Face à Face : Marine Le Pen - 16/11
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, face à face. Apolline de Malherbe. 8h30 sur RMC et BFM TV. Bonjour Marine Le Pen. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes bien sûr l'ancienne candidate à la présidentielle, députée RN du Pas-de-Calais, présidente du groupe RN à l'Assemblée. On va parler immigration, sécurité, pouvoir d'achat, risque de dissolution. Mais d'abord, cette crise aiguë cette nuit, puisqu'il y a donc eu deux morts, de morts polonais sur le sol polonais après deux explosions. Alors qu'il y a eu un questionnement sur l'origine de ces missiles, l'Amérique estime finalement ce matin qu'il pourrait s'agir d'un missile ukrainien qui visait des missiles russes.
On a frôlé la catastrophe.
Oui, et bien que je crois que ça doit servir de leçon dans ce genre de domaine, il faut toujours conserver son sang froid. Et j'ai noté d'ailleurs que le président Emmanuel Macron ce matin appelait déjà à la plus grande prudence vis-à-vis de ces voix qui commençaient à s'élever cette nuit, presque en se réjouissant de la possibilité de déclencher en quelque sorte une guerre mondiale, c'est-à-dire d'internationaliser la guerre. Vous avez entendu des gens se réjouir, vous ? Ah, j'ai vu sur Twitter des gens qui avaient l'air de dire tout de suite qu'il faut déclencher l'article 5, etc. Ce sont des géopoliticiens.
Donc, moi, je pense que dans ce domaine, encore une fois, il faut tout faire, je le répète, pour essayer de trouver une issue pacifique qui passerait évidemment d'abord et avant tout par le retrait des troupes russes de l'Ukraine.
Et je vous informe qu'à l'instant, le président Zelensky estime que le tir de missiles est un message de la Russie au G20.
Oui, mais si vous voulez, M. Zelensky, lui, il a presque... Il parle de la Russie comme d'un État terroriste. Oui, bien sûr, mais il est en guerre avec la Russie. Donc, on ne peut pas demander à M. Zelensky, pour être tout à fait honnête, d'être objectif. Voilà. Donc, on ne peut pas lui demander d'être objectif. Il a joué avec le feu ? Il ne l'est pas. Il joue avec le feu ? Il ne l'est pas. Il cherche évidemment des alliés. Il cherche à ce que des nations viennent soutenir plus avant l'Ukraine. Mais par conséquent, ça n'est pas sur la base de ses propres déclarations qu'il faut, je crois, se baser.
Il faut se baser sur nos propres sources de renseignements et notamment nos propres sources de renseignements françaises. Ce qui s'est passé cette nuit, et vous le dites, vous appelez, vous aussi, finalement, à la plus grande prudence
et à garder son sang-froid, mais ce qui s'est passé cette nuit montre qu'une étincelle peut arriver. Si c'était le cas, et si ces missiles avaient été russes, s'ils étaient russes, est-ce que vous vous dites, oui, l'article 5 de l'OTAN, la solidarité ?
Non, mais je ne veux pas faire de politique fiction dans ce domaine. Mais il faut imaginer les scénarios, il faut anticiper. Non, parce que les conséquences seraient évidemment extrêmement graves. Donc, arrêtons de faire de la politique fiction. Réjouissons-nous que nous ne soyons pas dans la situation de faire fonctionner l'article 5 qui est en train de ringuer une guerre mondiale, car je crois que personne ne souhaite la mondialisation de ce conflit russo-ukrainien.
Avant qu'on ne sache d'où venaient ces missiles, le message d'Elisabeth Borne avait été lu à l'Assemblée. En toute hypothèse, je la cite, la Pologne peut compter sur la solidarité de la France. Elle avait promis de vous tenir, vous, représentation nationale, au courant. Est-ce que vous estimez que cette manière d'avoir géré la crise, d'avoir informé au fur et à mesure, était satisfaisante ?
Oui, mais vous savez, moi je suis respectueuse des institutions. Le président Emmanuel Macron est le chef des armées. Bon, par conséquent, qu'il y ait, à partir d'un certain seuil de certitude, une information qui soit donnée à l'Assemblée nationale, ça me paraît légitime, mais ça n'est pas l'Assemblée nationale, là, dans ce domaine, face à une situation telle que celle-là, qui décide. Maintenant, oui, la Pologne est un pays ami de la France. Bien entendu, si elle avait été volontairement attaquée sur son territoire, elle pourrait, bien entendu, compter sur la solidarité française. Vous êtes inquiète, Marine Le Pen ?
Oui, je suis inquiète, mais toujours, toujours, je suis inquiète, parce que je suis une mère de famille, parce que j'ai des enfants, et parce que moi, la perspective d'une guerre mondiale me fait extrêmement peur, comme ça devrait l'être pour tout le monde d'ailleurs, parce que la guerre, elle n'est pas virtuelle, elle fait des morts, elle fait des morts chez les hommes, les femmes, les enfants, et donc, moins elle dure, mieux, évidemment, nous nous portons, et c'est la raison pour laquelle j'avais sollicité qu'une grande conférence pour la paix soit organisée par la France, que je crois que c'est le rôle historique de la France que d'être à l'origine de cette grande conférence pour la paix, qui pourrait réunir l'ensemble de ceux qui, évidemment, sont intéressés par ce conflit.
Vous cesseriez l'envoi d'armes à l'Ukraine, si vous étiez au pouvoir ? Ça dépend de quel type d'armes, si ce sont des armes défensives, non, je pense que c'est parfaitement envisageable, mais les armes lourdes, les armes d'attaque, en réalité, contribuent à aggraver. Pour vous, par exemple, le canon Céar, c'était un basculement ?
Celles-là, vous les auriez envoyées ?
C'est à la limite, c'est à la limite, et le risque, vous comprenez, quand on envoie des armes lourdes, c'est évidemment de tomber dans la co-béligérance, c'est-à-dire dans une posture où, en réalité, on est parti pris dans la guerre avec, précisément, le risque d'escalade et donc le risque de guerre mondiale. Donc, il faut être extrêmement prudent dans ces domaines-là, et puis, encore une fois, tous les efforts doivent converger vers une solution pacifique. Je note d'ailleurs que M. Zelensky l'avait dit, il y a quelques semaines, il avait dit, la solution sera diplomatique, donc elle ne sera pas militaire.
Retour en France, et cette crise diplomatique avec l'Italie, pour le coup, l'océan viking qui a donc fini par être accueilli par les autorités françaises, et Gérald de Darmanin, qui était à l'Assemblée hier, a précisé que 44 des migrants rescapés seront expulsés de France. Il dit qu'il y a 60 personnes qui peuvent demander l'asile, qui seront réparties sur le territoire européen. Et alors, Lavalette, qui est membre de votre groupe, qui l'interrogeait, il a dit, je m'enorgueillis, Madame la députée, que ce soit cette majorité qui soit au pouvoir pour sauver ces enfants-là. Avec vous, on sait ce qu'il serait devenu, et il a même précisé sa question. Finalement, une question est simple.
Si vous étiez en responsabilité, auriez-vous laissé mourir ces 44 enfants ?
Je pense que tous ceux qui entendent ça prennent conscience de l'indécence du ministre de l'Intérieur, du cynisme du ministre de l'Intérieur. Cette question est honteuse. Elle est honteuse. Car la réalité de la politique que nous souhaitons mener, ce n'est pas de laisser mourir personne. D'ailleurs, ni des enfants, ni des adultes. C'est de sauvegarder les vies, bien entendu, de ces migrants qui sont en danger, donc opérer le sauvetage. La différence fondamentale que nous avons, c'est que eux, lui, souhaitent les ramener sur le territoire européen, nous souhaitons les ramener à leur port de départ. C'est aussi simple que cela.
Et je rappelle quand même à monsieur le ministre de l'Intérieur qu'il participait de la même majorité, me semble-t-il, dans les cinq dernières années. L'Aquarius. L'Aquarius que la France avait refusé. C'est Emmanuel Macron qui avait refusé d'accueillir l'Aquarius. Je vous rappelle que l'Aquarius, du coup, a été accueilli à Barcelone. Donc voilà des gens qui sont capables de dire tout et l'inverse de tout. D'utiliser, ce ne sont même pas des fils, c'est des cordes telles que celles qu'il a utilisées hier. Avec un cynisme qui dépasse l'entendement.
Une partie des migrants qui étaient sur l'Aquarius avait quand même été accueillis à Marseille. Vous, au pouvoir, vous auriez quand même accueilli au port ce bateau pour sauver et raccompagner ensuite. Comment ça marche concrètement ? Vous auriez fait quoi ? Vous dites qu'on ne les aurait pas laissés mourir, mais pour autant, on ne les aurait pas accueillis.
Mais concrètement, qu'est-ce qu'on fait ? D'abord, concrètement, on considère que les ports de Tunisie et d'Algérie sont des ports sûrs. Parce que je ne comprends pas pourquoi le gouvernement français considère que les ports tunisiennes ne sont pas sûrs, par exemple. Pourquoi ? Je rappelle qu'il y a des centaines de milliers de Français qui vont en vacances en Tunisie chaque année et que personne n'est venu leur dire qu'ils étaient en danger en allant dans ce pays. C'est même méprisant à l'égard de la Tunisie, en l'occurrence, et de l'Algérie. Or, le port le plus proche est le port tunisien.
Ils avaient quitté les eaux territoriales tunisiennes.
Oui, mais ils les quittent parce qu'encore une fois, ils n'y sont pas accueillis. Et pourquoi n'y sont-ils pas accueillis ? Donc, tout cela est une vaste opération qui vise en réalité à nous faire accepter une immigration qui sera de plus en plus massive avec des ONG qui sont des complices des passeurs dans bien des cas... Complices des passeurs. Oui, complices des passeurs, oui, qui sont en contact direct, dans certains cas, avec les passeurs, qui les appellent en disant « Voilà, nous quittons le port... » Vous dites carrément qu'il y a un... Pardon, mais Madame, il y a des images de Frontex, d'accord ? Pour vous, ils travaillent main-dommage avec les passeurs.
Ils s'appellent, ils se donnent les rendez-vous, ils prennent le relais.
Oui, ça arrive. Et il y a même des témoignages, d'ailleurs, de migrants qui disent « Si les bateaux d'ONG ne sont pas prévenus, nous refusons de partir. Nous refusons d'embarquer. » Il y a des images dans lesquelles on voit un chalutier amener des migrants, les faire entrer dans une barque et immédiatement après, un bateau d'ONG venir les chercher. Ces gens sont des idéologues. Ce qu'ils souhaitent, c'est nous mettre devant le fait accompli. Emmanuel Macron n'avait pas cédé lors des cinq dernières années. Il cède aujourd'hui. Il ne pourra plus jamais dire non maintenant. C'est ça le problème.
Quand vous parlez des idéologues, vous parlez des ONG. Bien sûr, bien sûr. Marine Le Pen, il y a une confusion ce matin autour du sort de l'imam Iqusen. La justice belge avait hier refusé de l'extrader en France. Mais ce matin, la secrétaire d'État belge à l'asile et à l'immigration annonce que l'imam a été placé en centre fermé en vue d'un éloignement du territoire belge. Vraisemblablement, il pourrait être donc expulsé au Maroc. Et dans ce même temps, l'imam Iqusen accorde une interview à nos confrères du Parisien dans lequel il se repent et il regrette. Il dit « j'ai dit des choses condamnables ». Il dit que sa langue a fourché, que ça a dépassé, je cite, sa pensée.
Par sa pensée et par son vocabulaire, il dit « j'ai évolué ». Que faire et que croire ? Dehors.
Que faire, dehors ? Il est déjà dehors, là. Oui, d'accord. Il est dehors, mais il est parti, il s'est enfui en réalité. Donc, ce n'est pas la France qui a eu la maîtrise de ce dossier. Là encore, pardon de vous dire que le ministre de l'Intérieur a échoué puisque cet homme s'est échappé. Il a quand même osé, M. Darmanin, se réjouir en disant « vous voyez, il est parti ». D'accord, mais si la justice fonctionne comme ça, ça pose quand même un problème. Donc, il doit être évidemment expulsé, il doit être interdit définitivement du territoire, mais surtout, il l'aurait dû l'être depuis longtemps. C'est ça, la réalité. Et dès I.Q. Houssen, il y en a plein en France.
Et on voit bien que la politique de lutte contre le fondamentalisme islamiste n'est pas menée en France avec la fermeté. Il dit dans cette interview aux Parisiens, il dit « la France est le plus beau pays du monde ». Bien sûr. Et pourtant, il veut la changer en réalité. Il veut y imposer la charia. Voilà. Donc voilà, des gens qui ont un double discours, dont on ne doit pas être dupe. En réalité, ils expriment... Pour vous, ces regrets, c'est une duperie ? Mais bien sûr que c'est une duperie. Enfin, écoutez, nous ne sommes tout de même pas des naïfs. C'est une duperie et il ne faut pas y céder. Voilà.
Et je crois qu'il faut vraiment accélérer la politique de lutte contre le fondamentalisme islamiste. Et on verra effectivement ce que fait finalement la Belgique, puisque donc, je le rappelle, il devrait être... La Belgique qui a démontré son incapacité absolument totale, d'ailleurs, à lutter contre le fondamentalisme islamiste elle-même.
Voilà, s'ils le font, ils arriveront à faire ce qu'on n'a pas réussi à faire.
Non, non, mais bon, je tiens à le dire que ce n'est pas un pays exemple dans le domaine de la lutte contre le fondamentalisme islamiste.
Marine Le Pen, je voudrais qu'on parle de l'inflation, je voudrais qu'on parle du pouvoir d'achat. Vous n'aviez dit que vous étiez la candidate du pouvoir d'achat. Et pourtant, vous avez voté contre le versement d'un chèque énergie de 100 à 200 euros pour les foyers les plus modestes, contre des crédits ouverts pour les aides aux agriculteurs, contre une aide de 230 millions d'euros pour les ménages se chauffant au bois. Tout cela, c'était dans le budget rectificatif et vous avez voté contre...
Non, mais tout cela est totalement faux. Il faut arrêter avec ça, parce que ça, c'est une manœuvre. D'accord ? Nous avons voté, article par article, pour évidemment l'intégralité...
Oui, mais à la fin, quand le paquet global est donné et qu'il y a tout ça dedans, vous savez pourquoi on a voté contre ?
Justement parce qu'il voulait supprimer la ristourne. Vous voyez la ristourne qui vient de passer, là, ce matin, c'est à minuit, cette nuit, de 30 centimes à 10 centimes. Ristourne qui d'ailleurs n'a même pas été suivie dans ses effets, puisque nous avons lu dans le budget énergie que le montant moyen de la baisse à la pompe a été beaucoup plus faible que la ristourne, de 30 centimes. Non, le projet de gloire rectificatif est très précis. De 17 à 19 centimes, la baisse, au lieu de 30. Qu'a dit le gouvernement ? Rien ?
Il voit qu'en réalité, la ristourne qui est payée par les contribuables n'est pas répercutée totalement, c'est le moins qu'on puisse dire, 17 à 19 centimes au lieu de 30, et il ne dit rien. Et nous étions...
Ils ont quand même prolongé de 15 jours, ça ne vous suffisait pas, vous auriez voulu le prolonger davantage ?
Non, de deux choses l'une. Soit on prend les mesures qui sont celles du Rassemblement national et qui sont bien meilleures que l'échec à répétition...
Vous n'étiez pas au départ pour la ristourne, maintenant vous êtes contre le fait de l'arrêter,
mais vous n'étiez pas pour. Je vais vous expliquer beaucoup plus clairement, je crois. Allez-y. Soit on prend les mesures du Rassemblement national qui sont beaucoup plus efficaces que l'échec ou les ristournes qui sont opérés par le gouvernement, qui était la baisse de la TVA de 20 à 5,5. Pas seulement sur le carburant, mais aussi sur le gaz, sur l'électricité et sur le fuel. Et l'on met en place la TVA à 0% pour un panier de 100 produits de première nécessité, parce qu'on ne parle quasiment pas de l'inflation alimentaire, mais elle est absolument spectaculaire. Et on aurait eu, évidemment, l'intégralité des Français qui auraient bénéficié de ces mesures.
Soit on fait le choix que nous critiquons, mais il faut bien aider les Français dans la situation très difficile que l'on vit, de la ristourne, et à ce moment-là, on la maintient. On la maintient parce qu'il est évident qu'aujourd'hui, les prix vont remonter de manière spectaculaire, et ça vient se cumuler avec l'inflation générale. On dit que l'inflation est de 6,2% sur un an. Ça paraît mesuré quand on dit 6,2%. C'est mesuré par rapport à nos voisins. C'est-à-dire que quand on regarde effectivement la situation en Angleterre ou en Espagne... 6,2%, mais 12% sur l'alimentation générale. 12% sur l'alimentation, 17% sur les produits frais. 34% sur les légumes.
Vous comprenez que les Français, eux, quand ils vont faire leur course, ils se rendent compte qu'ils n'arrivent plus à remplir leur caddie et à se nourrir correctement.
Ça veut dire que votre mesure, Marine Le Pen, elle aurait concerné non pas seulement la question du carburant, mais tous les prix, tout ce panier dans lequel il y a des produits frais à nécessité, dans lequel il y a les produits frais, la viande, les légumes ?
Bien sûr. Bien sûr. Mais je crois que j'aurais fait d'autres choix politiques. La réalité, c'est que ce que nous vivons est la conséquence de très mauvais choix politiques. Notamment, évidemment, sur l'énergie. L'idée pour un continent qui n'a pas d'énergie de mener une guerre énergétique était une stupidité absolument totale.
C'est quoi ce que vous appelez une guerre énergétique ?
Ce sont les sanctions qui ont été décidées sur l'énergie, alors que nous n'en avons pas assez pour pouvoir justement offrir... Donc on aurait dû d'abord penser à nous avant de penser en effet aux Ukrainiens. On aurait dû penser à nous pour une raison simple, c'est que non seulement cette décision de sanctions a été extrêmement néfaste pour le peuple français, mais en plus elle a été plutôt bénéfique pour les Russes. Alors là, je veux dire, si je puis me permettre, c'est vraiment un échec sur toute la ligne. Enfin, par un seul, les objectifs n'a été remplis.
Nous, il faut être honnête, on bénéficiait très peu du gaz russe. Donc en fait, cette guerre énergétique dont vous parliez, elle n'est que pour peu dans la réalité économique qui nous concerne aujourd'hui.
C'est faux pourquoi ? Je vais vous dire pourquoi. Parce que la réalité, c'est qu'aujourd'hui, avec le marché européen de l'électricité dont je veux sortir, le prix de l'électricité est fixé sur le prix du gaz. Donc quand le prix du gaz flambe, c'est le prix de l'électricité français qui flambe, alors même que nous le produisons à très bas coût. Sur la question de la production d'électricité,
on est bien d'accord que c'est en grande partie, et là pour le coup, je les douane personne, puisque c'est encore pire dans un sens, c'est en grande partie aussi par notre propre faute, avec nos réacteurs qui sont à l'arrêt,
avec notre fragilité. C'est la faute de François Hollande et d'Emmanuel Macron. Ce n'est pas votre faute, ce n'est pas la mienne. Parce qu'à un moment donné, il faut que nos responsables politiques assument leurs responsabilités. C'est notre faute en tant que Français, avec une forme de solidarité. Oui, d'accord, mais vous savez, il faut que chacun assume ses responsabilités.
Le choix d'avoir abandonné la filière nucléaire, d'avoir lancé un signal de désengagement de notre filière nucléaire, ça a eu pour conséquence, aujourd'hui, des difficultés que nous connaissons, qui vont probablement entraîner des coupures d'électricité, qui entraînent la sobriété énergétique, qui entraînent qu'on demande aux gens d'être à 19 degrés dans leur domicile, et surtout des factures qui flambent.
Est-ce que vous ressentez une forme de colère sourde ? Est-ce que vous imaginez qu'il puisse y avoir des mouvements, comme celui des Gilets jaunes ? On sent que, par exemple, la Première Ministre, qui était sur BFM TV lundi soir, à qui on posait la question d'éventuellement passer à 110 km heure sur les autoroutes, il rechigne aussi pour cette raison-là ?
Ce n'est pas du tout vrai. Il n'y rechigne pas pour cette raison-là. Non seulement ils ont refusé de baisser les dépenses contraintes, non seulement ils ont refusé la proposition d'augmentation de 10% des salaires jusqu'à trois fois le SMIC, que je proposais aux entreprises, et en contrepartie, on n'augmentait pas les charges patronales. Donc, pas d'augmentation des salaires, pas de baisse des dépenses contraintes, mais en plus, avec la difficulté que vivent les Français, ils rajoutent la retraite. Non mais je veux dire, il y a presque une forme...
Pour vous, les 110 km heure n'ont rien à voir avec la colère, ça ne ferait qu'une étincelle de plus.
Il y a presque une forme de sadisme, parce qu'au moment où nous nous parlons, la retraite, elle est excédentaire. Le régime de retraite est excédentaire. Donc, pourquoi le faire maintenant, si ce n'est par une obsession qui consiste à détricoter notre système de protection sociale au moment où les Français sont les plus affaiblis ? Sadisme ? Ben oui, il y a une forme de sadisme. Ça veut dire que sciemment, le Premier ministre, le président de la République
voudraient vraiment faire souffrir les Français.
Ne pas avoir d'empathie à ce point à l'égard du peuple français, ne pas comprendre ses difficultés, ne pas souffrir avec lui de la situation qu'il vit, alors que des Français n'arrivent plus à mettre de l'essence pour aller travailler dans leur voiture, qu'ils ne vont pas réussir à se chauffer, qu'ils n'arrivent plus à se nourrir et à consommer comme ils le faisaient jusqu'à il y a un certain nombre de mois. Il manquait d'empathie au point de rajouter à la barque en disant « et en plus vous allez travailler jusqu'à 65 ans ».
Donc pour vous, le gouvernement tire presque une forme de plaisir à faire souffrir les Français. Je finis par poser la question. Vous dites « moi j'ai de l'empathie ». En juillet, vous avez voté contre le SMIC à 1 500 euros.
Oui, parce que je pense que ça n'est pas la bonne méthode, l'augmentation du SMIC. D'abord parce que le SMIC, ça n'est que 12%. Ça ne touche que 12% des salariés. Mais vous savez que c'est un effet aussi d'entraînement, c'est-à-dire que le SMIC est aussi la base des gros salaires. Non, c'est une trappe à bas salaire justement. Et ça ne touche que 12%. Moi, quand je propose la baisse de la TVA, la baisse des dépenses contraintes, parce qu'il n'y avait pas que la TVA, il y avait la baisse du prix du péage, il y avait la baisse du prix des abonnements, il y avait le fait de diviser par deux la CSPE. Pourquoi je le fais ? Parce que ça bénéficie à tous.
Quand je propose l'augmentation de 10% des salaires, c'est jusqu'à trois fois le SMIC. C'est-à-dire que j'inclus les classes moyennes, ce qui n'est pas le cas des propositions sur le SMIC. Vous voyez, c'est une autre manière. Ça n'est pas un refus pour le plaisir de laisser les gens au SMIC. C'est que plutôt que d'augmenter ce qui est, on le sait d'ailleurs, inflationniste en situation d'inflation, eh bien, on baisse les dépenses contraintes, ce qui est désinflationniste. Je vous repose la question,
les 110 km heure qui auraient à la fois des vertus sur le portefeuille, parce que du coup, c'est moins de consommation d'essence et sur l'environnement, vous y êtes favorable ou non ? Non, absolument pas.
Mais on peut aussi s'arrêter de vivre, de respirer, d'avoir des voitures. On peut retourner à la carriole à chevaux. Si on écoute d'ailleurs les écologistes, c'est à ça qu'on va revenir.
Si, si. Vous caricaturez un petit peu.
Non, à peine. À peine, parce que, quoi que vous avez raison, pour les chevaux, parce qu'ils ne voudront pas qu'ils tirent les carrioles. Mais je veux dire, cette capacité à envisager. Mais il faut mieux en rire qu'en pleurer, parce que la réalité, c'est que leur vision est une vision de régression absolument totale de la civilisation. Alors que, évidemment, les solutions sont dans la science, le progrès. C'est-à-dire qu'on va trouver demain les solutions pour pouvoir améliorer l'efficacité énergétique. On va trouver demain le moyen d'utiliser l'hydrogène, qui est une énergie totalement propre. On va trouver tout cela. Et il faut chercher, il faut pousser les chercheurs.
Il ne faut en aucun cas avoir une vision rabougrie, de décroissance, comme l'ont un certain nombre de personnes.
Vous parliez des chevaux à l'instant. On pourrait parler aussi des taureaux, puisqu'il va y avoir cette proposition de loi, qui est une proposition, la France insoumise, pour interdire la corrida. Ça serait quoi, votre position à vous ?
Ma position à moi, c'est d'interdire la corrida aux mineurs. Je considère que ce n'est effectivement pas un spectacle, en l'occurrence pour les enfants, mais qu'il s'agit de tradition régionale, d'ailleurs, pas nationale, mais qu'il s'agit de traditions régionales qu'il faut conserver. Mais surtout, mon avis, si vous voulez, c'est que moi, j'essaie de regarder globalement les choses en matière de protection animale. Je crois que les taureaux, c'est 5 000 taureaux par an. Combien y a-t-il de... 5 000 taureaux tués par an. Oui, voilà. Mais l'abattage sans étourdissement... Là, vous parlez de l'abattage rituel. Des bœufs... Non, des vaches de bœufs. Non, non, maintenant, ça s'est généralisé.
C'est sans étourdissement. Des vaches de réforme, des bœufs, etc., c'est combien par an ? Je crois 5 millions. Vous voyez ? Donc l'urgence, elle est là. Si on veut véritablement qu'il y ait un nombre très important d'animaux qui, demain, souffrent moins, il faut imposer l'abattage avec étourdissement.
Mais je ne comprends pas de quoi vous parlez, parce que vous dites... Je parle de souffrance animale. Non, bien sûr, ça j'ai bien compris, Marine Le Pen. Mais quand vous dites, non, non, ce n'est pas l'abattage rituel. Au départ, c'est quand même pour l'abattage rituel. Je veux quand même qu'on s'en s'en parle.
Alors, vous avez raison. Mais le problème, c'est que pour des raisons économiques et pour des raisons de facilité, des abattoirs entiers ont fait le choix de ne faire que de l'abattage sans étourdissement. Et moi, je considère qu'il faut interdire cela, comme d'ailleurs, pardon, mais l'a décidé pour le coup l'Union Européenne. Vous voyez qu'un coup, on demande l'application des règles de l'Union Européenne, mais je n'attends pas l'Union Européenne pour demander que ces abattages se fassent avec étourdissement. Donc, une forme de pragmatisme.
Merci Marine Le Pen d'avoir répondu à mes questions ce matin sur RMC et BFM TV. Il est 8h53.
Marine Le Pen