Dette, déficit : des milliards... et des impôts ? - Reportage #cdansl'air 26.03.2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est l'information de cette matinée, le pourcentage déficit public. 5,5% du PIB, donc chiffre de l'INSEE.
5,5% de déficit en 2023 pour la France. Le chiffre fait l'ouverture de tous les journaux ce matin. Un déficit public bien supérieur aux 4,9% annoncés et un ministre de l'économie obligé de s'expliquer. C'est un problème d'anticipation.
Il n'y a pas eu plus de dépenses publiques que ce que nous avions dit. Il y a eu moins de recettes que prévu. Effectivement, ce que nous avions peut-être sous-estimé, c'est que le fait que l'inflation baisse plus vite que ce à quoi nous étions attendus, ça fait moins de recettes de TVA, ça fait moins de masse salariale, donc moins de recettes aussi sur la masse salariale, moins d'impôts sur le revenu, moins d'impôts sur les sociétés. La perte de recettes fiscales, au total, elle est de 21 milliards d'euros.
Une douche froide pour celui qui s'est fixé l'objectif de ramener le déficit à 4,4% en 2024. Perspective qui semble de plus en plus irréaliste au vu des mauvais chiffres annoncés ce matin. En plus des 5,5% de déficit, la dette publique s'élève à 110,6% du PIB. Moins qu'en 2022, mais là encore, au-dessus de la prévision du gouvernement. Le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, alerte.
Tout de même, c'est un dérapage dans l'exécution qui est important, pas tout à fait inédit, mais très très rare tout de même. Nous sommes dans une posture qui nous oblige maintenant à des rectifications de trajectoire et qui nous oblige à dire la vérité aux Français sur nos finances publiques.
L'opposition s'engouffre dans la brèche et accuse la majorité d'incompétence budgétaire.
Emmanuel Macron est au pouvoir depuis 7 ans, depuis 10 ans si on inclut la période dans laquelle il était ministre de l'économie. Et donc, ces mauvais chiffres, c'est d'abord son bilan. Ça fait partie des pires résultats de toute l'Europe. On est désormais le cancre de l'Europe.
Cet après-midi, le débat s'invite dans l'hémicycle. Le patron des Républicains, Invectif, Gabriel Attal.
Monsieur le Premier ministre, la situation est grave. Elle est grave parce qu'en 40 ans, la France avait constitué une dette de 2 000 milliards d'euros et qu'à lui tout seul, Monsieur Macron, il y aura ajouté 1 000 milliards. Depuis 17 ans, le déficit public de la France n'a été sous les 3% qu'à une seule reprise. C'est sous la présidence d'Emmanuel Macron. Et c'est face à l'action de cette majorité au début du précédent mandat qui a courageusement rétabli les comptes. Les faits, ce sont les faits. Non mais attendez, ce sont les faits.
Alors maintenant, que faire ? Le gouvernement ne cesse de le répéter, hors de question d'augmenter les impôts des Français. Au sein de la majorité, certaines voix s'élèvent pourtant et remettent sur la table un sujet dont le ministre de l'économie ne veut pas entendre parler, la taxation des super-profits.
Il faut tout regarder, regarder toutes les options, regarder au niveau des profits des entreprises, donc c'est les fameux super-profits, regarder les dividendes qu'elles versent, ce sont les super-dividendes, regarder éventuellement la flat tax, regarder ce que l'on peut faire au niveau des rachats d'actions. S'il y a des mesures de rééquilibrage, évidemment il faut qu'elles aillent vers ceux qui ont le plus de moyens, y compris le plus de moyens en fonction de la crise, sans casser l'image de la France.
En attendant d'arbitrer, le gouvernement retient son souffle avant une autre échéance, le verdict des agences de notation d'ici fin mai. Fitch, Moody's et Standard & Poor's pourraient décider de revoir à la baisse la note de la France.
On va revenir sur le verdict des agences de notation, mais vous me parlerez peut-être tout à l'heure aussi du verdict des Européens, de savoir si la France peut tenir ses engagements. Cette question de Christophe, la France ne peut plus beaucoup emprunter, ni économiser, et se refuse à augmenter les impôts. Sommes-nous face à une équation impossible ? On peut emprunter, on n'a aucune difficulté pour emprunter. La confiance des marchés financiers, on la mesure généralement par l'écart entre les taux d'intérêt français et allemand. Vous regardez les journaux de ces derniers jours, ça n'a pas bougé. On a un écart de 40 ans. Alors tout va bien, François Eccarine. Tout va bien. Pourquoi ?
Mais pourquoi ? Parce que je pense que les acteurs des marchés financiers sont persuadés que la Banque Centrale Européenne sera toujours là pour sauver la France ou l'Italie. Parce que comme disent les banquiers, nous sommes too big to fail. Si la France faisait un défaut sur ses paiements, c'est la zone euro qui explose. Et c'est la BCE qui ne sert plus à rien. Donc c'est existentiel pour elle. Maintenant, elle demandera quand même des mesures de redressement. En principe, en théorie, elle ne peut faire ça qu'en contrepartie de mesures de redressement comme elle l'a fait en 2011, 2012 avec d'autres pays qui peuvent être très douloureuses.
Mais même si elle n'obtient pas ces mesures de redressement et qu'elle sauve quand même la France, on prend un risque. On prend le risque de voir notre avenir décider à Francfort. Et on prend le risque, si malgré tout, elle décide de nous sauver, on prend un risque vis-à-vis de nos partenaires de l'Union Européenne, des autres pays, les Allemands, les Hollandais, les Finlandais, qui n'accepteront pas ça. Vous avez parlé du problème d'opinion publique dans les autres pays européens. Je pense que ça passera très mal. Et je pense que la fin de l'histoire, ça sera un éclatement de la zone euro par la sortie d'un pays du Nord.
Les élites des pays du Nord ne le voudront jamais pour des raisons géostratégiques coincées entre les États-Unis, la Russie, etc. Mais je dis parfois, le gilet jaune Batave ou le gilet jaune finlandais, lui, il verra surtout qu'on aide les Français et les Italiens à prendre leur retraite à soit 100 ans ou 62 ans, etc. Et ça, il ne le supportera pas. Et donc je pense que l'histoire se terminera comme ça. Donc ça veut dire qu'à un moment donné, il va falloir trouver un moyen de rentrer et de rester dans les clous.
Juste, on a vu passer les prévisions du gouvernement qui maintient ses prévisions de réduction des déficits à échéance 2025 et même 2027, en disant qu'on maintient l'objectif de 3% en 2027. Est-ce que c'est possible ou pas ? Non, ce n'est pas possible, sauf que c'est nos engagements européens. C'est-à-dire que là, si on revoit ça, je dirais que c'est vraiment des choses qu'on transmet à l'Europe et qu'on transmet à la BCE. Donc à partir du moment où vous dites « Ah, oui, mais en fait, ce n'est pas bon », ça veut dire que ça déséquilibre toute la zone euro. Toute la zone euro doit repenser sa politique monétaire.
Donc effectivement, là, pour le moment, on ne dit rien et tous les Européens disent « Mais ce n'est pas possible ». Ils n'y arriveront jamais. On le sait ? Non, mais bien sûr, parce que là, déjà, vous avez un tel écart, vous partez avec un tel écart, que c'est vraiment déjà la panique par rapport à l'année prochaine. Ne parlons pas, évidemment, du retour sous les 3%. La question est donc posée. Comment retrouver des recettes ? Il y a cette suggestion de Daniel dans le Var, avec Mbappé, LVMH, Total, L'Oréal, Kering, Chanel, Lactalis. Vous vous demandez encore où trouver des milliards. Le débat sur les impôts est lancé au sein de la majorité.
Il est lancé dans la majorité, au sein même de Renaissance et une partie du Modem qui disent effectivement « Il faut augmenter les impôts de ce qu'eux considèrent comme les ultra-riches ou d'un certain nombre de grandes entreprises ». Pour l'instant, c'est un non-affirmé de la part du président de la République qui dit « C'est une promesse que j'ai faite aux Français depuis 2017. Je n'y reviendrai pas. Il n'en est pas question. » C'est ce qu'il a dit mercredi dernier, dans le huis clos du dîner, justement, avec les responsables de la majorité. Mais effectivement, ça pousse parce qu'il y en a qui disent « Ça ne marchera pas. » Donc, où trouver l'argent ?
Sinon, c'est dans les dépenses des différents ministères. Alors, vous savez, c'est comme quand on demande à chacun de faire des économies. Tout le monde est d'accord aujourd'hui au sein du gouvernement pour faire des économies. Mais pas chez nous. Mais tout le monde trouve que ce serait mieux chez son voisin. Donc, la ministre du Travail et de la Santé, par exemple, Catherine Vautrin, dit d'ores et déjà « Pas question de toucher à France Travail, pas de question de toucher à l'apprentissage. Allez voir chez mon voisin ». Dans son ministère, le ministre de la Santé dit « Pas question de toucher, par exemple, aux affections de longue durée.
» Vous savez, il y a été question de se dire « Est-ce qu'on revient sur certains investissements sur le plan de la santé ? » Donc, c'est vrai que c'est le casse-tête de demain. Et ce que dit la présidente de l'Assemblée nationale, c'est que les tabous, ça peut mettre en danger la politique économique du gouvernement. Et que ce serait une forme d'intelligence politique que de dire aux Français « On est dans une situation telle aujourd'hui qu'il faut tout remettre sur la table ».
Bruno Le Maire