Dominique Vérien : « On ne va pas remettre encore en discussion la réforme des retraites »
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Merci d'être notre invitée, sénatrice sinon-centriste de Lyon. Et vous présidez ici au Sénat la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Et on va parler dans quelques instants du rapport que vous avez remis hier sur l'exécution des peines. Mais d'abord, on va regarder trois titres de la presse régionale. D'abord, la une de l'Alsace. Nouvelle grève sur fond d'impasse politique. Les syndicats qui ont à nouveau appelé à manifester contre l'austérité budgétaire. Et dans le même temps, Sébastien Lecornu semblant pétrer dans des négociations infructueuses.
La deuxième une, c'est celle du Télégramme. On en parlait avec Audrey. La retraite, un pas vers les femmes. Sébastien Lecornu qui a proposé de rendre un peu plus favorable le calcul des pensions des femmes ayant eu des enfants. Et puis la dernière une, c'est celle du Républicain Lorrain. Réseaux sociaux, les failles du couvre-feu. L'instauration d'un couvre-feu numérique pour protéger les 15-18 ans des abus de l'usage des réseaux sociaux se heurte à certaines limites. Et puis les ados réclament un minimum de liberté. De quelle est n'avez-vous envie de nous parler ? Je vais vous parler de la retraite des femmes.
Évidemment, puisque c'est un des sujets qui avait été étudié par la délégation aux droits des femmes. Et quand bien même j'ai soutenu la réforme des retraites parce qu'il en fallait une, il était clair qu'elle n'était pas parfaite, loin de là. Et que le vrai angle mort, qui n'avait pas été correctement étudié, c'était la retraite des femmes. Et à un moment où un président nous appelle à un réarmement démographique, il faut vraiment mesurer l'impact de la maternité sur la vie et la carrière des femmes et donc l'impact évidemment sur leur retraite. Et donc c'est un calcul qui aurait dû être fait. C'est un raté de la réforme bande. C'est vraiment un raté de la réforme bande. Mais vraiment.
Et on le signalait dès le départ. Et la CFDT a fait des propositions en ce sens. Je pense qu'elles sont plutôt bienvenues. Et Sébastien Lecornu, qui doit négocier de toute façon, serait bienvenu de les adopter. Il y a d'autres mesures dont cette réforme bande a amélioré ? – Je pense qu'il y avait des sujets quand même sur les carrières longues qui étaient à regarder. Il y avait vraiment quelques fragilités qui sont à étudier. Que pour la plus grande part, on s'arrête à 64 ans ou à 67 ans si on a commencé tard, c'est mon cas. Mais ça va, je ne fais pas un métier pénible non plus. Par contre, sur des métiers pénibles, je pense qu'il y avait vraiment des sujets à aller voir.
Et donc oui, il y avait quand même des corrections à apporter. – Est-ce qu'il faut aller jusqu'à suspendre cette réforme bande comme le demandent les socialistes par exemple ? – Non, parce que je crois que la réforme, le point le plus marquant de la réforme, c'est l'âge. Et on le voit bien par rapport à nos voisins européens. Personne n'est en deçà de 64 ans. Il nous faut travailler plus. On sait que c'est ça qui permet aux pays de s'équilibrer. Donc je pense qu'il faut la garder, mais l'améliorer, oui. – Votre collègue centriste, Brigitte Bourguignon, nouvelle collègue Brigitte Bourguignon, dit que l'âge a été un casus belli et qu'il faut réfléchir à ce qu'on revienne là-dessus.
Qu'est-ce que vous dites de cette déclaration ? – Alors je ne suis pas à la Commission des affaires sociales et je n'ai pas eu ce débat avec elle. Je pense personnellement qu'on ne va pas remettre encore la discussion sur la table. On le voit. – Ancienne ministre Brigitte Bourguignon. – J'entends bien, j'entends bien. Mais voilà, donc on en discutera. Mais c'est bien, c'est important qu'il y ait des débats. De toute façon, on n'est pas tous complètement alignés. Et heureusement qu'on a, nous aussi, un peu de liberté de penser. – Vous le pensez trouvable, cet accord de non-censure par Sébastien Lecornu, où l'équation est impossible à résoudre ?
– Je le pense de plus en plus difficilement trouvable. S'il n'a pas encore été trouvé aujourd'hui, je crois que la proximité des municipales rend les choses très compliquées. Puisque la seule alliance avec laquelle peut faire Sébastien Lecornu, c'est avec les socialistes. Les socialistes sont tenus par LFI par rapport aux municipales qui viennent. Donc cet accord, forcément, ils sont très demandeurs de beaucoup de choses. Et Sébastien Lecornu sait aussi qu'il a une montagne à gravir par rapport à la dette et qu'il faut réussir à trouver cet équilibre.
Aujourd'hui, je ne suis pas sûre que les socialistes acceptent de faire ça, alors que ce serait, je pense, très utile pour une stabilité de notre pays. – Et ils sont notamment demandeurs d'une taxation des plus riches. Est-ce qu'il faut dire oui ? – Alors, qu'on réfléchisse à une taxation des plus riches pour que chacun puisse payer. Et en regardant bien, parce que je pense qu'il y a aussi beaucoup de chiffres qui sortent. Et à la fin, on ne retrouve pas vraiment ses petits pour savoir vraiment qui paye quoi et comment. La seule chose sur laquelle je sais que mon groupe, on est pour qu'il y ait une taxation, y compris des plus riches, mais pas sur l'outil de travail.
On donnait le cas de Mistral, mais il n'y a pas que Mistral dont la société est valorisée de façon fictive. Quand Elon Musk, comme exemple, quand Elon Musk s'est fâché avec Trump, sa société a perdu 3 milliards. Mais il n'a pas perdu 3 milliards dans son compte en banque. C'est totalement fictif. Si jamais il la revendait, elle vaudrait 3 milliards de moins. Mais c'est comme quand on a un appartement. Les montants sont fluctuants. Pour autant, cet argent, on ne l'a jamais dans sa poche. Donc si on doit payer des impôts dessus, c'est effectivement forcément risquer de vendre l'entreprise ou partir. – Il y a une nouvelle journée de mobilisation aujourd'hui.
Est-ce qu'au-delà même du nombre de personnes qui seront dans la rue, il y a une colère qui s'exprime dans le pays ? Vous l'entendez ? Vous la comprenez ? – Je l'entends. Et je pense qu'elle est aussi très liée au pouvoir d'achat. C'est un sujet qu'on va pouvoir aborder. Mais on le sent bien aujourd'hui. Même si l'inflation aujourd'hui est calmée, il y a quand même eu une période d'inflation qui fait qu'y compris pour des personnes qui ont un bon métier, le salaire ne correspond pas forcément aux charges en face. et donc les choses deviennent plus difficiles.
Alors pas forcément, tout le monde n'est pas forcément à la rue, même si on a un gros problème de gens à la rue, d'enfants à la rue, etc. Mais on sent bien que les choses se tendent pour beaucoup. – Et du coup, comment on y répond ? Est-ce que par exemple, rapprocher le salaire net du salaire brut, c'est une réponse qui vous semble la bonne ? – Je pense que si c'est le salaire net qui augmente, et pas le salaire brut qui baisse. Il faut effectivement, si ça retombe bien, dans la poche du salarié. – On va parler de l'actualité du Sénat. Comment expliquer le paradoxe de nos prisons ? Avec d'un côté une surpopulation carcérale, de l'autre une majorité de Français qui juge la justice laxiste.
Vous avez travaillé pendant six mois sur l'exécution des peines et rendu votre rapport hier, et c'est l'objet de votre éclairage. Audrey, justement, Audrey, ce rapport qui pointe donc une inadéquation entre le sentiment des Français que la justice est laxiste et la surpopulation carcérale dans notre pays.
– Oui, parce que d'un côté, Auriane, vous avez 68% des Français qui ne croient plus en la justice qu'ils estiment laxiste, vous l'avez dit, et de l'autre, un chiffre qui interpelle. Il y a en France plus de 84 363 personnes détenues en France pour une capacité de 62 566 places. Avec au moins 5000 détenus qui dorment sur des matelas au sol. Autre constat, il y a une incohérence entre la peine encourue, la peine prononcée et l'appel réellement exécutée, ce qui fait que les sanctions ne sont plus crédibles. Voilà pour le constat. Mais votre rapport fait aussi des préconisations, avec notamment la mise en place de courtes peines de moins d'un mois.
Elle ciblerait les primo-délinquants, mineurs ou majeurs, les personnes intégrées socialement aussi pour créer un choc carcéral, éviter l'escalade, la récidive. C'est une petite révolution parce que la doctrine actuellement, c'est plutôt l'allongement des peines. En France, par exemple, si on compare avec nos voisins européens, la durée moyenne des incarcérations, c'est 11,3 mois. On est seulement à 4,6 mois chez nos voisins allemands. Alors pour ces petites peines, on créerait des centres spéciaux, moins sécurisés et moins gros qu'une prison traditionnelle, ce qui éviterait la surpopulation carcérale dont on vient de parler, mais aussi le mélange avec des détenus plus dangereux.
Et la question de la réinsertion est aussi au cœur de ce rapport ? Pour éviter les récidives, parce que, tenez-vous bien, ce chiffre interpelle aussi, le taux de récidive est de 60%, 5 ans après la sortie de prison. Écoutez.
Dans le rapport, on préconise effectivement de replacer la réinsertion pour redonner aussi un sens à la peine. Et c'est pourquoi, dans les préconisations que nous faisons, un certain nombre de dispositifs qui ont été créés, je pense notamment à la libération sous contrainte de plein droit qui a été totalement décrié pendant nos auditions et qui favorise les sorties sèches, on souhaite en fait leur suppression.
Madame la sénatrice, de quoi parle-t-on et pourquoi cette mesure, finalement, ne fait pas l'unanimité ? Elle a même été décriée dans les auditions que vous avez faites.
Alors en fait, elle fait l'unanimité contre elle. Puisque, quelles que soient les personnes à qui on en a parlé, tout le monde nous a dit non, c'est une fausse bonne idée. En réalité, l'idée était de faire qu'on puisse libérer plus rapidement les détenus, sauf qu'un détenu qui n'a pas une peine très longue, lorsqu'il arrive, entre les différents aménagements et la libération de contraintes sous plein droit, il ressort à peine est-il rentré. Et donc, aucun travail n'est possible avec lui, ce qui fait une sortie sèche. C'est-à-dire qu'on ne l'a pas accompagné, ni sur la recherche d'un logement, d'un travail, d'une formation, d'une réinsertion.
Donc, c'est pourquoi, vraiment, c'est totalement contre-productif, puisque notre idée, c'est que la prison doit servir à quelque chose. C'est évidemment une punition, c'est évidemment pour mettre de côté de la société des gens dont on considère qu'ils sont un trouble à l'ordre public, mais pas que. L'idée, c'est qu'on en sorte quand même meilleur, qu'on y ait rentré et qu'on puisse y faire des choses, qu'on puisse y avoir une formation, qu'on puisse y avoir, y travailler, travailler sur soi-même aussi, et faire que, quand on sorte, eh bien, on sorte du parcours de délinquance. Or, vous l'avez dit, 60% de réitération ou de récidive.
Donc, c'est vraiment trop important, et il faut qu'on arrive à baisser. On ne peut pas le faire dans le cadre de sortie sèche, on ne peut pas le faire dans le cadre d'une prison surpeuplée.
Et justement, vous avez parlé de réinsertion. Vous voulez créer, dans ce rapport, de vraies peines de probation encadrées en milieu ouvert, parce que vous avez remarqué que les juges ont du mal à prononcer ce genre de peine. Pourquoi ?
Parce qu'ils ne croient pas vraiment au milieu ouvert. Ils considèrent que, même si on met un bracelet à quelqu'un, finalement, on ne va pas l'accompagner derrière. Et c'est d'ailleurs le seul point de notre rapport où, nous, on demande que les SPIP soient renforcées, qu'il y ait un peu plus de monde sur les services pénitentiaires d'insertion et de probation. Parce que, si on veut faire une incarcération en milieu ouvert, on va dire qu'il faut forcément qu'il y ait un accompagnement. Et c'est pourquoi on propose cette peine de probation.
Et d'ailleurs, parce que les juges sont obligés, jusqu'à présent, de justifier pourquoi ils incarcèrent en dessous de un an, il y a besoin de cette motivation spéciale, donc en gros, ils sont obligés d'aménager en dessous de un an, du coup, ils donnent plus. Et c'est une des raisons pour lesquelles on a des peines plus longues qu'ailleurs. C'est parce que les juges, pour pouvoir donner de la prison, donnent plus pour être sûrs que si jamais ça se passe mal au niveau du réaménagement, la personne ira bien en prison. Donc, faisons une vraie peine de probation avec des agents de probation qui sont vraiment là pour surveiller.
Et là, parce que c'est vrai que la dérive qui est souvent, enfin, qui est parfois reprochée aux conseillers de probation et d'insertion, c'est qu'ils s'intéressent beaucoup à l'insertion, ce qui est très bien, et moins à la probation. Et peut-être que ça ne doit pas être la même personne, d'ailleurs, qui accompagne et qui punit. Mais en tout cas, il nous faut de toute façon cet agent de probation, s'il y a une peine de probation, avec des vraies contraintes, une vraie surveillance, des vrais efforts, pour que ce soit une vraie peine. Mais en face, il faut qu'il y ait un vrai agent de probation qui dise stop et si ça ne va pas, retour à prison.
Puisqu'on parle d'exécution des peines, il y a un sujet qui fait la une de l'actualité, c'est l'exécution provisoire qui a été prononcée à l'encontre de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle. Et certains estiment qu'il s'agit d'une mesure attentatoire à la présomption d'innocence. Que dit le rapport, Audrey ?
Eh bien, pas grand-chose, parce que ce n'est pas un sujet qui est ressorti des 75 auditions, pourtant, que vous avez effectuées. Au contraire, l'exécution provisoire, c'est plutôt classique pour ce type de peine. Écoutez. L'exécution immédiate, c'est quelque chose qui est quasiment habituel pour nombre de peines, en particulier les peines de plus de 5 ans. On a une exécution immédiate à 80%. Ce qui, quand même, veut bien dire que c'est le commun des mortels, en fait, ou le commun des condamnés.
C'est un sujet qui questionne, avait dit le président du Sénat, Gérard Larcher, après la condamnation de Nicolas Sarkozy. Pour vous, il n'y a pas de question à se poser ? Alors, en fait, c'est vrai que la question n'est jamais revenue. Autant la libération sous contrainte de plein droit, je vous ai dit, elle a fait l'unanimité, parce que personne n'est venu sans nous en parler, quasiment. Autant, effectivement, l'exécution provisoire, pour les peines, et je vais même aller plus loin, puisqu'on a affiné les chiffres, sur les peines de plus de 2 ans de prison, c'est 90% d'exécution immédiate. C'est le commun des mortels. C'est le commun des mortels.
Et dans 80% des cas, d'ailleurs, la personne qui va être condamnée à plusieurs années de prison, elle est déjà en prison, en détention provisoire. Je vous rappelle que 30% des prisonniers sont en attente de leur premier jugement, pas de leur appel. Donc, voilà, c'est peut-être attentatoire, mais enfin, on le fait de façon plus que courante. Et d'ailleurs, les gens ne comprendraient pas, imaginons en sens inverse, de se dire, ah ben oui, mais il n'y a pas eu d'appel, donc, monsieur, globalement, on a quand même une certitude qu'il a fauté, mais il n'y a pas eu d'appel, donc il est encore libre.
Je pense que là, vous auriez beaucoup plus de monde encore dans la rue pour vous dire, mais on ne peut pas laisser ces criminels dehors. Donc, la vraie question, c'est que c'est la personnalité, évidemment, de Nicolas Sarkozy. Est-ce qu'il faut le traiter comme un justiciable normal ? Mais en tout cas, dans notre rapport, on n'avait pas le cas très spécifique des présidents de la République, ce qui est logique quand même. Et donc, dans le cas courant, évidemment, personne ne se pose la question, parce que c'est normal. Est-ce que vous trouvez que l'ancien président de la République est allé trop loin en disant notamment que sa condamnation a violé toutes les limites de l'État de droit ?
Il a parlé comme un justiciable qui ne comprend pas sa condamnation, mais d'ailleurs, je pense que ce qu'il ne comprend pas, ce n'est pas l'exécution provisoire. Vous n'y voyez pas une remise en cause de l'autorité judiciaire ? Ce qu'il ne comprend pas, c'est les cinq ans. Et effectivement, tout justiciable qui considère qu'il est innocent et qui est puni trouve ça tout à fait injuste. On ne peut pas lui en vouloir à lui de trouver injuste, alors qu'il clame depuis le départ qu'il n'a rien fait. Donc, la question est plus là. Il n'y a pas de remise en cause de l'autorité judiciaire ?
Toute personne qui est condamnée et qui considère qu'il est injustement condamnée remet en cause l'autorité qui la condamne. Mais voilà, si on considère qu'on n'a pas brûlé le feu rouge parce qu'on est passé au orange et qu'on a quand même une amende, on est très, très furieux d'avoir à payer une amende. Donc, moi, je ne lui en veux pas d'avoir réagi. Alors, par contre, si on considère que parce qu'il est président de la République, on doit le traiter un peu différemment, peut-être que parce qu'il est président de la République, il peut parler un peu différemment. Mais moi, là, j'ai considéré que c'était un homme justiciable, en colère après la condamnation qu'il a reçue.
– Un dernier mot sur votre rapport, est-ce que vous pensez que vos conclusions vont être traduites dans une loi ? – Je crois, je crois parce qu'en fait, on sent bien que ce qu'on a pu proposer est plutôt dans l'air du temps aussi. Mais on le voit, en général, les sociétés sont prêtes à accueillir les textes. C'est le cas des très courtes peines. Je sais que Gérald Darmanin le propose. Donc, si jamais il reste garde des Sceaux, ce qui est possible, il est fort probable que dans le projet de loi qu'il va nous présenter, il y aura cette solution. Par contre, nous veillerons sur les très courtes peines. Pas n'importe où, pas n'importe qui, pas n'importe comment. – On va parler d'un autre sujet.
Les municipales ont lieu dans six mois et les règles changent pour les élus des petites communes qui passent au scrutin de liste avec obligation de parité. Un texte loin d'avoir fait consensus au Sénat. Mais comment ça se passe, justement, pour ces élus locaux qui doivent en ce moment former leur liste ? On va aller en Dordogne. Bonjour Alain Castan, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire sans étiquette de Ruffignac, de Sigoules. Monsieur le maire, avec ce texte, est-ce que la constitution de votre liste pour les municipales de mars prochain était plus difficile ?
– Pas plus difficile, pour la bonne bonjour d'abord. Pas plus difficile parce que je pense que les femmes dans nos villages se sont emparées de ce fameux changement de scrutin de liste et sont beaucoup plus intéressées parce que le fait que jusqu'alors, moi je suis maire depuis 2001, quand j'allais chercher un homme, c'était toujours un honneur ou quelque chose d'honorifique, alors que le pragmatisme des femmes fait qu'elles nous demandent toujours pourquoi faire. Et ça, c'est important parce que dans mon conseil municipal, j'avais jusqu'alors trois, quatre femmes qui acceptaient de venir, donc c'était difficile à les trouver.
Et aujourd'hui, contradictoirement, j'en ai déjà cinq ou six qui tapent à la porte et qui ont envie de s'investir pour la commune.
– Dominique Verriens, vous entendez ? – Je suis ravie. – Elle a fait débat, cette loi. – Alors, elle a fait débat. Je suis tout à fait d'accord pour avoir moi-même monté une liste que les femmes étaient plus difficiles à aller convaincre. La première des choses, c'est « mais tu crois que je suis capable ? » Évidemment, si on va la chercher. La deuxième, « attends, mais il faut que j'en parle dans la famille. » Souvent, c'est « il faut que j'en parle à mon mari. » « Il faut que je vois comment je gère ça, comment je gère mon temps. » Parce qu'en fait, les femmes que j'allais chercher, elles voulaient s'engager. Et si elles s'engageaient, il fallait qu'elles aient les moyens de s'engager.
Elles réfléchissaient vraiment avant de prendre la décision. Le fait qu'on ait fait cet appel, d'ailleurs aussi avec Yael Brunpivet, pour dire « femme, engagez-vous, allez-y, c'est le moment. » Je suis très heureuse de voir que ça a pu fonctionner. Et sachant que ce texte, on ne l'a pas passé pour la parité. En réalité, on nous parle beaucoup de la parité. Mais on l'a passé parce que le scrutin au panachage, alors c'est vrai que ça faisait plaisir aux gens de dire « j'aurais mon voisin parce qu'il ne dit pas bonjour. » Mais ça ne faisait pas forcément une liste, un projet, une équipe, un projet.
Or, on sait que c'est difficile, monsieur le maire, vous allez me le dire, mais c'est difficile de vivre six ans ensemble, surtout si on ne s'est pas choisi. Or là, l'avantage, c'est qu'il y aura une liste, un projet. Oui, parce qu'avant, il y avait plusieurs listes. Et quand on votait dans les petites communes, on pouvait barrer des gens sur les listes. Et on pouvait avoir des cas, c'est arrivé dans mon village, ça s'est très bien passé, mais ça aurait pu très mal se passer, et dans d'autres, ça se passe mal, où on était sept d'une liste, huit de l'autre.
Alors évidemment, le maire, ça a été l'équipe de huit, mais il suffisait qu'il y en ait un qui change d'avis, et le maire n'avait plus de majorité. Et c'est le cas dans quelques communes en ce moment. Ou alors, c'était des listes allongées, où les gens choisissaient. Et les gens venaient s'inscrire sur la liste. Alors pour le coup, là, il n'y avait pas de projet, parce qu'il n'y avait pas forcément une tête de liste. Et pour peu que celui qui était censé être maire ne soit pas élu, tout le monde se regardait autour de la table pour savoir qui allait y aller.
Là, au moins, c'est clair, il y a une liste, un projet, et puis s'il y a deux listes, deux listes, deux projets, et on choisit son projet, et on choisit son équipe.
– Oui, mais madame la sénatrice, vous avez un rôle fondamental sur l'avenir, justement, de ces scrutins de liste. Je rentre du congrès des maires-uraux, où il y avait votre président, et il y avait bien sûr l'ex-sénatrice ministre Françoise Gattel, et nous leur avons bien signifié que le plus important, pour avoir des femmes engagées, il fallait vraiment aboutir à un véritable statut de l'élu. Parce que ce qui empêche certainement les femmes de s'engager, c'est justement que ce statut de l'élu ne convient pas à une vie publique, à une vie familiale, comme vous l'avez rappelé tout à l'heure, et une vie professionnelle.
Donc ce statut, nous l'attendons avant la fin de l'année, je pense que c'est vraiment nécessaire et c'est vital pour que nous ayons des femmes qui s'engagent pleinement, et des jeunes surtout, des jeunes femmes, qui s'engagent pleinement dans la vie locale.
– Nous sommes tout à fait d'accord, et d'ailleurs Françoise Gattel avait déjà porté des textes qui permettaient des gardes d'enfants, qui permettaient déjà d'apporter une certaine souplesse. Le statut de l'élu va venir compléter, et le statut de l'élu, en tout cas nous à la Commission des lois, il est déjà à l'étude, on a déjà nos rapporteurs qui travaillent sur le sujet. Bon, je n'oublie pas que Françoise Gattel est une sénatrice issue des rangs de l'union centriste, donc je ne peux que saluer son travail. – Merci. – Et j'étais présidente des maires ruraux de Lyon avant, donc je suis totalement solidaire des maires ruraux. – Vous êtes rassuré, monsieur le maire ?
– Alors, je suis rassuré, d'autant plus que c'est une collègue, puisque moi je suis aujourd'hui présidente des maires ruraux de la Dordogne, mais aussi référent de toute la Nouvelle-Aquitaine. Donc c'est vraiment important, mais aussi, je rappelle, parce que le plus difficile dans nos campagnes, c'est de motiver des jeunes femmes. On trouve des femmes de tout âge, bien sûr, mais le plus difficile à convaincre, ce sont les jeunes, parce qu'ils n'ont pas la même façon de vivre qu'on a pu vivre jusqu'à présent.
Et moi, j'ai aujourd'hui 72 ans, j'ai hésité à repartir, et c'est justement dans le fait qu'aujourd'hui, les gens ne comprennent plus trop nos politiques d'en haut, avec tout ce qui se passe. D'ailleurs, nous avions la présidente de l'Assemblée nationale, et ces jeunes, on a basé notre congrès cette année sur l'engagement de la jeunesse, et la présidente de l'Assemblée nationale et le président du Sénat ont été vraiment surpris des questions très pertinentes que posaient ces jeunes engagés, ces jeunes qui veulent s'engager, et particulièrement celles des jeunes filles ou des jeunes femmes.
– Merci, monsieur le maire, merci pour votre témoignage. Alain Castan, maire de Ruffiniac, de Sigoules, c'est temps d'ordonne. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. On va dans Lyon, maintenant, Dominique Vérien, chez vous, on retrouve Mathieu Villeroy de Gallo. Bonjour Mathieu, merci beaucoup d'être la responsable des agences à Lyon Républicaine. Mathieu, on va parler d'un autre sujet avec vous, une étude sur la jeunesse, une enquête faite auprès de 3 300 étudiants, enquête qui met en lumière les difficultés des jeunes.
– Oui, bonjour Auriane, tout à fait. Nous allons nous pencher sur l'actualité et sur le quotidien des étudiants, qui n'est pas toujours facile. On se souvient qu'il y a quelques jours, il y avait une première association qui alertait sur la grande précarité des étudiants en France, puisqu'il y avait la moitié des étudiants qui vivent avec moins de 100 euros par mois, selon une étude réalisée par l'IFOP. Cette fois-ci, c'est une association iconaise, et plus spécifiquement une association qui est basée à Auxerre, Auxerre, unie pour nos besoins et nos envies, qui a travaillé en recueillant les réponses de 200 étudiants et a été rencontrée 25 acteurs du territoire.
Ce que dit ce travail, et sur lequel nous avons effectivement élaboré notre dossier, qui fait aujourd'hui la une de ce journal, c'est qu'il y a aussi une très grande précarité à Auxerre de ces étudiants qui représentent à peu près 10% de la population de la ville, des difficultés de logement, des ressources financières insuffisantes, des manques d'accès aux soins ou aux droits. La liste est longue, et comme l'explique effectivement le président de l'association qui est à l'origine de ce rapport, il s'agit avec ce rapport de rendre visibles les difficultés des étudiants d'Auxerre. Madame la sénatrice, ma question sera toute simple.
On voit effectivement régulièrement les difficultés du monde étudiant surgir dans le débat public. Et pour autant, il n'y a pas forcément de réponses qui sont mises en place. Est-ce qu'il ne serait peut-être pas temps d'avoir un vrai plan pour soutenir les membres d'étudiants, qui est le monde du travail et puis, je dirais, les Français de demain ?
Alors oui, tout d'abord, déjà, je voudrais me réjouir qu'il y ait des étudiants à Auxerre, parce que si, et comme ils le disent d'ailleurs, comme j'ai pu le lire dans vos colonnes, ils trouvent qu'ils n'ont pas leur place, enfin, on ne les accueille pas encore assez, mais parce que je pense qu'Auxerre ne s'était pas pensé comme une ville étudiante jusqu'à présent, et que ça commence à se faire. Alors, c'est vrai que c'est venu tardivement, et là, quand je dis tardivement, pourtant, on a eu Guy Ferres qui était maire et qui était vice-président à la région chargée de l'enseignement supérieur, donc on aurait pu penser qu'il allait s'en occuper.
Mais là, c'est en train de venir, je sais que la mairie, aujourd'hui, crée des rendez-vous d'accueil des jeunes étudiants, mais c'est vrai que c'est en train de se faire. C'est en train de bouger, et je pense que c'est une bonne chose, parce qu'une ville avec des étudiants, c'est une ville qui bouge et qui attire, y compris les non-étudiants. Donc ça, c'est une bonne chose, que déjà, on ait ce frémissement.
Ensuite, au niveau de l'Université de Bourgogne, qui a beaucoup fait, qui a fait sa mue, puisque, en fait, elle était, on l'avait mariée avec la Franche-Comté, mariage des régions oblige, ils se sont séparés, on a aujourd'hui une Université de Bourgogne-Europe, qui fait le pari d'avoir des pôles, justement dans toute la région, et y compris à Auxerre, et de pouvoir les développer.
Je suis allée à la rentrée, justement, de l'Université de Bourgogne, et le président, lui-même, était conscient du fait que, à Auxerre, les pôles sont très éloignés les uns des autres, c'est-à-dire qu'on a la formation d'infirmière à un endroit, des enseignants à un autre, l'IUT et la première année de médecine, que je salue aussi à un autre, sur un autre campus, et que c'est forcément compliqué. Donc, je sais qu'ils sont en train d'y réfléchir.
Par ailleurs, sur la précarité étudiante, qui est un vrai sujet, et étonnamment, le Rotary, par exemple, cette année à Auxerre, s'occupe de ces sujets-là, et avait fait venir le président d'Aube pour pouvoir expliquer, et Laurent Laffont, notre président de la Commission de la Culture et de l'Éducation, était venue pour, justement, dire ce qui se passait. Nous avons Pierre-Antoine Lévy, par exemple, qui a fait une proposition de loi pour donner un accès à une restauration partout où il y a des étudiants. C'est le Crous qui doit s'en charger. Ce texte nécessite un décret.
Je ne suis pas totalement sûre que le décret ait été adopté, pour cause d'économie, mais je crois que ce n'est pas sur notre jeunesse, effectivement, qu'il faut qu'on fasse des économies, parce qu'il nous faut des étudiants. Je suis désolée, le temps passe. – Merci beaucoup. Merci Mathieu Villeroy de Gallo. La une de Lyon républicaine, c'est justement fragile condition étudiante. Merci Mathieu d'avoir été avec nous. Merci Dominique Vérien. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Dominique Verien