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interviewLCP (sur YouTube)· 2 décembre 2023 13 min

Yannick Favennec- Bécot, député "Horizons et apparentés" de Mayenne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

-En cinq mandats, il a navigué dans cinq groupes politiques différents, sans pour autant renier ses valeurs. Mon invité est engagé au centre depuis presque 50 ans. Un centriste un peu rebelle, voire insoumis, vous allez voir.

Générique ...

Bonjour. -Bonjour. -Dans les années 70, un lycéen qui s'intéressait un peu à la politique était encore souvent attiré par une figure comme Che Guevara.

Vous, votre Che Guevara, il avait pas les cheveux longs, il était chauve, il parlait avec un phrasé un peu ampoulé : c'était Valéry Giscard d'Estaing. Pour lui, vous étiez prêt à tout, jusqu'à vous faire exclure du lycée. Racontez-nous. -Oui, je me suis engagé, j'avais 16 ans, j'étais au lycée.

J'étais d'ailleurs dans un lycée entouré par beaucoup de gens de gauche. J'étais pourtant venu d'un milieu modeste, j'étais le seul giscardo-giscardien. J'ai fait la campagne du président, du candidat Giscard d'Estaing, en 1974.

J'étais un peu seul, au lycée, mais je l'ai fait, et je peux vous dire qu'aujourd'hui, je ne le regrette absolument pas. -Vous vous êtes fait exclure du lycée... -De l'internat, car j'avais imité la signature de ma grand-mère pour m'autoriser à sortir pour aller assister à un meeting du candidat Giscard d'Estaing, à Nantes.

Evidemment, comme je suis un mauvais imitateur, en tous les cas, en écriture, je me suis fait choper et j'ai été viré de l'internat. -Vous êtes passionné de Giscard pour ses idées, ses valeurs. Vous avez présidé l'antenne locale des jeunes giscardiens à Saint-Nazaire.

C'est une ville profondément ancrée à gauche. -Depuis l'éternité. -Dans la figure de Giscard, qu'est-ce qui a pu susciter un tel enthousiasme chez le jeune homme de 16 ans ? 18 ans sur la photo mais 16 ans au moment de la campagne présidentielle. -D'abord, parce que Giscard, c'était la modernité.

On sortait des années de Gaulle, Pompidou. Pour moi, Giscard a fait passer la 5e République du noir et blanc à la couleur. C'était le seul candidat qui s'adressait à la jeunesse, avec des idées modernes... -Le droit de vote à 18 ans. -...avec des projets de réformes qu'il a réalisées.

C'est pas uniquement un programme et on passe à autre chose. Il a réalisé son projet, des réformes, comme l'abaissement de la majorité de 21 à 18 ans, entre autres, mais aussi l'interruption volontaire de grossesse, le divorce par consentement mutuel, beaucoup de réformes de société qui, aujourd'hui encore, marquent notre pays. -La passion Giscard ne s'est pas éteinte avec le temps.

On vous a vu le recevoir dans votre circonscription, c'était en 2016, pour célébrer les 40 ans de son élection à la présidence de la République. -Oui. -Vous avez même racheté sa dernière voiture, c'était une Smart.

Vous avez fait votre campagne législative dans la Smart de Giscard d'Estaing. Quand on voit ça, ça va au-delà de la politique, vous êtes un pur fan. -Oui, c'est important d'avoir des repères quand on fait de la politique.

Je trouvais que c'était, là aussi, une marque d'affection et d'attachement au président Giscard d'Estaing, que de racheter sa dernière voiture. -Giscard est à l'origine de votre engagement au centre, mais François Léotard vous a mis le pied à l'étrier. -Oui.

En tous les cas, ma collaboration avec François Léotard comme assistant parlementaire, et aussi à son cabinet lorsqu'il était ministre, ça a été pour moi le vrai démarrage de ma vie politique, parce que je faisais de la politique en province, et là, j'arrivais à Paris, comme Rastignac. J'allais dire : "A nous deux, Paris. A nous deux, la politique." Je dois beaucoup à François Léotard parce qu'il m'a appris énormément de choses.

J'ai beaucoup d'affection pour François Léotard. -Vous êtes attaché aux valeurs centristes mais moins attaché aux partis ou aux groupes politiques de l'Assemblée. Depuis votre 1re élection, en 2002, vous avez appartenu aux groupes UMP, UDI, MoDem, Libertés et Territoires, à nouveau UDI, Horizons, le parti d'Edouard Philippe.

Vous avez la bougeotte ? -Non, pas du tout. Mes valeurs sont toujours les mêmes : libéral, social, européen, humaniste.

Maintenant, les partis politiques, eux, ils ont beaucoup changé, en 30 ou 40 ans. Ils ont changé d'alliances, ils ont changé de nom. -Vous, vous avez pas changé. -Moi, j'ai pas changé.

Les groupes parlementaires sont des outils pour travailler à l'Assemblée nationale, mais ce ne sont pas forcément des ancrages de convictions. Mes convictions sont les mêmes : je suis resté au centre-droit, je ne varierai pas de cet ancrage. -En basculant dans la majorité présidentielle sur la dernière législative. -Oui, parce que je me disais qu'en 2022, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, pour moi, il n'y avait pas d'option possible.

C'était Emmanuel Macron. Je suis dans la majorité présidentielle, je suis loyal, mais je suis libre. -J'allais parler de votre compte Twitter, où vous affichez ce qui ressemble à une devise, justement : "Loyal mais libre." Je me mets dans la tête d'un président de groupe à l'Assemblée, en voyant ça, il doit se dire : "Yannick Favennec, "loyal mais libre, il ne doit pas être fiable." -Je ne dois de comptes qu'à mes électeurs.

Je ne dois de comptes qu'à celles et ceux qui, depuis presque 25 ans, cinq mandats, dont le dernier, j'étais le seul député de la majorité élu ou réélu dès le 1er tour. Je ne dois des comptes qu'à ceux qui m'ont fait confiance. -Pensez aux présidents de groupe. -Tant pis. -"Quand il y aura une tempête, inutile de compter sur lui." -Quand il y a la tempête, je suis fidèle à mes convictions, tout simplement. -Je pense à la réforme des retraites.

Au Figaro, vous dites que vous voterez contre la réforme des retraites. -Je n'ai jamais dévié de mes convictions. Ma campagne législative, je l'ai faite en partie sur la nécessité de faire une réforme des retraites, non pas en faisant de l'âge le totem de la réforme, mais en prenant en compte le nombre de trimestres cotisés, et je n'ai pas changé par rapport à ça.

Je suis resté fidèle à mes convictions. -On vous l'a fait payer, ça, en interne ? -Joker. -Le silence... -Oui, on me l'a fait payer, bien sûr.

On me le fait encore payer aujourd'hui. Peu importe, je reste fidèle à mes convictions. -On vous l'a fait payer.

Visiblement, vos électeurs, eux, non. Vous l'avez dit, vous avez été réélu cinq fois d'affilée, trois fois, sur vos cinq victoires, élu au 1er tour. Vous dites que vous ne devez votre élection qu'à vos électeurs.

Est-ce que c'est pas prétentieux ? -J'ai été élu parce que mes électeurs m'ont fait confiance. -Oui mais vous avez une investiture, le soutien d'un parti. -Sincèrement, je suis élu ou réélu sur mon nom, sur ce que je défends. -Et sur votre ancrage territorial. -C'est mon ancrage territorial, absolument.

C'est le fait que je suis sur le terrain du lundi matin au dimanche soir. Bien sûr, le mardi, le mercredi et le jeudi, qui est réservé au travail ici, à l'Assemblée, mais je suis en permanence présent sur le terrain. C'est ça aussi, je crois, que les électeurs me reconnaissent. -On va revoir un extrait d'un reportage, tourné par Maïté Frémont, qui vous avait suivi sur le terrain, dans ce combat que vous menez pour votre territoire et la Mayenne, qui est très concerné par la problématique... -Pour 87 % du territoire national qui est un désert médical. -...des déserts médicaux. -Bonjour, je suis Guillaume Garot, député de la 1re circonscription de la Mayenne. -Bonjour.

Yannick Favennec, député de la 3e circonscription de la Mayenne. -Ensemble, nous nous battons... -Contre les déserts médicaux. -A TOUT DE SUITE. -J'ai choisi cet extrait, c'est le début du reportage, que vous pouvez voir sur YouTube, car Guillaume Garot n'est pas de votre bord politique.

Il est député socialiste. -Oui. -Vous partagez ce même combat pour votre territoire.

Quand on défend son territoire, la notion de droite, de gauche, ça a plus lieu d'être ? -L'accès aux soins, c'est l'intérêt général. Première chose.

Les réponses sont dans l'intérêt général. Je vais vous dire une chose. Les Français n'ont pas donné de majorité absolue au président de la République.

Ils ont dit : "Débrouillez-vous. Apprenez à travailler ensemble, "à coconstruire ensemble, parlez-vous enfin." Avec Guillaume Garot, c'est ce que l'on fait dans notre département de la Mayenne.

Les Mayennais apprécient notre collaboration, car ils savent qu'on a un objectif, c'est de faire en sorte que l'accès aux soins se fasse de façon plus égale sur le territoire national, notamment en Mayenne, qui est un des trois départements de France les plus impactés par cette difficulté d'avoir un médecin. -Avant le quiz, revenons sur un épisode de votre vie politique qui vous a blessé. Votre femme a été une de vos collaboratrices parlementaires à l'Assemblée. -Je suis fier qu'elle l'ait été, car elle travaillait.

Les Mayennais s'en souviennent. -Vous avez dû la licencier à la suite de l'affaire Fillon, pour respecter la loi sur la moralisation de la vie publique. Vous dites que cette loi est une mauvaise loi, ou que c'est le prix à payer pour éviter les abus réels ? -Je pense qu'effectivement, beaucoup...

Parce qu'elle était pas la seule, mon épouse, à être engagée par son mari, en tous les cas, travaillant avec un parent. Je pense qu'on a payé pour ce qu'une minorité a fait ou n'a pas fait, justement. Mon épouse, elle a des compétences.

Je suis très fier qu'elle ait collaboré avec moi. Je regrette qu'effectivement, pour une minorité qui a mal agi, une majorité qui travaillait se retrouve pénalisée ou s'est retrouvée pénalisée il y a six ans de ça. -On passe à notre quiz, à présent.

Je rappelle le principe : je vais commencer des phrases et vous allez devoir les compléter. On y va. Si Giscard avait présidé la France aujourd'hui... -La France irait certainement beaucoup mieux.

D'abord, les réformes auraient été faites. -Ca, c'est un coup porté à Emmanuel Macron ? -Aujourd'hui, on est incapables de réformer ce pays.

Ce n'est pas de la faute du président de la République. Le peuple français a changé, mais oui, je crois que la France serait entrée encore plus fortement dans la modernité, dans le 21e siècle, et que les réformes auraient été faites. -Après plus de 20 ans à l'Assemblée, je me dis parfois... -Je me dis parfois que ça beaucoup changé. -Qu'est-ce qui a le plus changé ? -Je pense qu'on est passé dans un autre mode de fonctionnement.

D'abord, il y a pas de respect, il y a plus certaines valeurs qui existaient il y a un peu plus de 20 ans, quand j'ai été élu pour la 1re fois. Je le regrette car c'est important d'avoir une Assemblée nationale qui fonctionne dans de meilleures conditions que c'est le cas aujourd'hui. -Ma plus grande satisfaction en tant que député... -Ma plus grande satisfaction, c'est...

Il y a tellement de choses que je pourrais vous dire. Par exemple, cette semaine est entrée en vigueur une proposition de loi pour laquelle je me suis beaucoup battu avec d'autres, c'est la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé, très importante, très attendue par les personnes concernées. Ca montre qu'on peut agir concrètement, quand on fait de la politique, pour le quotidien et pour le bien des gens. -Une dernière question.

En plus de 20 ans à l'Assemblée, vous n'avez pas réussi à faire adopter une seule proposition de loi à votre nom. Est-ce que c'est pas le prix de votre liberté, de votre indépendance revendiquée ? -D'abord, je vous parlais de l'allocation adulte handicapé, j'y ai beaucoup contribué, avec d'autres, et puis laisser sa trace sur une proposition de loi, c'est pas forcément un but en soi.

On peut faire avancer les choses par les amendements, qu'on peut faire adopter, Dieu merci, et puis il y a tellement de lois dans notre pays que finalement, avoir une loi au nom de Favennec-Bécot, c'est pas mon objectif numéro un. Mon objectif numéro un, c'est d'être vraiment au plus près des préoccupations de mes concitoyens. -Merci beaucoup d'être venu. -Merci à vous.

SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA

Yannick Favennec- Bécot, député "Horizons et apparentés" de Mayenne | La politique et moi — Yannick Favennec · Pourquijevote