Sabrina Agresti-Roubache, Renaissance MP | Politics and me
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Elle s'entend aussi bien avec le rappeur Akhenaton qu'avec le couple Macron. Mon invité est à l'aise partout, avec tout le monde. Et c'est peut-être cela qui a fini par l'amener à la politique.
Bonjour Sabrina Grestiroubache. Bonjour. Alors il y a un meeting dont tout le monde se souvient dans la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron en 2017.
C'est celui de la porte de Versailles. On s'en souvient pourquoi ? Vous alliez le faire gagner !
Parce que c'est le fameux meeting de « parce que c'est notre projet ». Alors je me suis dit qu'Emmanuel Macron avait dû avoir un sacré bon chauffeur de salle ce jour-là pour se mettre dans cet état-là. Et qu'est-ce que j'ai fait ?
Eh bien j'ai regardé le tout début du meeting. C'est horrible. Je n'avais pas vu les images.
Je suis tombé là-dessus. Le micro marche. Bonjour.
Donc voilà, je m'appelle Sabrina Roubache. Je suis née dans l'un des arrondissements les plus pauvres d'Europe. Moi je viens de cette zone très compliquée et où l'éducation m'a aidée.
C'est vrai, sans éducation, on ne peut pas y arriver. Alors c'est votre témoignage à vous. Vous prenez la parole en ouverture de ce meeting.
À l'époque vous étiez très éloignée de la politique. Comment est-ce que vous vous êtes retrouvée là, micro en main, devant des milliers de personnes ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je me pose encore la question. Mais c'est l'histoire en fait d'une rencontre assez improbable en réalité, où Emmanuel Macron vient lancer sa campagne à Marseille. Et il demande à ses équipes de lui organiser un dîner.
C'est ça le départ à Marseille avec le monde socio-économique et plutôt des non-politiques. Donc plutôt des gens, des chefs d'entreprise, mais aussi des associatifs. Donc je me retrouve à table dans un restaurant assez en vue de Marseille.
Et c'est Brigitte Macron qui m'installe à côté d'elle. Et moi à l'époque je venais de rencontrer celui qui deviendra mon futur mari, Jean-Philippe. Et je vais la voir en lui disant, Brigitte c'est super adorable, tu m'as mise à côté de toi.
Et je l'ai tutoyée tout de suite. Ah oui, vous vous êtes comme ça ? Ah oui, oui, oui.
Et je lui dis, mais j'aimerais juste être à côté de Jean-Philippe. Est-ce que tu peux juste me mettre à côté de lui et puis tu mets quelqu'un d'autre à ta place ? Non, toi tu vas rester ici et c'est Jean-Philippe qu'on va déplacer.
Et ça c'est le début d'une rencontre très marquante. Mais ça, ça s'est passé moins d'un mois avant. Moins d'un mois.
Vous rencontrez Emmanuel Macron. Moi ce qui m'intéresse c'est, pourquoi il vous a choisi vous pour ouvrir votre meeting alors que vous connaissez à peine ? Alors c'est Brigitte qui m'appelle, ils sont tous les deux et elle me dit, écoute, t'es pas du tout obligé d'accepter.
Et il voudrait en fait que tu ouvres son plus gros meeting. Mais pourquoi vous ? Et alors sincèrement, je pense que c'est à eux qu'il faut poser la question et à lui notamment.
Et si, moi j'ai pas encore, en réalité j'ai pas la réponse. Parce que quelqu'un que vous ne connaissez pas, que vous connaissez à peine, avec qui bien sûr, après on a échangé, on s'est échangé tout de suite les numéros. Mais je ne sais pas, je ne sais pas.
Alors est-ce que c'est ça, lui aussi est assez instinctif, est assez, enfin moi c'est en tout cas c'est l'un des points communs que j'ai avec lui. C'est pour ça que j'ai tout de suite accroché. Donc il s'est dit que vous étiez la bonne personne.
Oui, la bonne personne au bon moment. Voilà, et qui était capable de le faire. Parce que parler devant 15 000 personnes, comme vous n'avez jamais pris la parole devant qui que je sois.
Ah j'imagine que c'est très évident. Vous êtes devenu ami avec les Macron, on l'a compris, en l'espace d'une soirée. Mais quand on vous connaît un peu, on a l'impression que c'est quelque chose de naturel chez vous, que vous êtes capable de devenir ami avec n'importe qui, de n'importe quel milieu.
Est-ce que vous diriez que c'est un don ? Alors, ce n'est pas avec n'importe qui, au contraire. Moi je suis assez, j'aime, je n'aime pas.
J'aime, je n'aime pas. Je suis assez comme un petit animal. C'est-à-dire que j'ai du mal quand même.
C'est pour ça que la politique c'est compliqué pour moi. Parce que je vois bien le nombre de compositions qu'il faut faire, l'abnégation que ça demande en réalité. Donc non, je suis...
Par contre, j'aime les gens. Non, moi, la chose qui est vraie, j'aime les gens. Et je me soucie assez peu de la couleur politique, mais depuis toujours.
Je ne pense pas que les étiquettes fassent les hommes. Sans quoi ça serait trop facile. Alors Emmanuel Macron et Marseille, c'est une histoire d'amour.
Les hommes et les femmes. On sait qu'Emmanuel Macron est un grand fan de l'OM, de l'Olympique de Marseille. Mais ça va au-delà.
Il a envie de faire de Marseille un peu le laboratoire de sa politique. Et vous tenez un rôle dans ce dispositif. On vous surnomme souvent la vigie marseillaise des Macron.
Est-ce que vous vous retrouvez dans cette expression ? Oui, je me retrouve parce que je n'ai pas attendu d'être élue pour parler et travailler sur Marseille avec lui, notamment. Il aime Marseille, c'est une sincérité, c'est sincère.
C'est-à-dire quand il explique assez simplement ce qui le relie à Marseille. Et en réalité, il est marseillais dans le tempérament. À Marseille, il se sent bien.
Il a quand même cette fougue, ce côté rebelle. Vigie marseillaise. Vous êtes là pour l'informer un peu de ce qui se passe à Marseille.
Oui, et lui donner le vrai son de la rue. En fait, c'est quoi qui est intéressant ? C'est peut-être une déformation professionnelle.
Moi, je ne sais pas mentir, je ne sais pas travestir. Et il sait que tous les mots qui sortent de ma bouche et tous les mots qui sont écrits ne sont que sincérité. Assez cache.
Je reconnais que je suis assez directe quand je pense quelque chose, je le dis. et il sait que j'ai aussi le sens de la confidentialité. J'ai le sens du secret.
Et il y a des choses qu'on se dit et que je ne dirai jamais jusqu'à ma mort. Ça partira avec moi. Et la réalité sur la vigie, on est une vigie quand on est capable de donner l'alerte.
De donner l'alerte, mais aussi de dire ce qui va bien. C'est-à-dire la vigie dans tous les sens du mot. Alors, vous avez une autre qualité, si on peut dire.
C'est que vous êtes capable de faciliter des rencontres, d'ouvrir des portes, de provoquer des choses un peu inattendues, inespérées. Et c'est peut-être pour ça qu'Emmanuel Macron vous a confié une mission assez étonnante. Il vous a demandé en 2020 de travailler au rapprochement entre la majorité présidentielle et la droite marseillaise, et Renaud Muselier en particulier.
Alors que vous êtes plutôt de gauche, vous étiez novice en politique à l'époque. Et vous y êtes parvenue. Avec une vraie...
Comment vous avez fait ? Alors, vous savez quoi ? Là, j'ai déployé, justement, j'ai évité de faire...
Enfin, je n'ai pas fait de politique. Je suis allée voir Renaud Muselier, je l'écris dans mon livre, assez simplement en lui disant, il y a un danger RN. Parce que la réalité, vous savez, c'est pas...
Parce qu'on ne salue pas les députés RN à la buvette qu'on combat leurs idées. Moi, je les salue à la buvette, mais je combat leurs idées. Et la réalité, c'est que nous, à Marseille, on est vraiment confrontés à une vague RN très forte.
Et en région sud, encore plus. Il ne faut jamais oublier qu'on est l'une des régions les plus exposées. Et c'est ça qui vous a aidé à le convaincre de rejoindre ?
Je lui ai parlé avec le cœur. Lui, c'est un politique. Parce que la première réponse qu'il me dit, c'est...
Il me dit, tu sais que la politique, c'est sérieux. Et je sais que c'est d'autant plus sérieux. Vous avez entendu que vous ne l'étiez pas ?
Non. C'est sous-entendu, là, on fait de la politique. Et je lui ai répondu, je sais, mais je viens de te voir, non pas avec une âme de politique, parce que je ne suis pas une politique.
Je viens de te voir, parce qu'il y a un enjeu pour nous. Tu es marseillais, je suis marseillaise, on se connaît un peu. Le président de la République a compris l'enjeu, quand même, sur la vague REN, et c'est le moment ou jamais de travailler ensemble.
Alors, quand on voit votre personnalité, on se dit que ce n'est sans doute pas un hasard si votre vie s'est un peu construite autour de quelques rencontres. Il y a eu la rencontre avec les Macron. Et puis, une autre rencontre, avant, bien avant, celle d'Akhenaton, figure emblématique du groupe AYAM.
Est-ce que vous diriez que cette rencontre, elle a un peu changé le cours de votre vie ? Oui, oui, oui, clairement. Alors, oui, changé le cours de ma vie, surtout changé le cours de ma carrière.
Je l'ai connu assez jeune, même très jeune. Juste après le bac ? Voilà.
Et je venais, donc moi, je suis née à Félix-Piat. Et dans ce quartier, Félix-Piat, les gens, donc tous les personnages de Com'un aimant sont des amis à lui de Félix-Piat. Com'un aimant, le premier long-métrage, co-réalisé par Akhenaton et par Kamel Salé, qui est un jeune aussi de Félix-Piat, avec qui on a grandi.
Et en fait, au départ, moi, j'étais plutôt partie sur une carrière d'assistante sociale, ou d'avocate, ou de magistrate. Et la pauvre, je m'étais inscrite en première année de droit. Et il vous embarque sur les clips d'Ayam, d'abord.
Et moi, en réalité, j'ai une carrière assez linéaire dans la production. J'ai démarré stagiaire de prod, et je finis productrice. Mais j'ai mis 25 ans à faire ça.
Tout le monde pense que, parce que maintenant, on parle un peu plus de moi, et que je fais des choses plus visibles. Non, moi, c'est...
Vous avez gravi les échelons petit à petit, mais c'est le premier échelon, il est là, avec Akhenaton. Et intellectuellement, c'est celui avec qui je me retrouvais le plus, même si on n'est pas d'accord. Même si on n'est pas d'accord sur tout.
Vous vous êtes lancé dans la production de films, de séries, de documentaires. Et puis, un jour, Netflix s'est tourné vers vous pour produire sa première grosse série française, Marseille, avec Gérard Depardieu, Benoît Magimel. Et là, une fois de plus, votre travail a consisté un peu à ouvrir des portes, à faciliter des rencontres.
C'est par Dan Franck, le créateur de la série, qui est mon témoin de mariage. Vous l'avez aidé à prendre le pouls de la ville, un peu. Absolument.
S'il ne comprenait pas la ville, il ne pouvait pas tourner à Marseille. Et Pascal Breton, qui est lui le producteur, l'a compris tout de suite. Et vous dites que ce travail que vous avez fait sur Netflix, Marseille, tout ça, ça a servi de déclic pour vous, pour prendre un peu conscience que vous étiez capable de convaincre n'importe qui.
Absolument. Ça veut dire que c'est le déclic aussi, quelque part, d'une prise de confiance en vous pour vous lancer en politique, à terme ? Oui, la confiance en soi, c'est certain, mais surtout la conscience de ce qu'il y avait à faire, des engagements que je pouvais prendre.
Alors, vous racontez votre parcours personnel dans un livre qui s'appelle « Moi, la France, je la kiffe ». Donc, c'est une enfance heureuse dans une famille nombreuse installée dans un quartier pauvre de Marseille. Vos parents sont nés en Algérie.
Vous avez grandi...
Mon père. Ma mère est née à Saint-Laurent-Provence. D'accord.
Et vous dites que vous avez grandi dans une double culture. Absolument. Et vous dites que pour vous, il n'y a pas d'ambiguïté.
Votre pays, c'est la France. Vous kiffez la France, comme vous dites. Pourquoi est-ce que vous ressentez ce besoin de l'affirmer comme ça ?
Parce que, malheureusement, et c'est très franco-français, je le vois, moi, qui ai beaucoup voyagé, on vous ramène souvent à vos origines ethniques. C'est très bizarre, très curieux, et vos origines sociales. Et c'est souvent d'où tu viens, c'est quoi ta religion.
Et c'est pour ça que je me suis amusée à écrire un chapitre sur le couscous et la bouillabaisse, en disant les idées préconçues qui consistent à dire « Parce que, en fait, tu es d'origine maghrébine, tu ne vas plus s'aimer ». Pas du tout. C'était une provoque.
C'était une manière aussi assez provocante de dire les choses. et on nous ramène souvent, ça, le président de la République, pareil, il a dit souvent, on nous ramène souvent à nos origines. Et c'est terrible, parce qu'en fait, on est...
Bien sûr, ça englobe notre personnalité, ça nous construit, mais moi, je suis française. Enfin, pour moi, il n'y a pas de sujet, en fait. En fait, je n'ai pas de sujet.
Vous aimez la France, mais alors une France ouverte, une France tolérante, plurielle. Et le 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle, ça vous met dans une colère noire. Vous décidez de quitter la France et vous allez vivre au Maroc pendant plusieurs années.
Est-ce que vous prendriez la même décision aujourd'hui, maintenant que vous êtes députée ? Est-ce que ce ne serait pas un peu quitter le navire en pleine tempête ? Ce n'est pas parce que je suis députée, c'est parce que j'ai vieilli.
On ne prend pas la même décision. Vous ne réagiriez pas de la même façon. Non, on ne réagit pas pareil à 25 ans, qu'à 46 ans.
C'est une évidence. Évidemment, je ne reprendrai pas du tout la même décision et ça, je me suis questionnée. On ne quitte pas le navire.
C'est exactement ce que je me suis dit quand je suis revenue. Je me suis rendue compte en réalité qu'on vivait dans le plus beau pays du monde quand je suis allée voir ailleurs. Et je me rends compte quand même aussi qu'on rend assez mal en réalité à la France tout ce qu'elle donne et quelle que soit l'origine.
On passe à notre quiz. Je vous explique le principe. Je vais commencer à prononcer une phrase et ça va être à vous de la compléter.
OK ? C'est bon, on y va ? On y va.
Dans l'hémicycle, le meilleur comédien, c'est ? Le meilleur comédien, c'est ? Vous, la productrice, vous avez un regard là-dessus.
C'est vous ? Non. On a le droit de dire ce qu'on veut.
Non, je ne sais pas s'il y a des...
Non, le meilleur comédien, c'est...
Il y en a trop. En fait, j'ai du mal à choisir. Mais je...
Non, après, ça mettrait quand même des collègues dans l'embarras. Mais je dirais c'est moi. C'est moi parce qu'en réalité, je...
Oui, je suis la productrice, mais...
Vous jouez un rôle quand vous êtes dans la...
Je ne joue pas un rôle. Disons que j'ai...
Si vous me permettez, juste une citation de Nassim Nicolas Taleb qui dit il vaut mieux avoir la conscience de l'ignorance que la certitude du savoir. Plus je fais de la politique, plus je me dis que...
C'est compliqué. C'est compliqué au point de vous dire qu'un seul mandat, pas deux. J'arrive à comprendre en réalité...
Oui. J'arrive à comprendre en réalité la désaffection des gens pour la politique. Donc un seul mandat a priori ?
Oui, moi j'avais dit...
J'ai commencé avec Emmanuel Macron et j'en aurais fini avec lui très probablement. J'ai beau être marseillaise, j'avoue qu'à Paris...
C'est une très belle ville. Ah quand même, vous le dites vous ! C'est une magnifique ville.
Allez, on va terminer l'émission en musique. Est-ce que vous reconnaissez cette chanson ? J'imagine que oui.
La vie est belle, le destin sans les cartes, C'était née sous la même étoile. Née sous la même étoile. C'est l'une des chansons les plus connues du groupe Ayan.
Là, on allait tourner au Frioul. Enfin, on a tourné de partout. C'était magnifique.
Est-ce que votre histoire aurait pu ressembler à celle de ce gamin des cités qui est évoquée dans cette chanson ? Évidemment, si je n'avais pas eu les parents que j'ai eus. Vous devez votre parcours à vos parents.
Je dois tout à ma mère, oui, oui, moi, ma mère, ma grand-mère, ma grand-mère dont on n'a pas parlé. C'est l'importance qu'ils accordaient à l'éducation. À l'éducation et à la conscience de ce qu'on était dans le monde.
Non pas que recevoir, mais donner. Mais donner. On oublie beaucoup.
C'est le mot de la fin. Très beau. Merci à vous, Sabrina.
Agresti Roubaix, c'est devenue dans La Politique et moi. Merci beaucoup.
Sabrina Agresti Roubache