« Nos meilleures années », les mémoires de Pierre Moscovici - C à vous - 03/11/2023
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Défensif 70 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Pierre Moscovici, de votre propre aveu, vous avez beaucoup sacrifié à la politique. 40 ans de vie publique...
- 1:46OuverteRéponse directe
« Dilettante », ça ne vous choque pas ?
- 2:33OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
- 3:10OuverteRéponse directe
Lionel Jospin reste un ami et une référence...
- 5:41OuverteRéponse directe
Est-ce que vous suivez un peu ce qui se passe au Parti Socialiste ?
- 6:18OuverteRéponse directe
Ce qui a manqué à Dominique Strauss-Kahn, c'est une discipline personnelle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:13Invité politiqueFait
« moi j'ai eu un père qui était rescapé de la Shoah, qui avait été dans un camp de travail en Roumanie pendant la guerre »
- 3:40Invité politiqueFait
« il y a eu un début de cohabitation qui s'est plutôt bien passé. J'ai même un souvenir que je ne peux pas raconter à Lionel Jospin, mais je le fais puisque je suis chez vous »
- 3:51Invité politiqueFait
« il y a 10 heures d'interruption de séance et on décide d'aller au zoo, imaginez-vous, avec Jacques Chirac »
- 4:06Invité politiqueFait
« Jacques Chirac, au fond, c'est un type. On ne peut pas dire qu'il est antipathique, c'est impossible »
- 4:20Invité politiqueFait
« la campagne électorale, qui, il faut le dire, était assez trash. Pas seulement de la part de Jean-Marie Le Pen, qui était vraiment très, très heurtée »
- 6:41Invité politiqueFait
« la raison pour laquelle il était le plus populaire n'était pas seulement qu'il était loin. C'est aussi parce qu'il avait été un ministre des finances d'un brio incroyable »
- 7:01Invité politiqueFait
« il y avait quelque chose chez lui d'extrêmement entraînant, de séduisant et je suis persuadé qu'il aurait été président de la République en 2012 s'il n'avait pas eu justement cette non seulement indiscipline mais aussi certaines blessures, certaines failles »
Temps de parole
- Pierre Moscovici46 %
- Locuteur non identifié27 %
- Locuteur non identifié 218 %
- Locuteur non identifié 34 %
- Locuteur non identifié 44 %
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Pierre Moscovici, de votre propre aveu, vous avez beaucoup sacrifié à la politique. 40 ans de vie publique au service de la démocratie, de l'Europe, de votre pays. 40 ans de déplacement incessant, de débats interminables, d'hôtels de province où l'on arrive tard le soir et que l'on quitte tôt le matin, des nuits au Parlement, des mandats locaux, parlementaires, nationaux, européens et deux portefeuilles ministériels. Le premier, c'était en 1997, lorsque vous avez été chargé des affaires européennes. Le ministre des Affaires européennes, lui, s'installe dans un des grands bureaux du Quai d'Orsay.
Et moi, j'ai choisi tout à fait volontairement que dans un bureau qui soit un bureau moderne, dans un bureau qui soit en plus au milieu des services. Parce que là où je suis, là, je peux travailler avec les administrations. Entre les séances de travail avec le ministre des Affaires étrangères, les déplacements à l'étranger, les navettes entre l'Assemblée nationale et ses services, les discours, les inaugurations, Montbélière peut apparaître comme un havre de paix. À partir du vendredi, c'est le temps pour la circonscription. Il reste parfois une petite demi-journée le dimanche pour dormir. C'est compliqué.
La vie privée, quand on est ministre, honnêtement, il faut en garder une, parce que sinon on devient un peu fou. Mais elle se situe à des horaires qui sont des horaires bizarres. Vous n pas devenu faux, Pierre Moscovici ? Non, d'ailleurs, maintenant je suis le premier président de la Cour des Comptes, donc j'ai une vie privée, j'ai les horaires plus normaux, Je n plus tout à fait le même âge, mais
je travaille encore pas mal. Ce qui ne m jamais empêché de m'intéresser au cinéma. « What's New Pussycat », film de Black Edwards,
avec
Ursula Andress, Peter O'Toole, Woody Allen.
Vous connaissez le casting ! Vous auriez pu faire l'œil de Pierre à la place de Pierre. Cette vie faite de travail et d'angoisse, vous l'avez cachée au point que certains vous ont pris pour un dilettante de la politique ? « Dilettante », ça ne me choque pas. C
'était plutôt une image que j'avais quand j'étais jeune de dandy, passant ma vie au café de flore, issu de la grande bourgeoisie, une forme de stéréotype. Alors qu'en fait, ce ne sont pas mes origines, ce n pas mon comportement, ce n pas ma façon d'être.
Je sais d'où je viens.
J'ai voulu faire ce livre pour raconter justement cette vie-là, ce parcours, depuis mon enfance, à mon fils, qui a aujourd'hui 5 ans.
parce
que moi j'ai eu un père qui était rescapé de la Shoah, qui avait été dans un camp de travail en Roumanie pendant la guerre,
qui
en était sorti tellement traumatisé qu'il ne m'a jamais rien dit.
Et
j'ai appris sa vie quand
il avait près de 80 ans, et moi déjà 40. Et ça m'avait frustré
de ne pas savoir. Donc j'ai voulu le dire, et puis il une deuxième détermination,'est que
j
'ai le sentiment qu'aujourd'hui nous sommes dans une phase de notre vie démocratique du débat politique qui est quand d'une insigne médiocrité, d'une grande violence à la fois.
Et
j'ai voulu témoigner d'une époque, c'est pour ça que j'appelle ça nos meilleures années,
où
il me semble que ce n'était pas tout à fait le cas.
Sans tomber dans le «'était mieux avant ». Non, mais ce n pas pire quand même. Ça
ne sert à rien le « c'était mieux avant ». La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. C'est un sentiment inutile, c une réflexion inutile. Mais témoigner du passé pour construire l'avenir, ça peut servir.
Le passé,'est 97. Notamment, vous êtes un des ministres de Lionel Jospin qui avait, selon vous, rassemblé la dream team de la gauche au gouvernement. Lionel Jospin qui reste un ami, une référence avec lequel vous aviez à l'époque une relation affective, mais parfois houleuse. On a vu dans votre bureau au ministre des Affaires étrangères le portrait de Jacques Chirac. Il ne fallait surtout pas dire à Lionel Jospin que Jacques Chirac était sympathique. En fait, il y eu plusieurs phases. Il
y a eu un début de cohabitation qui s'est plutôt bien passé. J'ai même un souvenir
que
je ne peux pas raconter à Lionel Jospin, mais je le fais puisque je suis chez vous, qui était un jour, on avait été dans un sommet à Berlin, un sommet européen.
Et voilà, à un moment donné, il
y a 10 heures d'interruption de séance et on décide d'aller au zoo,
imaginez-vous, avec Jacques Chirac. Il
se trouve devant un animal, un lion, et il dit, c'est quand même le roi de la jungle,
Jacques Chirac, au fond, c'est un type. On
ne peut pas dire qu'il est antipathique, c'est impossible. On sortait d'un repas pendagruélique avec Jacques Chirac,
choucroute, bière, etc.
Donc ça, c'était en 2000. Et puis après
est
arrivée la cohabitation dure, la campagne électorale, qui, il faut le dire, était assez trash. Pas seulement de la part de Jean-Marie Le Pen, qui était vraiment très, très heurtée.
Et
puisqu'on va parler du Hamas, de Gaza, du Hezbollah, il y a eu sans doute l'épisode du déplacement de Lionel Jospin au Proche-Orient. La réaction de Jacques Chirac, qui le convoque alors qu'il avait quand même été frappé par des pierres, qui, je crois, a marqué entre eux, sur le plan humain et personnel,
une cassure.
Parce qu'à ce moment-là, Jospin s'est dit, voilà, ok, ce président, nous comitons correctement, nous construisons la politique de la France ensemble, mais quand il y une occasion
de
marquer une différence et de le faire de manière très dure,
il
en est capable. Et je crois qu'à partir de ce moment-là, les choses n'ont plus été de même. Et c'est vrai qu'après, il était hors de question de dire qu'il était sympathique. J'avais, le jour d'un anniversaire de la Chirac, dans une émission de télévision, eu l'imprudence, à la fin, comme ça, dans les dix dernières secondes, de
dire, voilà, il est très dur, c'est un anniversaire. C
'est un anniversaire politique, mais à titre personnel, il est sympathique.
Qu'est-ce que j'ai pris ? Je me suis fait engueuler. J
'étais pas content, d'ailleurs. Et après, j'ai dit, Lionel Jospin, tu peux pas, c'était à l'Assemblée nationale, m'engueuler devant tout le monde, parce que j'ai qu'il était sympathique. Je fais pas sa publicité.
Il avait d retiré sa popo. Bon, Lionel Jospin qui a échoué en 2002, on s'en souvient, et après son retrait de la vie politique, il y a un homme dont vous écrivez qu'il était la seule chance de réinvention de la gauche, Dominique Soscan. Est -ce que vous suivez un petit peu ce qui se passe au Parti Socialiste ou est que tout ça vous semble aujourd'hui bien loin ? Je suis parce que ça m'intéresse. Je n pas énormément de temps à y consacrer, mais je suis plus que vous croyez. La preuve, quelques semaines plus tard, premier comeback à une réunion du Parti Socialiste. Le conseil d'administration du FMI n'apprécie pas. Interdiction désormais de se mêler des affaires de ses camarades du PS.
Et c'est peut-être pour ça qu'il est aujourd'hui le mieux placé dans les sondages pour battre Nicolas Sarkozy. Oui, mais ce qui a manqué à Dominique Schroscan, et ça vous l'écrivez noir sur blanc, c'est une discipline personnelle. — Ça, on s'en est aperçu. On s'en est aperçu dans un épisode que tout le monde a en mémoire au Sofitel, mais avec déjà des prémices dont il était quand même informé. — Et conscient. — Et conscient, et dont un certain nombre de personnes, dont moi, d'ailleurs, l'avertissais. J'ai eu une relation amicale et très proche avec Dominique Strauss-Kahn. Il a été mon professeur à l'ENA. C'est lui qui m'a attiré au Parti socialiste. Et
la raison pour laquelle il était le plus populaire n'était pas seulement qu'il était loin. C'est aussi parce qu'il avait été un ministre des finances d'un brio incroyable, qu'il était un charmeur, un intellectuel, qu'il était capable de penser à un socialisme moderne, c'est-à à la fois authentique, de gauche, mais aussi ancré dans la réalité européenne, productif. et il y avait quelque chose chez lui d'extrêmement entraînant, de séduisant et je suis persuadé qu'il aurait été président de la République en 2012 s'il n'avait pas eu justement cette non seulement indiscipline mais aussi
certaines
blessures, certaines failles son comportement à l'endroit des femmes était un comportement
qui
était insupportable en réalité et puis par exemple c'était un homme aussi étrange parce qu'il a une très grande dureté c'est-à-dire qu'il était très indifférent à ce qui l'entourait
Souriant, agréable, charmant, mais en même temps, il était ailleurs.
Pierre Moscovici