Gérard Larcher : "Il faut une opposition qui ne soit pas cantonnée dans les populismes"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Gérard Larcher, on nous a entendu depuis l'élection d'Emmanuel Macron, vous avez eu un entretien avec lui à la veille de son entrée en fonction, quel est donc l'état d'esprit du président du Sénat au commencement de ce nouveau quinquennat ?
Un état d'esprit qui n'a pas changé. J'avais été élu il y a trois ans sur le thème de l'opposition constructive, je suis toujours dans un esprit constructif, en même temps je suis clair, la recomposition politique.
Elle sera le fruit de l'élection législative, car nous sommes dans un régime parlementaire, et c'est la majorité qui sortira de l'élection législative, qui soutiendra ou ne soutiendra pas ce qui sera proposé par le président de la République, et donc moi je suis engagé avec mes amis LR et UDI dans la campagne législative pour le projet que nous défendons, mais en même temps, je vous le dis extrêmement clairement, c'est l'intérêt de mon pays, c'est notamment relever le défi à la fois de la sécurité, Bernard Guetta le disait il y a un instant, nous sommes de vieilles démocraties, et il y a un certain nombre de valeurs sur lesquelles nous ne transigeons pas, et notamment nous pensons qu'il faut lutter avec détermination pour la sécurité de nos concitoyens, mais avec les valeurs de la démocratie.
Ce sont des sujets qui sont sur la table pour aujourd'hui et demain.
Vous êtes avec vos amis LR et UDI, avez-vous dit, mais quel LR et UDI ? Et vous avez employé ce mot, cet adjectif, Gérard Larcher, constructif, état d'esprit, constructif, mais constructif c'est le nom du groupe de parlementaires dont la création est proposée par Jean-Pierre Raffarin, les constructifs des LR et UDI qui soutiendraient les réformes Macron. Alors vous êtes dans les constructifs de Raffarin ?
Non, historiquement, ce mot-là il a trois ans, c'est sur ce thème-là que j'ai été élu à la présidence du Sénat. Et donc on n'est pas dans un débat qui est plus constructif que l'autre. Moi il se trouve que je suis président d'une assemblée, et président d'une assemblée qui va avoir à examiner au mois de juillet, quelle que soit la majorité, un certain nombre de propositions que le président de la République va faire. Je pense notamment à la question travail, emploi, l'urgence.
Si ça passe par une loi d'habilitation, elle ne passe pas par le Sénat ? Bien sûr que si. Elle passe par le Sénat, pardon. Le fonctionnement, je crois que c'est utile de le dire,
chacune des assemblées est saisie, débat, peut d'ailleurs faire des amendements, et puis il y a ce qu'on appelle la ratification, qui passe devant les deux assemblées, et nous avons notamment, parce que nous avions beaucoup travaillé, souvenez-vous un jour où vous m'aviez interrogé, au moment de la loi Macron et de la loi travail, dit-elle Khomri, nous avons un certain nombre de propositions à faire, et c'est possible dans le cadre des ordonnances.
Qu'attendez-vous par exemple ? Que pourriez-vous attendre d'une réforme du droit du travail ? Question posée à l'ancien ministre du Travail que vous êtes.
Accord d'entreprise, mais aussi accord de branche. J'ai vu hier dans les échanges entre le président de la République et un certain nombre de partenaires sociaux que c'était un sujet. Car nous sommes un pays où l'immense majorité des entreprises sont des petites et moyennes entreprises. Où plus de 50% des salariés sont des salariés de petites et moyennes entreprises. Le plafonnement des indemnités prud'homales, pour qu'il y ait une forme de connaissance à l'avance, pour les chefs d'entreprise, de la conséquence d'un licenciement. Enfin, la simplification des organes de représentation du personnel. Voilà trois sujets. Mais il y a aussi le sujet qui n'est pas abordé en l'état actuel.
J'ai rencontré le Premier ministre hier, qui est la question des seuils, qui est extrêmement créateur d'emplois. C'est au moins ce que nous pensons. Nous aurons ce débat. Et ce débat, c'est un débat pour la compétitivité de notre pays et en même temps la lutte contre le chômage. C'est un sujet dans lequel on ne peut être, j'allais dire, que dans un esprit positif et de construction, à la condition qu'il y ait eu une concertation. Vous savez, c'est un secret de Paul Hichinelle. J'avais préparé pour le candidat des Républicains et de l'UDI un texte d'ordonnance. Donc, je n'ai pas de difficulté à débattre autour de l'ordonnance, même si ça n'est pas la panacée pour le Parlement.
Donc, vous connaissez le sujet et vous regarderez ce qu'il y aura sur la table. Si vous étiez député, Gérard Larcher, est-ce que vous pourriez voter la confiance au gouvernement Philippe ?
Vous me posez une question. Aujourd'hui, je ne connais pas le résultat des législatives et je ne connais pas le texte sur la confiance. On a des points de divergence. Non, mais d'autres ont répondu. Vous avez vu, Christian Estrogi a répondu, Jean-Pierre Raffarin a répondu. Attendez, se prononcer sans connaître le texte, c'est pour un parlementaire refuser de discuter et d'analyser. Vous connaissez un peu les hommes ?
Je crois qu'ils vont vite en besoigne. Vous connaissez un peu les hommes, Gérard Larcher, Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, est-ce qu'ils font toujours partie de votre famille politique ?
Ils ont choisi un engagement, ce sont des hommes de qualité, notamment Édouard Philippe, avec lequel j'ai largement échangé. Ils ont décidé de rejoindre la démarche du président de la République. Nous avons eu une démarche différente, parce que notre projet n'est pas celui d'Emmanuel Macron, par exemple sur la réforme des retraites, sur les collectivités territoriales, et notamment sur la question de la métropolisation. J'ai mis en garde le président de la République sur ce qui s'est passé dans la ruralité, dans les petites villes, dans les villes moyennes, où le vote populiste, et notamment le vote Front National, est extrêmement important.
Je lui ai dit, vous êtes le président d'une France fracturée. Il vous appartient de recoudre, de reconstruire. J'ai dit la même chose au Premier ministre, et c'est ce à quoi je veux travailler, avec mes choix, mes idées, avec ma famille politique, mais avec la spécificité du Sénat, qui est toujours d'essayer de construire.
Philippe, le maire d'Armanin, ils se sont exclus d'eux-mêmes, ou ils font toujours partie de votre famille ?
Ils ont décidé de quitter la famille. Est-ce que, pour autant, ce sont des gens avec lesquels je n'ai pas des relations personnelles, d'amitié et de respect ? Réponse oui. Mais ils seront quittés, puisqu'il se trouve qu'ils défendront des candidats, qui sont différents, des candidats auxquels, d'ailleurs, ils ont contribué à donner l'investiture. C'est une réalité, ce n'est pas un scandale, ce n'est pas une infamie,
mais c'est une réalité. Ce n'est pas un scandale. Vous n'avez pas l'impression que votre parti est en train de se couper en deux ?
Nous aurons un débat, et nous aurons la nécessité d'une refondation, et je la souhaite de tout mon cœur. C'est un sujet, d'ailleurs, que nous avons commencé à entamer dans nos groupes politiques.
Axe de campagne de François Barouin, c'est mis en garde contre ce qu'il qualifie de choc fiscal sans précédent que le nouveau gouvernement voudrait mettre en œuvre, avec, entre autres mesures, un loyer fictif ou un loyer imposé aux propriétaires. Il l'a répété plusieurs fois ces derniers jours, y compris au meeting de samedi où vous étiez présent, Gérard Larcher, et puis dimanche aussi sur BFM TV.
M. Pizani-Ferry, qui est la plume du projet du président de la République, est dans Marche, et l'auteur et le concepteur de la volonté d'imposer un loyer à tous les propriétaires. Moi, je trouve que ça fait beaucoup pour ceux qui possèdent un bien et donc j'attire l'attention des gens de droite et du centre de bien regarder le projet.
Un loyer imposé à tous les propriétaires, François Barouin l'a répété encore une fois à jaunage dans le Rhône hier soir lors d'un meeting. Pourquoi propager, continuer de propager de tels bobards ? Car ce sont des bobards, vous le savez, Gérard Larcher, ça a été démenti à de multiples reprises par Emmanuel Macron, par Jean Pizani-Ferry. Cette proposition n'a jamais été sur la table. Pourquoi continuer à le dire de meeting en meeting ?
Nul de contexte que Jean Pizani-Ferry a réfléchi à cela. Ça fait partie des travaux. Non, c'était une option dans un rapport de France Stratégie qui dirigeait. De France Stratégie. Donnez-moi, il existe. Il existe. Il n'a jamais proposé cette mesure. En même temps, j'ai posé la question au président de la République et au Premier ministre. Vous ne l'avez pas entendu dans ma bouche. Et c'est un sujet sur lequel, naturellement, nous sommes vigilants. Mais je voudrais vous dire quelque chose. Est-ce qu'on imagine une recomposition politique dans laquelle les seules oppositions seraient le Front National et la France Insoumise ? Je crois qu'il faut bien qu'on réfléchisse.
La démocratie, c'est aussi des piliers et parmi lesquels deux piliers, une majorité et une opposition. Et il faut que cette opposition, elle soit à la fois dans son rôle de renvoyer les balles un peu comme un fronton de pelotes basques et en même temps qu'elle puisse participer à la construction du pays. Je crois que c'est aussi une responsabilité politique que nous avons et c'est ce que François Baroin conduit dans le pays. Et il est donc important que dans la phase de séduction globale, on se pose la question collectivement des citoyens. Il faut une majorité. Doit-elle être absolue ou relative ? C'est les électeurs qui trancheront.
Il faut aussi une opposition qui ne soit pas simplement cantonnée dans les populismes.
La vérité, c'est important dans les discours politiques Gérard Larcher, y compris dans les critiques adressées aux propositions aux mesures de l'adversaire.
Je pense que c'est une manière d'agir qui me paraît essentielle. C'est en tous les cas ce que j'essaie de faire.
Gérard Larcher