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InterviewC à vous (sur YouTube)· 3 novembre 2023 8 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsEurope & international

« Nos meilleures années », les mémoires de Pierre Moscovici - C à vous - 03/11/2023

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Pierre Moscovici, de votre propre aveu, vous avez beaucoup sacrifié à la politique.

  • 1:47FerméeRéponse directe

    Vous n'êtes pas devenu faux, Pierre Moscovici ?

  • 3:10OuverteRéponse directe

    Le passé, c'est 97, notamment. Vous êtes un des ministres de Lionel Jospin, qui avait, selon vous, rassemblé la « dream team » de la gauche au gouvernement.

  • 5:41OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous suivez un petit peu ce qui se passe au Parti Socialiste, ou est-ce que tout ça vous semble aujourd'hui bien loin ?

  • 6:11RelanceRéponse directe

    Oui, mais ce qui a manqué à Dominique Sroscan, et ça vous l'écrivez noir sur blanc, c'est une discipline personnelle.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:13Invité politiqueFait
    « J'ai eu un père qui était rescapé de la Shoah, qui avait été dans un camp de travail en Roumanie pendant la guerre. »
  • 4:14Invité politiqueFait
    « Et puis après est arrivée la cohabitation dure, la campagne électorale, qui, il faut le dire, était assez trash. »
  • 5:19Invité politiqueFait
    « J'étais pas content, d'ailleurs. »
  • 7:05Invité politiquePromesse
    « je suis persuadé qu'il aurait été président de la République en 2012 s'il n'avait pas eu justement cette, non seulement indiscipline, mais aussi certaines blessures, certaines failles. »

Temps de parole

  • Pierre Moscovici72 %
  • Présentateur19 %
  • Invité4 %
  • Invité 24 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small3.2:24b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Pierre Moscovici, de votre propre aveu, vous avez beaucoup sacrifié à la politique. 40 ans de vie publique au service de la démocratie, de l'Europe, de votre pays. 40 ans de déplacement incessant, de débats interminables, d'hôtels de province où l'on arrive tard le soir et que l'on quitte tôt le matin, des nuits au Parlement, des mandats locaux, parlementaires, nationaux, européens et deux portefeuilles ministériels. Le premier, c'était en 1997, lorsque vous avez été chargé des affaires européennes.

0:26
Pierre Moscovici

Le ministre des Affaires européennes, lui, s'installe dans un des grands bureaux du Quai d'Orsay. Et moi, j'ai choisi tout à fait volontairement que dans un bureau qui soit un bureau moderne, dans un bureau qui soit en plus au milieu des services. Parce que là où je suis, là, je peux travailler avec les administrations.

0:41
Invité

Entre les séances de travail avec le ministre des Affaires étrangères, les déplacements à l'étranger, les navettes entre l'Assemblée nationale et ses services, les discours, les inaugurations, Montbélière peut apparaître comme un havre de paix.

0:54
Pierre Moscovici

À partir du vendredi, c'est le temps pour la circonscription. Il reste parfois une petite demi-journée le dimanche pour dormir. C'est compliqué. La vie privée, quand on est ministre, honnêtement, il faut en garder une parce que sinon on devient un peu fou. Mais elle se situe à des horaires qui sont des horaires bizarres.

1:13
Présentateur

Vous n'êtes pas devenu faux, Pierre Moscovici ?

1:16
Pierre Moscovici

Non, d'ailleurs, maintenant je suis le premier président de la Cour des Comptes, donc j'ai une vie privée, j'ai les horaires plus normaux, j'ai plus tout à fait le même âge. Mais je travaille encore pas mal, oui. Cette vie faite... Ce qui ne m'a jamais empêché de m'intéresser au cinéma. « What's New Pussycat », film de Black Edwards, avec Ursula Andress, Peter O'Toole, Woody Allen. Ah, vous connaissez le casting !

1:37
Présentateur

Vous auriez pu faire l'œil de Pierre à la place de Pierre. Cette vie faite de travail et d'angoisse, vous l'avez cachée, au point que certains vous ont pris pour un dilettante de la politique ?

1:47
Pierre Moscovici

Dilettante, ça ne me choque pas. C'était plutôt une idée, une image que j'avais quand j'étais jeune de dandy, passant ma vie au café de flore, issu de la grande bourgeoisie, une forme de stéréotype. Alors qu'en fait, ce ne sont pas mes origines, ce n'est pas mon comportement, ce n'est pas ma façon d'être. « Je sais d'où je viens ». J'ai voulu faire ce livre pour raconter justement cette vie-là, ce parcours, depuis mon enfance, à mon fils, qui a aujourd'hui 5 ans. Parce que moi, j'ai eu un père qui était rescapé de la Shoah, qui avait été dans un camp de travail en Roumanie pendant la guerre, qui en était sorti tellement traumatisé qu'il ne m'a jamais rien dit.

Et j'ai appris sa vie quand il avait près de 80 ans, et moi déjà 40. Et ça m'avait frustré de ne pas savoir. Donc j'ai voulu le dire, et puis il y a une deuxième détermination, c'est que, comment dire, j'ai le sentiment que, aujourd'hui, nous sommes dans une phase de notre vie démocratique, du débat politique, qui est quand même d'une insigne médiocrité, d'une grande violence à la fois. Et j'ai voulu témoigner d'une époque, c'est pour ça que j'appelle ça nos meilleures années, où il me semble que ce n'était pas tout à fait le cas.

2:53
Présentateur

Sans tomber dans le « c'était mieux avant ».

2:55
Pierre Moscovici

Non, mais ce n'est pas pire, quand même. Ça ne sert à rien, le « c'était mieux avant ». La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. C'est un sentiment inutile, c'est un réflexion inutile. Mais témoigner du passé pour construire l'avenir, ça peut servir.

3:10
Présentateur

Le passé, c'est 97, notamment. Vous êtes un des ministres de Lionel Jospin, qui avait, selon vous, rassemblé la « dream team » de la gauche au gouvernement. Lionel Jospin, qui reste un ami, une référence, avec lequel vous aviez à l'époque une relation affective, mais parfois houleuse. On a vu dans votre bureau, au ministre des Affaires étrangères, le portrait de Jacques Chirac. Il ne fallait surtout pas dire à Lionel Jospin que Jacques Chirac était sympathique.

3:33
Pierre Moscovici

Alors, en fait, il y a eu plusieurs phases. Il y a eu un début de cohabitation qui s'est plutôt bien passé. J'ai même un souvenir que je ne peux pas raconter à Lionel Jospin, mais je le fais puisque je suis chez vous. Un jour, on avait été dans un sommet à Berlin, un sommet européen. Et à un moment donné, il y a 10 heures d'interruption de séance, et on décide d'aller au zoo, imaginez-vous, avec Jacques Chirac. Il se trouve devant un animal, un lion, et il dit, c'est quand même le roi de la jungle, etc. Jacques Chirac, au fond, c'est un type. On ne peut pas dire qu'il est antipathique, c'est impossible. On sortait d'un repas pendagruélique avec Jacques Chirac, choucroute, bière, etc.

Et donc ça, c'était en 2000. Et puis après est arrivée la cohabitation dure, la campagne électorale, qui, il faut le dire, était assez trash. Pas seulement de la part de Jean-Marie Le Pen, qui était vraiment très, très heurtée. Et puisqu'on va parler du Hamas, de Gaza, du Hezbollah, il y a eu sans doute l'épisode du déplacement de Lionel Jospin au Proche-Orient, la réaction de Jacques Chirac, qui le convoque alors qu'il avait quand même été frappé par des pierres, qui, je crois, a marqué entre eux, sur le plan humain et personnel, une cassure.

Parce que, à ce moment-là, Jospin s'est dit, ben voilà, ok, ce président, nous cohabitons correctement, nous construisons la politique de la France ensemble. Mais quand il y a une occasion de marquer une différence et de le faire de manière très dure, il en est capable. Et je crois qu'à partir de ce moment-là, les choses n'ont plus été de même. Et c'est vrai qu'après, il était hors de question de dire qu'il était sympathique. J'avais, le jour d'un anniversaire de la Chirac, dans une émission de télévision, eu l'imprudence à la fin, comme ça, dans les dix dernières secondes, de dire, voilà, il est très dur, c'est un anniversaire.

C'est un anniversaire politique, mais à titre personnel, il est sympathique. Qu'est-ce que j'ai pris ! Je me suis fait engueuler. J'étais pas content, d'ailleurs. Et après, j'ai dit, Lionel Jospin, tu peux pas, c'était à l'Assemblée nationale, m'engueuler devant tout le monde, parce que j'ai dit qu'il était sympathique. Je fais pas sa publicité. Il avait d'ailleurs retiré sa popo.

5:28
Présentateur

Bon. Lionel Jospin, qui a échoué en 2002, on s'en souvient, et après son retrait de la vie politique, il y a un homme dont vous écrivez qu'il était la seule chance de réinvention de la gauche, Dominique Sroscan.

5:41
Invité

Est-ce que vous suivez un petit peu ce qui se passe au Parti Socialiste, ou est-ce que tout ça vous semble aujourd'hui bien loin ? Je suis, parce que ça m'intéresse. J'ai pas énormément de temps à y consacrer, mais je suis plus que vous croyez. La preuve, quelques semaines plus tard, premier comeback à une réunion du Parti Socialiste. Le conseil d'administration du FMI n'apprécie pas. Interdiction désormais de se mêler des affaires de ses camarades du PS. Et c'est peut-être pour ça qu'il est aujourd'hui le mieux placé dans les sondages pour battre Nicolas Sarkozy.

6:11
Présentateur

Oui, mais ce qui a manqué à Dominique Sroscan, et ça vous l'écrivez noir sur blanc, c'est une discipline personnelle.

6:19
Pierre Moscovici

Ah, ça on s'en est aperçu. On s'en est aperçu dans un épisode que tout le monde a en mémoire, au Sofitel, mais avec déjà des prémices dont il était quand même informé. Et conscient. Et conscient, et dont un certain nombre de personnes, dont moi d'ailleurs, l'avertissais. J'ai eu une relation amicale et très proche avec Dominique Sroscan. Il a été mon professeur à l'ENA, c'est lui qui m'a attiré au Parti Socialiste.

Et la raison pour laquelle il était le plus populaire n'était pas seulement qu'il était loin, c'est aussi parce qu'il avait été un ministre des Finances d'un brio incroyable, qu'il était un charmeur, un intellectuel, qu'il était capable de penser à un socialisme moderne, c'est-à-dire à la fois authentique, de gauche, mais aussi ancré dans la réalité européenne, productif. Et il y avait quelque chose chez lui d'extrêmement entraînant, de séduisant. Et je suis persuadé qu'il aurait été président de la République en 2012 s'il n'avait pas eu justement cette, non seulement indiscipline, mais aussi certaines blessures, certaines failles.

Son comportement à l'endroit des femmes était un comportement qui était insupportable en réalité. Et puis, par exemple, c'était un homme aussi étrange parce qu'il a une très grande dureté. C'est-à-dire qu'il était très indifférent à ce qui l'entourait. Souriant, agréable, charmant, mais en même temps, il était ailleurs. Sous-titrage Société Radio-Canada

7:36
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada