Gérald Darmanin : "La religion n’est pas l’ennemie de la République, les expressions religieuses non plus"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Intérieur dans le grand entretien du 7-9. Questions et réactions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Gérald Darmanin, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. On évoquera tout à l'heure les dernières mesures sanitaires mises en place dans la lutte contre le Covid. Mais d'abord, ce sujet sur lequel vous avez déjà travaillé, l'islam en France, l'islam de France. En 2015, vous étiez membre alors du parti Les Républicains et vous aviez rédigé un rapport sur le sujet avec Henri Guénaud.
Et voilà que le projet de loi que vous défendrez à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale se double d'un livre, Le séparatisme islamiste, manifeste pour la laïcité, aux éditions de l'Observatoire. Et au cœur de votre réflexion, l'idée que la République perd sa transcendance, que son histoire ne fait plus vibrer. Hier encore, écrivez-vous, la République remplissait son office en prenant en charge l'ensemble de la vie sociale. Désormais, le vide qu'elle laisse derrière elle paraît béant. En clair, faute d'une idée supérieure ou d'une destinée commune, des Français musulmans en quête de sens cherchent ça ailleurs et se replient sur leur communauté. Est-ce là le cœur de votre constat ?
Oui, c'est un constat qui vient de ma vie d'élu local à Tourcoing, mais c'est aussi le constat que chacun peut faire depuis, je crois, 25, 30, 35 ans peut-être. Une République qui est moins présente, moins présente dans les faits, mais moins présente aussi dans les têtes. Et que les citoyens, les humains cherchent la chaleur d'une communauté. C'est naturel, c'est ainsi que nous sommes faits. Et qu'il y a des idéologies très puissantes. Alors hier, c'était le communisme, parfois d'autres extrémismes, l'histoire les connaît. Aujourd'hui, il y a l'islamisme politique qui est extrêmement puissant.
Ce n'est pas puissant qu'en France, c'est puissant évidemment dans le monde entier, chacun le constate. Et cette chaleur de la communauté, elle bénéficie aux islamistes. Et c'est un danger pour la conception que nous avons de la République française.
Après chaque attentat en France, ce sont toujours les mêmes paroles incantatoires qu'on entend sur la République, la République, la République, la République est atteinte, il faut la protéger. Au-delà de ces incantations, Gérald Darmanin, comment remplir ce vide béant ? Comment faire vivre la promesse républicaine ? Comment faire rêver ? Qu'avez-vous fait depuis trois ans et demi au pouvoir pour combler ce vide, cette transcendance ? Et ne me répondez pas, on a dédoublé les classes en zone prioritaire, puisque c'est très important de le faire, mais ce n'est pas ça qui fait rêver ?
Ah si, je crois que ce qui fait tenir des populations qui peuvent être en difficulté sociale, qui peuvent être en difficulté professionnelle, qui peuvent être, comme on dit aujourd'hui, je n'aime pas ce mot, mais en difficulté territoriale, c'est le fait que ces enfants vont connaître une vie moins pire, meilleure que la sienne. Et ce qui est au point de basculement d'une partie de la société, me semble-t-il, c'est qu'une partie des gens disent, mais mes enfants n'auront même pas une vie meilleure que la mienne.
Et moi je suis prêt à me lever très tôt le matin, je suis prêt à subir les colibés parce que je viens d'immigration, parce que je vis dans un urbanisme très agressif, parce que je connais ici ou là les difficultés de la vie, mais mes enfants, ils vont aller à l'école de la République, ils vont trouver un boulot, ils vont pouvoir s'en sortir, ils vont pouvoir sortir, finis d'être assignés à résidence, comme disait le président de la République dans sa campagne, pour avoir une vie meilleure. Je pense que tous nos parents ont connu ça, en tout cas dans les quartiers populaires ont connu ça.
Et qu'aujourd'hui, pour la première fois, on va dire depuis 15-20 ans, les parents des quartiers populaires se disent pas forcément que leurs enfants vont connaître une vie meilleure. Et c'est là le point de basculement. Donc le dédoublement des classes, c'est une mesure extraordinaire. Et elle portera malheureusement sa promesse de République dans 5, dans 10, dans 15 ans.
Mais c'est ça qui fait vibrer la France, la République, la laïcité ? C'est ça ?
Ah bah écoutez, qu'en France on puisse vivre de sa religion comme on l'entend. Qu'en France on puisse exprimer ses opinions publiques comme on le souhaite. Qu'en France on puisse se présenter à des élections. Qu'en France on puisse manifester. Qu'en France on puisse écrire, parodier, caricaturer, sans craindre pour sa vie. Qu'en France on puisse avoir à la fois la foi de ses origines, c'est bien légitime. Et en même temps un avenir commun qui n'est fondé ni sur la race, ni sur les opinions politiques. Mais sur l'idée qu'on se fait qu'on veut être une communauté nationale fière de son histoire. Même lorsqu'on ne l'a pas faite pour construire un avenir demain.
Oui, c'est ça la beauté de la République. Après il faut évidemment qu'on puisse accepter l'idée qu'il faut la défendre. Notre conception de la laïcité. Notre conception des institutions. Notre conception de la liberté d'expression. On voit bien qu'on est attaqué à la fois par les islamistes. Mais aussi par une partie des anglo-saxons. Nous ne défendons plus notre modèle. Et nous sommes bien seuls, le président de la République est bien seuls à défendre le modèle de la laïcité française. De la liberté d'expression à la française. Des institutions françaises. Et nous sommes très attaqués dans le monde.
Sur la laïcité, Régis Debré dans son dernier livre, lui a énormément travaillé et pensé évidemment le concept de laïcité. Dans son dernier livre d'un siècle à l'autre, il écrit la chose suivante. La laïcité, ce concept sans affecte, n'a pas le pouvoir catalyseur. La charge d'imaginaire et de mémoire qu'il faut à un principe de communion pour faire battre le cœur et galvaniser des corps. La laïcité rassure et nous protège du pire, mais ne fait rêver personne. Êtes-vous d'accord ? Avec ce constat, votre livre est un manifeste pour la laïcité.
Oui, mais il a tout à fait raison, évidemment, M. Debré. La laïcité seule ne fait pas rêver. La laïcité est un des principes qui nous aident à aller mieux. Mais il n'est pas le seul, bien évidemment. D'ailleurs, la laïcité, il faut d'abord définir ce qu'elle est au sens français du terme. Elle est trois choses. Et c'est d'ailleurs dans le débat sur le séparatisme qui nous engage avec d'autres formations politiques. Parfois source de confusion. Elle est à la fois la liberté de culte, c'est permettre à chacun de pouvoir croire ce qu'il veut ou ce qu'il ne veut pas dans la République française. La pluralité religieuse, l'État ne reconnaît aucun culte.
J'entends dire parfois, vous auriez dû prendre une loi contre les islamistes, contre les musulmans. Non, nous ne reconnaissons aucun culte et toute disposition s'applique à tous les cultes. Et c'est aussi la neutralité de l'État et de ses agents. Mais M. Debré a raison. Ce principe de laïcité qui est essentiel pour faire fonctionner la République française n'est pas le seul. Le principe de liberté, le principe d'égalité, évidemment apporte bien plus de transcendance que celui de la seule liberté qu'est la laïcité.
Justement, votre livre c'est la théorie, la pratique c'est à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale avec ce projet de loi. Projet de loi confortant le respect des principes républicains. Emmanuel Macron et vous-même aviez d'abord dit que ce projet de loi visait le séparatisme islamiste. Vous aviez nommé les choses. Puis ensuite c'est devenu un projet de loi contre les séparatismes, sans le préciser. Et finalement on a abouti à cet intitulé neutre confortant le respect des principes républicains. Pourquoi cette hésitation sémantique ? Alors même que vous l'appelez, votre livre s'appelle le séparatisme islamiste, il ne s'appelle pas la conforter des principes républicains.
Pourquoi cette hésitation sémantique ? Pourquoi n'avoir pas osé nommer clairement l'adversaire ?
Non mais il y a quelque chose d'extraordinaire dans le monde dans lequel nous vivons. Je pense que lorsque le président de la République fait le discours des Mureaux, qui évoque très largement le travail que nous devons faire et qui ne se limite évidemment pas à la laïcité, on en tire des conclusions rapides sur le dépôt d'un projet de loi. Le dépôt du projet de loi, il n'a jamais rien eu d'autre titre.
Vous-même avez dit que c'est un projet de loi contre le séparatisme islamiste.
J'ai évoqué le fait que c'était le premier des buts de ce projet de loi à lutter contre le séparatisme islamiste, mais il y a d'autres séparatismes, et ce projet de loi couvre heureusement bien d'autres sujets, dont on en parlera dans quelques instants. C'est un projet de loi extrêmement important, qui je peux comprendre fait naître des débats, bien sûr. Après il faut qu'on fasse attention entre ce que nous souhaitons vraiment et ce que nous reprochons quoi qu'il arrive. Nous ne voulons pas la fausse naïveté d'une certaine gauche, qui considère qu'il n'y a pas de problème. Toute la gauche d'ailleurs ne pense pas ça.
Une certaine gauche dit, ça n'a pas de problème, il n'y a pas de problème, finalement vous faites de la politique politicienne. Je constate désormais qu'elle est moins vocale d'ailleurs, cette certaine gauche-là.
Jean-Luc Mélenchon, lui par exemple, dit que votre texte est un texte contre les musulmans.
Oui, mais on voit bien que c'est excessif. Et d'ailleurs c'est justement l'argument contraire de ce que nous reproche une certaine droite. Donc je pense que nous avons une bonne position d'équilibre. C'est ce que dit M. Mélenchon, mais ce n'est pas ce que disent les communistes par exemple, qui évoquent le fait que ce texte pose de vrais problèmes, apporte de vraies solutions. Nous verrons bien s'ils voteront ces dispositions. Mais rentre, et nous sommes prêts à accepter beaucoup d'amendements. Je l'ai fait avec le travail très républicain qu'a fait Mme Buffet par exemple. Il y a des difficultés qui naient évidemment de certains séparatismes, dont principalement le séparatisme islamiste.
Et puis, d'un côté, la certaine gauche, la naïveté. De l'autre côté, une certaine droite pousse à l'hystérie. Alors il faut faire très attention parce qu'il y a désormais des gens qui, comme sur le chemin de Damas, veulent en faire plus quand ils étaient au pouvoir. Je constate malheureusement que les dispositions que nous prenons, on aurait dû les prendre bien, bien, bien, bien avant. Puisque nous sommes dans un long mécanisme malheureusement d'occupation par le séparatisme et notamment le séparatisme islamiste. Et cette hystérie, elle aura comme inconvénient de pousser vers les islamistes, tous les musulmans qui respectent parfaitement les lois de la République.
Et moi, je dis que ceux qui souhaitent absolument prendre des mesures encore plus dures, encore plus difficiles, encore plus polémiques, simplement pour se refaire la cerise politique, sont les idiots utiles de ces islamistes.
Mais pardon, vous visez Aurore Berger, par exemple, dans cette hystérisation, ces idiots utiles. C'est elle qui fait partie de votre majorité, qui a déposé un abonnement, qui est soutenu par la droite, pour dire qu'il faut interdire la question des signes religieux. Il faut interdire le port du voile aux fillettes. Le voile, est-ce qu'elle est hystérique en disant ça ?
D'abord, Mme Berger ne l'a pas redéposé. Vous l'aurez constaté, ce débat a eu lieu en commission. J'ai essayé de faire comprendre aux parlementaires, quel que soit leur bord politique, et je pense en effet que ce n'est pas une bonne chose que d'aller vers ce point de vue. Que nous ne sommes pas dans un texte qui vise à supprimer les expressions religieuses. Le président de la République est conforme à la grande tradition française de la loi 1905. La religion n'est pas l'ennemi de la République. Les expressions religieuses, qui peuvent passer par le vêtement, ne sont pas les ennemis de la République. Notre ennemi...
Le voile n'est-il pas un sujet quand on veut combattre l'islamisme politique, Gérald Darman ?
Notre ennemi, il est idéologique. Il n'est ni relevant de l'immigration. Les trois quarts des attentats qui ont été commis, ont été commis par des Français. Je sais que ça pose des tas de problèmes de se poser cette question-là, mais c'est le cas. Et c'est le cas parce qu'il y a eu 40 ou 50 années de naïveté devant cette question. Les difficultés que nous connaissons aujourd'hui ne sont pas propres à une religion. Bien sûr, aujourd'hui, c'est l'islam qui est dévoyé par l'islamisme et qui a fait une OPA sur la religion. Et bien sûr que les vêtements religieux peuvent être aussi le paravent d'une certaine idéologie.
Mais c'est aussi les femmes qui portent le foulard, sont parfaitement républicaines. La mère de ce soldat français tué par Mohamed Merah, elle porte le foulard. Je vais lui dire de retirer son foulard alors que son fils est soldat français, mort sur les balles d'un islamiste, quand elle va à la boulangerie. Enfin, ce n'est pas sérieux, ce serait insultant. Donc nous combattons l'idéologie islamiste. Nous disons non. Bien sûr que non, nous ne devons laisser aucune liberté aux idéologistes, aux islamistes. Mais nous devons donner à tous les musulmans qui respectent les lois de la République, l'entièreté de leur possibilité de liberté, notamment l'expression religieuse.
La religion n'est pas l'ennemi de la République. Le président de la République, il a fait le discours des Mureaux, il a aussi fait le discours des Bernardins. C'est un point très important d'équilibre. Alors quand il y a la naïveté d'un côté et l'hystérie de l'autre, je pense que notre position est équilibrée.
Et puis il y a Gérald Darmanin, vous l'avez mentionné très rapidement, il y a les médias étrangers, anglo-saxons notamment, qui se demandent si la France n'est pas en train de perdre son âme et de faire de l'universalisme républicain un outil de la stigmatisation de l'islam. Que répondez-vous à cette critique ?
C'est vieux comme l'antique. Les anglo-saxons n'ont jamais eu la même conception que les Français de ce que devait être la communauté nationale. Mais c'est d'ailleurs pour ça que nous avons des modèles différents. Ce qui est inquiétant, ce n'est pas que les anglo-saxons nous attaquent. Ce qui est inquiétant, c'est qu'il y a une partie de l'intelligentsia française, des élites françaises qui disent que finalement, ces anglo-saxons, ils ont peut-être un peu raison. Ils ne défendent plus l'idée de ce qu'est la France. Pourquoi c'est inquiétant ? C'est inquiétant parce que la France n'a jamais contractualisé que des communautés, ce que font les anglo-saxons.
Nous, nous pensons que les individus viennent libres, individuels. Et qu'importe votre couleur de peau, qu'importe votre religion, qu'importe votre origine, à partir du moment où vous souhaitez être français, nous vous accueillons, vous respectez les lois de la République. On disait déjà à la tribune de l'Assemblée en 1789, tout aux Juifs en tant que citoyens, rien aux Juifs en tant que nation. On disait déjà qu'il fallait combattre les communautés sous l'Empire et sous la monarchie. Et la République, elle a sublimé l'idée que les individus naissent libres et égaux chacun et n'ont pas dans une communauté.
Les anglo-saxons, vous le savez bien, il suffit d'aller à Londres, il suffit d'aller à New York, vivent par rapport à des communautés.
Si on parle de ce qui se passe dans nos universités françaises, ces idées racialistes, indigénistes qui viennent des campus américains, cette idéologie ou idée différentialiste, aujourd'hui, elle n'a pas gagné, selon vous, dans les universités françaises ? Vous n'avez pas l'impression qu'elle gagne du terrain chaque jour ?
Comme disait Louis Aragon, rien n'est jamais acquis, donc rien n'est jamais gagné définitivement. Mais oui, elle est peut-être majoritaire aujourd'hui. C'est un drame, me semble-t-il, pour la France. Et nous devons absolument combattre pied à pied, idée par idée, cela. C'est-à-dire ce qu'a souhaité le président de la République, lorsque dans son discours des Mureaux, il évoque le fait qu'on doit avoir désormais de la recherche universitaire, des chaires d'islamologie, des gens qui parlent arabe pour pouvoir porter la conception laïque de la France.
Parce que quand la France, et quand sur France Interne, nous discutons de ce sujet, bien sûr nous discutons pour les Français, mais nous discutons pour des tas de gens qui sont dans des tas de pays, peut-être d'ailleurs sous le joug des islamistes, et qui écoutent ce qu'est la grandeur française, ce que pensent les Français. Si les Français sont eux-mêmes incapables de défendre leur modèle de laïcité, de démocratie, de communauté nationale, alors les résistants, les résistants dans ces pays-là, je dirais même le pays phare que nous aimons, même celui qui est la lumière que nous aimons, n'est pas capable de porter sa défense.
Oui, mais Gérald Darmanin, c'est précisément ce que vous ont reproché beaucoup de musulmans dans le monde. Le discours des Mureaux d'Emmanuel Macron, cette phrase-là a fait bondir beaucoup de musulmans dans le monde. L'islam est une religion qui vit une crise aujourd'hui partout dans le monde. Voilà ce qu'a dit Emmanuel Macron. Il n'y a pas que Recep Tayyip Erdogan, le président turc, qui a dit que c'était une provocation cette phrase. Il y a beaucoup de musulmans qui se sont demandé en quoi un président de la République française est-il légitime à entrer dans ces débats et à juger qu'une religion dans son ensemble est en crise ?
Bon, d'abord c'est un constat. Deuxièmement, c'est le cas de toutes les religions avant l'islam. Il n'y a pas de honte à voir que les catholiques, les protestants, les juifs ont connu ce travail où l'État a forcé, il est bien vrai, la sécularisation, le gallicanisme, comme on dit depuis Philippe Lebel. Le fait que la religion est une affaire française. Elle n'est pas une affaire internationale. Elle n'est pas une affaire ni des turcs. Elle n'est pas l'affaire des Pakistanais. Elle n'est pas l'affaire des Algériens. Elle n'est pas l'affaire de l'Arabie Saoudite. Elle est l'affaire française. Et le président de la République, il a pris des mesures extrêmement courageuses.
Il a mis fin aux imams détachés. Nous avons ces ministres du culte payés par des États étrangers. C'est ce qui se passe aujourd'hui pour professer dans nos mosquées. Ben non, il doit y avoir des mosquées en France parce que les musulmans doivent pouvoir prier dans des lieux de culte. Il doit y avoir des ministres du culte mais ils ne doivent pas être payés par des États étrangers. De quel droit M. Erdogan s'occupe de notre pays ? Vous savez pourquoi ils le font ? Ils le font en partie pour gérer leur diaspora. Parce qu'à travers la religion, c'est la politique. Et nous, on dit la religion, c'est la religion. La politique, c'est la politique. C'est séparer. M.
Erdogan ou d'autres pays souhaitent continuer à financer, à avoir des ministres du culte notamment, pour pouvoir notamment gérer leur diaspora, notamment pour gérer leurs élections nationales. Nous disons non. Et c'est pour ça que le président de la République a été très courageux. Quitte à créer ces difficultés internationales que vous évoquez, dont vous aurez constaté qu'elles ont été extrêmement violentes, le président de la République a été fidèle à la laïcité française et a dit que les musulmans en France sont des Français et n'ont de compte à rendre qu'aux Français et pas aux autres.
Jules est au standard. Donnons la parole aux auditeurs d'Inter. Jules, bonjour. Vous nous appelez de la belle ville de Lyon.
Oui, bonjour.
Bonjour.
Je me permets de vous appeler par rapport justement à la charte des imams de France. Il y a trois fédérations, dont deux très liées au régime d'Erdogan, le Tissib et le Miligorus, qui ont refusé de signer cette charte. C'est des fédérations qui prennent directement leurs ordres à l'ambassade de Turquie, chez M. Erdogan. Donc c'est un problème politique. Qu'est-ce que vous allez faire contre ces fédérations qui ont refusé cette charte ? Et puis qu'est-ce que vous allez faire par rapport au problème de la Turquie qui manifestement, non seulement s'ingère pour des objectifs électoraux, c'est ce que vous avez dit, mais en plus refuse le principe que l'islam soit compatible avec la République ?
Merci, Jules, pour cette question très complète et précise. Gérald Darmanin vous répond.
C'est d'abord, cette charte, elle est très importante parce que pour la première fois, la majorité des fédérations musulmanes repoussent le salafisme, les frères musulmans l'établirent. C'est vraiment un point très important parce qu'il y avait jusqu'à présent peut-être pour une partie d'entre eux, on va dire, un doute. Et là, vraiment, j'invite toutes et tous à regarder ce texte qui est en ligne sur le site notamment de la Grande Mosquée de Paris ou du CFCM. C'est vraiment un texte très républicain et très important. Et évidemment que les musulmans sont parfaitement compatibles avec la République.
Pour répondre à la question turque que vous évoquez, moi je suis très gêné par cela parce qu'effectivement ça donne de l'eau au moulin l'idée que la Turquie ne souhaite pas que son islam soit compatible avec la République et ne souhaite pas entrer dans ce que souhaite la République française. Pourtant, il y a des gens fort bien. Je pense à Ibrahim Alci par exemple avec qui nous avons longuement discuté et qui est quelqu'un de très très bien.
Est-ce que vous demandez au CFCM d'exclure ces fédérations
qui refusent de signer la charte ? Nous pensons que des gens qui ne souhaitent pas, et ils l'ont redit, qui ne souhaitent pas pouvoir dire qu'ils sont parfaitement compatibles avec les valeurs de la République, ça pose des problèmes dans leur représentativité des institutions de la République. C'est une évidence. Deuxièmement, la loi séparatisme que nous avons aujourd'hui en discussion à partir de cet après-midi donne des pouvoirs extrêmement forts, notamment à l'État pour intervenir désormais pour lutter contre pas simplement le terrorisme, mais lutter contre ce qu'on pourrait appeler le séparatisme, l'idéologie islamiste.
Par exemple, jusqu'à présent, le ministre de l'Intérieur ne peut pas fermer des lieux de culte s'il n'y a pas un lien direct avec des attentats terroristes. Et si par exemple, il y a des expressions qui relèvent du séparatisme, il ne peut pas, il peut poursuivre les personnes, mais pas fermer des lieux de culte. Eh bien, j'ai dit à ces fédérations, notamment celles qui n'ont pas signé la charte, que nous allons particulièrement regarder ce qui va se passer dans les lieux de culte qu'ils gèrent, parce que nous n'aurons pas la main qui tremble lorsque ceux-ci auront, ici ou là, un certain nombre d'actions ou de paroles qui seront contre les valeurs de la République.
Donc, vous ne demandez pas leur exclusion par le CFC ?
Si, je viens de vous dire justement qu'à mon avis, ils ne peuvent plus être représentatifs. Ils ne peuvent plus être dans les endroits où la République a désormais un lien institutionnel. nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d'écrire sur un papier qu'ils sont parfaitement compatibles, évidemment, avec les lois de la République, que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu.
Gérald Darmanin, le maire de la commune d'Olioule, souhaitait que le collège de la ville soit baptisé, rebaptisé, Samuel Paty, en hommage au professeur assassiné. Les enseignants et les parents d'élèves, et une grosse partie des élèves, ont refusé cette nomination de peur de devenir des cibles. C'est l'expression utilisée. Le projet a été abandonné. Quelle est votre réaction ?
C'est un choix local. Moi, je vois évidemment là un symptôme de ce que nous vivons. C'est-à-dire désormais qu'il y a beaucoup de gens qui ne s'expriment plus, qui ne dessinent plus, qui ne disent plus ce qu'ils pensent sur les radios, les télés ou dans les discussions publiques. Et donc là, je ne souhaite pas baptiser un collège du nom d'un professeur mort-martyr pour la République. Il n'y a pas d'autre mot de peur de ce qui va se passer. Non pas parce qu'ils sont contre l'idée, mais de peur de ce qui va se passer. Nous sommes dans un point de difficulté extrêmement fort pour la nation.
Et que j'espère que le texte que nous présentons cette semaine pendant 15 jours à la Sommée nationale va contribuer à faire baisser très largement cette pression communautariste, cette menace, cette dissuasion désormais, malheureusement islamiste. Comme il y a de la dissuasion nucléaire, il y a une dissuasion islamiste. Et que dans 5 ou dans 10 ou dans 15 ans, les ministres de l'Intérieur n'auront pas à répondre à cette question.
On repart au standard où Jérôme nous appelle. Bonjour Jérôme, bienvenue.
Bonjour. On vous écoute. Bonjour. Bonjour M. Darmanin. Bonjour. Dans le projet de loi contre le séparatisme, il y a l'article 21 qui porte sur la fin de l'instruction en famille. Pour rappel, il s'agit d'instruire son enfant chez soi. Une majorité des parents qui font ce choix le font pour le bien-être de leur enfant. Cette décision du gouvernement est motivée par des données qui restent opaques sur un intégrisme ou des défaillances qui proviendraient des familles. Le gouvernement laisse également entendre que l'école républicaine conviendrait à tous les enfants, malgré les limites que peut avoir celle-ci et qui sont connues de tous. Cet article nous paraît donc arbitraire.
Ne pensez-vous pas qu'il serait judicieux de prendre le temps de réflexion avec tous les partis avant de supprimer cette liberté ? J'ai toutefois un avis sur votre réponse lorsque des propos calomnieux que vous ou d'autres membres du gouvernement peuvent tenir sur nos enfants et qu'ils sont appelés d'enfants sauvages.
Merci Jérôme pour cette question qui intervient de nombreuses fois auprès des auditeurs. En quoi l'instruction en famille amène à l'intégrisme et au séparatisme ? Vous demande Frédéric, j'ai cinq enfants, tous ont fait l'école à la maison, j'ai l'impression de leur avoir apporté plus d'ouverture d'esprit. Gérald Darmanin, réponse.
Bon, d'abord monsieur, je respecte beaucoup, je respecte vos enfants, j'ai jamais traité les enfants d'enfants sauvages donc s'il y a calomnie elle ne vient pas de moi manifestement. Deuxièmement, pardon de le dire en tant qu'homme de droite dans une radio comme France Inter mais moi je trouve que l'école de la République c'est bien. L'école c'est bon pour les enfants et je ne sais pas ce qui s'est passé en un siècle et demi pour que le grand combat pour la République pour que les enfants aillent à l'école devienne aujourd'hui l'école par nature pourrait être un problème.
Non, les écoles c'est toujours bon pour les enfants, c'est très bien, ça forme de futurs citoyens et l'éducation elle est partagée elle est essentiellement celle des parents c'est vrai mais elle est aussi celle de l'éducation nationale.
Il se trouve qu'il y a des dizaines de milliers de familles qui préfèrent enseigner à la maison. J'entends bien. Parfois des familles de droite Gérald Darman
Non, non mais je trouve que c'est très étonnant
parce que vous vous précisez comme un homme de droite ça touche tout le monde en fait.
Le combat pour l'école c'est un combat qui devrait être rassemblé tous les républicains je constate effectivement qu'il y a des gens qui puissent dire comme ça l'école c'est la République et c'est très important que les enfants aillent à l'école. Le deuxième sujet que je vous ai évoqué c'est que vous n'évoquiez que les chiffres. On est passé de 50 000 enfants qui étaient hors du système scolaire à 65 000 en une année. La moitié pour des raisons de santé c'est tout à fait vrai l'autre moitié pour d'autres raisons qui ne sont évidemment pas des raisons de dérive sectaire ou de dérive islamiste. Mais une partie d'entre eux c'est le cas.
Quand je fais fermer des écoles avec Jean-Michel Blanquer clandestines et que je m'aperçois que plus de la moitié de ces enfants sont dans des endroits où les vaches, les moutons ont des post-it pour éviter de voir leur tête ou les enfants pour le coup ont des vêtements religieux intégraux. Alors là pour le coup si on veut éviter que les enfants aient des vêtements religieux il faut les envoyer à l'école où il n'y a pas de signes religieux vous le savez bien. Ou les enseignants n'ont aucun diplôme où parfois les gens sont fichés dans des fichiers de radicalisation alors je me dis qu'effectivement il y a un loupé entre l'acceptation de l'enseignement à domicile et ces écoles clandestines.
Alors on n'interdit pas l'école à domicile on n'interdit pas l'éducation à domicile on n'interdit pas ça du tout on dit simplement qu'il faut désormais le dire en déclaration à l'autorité publique en l'occurrence à la commune et à l'éducation nationale pour que les contrôles qui puissent se faire puissent être davantage faits parce que moi j'ai été maire monsieur et il y a des moments où je ne savais pas où allaient les enfants ils n'allaient pas à l'école publique ils n'allaient pas à l'école privée sous contrat ils n'allaient pas à l'école privée hors contrat et je n'avais pas la liste je n'avais pas les moyens de pouvoir faire faire des contrôles pour les écoles à domicile donc nous pensons qu'il faut garder cette liberté comme vous l'appelez d'autant que continuons à dire que l'école c'est bon pour les enfants mais qu'on doit mieux pouvoir contrôler ça me paraît normal que de le faire et je pense que c'est très important de le faire
Gérald Darman a une question sur les mesures sanitaires décidées par Jean Castex donc pas de reconfinement mais un couvre-feu renforcé vous avez envoyé au préfet des instructions pour un contrôle renforcé du couvre-feu à partir de 18h 6000 personnes ont été verbalisées ce week-end avez-vous constaté certaines infractions surprenantes on va dire
écoutez des infractions surprenantes on en voit quelques-unes parfois ce qui est sûr c'est que les français doivent respecter ce confinement qui est celui du couvre-feu celui de on fait attention à partir de 18h donc les contrôles sont renforcés et il y a un devoir d'exemplarité de tous et lorsque je m'aperçois qu'y compris des fonctionnaires du ministère de l'intérieur ne respectent pas ces règles notamment d'aller dans des restaurants clandestins alors je le dis ici en tant que chef d'administration ça a été le cas ce week-end ça a été le cas d'après ce que je comprends ce week-end si les choses sont vraies
c'est-à-dire que des policiers sont allés dîner dans un restaurant clandestin
c'est le cas manifestement d'un commissaire de police dans le sud de la France si jamais c'est vérifié j'ai demandé au directeur général de la police nationale dès hier soir de le suspendre et de le retirer de son poste de commandement parce que pour être respecté il faut être respectable et par ailleurs nous devons le demander à tous les français nous devons tous faire extrêmement attention c'est pas pour embêter les français c'est pour éviter le poids très dur d'un reconfinement vous savez que il est socialement il est sanitairement il est économiquement très difficile pour chacun de nos concitoyens donc chacun doit être responsable de ses actes
une dernière question il nous reste une minute qui vient plusieurs fois sur l'application d'Inter concernant la plainte qui vous vise Gérald Darmanin classée sans suite plainte pour viol classée sans suite en 2018 relancée en juin dernier Mediapart a publié la semaine dernière de nouveaux éléments de l'enquête les auditeurs vous demandent pourquoi votre version vient se contredire elle-même vous n'avez pas souhaité réagir à ces nouveaux éléments publiés par Mediapart ni vous ni vos avocats pourquoi que pouvez-vous dire ce matin ?
Non mais la violation absolue totale du secret d'instruction manifestement n'étonne plus personne c'est moi-même qui ai demandé d'être entendu par le juge d'instruction il y a eu 4 décisions favorables de suite qui m'ont été données cette calomnie et cette ignominie continuent dans des conditions évidemment absolument obscènes je le dis bien volontiers vous savez quand on fait de la politique malheureusement il faut s'attendre à ce genre d'attaque extrêmement basse qu'est-ce que vous voulez que je vous dise d'autre que la justice par 4 fois donne raison
mais l'enquête est relancée
non l'enquête n'est pas relancée madame ça fait 4 actes de suite il y a eu des appels c'est bien normal c'est la justice française je n'ai pas été mis en examen chacun voit que je suis qualifié de témoin assisté c'est-à-dire la possibilité la plus basse évidemment que peut faire le juge d'instruction j'ai de moi-même demandé la confrontation qu'on me refuse c'est quand même très étonnant et on préfère faire des fausses suites parce qu'évidemment tout ça est largement arrangé à part du dégoût je ne vois pas très bien ce que cela m'inspire donc je souhaite à tout le monde de ne pas être calomnié je veux dire ici à quel point les actes contre les femmes les violences conjugales les violences sexuelles sont un mal qui ronge évidemment notre société je veux dire que la calomnie ronge aussi beaucoup les honneurs des femmes et des hommes je laisserai donc du coup les commentateurs commenter mais je sais bien que parfois il faut savoir être résistant
merci Gérald Darmanin je redonne le titre de ce livre que vous publiez aux éditions de l'Observatoire le séparatisme islamiste manifeste pour la laïcité merci d'avoir été au micro d'inter ce matin la revue de presse à suivre
Gérald Darmanin