvu, comment est-ce que vous l'expliquez ?
Eh bien, écoutez, d'abord...
Est-ce que c'est dû à un déficit d'images ? C'est sale, finalement ?
Je pense qu'il y a d'abord un déficit d'adéquation de l'offre à la demande. C'est-à-dire que les compétences qu'on recherche à l'industrie ne sont pas obligatoirement immédiatement disponibles. Donc, il y a un effort de formation très important à faire, notamment pour tout ce qui est les nouvelles technologies, le numérique, etc. Et puis, d'autre part, on constate que les jeunes qui sortent de formation dans des filières industrielles ne vont pas vers l'industrie. Près de la moitié d'entre eux, d'après ce que j'entends dire, ne va pas vers l'industrie. Donc, il y a un problème d'attractivité de l'industrie.
Donc, des déficits d'images.
Des déficits d'images.
Et pourtant, les salaires, ils sont plus élevés que dans les services aujourd'hui.
Alors, les salaires sont plus élevés. Ce qui fait d'ailleurs qu'il y a un petit problème de charge sociale, si vous le voyez, on le croit.
Le galoir. On vous retrouve.
Absolument. Mais je crois qu'effectivement, il y a un problème d'images. La semaine d'industrie, c'est ça. C'est 5500 événements pour amener les gens dans les entreprises, pour qu'ils voient ce que c'est que l'industrie, ce qu'elle apporte au pays, ce qu'elle représente. Et aussi, le fait qu'on y trouve des jobs passionnants, plutôt bien payés, mieux que dans les services, plus stables que dans les services, contrairement à ce que l'on croit. Et donc, il faut que les jeunes aillent vers l'industrie. Mais c'est à l'industrie d'être capable d'attractivité.
Alors, ma question suivante, et ce sera la dernière, c'est quels sont les leviers d'action sur lesquels il faut agir aujourd'hui ? Dans une tribune que vous avez récemment publiée dans le journal Le Monde, vous dites que la France est menacée aujourd'hui de descendre en deuxième division. Donc, à part ces questions de cotisations sociales, de charges sociales, quel est le dernier levier sur lequel il faut agir ? Vous pouvez répondre en quelques...
Il y a plusieurs leviers, mais celui-là est très important. Nous allons sortir à la fabrique des industries une étude sur les innovations de rupture dans le domaine de la transition énergétique et écologique. La France est mal placée. L'Europe est mal placée. Les biens placés, c'est les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Corée.
Et donc ceux qui investissent davantage dans la recherche.
Ceux qui investissent davantage dans la recherche. Et je pense qu'il est extrêmement important que nous redressions notre effort de recherche. Il est insuffisant.
Et ça passe par quoi, Louis Gallois ? Par plus d'argent public ?
Par plus d'argent public, parce que la recherche privée elle-même, qui est soutenue par l'État, est plutôt de bonne qualité, si ce n'est qu'industrie française, c'est assez petite.
Parce qu'on a quand même un crédit d'impôt recherche qui coûte 7 milliards d'euros de mémoire. Oui, bien sûr, je le compte. Ou finances publiques, c'est quand même pas négligeable.
C'est pas négligeable. Mais quand vous voyez qu'un chercheur est embauché au CNRS après 10 ans d'études à 2100 euros net, on n'attire pas les chercheurs de très haut niveau avec ça. C'est clair. Si nous voulons attirer les chercheurs de très haut niveau, il va falloir, par exemple, augmenter les salaires des chercheurs. Je pense que c'est très important. Un mot sur ce problème de change sociale ?
Non, non, non, c'est fini. Donc voilà, recherche, cotisation sociale également. Merci Louis Gallois, co-président de la Fabrique de l'Industrie, invité éco de France Info ce soir.
Merci.