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interviewC dans l'air· 30 janvier 2026 65 min

Les Français et les politiques : le grand divorce ? - C dans l’air - 31.12.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

et devenir un champion au quotidien. ... - S.Brakhlia: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". C'est la tradition mais allez-vous la respecter ce soir? Allez-vous faire partie de ces millions de Français devant la télévision pour les voeux du président de la République?

A moins d'un an et demi de son départ, E.Macron s'adresse à la nation. Il atteint des records d'impopularité.

Ce désamour ne concerne pas que lui. Pouvoir d'achat, sécurité, immigration...

Si tous ces thèmes font toujours partie des préoccupations des Français, le système politique jugé instable est aujourd'hui devenu un motif d'inquiétude important. Comment réconcilier les Français et leurs élites politiques? Pourquoi, malgré ce désamour général, le RN parvient à séduire un peu plus que les autres?

Les Français et les politiques, le grand divorce? C'est la question de ce soir. En plateau pour en parler, C.Barbier.

Bonsoir. Vous êtes éditorialiste politique, conseiller de la rédaction de "Franc-Tireur". A.Schwartzbrod, vous êtes directrice adjointe de la rédaction de "Libération".

L.Robequain, bonsoir. Vous êtes directrice de la rédaction de "La Tribune".

J.Fourquet, vous êtes directeur du département opinion à l'Ifop. Vous êtes également l'auteur de ce livre.

Je vais commencer par un tour de table. Si je vous demande de qualifier en un mot l'année 2025 du président de la République? - C.Barbier: Je dirais "trompe-l'oeil".

Toute une série de choses avaient été annoncées. Le référendum de consultation des Français...

Ca n'a pas existé. - A.Schwartzbrod: Je dirais "préoccupante".

Cette paralysie est extrêmement angoissante pour la société, la classe politique, pour tout le monde. - S.Brakhlia: Lucie? - L.Robequain: "Solitaire".

A l'échelle de la France et à l'échelle de l'Europe. - J.Fourquet: Je dirais "chaotique". - S.Brakhlia: On monte en intensité.

Selon un institut de sondages, seuls 37 % des Français comptent suivre les voeux présidentiels ce soir. C'est le signe d'un rejet d'E.Macron par les Français? - C.Barbier: Pas seulement d'E.Macron.

C'est le crépuscule d'un président qui ne pourra pas se représenter. Il n'a plus les manettes. Il n'a plus de majorité.

Sa présidence est un peu en trompe-l'oeil. Les Français tournent le dos à la politique, à la classe politique. Quand on voit le spectacle au Parlement...

Il y a un rejet de cette classe politique. Ce désintérêt, c'est un vrai doute sur nos institutions. C'est une crise de régime, cette Ve République.

Elle atteindra 70 ans en 2028. Je ne suis pas sûr qu'elle arrive jusque-là. - S.Brakhlia: Le président de la République va parler aux Français ce soir. "2026 sera une année d'action", c'est ce que veut véhiculer l'entourage du président.

Que peut-on attendre des voeux de ce soir? - L.Robequain: Il ne veut pas que ce soient des voeux de bilan.

C'est la dernière année complète. Il va présenter des réformes concrètes pour cette année. Il y aura ce fameux service national qui sera mis en oeuvre en fin d'année.

Il y aura cette proposition de loi sur la fin de vie qui va être débattue, ce texte de loi pour interdire les réseaux sociaux aux mineurs. Il y a des choses très concrètes qu'il souhaite mettre en oeuvre. Il cherche les textes les plus consensuels.

Sur les mineurs, G.Attal avait fait une proposition de loi. Il va tenter d'exercer le pouvoir jusqu'à la fin.

Ce bilan qui lui fait si peur n'arrive pas trop tôt, dès ce soir. - S.Brakhlia: Convaincre que 2026 sera une année utile, encore? - A.Schwartzbrod: J'ai l'impression qu'il nous fait le coup tous les ans à la même époque. "On va y aller, les réformes, ça va dépoter..." Malheureusement, on voit bien qu'il termine sur un échec absolu, E.Macron.

C'est quelqu'un qui incarnait la jeunesse, l'Europe, la modernité. Ca a été tout le contraire. C'est le crépuscule de ses 2 mandats.

Il est terrible. Il entraîne toute la classe politique avec lui. Il a fait de terribles erreurs, des zigzags.

Il avait annoncé des réformes. La seule réforme d'ampleur qu'il a faite et qui a été mal faite, la réforme des retraites, il a dû la suspendre. Echec total.

Cela dit, je ne suis pas sûre...

Je pense que les Français se détournent de la classe politique, de cette politique-là. Je ne suis pas sûre qu'ils se détournent de cette politique. Je pense qu'il y a une envie d'engagement en politique chez les jeunes. - S.Brakhlia: On parle d'E.Macron.

Seuls 37 % des Français ont envie de le regarder ce soir à 20h. Pour 30 % des Français, la politique est devenue le problème numéro 1 en France. On parle de la classe politique.

On ne parle pas de la politique, cette chose noble qui concerne tout le monde. - J.Fourquet: On parle du spectacle qui a été donné depuis plusieurs mois à l'Assemblée nationale, notamment dans cette période de débat budgétaire, avec des arrangements parfois contre-nature, des tractations de couloir.

Tout ça pour qu'à la fin, il n'y ait qu'un seul député qui vote le budget sur lequel on semblait avoir vu les gens s'entendre. Tout ça prend des proportions alarmantes. La France se caractérise par un montant des dépenses publiques très supérieur à ce qu'on observe ailleurs.

Ca veut dire que quand l'Etat est à l'arrêt, le pays est à l'arrêt. Le ministre du Logement l'a dit. Toute une série de projets même individuels, que vous pouviez avoir, tout ça est plus ou moins grippé.

On verra ce soir. Les forces de l'ordre sont à l'oeuvre pour maintenir l'ordre dans les rues. L'école continue de fonctionner, l'hôpital aussi.

Toute une autre série de projets sont grippés par tout ça. Le 2e élément qui navre et écoeure les Français, c'est que le monde s'est remis en marche. On voit Trump, la Chine, l'IA, les effets du réchauffement climatique.

Tout ça bouge à toute vitesse et on a un pays, le nôtre, qui reste dans les starting-blocks, à quai, complètement à l'arrêt. C'est ça qui inquiète et qui exaspère beaucoup de nos concitoyens. - S.Brakhlia: Pourtant, ce sont les Français qui votent.

Les parlementaires qui se trouvent à l'Assemblée nationale et au Sénat, ils ont voté pour eux. - J.Fourquet: Ils votent encore.

Aux dernières élections législatives, consécutives à la dissolution, il y a eu 60 % de participation. C'est 15 points de plus que les législatives de 2022. On était au mois de juillet et les JO s'annonçaient.

Quant l'heure est grave, quand il y a un enjeu, une forte mobilisation continue de se faire sentir. On a vu dans les sondages comment, au moment des difficultés de monsieur Lecornu...

On a eu jusqu'à 70 % de Français qui étaient favorables à une dissolution. Il y a un distinguo à faire entre l'intérêt pour la chose politique et les affaires du pays et puis le spectacle qui, aujourd'hui, est donné. Les enseignants, depuis 2022, ils ont eu 7 ministres.

Les têtes changent tout le temps. - S.Brakhlia: C'est une instabilité qui inquiète? - A.Schwartzbrod: Vous avez raison.

Ils ont voté. C'est justement une des grandes erreurs d'E.Macron.

Il n'a pas compris qu'il n'avait pas été réélu pour lui, pour sa politique. Il n'avait pas vraiment de projet quand il a été réélu. Il a été réélu contre le RN.

Ca, depuis le début de son 2e mandat, il n'en a jamais tenu compte. Il a gouverné comme si c'était lui et sa politique que les Français plébiscitaient. C'était pas du tout le cas. - S.Brakhlia: La défiance à laquelle on assiste aujourd'hui, c'est le résultat d'une attitude d'un E.Macron qui n'a pas écouté le message des Français? - C.Barbier: Oui, le message de 2022.

Il a pensé qu'il était réélu président de la République. Il a surtout été reconduit. Il y avait la suite de la crise liée à la covid.

Il y avait la guerre en Ukraine. Il a cru qu'il était relégitimé. Il n'a pas su tirer les conséquences de cela.

La réponse de la dissolution ne l'a pas plus éveillé sur ce divorce entre ce qu'il voulait faire et ce que les Français attendaient. L'an dernier, lors de ses voeux, quand il revient sur cette dissolution, il a encore du mal à être vraiment dans le mea culpa, mais surtout dans les solutions concrètes proposées. Depuis, trompe-l'oeil.

Il nomme F.Bayrou, qui réussit à s'installer à Matignon, le pied dans la porte, en pensant qu'un centriste va incarner ce consensus. Ca ne marche pas.

Ca se finit 9 mois après par un vote de défiance. Il revient à son choix initial, S.Lecornu.

Il cogère avec l'opposition socialiste comme s'il était en accord politique avec eux, alors qu'il ne l'est pas. Il n'y a pas d'accord des macronistes et des socialistes. Dans le résultat, le vote des socialistes sauve le Premier ministre S.Lecornu.

Ca part de 2022, pour moi. - S.Brakhlia: La dissolution a accentué le problème? - C.Barbier: Oui.

De l'autre côté, on a les forces d'opposition qui ne s'en sortent pas plus. C'est toute la classe politique qui est en manque... - L.Robequain: Avec une exception peut-être pour le RN. - S.Brakhlia: C'est toute la classe politique qui commence à rendre malheureux les Français.

Ils en souffrent. - L.Robequain: Il y a une forme d'impuissance politique qui exaspère les Français.

Il n'en sort rien. Les Français ont envie de passer à quelque chose d'autre. Le mois de janvier va être explosif. 3 dossiers majeurs vont arriver: ce budget, cette crise agricole, qui risque de revenir.

On sent une impuissance de la France face à ses alliés européens. On va certainement signer cet accord Mercosur. Il y a aussi ces fermetures d'usines qui risquent de s'accélérer avec un dossier emblématique, le dossier Brandt.

Nous saurons si Brandt va disparaître avant la fin janvier. C'est le dernier producteur de gros électroménager en France. Ca traduit une forme d'impuissance politique.

Les Français se demandent quel parti peut remettre la France sur les rails. - S.Brakhlia: Que peut-il nous dire après une année où il s'est mis en retrait?

Les gouvernements se sont succédé. Pour finir, sur une absence de budget... - Le film de 2025, selon le président. - E.Macron: Tu vois le film, Brigitte? - Les moments marquants de l'année, un montage posté ce matin sur les réseaux sociaux.

Une année dont le président aurait voulu davantage maîtriser le scénario. 2025 a plutôt rimé avec impopularité pour lui. Sa cote de confiance n'est plus qu'à 25 %, niveau le plus bas depuis 2017.

Lors de ses voeux, l'année dernière, il rêvait pourtant d'autres choses. - E.Macron: Je souhaite que l'année qui s'ouvre soit celle de ressaisissement collectif. - Raté.

C'est plutôt l'instabilité qui aura marqué l'année. - Le Premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement. - Une, puis deux démissions. - S.Lecornu: On ne peut pas être Premier ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies. - Un président lâché même par les siens. - G.Attal: Je ne comprends plus les décisions du président de la République. - Ce soir, que va dire E.Macron aux Français?

Il sera question de réseaux sociaux, lui qui a, ces derniers mois, fait un tour de France pour défendre une idée. - E.Macron: Interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans.

On va beaucoup mieux préparer les jeunes à cela. - Ses voeux devraient principalement porter sur les sujets internationaux, l'Ukraine, en premier lieu. Il faut dire que depuis la dissolution, le président n'a plus les moyens de ses ambitions au niveau national.

Sans budget, cette année se termine comme la précédente: retour de la loi spéciale. - S.Lecornu: Elle permettra au 1er janvier de lever l'impôt et de faire fonctionner les services publics.

Ce n'est pas pour autant un budget. Beaucoup d'effets négatifs sont à attendre si la situation perdurait. - Des effets négatifs et même des risques pour la ministre de l'Action et des Comptes publics. - A.de Montchalin: Le risque est de ne pas pouvoir répondre aux urgences des Français, de ne pas pouvoir investir, de laisser le pays immobile alors que tout autour de nous va très vite. - Il va donc bien falloir trouver un budget pour 2026.

Reprise des discussions début janvier en quête d'une majorité bien difficile à trouver tant l'équation parait insoluble. - Le gouvernement espère un compromis qui toucherait peu au budget qu'il veut imposer, qui est un budget, qui depuis 2007, a des conséquences économiques graves sur le pouvoir d'achat, la désindustrialisation. Je ne souhaite pas ça pour mon pays. - A quelles conditions vous pourriez voter le budget 2026? - Aucune. - Cette crise peut-elle profiter à l'opposition?

Les leaders du centre et de la droite sont malmenés dans les sondages. Aucun bénéfice non plus pour le PS. Cette période de chaos semble plutôt bénéficier au RN et en particulier à J.Bardella, qui voudrait bien élargir sa base. - J.Bardella: Il y a un peuple de droite qui ne se reconnaît plus aujourd'hui dans le parti LR, la béquille d'E.Macron.

Je veux précisément m'adresser à ce peuple de droite aussi et le convaincre de venir travailler à mes côtés. Nous pouvons précisément gagner. - La vie politique, désormais principale préoccupation des Français, pour la 1re fois dans l'histoire récente des enquêtes d'opinion en France. - S.Brakhlia: 25 % des Français ont encore une bonne opinion du président de la République.

C'est son plus bas score historique. C'est mieux ou moins bien que ses prédécesseurs au même moment du mandat? - J.Fourquet: Il faut regarder selon les baromètres et les instituts.

On a déjà eu des présidents de la République un peu plus impopulaires qu'E.Macron. F.Hollande, en fin de mandat, était très bas.

Il y avait des différences majeures. Impopulaires, ces présidents avaient néanmoins largement une majorité à l'Assemblée nationale. F.Hollande devait gérer ses frondeurs, mais il y avait une majorité.

Là, il est seul. Ca rend les choses encore plus compliquées. On l'a bien vu dans le reportage, ses propres lieutenants se sont émancipés.

On va dire que c'est vieux comme la Ve République, mais de manière très rapide et de manière très brutale...

Quand G.Attal dit qu'il ne comprend plus ce que fait E.Macron...

Quand E.Philippe dit qu'on devrait passer par une élection présidentielle anticipée, on voit bien que c'est le sauve-qui-peut général dans son camp. Une des promesses qui avait été faite par E.Macron, dans son livre "Révolution", c'était transformer le rapport des Français à la politique.

Ca a commencé avec cette fameuse grande marche... - S.Brakhlia: Les marcheurs allaient frapper à la porte des Français. - J.Fourquet: E.Macron s'est totalement désintéressé de la structuration de son parti politique.

Un signe qui ne trompe pas: le parti a changé X fois de nom. Il n'a plus de majorité à l'Assemblée aujourd'hui. On parlera peut-être des municipales.

Très peu de maires sortants se revendiquent du macronisme. Tout ça est en train de se liquéfier sous nos yeux. - S.Brakhlia: C'est lui qui aimante toutes les critiques, mais est-ce qu'il se rend compte de ce rejet des Français? - C.Barbier: On a tendance à être coupé un peu des réalités, à l'Elysée...

Je pense qu'il se rend bien compte qu'il vit tout ce que ses prédécesseurs ont connu...

C'est un peu à la mode du Roi Lear. Il demeure quand même sans doute dans son idée que l'international lui offre, d'abord un espace de liberté, d'action, et parfois d'efficacité...

La reconnaissance de l'Etat palestinien, c'est un moment réussi pour E.Macron. Il pense que par ce biais-là, il garde ce socle de Français, les 25 % qui se disent que c'est le chef des Armées. - S.Brakhlia: Question. - L.Robequain: Ces voeux vont être essentiellement internationaux.

Il y a une coalition des volontaires sur l'Ukraine qui se réunira mardi. L'idée, c'est de trouver des garanties de sécurité pour l'Ukraine et de faire en sorte que les Etats-Unis ne soient pas les seules à négocier cette paix. - J.Fourquet: Même là, il est rattrapé un peu par le réel.

Pour faire tout ça, il faut de l'argent. On n'a pas de budget. Aujourd'hui, c'est clairement l'Allemagne qui est à la manoeuvre.

Quand on envoie tel ou tel système d'armes en Ukraine, tout ça est suivi d'effets. Il y a de l'argent dans les caisses en Allemagne. En France, on a annoncé 6 milliards d'augmentation du budget pour la défense, mais ce n'est pas encore voté.

E.Macron annonce le lancement du projet d'un futur porte-avions nucléaire français. On voit bien qu'on est beaucoup dans l'effet d'annonce. - S.Brakhlia: On est beaucoup dans les paroles. - J.Fourquet: Ce domaine de l'international et de l'Europe, où il était très fort, aujourd'hui, pâtit aussi de son impuissance au niveau intérieur. - L.Robequain: Il est totalement paralysé au niveau international. - A.Schwartzbrod: Plus il est affaibli en interne, plus il est affaibli à l'international.

Tout le monde voit bien qu'il ne représente plus aucun...

C'est pas l'homme d'avenir en France. C'est pas lui qui représente l'avenir. Il est totalement impuissant.

Il est coincé entre Trump...

Il n'arrive pas à faire bouger les choses. Les Européens ont beaucoup de mal. Ils sont divisés.

E.Macron avait incarné cette ambition européenne, cette envie de remettre l'Europe au centre, de faire de l'Europe un continent qui va de l'avant. Même la reconnaissance de la Palestine, que j'ai applaudie, c'était un geste important, mais ça n'a pas été suivi d'effets.

Il ne se passe plus rien. Gaza est dans une situation catastrophique. Il n'y a rien qui est fait par la France ou par l'Europe, ou très peu.

Il est totalement impuissant. Les Français sont très angoissés par la situation internationale. Quand ils voient les folies de D.Trump, la folie aussi, le besoin de dévorer tout le continent européen de V.Poutine, quand ils voient comment la Chine avance aussi...

Ils voient aussi ce qu'il se passe dans le domaine de l'IA. Ca va très vite. On a l'impression que tout le monde avance autour de nous.

C'est beaucoup aux Etats-Unis, en Chine. La France... - L.Robequain: J'ajoute une touche positive.

La France reste une puissance militaire majeure. L'Allemagne investit énormément, mais ça reste la 1re puissance militaire en Europe. La France continue de peser un tout petit peu. - A.Schwartzbrod: Les crédits militaires ne sont pas encore dégagés pour l'instant. - L.Robequain: Mais nous avons l'armée la plus puissante d'Europe. - S.Brakhlia: E.Macron n'est pas aidé sur le plan international par la situation intérieure.

Depuis la dissolution, tout le paysage politique a changé. Ca n'aide pas du tout. - J.Fourquet: Nos modes de scrutin ne sont pas faits pour ça.

On a un scrutin à 2 tours. Quand on a 3 forces, c'est très compliqué. Vous indiquez un paysage tripartite.

Il y a le RN, assez cohérent, le bloc central, quand même divisé en sous-chapelles, et à gauche, quand même aussi des lignes de faille très importantes entre La France insoumise et le PS. Dans tout ça, on rajoute aussi ce qu'il reste des Républicains. On a un paysage éclaté, au moins en 3 blocs.

Aucun des 3 blocs ne veut travailler avec l'un des 2 autres. - S.Brakhlia: Il n'y a pas la culture des compromis comme il peut y avoir en Allemagne. - J.Fourquet: Notre culture politique se résume à une phrase: "La psyché des responsables politiques en France..." Quand on vote la loi sur les nationalisations, toute une partie de l'économie française, la droite grimpe aux rideaux en s'offusquant de cette loi.

A.Laignel a cette phrase: "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire." Dans leur for intérieur, beaucoup de responsables politiques se disent que c'est un mauvais moment à passer, mais que s'il y a une dissolution présidentielle, tout va rentrer dans l'ordre et qu'ils auront une majorité à leur main.

Vu l'état du pays, rien n'est moins sûr. On est encore dans l'idée que quelqu'un qui est élu à la présidentielle a ensuite les manettes. - S.Brakhlia: Est-ce que c'est pas un manque de maturité de nos politiques? - C.Barbier: On n'est pas habitués.

Ce n'est pas habituel d'être dans le compromis. Pour la gauche de M.Rocard, ça n'avait pas été simple.

C'est surtout les partis politiques qui refusent de jouer le jeu. Rien ne les aurait empêchés, en octobre 2024, de se mettre autour de la table. Regardez ce qui s'est passé dans le vote du budget de cet été.

Les socialistes ont joué le jeu de la surenchère. Les macronistes étaient un jour d'accord, un jour pas d'accord. La droite était divisée entre le Sénat et les députés.

Les ambitions présidentielles de chacun dictaient les choix...

Les partis politiques et les leaders de ces partis n'ont absolument pas été à la hauteur du moment, d'où la défiance des Français. - S.Brakhlia: On parle du rejet global de la classe politique des Français.

Il y en a qui s'en sortent mieux que d'autres. Les dirigeants du RN, M.Le Pen, J.Bardella, voient leur popularité très élevée.

Comment vous l'expliquez? - A.Schwartzbrod: Une des raisons principales...

Pour l'instant, ils sont protégés de l'exercice du pouvoir. C'est très confortable de regarder les gens s'entre-tuer, De regarder les budgets bloqués quand on est à l'extérieur. Ils ne décident pas.

J.Bardella engrange. Il regarde tous les pots qui tombent et qui se cassent.

Il ramasse les miettes et il recolle tout. - S.Brakhlia: Moins il parle, plus il engrange? - J.Fourquet: Il parle quand même beaucoup.

Il n'est pas dans les tractations que décrivait C.Barbier. Il y a ce qu'il se passe actuellement, ces négociations à l'Assemblée, que plus grand monde ne comprend, et ce que vous indiquez.

Ils n'ont jamais été au pouvoir. Tous les bilans comptables, les milliards de dettes, tous les problèmes que la France a accumulés, c'est la "caste politique". Ils n'ont jamais eu à endosser une part de responsabilité.

On a dans nos enquêtes une partie des Français qui dit "on ne les a pas encore essayés". Il faut revenir à 2017. On était habitués à un coup à gauche, un coup à droite.

On a eu le "en même temps" qui pouvait correspondre pour beaucoup de Français à une espèce de synthèse qui débloquerait cette litanie d'alternances. On voit que ça finit en impasse. Les gens se demandent ce qu'il reste en magasin une fois qu'on a fait la gauche, la droite et le "en même temps".

Il reste le RN. Il bénéficie de ça. Aux élections législatives de 2024, ils font un très bon premier tour.

Derrière, le front républicain, au 2e tour. Une majorité absolue de Français ne veut pas se résigner à l'hypothèse d'une accession au pouvoir, en 2024, du RN. - S.Brakhlia: Sur le RN, une particularité à souligner.

On a vu dans "La Tribune Dimanche" M.Le Pen dire à propos de J.Bardella "il peut gagner à ma place" en parlant de 2027.

Il n'est pas question de personne? - L.Robequain: Le procès de M.Le Pen aura lieu en janvier.

Ce binôme aujourd'hui protège un peu J.Bardella. Il y a 2 lignes au RN qui s'affrontent.

M.Le Pen et J.Bardella, ils ne sont pas attaqués. - S.Brakhlia: Il n'y a pas de ligne claire. - L.Robequain: C'est très difficile d'attaquer le RN aujourd'hui.

Le jour où J.Bardella se retrouvera seul, il va être très fermement attaqué sur son programme économique, dont la crédibilité est fortement contestée. Aujourd'hui, M.Le Pen agit comme une sorte de paravent pour J.Bardella. - S.Brakhlia: Dans l'affaire des assistants parlementaires du RN, on saura si l'inéligibilité de Marine Le Pen est confirmée.

Si c'est le cas, J.Bardella sera candidat en 2027. Il aura 31 ans.

J.-L.Mélenchon a donné son avis sur J.Bardella.

C'était lors d'un podcast avec les insoumis. - J.-L.Mélenchon: Il nous convient parfaitement.

Il est de droite pour de bon. Il a des votes au Parlement qui vont lui permettre de l'éplucher pendant toute la campagne. Ne vous inquiétez pas, ne touchez à rien.

Le paysage est en train de se dessiner. Il est intéressant, avec des personnalités de premier rang qui vont nous expliquer ce qu'ils vont faire. Ne prenez pas Bardella pour un imbécile, il ne l'est pas.

Il faut un peu vivre pour avoir de l'expérience... - S.Brakhlia: Mélenchon dit qu'il est parfait... - C.Barbier: L'extrême gauche joue le chaos à l'Assemblée et ne cesse d'aller de provocation en provocation.

Le RN, par contre, joue le contraste et est le parti de la cravate. Il y a une sorte d'alliance objective. Mélenchon l'incarne parfaitement, au-delà de l'ironie de son propos.

Il rêve d'un 2nd tour Bardella-Mélenchon, peut-être avec un petit espoir de l'emporter, avec l'espoir que l'élection de Bardella ou de Le Pen provoquerait un choc dans la société qui lui permettrait de déclencher un processus révolutionnaire, la rue contre le verdict des urnes. C'est son fantasme. - S.Brakhlia: Vous dites qu'une victoire du RN à l'élection présidentielle servirait les intérêts de J.-L.Mélenchon? - C.Barbier: Oui.

Ce serait le détonateur, la révolution de la société. C'est un vieux classique de la gauche révolutionnaire. - A.Schwartzbrod: Quand on entend ça.

On comprend pourquoi les Français n'en peuvent plus de cette classe politique. C'est quand même le monde dans lequel on vit. La situation économique dans laquelle nous nous trouvons...

C'est quand même des calculs monstrueux. Ce ne sont pas les seuls calculs. Dès le lendemain de la dissolution, la campagne présidentielle a démarré.

Tous ces hommes et ces femmes politiques, surtout des hommes, ne pensent qu'à ça. Ca explique la paralysie politique. - S.Brakhlia: Il y a une réalité sur le RN.

On voit bien dans les études d'opinion que c'est le RN qui s'en sort le mieux en termes de popularité, de confiance du côté des Français. C.Beaune, ancien ministre d'E.Macron et aujourd'hui commissaire au Plan a cette formule: "On est passé du déni à la résignation..." Ca veut dire que tout ce travail de dédiabolisation mené par M.Le Pen depuis plus de 10 ans porte ses fruits aujourd'hui? - L.Robequain: Bien sûr.

Ca a été accéléré par N.Sarkozy ces dernières semaines. Il a dit que J.Bardella lui rappelait le RPR de J.Chirac.

On dédiabolise le RN avec ce genre de phrase. - C.Barbier: Tous les plafonds de verre sautent.

Ils ont investi politiquement sur des thèmes comme le pouvoir d'achat, qui se retrouve parmi la priorité des Français. La sécurité, l'immigration... "On les a jamais essayés et ils nous parlent de nos vrais problèmes", ça crée un processus électoral... - A.Schwartzbrod: Ce que les Français ne voient pas tout de suite...

Ils pensent à leur pouvoir d'achat et on peut les comprendre, mais il faut quand même toujours rappeler que le RN, c'est un parti qui a été proche de la Russie, de V.Poutine, de V.Orban, où les libertés individuelles sont confiées à un autocrate qui a été pour le Frexit, proche de D.Trump ou aurait rêvé d'être proche de lui.

On se souvient de M.Le Pen attendant au pied de la tour Trump que Trump veuille bien la recevoir. - S.Brakhlia: On a l'impression que les Français ne le voient pas.

Le programme politique... - J.Fourquet: Il y a quand même une majorité des Français qui a voté contre ce parti aux dernières élections législatives.

En revanche, on a une dynamique, un tiers des Français, qui se reconnaissent dans ces idées. Ils considèrent que ce parti les considère eux et leur vécu. Il y a de nouveaux électeurs qui viennent de la droite avec un certain nombre de digues qui ont sauté.

On voit aussi comment...

C.Barbier parlait de ce jeu de miroirs avec La France insoumise. Les positions radicales de La France insoumise, notamment sur la question de Gaza, de l'antisémitisme et autres, ont aussi permis au RN de s'acheter une forme de respectabilité républicaine.

Dans les enquêtes d'opinion, vous voyez aujourd'hui que quand J.-M.Le Pen était la personne la plus détestée et la plus rejetée de la classe politique, aujourd'hui, c'est plus sa fille, mais c'est J.-L.Mélenchon qui a récupéré ce mistigri de la personne la plus clivante. - C.Barbier: Qu'est-ce qui pourrait dissuader les Français tentés par un vote au RN d'aller vers Bardella?

La jeunesse de Bardella. Jeunesse et inexpérience, ce sera une faiblesse. Un programme truffé de contradictions.

Il y a du libéral, du social, la retraite à 62 ans, comment on la paye...

Il y a aussi une faiblesse d'équipe. Si on met une trentaine de noms, on aurait du mal. Ca veut dire union des droites.

Après la présidentielle, il y aura des législatives. Il faut ouvrir ce champ. On a une contradiction entre M.Le Pen qui n'en veut pas et Bardella qui semble tenté par cette union des droites.

Du côté LR, il y a B.Retailleau, L.Wauquiez, qui sont tentés par cette union.

Ca va être un enjeu de 2026 pendant et après les municipales. - J.Fourquet: C'est peut-être ça aussi que J.-L.Mélenchon avait en tête quand il dit "il est parfait, il nous convient".

On a un candidat, J.Bardella, qui penche du côté de l'union des droites. Toute une partie de l'électorat populaire venant de la gauche, qui a été tentée par le discours de M.Le Pen, pourrait revenir vers la gauche en partie. - S.Brakhlia: Nombre de Français galèrent et ont du mal à boucler leurs fins de mois.

Le pouvoir d'achat, priorité des Français qui n'attendent plus grand-chose des politiques et qu'ils jugent trop déconnectés aujourd'hui. ... - 6h du matin dans ce relais routier.

Le premier café de la journée pour ces conducteurs de poids lourds, servi par un patron dépité. - Tout le monde se pose des questions. On sait pas de quoi demain sera fait. - On aimerait sortir de cette crise rapidement.

Il n'y a pas 50 solutions. Il faudra bien dissoudre. On ne peut pas continuer comme ça.

Ils ne s'entendent pas. Il faut bien prendre des décisions. Ils sont tous en train de se tirer dans les pattes.

Ca ne marche pas. - Plus encore que l'instabilité politique, c'est la situation économique du pays et sa dette abyssale qui inquiètent ces travailleurs. - Tant qu'ils taxeront, rien ne tournera. - Je plains celui qui va prendre ma place.

Quoi qu'il arrive, il va falloir boucher ce trou. C'est toi, c'est moi... - Je me plains pas.

Je gagne quand même un bon salaire. Ma conjointe travaille. On n'a plus les moyens de partir en vacances.

C'est toujours la classe ouvrière qui trinque. Les personnes comme monsieur qui travaille le matin, comme moi, qui bosse à n'importe quelle heure pour faire tourner sa boutique, dès qu'on se lève, on sait que ça va être une journée dure, taxée. - Dans la cuisine, les charges et l'inflation ont aussi des conséquences bien concrètes. - On a dû réduire la viande rouge.

Elle a énormément augmenté. On fait viande rouge 1 jour sur 2. Avant, il n'y avait pas de steak haché.

C'était faux-filet, bavette. - Au point de devoir augmenter le prix du menu d'un euro, insuffisant toutefois pour pouvoir embaucher. - Financièrement, c'est pas possible de recruter.

On a pris une apprentie. Ca revient moins cher. J'ai mes parents qui sont retraités.

De temps en temps, ils viennent le midi pour nous aider un peu. Ils sont en âge de travailler. - A l'heure du déjeuner, des clients de moins en moins nombreux et des fins de mois toujours plus difficiles. - Des cartes bleues qui passaient pas, des gens embêtés, plus qu'avant.

Ca se voit, maintenant. Les gens qui prenaient un grand café avant, ils vont prendre un petit café. Si j'en prends qu'un, j'économise 1,50 euro par jour.

Tout est calculé, maintenant. - Je vous apporte du pain. - A table, là aussi, la politique est au coeur des conversations. - On aimerait peut-être que nos politiques, qui ont chacun leurs qualités, se préoccupent plus du pays plutôt que des petites guerres d'ego, des petites choses comme ça. - Ce qu'on entend aujourd'hui de la politique, c'est que du négatif.

Entre ceux qui finissent en prison, qui ont usé et abusé du système, il n'y a aucun côté positif. - Une défiance que constate chaque jour le patron. - Je le dis au moins à 80 % des gens ici, ils parlent RN.

On entend que ça. Est-ce que ça va aller jusqu'aux urnes? Est-ce que ça va être le RN?

On entend que ça dans la bouche des clients. - Selon un sondage, seuls 41 % des Français se disent optimistes pour l'année à venir. - S.Brakhlia: Il est dur, ce reportage.

Je vous ai tous vu réagir, notamment sur l'histoire du grand café. On va préférer un petit café à 1,50 euro qu'un grand café à 3 euros. Les Français font leurs arbitrages en termes de pouvoir d'achat à ce niveau-là.

Question. On a l'impression que la déconnexion est énorme. - J.Fourquet: Encore une fois, on a toute une partie de la population qui s'en sort pas trop mal.

Quand on regarde les enquêtes d'opinion, plus de 5 Français sur 10 déclarent s'en sortir difficilement. On est en plein dans le reportage. Un tiers nous disent qu'ils ont souvent des difficultés à payer en temps et en heure leur loyer et leurs factures, et qu'il faut arbitrer sur tous les autres postes de dépenses, comme le grand ou le petit café.

Beaucoup de gens font les courses ou la cuisine et prennent moins de viande rouge. Les études de consommation montrent la chute du boeuf par rapport au porc et maintenant au poulet. On voit aussi, dans ce secteur de la restauration, comment ils sont concurrencés.

On ne va pas citer d'enseignes, mais ils sont concurrencés par de la restauration rapide ou des gens qui achètent des sandwichs à emporter, notamment tous les métiers de la logistique, du transport routier, pour économiser sur le budget d'alimentation du midi. Quand on met ça en parallèle avec des grands discours macroéconomiques, en disant "on a cassé l'inflation, on est revenus à une maîtrise de la situation économique et on a 0,8 % de croissance", on est en déconnexion totale. - A.Schwartzbrod: Et il y a une telle angoisse de l'avenir qu'il y a aussi beaucoup d'épargne.

Elle n'a jamais été...

Petit à petit, quelques sous tous les mois au cas où il y ait une crise majeure. - J.Fourquet: Les gens ne sont pas dans leur tour d'ivoire quand ils sont aux responsabilités.

Il y a quand même un indice intéressant. On a un ministre du Pouvoir d'achat, monsieur S.Papin.

Ce n'est pas un hasard. C'est un ancien patron de la grande distribution. Il a été nommé dans le nouveau gouvernement Lecornu.

Il est au Commerce, à l'Artisanat et au Pouvoir d'achat. Il y a un vrai sujet. Après, est-ce qu'on a les capacités d'apporter des réponses aux Français qui sont dans ces situations, c'est autre chose. - C.Barbier: C'est d'autant plus difficile que les demandes des Français sont parfois contradictoires.

Ils ne veulent pas qu'on touche à leur retraite, et on peut le comprendre. En même temps, ils ne veulent pas travailler plus. On est dans un moment où les Français sont sur le "encore une minute, monsieur le bourreau".

Ils veulent garder les avantages des années de croissance économique sans faire les réformes nécessaires. Ce côté "beurre et argent du beurre" ne pourra pas durer. La campagne 2027 sera une campagne de vérité.

On verra si les candidats seront au rendez-vous de cette vérité. Les Français devront aussi voir ce qu'ils sont prêts à faire. - J.Fourquet: Dans ce reportage, on entend beaucoup, à la fois de la part d'un petit patron et d'un chauffeur routier, la question de la taxe.

C'est au coeur de ce qui s'est passé au moment des "gilets jaunes". Cette France que N.Sarkozy avait appelée "la France qui se lève tôt".

Le reportage est tourné à 6h du matin avec des gens qui travaillent et qui disent que le travail ne paye plus assez, pas parce que le patron ne paie plus suffisamment mais parce qu'on a le sentiment, à tort ou à raison, d'être trop taxés. Ca fédère un nombre grandissant de Français. - L.Robequain: On est dans un contexte très différent de celui des "gilets jaunes".

Les prix à la pompe n'ont jamais été aussi bas depuis 3 ans. Les prix de l'électricité sont aussi bas. Les Français ont du mal à le percevoir. - S.Brakhlia: Parce que si on fait un état des lieux des indicateurs économiques, on parle de défaillances d'entreprises qui se multiplient.

La France perd plus d'usines qu'elle n'en créées. Le taux de chômage remonte aussi un peu. Le logement est en crise, même s'il y a quand même un effort qui a été fait cette année. - L.Robequain: L'économie française va mieux que ce que les discours des derniers mois laissaient penser.

On a une croissance de 0,9 %. On fait la moitié de la croissance de la zone euro. C'est spectaculaire.

On a une inflation à 1 %. C'est une des inflations les plus basses d'Europe. Mais effectivement, le chômage augmente.

A ce titre, E.Macron va complètement rater son pari du plein-emploi. C'est à peu près 5 % de chômage.

Là, on est à 7,7 %. Tout porte à croire que l'année 2026 va être assez catastrophique. Le quinquennat Macron risque de se terminer sur un pari totalement raté. - A.Schwartzbrod: Et les patrons sont inquiets.

Ils voient l'instabilité politique et les investissements...

Ils sont inquiets pour les mois à venir. Cette relative santé économique pourrait ne pas durer. - S.Brakhlia: Les Français ont raison d'être inquiets, alors?

C.Barbier disait qu'il y avait une déprime en France, mais elle s'appuie sur des faits. - C.Barbier: On a tendance à être pessimistes sur nous-mêmes en France.

C'est un trait culturel de la population, et pas depuis hier. Il faut faire avec. Mais il y a de réelles raisons de s'inquiéter.

Même si l'épargne collective des Français est énorme et qu'elle continue à grossir, les investissements sont un peu en panne. Le moteur de la consommation n'est pas bien. Oui, on peut penser qu'on est avec des chiffres de croissance un peu encore en trompe-l'oeil et que ça va craquer en 2026 ou 2027, que Macron va subir l'inversion de la courbe dans le mauvais sens, c'est-à-dire plus d'espoir de plein-emploi, mais pour l'instant, ça n'arrive pas.

Est-ce qu'on est protégés par une espèce de génie français? On continue de créer, d'innover, de créer des entreprises. Quand on demande aux Français s'ils ont de l'espoir, de l'ambition, ça va beaucoup mieux. - J.Fourquet: Cette instabilité politique et cet immobilisme au sommet de l'Etat ont des conséquences concrètes sur l'activité économique de tous les jours.

On parlait du taux d'épargne chez les ménages. Ce sont des choses qu'on ne consomme pas. Mais c'est aussi des petits entrepreneurs, petits ou plus grands, qui ne savent pas à quelle sauce fiscale ils vont être mangés.

Le projet de renouveler leur parc automobile, d'agrandir leur entreprise...

Ils limitent les investissements. Toute l'économie tourne plutôt au ralenti. Ca se sentait très bien aussi dans le reportage. - S.Brakhlia: Pour que les gens comprennent bien ce qui va se passer, on finit l'année sans budget.

On est sous le régime de la loi spéciale. Ca va durer combien de temps? - L.Robequain: L'espoir d'E.Macron est que ça se termine fin janvier.

Il veut mettre le débat budgétaire derrière lui avant les municipales. Ca va être dur. La ligne de fracture est lourde entre la droite et la gauche.

On ne voit pas pourquoi il y aurait un consensus. Le pari est de partir de la copie du Sénat, d'apporter quelques aménagements pour satisfaire la droite et la gauche et pourquoi pas passer par un 49-3. - S.Brakhlia: Mais S.Lecornu a dit non. - L.Robequain: Parce que la gauche y était opposée.

Mais elle a beaucoup évolué ces dernières semaines. Si elle promet une non-censure, peut-être que... - J.Fourquet: Si le PS. - L.Robequain: Bien sûr.

LFI, c'est hors de question. Ca peut être une voie de sortie. Je n'en vois guère d'autre. - C.Barbier: Il faut changer la nature du 49-3.

Ca ne doit plus être un bâton pour la brutalité du gouvernement qui passe ses projets de loi en force. Ca doit être une autorisation donnée par les oppositions à un Premier ministre pour débloquer une situation. Encore quelques concessions budgétaires.

Les municipales approchent à grands pas. Ca arrangera tout le monde, y compris les oppositions les plus virulentes, de sortir de cette situation. - S.Brakhlia: La confiance que les Français doivent avoir envers leurs politiques...

Si les députés disent au gouvernement: "Vous pouvez utiliser le 49-3"... - L.Robequain: Je pense que les Français s'en fichent et seront aussi heureux de la fin du débat budgétaire. - A.Schwartzbrod: Tout le monde a envie que ça se termine. - S.Brakhlia: Des élus parviennent à maintenir la confiance avec leurs concitoyens: les maires.

Ceux qu'on dit à portée de baffes font aussi face aux restrictions budgétaires. Sur le terrain, le système D prend le relais. - Il est encore tôt ce samedi matin lorsque les coups de marteau résonnent dans ce petit village. - Mets pas tes doigts là.

Tu as déjà deux mains gauche et je vais te couper les doigts! - Pas de repos pour le maire et son équipe. Chaque semaine, ils consacrent une partie de leur week-end aux travaux municipaux.

Aujourd'hui, c'est au montage des chalets pour la fête des enfants. - Tous les ans, on réalise cette petite manifestation. C'est un gros travail pour une journée, mais c'est pour le plaisir des petits et des grands. - Je suis contente d'être disponible pour mon village quelques heures par semaine.

Ce n'est pas grand-chose mais c'est un devoir un peu citoyen. - Leur objectif: des économies pour la commune d'à peine 700 habitants. - Un euro est un euro.

Toutes les économies qui sont faites peuvent être réinvesties sur d'autres projets et d'autres sujets. Si vous dégagez 5000 euros d'économies par an, vous remboursez de belles annuités au niveau d'un emprunt. C'est important. - Les résultats sont là.

En 10 ans, les impôts locaux n'ont pas augmenté. La plus grande fierté du maire, c'est ce restaurant racheté et rénové par les habitants de la commune. - Nous avons fait une verrière afin que les équipes puissent se voir entre la plonge et la cuisine.

On a tout démoli et refait. - La municipalité a économisé près de 80 000 euros. Le gérant a pu conserver son emploi. - C'est ce que toutes les communes de France devraient faire, tout simplement, pour la bonne et simple raison que si les élus s'intéressaient à leur commune, qu'ils essayaient de les faire vivre...

C'est ce que nos élus devraient faire en France, du bas en haut. - Il y a un double discours. Les parlementaires, nos grands élus, semblent dire qu'il faut faire des économies, qu'on va serrer la vis aux communes, mais à côté de ça, on dénonce des projets non réalistes qui génèrent une gabegie d'argent. - A l'autre bout de la France, en Seine-Maritime, ce maire et son équipe ont décidé de baisser leurs indemnités de 5 %.

La baisse des dotations de l'Etat pèse chaque jour davantage sur le budget de la commune. - C'est la première fois qu'on nous dit que l'Etat décale, en 2026, l'attribution de cette subvention. Beaucoup de décisions sont freinées, stoppées.

On est dans un train à l'arrêt. Ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'on va avoir un budget, mais je ne suis pas sûr qu'il y aura de réelles économies. Elles se feront après l'élection présidentielle, nécessairement.

C'est après l'élection présidentielle, quand il y aura une nouvelle Assemblée, qu'on va nous sortir un budget d'austérité pendant 3-4 ans. C'est là où il y a une forme d'hypocrisie. - Alors que le maire reste une figure de confiance pour les Français, les élus déplorent le manque d'exemplarité de certains élus politiques. - Les élus locaux font face à une violence sociétale qui n'est absolument pas intégrée par des gens qui sont censés être responsables.

Ce sont des gens qui votent des lois, des choses essentielles pour notre territoire, mais ils sont en dessous de tout. Aujourd'hui, autour de ma commune, le RN arrive en tête entre 50 et 70 %. C'est un état d'esprit d'injustice, un sentiment de non-prise en considération de ces premiers besoins. - Près de 3 Français sur 4 se disent satisfaits de l'action de leur municipalité.

Un chiffre stable malgré les crises politiques. - S.Brakhlia: On vient d'entendre la colère de ce maire qui dénonce l'hypocrisie de ces élus à Paris, ces élus nationaux qui ne prennent pas en compte les difficultés au niveau local.

On a entendu des maires de petites villes sans étiquette. Ce sont eux qui parviennent à maintenir la confiance avec les Français. Pourquoi eux y arrivent et pas les autres? - C.Barbier: C'est la cellule de base de la démocratie française.

Ils sont à proximité, au service. On se connaît, dans une commune. Ca préserve l'échelon démocratique.

Ca avait permis à E.Macron de sortir de la crise des "gilets jaunes" avec un grand débat, une rencontre avec les maires, la démocratie élue et raisonnable par rapport à l'expression chaotique de la démocratie dans la rue. Est-ce que ça marcherait encore aujourd'hui?

Pas sûr. En 2020, même si c'était une municipale particulière, il y avait une participation qui s'érodait. Les maires sont agressés par les citoyens.

On voit ce lien avec la commune se déliter doucement. On verra en 2026. Je pense que ça tiendra encore.

Mais il ne faut pas faire de la municipalité, du maire, une forme de figure protégée, sanctuarisée et inaccessible à ce rejet du politique. - S.Brakhlia: C'est pour ça qu'on voit des politiques nationaux jouer la carte de la province contre Paris.

Ils veulent se placer du bon côté des élus pour apparaître proches des gens, à portée de baffes comme les maires? - L.Robequain: Les maires ont de moins en moins de pouvoir.

Ils en ont perdu énormément: 80 % de leur pouvoir. On les attend sur les sujets majeurs comme le logement, les fermetures de classes, l'insécurité, mais ils n'ont pas les réponses. - S.Brakhlia: On le voit avec les déserts médicaux. - L.Robequain: Les réponses sont nationales, mais on en demande toujours plus aux maires sur ces sujets. - S.Brakhlia: 57,8 %, plus de la moitié des maires, sont prêts à rempiler pour un mandat malgré leurs difficultés. - A.Schwartzbrod: Parce que c'est le plus beau métier, enfin le plus beau poste, le plus beau mandat qui existe.

Vous allez au contact des gens. Vous vous attelez à des problèmes concrets. Vous n'êtes pas dans la politicaillerie, dans les joutes de pouvoir.

Vous êtes sur le terrain. C'est satisfaisant, même si, en effet, ça devient de plus en plus difficile sur le terrain. Beaucoup se font reprocher la difficulté des temps.

C'est aussi le 1er adversaire qu'on rencontre dans la rue. Pour eux, c'est difficile. Mais en même temps, c'est magnifique, un maire, Surtout d'une petite commune où vous connaissez tout le monde et où vous pouvez essayer de faciliter l'entrée à l'école de l'enfant d'untel, l'installation d'un médecin... - S.Brakhlia: Agir directement sur le quotidien. - A.Schwartzbrod: Oui.

Il faut quand même trouver quelque chose de positif à dire. C'est le dernier "C dans l'air" de l'année. On parle de politique, des Français.

Il reste, sur le terrain, une envie, notamment chez beaucoup de jeunes, d'engagement. Tout ce qui se passe sur le climat, sur la participation à la transition écologique, il faut voir toute la solidarité. Tous les ans, avec les Restos du Coeur...

Il y a de la solidarité sur le terrain. - S.Brakhlia: On parle de la classe politique en général, mais dans cette classe politique, il y a des personnalités qui travaillent, qui ont envie d'améliorer le quotidien des Français et qui font tout leur possible pour que ça s'arrange. - J.Fourquet: C'est un peu les héros de la République, ces maires.

Une enquête du Cevipof réalisée cette année indiquait que 58 % des maires en fonction souhaitaient se représenter. Ca ne veut pas dire que 42 % ne voulaient pas se représenter. Une partie n'avait pas encore pris sa décision.

C'était 10 points de plus qu'en 2019 pour les élections municipales de 2020. Ceux qui sont restés en poste ont essuyé la tempête du covid, de la dissolution. Ils se sont cramponnés, ont tenu bon.

En France, on a 35 000 communes. On en a autant que dans tout le reste de l'UE. On a un maillage de municipalité incomparable.

C'est un investissement somme toute raisonnable quand on voit le réservoir de dévouement de ces gens qui baissent leurs indemnités, qui vont monter le chalet pour la fête du village...

La plupart d'entre eux sont retraités. Ils donnent de leur temps et de leur énergie. Ce qui les fait avancer, c'est qu'ils ont le sentiment de rendre service à leur collectivité, leurs habitants, leurs voisins, et qu'ils peuvent porter des projets.

La fierté, on l'a vu, c'était la pérennisation d'un restaurant. Ca peut paraître dérisoire, mais c'est important. Ce qu'on reproche souvent à la politique au niveau national, c'est l'impuissance publique.

Là, ils montrent qu'ils ont fait. Ils ont gardé le restaurant, sauvé la classe, organisé une fête, débrouillé les sujets administratifs pour quelqu'un qui a été remis sur le chemin de l'emploi, etc. Ce qu'on entend néanmoins en sourdine, c'est aussi la fatigue des maires, notamment face aux comportements "usager-client" de certains de leurs citoyens.

Ils sont aussi de plus en plus empêchés de mener efficacement les projets qu'ils ont. Pour ouvrir un restaurant de ce type, il y a, à mon avis, je ne sais combien de commissions qui sont passées. Ca use ces héros du quotidien que sont les maires. - S.Brakhlia: Sur le terrain, la montée du RN se traduit.

Ils entendent les concitoyens dire qu'ils veulent voter pour le RN. Pour les municipales qui arrivent, on peut s'attendre à plus de victoires dans les différentes mairies du RN? - L.Robequain: Ca ne va pas être très dur de faire mieux qu'aujourd'hui.

Le RN a une dizaine de municipalités. Ils vont forcément faire mieux. Ils le présenteront comme une victoire.

Ils ont des chances de gagner des villes assez grandes comme Toulon ou Marseille, et aussi beaucoup de villes moyennes. Ca va peut-être se jouer là. - S.Brakhlia: Et dans le Nord? - J.Fourquet: C'est là où ils sont les plus forts.

Dans combien de villes le RN est capable de monter des listes et de se présenter? Il ne suffit pas de regarder le score dans la commune. Il faut aussi avoir quelqu'un qui soit tête de liste.

On a des listes paritaires, autant d'hommes que de femmes. - S.Brakhlia: C'est là leur difficulté.

Il y a de nombreuses brebis galeuses. - J.Fourquet: Même au niveau des députés.

Et donner les clés de sa commune, c'est plus compliqué. - S.Brakhlia: On en vient à vos questions.

Question. - C.Barbier: Pas forcément, d'autant que la tradition veut qu'on suspende les travaux du Parlement pendant des périodes électorales.

Les sénateurs, qui dépendent des maires pour leur élection, n'aiment pas beaucoup travailler pendant les municipales. On aura peut-être, si le budget est passé, une accalmie parlementaire ou une absence parlementaire. - S.Brakhlia: Question. - A.Schwartzbrod: C'est ce que disait Christophe tout à l'heure en disant qu'il y avait partout des gens qui innovaient.

Sur le terrain, des gens font des choses. Plein de gens font des choses. Des start-up se montent, des boutiques ouvrent, des centres médicaux ouvrent dans des villages pour pallier l'absence de médecins...

Partout, des choses se font. Mais on voit bien qu'à un moment, vous êtes confronté, comme le disait le témoignage terrible de ce maire, à la paralysie venue d'en haut. - S.Brakhlia: Question. - C.Barbier: Tous les présidents ont présenté leurs voeux depuis 1959.

Le pays a été assez souvent dans le pétrin. Des présidents ont présenté leurs voeux en période de cohabitation, d'autres en période de crise majeure, comme les voeux de de Gaulle après Mai 68. C'est une tradition républicaine.

Il y a beaucoup de voeux pieux dans ces voeux. Ca avait même donné une pièce de théâtre. Les 7 voeux du septennat de F.Mitterrand avaient donné lieu à une pièce. - S.Brakhlia: A chaque fois, on nous vend un espoir. - A.Schwartzbrod: Les voeux d'E.Macron de l'an dernier sont dévastateurs. - C.Barbier: Ceux de 2019, les plus longs de la République, ça a été cassé en 2 par la covid. - S.Brakhlia: Question.

Donnez-nous un peu d'espoir. - J.Fourquet: Quand il y a des élections en jeu, les gens se mobilisent.

On l'a vu aux dernières législatives. - S.Brakhlia: Question.

Je vais quand même le faire. - C.Barbier: Bonne année municipale! - S.Brakhlia: Bonne année 2026, même politique.

Merci à tous les 4 d'avoir participé à cette émission en ce jour particulier. Tout de suite, "C dans l'air" avec A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Dans un instant, le meilleur de "C à vous" pour nous accompagner jusqu'à 21h.

Je suis prête. Je vous attends. - S.Brakhlia: Elle est prête pour "C à vous".