Anne Hidalgo : "Mon rêve pour Paris c'est moins de pollution, moins de bruit"
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Place à la deuxième invitée de cette matinale spéciale municipale à Paris. Avec Léa Salamé, nous recevons maintenant la maire sortante de la capitale, candidate Paris en commun, soutenue par le Parti Socialiste. Bonjour Anne Hidalgo. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. On s'oriente, on va parler évidemment des enjeux parisiens, mais deux questions d'abord sur le coronavirus. On s'oriente inexorablement vers le stade 3 de l'épidémie. Si le gouvernement décidait qu'il fallait fermer les écoles à Paris pendant plusieurs jours, que peut faire la maire de Paris pour aider les parents ?
D'abord, respecter les consignes que donneraient les autorités de santé, comme nous le faisons depuis le début. Aujourd'hui, sur Paris, on dénombre 84 cas de coronavirus, mais c'est vrai qu'on a une augmentation importante, quasiment un doublement chaque jour depuis 3-4 jours. Donc, il faut être très vigilant. Le confinement suppose qu'il n'y ait pas des mesures de garde collective. Donc, on accompagnera...
Donc, en fait, la mairie de Paris ne peut pas faire grand-chose.
On accompagnera, bien sûr, les parents. Vous savez, on a tout un service d'information. Par exemple, sur les personnes âgées qui sont à domicile, on a activé le plan qu'on active en matière de canicule, c'est-à-dire qu'on les appelle, on vérifie que tout va bien, on vérifie qu'elles n'ont pas de problème pour être approvisionnées, qu'elles n'ont pas de problème de santé spécifique. Voilà, donc on mettra en place, évidemment, tout notre dispositif. Vous savez, on a des fonctionnaires qui sont extrêmement dévoués, qui sont extrêmement impliqués. Une organisation qui a surmonté beaucoup de crises. Donc, les Parisiens seront évidemment accompagnés et protégés.
Oui, mais enfin, si on a ces enfants qu'on est obligés de garder soi-même et qu'on ne va pas au travail, vous ne pouvez rien faire.
Le gros problème, évidemment, on ne va pas envoyer à domicile. Vous savez que ça veut dire qu'il y aura une activité très ralentie. Ça veut dire que la ville mettra en place des plans de continuité de service, c'est-à-dire des fonctionnaires qui assureront les services essentiels. Et ça sera pareil dans les autres services publics.
Pensez-vous, en cas de hauts sensibles de l'abstention à cause du coronavirus, que les résultats des municipales pourraient être biaisés ?
Non, et je pense que vraiment, pour les électeurs parisiens, d'abord leur dire que c'est un exercice démocratique extrêmement important, qu'ils pourront y venir sans prendre de risque pour leur santé, que tout est fait. Ce matin, je ferai, après la cellule de crise que je réunis à 11h, avec les maires d'arrondissement, un point presse sur les modalités du vote. Moi, j'appelle vraiment les Parisiens à venir, votez, et ils seront vraiment en sécurité et protégés dans leur santé.
Anne Hidalgo, vous revendiquez, dans votre bilan, venons-y, d'avoir réduit la place de la voiture à Paris, vous voulez aller encore plus loin, en supprimant notamment des places de stationnement dans la capitale. Est-ce que vous imaginez un jour un Paris sans voiture ? Est-ce que c'est ça, le rêve d'Anne Hidalgo ?
Le rêve d'Anne Hidalgo, c'est qu'il y ait moins de pollution dans Paris, moins de bruit, qu'on ne meure plus 2500 morts par an à Paris du fait de la pollution atmosphérique. Donc, mon rêve, comme celui d'ailleurs des maires de toutes les grandes capitales du monde, il n'y en a pas une qui fait différemment de ce que nous faisons ici, c'est d'aller vers une ville avec beaucoup moins de voitures, que ceux et celles qui ne peuvent pas se passer de leur voiture puissent l'utiliser. Je pense par exemple aux artisans, aux commerçants, aux personnes à mobilité réduite, et que tous les autres aient d'autres possibilités. Ce qui est le cas déjà, mais il faut accroître ces possibilités.
Je pense bien sûr aux transports en commun en priorité, mais il y a le vélo, la marche à pied, qui est quand même aussi la principale façon de se déplacer dans Paris.
Rachida Dati vous a demandé ironiquement, les vélos et les trottinettes c'est très bien, mais on met où les bébés et les personnes âgées ? Où on met les livreurs et les déménageurs ? On les met sur des vélos, sur des trottinettes ? On les met où ?
Madame Dati, elle, elle prône le Paris des années 60-70-80, c'est-à-dire le Paris qui s'est construit autour de la voiture. Ça n'est plus possible. Cette vision-là de la ville est totalement archaïque. Regardez dans le monde... Oui, mais vous ne répondez pas à ma question. Sur les bébés, les personnes âgées, les déménageurs. Je vais vous y répondre. Regardez dans le monde, est-ce qu'il y a une ville au monde qui fait ce que Madame Dati est en train de dire ? Non. Et d'ailleurs, si on faisait ça, on reculerait, on régresserait, on repartirait vers de la pollution, alors que la pollution a baissé sous mon mandat. Alors qu'est-ce qu'on fait pour se déplacer ?
D'abord, aujourd'hui, la plupart des Parisiens se déplacent en transport en commun. Quand on a besoin d'une voiture, ça arrive, notamment quand on a des enfants petits, parfois d'avoir besoin de transporter beaucoup de matériel, on peut prendre sa voiture. L'idée, c'est que ceux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture continuent à pouvoir la prendre, ce qui rendra la circulation beaucoup plus fluide pour eux et que tous les autres, d'ailleurs, tous les autres, ils sont quand même nombreux, 9 Parisiens sur 10 prennent les transports en commun pour aller travailler et 35% d'entre eux seulement ont une voiture aujourd'hui.
Anne Hidalgo, vous n'excliez pas de faire payer le stationnement aux scooters et aux deux-roues, pourtant, ils fluidifient la circulation. Pourquoi les pénaliser ?
En fait, aujourd'hui, on a un problème d'occupation de l'espace public. Vous disiez tout à l'heure que je voulais supprimer des places de stationnement. Je veux créer des places de stationnement pour les livraisons, pour les personnes à mobilité réduite. Je veux élargir les trottoirs et je veux créer de nouvelles pistes cyclables. Et je ne vais pas prendre cet espace-là sur les piétons, il faut les prendre sur les voitures. Donc, est-ce qu'il faut réguler tout cela ? Les deux-roues motorisées, par exemple, les deux-roues motorisées électriques, comme les voitures électriques à Paris, ne paieront pas le stationnement. Pour les autres, il y a un problème de civisme et d'encombrement.
On trouve beaucoup trop de deux-roues motorisées stationnées n'importe comment sur les trottoirs et qui prennent aussi des pistes cyclables qui leur sont interdites, voire même des pistes pour les bus qui leur sont interdites aussi.
Anne Hidalgo, les écologistes disent que vous avez beau vanter votre bilan quand il s'agit de bétonner la ville, vous y allez fort. Ils citent notamment le terrain de sport de Ménilmontant, la ZAC-Bercy-Charenton. Êtes-vous prête à renoncer à des projets de cette nature pour avoir leur soutien ?
D'abord, j'ai été la maire qui a sans doute le plus dédensifié la ville. qui a mis à un coup d'arrêt un certain nombre de programmes qui visaient notamment dans le 11e et ailleurs à construire. Mais il faut, et je sais que les écologistes sont d'accord là-dessus, il faut que l'on fasse beaucoup plus d'espace vert. On a quand même inauguré 36 jardins nouveaux dans la capitale sous mon mandat.
Ils bloquent notamment sur la ZAC-Bercy-Charenton.
Ils disent que vous signez des projets immobiliers. On veut-tu en voir ? Je vais y revenir. Mais il faut aussi dire aux Parisiennes et aux Parisiens que l'on va continuer à produire du logement et notamment du logement à des prix abordables. Et je pense que c'est tout à fait compatible. J'ai un exemple dans le 11e, le jardin Truyau. Le jardin Truyau, 5000 m2, on a fait un immense jardin. Et à côté, on a fait des logements sociaux, une crèche et un équipement pour des personnes handicapées. Anne Hidalgo, vous ne répondez pas à la ZAC-Bercy-Charenton. Vous êtes prêts à y renoncer ? On va discuter, vous savez. Moi, j'ai une majorité avec laquelle je discute depuis 2014.
Évidemment qu'on discute et ce n'est que dans le dialogue qu'on dépasse les contradictions, les conflits, voire les incompréhensions.
Rachida Dati et Agnès Buzyn vous attaquent à Anne Hidalgo sur l'insécurité et la propreté. Sur la propreté, elles disent toutes deux que la ville est sale, 4 millions de rats dans Paris. Est-ce que vous reconnaissez ?
Elles vont citer leurs sources, parce que la population de rats n'est pas identifiée.
Elle n'a pas encore fait l'objet d'un recensement. Non, absolument.
Elles n'ont pas de carte d'identité.
Est-ce que vous reconnaissez tout de même que sur la saleté notamment, c'est là un point faible de votre bilan et que vous auriez dû en faire plus ?
On a fait beaucoup.
Mais plus, c'est ça la question.
Et il faudra faire plus. On a fait beaucoup. On a changé toutes les corbeilles. Vous savez, on nous avait imposé des corbeilles de rue pour le plan Vigipirate, qui en fait n'était quand même pas très performante sur le plan de la propreté. On les a changés. J'ai rajouté des personnels. J'ai rajouté aussi des contrats avec les entreprises privées. On a accru vraiment les moyens. On a changé aussi les horaires. On a fait évoluer les horaires de la propreté vers la soirée. Donc, on a fait beaucoup. On a changé le matériel aussi. Vous voyez peut-être dans nos roues les glutons, les fameux glutons, qui sont des grands aspirateurs qui sont très efficaces.
Agnès Buzyn dit qu'elle ne comprend pas pourquoi vous êtes en train de changer les poubelles, que chaque poubelle coûte 1000 euros et que vous ne mettez pas des poubelles de tri.
Mais Mme Buzyn, sans doute, n'a pas compris qu'à Paris, on ne peut pas installer des poubelles n'importe où, n'importe comment et de n'importe quelle forme. D'abord parce qu'il y a des discussions à avoir avec la préfecture de police, avec les architectes des bâtiments de France, et que par ailleurs, nous sommes aussi en train de déployer un système qui s'appelle Trilim, qui est justement sur la voie publique, des espaces où les Parisiens peuvent trier. Mais je les entends critiquer beaucoup, être dans le Yaka Foucon, je doute quand même de leur capacité, comme elle l'explique avec leur petite baguette magique, à régler le problème en quelques jours.
Le prix du logement a battu un record hier à Paris, ça devient impossible de se loger, à moins d'être richissime. Vous dites, vous, c'est la faute au gouvernement qui ne veut pas encadrer les loyers, c'est la faute à Airbnb, c'est jamais la faute à la maire de Paris si les loyers sont si chers.
D'abord, je ne dis pas du tout ça, je dis que nous, nous agissons, nous agissons pour produire du logement à un prix abordable, 550 000 Parisiens vivent dans le parc social, c'est 23,6% des Parisiens, parce qu'on a construit du logement social, le logement social, c'est entre 6 et 15 euros le mètre carré, donc c'est abordable. Le revenu moyen d'une famille avec deux enfants vivant dans le parc social, c'est 3 000 euros, on est vraiment dans les classes moyennes. On est vraiment dans les classes moyennes, pardon, voilà, vraiment dans les classes moyennes, c'est-à-dire un couple d'infirmières, d'aides-soignants, de policiers, et ça, on va continuer. Ce que refusent d'ailleurs mes adversaires.
Par ailleurs, sur le marché privé, plusieurs choses, l'encadrement des loyers, évidemment, le maintenir, mettre en place, que nous avons fait déjà, une foncière pour pouvoir permettre l'accession à la propriété à moitié prix sur le secteur privé, et puis, une société immobilière mixte qui va pouvoir proposer des logements à moins 20% en location pour les classes moyennes sur le marché privé et se battre contre Airbnb, qui est l'élément principal de spéculation.
Deux questions rapidissimes, le match PSG-Dortmund se jouait hier soir à huis clos, à part pour vous, vous y étiez ? Avez-vous été pistonnée pour pouvoir entrer dans cette enceinte vide ?
Je suis maire de Paris.
Donc, c'était votre place ?
C'est ma place. Si la maire de Paris n'est pas à côté de son équipe dans un moment aussi décisif, y compris pour ne pas y être, aurait été un petit sujet quand même. Et je suis ravie parce que ça a été vraiment
un super match et je suis très fière d'eux. Allez, dernière question un peu marrante, on le fait à chacune. Quand l'épidémie de coronavirus sera passée et qu'on aura à nouveau le droit, dites-nous pour vous quel est le plus bel endroit de Paris pour deux amoureux qui veulent s'embrasser ?
Ah, les quais de Seine quand même. Les quais de Seine. Alors, vous avez plein d'endroits possibles. Les quais haut ou les quais bas ? À votre avis, les quais bas au bord du fleuve, c'est quand même tellement beau.
Eh ben voilà, on en reste là. Merci Anne Hidalgo. La suite de cette spéciale municipale à Paris dans une minute. Merci.
Anne Hidalgo