Bilan des législatives : Macron affaibli, la crise politique s'accélère
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- 0:59OuverteRéponse directe
Alors Thomas, est-ce un camouflet pour Emmanuel Macron et son mouvement ensemble ?
- 4:54OuverteRéponse directe
Théophile, comment expliquer ce revers de la Macronie ?
- 7:08OuverteRéponse directe
Et son absence de campagne aussi, lui a porté préjudice ?
- 8:09OuverteRéponse directe
Même si Jean-Luc Mélenchon ne sera pas Premier ministre, la gauche réussit un sacré tour de force en triplant ses forces à l'Assemblée nationale. Thomas ?
- 9:14OuverteRéponse directe
Et toi, Théophile, comment tu analyses le résultat de la NUPES ?
- 10:17OuverteRéponse directe
Alors, on se doit de parler de la percée historique du Rassemblement national qui entre en force au sein de l'Assemblée nationale.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:04InvitéChiffre
« Effectivement, par rapport à 2017, effectivement Emmanuel Macron a une majorité relative à l'Assemblée mais c'est une victoire au goût de défaite puisque en 2017, il y avait quand même avec le modem 361 députés en marche qui formaient la majorité absolue puisqu'elle est fixée à 289 députés. »
- 1:20InvitéChiffre
« Et là, le mouvement ensemble qui réunit En Marche, Horizon et le modem ne réunit plus que 245 sièges. »
- 1:59InvitéFait
« Et la huitième où Richard Ferrand a perdu de justesse face à la candidate de la NUPES, Mélanie Thommin. »
- 2:19InvitéChiffre
« candidat de la NUPES, qui a gagné avec 51,49% des voix. »
- 2:32InvitéFait
« Il y a Amélie de Montchalin qui est la ministre de la Transition écologique qui a perdu dans l'Essonne face à Jérôme Guedj, candidat soutenu par la NUPES et qui vient du Parti socialiste. »
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« Brigitte Bourguignon qui aura été l'éphémère ministre de la Santé, qui a perdu dans le Pas-de-Calais face à une candidate du Rassemblement national. »
- 3:30InvitéChiffre
« Au-delà de ça, c'est vrai que d'autres ministres... Il y a eu 11 ministres qui ont quand même été élus. »
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« Je pense à Gérald Darmanin, qui avait été accusé de viol, qui a été réélu assez largement à Tourcoing. »
- 3:51InvitéFait
« Je pense à Damien Abad, qui a été accusé très récemment de violences sexuelles, qui, lui, a été réélu dans l'Ain. »
- 4:13InvitéFait
« notamment la NUPES et le Rassemblement national. »
- 5:22InvitéFait
« il a montré à travers un certain nombre de lois répressives, la loi sécurité globale, la loi asile-immigration, la loi séparatisme, qu'il était finalement un néolibéral autoritaire. »
- 6:49InvitéFait
« C'est-à-dire que l'électorat qu'il a élu en 2017 n'est plus l'électorat qui a voté pour son camp en 2019, »
- 8:33InvitéChiffre
« Alors même si Jean-Luc Mélenchon voulait être Premier ministre, même s'il y avait certaines estimations qui espéraient pour la NUPES 180 à 200 députés, alors on arrive à 142, ce qui est peut-être un peu en-dessous des espérances les plus optimistes, »
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« Emmanuel Macron, qui était venu au pouvoir en 2017 en voulant lutter contre le FN, en désignant le FN, à force de désigner son ennemi, il a peut-être désigné son successeur, au moins son adversaire, »
- 10:49InvitéChiffre
« Je crois que les projections les plus optimistes étaient de 40 à 45 députés. »
- 18:38InvitéChiffre
« Ils étaient huit en 2017 et puis, je crois, trois dans la précédente mandature. »
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« le problème de la malinscription touche 40% des 25-29 ans »
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« le conseil constitutionnel a dit qu'Emmanuel Macron devrait attendre un an pour pouvoir dissoudre l'Assemblée nationale »
- 35:52InvitéFait
« il n'a pas à attendre un an, il pourrait dissoudre tout de suite l'Assemblée nationale »
- 37:30InvitéFait
« Emmanuel Macron est minoritaire parmi les actifs »
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« avant LFI qui avait 17 députés, il en fallait 60 pour saisir le conseil constitutionnel »
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« il n'y a pas de majorité pour le néolibéralisme en France »
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« le RN a gagné avec près de 64% des voix »
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La France s'est réveillée ce matin avec un nouveau visage politique très différent de celui qui avait émergé du cycle électoral de 2017. Il n'est pas forcément très lisible. On peut retenir que le camp d'Emmanuel Macron perd la majorité absolue, que la gauche progresse mais ne parvient pas à avoir assez de députés pour imposer une cohabitation, que la droite traditionnelle continue de s'affaisser, que le Rassemblement national connaît une poussée inédite, jamais vue dans l'histoire de la Ve République. Pour aller plus loin que ce constat, j'ai réuni sur ce plateau deux de mes camarades et collègues, Thomas Dietrich et Théophile Cuamo.
Thomas n'a pas dormi, il a mangé les chiffres du scrutin qui vient de s'achever pour mieux les comprendre et Théophile est venu en renfort pour apporter quelques éléments d'une analyse plus globale. Bonjour Thomas, bonjour Théophile. Salut Nadia. Salut Nadia. Bien dormi ? Un peu. Alors Thomas, est-ce un camouflet pour Emmanuel Macron et son mouvement ensemble ?
Effectivement, par rapport à 2017, effectivement Emmanuel Macron a une majorité relative à l'Assemblée mais c'est une victoire au goût de défaite puisque en 2017, il y avait quand même avec le modem 361 députés en marche qui formaient la majorité absolue puisqu'elle est fixée à 289 députés. Et là, le mouvement ensemble qui réunit En Marche, Horizon et le modem ne réunit plus que 245 sièges. Donc il va devoir composer avec les autres forces politiques. Et puis il y a quand même eu des défaites assez symboliques puisqu'il y a des figures de la majorité qui ont perdu lors de ce second tour d'élection législative.
Peut-être la défaite la plus symbolique, c'était quand même Richard Ferrand qui était le président de l'Assemblée nationale qui avait été mis en examen dans l'affaire des mutuelles de Bretagne, même si sa mise en examen avait été ensuite annulée pour des faits de prescription. Et bien Richard Ferrand, malgré... Il s'est présenté dans un bout de Bretagne qui est très macroniste puisque le Finistère, il y a huit circonscriptions. Il y en a sept qui ont été gagnées par des candidats de l'ensemble. Et la huitième où Richard Ferrand a perdu de justesse face à la candidate de la NUPES, Mélanie Thommin. Donc ça a été vraiment un camouflet.
Il y en a d'autres figures de la Macronie qu'on ne regrettera pas. Parce qu'on ne regrettera pas. Voilà Christophe Castaner, éborgneur de gilets jaunes et fêtard du samedi soir qui aura tout le temps de profiter de ces samedis puisqu'il a perdu dans les Alpes-de-Haute-Provence face à Léo Walter, candidat de la NUPES, qui a gagné avec 51,49% des voix. Et puis il y a trois ministres en exercice du gouvernement qu'Emmanuel Macron a nommé après les présidentielles qui ont perdu au soir de ce second tour des législatives et qui devront donc quitter le gouvernement.
Il y a Amélie de Montchalin qui est la ministre de la Transition écologique qui a perdu dans l'Essonne face à Jérôme Guedj, candidat soutenu par la NUPES et qui vient du Parti socialiste. Il y a aussi Brigitte Bourguignon qui aura été l'éphémère ministre de la Santé, qui a perdu dans le Pas-de-Calais face à une candidate du Rassemblement national. Et puis on l'avait appris plus tôt dans la journée, Justine Bénin qui était secrétaire d'État chargée de la mer a perdu en Guadeloupe. Il y avait d'ailleurs une enquête de Mediapart qui l'avait accusée d'utiliser l'argent du Modem qui est de son parti pour arroser les associations locales.
Donc elle aura tout le temps d'arroser ses plantes vertes maintenant. Donc effectivement, il y a eu des défaites symboliques. On pense aussi à Letyssa Avia, députée, qui s'était illustrée par des faits de harcèlement. Et puis cette fameuse loi qu'elle avait tenté de faire passer contre la haine en ligne qui aurait donné des pouvoirs complément démesurés à des opérateurs privés pour censurer. Et cette loi avait été largement retoquée par le Conseil constitutionnel. Au-delà de ça, c'est vrai que d'autres ministres... Il y a eu 11 ministres qui ont quand même été élus. Donc Pellemel, Olivier Véran, Stanislas Guérini, Clément Beaune, qui a gagné de justesse à Paris contre Caroline Mécari.
Et il y a des ministres qui, malgré le fait qu'ils étaient mouillés dans des affaires, ont quand même été réélus. Je pense à Gérald Darmanin, qui avait été accusé de viol, qui a été réélu assez largement à Tourcoing. Je pense à Damien Abad, qui a été accusé très récemment de violences sexuelles, qui, lui, a été réélu dans l'Ain. Mais bon, malgré ces réélections, c'est quand même un bilan très triste pour la Macronie, puisque Emmanuel Macron n'a plus de majorité. Il sort complètement affaibli. Et il fait face à, évidemment, des grandes forces qui entrent au Parlement, notamment la NUPES et le Rassemblement national.
Et on a aussi oublié de citer Rachel Kéké, qui gagne quand même contre une ancienne ministre des Sports.
Dans le Val-de-Marne, de très peu. Exactement. De très peu, contre Oksana Maracinianou, qui était ministre des Sports, qui avait été ancienne vice-championne olympique. Et donc Rachel Kéké, qui était porte-parole des femmes de chambre de l'Ibis de Batignolles, qui a lutté pendant 22 mois face à la multinationale pour plus de droits. C'est une belle victoire. Ça montre aussi qu'il y a un petit peu dans ce marasme qui prédomine, avec une abstention très forte, il y a des belles figures qui vont rentrer à l'Assemblée et porter haut les luttes de gauche.
On peut être un membre de la société civile et gagner contre un professionnel de la politique. Théophile, comment expliquer ce revers de la Macronie ?
Alors Nadia, je pense que la Macronie, déjà, c'était une sorte d'ambiguïté structurelle dès 2017. Beaucoup de gens considéraient que c'était un social-démocrate, Emmanuel Macron, un peu à l'image de François Hollande, alors qu'il a radicalisé finalement la dérive néolibérale de l'ex-PS en le mangeant. Certains ont considéré qu'il était un social-libéral, une sorte de libéral qui le serait sur les points de vue politiques et économiques. Et il a montré à travers un certain nombre de lois répressives, la loi sécurité globale, la loi asile-immigration, la loi séparatisme, qu'il était finalement un néolibéral autoritaire. Et donc ça a aliéné une partie de la base sociale de centre-gauche.
Ça lui a aliéné une partie de la base sociale des minorités qui, même s'ils n'avaient pas voté pour lui au premier tour en 2017, qui avait voté au second tour et même si elles ont repris ce vote du second tour en 2022, voulaient finalement lui montrer de quelle voie elle se chauffait. Il y a également la répression féroce des Gilets jaunes de cette France périphérique qui finalement n'était pas peut-être très amoureuse de Macron, mais qui le regardait d'un œil plutôt sympathique et qui n'imaginait pas la fureur avec laquelle il réprimerait un mouvement qui a priori était un mouvement légitime, qu'il fallait entendre et qui n'était pas un mouvement qui menaçait la République.
Donc structurellement, il s'est aliéné une certaine base sociale, une base sociale populaire, une base sociale de gauche, une base sociale de la France périphérique qui n'a cessé d'essayer de se, entre guillemets, vengé de lui. Et on a bien vu que lors des européennes de 2019, il a fait un changement d'électorat, ce qui est assez frappant et inédit dans notre histoire politique. C'est-à-dire que l'électorat qu'il a élu en 2017 n'est plus l'électorat qui a voté pour son camp en 2019, mais on avait vu déjà une sorte de basculement, notamment à Paris, de son électorat de centre-gauche qui était allé vers ELV, une partie de cet électorat a rejoint la NUPES.
Ce n'est pas tout cet électorat, mais une partie assez significative pour mettre en crise la proposition politique du macronisme.
Et son absence de campagne aussi, lui a porté préjudice ?
Oui, je pense que de toute façon, quand la nature a horreur du vide, quand vous ne faites pas campagne, quand justement vous essayez de tuer le match, parce qu'au présidentiel, il a essayé de tuer le match au premier tour, et là, lors des législatives, il essaie encore de tuer le match. Bon, effectivement, le bloc bourgeois, même s'il ferme la bouche, continuera de voter pour lui, mais des gens qui pouvaient hésiter, ça existe, entre lui et la NUPES, des gens, disons, pas trop défavorisés socialement, qui ne subissent pas, en réalité, les attaques de la Macronie, peuvent voir tout cela comme une forme d'irrespect.
Mais notamment les CSP+, un certain nombre de CSP+, qui ont basculé NUPES, ont peut-être aussi considéré qu'il y avait une forme d'irrespect à ne pas entretenir la vie politique. Et je pense aussi que dans ces CSP+, historiquement PS, le fait qu'il banalise à ce point le Rassemblement national ne lui a pas forcément apporté que des amis.
Voilà, sa stratégie, ni d'extrême-gauche, ni d'extrême-droite, ne lui a absolument pas profité dans cette campagne.
Oui, ni de gauche, ni d'extrême-droite. Et de toute façon, on a vu sur ce plateau hier Pierre-Henri, qui est un de ses soutiens, qui disait qu'on ne pouvait pas mettre un signe d'égalité entre la gauche et l'extrême-droite.
Même si Jean-Luc Mélenchon ne sera pas Premier ministre, la gauche réussit un sacré tour de force en triplant ses forces à l'Assemblée nationale. Thomas ?
Alors oui, effectivement, par rapport à 2017, c'est-à-dire que la NUPES obtient vraiment ce taille de la part du Lyon. Alors même si Jean-Luc Mélenchon voulait être Premier ministre, même s'il y avait certaines estimations qui espéraient pour la NUPES 180 à 200 députés, alors on arrive à 142, ce qui est peut-être un peu en-dessous des espérances les plus optimistes, c'est quand même quelque chose de fort par rapport à 2017. Il faut se souvenir qu'en 2017, le groupe insoumis, ses 17 membres, il y avait un peu moins d'une trentaine de socialistes.
Donc arriver à 142 députés, qui fait de la NUPES la deuxième force du Parlement, même si les groupes vont siéger de manière séparée, c'est quand même un sacré tour de force. On n'aurait jamais imaginé ça au lendemain du second tour de l'élection présidentielle. Cette alliance a quand même permis d'apporter un vent d'espoir à gauche, a permis de mobiliser les électeurs, malgré le fait qu'Emmanuel Macron, comme on l'a dit, et puis certains de ses soutiens, n'est très clairement pas appelé à faire barrage à l'extrême droite.
On le voit, on l'a vu dans le Lot-et-Garonne, il y a un exemple très frappant, on en a parlé hier soir, c'est-à-dire du côté d'Agen, il y a deux circonscriptions où il y a eu des triangulaires. Il y en a eu très peu des triangulaires, puisqu'il y a eu très peu de participation. Et puis, pour qu'il y ait des triangulaires, il faut que trois candidats réunissent 12,5% des inscrits. Et puis, comme il y a eu beaucoup d'abstentions, il n'y a eu que huit triangulaires. Là, il y en avait deux dans le Lot-et-Garonne. Et il y avait une circonception où la NUPES était arrivée troisième au premier tour, donc s'est retirée pour laisser ensemble gagner face au Rassemblement national, ce qui s'est passé.
Et dans la circonception voisine, le candidat de la majorité qui était arrivé troisième a lui refusé de se retirer après des intermoiements. Et finalement, du fait qu'il ait refusé de se retirer, c'est la candidate du Rassemblement national qui a emporté la mise. Donc, on a bien vu que, finalement, ce second tour des châtifs signe la mort du barrage républicain. On l'a vu hier avec des appels du pied d'Éric Dupond-Moriti, d'Olivia Grégoire sur les points communs qu'on partage avec le Rassemblement national. Cette élection a signé le fait qu'Emmanuel Macron a dit qu'il ne voulait plus de ce front républicain, de ce barrage républicain, et a laissé toute la place à l'extrême droite.
Emmanuel Macron, qui était venu au pouvoir en 2017 en voulant lutter contre le FN, en désignant le FN, à force de désigner son ennemi, il a peut-être désigné son successeur, au moins son adversaire, puisque le Rassemblement national fait une entrée en force à l'Assemblée nationale avec 89 députés. Même au soir du premier tour, on n'aurait jamais pu imaginer que le Rassemblement national obtienne 89 députés. Je crois que les projections les plus optimistes étaient de 40 à 45 députés.
– Et pourtant, le RN n'a pas mené de campagne non plus, campagne silencieuse pour le RN, mais on en reparlera.
– Mais effectivement, après, pour la NUPES, c'est véritablement, notamment en Ile-de-France, c'est un grand chelème. On le voit en Seine-Saint-Denis, puisque les 12 candidats de la NUPES ont remporté les 12 circonscriptions en jeu. Alors c'est vrai que ce score peut prêter à se féliciter pour la NUPES. Il y a quand même un petit bémol, c'est l'abstention, puisque par exemple, en Seine-Saint-Denis, il n'y a eu que 25% de participation. Mais c'est vrai qu'il y a pas mal de figures qui rentrent à l'Assemblée. Alors la plupart des députés qui avaient été élus en 2017 de la France insoumise ont été réélus, à part Michel Larive en Ariège.
Il y a aussi Manuel Bompard, qui était député européen, qui était élu dans la circonception de Jean-Luc Mélenchon. Il y a pas mal de jeunes figures un peu montantes de la NUPES qui entrent à l'Assemblée nationale, qui ont été parachutées, ça reste pour certaines, mais qui... — Alma Dufour, par exemple. — Voilà, Alma Dufour, la société civile qui avait lutté contre Amazon, David Guiraud à Roubaix, Clémence Guettet, Sophia Chiquirouz, Sarah Legrin, François Ruffin qui a été aussi réélu dans la Somme face au Front national. Et puis on en parlait tout à l'heure, Rachel Kéké. Alors sur ces figures de la société civile, il y en a pas mal qui rentrent à l'Assemblée nationale.
On peut juste regretter que Stéphane Ravaclay, qui était ce boulanger qui avait fait une grève de la faim pour obtenir la régularisation de son apprenti d'origine guinéenne, qui était menacé d'expulsion, Stéphane Ravaclay a perdu dans le doux, puisqu'il n'a obtenu que 47,7% des chiffrages. — Ça reste un très bon score. — Ça reste un score. — Honorable. Et puis on voit que Noé Gauchard, très très jeune candidat de la France insoumise dans le Calvados, 21 ans seulement, a fait trembler Elisabeth Borne, puisqu'il a obtenu un peu moins de 48% des suffrages, mettant la première ministre en danger. Et puis on le voit dans les autres mœurs, puisque la NUPES a obtenu 18 des 27 sièges mis en jeu.
C'est quasiment le grand chelème à la Réunion, en Guadeloupe, en Martinique. Il y a eu évidemment un vent de contestation très fort contre Emmanuel Macron, puisqu'il y a une gestion quasiment militaire et très coloniale du Covid, de la contestation contre le pass vaccinal. Donc il y a eu effectivement un vote qui s'est traduit dans les zones, qui s'est traduit souvent par un vote Marine Le Pen au présidentiel, mais qui, là, s'est traduit par un vote NUPES. Et même en Polynésie française, qui n'est pas forcément un territoire très favorable à la NUPES, même si les enjeux sont locaux, les trois candidats sont ceux qui sont soutenus par la NUPES.
C'est notamment un jeune homme de 21 ans qui a réussi à remonter 20 points de retard.
— Et toi, Théophile, comment tu analyses le résultat de la NUPES ?
— Je pense que, déjà, il faut rendre hommage à la maestria politique de Jean-Luc Mélenchon. Sans lui, ça ne serait pas arrivé. Déjà, il avait eu l'intuition que la gauche pouvait être au second tour de la présidentielle. Et c'était une bonne intuition que n'avaient pas ses alliés, communistes notamment, et ELV. Et s'ils avaient eu la même lecture de la scène politique, ils seraient arrivés au second tour. Peut-être qu'ils n'auraient pas gagné, mais les choses auraient été différentes. Là encore, il a eu l'intuition à travers l'Élysée-moi Premier ministre que les élections législatives de 2022 pouvaient être différentes des élections législatives de 2017.
Et beaucoup de gens lui riaonnaient, beaucoup n'y croyaient pas. Bon, effectivement, ce n'est pas arrivé Mélenchon Premier ministre, mais grâce à cette mobilisation, à ce regain d'intérêt pour ce scrutin, on est arrivé assez haut, disons, dans le score de la gauche en général. Et cela veut dire qu'il faut quand même être plus à l'écoute d'un certain nombre d'intuitions. Il faut ne pas se complexer quand on est de gauche, en considérant que finalement on est une sorte de force d'appoint au libéralisme, considérer que la gauche peut un jour, en 2027 peut-être, gouverner à nouveau. Et se demander dans quelle mesure faire sauter le plafond de verre qui existe.
Il existe vraiment ce plafond de verre, notamment dans des régions comme l'Est et le Sud, et même dans le Nord. Dans le Nord, c'est tragique parce que c'est un bastion ouvrier qui aujourd'hui bénéficie surtout au Rassemblement National. Il faut donc regarder la méthode Ruffin, il faut la regarder, l'analyser avec intérêt, parce que sur un terrain qui est difficile, Ruffin, François Ruffin, il arrive à des très hauts scores, ce qui signifie que des gens qui ont voté pour Marine Le Pen à la présidentielle ont voté pour lui, aux législatives.
Et peut-être qu'il faudrait justement susciter des Ruffins, c'est-à-dire des personnes qui ont un ancrage local fort, qui peuvent dégager une sorte de sympathie liée à leur personne, et pour aller dans les terres de mission, les terres perdues comme l'Est, mais d'autres terres de mission où les gens sont plutôt défavorisés, mais où les gens écoutent le narratif de la télévision mainstream qui décrit finalement la gauche comme le camp de l'antination qui a trahi, qui veut vendre la France, la transformer en islamo-gauchis, etc.
Il faut combattre ces représentations sordides qui sont sponsorisées par le capitalisme, même par les Bolloré, les Bouygues, les Drahi, à travers leur chaîne d'information. Et il faut aussi qu'il y ait des missionnaires qui aillent sur le terrain. Parce qu'on constate par exemple que Stéphane Ravaclet, il arrive jusqu'à 47,78, par là presque 48, parce que c'est quelqu'un qui incarne quelque chose. C'est un terrain difficile. Je pense que si c'était un candidat politique classique, il aurait eu moins.
Et je pense qu'il faut que justement il continue, s'il le veut, et que d'autres continuent comme ça, des figures qui parlent le peuple, qui sont peuples, qui représentent le peuple, et qui convainquent le peuple que l'impasse RN est une impasse. Et surtout, pour compléter ce que tu as dit, c'est-à-dire que quand même Jean-Luc Mélenchon a réparé ce que le Parti Socialiste avait détruit. C'est-à-dire quand même le Parti Socialiste, en venant au pouvoir en 2012, en ayant tous les pouvoirs, n'a pas appliqué le programme de gauche qu'il avait promis de faire, a même retourné sa veste, la loi El Khomri, etc., le renoncement, les atermements sur la déchéance de nationalité.
Et c'est vrai que Jean-Luc Mélenchon a un peu remis l'église au centre du Villas, a un peu ressuscité la gauche, la gauche que le PS avait tuée au cours des cinq années de gestion calamiteuse de François Hollande. Donc ça, c'est quand même à saluer, même si ce n'est pas autant que ce que Jean-Luc Mélenchon et les forces de gauche auraient souhaité. Ça tient déjà du miracle quand on voit l'état de division de la gauche qu'il y avait au lendemain du second tour des présidentielles. Mais surtout, il faut aussi noter que cela nous dit quelque chose. Nul n'est besoin de devenir président de la République pour accomplir une destinée politique et pour être à la hauteur des enjeux de son pays.
Et effectivement, je pense que mieux vaut perdre avec Jean-Luc Mélenchon que gagner avec François Hollande. Parce que quelque part, c'est une défaite qui annonce des victoires. Alors que la victoire de 2012 de François Hollande annonce des défaites. Et il est déjà entré dans les poubelles de l'histoire. C'est le faux soeur de la gauche. Et Jean-Luc Mélenchon, finalement, c'est celui qui relève le drapeau. Ça, c'est clair. Et je pense que les générations prochaines diront la même chose que nous aujourd'hui.
Alors, on se doit de parler de la percée historique du Rassemblement national qui entre en force au sein de l'Assemblée nationale. Au soir du second tour des législatives, la chef de file du Rassemblement national, Marine Le Pen, s'est félicité d'avoir le groupe de loin le plus nombreux de l'histoire de notre famille politique et assure une opposition ferme mais respectueuse des institutions. Alors, on ne l'a pas vu venir, Marine Le Pen.
Alors non, on ne l'a pas vu venir. Mais c'est vrai qu'il y a un électorat qui n'est peut-être pas allé voter au premier tour, puisque l'abstention a quand même été moins forte qu'en 2017, qui s'est mobilisé et qui s'est visiblement mobilisé en faveur des candidats du Rassemblement national, puisqu'il y a 89 députés. Alors, ça se divise un peu en trois, le vote RN.
Ils étaient huit en 2017.
Ils étaient huit en 2017 et puis, je crois, trois dans la précédente mandature. Donc, il y a... C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron avait promis d'instaurer la proportionnelle et une des craintes que la proportionnelle impliquait, c'était de voir l'entrée massive de députés du Rassemblement national à l'Assemblée, comme ça avait été le cas en 1986, quand François Mitterrand avait introduit une dose de proportionnelle. Mais là, finalement, les Français ont introduit eux-mêmes la dose de proportionnelle qu'Emmanuel Macron leur avait promis, puisqu'ils ont fait entrer en nombre des députés du Rassemblement national. Alors, il y a en fait trois votes, quand on regarde la carte.
Il y a le sud, le sud de la France. Il y a vraiment... Par exemple, dans le Var, il y a sept circonscriptions sur huit qui sont gagnées par le Rassemblement national. C'est un électorat traditionnellement LR qui, au fil des années, au fil de l'affaiblissement des Républicains, a basculé vers le Rassemblement national.
Et puis, ce sud traditionnellement acquis à l'électorat du FN, qui s'élargit, puisque, par exemple, dans les Pyrénées-Orientales, qui étaient plutôt acquis aux socialistes, les circonscriptions, sont gagnées par le Rassemblement national, notamment poussé par Louis Alliot, qui, en 2021, avait gagné les municipales à Perpignan et a servi un peu de locomotive dans ce coin de la France. Donc, il y a ce vote-là. Il y a ce vote aussi dans le nord et le nord-est de la France.
On parle souvent de la diagonale du vide, mais il y a une sorte d'autre diagonale qui, longtemps, étaient les Républicains et qui, là, dans tous les territoires perdus, dans tous les territoires oubliés de la République, est acquis au Rassemblement national. On peut regarder dans l'Oise, par exemple, où, sur cette circonscription, vous avez trois du Rassemblement national, trois DLR et puis un de l'ensemble, qui est d'ailleurs un faux ensemble, puisque c'est Éric Wörth, l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy.
Mais en Haute-Saône, du côté de Chaumont, effectivement, dans les terres du nord, qui étaient plutôt des terres ouvrières, des terres acquises à la gauche, les Corons, c'est le Rassemblement national qui triomphe, avec Marine Le Pen qui fait 61 %, Sébastien Jochenu qui fait 56 %, dans Lyon aussi, avec Julien Audoul, le fameux Julien Audoul, qui avait chassé du Conseil régional une femme qui portait le voile de manière tout à fait égale. Il est élu avec 55 % des voix.
Et en fait, cette France-là, c'est un peu la France, si on a lu l'excellent prix Goncourt de Nicolas Mathieu, c'est la France de leurs enfants après eux, c'est la France de Guirou et de Jean-Pierre Pernault, qui a été complètement oubliée, qui peut-être n'a pas été assez bien comprise par la NUPES, à part par des candidats comme François Ruffin, et qui reportent allègrement ses voix sur le Rassemblement national, parce que c'est une sorte d'exutoire, d'une colère, d'avoir l'impression d'être oublié, de faire face à une inflation galopante, à des prix de l'essence qui augmentent, à des fermetures d'hôpitaux, d'écoles, de services publics.
Et donc évidemment, c'est ce qui fait qu'il y a 89 députés qui entrent en forte à l'Assemblée nationale. Il y a même des régions qu'on ne croyait pas du tout capables de voter à l'extrême droite, qui ont voté à l'extrême droite. Par exemple, je pense au nord de la Gironde, où il y a des circonceptions de la Dordogne, du Lot-et-Garonne. Ce n'étaient pas des régions qui avaient une histoire avec l'extrême droite, pas du tout. Est-ce que c'est le taux d'abstention, du coup, qui a profité à Marine Le Pen, 54% ?
C'est le taux d'abstention, encore qu'il y a eu effectivement une mobilisation qu'on ne pensait pas possible en faveur du Rassemblement national entre les deux tours, puisque les premières projections parlaient de 40, au maximum, 40 à 45 députés du Rassemblement national. Et là, on se retrouve à 89. Il y a aussi, je pense, l'attitude d'Emmanuel Macron dans l'entreprise de dédiabolisation de l'extrême droite, du Front national, en voulant utiliser le Front national, le Rassemblement national comme sorte de caution pour se maintenir au pouvoir. Finalement, ce que je disais avant, à force de désigner son ennemi, on fait désigner peut-être son successeur demain.
Alors c'est quand même assez marrant, puisque grâce à cette entrée en force de députés du Rassemblement national, le Rassemblement national va enfin pouvoir renflouer ses caisses. Parce que c'était quand même le problème de ces dernières années, c'est que le parti de Marine Le Pen n'avait pas d'argent, était obligé d'emprunter de l'argent en Russie, en Hongrie. Donc là, ils vont recevoir 10 millions d'euros par an, grâce aux 89 députés, aux très larges groupes qu'ils vont avoir à l'Assemblée nationale. Et ils vont notamment faire quoi avec cet argent ?
C'est rembourser le prêt de 9,4 millions d'euros qu'ils avaient contactés en 2014 à une banque russe, banque russe qui avait fait faillite, créance qui avait été rachetée par diverses entreprises plus ou moins proches des services russes. Donc en gros, l'argent de nos impôts va servir à rembourser les Russes et peut-être aller dans les poches de proches de Vladimir Poutine. Donc c'est pas très réjouissant. C'est vrai qu'il y a quand même quelque chose qui se pose. Et quand on regarde le détail des députés de la NUPES, il n'y a que 72 députés de la France insoumise. Donc finalement, le premier groupe d'opposition, ça sera le Rassemblement national si la NUPES ne fait pas front commun.
Théophile ?
Nous ne pouvons pas nous réjouir quand le Rassemblement national vole l'électorat naturel de la gauche. Il y a un problème, il y a un vrai problème qu'il faut pouvoir comprendre. Et je pense qu'il y a un premier écran de fumée, c'est l'écran de fumée médiatique qui a joué vraiment beaucoup durant ces cinq dernières années, notamment pendant la période du confinement où toute interaction sociale était quasiment impossible et où la médiation médiatique a joué à plein. Et les chaînes engagées, comme CNews, qui n'est pas moins engagée que le Média, mais qui bénéficient d'une place sur la TNT, ont empoisonné le cerveau d'un certain nombre de Français.
Et du coup, quelque part, ces chaînes, donc ces milliardaires, créent une sorte de divorce entre les différentes composantes de la France d'en bas. Et les représentations fantasmatiques de l'autre interviennent et créent une sorte de règne du tribalisme, en fait, comme dans les démocraties entre guillemets du Sud, où l'autre, le frère, est vu comme un étranger. Il est question, pour les forces de progrès dans ce pays, d'arriver à comprendre ce qui sépare leur électorat naturel, notamment l'électorat du nord de la France. C'est un crève-cœur que de savoir que sur les terres de Géraminal, on vote pour le Rassemblement National. Il y a un problème.
Quand le pays d'Occitanie échappe à gauche, il y a un problème. Et effectivement, il y a peut-être des formes de socialisation à inventer, des formes de vivre ensemble à inventer, peut-être même des formes de militance à inventer via le football, par exemple, je dis ça comme ça, mais via d'autres moyens que la politique politicienne parce qu'il faut que les gens apprennent à se connaître. Effectivement, il est très difficile pour quelqu'un de Denain, dans le nord de la France, de connaître quelqu'un de Montreuil en Seine-Saint-Denis, de se connaître, s'apprécier et comprendre qu'ils sont dans le même camp. Et ça, c'est vraiment une réflexion qu'il faudrait avoir pour les années à venir.
Il ne faut pas se satisfaire en caricaturant nous-mêmes les électeurs du Rassemblement National en les traitant de nazis, de fascistes. Ce n'est pas vrai. Pour ceux qui, parmi nous, connaissent cette France-là, ils savent très bien, ils connaissent des gens qui votent le Rassemblement National parce qu'ils se sentent humiliés par Bruxelles, parce qu'ils ont peur de l'avenir, parce qu'ils ont l'impression que leurs enfants ne s'en sortent pas.
Et quand on regarde un certain nombre de statistiques sur la mobilité sociale, et on se rend compte que cette France qui vote le Rassemblement National, en fait, les enfants de ceux qui votent le Rassemblement National statistiquement ont moins de chances de s'en sortir que même des enfants qui vivent dans des milieux plutôt pas très riches en région parisienne parce que finalement, la désindustrialisation fait qu'il y a une sorte de... Il y a des grands pôles qui naissent autour des villes, des pôles de prospérité, et il y a des pôles d'abandon, si on peut dire, dans la France périphérique. Donc il faut...
En tout cas, moi, je m'inscris en faux contre le discours selon lequel ceux qui votent le Rassemblement National sont des nazis, des fascistes, irrécupérables.
Il y a des électeurs du Rassemblement National et reconquêtes qui sont d'authentiques fachos, comme on dit, mais l'échec même d'Éric Zemmour, la fin de cette start-up politique qui fait flop, ça montre que, en réalité, le logiciel qui fait monter le Rassemblement National, ce n'est pas un logiciel raciste puisque Éric Zemmour, c'est le champion du racisme, mais c'est le logiciel d'une forme de revanchisme d'une France qui se croit oubliée et c'est d'abord une sorte d'extrême droite néolibérale pro-riche qui n'avait aucune chance de se prospérer en France et il est heureux que ces élections législatives signent la fin de cette bulle et cette bulle, en fait, je pense qu'on l'étudiera dans les universités et dans les écoles du journalisme comme une création des médias et c'est pour ça qu'il faut être très dur vis-à-vis des médias qui ont fait monter Éric Zemmour parce qu'ils sponsorisent une forme de néofascisme parce que c'est le seul rempart possible contre le camp des hérités qui ne cessent de grossir en raison des politiques inacceptables de l'oligarchie.
Donc cette France oubliée a érigé, érige Marine Le Pen en véritable alternative.
Une partie de cette France oubliée.
Une bonne partie de cette France oubliée. Je pense que la force de Marine Le Pen
peut-être l'intelligence ou le machiavélisme c'est d'avoir su rompre avec le programme de son père qui économiquement était un programme ultra-libéral à la Reagan, Thatcher, un programme d'héritier finalement puisque Jean-Marie Le Pen est un héritier et Marine Le Pen est une héritière. Elle a su rompre avec ça pour faire un programme populiste qui va s'intéresser aux petites gens en leur disant regardez ce sont les étrangers qui vous veulent votre travail et on va vous aider.
c'est presque un programme d'état-providence une France qui protège une France qui protège le Rassemblement National c'est beaucoup érigé en défense de la France des services publics de la France de la ruralité de la France périurbaine de la France de la chanson de Jacques Brel t'as voulu voir Verzon on a vu Verzon t'as voulu voir Vezoul et ben c'est ces gens-là à Vezoul à Vezoul qui ont voté aujourd'hui Rassemblement National et le constat théophile était très juste c'est-à-dire l'échec de reconquête de Zemmour qui n'a aucun député c'est l'échec pas seulement de son racisme décomplexé puisque je pense que c'est pas ça la vraie raison de son échec c'est l'échec de son programme économique c'est-à-dire qu'il n'a pas su parler aux vrais gens aux petits gens à ceux qui font aujourd'hui l'électorat de Marine Le Pen lui il déroulait le programme économique que lui dictait Vincent Bolloré et forcément c'était un programme fait par les riches pour les riches donc ça n'a pas parlé ça n'a pas parlé à l'électorat du Rassemblement National Et pourquoi
Jean-Luc Mélenchon et la NUPES n'ont pas été capables de rassurer cette classe ouvrière qui était historiquement acquise à la gauche est-ce qu'il leur a manqué ? Je pense que déjà
entre Jean-Luc Mélenchon et cette classe ouvrière il y a le rideau de fumée des gros médias et il y a un certain nombre de contradictions qui sont réelles dans notre pays sur comment faire nation comment faire nation alors que nous sommes composés les classes populaires françaises sont composées de personnes dont on va dire qu'elles sont historiquement ancrées de couches d'immigration venues de l'Europe catholique et de nouvelles entre guillemets couches d'immigration des personnes qui venaient de l'Empire et effectivement il y a des contradictions il y a des incompréhensions mais ces contradictions et ces incompréhensions ne sont pas à la mesure des contradictions avec le camp du capitalisme avec le camp de l'argent mais on les grossit ces contradictions il y a ce nombre de réflexions à voir sur comment justement diminuer le niveau d'incompréhension entre les français ça c'est sûr il faudrait aussi que tout le monde comprenne que la France ne va pas expulser 10 millions d'habitants ou elle ne va pas la France de demain ce sera la France de demain avec tous tous ses enfants et si nous ne voulons pas être mangés et nous transformer en pays d'Amérique latine avec des inégalités incroyables il faut qu'on arrête de regarder les petits problèmes et qu'on s'intéresse à des gros problèmes je pense qu'effectivement il manque des missionnaires comme Ruffin il manque des missionnaires qui vont parler à la France d'en bas de manière plus large que la proposition politique de gauche parce que la gauche aussi elle est dévaluée mais le travail reste à faire
Il y a un parti politique qui a lui aussi réalisé une véritable percée dont on ne parle pas c'est le parti des abstentionnistes depuis 20 ans il ne cesse de grossir et le taux de participation à l'exception de la présidentielle ne dépasse pas plus les 50% c'est à dire qu'il y a un français sur deux qui n'est pas allé voter lors de ces élections législatives et paradoxalement les familles politiques les plus pénalisées par la faible participation à l'FI et à l'RN ont réalisé des scores historiquement ou
Alors je pense que l'abstention quelque part en France elle est fabriquée c'est à dire que quand vous déménagez les impôts vous retrouvent vous recevez votre fiche d'impôt vous recevez vos contraventions mais vous ne recevez pas votre carte d'électeur il faut en finir avec ça et je pense que déjà on peut espérer une proposition de loi venant de la gauche pour améliorer la constitution des listes électorales c'est à dire que déjà l'inscription d'office sur les listes électorales elle existe plus ou moins il faut l'améliorer la facilité avec laquelle les maires peuvent radier des personnes des listes électorales sans leur dire il faut en finir d'autant plus qu'aujourd'hui il y a une sorte de registre électoral unique donc à priori l'état c'est comment nous retrouver donc l'état peut vous avertir que si vous ne faites pas telle ou telle chose vous serez radier des listes électorales il faut peut-être aussi imaginer un scrutin vraiment proportionnel puisqu'on voit que le scrutin majoritaire à deux tours n'a pas empêché le Rassemblement National d'être au second tour et d'ailleurs pourquoi aurait-il fallu le faire finalement parce que c'était la meilleure des choses si on fait la proportionnelle du coup les personnes en mobilité pourront assez facilement on peut imaginer à travers un site internet comme impôts.gouv.fr par exemple citoyenneté.gouv.fr changer de localisation de bureau de vote naturellement vu qu'il y a un registre électoral unique donc vous pouvez décider dans le cadre d'un vote proportionnel d'aller voter à peu près n'importe où sachant que le registre électoral unique vous enfin vous ne pourrez pas voter deux fois en gros puisque vous serez ôté de l'endroit où vous votez pour être envoyé ailleurs il faut imaginer vraiment ces choses-là on peut aussi imaginer un scrutin les présidentielles et les législatives le même jour pour profiter de l'engouement pour les présidentielles et améliorer le score législatif puisque finalement ce sont des scrutins qui se rapprochent ou alors découpler vraiment comme avant les deux scrutins pour que ce soit des élections de mid-term à l'américaine mais bref faire les législatives deux mois après les présidentielles c'était pour éviter la cohabitation et là on a pire qu'une cohabitation on a une sorte de chaos institutionnel alors on ne sait pas s'il y aura une dissolution à l'Assemblée nationale je ne suis pas sûr qu'elle profite à Emmanuel Macron mais Emmanuel Macron est quand même embêté parce que si demain il y a une affaire Benalla et bien toutes les oppositions seront contre lui et les commissions d'enquête seront puissantes et je pense que ce qui lui fait le plus peur parce qu'en réalité il a les moyens d'appliquer son programme néolibéral avec LR LR qui finalement le soutient comme l'accord de soutien le pendu ils ont les mêmes intérêts de classe mais ils ont des intérêts de clan qui porteront LR à lui taper sur ensemble donc on va observer tout ça Juste rapidement
pour abonder dans le sens de Théophile sur les inscriptions sur les listes électorales Cécile Braconnier professeure des universités en sciences politiques directrice de Sciences Po et spécialiste de l'abstention explique effectivement que le problème de la malinscription touche 40% des 25-29 ans et empêche de fait un grand nombre d'entre eux d'aller voter Thomas
C'est vrai ce que je disais Théophile sur je pense que Emmanuel Macron n'aura pas de mal à trouver des alliés de circonstance pour par exemple faire voter sa réforme des retraites évidemment que sur des réformes comme la réforme des retraites des réformes de casse sociale on va dire que LRM et LR se rejoignent ça il n'aura pas de problème effectivement s'il se retrouve face à une affaire il aura toutes les oppositions contre lui et on avait vu que pendant l'affaire Benalla c'était quand même le Sénat avec un sénateur LR qui était Philippe Bas et un sénateur socialiste mais qui était très sauce d'aime Jean-Pierre Sueur qui avait été les plus virulents opposants et puis les plus virulents contradicteurs ceux qui cherchaient justement à embêter Emmanuel Macron via cette affaire Benalla qui était des plus scandaleuses donc moi je pense que le problème ne sera pas là ne sera pas tant à l'Assemblée nationale alors il y a la question de la dissolution qui se pose il y a d'ailleurs un vrai débat de constitutionnalistes qui se déroule depuis ces derniers jours puisque on discute le conseil constitutionnel a dit qu'Emmanuel Macron devrait attendre un an pour pouvoir dissoudre l'Assemblée nationale et convoquer de nouvelles élections législatives il y a d'autres constitutionnalistes qui disent qu'en vertu de l'article 12 de la constitution il n'a pas à attendre un an il pourrait dissoudre tout de suite l'Assemblée nationale reconvoquer de nouvelles élections et là il devrait attendre un an avant de pouvoir reconvoquer des élections et pas convoquer des élections tous les 4 matins il n'en reste pas moins que je pense que tout de suite dans l'immédiat ça serait très inopportun pour Emmanuel Macron d'organiser de nouvelles législatives il se ferait une Chirac il se ferait une Chirac c'est à dire que la NUPES et le RN gagneraient beaucoup plus de sièges là je pense qu'il perdrait sa majorité relative dont il dispose aujourd'hui et les députés républicains en marche seraient blattus à plate couture je pense que les Français seraient très mécontents de ce tour de passe-passe électoraliste et je pense que ça n'a aucune chance de marcher donc Emmanuel Macron n'étant pas un perdreau de l'année il ne dissolvera pas l'Assemblée nationale tout de suite alors peut-être dans un ou deux ans en fonction des résistances de LR parce que LR va aussi vouloir les républicains vont aussi vouloir préparer 2027 donc vont vouloir certes s'allier sur certains sujets avec Emmanuel Macron mais aussi vouloir affaiblir le camp présidentiel et puis il y aura beaucoup de choses qui vont se décider avec les réformes qu'Emmanuel Macron va tenter de faire passer notamment la réforme des retraites et l'éventuelle contestation sociale puisque cette abstention-là qui est très forte ces gens-là qui sont en colère qui ne sont peut-être pas allés s'exprimer dans les heures dimanches vont peut-être aller s'exprimer dans la rue à partir de septembre avec peut-être un mouvement qui s'apparentera à celui qu'on a connu en 2018 des Gilets jaunes et évidemment en fonction de la contestation dans la rue Emmanuel Macron pourra être tenté de dissoudre l'Assemblée Mais de fait les élections générales qui viennent de se dérouler nous ont montré qu'Emmanuel Macron est minoritaire parmi les actifs il a dû son salut lors des présidentielles qu'aux retraités les actifs ceux qui travaillent ceux qui sont donc touchés par la réforme des retraites les jeunes qui sont touchés par toutes les réformes antisociales qu'il est en train de mettre en place ils seront dans la rue c'est évident parce que quelque part on ne va pas laisser aux personnes de 79 ans et plus ou 69 ans et plus le choix de déterminer un avenir auquel ils ne seront pas participants dont ils ne seront pas participants donc on entre clairement dans une ère de crise et effectivement le fait qu'on ait un parlement où les forces sociales les forces de combat sont aussi fortes ça veut dire qu'il sera obligé de mettre du 49-3 partout pour ne pas ne pas accepter le timing que lui imposeront forcément ses opposants de gauche qui lutteront pied à pied sur chaque virgule de chaque texte de loi antisocial dans ce pays et qui quelque part recevront l'adhésion des électeurs je ne veux pas dire de la hiérarchie mais des électeurs du Rassemblement National parce que nous sommes dans un pays où il y a environ 80% des Français ne veulent pas de la réforme des retraites par exemple et donc quelque part dans la rue et c'est légitime les actifs ceux qui ont quelque chose à perdre ils défendront leur biftec
et il pourra aller justement jusqu'au bout ce qui pourra aller jusqu'au bout de cette réforme des retraites avec une nupesse aussi forte au sein de l'Assemblée Nationale
il est dans son tempérament tout nous porte à croire qu'il essaiera et de toute façon ces élections législatives actent la recomposition en trois blocs qui s'est dégagé à l'aune des présidentielles c'est à dire qu'effectivement il y a un bloc centriste un peu tiède qui se revendique de la majorité silencieuse mais on a vu que c'était une légende et puis il y a le bloc de gauche le bloc populaire et puis il y a un bloc d'extrême droite qui a émergé malgré que ça soit un scrutin très défavorable traditionnellement pour l'extrême droite un scrutin majoritaire à deux tours on voit quand même que le bloc centriste le bloc d'Emmanuel Macron le bloc de l'extrême centre est pris complètement en tenaille entre un bloc populaire et un bloc d'extrême droite donc la partie s'annonce quand même très compliquée pour Emmanuel Macron il n'a plus la majorité des trois cinquièmes pour modifier la constitution lors du congrès si les députés se mettent d'accord ils peuvent demander l'organisation d'un référendum sur tel ou tel sujet on peut saisir très facilement le conseil constitutionnel c'est-à-dire qu'avant LFI qui avait 17 députés il en fallait 60 pour saisir le conseil constitutionnel donc il devait aller négocier avec LR avec les communistes pour réunir les 60 députés pour déposer un recours devant le conseil constitutionnel pour faire censurer telle ou telle loi là il n'y aura absolument plus de problème la NUPES pourra décider de recourir au conseil constitutionnel comme bon lui semble donc la partie sera beaucoup plus compliquée pour Emmanuel Macron on n'est pas à l'abri aussi qu'il y ait des défections en cours de mandat de députés de ensemble comme on l'a vu pendant la mandature 2017-2022 où il y a eu une trentaine de députés d'En Marche qui petit à petit pour des raisons diverses des raisons de désaccord ont quitté le groupe de la République En Marche et ont pris leur indépendance donc on n'est pas à l'abri de voir que la majorité relative de Emmanuel Macron se réduise peu à peu à peau de chagrin
Mais elle pourrait être renforcée par une coalition avec la droite notamment les républicains
Les républicains vendront cher leur peau et de toute façon tout le monde dans les cercles politiques regarde 2027 donc ils ne vont pas laisser monter un successeur d'Emmanuel Macron donc il faudra l'affaiblir même peut-être pour précipiter une présidentielle avant 2027 parce qu'ils sont pressés de prendre le pouvoir eux aussi comme la gauche comme l'extrême droite mais je pense qu'il n'y a pas dans ce pays et c'est une des leçons de ce scrutin il n'y a pas de majorité pour le néolibéralisme en France parce que si on pousse le raisonnement loin et qu'on imagine qu'il y avait la proportionnelle et qu'il y aurait eu plus de députés RN mais il y aurait eu encore moins d'espace pour le néolibéralisme le néolibéralisme qui est LR plus LREM n'ont pas une majorité ils ne peuvent pas forcer la France ils ne peuvent pas forcer les français ils ne peuvent pas forcer ceux qui sont actifs ceux qui travaillent aujourd'hui ils ne peuvent pas les soumettre et leur arracher le pain de la bouche je pense que c'est une impossibilité politique Macron n'en a pas les moyens politiques il n'en a pas la légitimité et s'il essaye il perdra je pense que c'est une leçon de ce scrutin qui annonce en fait des batailles dans la rue et rien ne prouve que ces batailles seront perdues
alors vous l'avez dit tout à l'heure Jean-Luc Mélenchon a ressuscité la gauche en tout cas c'est ce que nous enseignent ces législatives et dans le même temps la droite est morte est-ce que ces législatives signent la mort de la droite en tout cas des républicains qui n'ont que 61 sièges
je pense qu'elle signe une recomposition de la droite autour de LRE même quand on voit qu'à Paris il n'y a plus de députés je parle de surveillance plus de députés LR à Paris donc ça signifie bien que les LR ont été remplacés c'est le grand remplacement à droite c'est à dire la droite bourgeoise se sent très bien avec Emmanuel Macron et la droite en colère en fait elle va avec Marine Le Pen bon voilà point barre LR ne sert plus à rien et ils peuvent toujours ressusciter s'ils ont une figure charismatique qui est à même d'unifier l'électorat LR plus LREM plus peut-être une partie du RN ils peuvent ressusciter et gagner de la présidentielle ça c'est évident et re-remplacer LREM par la suite et d'ailleurs c'est ce qui pour que LR survive il faut que LREM meure donc ils sont naturellement amenés à mettre des bâtons dans les roues de LREM pour re-remplacer leurs remplaçants mais de facto il n'y a pas de place à la fois pour un LR fort et un LREM fort c'est à dire en fait ils ont même plus qui étaient grands remplacés ils ont été double grands remplacés puisqu'il y a eu effectivement ce remplacement par LRM tu le vois c'est très clairement par exemple dans des régions plus favorisées de l'ouest qui ont voté quand on revient en 2012 qui était la dernière élection où il y a eu ces deux blocs traditionnels le bloc de la droite le bloc de la gauche on voit que les régions qui étaient acquises à la droite du côté les bords de la Loire basculent à LRM et la gauche n'a pas été capable de les récupérer mais on voit aussi que par exemple des régions comme l'Alsace qui était très à droite je me souviens qu'en 2004 la seule région aux élections régionales qui restait à droite alors que les autres basculaient à gauche c'était l'Alsace donc ces régions basculent à LRM parce que c'est des régions plus favorisées qui ne se feront pas de plein fouet de la crise économique mais par contre sur des régions plus en difficulté économique plus rurales périurbaines on voit que c'est le Rassemblement National qui prend la place de LR dans cette diagonale que j'évoquais tout à l'heure du nord-est-est il y a plein de régions qui étaient acquises à LR qui basculent au Rassemblement National dans le sud aussi c'est un acteur traditionnellement LR qui bascule au Rassemblement National même on voit que certaines régions comme le Loiret certaines zones très rurales du Loiret basculent au Rassemblement National alors que c'était toujours une terre très modérée par exemple la circonscription où Jean-Michel Blanquet a perdu au premier tour il y avait un duel entre le RN et la NUPES et le RN a gagné avec près de 64% des voix on est quand même à 150 on est du côté de Montargis dans une région un peu désindustrialisée on est à 150 km de Paris donc ça montre l'expansion finalement du RN qui sort de ces carcans traditionnels pour aller à la conquête de nouveaux territoires et ça se fait notamment au détriment de LR qui perd des deux côtés puisque avant ils avaient 129 députés avec LR plus UDI et là ils se retrouvent avec 64 députés
c'est peut-être la campagne de Valérie Pécresse très à droite très à l'extrême même de la droite qui a coûté aux républicains lors de ces législatives c'est peut-être ce qu'on peut penser
je pense que c'est le signe des temps c'est-à-dire que la force va à la force et l'électorat de droite est un électorat qui aime être au pouvoir et c'était évident qu'il était plus facile d'être au pouvoir avec Emmanuel Macron qu'avec Valérie Pécresse
L'émission touche à sa fin messieurs concrètement en conclusion on peut dire qu'Emmanuel Macron aujourd'hui est pris en étau entre une gauche renforcée et un RN à un niveau historique on vous rappelle chers auditeurs chers spectateurs que la campagne d'abonnement du Média se poursuit on compte sur vous pour atteindre le nouvel objectif des 15 000 abonnés merci de nous avoir suivis merci de l'électorat
merci de l'électorat