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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 31 août 2025 10 min

Propositions du budget 2026 pour le PS : « il s'agit de demander à ceux qui ont tout de donner à ceux qui n'ont rien» estime Patrick Kanner

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 8h13 et Alexis, votre invité actu de ce dimanche, c'est le sénateur socialiste Patrick Cannaire. Bonjour Patrick Cannaire. Bonjour. Les traditionnelles universités d'été du Parti Socialiste se sont achevées hier soir à Blois. L'occasion pour l'EPS de présenter ses propositions pour le budget 2026. Un projet très différent de celui de François Bayrou. Là où le Premier ministre prévoit 44 milliards d'euros de réduction du déficit en un an, vous misez sur deux fois moins, environ 21,7 milliards. Pas d'austérité, pas de coupe massive dans les services publics et une taxe dite taxe Zuckmann. C'est un impôt, je le précise aux auditeurs d'Europe 1, planché de 2% sur les ultra-riches.

Vous y comptez beaucoup. Patrick Cannaire, vous me dites si je me trompe, mais là c'est clairement une chasse aux ultra-riches que le Parti Socialiste propose.

0:51
Patrick Kanner

Le mot de chasse n'est pas vraiment adapté. Il s'agit simplement de demander un peu, un tout petit peu, à ceux qui ont tout, pour que ceux qui n'ont rien ou quasiment rien ne soient pas les victimes de l'austérité budgétaire voulue par M. Bayrou. Oui, c'est un principe. Quand vous savez que 500 familles françaises ont vu en 7 ans doubler leur patrimoine, ce qui est passé à peu près de 600 milliards d'euros à 1200 milliards d'euros, parce qu'ils ont bénéficié de l'hyper-bouclier fiscal qu'a toujours défendu M. Macron, qui est bien sûr le responsable en chef de toute cette situation, je crois que ce n'est pas trop leur demander.

Cette taxe Zuckmann devrait ramener grosso modo 15 milliards d'euros dans le cadre de ce budget que nous avons présenté. Donc, de la justice fiscale pour qu'il y ait de la justice sociale. On ne peut pas faire payer aux plus modestes, aux plus pauvres, je vous rappelle qu'on a atteint le chiffre terrible de 10 millions de pauvres dans notre pays, on ne peut pas faire payer à nos concitoyens qui souffrent tant, les erreurs, finalement, de ceux qui ont le plus profité des largesses fiscales de M. Macron et aujourd'hui de M. Bayrou.

Donc oui, c'est un acte politique majeur que nous assumons, en faisant aussi des économies, mais surtout aussi, et ça a été une des grandes décisions que nous avons prises hier avec Olivier Faure, Boris Vallaud et les parlementaires socialistes de l'Assemblée nationale et du Sénat, nous mettons aussi un plan d'investissement, un plan d'investissement qui représente plus de 19 milliards d'euros, 19 milliards 200 millions d'euros pour être très précis, qui incorpore la suppression, la suspension en tout cas, de la réforme de la retraite banque, qui pour nous est un investissement social.

Alors, à terme, mais au moins la suspension pour l'année 2026, on estime finalement que c'est en 2027 que le choix définitif devrait être pris au travers de l'élection présidentielle. C'est une baisse de la CG, donc la contribution sociale généralisée, pour les familles moyennes et les plus modestes, ce qui leur présentera, par exemple, un pouvoir d'achat, par exemple, pour une partie des familles de 900 euros par an, qui est tout à fait énorme, et c'est tant mieux pour ces familles, c'est du pouvoir d'achat, donc c'est de la recette fiscale. Ce n'est pas que de la dépense.

Quelqu'un qui est au SMIC, excusez-moi, quand il va recevoir un peu plus d'argent dans sa poche, ce n'est pas pour investir dans des actions, il va le dépenser, et donc c'est de la recette fiscale pour l'État, et surtout 10 milliards d'euros d'investissement pour l'avenir et l'écologie, sur le logement, l'hôpital, l'école ou les transports. Donc, oui, c'est un budget totalement orthogonal par rapport à celui que nous a présenté M. Béroux, mais M.

Béroux, finalement, il dit 44 milliards d'euros, mais nous, on a été regardé auprès notamment d'organismes sérieux, comme l'OFCE, qui nous dit, mais on peut tout à fait lisser l'effort demandé aux Français, non pas sur trois ans, et nous nous composons jusqu'en 2032 pour atteindre ce fameux déficit de 3% du PIB des dépenses françaises. Donc, oui, il y a une autre voie, et nous voulons montrer en tant que socialistes qu'une autre voie est possible pour le pays.

4:03
Présentateur

On parlait des ultra-riches, Patrick Cannaire, c'est l'éternel débat, on n'est pas dans un monde fermé. Qu'est-ce qui se passe s'ils partent, ces ultra-riches ? Parce que c'est aussi la crainte, vous ne pourrez plus les taxer à ce moment-là, et puis je rappelle aussi que vous voulez baisser les aides aux entreprises. En fait, vous êtes dans un vrai programme de gauche, il y a une vraie rupture avec la social-démocratie qu'avait instauré François Hollande. Là, vous recentrez vraiment les choses sur la vraie gauche.

4:29
Patrick Kanner

Écoutez, nous sommes, en tant que socialistes, nous sommes de gauche, et en tant que socio-démocrates, socialistes, nous pouvons considérer que la justice fiscale et la justice sociale vont de pair. Vous savez, un rapport du Sénat récent, proposé par mon collègue Gué, le sénateur Gué, dit qu'il y a aujourd'hui 211 milliards d'aides aux entreprises. Il faut des aides aux entreprises, il faut leur permettre d'être compétitives, naturellement, et ce n'est pas un socialiste qui a été membre du gouvernement de François Hollande, des gouvernements de François Hollande, et qui a porté le fameux CICE, qui maintenant est devenu d'ailleurs... Oui, au début en tout cas.

Oui, mais le CICE était de 20 milliards d'euros, et il a été plus que doublé avec les différentes aides qui ont été portées. Donc, vous voyez, il faut aider les entreprises. Mais quand le pays est dans une telle crise budgétaire, il faut demander un effort à ceux qui ont le plus bénéficié des largesses depuis 2017. Donc oui, c'est un rééquilibrage qui me paraît tout à fait supportable, parce que vous savez, les familles qui ont plus de 100 millions d'euros de patrimoine, parce que ça, vous ne l'avez pas dit, monsieur Lafléchère, mais c'est bien cela dont il s'agit.

Des familles qui ont plus de 100 millions d'euros de patrimoine, je crois que leur demander un effort sur quelques années, parce que la situation est dramatique, alors qu'ils ont tant bénéficié, je pense que ce n'est pas scandaleux, et nous allons demander aux Français ce qu'ils en pensent dans les prochains jours.

5:58
Présentateur

Encore faut-il qu'ils aient envie de rester en France. Patrick Canard, je voulais aussi vous interroger sur François Bayrou, évidemment, qui, voilà, sa chute maintenant semble scellée. Le 8 septembre, a priori, il ne sera plus à Métignon. Il va vous recevoir, François Bayrou, jeudi prochain. Est-ce que vous espérez encore quelque chose d'un rendez-vous avec le Premier ministre ? Y a-t-il encore une chance de le voir rester, François Bayrou ?

6:20
Patrick Kanner

Alors tout d'abord, nous avons décidé, à l'unanimité des socialistes, d'aller rencontrer le Premier ministre, parce que nous sommes des Républicains, parce que nous sommes respectueux de sa fonction, et que nous souhaitons non pas lui dire qu'il a encore une chance, parce que finalement, M. Bayrou, il sait, il a un peu joué à la roulette russe. Le problème, c'est qu'il a mis six balles dans le barillet, quoi. Voilà, je veux dire, en demandant la confiance.

6:46
Présentateur

Le discours de François Bayrou, que je le rappelle aux auditeurs d'Europe 1, attendu ce soir à 18h sur CNews et sur Europe 1, que ce soit à Matignon ou dans la presse, bon, vous n'attendez plus grand-chose de François Bayrou, c'est ce que vous êtes en train de nous dire ce matin.

7:00
Patrick Kanner

Non, on n'a plus rien à négocier. Vous savez, bon, si M. Bayrou considère que nos propositions sont excellentes et qu'il les reprend à son compte, peut-être que nous pourrons réévoquer notre position, mais non, honnêtement, je crois qu'il ne faut pas laisser d'espoir à une négociation nouvelle. Nous avons été déçus, je ne vous le cache pas, par M.

Bayrou, on a donné sa chance au produit, permettez-moi l'expression, un peu triviale, en janvier et février dernier, nous n'avons pas censuré sa déclaration de politique générale, nous n'avons pas censuré son projet de budget, même si, bien sûr, nous ne l'avons pas voté pour 2025, avec une négociation qui avait un point cardinal, un point cardinal, c'est-à-dire la suspension de la réforme Borne. On est tombé sur un conclave qui a abouti, ou qui a fait pchit, permettez-moi aussi cette expression. Donc, voilà, je n'ai rien contre la personne de M.

Bayrou, je pense qu'il est arrivé là, dans des conditions totalement improbables, et qu'il récupère une situation impossible, mais une situation impossible qu'il a toujours soutenue, excusez-moi l'expression, puisque là aussi, depuis le début, il n'a jamais manqué de voix pour M. Macron, de la part du Modem, et donc du parti de M. Bayrou.

8:12
Présentateur

Vous n'avez pas pu passer ce matin, Patrick Cannaire, sur ce sondage Elab, qui donne le Rassemblement National en tête des intentions de vote, des élections législatives, en cas de dissolution, une dissolution qui est toujours évoquée, même par le gouvernement. Le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen serait donc suivi par la gauche, qu'elle soit unie 23,5%, ou désunie avec 16,5%. Qu'est-ce que ça vous inspire, ce sondage ? Est-ce que justement, la dissolution, elle ne peut pas vous porter préjudice, puisque, a priori, selon le sondage, c'est le Rassemblement National qui arriverait en tête ?

8:44
Patrick Kanner

Il ne vous a pas échappé que nous ne demandons pas la dissolution. Ni la destitution, ni la démission. Nous, nous sommes le parti de la solution. Nous proposons des solutions.

8:53
Présentateur

On peut s'interroger, quand Olivier Faure se projette déjà à Matignon, on peut quand même se poser la question.

9:02
Patrick Kanner

Mais il peut se projeter à Matignon sans pour autant avoir besoin de dissolution. Il suffit à M. Macron de considérer qu'après l'échec de M. Barnier, après l'échec probable de M. Bayrou, eh bien, il fasse appel, effectivement, à cette gauche de responsabilité qui a déjà gouverné. Et les socialistes, hier, ont dit qu'ils étaient volontaires pour prendre leurs responsabilités. Tout à l'heure, je vous évoquais mon appartenance au gouvernement de M. Hollande, à deux gouvernements de M. Hollande. Je vous rappelle que nous avions récupéré, en 2012, le pays à 5,2% de déficit du PIB. Et que nous l'avons laissé à M. Macron avec 3% de déficit. Donc, le respect des critères de Maastricht, premièrement.

Et deuxièmement, une sécurité sociale équilibrée. Donc, les socialistes sont capables de gérer ce pays. Et le budget que nous avons présenté hier en est la preuve manifeste.

9:54
Présentateur

Bon, merci beaucoup, Patrick Caner. Merci d'avoir été avec nous en direct ce matin, dans Europe 1, matin week-end. Bon dimanche à vous. On suivra tout ça avec beaucoup d'attention. Je rappelle que François Bayrou prendra la parole ce soir à 18h sur Europe 1 et sur CNews.