Le choix du mal-travail - Ruffin, Binet, Mercier
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Je me présente, Léo Rossel. J'aurai le plaisir ce soir d'animer cette table ronde du vent se lève. En deux mots, le vent se lève, qu'est-ce que c'est ? C'est un média d'opinion en ligne créé en 2016 avec l'idée de proposer un espace de débat, de réflexion, de discussion, plutôt à gauche. Et donc concrètement, on propose chaque jour en moyenne un article ou un entretien sur de l'analyse politique, sur l'actualité, sur la théorie, etc., que ce soit en France ou à l'étranger. On organise également des conférences comme celle-ci grâce à vos dons. Donc si jamais vous avez la possibilité, n'hésitez pas à nous aider. Ça nous permet d'organiser ce type d'événement.
On est 500 bénévoles, donc pareil, si vous avez des compétences ou tout simplement envie de rejoindre le projet, n'hésitez pas à venir nous voir à la fin de l'événement pour nous proposer votre aide. On est par ailleurs très heureux d'organiser cet événement ici, à la Maison des Métallos, donc un lieu chargé d'histoire. Hélène Borde et Corentin Lahu qui sont ici pourraient encore mieux vous en parler que moi. Mais très rapidement, comme vous pouvez le deviner, avec cette verrière, la Maison des Métallos était à l'origine une manufacture, qui pour la petite histoire fabriquait des instruments de musique en cuivre.
Et par la suite, ce qui est plus intéressant peut-être pour nous encore ici, au moment du Front Populaire, c'est devenu le siège de l'Union Fraternelle des Métallurgistes de la CGT, alors même qu'à cette période, la Fédération des Métaux de la CGT était l'une des principales de la CGT. Il y a eu jusqu'à 800 000 adhérents dans cette fédération, et qui a été pendant longtemps, pendant plus d'une vingtaine d'années, dirigée par un certain Ambroise Croizat que vous connaissez peut-être. Et donc, pourquoi j'en parle ?
Justement, parce que quand on regarde un petit peu le bilan d'Ambroise Croizat comme ministre du Travail, il était communiste et il était ministre du Travail à la Libération, donc avec que ce soit la sécurité sociale, les retraites, la médecine du travail, ou encore les comités d'entreprise, quand on compare ce bilan avec ses successeurs jusqu'à Olivier Dussopt, et bien forcément, la comparaison fait un peu mal. C'est le cas de le dire. Et justement, on en vient un peu au sujet d'aujourd'hui, sur ce mal-travail.
Donc, cette table ronde qui est intitulée « Mal-travail, le choix des élites », ça ne sera peut-être pas passé inaperçu pour vous, ça reprend un petit peu le titre d'un ouvrage qui vient de sortir aujourd'hui, « Mal-travail, le choix des élites », sous la plume de François Ruffin, qui se présente lui-même comme député et reporter, donc député LFI de la Somme depuis 2017. Donc, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
Et donc, dans cet ouvrage, vous alertez sur la dégradation des conditions de travail en France, en particulier dans les 40 dernières années, et surtout, vous montrez que ce n'est pas un hasard, mais c'est le résultat, le choix d'élites à la fois politiques et économiques, qui ont fait, donc, d'une certaine façon, un pacte contre le travail. Donc, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Nous avons également la chance d'avoir avec nous deux dirigeantes syndicales pour analyser, donc, ces enjeux et peut-être discuter aussi des bases d'un combat commun contre le mal-travail, à savoir, donc, Sophie Binet. Bonjour et merci également de votre présence.
Vous êtes secrétaire générale de la CGT. Et Isabelle Mercier. Bonsoir et merci également. Vous êtes secrétaire nationale de la CFDT, en charge des questions d'organisation de vie et de santé au travail. Alors, à l'issue de cette table ronde, on aura, dans la mesure du possible aussi, un temps d'échange avec vous, donc, dans la salle. Pour ce faire, on va vous distribuer une feuille où vous pourrez écrire vos questions, ce qui permettra d'en prendre le plus possible. Et dans tous les cas, à la fin, à l'issue de la table ronde, on pourra aussi poursuivre ce débat de façon un peu plus informelle au bar des Métallos, juste à côté, donc, à l'entrée de la salle.
Et donc, une première question, peut-être pour vous, François, François Ruffin, pourquoi le député reporter que vous êtes a jugé utile d'écrire ce livre ? En quoi cette double casquette aussi, à la fois de député et de reporter, apporte peut-être quelque chose de nouveau, en tout cas d'original par rapport à cette question du travail ? Et puis, enfin, de façon encore plus concrète, quel constat dresse-t-il ?
Merci à vous, d'abord. D'abord, tous mes remerciements au vent se lève pour l'invitation. À la maison de Métallos, qui nous accueille, un grand, grand merci. Un grand merci aux équipes bénévoles qui nous entourent. Vous savez, je dis toujours, s'il y a des chaises qui sont mises en place, c'est pas par la grâce de la préovidence, c'est parce qu'il y a eu du travail, et bien souvent du travail de bénévoles derrière. Donc un grand merci à toutes celles et tous ceux qui ont fournu ce travail. Et je remercie aussi Sophie Binet et Isabelle Mercier. Je sais que c'est pas forcément évident pour des syndicalistes de discuter avec du politique. Maintenant, pour moi, c'est une fierté.
Si je réponds à ta question, c'est d'abord le mouvement des retraites de l'année dernière, qui est pour moi une alerte. C'est pas comme si j'avais rien entendu auparavant, mais quand je vais sur les ronds-points à Amiens, sur la zone industrielle, dans les manifestations pendant l'hiver dernier, j'entends du mal au travail, c'est-à-dire concrètement du mal de dos, mais des gens qui partent pour burn-out, j'entends du malaise, j'entends du mal-être au travail, et j'entends cette phrase qui revient constamment, on ne respire plus. On ne respire plus.
C'est l'infirmière, la première personne que je vois pendant le mouvement des retraites, il fait nuit à l'entrée de l'autoroute, elle porte un chasuble, elle est de la CFDT Hôpital d'Amiens, elle est sous morphine, parce qu'elle ne va pas bien, mais ce n'est pas pour ça qu'elle sort, elle sort parce que l'hôpital ne va pas bien. Elle sort parce que, quand elle soigne les gens, elle sort de la chambre à reculons, pour ne pas prendre de temps de s'asseoir sur le lit, à discuter deux minutes avec une mamie. Et en fait, ça lui fait mal. Ça lui fait mal à son travail, et elle rentre en ayant mal à son corps, mais aussi mal à son esprit, parce qu'elle fait mal à son travail.
Et ça, c'est quelque chose qu'on peut retrouver, même dans les travailleurs de la logistique, ils aiment bien faire leur travail. Quand on a un casque sur les oreilles, et qu'on passe, à cause de ce casque, de 100 colis par jour, à 350 colis, ça change quoi ? Ça change qu'il n'y a plus de temps de respiration entre deux actes, et, je dis, le travail, il passe de la brasse coulée, pour moi, le travail, ça doit être de la brasse coulée, c'est-à-dire, on fait une tâche, on respire un coup, on fait une tâche, on respire un coup. La respiration, c'est un échange avec un collègue, alors, t'as vu, l'OM a perdu hier, enfin, c'est un truc comme ça, quoi.
Mais qui met du liant, qui met de l'humain, c'est un échange, évidemment, avec un patient, quand on est à l'hôpital. Et là, maintenant, on réduit le travail à un squelette, Lean Management, ça veut dire, le travail maigre, c'est amégrir le travail, Lean, hein, vous savez, on utilise des mots anglais, parfois, qui sont des formes d'euphémisme, ça veut dire amégrir le travail, il n'en reste plus que l'os, c'est-à-dire l'attache, on passe de la brasse coulée à l'apnée, on fait un acte, on fait un acte, on fait un acte, on est en apnée, on respire plus, et, comme il n'en reste plus que le squelette, finalement, ça finit par peser, écraser le travail, et peser sur les os, très concrètement.
Donc, j'en sors de là, avec la conviction renforcée que les Français aiment leur travail, parce que, ce qu'on me dit, c'est, on ne vient plus au travail que pour le salaire. Quand on dit ça, ça veut dire que, avant, on venait pour autre chose que pour le salaire. Et ce qui a disparu entre-temps, c'est le supplément d'âme, c'est le cœur à l'ouvrage, c'est la fierté du travail bien fait, qui disparaît quand on écrase le travail et qu'on n'en garde plus que le squelette. Et, donc, j'en sors avec la conviction renforcée que les Français aiment leur travail, mais qui n'aiment pas comment on leur fait faire leur travail.
Je ne suis pas le seul à entendre ça, puisque ça remonte jusqu'aux oreilles du président de la République. Vous imaginez, comme ça, qui est évidemment une forme de déviation en disant, voilà, le problème, ce n'est pas les deux ans de plus, le problème, ce n'est pas les 64 ans, c'est que les gens ne se sentent pas bien au travail, ce qui est une manœuvre politique, mais qui comporte sa part de vérité. Et d'ailleurs, à l'époque, il promet un nouveau pacte de la vie au travail. Je le dis, on y reviendra, mais pour moi, il y a un pacte, contre le travail.
Et ce qui me frappe, enfin, dans le mouvement sur les retraites, ce que j'entends, c'est dans les boîtes Procter & Gamble, Goodyear, où je vais, dans le vert, c'est la multiplication des gens qui se disent on part pour inaptitude. Et en fait, c'est là-dessus que je vais vouloir enquêter. Et mon enquête, puisque quand on est député, ça sert aussi à, quelque part, enquêter, je demande des comptes au ministère du Travail, puisqu'il n'y a pas de chiffres publics sur les inaptitudes, et le ministère du Travail me dit 101 492, je ne sais plus exactement, mais enfin, j'ai retenu 100 000 dans ma tête. C'est énorme.
100 000 personnes qui s'inscrivent à Pôle emploi tous les ans parce qu'ils sont broyés physiquement ou psychiquement. Les deux premières causes, c'est risques psychosociaux et troubles musculosquelétiques. Et 100 000 qui sortent. Et alors, il y a des secteurs, tout le médico-social est en craquage complet. Et là, où on voit la complicité, la complicité du ministère du Travail, du ministre lui-même, c'est que dans la même lettre, ils me disent qu'il n'y a pas de hausse. Déjà, il pourrait être stupéfait qu'il y en ait 100 000, le plus grand plan social. C'est comme si l'équivalent de ma ville d'Amiens était licencié tous les ans.
C'est l'industrie automobile qui disparaît tous les ans pour des gens qui, derrière, vont avoir bien du mal à retrouver du travail. Bon, donc c'est gigantesque. Ils pourraient dire que ce n'est pas normal et qu'on va lutter contre ça. Il n'y a pas un mot là-dessus dans le courrier qui m'adresse. Mais ils ne me disent pas de hausse, alors qu'entre 2012 et 2022, en 10 ans, ça a doublé. On est passé de 50 000 à 100 000. Et donc, il y a un déni du problème. Comment vous voulez qu'on affronte collectivement le mal-travail qui a d'autres signes ? Pour moi, les inaptitudes, ça en est la pointe la plus élevée. C'est le sommet. Mais la base, c'est l'anxiété, par exemple.
En France, l'anxiété des salariés, 57 % des salariés qui se disent en anxiété au travail. Et quand on regarde l'Allemagne, ils sont à 11 %. Là, en revanche, je sais que si je reste sur le terrain, c'est le problème du reporter pour moi. S'il reste sur le terrain, le terrain est désespérant. Oui, le terrain, c'est la résignation, c'est le découragement, c'est le « c'est comme ça » des gens qui pensent que de toute façon, c'est une fatalité. C'est comme ça, ça a toujours été comme ça, ça sera toujours comme ça. Donc il y a un côté de constats nécessaires avec le terrain, mais il y a la nécessité pour moi de sortir du terrain. Et c'est associer la terre du terrain avec le ciel des idées.
Et là, le ciel des idées, j'ai de la chance puisque je mène cette enquête, pour ainsi dire, au moment où il y a un bouquin qui se paraît qui s'appelle « Que sait-on du travail ? » coordonné par Bruno Pallier et qui finalement m'ouvre une colonne vertébrale intellectuelle, notamment sur le terrain des comparaisons internationales et qui montre la spécificité de la France sur le mal-travail. Donc c'est pas... On y reviendra, il y a la question du libre-échange, mais il y a autre chose. Et enfin, je le dis dans les apports intellectuels, que l'économiste du travail, Chris Inérel, m'apporte beaucoup. Quand...
Je vais parler de la comparaison internationale, mais comparaison dans le temps, quand elle montre que, par exemple, sur les triples contraintes physiques... Parce qu'on pourrait penser que sur les 40 dernières années, le travail s'est allégé grâce à l'informatique, au numérique, à l'électronique, et ainsi de suite. Bon, il n'y a plus qu'à envoyer des mails et tout ça est facile. Ce qu'elle montre, c'est que sur les trois contraintes physiques, c'est-à-dire se pencher régulièrement, marcher plus de 10 km, porter des charges lourdes, par exemple, on est passé de 12% des salariés à 36% des salariés qui éprouvent ça. Donc ça a triplé les contraintes physiques.
Même, on est au-delà de 60% chez les ouvriers. Et de la même manière, sur les trois contraintes psychiques, c'est-à-dire remplir ses tâches dans l'heure, devoir faire plusieurs tâches en même temps, on est passé de 6% à 35%. Donc c'est une explosion des contraintes, ce qui explique le sentiment qui donc là se vérifie scientifiquement. C'est important d'avoir une base scientifique et pas d'être non seulement dans la collection de témoignages qui montrent scientifiquement que le travail, en effet, on n'y respire plus qui s'est alourdi, qui s'est endourci.
Je veux terminer cette première réponse sur dire qu'il y a un chemin de progrès et que le chemin de progrès, on le lit dans l'ouvrage que c'est ton du travail. On va revenir sur les solutions. Mais quand un salarié, un, est écouté, mais ça ne suffit pas, quand il est informé, évidemment, mais quand il peut influencer son travail, on voit que son bien-être au travail, il augmente considérablement.
La clé de voûte dans les enquêtes de comparaison internationale, de comparaison avec ce qu'il peut faire, qui fait qu'un salarié peut accepter plusieurs transformations sur son poste de travail si jamais il a la possibilité d'influencer l'organisation du travail, comment il prend en charge son travail, comment il le met en œuvre et c'est comme ça qu'il rétablit sa fierté et son cœur à l'ouvrage. Donc, il y a le constat mais il y a une piste, la piste de progrès, elle est là.
Merci beaucoup. Alors vous, Sophie Binet et Isabelle Mercier en tant que responsable syndicale, est-ce que déjà vous partagez ce constat que vient de faire François Ruffin et puis plus largement, quels sont aussi les outils à disposition des syndicats pour renseigner ce phénomène ?
Sophie Binet. Oui, le constat, bien sûr, en fait, le problème, c'est le tournant qui a été introduit par le grand mouvement de financiarisation de l'économie qui est arrivé dans les années 80 avec Thatcher et Reagan. Ce tournant, en fait, il financiarise les entreprises et il financiarise le travail et il transforme le travail en marchandises en soumettant notre travail au quotidien à des objectifs chiffrés, objectifs chiffrés qui, in fine et en général, se résument à créer de la valeur pour l'actionnaire avec une nouvelle phase de standardisation du travail.
Il y a eu la standardisation, la taylorisation du travail ouvrier et puis, à partir des années 80, on a standardisé et taylorisé le travail intellectuel et le travail relationnel avec des techniques de management importées puisque cette révolution néolibérale, cette contre-révolution néolibérale, elle est arrivée des pays anglo-saxons et donc, des techniques de management importées des pays anglo-saxons où on a des techniques standards et d'ailleurs, on se retrouve avec des managers et des cadres dirigeants qui dirigent une usine automobile et puis, quelques années après, vont diriger un hôpital et puis, quelques années après, vont diriger une association d'aide à domicile avec les mêmes méthodes de management et en considérant qu'on doit organiser le travail de la même manière et donc, cette rupture, en fait, qui se passe dans le milieu des années 80 pour revenir avec l'introduction et le lien avec le lieu, c'est une rupture avec les acquis du Conseil national de la résistance et les acquis plus globalement de la résistance puisque, en 1944, c'est l'Organisation internationale du travail qui, dans une première déclaration mondiale, dit « le travail n'est pas une marchandise » et dans le cadre du programme du Conseil national de la résistance, donc, on sait quand même, globalement, je pense, dans cette salle, tout le monde sait qu'on doit au Conseil national de la résistance et à Ambroise Croisa la mise en place de la sécurité sociale dans un pays ruiné, mais ce qu'on sait moins, c'est que dans ce même programme du Conseil national de la résistance, il y avait l'enjeu central de reprendre le pouvoir sur l'économie.
Pourquoi est-ce que le programme du Conseil national de la résistance, il est fort ? Parce que le patronat avait collaboré et que le capital était à terre et donc, c'est le monde du travail qui reprend le pouvoir. Le dernier président du Conseil national de la résistance, il s'appelait Louis Saillant et c'était le président de la CGT. Dans le Conseil national de la résistance, il y avait la CGT et la CFTC et il y avait toutes les forces politiques à part celles qui avaient collaboré.
Et donc, l'enjeu, c'était de permettre aux travailleurs et aux travailleuses de reprendre la main sur l'organisation de l'économie et une des choses qui était prévue dans ce programme, c'était la création des comités d'entreprise et le fait que les salariés aient des droits sur les orientations stratégiques des entreprises et la gestion. Et en fait, finalement, ce qui a été le plus dur à gagner et à mettre en place, ce n'est pas la sécurité sociale alors qu'il y a des enjeux en termes de partage des richesses énormes parce qu'on a socialisé une grosse partie de la part des richesses que nous créons avec notre travail qui a échappé à la spéculation.
Donc, il y avait un rapport de force important avec le capital. Mais ce qui a été le plus dur à gagner, c'est les comités d'entreprise. La mise en place des comités d'entreprise et les droits des travailleuses et des travailleurs à avoir leur mot à dire sur la gestion des entreprises, les orientations stratégiques et l'organisation du travail. Le patronat a bataillé pour empêcher l'adoption de cette loi, l'a limité dans son contenu et s'est toujours battu là-dessus en considérant que le lien de subordination donnait les pleins pouvoirs au patron pour définir tout sur l'orientation de notre travail, la finalité de notre travail, l'organisation évidemment de notre travail, etc.
Et que là-dessus, la démocratie s'arrêtait aux portes de l'entreprise. Et donc, qu'est-ce qui se passe à partir des années 80 ? On financiarise le travail avec ce que nous appelons à la CGT le Wall Street Management, le management par les chiffres et à partir de la valeur créée par l'actionnaire. Et puis, on dépolitise ces questions de travail en faisant comme si la question du travail était hors du débat politique, que le débat démocratique, les citoyens, les hommes et les femmes politiques n'avaient pas leur mot à dire sur ces questions-là. Ça se passe dans l'entreprise et donc, c'est le patron qui décide.
Et de fait, avec la réforme des retraites, nous, on n'a pas du tout été étonnés de ce qui est venu sur le devant de la scène, sur le mal-travail, le fait que 40% des salariés disent qu'ils et elles ne pourront pas tenir jusqu'à la retraite sur leur poste de travail, etc. C'est ce qu'on dit depuis des années et des années, mais tout le monde s'en fiche. Et en fait, le problème, c'est qu'il y a une chape de plomb qui est organisée sur le travail avec les questions de travail qui sont globalement en dehors des radars, en dehors des radars politiques, mais aussi en dehors des radars médiatiques.
En gros, dans les médias, le seul moment où on parle des syndicats, c'est quand on organise, même pas quand on fait grève, parce que quand on fait grève, par exemple, dans les hôpitaux, dans les services publics, tout le monde s'en fiche, c'est quand on fait grève sur des secteurs qui vont avoir un impact et donc, par exemple, dans le secteur des déchets, dans le secteur des transports ou quoi, là, comme ça, on peut essayer de mettre une mise en opposition entre les usagers et les salariés grévistes et là, ça va intéresser BFM.
Mais sinon, par contre, le quotidien de notre travail syndical, le quotidien de notre travail à chacune et chacun, on n'en parle jamais, à aucun moment, le travail est sorti des radars et c'est pas par hasard, c'est organisé pour laisser les pleins pouvoirs au patronat sur l'organisation, la finalité et le sens du travail et donc, quels outils, quels enjeux ? Évidemment, il faut reprendre le pouvoir là-dessus et dire, oui, il y a un lien de subordination mais ce lien n'est pas absolu et l'entreprise, elle n'est pas en dehors du champ démocratique sachant que, en fait, cette question, elle pose un problème démocratique fondamental.
On sait que le tournant néolibéral des années 80 s'est accompagné de la globalisation, la financiarisation de l'économie et ça, ça veut dire concrètement la prise de pouvoir des multinationales. On a aujourd'hui des multinationales qui sont plus puissantes que des États dont le chiffre d'affaires est plus important que le PIB de plein d'États. Le problème, c'est que ces multinationales, elles sont contrôlées par personne et qui décide, c'est le PDG, les actionnaires mais les salariés ne sont ni associés aux orientations, les citoyens non plus.
Et donc, on a un problème démocratique très profond, double, c'est que ceux qui dirigent le monde aujourd'hui ne sont plus ceux que nous élisons qui ont des pouvoirs qui sont de plus en plus marginaux mais parce qu'ils organisent eux-mêmes la perte de ces pouvoirs en les délégant aux multinationales, ils ne se font pas voler leur pouvoir, ils le lâchent volontairement, c'est ça qui est scandaleux. Et puis, le deuxième problème démocratique, c'est que le travail qui occupe une place centrale dans nos vies, parce que c'est quand même un temps important dans nos vies, le travail, c'est notre identité sociale.
Quand on se présente et quand on fait la connaissance de quelqu'un, la première ou la deuxième question qu'on pose, c'est c'est quoi ton boulot ? Donc, c'est quand même notre identité, on est très attaché à notre travail, quel qu'il soit, tous les travailleuses et travailleurs sont très attachés au contenu de leur travail, contrairement à ce que raconte certains qui peuvent avoir un discours très misérabiliste sur le travail, qu'on soit éboueur, concierge, femme de chambre ou chirurgien, tout le monde est attaché au contenu de son travail et souhaite bien travailler.
Et donc, le travail qui est si important pour nous, en fait, on n'a pas de cadre collectif pour en débattre, avoir notre mot à dire sur son orientation et de plus en plus, c'est les pleins pouvoirs au patronat. Donc, c'est un enjeu démocratique central de reprendre la main sur notre travail à tous les niveaux et aussi parce que dans ce contexte très jupitérien, on va dire, dans lequel on est en France où les pouvoirs ont rarement été aussi concentrés dans les mains de quelques-uns par en haut, reprendre le pouvoir par notre travail, c'est reprendre le pouvoir par en bas.
Et donc, si on réussit, nous, collectivement, à reprendre la main sur notre travail, on peut reprendre la main aussi sur la marche du monde et puis dire tout simplement que les milliardaires, les patrons, on n'en a pas besoin. On peut faire tourner la société sans eux. D'ailleurs, pendant le Covid, on l'a fait et c'est comme ça qu'il faut prendre les choses, je pense, pour pouvoir relever la tête toutes et tous ensemble et pouvoir imposer le progrès social et le progrès environnemental.
Merci beaucoup. À vous, Isabelle Mercier.
Alors, d'abord, merci de ce débat. C'est vraiment un plaisir de participer à ce débat sur le travail parce que ce n'est pas souvent qu'on est amené à parler du travail organisation syndicale et parti politique et de croiser nos regards. Et c'est vraiment comme ça qu'on arrivera aussi à faire changer les choses sur la question du travail en confrontant nos regards, en confrontant nos visions. À CFDT, la question du travail, c'est vraiment quelque chose de central et j'ai envie de dire dans l'ADN de la CFDT qui a toujours été préoccupé par ces questions de travail et en allant regarder la réalité du travail dans les entreprises et avec les militants et avec les salariés.
On a fait un certain nombre d'enquêtes qui montrent effectivement et la dernière en date, c'est l'enquête par long travail où on a eu 200 000 retours qui montrent que les salariés sont attachés à leur travail. Ça, c'est la première chose. Mais qu'effectivement, ils voudraient avoir plus d'autonomie, plus de pouvoir, mettre plus de sens et que la question des pénibilités au travail est un sujet sur lequel ils voudraient, ils aimeraient que les choses progressent. Le sujet, il arrive un peu sur le devant de la scène, j'ai envie de dire, grâce à la réforme des retraites.
Alors, on a perdu les 64 ans, mais ce qu'on a gagné, c'est que, moi, je ne dis pas le mal-travail, je dis les mots du travail. Mais les salariés, ils ont enfin pu mettre des mots sur leurs mots MAUX. et ça a été vraiment une reprise de pouvoir et un rebond et justement, du coup, pas une résignation, mais une détermination à vouloir parler de leur travail, à parler de ce qui se bouscule aujourd'hui et ce qui se bouleverse dans le monde du travail. Et il y a eu des organisations syndicales, les nôtres, qui ont été, qui ont vraiment incarné cette parole des salariés et qui ont pu porter et être les hauts-parleurs, finalement, de tous ces mots du travail.
Et ça, je trouve que c'est un élément déclencheur et ce n'est pas anodin que ça arrive à cette période-là l'année dernière, après une phase quand même un peu compliquée qui est le Covid, qui nous a quand même tous perturbés et qui a mis à la fois les premières et deuxièmes lignes sur le devant de la scène en montrant que c'était des salariés qui étaient mal payés, qui avaient des conditions de travail difficiles, qui avaient des rythmes de travail qui n'étaient pas respectueux et qui avaient un travail qui bougeait sans être concerté, sans être associé à ces évolutions.
Le Covid, ça a été aussi la mise en place brutale du télétravail avec, du coup, un équilibre de vie différent entre le travail et finalement le monde personnel puisque le travail s'est invité chez nous et la vie perso s'est aussi invité dans le travail et avec cette petite fracture en fait dans le monde de l'entreprise. Moi, je me souviens dans certaines industries de l'agroalimentaire comment c'était compliqué pour les gens qui étaient soumis à la production et donc en présentiel et qui voyaient l'école bleue, l'école blanche qui allait chez eux télétravailler et qui n'étaient pas soumis finalement à ce présentiel et qui étaient préservés des risques du Covid de l'époque.
Donc ça, ça a montré des tensions dans les entreprises et des risques de perte du collectif de travail qui parfois existait quand même de façon forte dans ces entreprises. Donc voilà, le Covid a mis ça en évidence, puis ce que le Covid a permis de prouver, c'est qu'entre la fermeture, le confinement et l'ouverture de certaines entreprises pour le maintien de l'activité, il a fallu qu'en une nuit, en une soirée, les gens, ils s'organisent tout seuls pour organiser leur travail en respectant les gestes barrières et en maintenant les activités et ils l'ont réussi en fait.
Ils l'ont réussi tout seuls sans un pouvoir hiérarchique qui descend du haut qui va leur expliquer la vie mais parce qu'ils sont partis de comment on travaille, comment on pourrait travailler mieux et comment on pourrait s'organiser. Et tout ça, ça s'est fait finalement dans un travail collectif qui est parti du travail réel.
Et puis aujourd'hui, deux ans après, on repart avec les dérives en fait du management en France où on est vraiment sur un management pyramidal où on se dit que parce qu'on a décrété quelque chose en haut, ça va s'appliquer en bas et on ne prend pas la peine de s'appuyer sur la manière dont les gens travaillent pour pouvoir créer justement, travailler sur ces questions d'organisation du travail en partant du travail réel.
Puis le dernier élément Covid qui me semble-t-il est important aussi à soulever et qui est je crois un des éléments qui explique aussi cette énorme mobilisation sur la phase retraite, c'est qu'il y a eu les essentiels qui ont travaillé parfois dans des conditions terribles et puis il y a eu tous ceux qui ont été en chômage partiel et du coup pour qui le travail n'était pas essentiel.
Ce que je fais n'est pas essentiel puisque je suis en chômage partiel et demain on me dit qu'il faut que je retourne travailler et puis comme il y a un pic d'activité il faut que je travaille mais encore plus qu'avant avec une intensification supplémentaire alors qu'il y a trois mois on me disait qu'il fallait que je reste chez moi parce que mon travail n'avait pas de sens.
Et du coup tout ça ça provoque des déclics et moi ce que je trouve assez formidable dans la période qu'on est en train de vivre c'est que justement on aurait pu penser qu'il y avait une certaine résignation finalement face à ce travail à ces rythmes de travail à ces organisations de travail qui s'intensifient et qui font perdre le sens et justement la phase de retraite a montré que les gens avaient envie de se mettre debout et ils ont trouvé dans les organisations syndicales des personnes qui pouvaient conduire justement ce revendicatif-là et portaient leurs aspirations du coup voilà le constat évidemment le constat des mots du travail d'aujourd'hui on le partage complètement dans le sens où on a un sujet d'intensification on a un sujet de sens on a un sujet de maladie professionnelle et effectivement d'accident du travail après et on a un sujet autour des bouleversements du travail liés notamment aux transformations numériques ou aux transformations écologiques qui ne pourront se faire sans les salariés et ce qu'on essaye dans la négociation pacte vie au travail a commencé depuis maintenant fin décembre et ce qu'on essaye nous de porter c'est que la question de l'usure au travail c'est pas tant la question de l'emploi des seniors point barre c'est la question de comment on fait en sorte que tout au long de la carrière on fait de la prévention pour éviter que les gens soient usés à la fin de la carrière donc on a un véritable enjeu de prévention et puis on a un véritable enjeu puisque la souffrance d'aujourd'hui qui est très forte c'est autour des risques psychosociaux c'est autour des burn-out qui sont pas reconnus comme des maladies pro et qui font que il y a des souffrances psychologiques qui sont importantes et qui sont souvent liées à ces pratiques managériales et à l'organisation du travail qui est du domaine de l'employeur et là les salariés ce qu'ils disent aujourd'hui c'est qu'on veut reprendre du pouvoir d'agir on veut reprendre notre place dans l'entreprise ça veut pas dire qu'on va organiser le travail à la place de l'employeur mais c'est bien on a tous besoin d'entreprise et on a tous besoin de nos administrations on a pas forcément les mêmes intérêts mais en tout cas on a tous l'intérêt d'avoir du travail et du coup se mettre autour de la table et se dire que les nouvelles formes d'organisation c'est ensemble qu'on va les construire et je pense que ça c'est un des leviers qui est important aujourd'hui de voir cette mobilisation enfin nous l'année dernière on a eu 86 000 nouveaux adhérents dont 22% de jeunes ce qui fait 27 000 adhérents de moins de 35 ans chez nous les jeunes c'est moins de 35 ce qui est quand même énorme et ce qui montre quand même cette envie de reprendre justement cette capacité d'action
merci alors je reviens vers vous François Ruffin parce que dans votre ouvrage vous essayez de démontrer qu'il y aurait eu comme ça un pacte contre le travail créé enfin conclu entre les élites économiques et politiques de notre pays mais est-ce qu'on peut pas plutôt penser que c'est un peu la faute des français eux-mêmes qui seraient des éternels râleurs qui seraient en fait des feignants ou qui seraient jamais contents de leur travail ou pour reprendre une question à poser une question lumineuse posée par Aurore Berger mourir au travail sérieusement on en est encore là de la vision du monde du travail ?
d'abord pour répondre à Aurore Berger si jamais c'est nécessité ce soir là on n'est pas dans le râleur c'est objectif la France elle est déjà médaille d'or ou médaille d'argent des accidents du travail en Europe on n'a pas besoin de participer aux jeux olympiques mais sur les accidents du travail les maladies professionnelles les morts au travail les inaptitudes l'anxiété quand on est en comparaison internationale on est des vrais champions donc il y a des éléments objectifs maintenant c'est vrai que j'oeuvre dans mon livre et je le dis à la suite de que ce temps du travail je veux rappeler des dettes même si je effectue un travail politique à partir de ça mais à ne pas ce qu'on considère que ce mal-travail est une espèce de fatalité qui s'est posée sur la France sur l'Europe et c'est comme ça quoi non il y a eu des volontés politiques vous savez évidemment ils ont toujours une main qui caresse le travail la valeur travail c'est Gabriel Attal qui répète 40 fois dans son discours de politique générale travail travail travail 40 fois il l'adore mais cette main qui caresse est en vérité une main qui étrangle et elle les trente pas par des grandes déclarations de guerre évidemment ça se passe dans la discrétion par exemple de notre commission des affaires européennes cet après-midi où on décide que non on ne souviendra pas une proposition du parlement européen de la commission européenne portée par un certain nombre d'états européens pour la production de salariats sur les auto-entrepreneurs ça se passe discrètement ça se passe doucement ça se passe tendrement et ça c'est un pacte contre le travail ce pacte contre le travail quand on supprime les communautés d'hygiène et sécurité pacte de travail quand on instaure on réinstaure le travail le dimanche on est sur un pacte du travail permanent discret mais c'est un pacte contre le travail qui dure au fond depuis 40 ans et qui se traduit par sur le plan lexical pour nos élites pour nos dirigeants politiques et économiques le travail n'est pas un atout le travail est un coût c'est un coût donc il est à diminuer donc il faut l'écraser et en vérité en écrasant le coût du travail on écrase le travail et on écrase les travailleurs quand tu disais Sophie qu'à la libération on avait dit que le travail n'est pas une marchandise dès qu'on parle du marché du travail et que considère qu'il y a un marché qui s'organise naturellement dans une loi de l'offre et de la demande et qu'il n'y a pas à planifier il n'y a pas à organiser il n'y a pas à encadrer il n'y a pas à entraver il n'y a pas à réguler ce marché on pose le travail comme étant une marchandise comment ça se traduit depuis 40 ans ce mal travail ce choix du mal travail ça se traduit quand même disons-nous un mot sur le salaire quand même les français doivent vivre de leur travail bien en vivre et pas en survivre le triplement de la part des dividendes dans la valeur ajoutée mais les salaires n'ont pas suivi ça donc il y a quand même une question des salaires indexation des salaires sur l'inflation enfin il faut quand même le rappeler première chose c'est les salaires mais c'est sur le mal travail ce sont les délocalisations d'abord les délocalisations c'est quoi ?
c'est aller chercher du mal travail au loin et y compris du travail des enfants si besoin et au fond ce mal travail au loin revient comme un boomerang en France avec la sous-traitance qui n'est pas encadrée vous voyez quand Gabriel Attal dit les agents d'entretien des administrations on va les faire travailler en journée sauf que des agents d'entretien des administrations il n'y en a presque plus tout le monde est en sous-traitance donc il n'y a pas d'encadrement la sous-traitance c'est cuit mais je sortais j'ai rencontré des métallos voilà justement aujourd'hui j'ai rencontré des métallos ils me disent toute la question toute la question c'est la question de comment on fait pour que le donneur d'ordre n'écrase pas ses sous-traitants pour qu'il y ait une responsabilité du donneur d'ordre à l'égard des sous-traitants donc la question de la sous-traitance est une question absolument centrale donc premier point délocalisation deuxième point sous-traitance troisième point la transformation des métiers avec statut avec revenu en des bouts de boulot et là on en vit une accélération sous Macron alors ça a été auparavant l'intérim ça a été les CDD maintenant la France c'est médaille d'argent en Europe derrière la Hongrie sur le nombre d'auto-entrepreneurs et en parallèle on a un recul historique jamais vu depuis la deuxième guerre mondiale recul de la part des CDI dans le pays ça recule de 5 points c'est une transformation majeure du marché du travail donc transformation de métier avec statut et revenu en des bouts de boulot et enfin on en a parlé auparavant c'est la question des cadences c'est au fond dans tout ça le rapport au temps dans le capital le capital ne veut plus payer que du temps productif il refuse de payer du temps improductif déjà l'intérim c'était ça moi quand j'ai commencé à être reporter à Amiens qu'on appelait des gens pour travailler dans la logistique pour décharger des camions on les faisait venir on les payait la journée quel que soit le temps qu'on les utilise il y avait le minimum on les payait la journée ensuite on s'est mis à les payer la demi journée et maintenant quand on les convoque on les paye une heure donc pour ne pas avoir à payer le temps improductif mais quand on va dans des usines genre Bigard il raconte comment il y a tout un combat de la direction pour ne pas payer le temps de déshabillage de rhabillage alors qu'il y a des habits particuliers à mettre pour ne plus payer que le temps productif et encore le patron il dit je suis sympa parce que je pourrais ne vous payer que quand vous utilisez de quoi faire la découpe et quand vous vous posez le truc on ne vous payerez plus c'est leur rêve et il faut voir que l'auto-entrepreneuriat Uber répond à cette aspiration là puisque on ne paye qu'à la tâche donc on ne paye pas le temps donc on ne paye pas le temps improductif donc il y a un énorme combat sur ça et évidemment ne pas considérer que ce mal-travail est une fatalité parce qu'il faut bien voir que ce mal-travail rapporte il rapporte et il rapporte gros si on ne comprend pas que ça perdure depuis 40 ans parce que ça rapporte à peu mais ça leur rapporte beaucoup on ne comprend pas quand les échos sont presque stupéfaits en disant un nouveau pic de dividendes record cette année et on a l'impression que les échos ont envie de mettre plein de points d'exclamations plein de points d'exclamations à l'arrivée tellement ils sont surpris eux-mêmes que l'an dernier on ait battu un record de dividendes et que cette année on a réussi à battre un nouveau record de dividendes je veux dire il y a un lien entre la manière dont on instaure le mal-travail est ce qui ressort de l'autre côté évidemment ce mal-travail rapporte beaucoup à quelques-uns mais il coûte beaucoup à tous il coûte sur le plan humain d'abord quand même avant de passer à l'économique mais quand on a 100 000 personnes qui sortent broyer chaque année c'est un coût humain gigantesque pour la société mais c'est un coût pour la sécurité sociale qui se chiffre en dizaines de milliards d'euros actifs dans le travail maladie professionnelle absentéisme et ainsi de suite c'est un coût pour des entreprises où il y a du turnover régulier et c'est un coût parce qu'au fond ça désorganise aujourd'hui la société c'est tout le médicament social au fond je dirais de quasiment de la naissance jusqu'à la mort c'est-à-dire de la crèche jusqu'à l'EHPAD qui est aujourd'hui désorganisé par un mal-travail chronique qui fait que moi quand j'entends à l'Assemblée que la question sur les aides à domicile c'est l'attractivité du métier mais je leur dis non la question c'est c'est pas comment on en fait venir encore plus comme qui comme dans un tonneau des dadaïdes repartent aussitôt c'est comment on fait pour qu'il y ait des gens qui arrivent et pareil comme les infirmières à l'hôpital elles arrivent puisque de toute façon elles sont formées comme infirmières elles vont faire des stages à l'hôpital elles y restent souvent un certain temps mais comment on fait pour qu'au bout de 5 ans elles ne soient pas cramées c'est la question et donc ça coûte beaucoup à la société parce que ça la désorganise c'est pour ça que je pense qu'aujourd'hui on doit dire que ils sont des faiseurs de désordre dans la société et nous nous sommes nous devons être les garants d'un ordre d'un ordre dans le travail d'un ordre qui repose sur la justice enfin Isabelle parler du travail réel comprendre ce que ça signifie c'est l'un des trucs que j'ai appris moi dans que c'est ton travail que j'ai trouvé génial c'est le concept des planeurs les planeurs j'explique du coup les planeurs ce sont des cadres mais qui ne sont plus au contact de l'entreprise qui sont plus au contact des salariés mais qui en sont détachés soit parce qu'ils sont au siège soit parce qu'ils sont dans des cabinets de conseil mais ce sont ces planeurs qui représentent un tiers à la moitié des cadres dans les entreprises qui décident qui mettent en place des processus qui fabriquent des logiciels pour dire et avec des chiffres sur comment doit s'organiser le travail donc c'est des gens qui ne pratiquent pas eux-mêmes ce travail-là qui ne sont pas au contact de ce travail qui viennent dire aux autres comment ils doivent le faire et du coup avec une très grande violence ressentie par les travailleurs réels et même par leur manager direct parce que tous les jours ils se heurtent à ces processus à ces procédures où le travail réel ne correspond pas au travail abstrait et je pense que au fond alors c'est vrai dans le privé on discutait d'une boîte Calcia une cimenterie qui vit ça en ce moment pour des raisons écologiques la transformation de ces procédures mais sans que les salariés y soient associés et du coup avec un grand malheur très concret parce qu'ils doivent débourrer les cheminées en permanence qui n'ont pas été testées avec eux ça fume dans tous les sens ils ont peur de mourir pour être clair ils se sentent comme des souris prises au piège à l'intérieur en se demandant dans la fumée où est la sortie et tout ça parce que les processus n'ont pas été pensés avec eux mais évidemment le service public l'éducation nationale l'hôpital quand les soignants disent on ne soigne plus les patients on soigne des chiffres les ARS ce sont des planeurs qui méconnaissent complètement le travail réel des infirmiers et des soignants et qui posent dessus des chiffres des objectifs quantitatifs des procédures qui ne correspondent pas du tout au travail réel et je pense puisque tu commences sur Aurore Berger je pense qu'au fond nous avons un gouvernement de planeurs un Bruno Le Maire qui dit mais comment ça se fait que les français il y a de l'absentéisme qui augmente des arrêts maladiques qui augmentent pourquoi ils demandent ça ?
parce qu'ils ne connaissent rien au travail réel depuis Bercy je veux dire c'est quand même un gouvernement qui vient te dire qu'il faut débureaucratiser et qui ne font au fond qu'une collection de bureaucrates et d'apparats chics ce sont des bureaucrates et des apparats chics libéraux mais qu'est-ce qu'ils ont fait comme carrière sinon un Gabriel Attal ok il n'a pas travaillé dans la logistique mais quand est-ce qu'il a discuté avec un travailleur de la logistique ?
Jamais donc je pense que cette notion de planeur elle a une vraie validité pour montrer comment le travail réel se confronte aujourd'hui à un travail abstrait qui lui est opposé d'en haut et qui produit chez lui beaucoup de malheurs
merci alors maintenant une question pour Isabelle Mercier et Sophie Binet par rapport à ça quel est votre regard avec un peu de recul sur la stratégie qu'a eu le monde syndical est-ce que vous pensez qu'elles ont été à la hauteur ces stratégies que le rapport de force était de toute façon trop défavorable et puis aussi pour revenir un peu sur la question qui a été posée de la fierté au travail et de l'identité qu'on a vis-à-vis de notre travail qu'elle soit individuelle ou aussi collective comment cette progression du mal-travail a pu jouer aussi un rôle dans ce qu'on a appelé la crise du syndicalisme est-ce qu'il y a un rôle selon vous entre la progression du mal-travail et le on va dire tout simplement le nombre de membres dans les syndicats
je vais commencer par la fin pour dire que je pense pas qu'il y a une crise de syndicalisme à la CFDT alors moi je suis très mauvaise en chiffres mais je crois qu'on a plus de 660 000 adhérents quelque chose comme ça ce qui représente c'est plus que peut-être bien tous les partis réunis quand on fait le calcul et je le disais tout à l'heure l'année dernière on a fait 86 000 nouveaux adhérents rien que nous et je pense que dans les autres organisations syndicales c'est à peu près pareil je dirais pas qu'il y a une crise de syndicalisme je dirais que on a besoin aujourd'hui de comment dire de retrouver un espace de dialogue et de confrontation et avec les politiques avec les employeurs dans les entreprises sur les territoires au plus près des lieux de vie des entreprises pour changer les choses et ce qui nous manque aujourd'hui c'est cette impression que chacun est dans son sillon et que finalement les salariés ne sont pas des râleurs pour reprendre l'expression les salariés ils ont juste besoin qu'on les écoute et ils ont juste besoin qu'on fasse avec eux et qu'on prenne en compte leur connaissance leur expertise leur professionnalisme et donc du coup nous à la CFDT ce qu'on porte sur ces questions-là stratégiquement c'est d'abord l'action syndicale dans l'entreprise donc effectivement on a un sujet sur les ordonnances Macron alors avant les ordonnances Macron c'était pas non plus le top du top les CHSCT ils étaient souvent dans leur dans leur sillon à eux les comités d'entreprise étaient spécialisés sur les questions économiques et stratégies d'entreprise et les délégués du personnel bon ben voilà ils s'occupaient des sujets des individus sauf que les ordonnances l'idée de rassembler le CSE et les questions économiques emploi et travail c'est complètement logique dans la vie des travailleurs puisque il y a des enjeux de stratégie économique des entreprises pour pérenniser les entreprises pour se projeter sur demain pour regarder les questions de besoins en main d'oeuvre les questions de formation on a évidemment des enjeux emploi mais il y a aussi des enjeux de travail le gros problème qu'on a c'est un peu comme les planeurs des cadres c'est que un les CSE se sont retrouvés très centralisés donc ils ont un peu quitté de fait la réalité du terrain de la vie des entreprises au plus près des ateliers les commissions santé au travail n'ont pas eu les moyens de mener leur action et ce qu'on constate c'est que la santé au travail dans les ordonnances c'est vraiment nous on a fait une enquête dernièrement la santé au travail c'est le grand malade en fait c'est la grande malade plutôt de ces ordonnances parce que c'est la cinquième roue du carrosse dans les CSE qui a plus de proximité donc ce qu'on porte nous aujourd'hui c'est à la fois de mettre en place des commissions santé au travail dans les entreprises au dessus de 50 salariés et d'avoir des représentants de proximité qui pourraient avoir cette dimension finalement de représentants autour des questions de santé de sécurité au travail donc ça c'est un premier enjeu le deuxième enjeu c'est il faut écouter aussi les organisations syndicales quand elles tirent les sonnettes d'alarme dans les entreprises et sur les territoires moi quand je me faisais la réflexion quand il y a la filière automobile dit on a des problématiques de composants on peut pas faire les voitures autant qu'on voudrait les faire parce que les composants ils sont dans les pays low cost parce qu'il y a de la sous-traitance étrangère moi je me souviens les équipes chez nous dans la filière automobile il y a de ça quasiment dix ans qu'elles ont commencé à alerter en disant attention la filière sous-traitante automobile on est en train de jouer sur du bas coût parce que c'était ça l'idée on allait en Pologne etc parce que c'était moins cher mais on est en train de se déshabiller de notre production personne ne les a écoutés en vrai et donc du coup aujourd'hui on est en train de pleurer parce que effectivement du coup il y a des problèmes de composants c'est exactement pareil sur les masques où pendant le covid on a eu des pénuries de masques moi les collègues dans les collègues je me rappelle très bien des alertes qu'il faisait mais ça c'est pas toujours entendu après il y a des moments où on est entendu je pense effectivement la question des filières sous-traitantes c'est qu'on appelle les chaînes de valeur aussi dans les entreprises pour faire plus positif c'est un vrai sujet parce qu'on a le donneur d'or dans la navale dans l'aéronautique qui va avoir une tendance à pressuriser entre guillemets ces sous-traitants le coeur de métier donc on a déshabillé les entreprises des coeurs de métier et puis on a gardé le coeur de métier et tout le reste on l'a filé à la sous-traitance et puis c'est la variable d'ajustement chantier de l'Atlantique à Saint-Nazaire c'était 10 000 salariés dans les années 90 aujourd'hui c'est 3 000 le reste c'est de la sous-traitance française, étrangère, etc ce qu'on a réussi à faire quand même c'est une instance de dialogue social de site et c'est pour dire qu'il y a quand même des choses qui avancent c'est que quand on fait un vrai diagnostic qu'on arrive à avoir des intelligences en face politique et patronale on arrive à construire on a fait une instance de dialogue social de site qui a à la fois traité des questions de conditions de travail qu'à améliorer les choses alors je dis pas qu'aujourd'hui c'est parfait loin de là parce que là mon dieu il y a encore un grand chantier à faire mais n'empêche que on a mis en place un certain nombre de règles qui sur les questions des horaires sur les questions des amplitudes horaires des salariés des boîtes étrangères de la sécurité de la prévention ont permis d'améliorer les choses mais il y a un réel chantier à mener sur comment on structure du revendicatif avec les salariés qui est pertinent et comment en face on arrive à trouver des interlocuteurs un autre exemple c'est clair que la question enfin sur les ce qu'on remarque c'est que les accidents du travail et les maladies professionnelles les salariés intérimaires c'est les plus touchés et les sous-traitants sont également les plus touchés moi je me souviens pendant le Covid dans les banques les prestataires c'était des prestataires qui venaient faire la maintenance informatique ils venaient sans masque là où tous les salariés des banques étaient masqués là on a quand même une responsabilité sociale des entreprises et là c'est pareil pourquoi ces salariés il n'y avait pas d'organisation syndicale dans ces entreprises là sous-traitantes qui venaient donc nous on a un enjeu aussi à bouger nos pratiques le syndicalisme il s'est construit sur des grosses boîtes grosso modo donc aujourd'hui les grosses boîtes elles se sont filialisées elles se sont organisées autrement il y a de la prestation etc.
donc nous on a un enjeu c'est comment on arrive à aller vers ces salariés là les intérimaires les contrats à durée déterminée les salariés des sous-traitants pour les organiser pour leur permettre justement d'avoir des droits nouveaux et de ne pas se retrouver ceux qui sont qui ont moins de droits qui ont des conditions de travail qui sont dégradées qui n'ont pas le bon matériel qui n'ont pas les bonnes transmissions enfin les intérimaires dans l'aéronautique souvent ils n'ont pas forcément les bonnes formations sur les gestes les gestes et postures etc.
donc il y a on a un véritable levier d'action et je pense que notre levier d'action c'est et notre responsabilité de syndicaliste c'est comment on arrive à à pénétrer j'ai envie de dire ces secteurs là et en face comment on est écouté comment ce qu'on dit est pris en compte et comment sur l'expertise du diagnostic notre regard tel qu'on peut l'avoir on arrive à être entendu pas quand il y a la catastrophe parce qu'il n'y a plus de masques et plus de matières premières mais bien maintenant quand on le soulève
merci Sophie Linné
alors d'abord je veux dire que j'ai un point de désaccord avec le livre qui alors je ne sais plus quel est le numéro de chapitre qui dit que au nom d'un prétendu compromis fordiste les syndicats se seraient désintéressés du travail alors le compromis fordiste pour celles et ceux qui ne sauraient pas ce que c'est c'est l'idée selon laquelle on aurait fait un compromis à un moment avec le patronat en échange d'augmentation de salaire on aurait abandonné la bataille sur l'organisation du travail les conditions de travail etc bon c'est pour ça que j'ai commencé mon propos en citant le conseil national de la résistance qui mettait à l'ordre du jour la question de l'intervention des travailleurs dans la gestion dans l'orientation de l'économie avec la bataille pour avoir la création des comités d'entreprise c'est pour montrer que ce compromis fordiste ça n'a jamais été un compromis pour la CGT et qu'on s'est toujours battu pour avoir notre mot à dire sur l'orientation de notre travail et l'organisation de notre travail et que le patronat l'a évidemment toujours refusé ensuite le problème c'est quoi c'est qu'on ne peut pas tout tout seul et qu'on s'est retrouvé on se retrouve dans un contexte où on doit affronter le patronat bon ça c'est normal il y a une contradiction d'intérêt c'est notre job on va dire mais on affronte en même temps le gouvernement et le patronat donc on est seul face à un pouvoir politique qui se met au service du capital et au service du pouvoir patronal et donc ce qu'on observe depuis les années 80 c'est une rupture profonde qui s'est créée entre la classe politique d'ailleurs classe politique ça veut dire ce que ça veut dire qui s'est structurée en dehors du travail avec une professionnalisation du monde politique qui fait que dans un premier temps cette transformation majeure du travail avec la financiarisation du travail que nous sur laquelle nous on alerte depuis que ça se met en place elle est passée en dehors des radars politiques et on était très seul parce que le monde politique ne s'intéressait pas au travail globalement la financiarisation du travail c'est d'abord un morcellement de l'entreprise avec une entreprise c'est alors pardon je vais commencer par ça la financiarisation du travail elle se met en place avec la mondialisation des années 80 où on met les travailleuses et les travailleurs en concurrence au niveau international ce qui permet de tirer vers le bas les salaires ça c'est évident et ce qui permet aussi de mettre en concurrence la fiscalité ça on le voit aussi mais le droit du travail et donc comme ça et on le vit encore au quotidien par exemple la réforme des retraites elle nous a été opposée au nom de quoi du fait que soi-disant les françaises et les français partaient plus tôt que les autres et c'est la réforme des retraites françaises qui va servir de point d'appui demain au gouvernement belge pour imposer une réforme des retraites en Belgique c'est comme ça qu'il fonctionne donc mise en concurrence des travailleuses et des travailleurs au niveau international avec une entreprise morcelée et vidée de son contenu aujourd'hui les multinationales qui dirigent le monde elles ont pas forcément énormément de salariés dans leur scope direct parce qu'elles ont complètement sous-traité externaliser le travail au plan mondial avec une mondialisation de la chaîne de sous-traitance on le sait que les chaussures que nous avons au pied elles ont parfois fait plusieurs fois le tour du monde avant d'arriver dans le magasin et donc ça ça pose quoi comme problème au syndicalisme ça pose le fait que les entreprises dans lesquelles on est organisé en fait on n'est pas dans les bons lieux de pouvoir jamais puisque même quand on est organisé chez le donneur d'ordre ce qui arrive dans le sous-traitant on n'a pas notre mot deuxième opération de morcellement le morcellement du travail lui-même et du collectif de travail lui-même puisque vous savez que sur vos lieux de travail il y a plein de statuts différents déjà entre ceux qui sont en CDI ceux et celles qui sont en CDD qui sont en temps partiel qui sont en intérim les auto-entrepreneurs etc et puis il y a plein de patrons différents par exemple le must c'est les centrales nucléaires quand on va dans une centrale nucléaire derrière les bleus de travail il y a entre 20 et 30 noms d'entreprises différents qui interviennent dans une même dans une même entreprise et ça le problème pour les syndicats c'est que forcément nous le principe du syndicalisme c'est d'unir et de rassembler le monde du travail et le collectif de travail sauf que là il y a un morcellement total de statuts de donneurs d'ordre et donc c'est un casse-tête complet nous pour pouvoir organiser le collectif de travail est-ce qu'on s'organise par rapport à l'entreprise et c'est là où se négocient les droits est-ce qu'on s'organise par rapport au travail c'est-à-dire là où on se retrouve mais c'est pas on n'a pas les mêmes droits les mêmes conventions collectives ça c'est très compliqué pour le syndicalisme et puis le troisième mouvement de financiarisation qui complique la tâche c'est donc le Wall Street Management avec donc l'organisation du travail à partir d'objectifs chiffrés par des planeurs qui sont très loin de notre travail et le fait que aujourd'hui dans les entreprises vous l'avez forcément remarqué dans votre travail un bon manager ou une bonne manageuse c'est quelqu'un qui ne connaît pas le travail de celles et ceux qui l'encadrent auparavant c'était pas du tout ça pourquoi ?
parce que pour imposer un management par les nombres il vaut mieux ne pas connaître le travail comme ça on est parfait pour être cost killer et puis derrière on a une mobilité imposée au cadre tous les 5 ans on bouge comme ça on peut faire le sale boulot puis on s'en va très vite et on ne voit pas les conséquences les résultats en fait de ce triple ce triple mouvement c'est une déresponsabilisation globale et générale il y a moi un sociologue qui est très important qui s'appelle Alain Suppiau un de ses livres le titre c'est prendre la responsabilité au sérieux ça c'est l'enjeu central prendre la responsabilité au sérieux aujourd'hui le problème c'est que plus personne n'est responsable et nous dans l'action syndicale c'est ça le problème on va chercher le responsable on ne le trouve pas puisque si on est dans la sous-traitance on sait très bien que le responsable c'est le donneur d'ordre le donneur d'ordre nous explique qu'il n'est pas responsable de ce que fait la sous-traitance et puis les cadres ne sont pas responsables puisqu'ils ne sont pas auprès de celles et ceux qu'ils encadrent en général c'est même pas l'entreprise et donc ils sont en responsabilité professionnelle mais sans comment dire en mesurer les conséquences parce que ils viennent comme comment dire prestataires pour donner des bons conseils pour appliquer et le Wall Street Management puis ils s'en vont aussitôt sans voir les conséquences de leur travail donc il y a un mouvement de déresponsabilisation globale qui complique considérablement la tâche sur la question des basculements sur le travail il y a un moment de basculement qui se fait au moment des 35 heures entre la première réforme des 35 heures et la deuxième réforme des 35 heures ou sur la deuxième réforme des 35 heures comme on ne veut pas faire payer au patronat le coût de la réduction du temps de travail et bien on dit les 35 heures ça va se faire mais avec des gains de productivité et là on n'impose plus au patronat de créer des emplois pour comment dire compenser la réduction du temps de travail et c'est là où s'enclenche la grande bataille sur les temps de pose les temps d'habillage des habillages et le grand le grand vol en fait de notre temps de travail et je pense que c'est là dessus qu'en 2002 Jospin perd l'élection présidentielle c'est parce que la gauche elle a abandonné le travail et qu'elle a uniquement porté la question de l'emploi et encore pas assez parce que si on était allé au bout des 35 heures on aurait créé plus que 400 000 emplois mais cela dit les 35 heures il faut les défendre c'est quand même la seule grande réforme qui a permis de créer de l'emploi mais comme on a laissé la négociation sur les 35 heures les pleins pouvoirs au patronat sur cette négociation là et bien de fait ça s'est traduit par une augmentation de la pression au travail et c'est important de rappeler que les salariés français sont parmi les plus productifs au monde c'est pas pour rien qu'on est aussi les champions du mal travail c'est parce qu'on a voulu pousser la productivité très loin et donc pour finir par des éléments d'optimisme sur ce qu'on peut faire quand on en a les moyens un exemple tout simple sur les chantiers des JO la CGT s'est battue pour avoir une charte sociale liée aux jeux olympiques donc c'est une première mondiale jusque là il n'y avait jamais de charte sociale on l'a obtenue en France et dans cette charte sociale on a beaucoup insisté sur les chantiers des JO pourquoi ?
parce que comme vous le savez le BTP c'est le record de la mortalité au travail c'est important de rappeler la citation d'Aurore Berger là elle est franchement moi ça me fait même pas rire en fait ça me donne envie de vomir chaque jour en France c'est 3 ouvriers qui meurent au travail 3 ouvriers en silence tout le monde s'en fout et c'est majoritairement dans le secteur du BTP donc nous on a été très attaché à l'organisation des chantiers des JO et en fait on a demandé des choses mais toutes simples la première chose c'est d'avoir plus de moyens pour les représentants du personnel donc de pouvoir avoir plus de détachement de représentants du personnel de pouvoir avoir des formes de commission hygiène santé sécurité qui avaient été supprimées par les ordonnances travail de pouvoir avoir un droit d'accès à tous les chantiers et puis le lendemain du jour où on faisait une visite de chantier il y avait obligatoirement une réunion le lendemain avec toute la direction avec toute la chaîne de sous-traitance donc l'ensemble des entreprises qui intervenaient où nous on faisait notre rapport puis les autres ils notaient ils prenaient des notes par rapport à tout ce qu'on avait relevé donc ça évidemment c'est un élément très fort et puis le deuxième élément fort évidemment très bateau on a multiplié par 4 ou 5 le nombre de contrôles de l'inspection du travail sur les chantiers JO et donc ces deux ingrédients cumulés ça veut dire qu'il y a un nombre d'accidents du travail divisé par 4 donc en fait ce qui rend très optimiste c'est que les choses sont simples il n'y a aucune fatalité on peut vraiment faire changer les choses mais ce qui rend très en colère c'est le fait que ça ne soit pas fait en fait ça serait vraiment très simple et sur l'inspection du travail ce qu'il faut rappeler c'est qu'il y a seulement 1700 inspecteurs et inspectrices du travail dans toute la France pour 20 millions de salariés donc ce qu'on a gagné sur les JO le problème c'est que les inspecteurs du travail qui ont fait les contrôles supplémentaires sur les chantiers JO ils ont dû moins contrôler d'autres chantiers et d'autres entreprises donc ce qu'il faudrait c'est créer des inspecteurs inspectrices du travail bon quand il y en a 1700 on se dit que doubler ça ne fait pas beaucoup de postes à créer on en crée 1500 on double la mise et puis ça ne coûte pas cher parce que créer plus d'inspecteurs inspectrices du travail c'est aussi donner les moyens de sanctionner les entreprises et donc quelque part ce sont des postes qui s'autofinancent qui font baisser le mal travail qui font baisser les accidents du travail tout ça qui coûte très très cher à la sécu et à nos comptes collectifs
merci alors maintenant que le constat et que les causes ont été posées quelles solutions proposez-vous pour sortir de la résignation pour rompre avec cette logique du mal travail et notamment par rapport aux relations entre syndicats et politiques comment envisagez-vous qu'un combat qu'une bataille commune puisse être menée
d'abord je veux dire que pour moi il y a une fenêtre d'opportunité ou en tout cas que les temps ont changé qui fait que peut-être on parle moins d'emploi et on peut plus reparler de travail c'est quoi ?
c'est que la phrase une phrase que j'entendais moi dans les boîtes de mon coin c'est les chefs qui disaient aux ouvriers si t'es pas content il y en a mille qui attendent à la porte c'est pas complètement fini mais c'est plus rare et quand on voit la pénurie de main d'oeuvre chez les autocaristes dans les crèches dans un certain nombre de secteurs j'ajoute une donnée qui est à mon avis le choc démographique qui est affronté et là qui est affronté dans la durée avec moins de personnes qui vont être en âge de travailler et plus de personnes âgées dont il faudra s'occuper tout ça nécessite qu'on ne considère plus que les salariés que la main d'oeuvre est une forme de matière première qu'on peut user puis jeter donc normalement il y a des éléments matériels pour que ça change sur ce point de vue là et que alors là pour l'instant ils colmatent comme ils le font dans l'agriculture comme ils le font sur l'électricité non pas en sortant du marché mais en bidouillant en bricolant or il s'agit d'apporter d'autres solutions lesquelles ?
je vais dire d'abord une chose qui va paraître démagogique compte tenu de mon entourage ce soir mais syndiquez-vous tout à fait
non
je vais dire je vois un psychiatre à l'hôpital d'Amiens Philippe Pinel il me raconte quoi il me dit les gens ils passent chez moi parce qu'ils ne vont pas bien au boulot quand j'ai démarré j'ai de la bouteille maintenant mais quand j'ai démarré ils allaient voir le syndicat ils se sont organisés dans leur bureau maintenant ils passent ici et je leur donne des médocs donc syndiquez-vous vous savez c'est Pepe Mourica en Équateur qui comme première mesure quasiment de président de la république dit syndiquez-vous parce qu'il a besoin de cette force d'appui des salariés pour venir peser et appuyer les réformes que lui souhaite mais alors c'est Roosevelt qui à un moment reçoit les syndicats de travailleurs qui reçoit les associations qui reçoit des progressistes à la Maison Blanche et il les raccompagne sur le perron et il dit je suis d'accord avec tout ce que vous m'avez raconté mais maintenant faites pression sur moi et donc évidemment le syndicat est le moyen quand bien même le pouvoir serait de gauche quand bien même il serait occupé par des gens de bonne volonté de l'Elysée à l'Assemblée en passant par les ministères le syndicat est un moyen de mettre la pression pour que ça change bon donc c'était pas démagogique mais voilà je le pense vraiment je le mets dans le bouquin d'ailleurs bon ensuite il y a les classiques que vient d'évoquer Sophie oui plus de préventeurs oui inspection du travail oui médecine du travail tout ça il s'agit de le renforcer et de faire que l'un des principes de la sécurité sociale en 1945 qui était prévenir plutôt que réparer on le fasse advenir dans les classiques que je porte il y a la reconnaissance des troubles psychiques comme maladie professionnelle quand on nous dit que c'est l'amiante d'aujourd'hui ça me paraît assez juste et bien il s'agit que maintenant ça soit reconnu et que du coup ça ait un coût pour les entreprises que ça soit pas neutre que ça soit une ligne comptable et du coup qu'ils cherchent à l'éviter ensuite je vous dis la difficulté à laquelle moi politique ou député je me suis retrouvé confronté c'est à dire que dans la logistique c'est les casques sur les oreilles chez les AVS c'est le téléphone portable dans l'aéronautique ça va être les outils qu'à la place on va chercher sur l'établi maintenant ils pendent devant soi mais du coup ça multiplie les cadences bon l'état le législateur va pas faire des lois secteur par secteur enfin ça va nous prendre du temps ça va être compliqué c'est une possibilité mais bon donc c'est comment trouver des mesures qui en gros vont embrasser plus ou moins tout le monde du travail pour moi le grand saut qu'il y a à faire c'est l'entrée de la démocratie dans l'entreprise ou la ranimer la démocratie dans l'entreprise c'est la phrase de Jaurès qui disait la révolution a fait des français des rois dans la cité mais les a laissé serre dans l'entreprise bon roi dans la cité franchement on n'y est pas encore mais juste ce qu'on voudrait c'est citoyen dans la cité citoyen dans l'entreprise et pour moi ça passe par une démocratie par le haut alors j'énonce comme ça un tiers de salariés au conseil d'administration des entreprises alors ça peut discuter on peut sortir du capitalisme plus vite et avoir deux tiers de salariés bon moi dans mon aspiration c'est un tiers un tiers un tiers c'est un tiers pour le capital un tiers pour les salariés et un tiers association ONG élus locaux et ainsi de suite parce que je pense que l'intérêt général y comprend d'autres partenaires que seulement le patronat et le salariat mais c'est à discuter mais en tout cas qu'aujourd'hui au minimum on se mette au niveau des pays qui nous entourent et que les syndicalistes ne soient pas deux sur un strapotin au bout de la salle qui ont peur de prendre la parole dans les conseils d'administration parce que c'est comme ça que ça peut se produire quand on me le raconte dans un certain nombre de lieux il y en a qui y vont quand même malgré le surnombre du capital mais c'est un point donc la démocratie par le haut la deuxième chose c'est la démocratie par le bas c'est à dire à la suite de Thomas Coutreau par exemple de Jérôme Vivenza d'un certain nombre de personnes que j'ai rencontré ou que j'ai lu je souhaite et ça n'est aussi de ma réflexion sur les auxiliaires de vie sociale j'ai vu combien dans des associations on mettait en place des groupes de parole et où elles avaient deux heures tous les quinze jours ou une demi journée par mois à échanger entre elles sur leurs difficultés au travail ça les libérait ça leur faisait un bien par express sur le plan thérapeutique et surtout ça mettait quelque chose en branle qui était de l'ordre de la réappropriation du travail de la discussion avec le manager de la discussion avec la direction avec des revendications apportées et donc je réclame moi et avec un certain nombre d'autres personnes qu'il y ait une demi journée par mois de réunion de discussion entre les salariés et sans la direction de l'entreprise on voit bien que comme le disait Sophie déjà on a du mal avec le partage des richesses mais le partage du pouvoir dans l'entreprise c'est encore un autre enjeu donc voilà s'y mettre il va falloir à la fois un pouvoir politique qui le veuille et des syndicats qui le réclament des salariés qui soient mis en branle autour de ça vous dire pourquoi je pense que c'est important ça n'est aussi chez moi d'une réflexion politique qui tu le disais Alain Soupiot dit par exemple que le ressentiment privé des salariés méprisés écrasés rejaillit en ressentiment public et dans un coin comme le mien le rassemblement national s'est installé par le travail il s'est installé par le travail délocalisé par le travail méprisé par le travail écrasé c'est ce mal travail là alors on peut citer Goodyear Magneti Marelli O'Newell Paris-Ossiège de France Abelia mais c'est ce mal travail là qui a servi de cocon au rassemblement national et ma conviction profonde c'est que on ne sortira de cette impasse que en reposant sur la question d'un travail respecté un travail qui assure statut et revenu un travail d'où est chassé la peur parce que c'est la peur qui s'est installée dans le coeur des classes populaires c'est la peur pour soi de perdre son boulot c'est la peur pour ses enfants l'inquiétude l'angoisse qui ne trouvent pas leur place et c'est seulement en assurant dans le travail sécurité stabilité aux français aux classes populaires à mon sens que on parviendra à combattre le rassemblement national dernier point enfin pour opérer tout ça il s'agit de trouver un débouché politique tout mouvement social a besoin d'un débouché politique mai 68 débouche tardivement mais sur mai 80 décembre 95 débouche sur la gauche plurielle 97 les combats contre les retraites Sarkozy 2010 débouche sur Hollande 2012 ça ne veut pas dire que tous ces débouchés politiques nous rendent joyeux mais et or on voit bien que l'immense mouvement des retraites réussit grâce aux syndicats c'est pour ça que je dis syndiquez-vous si on a eu 1, 2, 3 millions de personnes dans les rues 1, 2, 3, 4, 5 fois et pas seulement dans les métropoles mais jusque dans les bourgs des petits coins reculés de chez moi c'est parce qu'il y a les syndicats qui étaient encore un point d'appui dans ces endroits-là et donc ma conviction profonde c'est qu'il nous faut un débouché politique que ça ne se fera qu'en lien avec notamment les syndicats chacun a sa place dans le dialogue dans la discussion mais la résignation l'abattement le découragement qui aujourd'hui écrase les clubs populaires et le monde du travail on n'en sortira que par l'euro et c'est par un débouché politique
Merci alors Sophie Binet et Isabelle Mercier maintenant quelles propositions portent vos syndicats pour répondre à ces préoccupations-là et puis aussi par rapport à la tradition d'autonomie du champ syndical vis-à-vis du champ politique comment vous pouvez envisager de votre place ce combat commun
nous on a plusieurs idées de réponses évidemment j'avais envie de redémarrer en disant qu'on a deux gros sujets c'est le pouvoir d'achat et la question le pouvoir d'achat c'est bien vivre de son travail et la question du travail c'est bien vivre son travail je pense que c'est vraiment le nœud et je partage complètement que dans le contexte compliqué aujourd'hui avec notamment le rassemblement le rassemblement national on a tout intérêt à agir et agir vite et agir ensemble sur la question du travail et du bien-être au travail et du bien-vivre de son travail moi je pense qu'on a d'abord à renforcer la démocratie dans l'entreprise alors je l'ai évoqué un petit peu tout à l'heure mais je partage complètement l'idée je vais quand même y revenir un peu je partage complètement et on le porte à la CFDT maintenant depuis au moins 2014 dans mes souvenirs la question de la codétermination à la française de comment on permet aux représentants des salariés de participer aux décisions stratégiques des entreprises de confronter leur expertise de confronter leur vision et de confronter des points d'alerte avec les employeurs pour déterminer ensemble les grandes lignes le deuxième élément je pense que c'est on l'a aussi beaucoup dit c'est de faire de l'organisation du travail un sujet de négociation qui soit obligatoire au plus près des salariés pas avec les managers comment t'as comme planeurs j'allais dire volants mais planeurs mais bien au plus près des salariés et avec les salariés on est face on va avoir des bouleversements qui vont être phénoménales que ce soit avec la transition écologique les questions climatiques qui viennent direct percuter la vie des travailleurs les bouleversements numériques et l'intelligence artificielle je sais pas si j'ai le temps de donner quelques exemples mais aujourd'hui un postier qui est avec son organisation de travail via l'intelligence artificielle il a plus la marge de manœuvre de l'adapter sans faire référence à son cadre supérieur avant il pouvait faire avec son papier son crayon ça tournait le gars qui dans la logistique a l'intelligence artificielle dans l'oreille qui lui explique comment organiser sa palette va organiser sa palette avec ça mais à l'autre bout de la chaîne celui qui va défaire la palette il a pas été consulté sur comment la palette elle devait être construite et du coup quand il défait sa palette il y a des problématiques d'accident du travail tout ça pour dire que la réalité du travail c'est important donc cette question de l'organisation du travail elle est pour moi essentielle et du coup nous ce qu'on porte également là dessus c'est les questions autour du dialogue professionnel qui revient un peu à ce que vous disiez autour de de permettre l'expression des salariés dans les entreprises le dialogue professionnel c'est comment on permet dans les entreprises d'organiser des espaces de dialogue pour parler de son travail pour parler de ses difficultés au travail et pour essayer de trouver et de construire des solutions ensemble on l'a vu on le sait les salariés ont cette capacité à trouver des solutions et ça ça s'appelle aussi et le pouvoir d'agir et le partage du pouvoir et puis l'enjeu sur les questions de la démocratie c'est la négociation qui est quand même en cours et qui est une négociation inédite autour du pacte vie au travail qui pour nous est un vrai enjeu pour mettre le travail en lien évidemment avec l'emploi mais mettre le travail tout au long des parcours professionnels je l'ai évoqué donc je vais passer rapidement sur la question du dialogue social les IRP aujourd'hui avec les ordonnances travail on doit absolument avoir un bilan enfin le bilan là mais partager le bilan avec le législateur pour avoir une évolution des ordonnances travail notamment sur la question du travail avec la place des SSCT avec la place des représentants de proximité pour rapprocher les salariés des évolutions et des instances les IRP qui s'occupent en fait d'agir sur les questions de santé et conditions de travail l'autre point évidemment c'est la question du développement sadical donc sadiquez-vous vous pouvez aller sur notre site il n'y a pas de problème merci de la pub on a intérêt à nous ouvrir nos manières de vivre le sadicalisme je l'ai dit mais entre la sous-traitance entre les intérimaires entre les auto-entrepreneurs on doit aujourd'hui si on veut représenter l'ensemble des travailleurs pouvoir se développer pouvoir accompagner pouvoir agir avec l'ensemble de ces travailleurs là et là on a nous une vraie responsabilité c'est d'essayer de pousser nos murs d'essayer d'adapter nos structurations d'adapter et on y travaille notre façon de notre façon d'être pour pouvoir être avec pour pouvoir accompagner pour pouvoir organiser pour pouvoir faire du collectif avec des gens qui aujourd'hui ont des aspirations individuelles mais à qui qu'ils ne peuvent pas partager avec personne vu qu'ils n'ont pas d'organisation syndicale et puis l'avant-dernier élément c'est il est temps de prendre en compte l'aspiration des salariés on l'a évoqué l'aspiration sur reprendre du pouvoir d'agir mais il y a aussi nous ce qu'on constate et ce que disent les mouvements sur les retraites c'est aussi que les salariés ils ont envie de vivre autrement leur travail avant le travail il était quand même un peu central dans nos vies aujourd'hui il y a le travail mais il y a aussi la vie de famille il y a les loisirs il y a les amis et il y a une envie d'aménager son temps de travail d'articuler les temps du travail différemment donc nous l'une des choses qu'on porte et qu'on va porter dans la négo pas que du pouvoir de vivre c'est ce qu'on a appelé le compte épargnetant universel l'idée étant de permettre le compte épargnetant les grosses boîtes connaissent bien par contre les petites boîtes n'en ont pas les moyennes non plus l'idée étant de généraliser un compte épargnetant qui serait plus rattaché à l'entreprise mais qui serait rattaché aux salariés et que tout au long de son parcours professionnel il pourrait et alimenter et utiliser pour avoir des temps de respiration quand il en a besoin puis pour terminer il y a le rapport aux politiques moi je suis super contente de voir ce débat d'aujourd'hui qui montre que il y a en même temps ça me surprend pas mais que la question du travail est prise en main par le politique et ça c'est important que cette question du travail elle soit relayée par le politique qu'on arrive à trouver des espaces où on confronte nos visions et qu'on essaye de trouver des convergences avec à faire vivre en fait ces échanges d'expertise pour trouver des chemins de passage tout en gardant notre indépendance à la CFDT on est hyper attaché à cette question de l'indépendance on est une organisation syndicale et je pense que dans le monde dans lequel on est aujourd'hui avec certaines digues qui dernièrement ont quand même été plus que fissurées puisqu'elles ont certaines sautées c'est important que chacun ait sa place et qu'on soit force de cohésion et qu'on soit force de rempart et être rempart c'est aussi garder notre place de syndicaliste rien que notre place de syndicaliste donc de revendiquer de dire de confronter d'influencer et d'avoir en face des partis politiques avec lesquels on peut échanger pour construire ensemble chacun sa place tout viendra pas de la loi mais la loi peut encadrer des choses et ça c'est des articulations qui sont importantes à porter
merci je vais aller en style
télégraphique parce que je vois qu'il y a du monde qui commence à partir un il faut reconnaître le travail et le rémunérer c'est pas possible comme le fait le premier ministre de dire 40 fois le mot travail dans son discours par contre d'oublier bizarrement de prononcer le mot dividende alors que les dividendes atteignent un record et de ne rien prévoir pour que le travail paye en fait le problème de la France c'est que la France est en train de devenir un paradis pour milliardaires le paradis des rentiers et que dans le même temps la France est un pays de bas salaire donc il faut reconnaître et rémunérer le travail deuxième point c'est le fait de faire en sorte que les salariés les organisations syndicales soient présents dans les lieux de décision stratégique parce que ce grand mouvement de financiarisation il s'est accompagné du fait que les lieux de pouvoir se sont déplacés et qu'on n'est plus du tout dans ces lieux de pouvoir il y a plein d'entreprises dans lesquelles il n'y a pas de comité de groupe monde de comité européen on n'est pas dans les conseils d'administration des entreprises ou seulement sur des strapontins on n'est absolument pas dans les comités audit et rémunération là où sont décidées la rémunération des patrons en fonction d'objectifs définis par les actionnaires etc.
etc.
et donc dans tous ces endroits il faut qu'on soit et puis l'autre élément pour être dans les lieux de décision stratégique c'est reconstituer le collectif de travail qui a été morcelé par le mouvement de financiarisation il faut si on repart de prendre la responsabilité au sérieux il faut responsabiliser les donneurs d'ordre et donc à la CGT nous pensons qu'il faut une définition élargie de l'entreprise qui parte du donneur d'ordre et qui intègre l'ensemble de la chaîne de valeur et l'ensemble de la chaîne de sous-traitance de façon à ce que les organisations syndicales présentent dans le donneur d'ordre qu'on ait l'information sur tout le processus de fabrication et qu'on puisse intervenir sur toute la chaîne de sous-traitance en responsabilisant les donneurs d'ordre et en pouvant agir sur l'ensemble avec évidemment des droits syndicaux pour pouvoir s'organiser sur cette échelle-là et pouvoir reconstituer le collectif de travail ça c'est stratégique si on veut pouvoir reprendre le pouvoir le troisième point c'est avoir des leviers pour pouvoir réorienter le sens et prendre le pouvoir sur le sens et sur la finalité de notre travail donc il faut avoir le droit de négocier sur l'organisation du travail ça doit pas être une prérogative patronale il faut aussi pouvoir négocier et débattre des méthodes de management les méthodes de management on fait comme si c'était neutre et on pouvait manager d'une seule manière non les méthodes de management elles sont orientées on doit pouvoir débattre de comment on forme et de comment on manage et avoir notre mot à dire sur ces méthodes le procès de France Télécom la stratégie de la direction de France Télécom sur les suicides c'était de dire il y a des managers qui ont dysfonctionné des managers dysfonctionnels mais c'est pas vrai du tout c'est un système de management le Wall Street Management dont l'objectif était d'essorer les salariés et d'essorer les coûts partout donc ça il faut pouvoir en débattre et pouvoir avoir des leviers d'intervention et puis quand on dit prendre la responsabilité au sérieux c'est aussi permettre aux salariés en responsabilité d'avoir les moyens de faire autrement parce que la stratégie des directions d'entreprise c'est de faire des cadres des fusibles en disant quand il y a des problèmes comme à France Télécom ah oui il y a certains cadres qui ont dysfonctionné ils sont allés trop loin et puis comme ça on les sort et puis la direction de l'entreprise elle est tranquille mais ces salariés là ces cadres là est-ce qu'ils avaient la possibilité de faire autrement non aujourd'hui quand on est cadre dans une entreprise on a fait une affiche la CGT des cadres a fait une affiche qui fait un tabac le slogan c'est cadre un devoir de loyauté la fermée c'est malheureusement très représentatif et notre autre slogan c'est se soumettre ou se démettre et donc il faut les cadres qui ont la force de dire non ça finit mal ils finissent licenciés ou placardisés il faut quand on est en responsabilité professionnelle on peut finir au pénal pour l'exercice de ces responsabilités donc il faut qu'on puisse dire non et dire je veux faire autrement et je propose de faire autrement parce que je suis cadre et donc je sais comment il faudrait organiser les choses différemment donc ça veut dire à tous les niveaux pouvoir retrouver des responsabilités ne pas avoir des exécutants en fait tout le monde est exécutant des actionnaires et quand on cherche des responsables il y en a il y en a jamais et donc faire en sorte qu'on puisse avoir des leviers pour intervenir sur le sens la finalité du travail et sur les orientations stratégiques c'est nous permettre de reprendre la main sur les innovations la recherche les orientations stratégiques des entreprises tu parlais à juste titre de l'intelligence artificielle donc l'énorme transformation qui affecte le travail à la CGT on a l'habitude de dire il n'y a pas de fatalisme en termes de progrès technologique le progrès technologique il n'est pas neutre la question c'est comment on l'oriente le problème c'est qu'aujourd'hui le progrès technologique il est orienté en fonction de ce qui intéresse le capital les innovations qui sont développées la 5G pourquoi ça a été développé pas pour son intérêt social ou environnemental mais parce que le capital a vu qu'il pouvait faire des profits dessus il faut qu'on puisse permettre on n'a jamais eu autant de chercheurs et de chercheuses dans le monde c'est génial pour répondre à tous les enjeux sociaux et environnementaux auxquels on est confronté il faut permettre que la recherche qui soit développée c'est la recherche qui réponde à nos besoins sociaux et environnementaux et donc aujourd'hui moi j'ai plein d'exemples où en se battant comme des lions on réussit à prendre le pouvoir et à inverser les choses je vais vous en citer par exemple c'est à Thalès donc Thalès c'est une grande entreprise de l'armement qui est dans une santé florissante malheureusement et dans laquelle la CGT avec les ingénieurs de Thalès a développé un projet d'imagerie médicale je trouve que c'est génial avec les technologies qui permettent de faire la guerre et bien on peut produire de l'imagerie médicale de haut niveau sur lequel justement on est obligé de tout importer des Etats-Unis puisqu'on n'a plus de souveraineté ce projet il est génial il tient tout à fait la route il n'est pas développé parce qu'on n'a pas accès au financement et qu'on n'est pas dans les instances stratégiques deuxième exemple à Renault donc ça tout le monde connaît évidemment vous savez que Renault est quand même directement percuté par l'enjeu environnemental il faut basculer du thermique à l'électrique et ce que nous expliquent les grands constructeurs automobiles c'est que on ne peut pas faire l'électrique à bas coût et produit en France donc les véhicules électriques sont forcément minimum à 30 000 euros pour les consommateurs et 30 000 encore c'est pas cher et puis en plus ils sont produits en Europe de l'Est ou du Sud et bien la CGT de la métallurgie a construit un projet de véhicule électrique à moins de 14 000 euros pour vous et nous produit en France et à haute vertu environnementale parce que c'est la 4L électrique et c'est une bonne chose d'un point de vue environnemental plus léger avec des toutes petites batteries et bien ce véhicule électrique on est en train de se battre pour réussir à le développer mais c'est très dur parce qu'on n'a pas accès au financement donc reprendre le pouvoir sur le financement c'est central pour pouvoir développer les bonnes innovations et puis je vais vous faire un teasing sur un projet qui va bientôt exister donc je vous l'annonce en avant première la CGT dans une entreprise qui fabrique des protections périodiques où comme les femmes ne savent pas ce qu'il y a dans les tampons on en achète de moins en moins et donc là ils sont en grande difficulté économique avec des menaces sur l'emploi et bien la CGT de cette entreprise est en train de monter un projet de culottes menstruelles pour qu'il puisse y avoir des culottes menstruelles produites en France et qui permettent en plus de répondre à l'enjeu environnemental avec du travail en France donc c'est tout ce type d'exemples j'en ai plein je pourrais continuer très longtemps mais en fait ces exemples là il faudrait qu'on puisse les généraliser et pour ça il nous faut des droits stratégiques à la reprise d'entreprise il faut réformer les tribunaux de commerce il faut qu'on puisse avoir accès au financement et qu'on puisse comme ça prendre le pouvoir sur l'économie comme on l'avait prévu en 45 et on l'avait pas prévu pour rien on l'avait prévu parce que le patronat avait trahi et il nous avait emmené dans le mur aujourd'hui on est dans la même situation les classes dominantes le capital nous a envoyé dans le mur environnemental et social on voit la catastrophe aujourd'hui faut plus leur laisser la main sur la direction de l'économie c'est à nous de prendre la main et de nous organiser pour faire en sorte que notre travail y serve au progrès social et environnemental c'est quand même honteux qu'aujourd'hui les jeunes diplômés des plus grandes écoles en soient contraints à devenir maraîchers bio par exemple parce qu'ils ne s'y retrouvent plus sur le sens de leur travail pour aller travailler dans les grandes entreprises pour lesquelles normalement ils étaient formés on ne peut pas se permettre de perdre des qualifications de ce niveau là alors qu'on a des enjeux colossaux que l'humanité n'a jamais connus en termes de transformation environnementale donc on ne peut plus accepter que le patronat ait le plein pouvoir sur le sens et la finalité de notre travail et qu'on soit contraint à choisir entre se soumettre ou se démettre prenons ensemble la main et oui effectivement syndiquons-nous c'est le premier moyen quand on se syndique ça change la donne immédiatement j'étais avant de venir j'étais au Prince de Galles alors je ne sais pas s'il y en a beaucoup dans la salle qui connaissent le Prince de Galles parce que ce n'est pas un endroit qu'on fréquente quand on est dans cette salle donc bah écoute ok ok allons-y donc le Prince de Galles c'est un grand hôtel de luxe à Paris où la chambre le prix de la chambre varie entre 1000 euros et 20 000 euros la nuit donc je ne sais pas si quelqu'un dans la salle peut se payer une chambre d'hôtel à 1000 euros voilà qu'il ou elle lève la main mais donc le Prince de Galles c'est un grand hôtel à Paris où maintenant il y a au moins 80% de taux de syndicalisation c'est tout le monde est syndiqué en fait à tous les postes on est tous et toutes syndiqués à la CGT et ça ça a permis de changer la donne radicalement et donc les salariés me l'ont raconté les femmes de chambre elles m'ont dit que depuis qu'elle s'était organisée à la CGT le nombre de chambres à faire par jour auparavant elles étaient obligées de faire 21 chambres par jour maintenant c'est 15 donc ça veut dire une baisse d'un tiers ça change complètement les mal de dos la façon de bien faire son travail etc etc et ce qu'il et elle m'ont tous et toutes dit c'est le changement le plus radical c'est que maintenant on lève la tête on lève la tête on ne laisse plus rien passer dès qu'il y a un problème on s'organise ensemble et on lève la tête on se fait respecter par les patrons et c'est s'il y a un point essentiel à retenir dans le syndicalisme c'est ça c'est que en fait parfois c'est un peu déprimant de regarder les actualités parce qu'on se dit le monde va tellement mal comment on va faire c'est vrai que c'est hyper dur mais ce qui rend optimiste c'est qu'en fait il n'en faut pas beaucoup pour changer la donne sur notre quotidien et sur notre travail si dans votre collectif de travail vous vous mettez d'accord avec tous vos collègues pour vous syndiquer très vite ça change la donne on reprend la main et sur plein de petites choses du quotidien on peut enfin se faire respecter et c'est quand même le point essentiel dans nos vies c'est la dignité et le respect parce qu'on le vaut bien
merci beaucoup alors je sacrifie ma dernière question parce qu'on est un petit peu pris par le temps et qu'il faut quand même aussi vous donner la parole et donc une première ça tombe bien elle n'est pas si éloignée de ça que la mienne donc comment jugez-vous le mouvement des agriculteurs et comment concilier transition écologique et amélioration concrète des conditions de travail
c'est de la triche c'est la question qui était prévue il y a eu de triche dans la salle je pose la vraie question
ok comment jugez-vous le mouvement des agriculteurs comment concilier transition écologique et amélioration concrète des conditions de travail ensuite il y aura donc que pensez-vous de la proposition datale de tester la semaine en 4 jours pensez-vous que pensez-vous de la semaine de 4 jours avec réduction du temps de travail et si vous en voulez directement une 3ème mesdames messieurs merci pour votre intervention très éclairante quelle responsabilité entre parenthèses à quel degré de l'union européenne dans le cadre du mal travail en France
donc sur la première question merci pour la question qui est hyper importante dans ce qu'on vit aujourd'hui donc la CGT sur le mouvement des agriculteurs et agricultrices on a pris position il y a une dizaine de jours en appelant nos militants et nos militantes à aller sur les barrages pour échanger avec les agriculteurs et agricultrices pour dire c'est pas possible que dans le même temps les prix de l'alimentation explosent et que toutes et tous nos salaires ne suivent pas et qu'il y ait maintenant un tiers des françaises et des français qui disent ne plus pouvoir manger 3 repas par jour c'est un chiffre hallucinant quand même et que dans le même temps les agriculteurs ne puissent plus vivre de leur travail il y a quand même un problème et le problème c'est quoi c'est entre les agriculteurs et les consommateurs il y a un truc ça s'appelle le capital c'est l'agro-industrie la grande distribution qui fait des marges records qui n'ont jamais atteint ce niveau et ce depuis le grand mouvement de dérégulation de l'agriculture qui s'est organisé à partir des années 90 avec une dérégulation de tous les cadres qui garantissaient aux agriculteurs un prix minimum etc entre parenthèses l'Europe c'est le seul continent du monde dans lequel l'agriculture est dérégulée aux Etats-Unis les prix sont régulés et les agriculteurs n'ont pas ces problèmes donc le problème de fonds qui était porté par les agriculteurs et agricultrices c'était ça donc très subversif et donc qu'est-ce qui se passe au final il y a un accord entre le gouvernement et la direction de la FNSEA donc le syndicat majoritaire dont le président n'est pas un paysan c'est un grand patron il est à la tête d'une entreprise dont le chiffre d'affaires est de 6 milliards d'euros et qui lui-même ne respecte pas la loi EGalim qui garantissait quelques petites garanties pour les agriculteurs et donc il y a eu un deal sur le dos des paysans et des paysannes pour faire ça s'appelle un hors-sujet au lieu de répondre sur la question centrale qui était posée sur le revenu des agriculteurs et donc d'imposer aux industriels d'avoir un prix minimum dans les négociations et bien la réponse c'est la remise en cause des normes environnementales ce qui est un recul pour tout le monde et d'abord pour les agriculteurs qui sont très pénalisés et donc derrière en fait avec ce mouvement des agriculteurs on a encore une fois l'illustration de l'impasse des contradictions entre le social et l'environnemental c'est la troisième fois que ça se produit à grande échelle avant il y avait les gilets jaunes et avant il y a eu les bonnets rouges qui étaient partis sur un peu le même idée puisque les bonnets rouges si vous vous souvenez c'était le refus de l'éco-taxe sur les routes et les marchandises et donc ce que vivent les agriculteurs sur les questions environnementales nous on le vit aussi dans l'industrie nous les ouvriers de l'automobile par exemple ils nous disent au nom de l'environnement on est en train d'organiser un plan social massif où les constructeurs en profitent pour amplifier les délocalisations on nous dit le véhicule thermique c'est fini sauf qu'au final en France on ne produit pas plus d'électrique et on délocalise les choses et donc pour éviter par exemple nous que les ouvriers de l'automobile disent le problème c'est les normes environnementales et il ne faut pas avoir des véhicules moins polluants parce qu'évidemment qu'il faut changer la motorisation des véhicules bon après il faut aussi avoir un débat sur l'électrique mais je n'ai pas le temps qu'est-ce qu'il faut il faut répondre à la question sociale et donc nous pour les salariés ce qu'on revendique c'est une sécurité sociale professionnelle et on peut rajouter et environnementale et donc c'est ça qui permettrait pour les ouvriers de l'automobile par exemple de dire votre entreprise il faut la transformer mais on maintient votre contrat de travail on maintient toutes vos garanties collectives pendant qu'on transforme l'entreprise on vous forme et quand on a fini et la transformation de l'entreprise et la formation vous revenez avec un nouveau travail mais aujourd'hui c'est pas du tout ça qui se passe en 5 ans on a supprimé 50 000 emplois dans l'automobile et dans les 5 prochaines années si on ne fait rien il y a encore 50 000 emplois dans l'automobile qui vont être supprimés en silence au nom justement de la transformation environnementale et donc je vais finir là-dessus cette question de la contradiction entre le social et l'environnemental pourquoi elle est centrale ?
parce que c'est là-dessus que l'extrême droite prospère et c'est là-dessus un des points sur lesquels l'extrême droite prend le pouvoir au plan mondial c'est parce que les élites politiques la classe dominante n'a pas le courage d'affronter le capital sur les questions environnementales et donc du coup la transition environnementale c'est nous qui la payons et c'est nous qui en assumons le prix avec des suppressions d'emplois on va nous culpabiliser on va mettre des ZFE etc.
par contre le kérosène n'est toujours pas taxé tout va bien et du coup c'est à cause de ça que l'extrême droite peut prospérer avec un discours climato-sceptique et avec comment dire une forme de bon sens de soi-disant bon sens sur il faut arrêter d'emmerder les gens d'avoir une écologie punitive etc.
mais tout ça c'est très grave évidemment il y a besoin d'avoir comment dire une transformation environnementale mais si on porte la question environnementale sans porter la question sociale et sans affronter le capital c'est une catastrophe pourquoi en Allemagne l'extrême droite progresse très fortement et de façon extrêmement inquiétante parce qu'il y a un gouvernement avec une alliance entre les verts et les libéraux donc avec quelques mesures environnementales intéressantes mais l'austérité budgétaire et rien pour le monde du travail et donc là c'est la catastrophe ce qu'il faut c'est lier le social et l'environnemental pour répondre aux deux enjeux au même niveau sinon on ouvre un boulevard à l'extrême droite et ça va être ça le sujet des élections européennes c'est pour ça que la CGT on organise des grands états généraux sur transformer l'industrie d'un point de vue environnemental c'est possible ça sera fin mai et on va interpeller tous les candidats aux élections européennes à cette occasion là parce que pour nous la question centrale des élections européennes ça va être ça et je m'arrête là je réponds pas aux autres questions pour pas prendre le temps de parole des autres
merci encore un jeu de questions
attend du coup il y a plein de questions auxquelles on n'a pas répondu ouais ouais
euh quoi choisir à quand une union syndicat politique pour une campagne de masse sur le travail est mieux et encore une dernière comment remettre la démocratie au sein des entreprises des questions très très courtes comment remettre la démocratie au sein des entreprises en deux trois minutes ouais
je vais je vais du coup je vais je vais du coup aller sur les quatre jours d'abord pour nous sur la semaine de quatre jours à la CFDT la problématique elle est bonne c'est à dire la question de l'aménagement et de l'articulation des temps par contre la réponse posée en termes de semaines de quatre jours pour nous c'est pas une réponse satisfaisante et c'est une réponse qui peut même être dangereuse si on la travaille pas au plus près là aussi des lieux de travail dangereuse pourquoi parce que si on reste alors si on descend quatre jours en 32 heures pourquoi pas mais c'est quand même pas l'idée générale qui se diffuse hein ouais sinon c'est en quatre jours la semaine en quatre jours c'est une semaine qui est qui a beaucoup de risques en termes d'intensification du travail d'amplitude d'horaire qui sont compliquées à gérer pour les salariés qui font de plus en plus d'aller de temps de transport pour aller travailler et donc comme globalement la semaine en quatre jours c'est pas quelque chose qui se c'est quelque chose qui se discute qui se négocie pas sur lequel on n'est pas forcément en accord on est plutôt nous sur le compte épargne universel qui permet d'adapter d'adapter le travail et d'aménager l'articulation des temps tout au long de la vie la semaine de quatre jours 32 heures là par contre évidemment si ça se met en place dans les entreprises ok mais c'est pas forcément le temps d'aujourd'hui je voulais juste revenir aussi sur la transition écologique parce qu'il y a quand même la loi résilience climat et résilience qui a été votée l'année dernière et qui permet quand même dans les entreprises et notamment par le biais des CSE d'avoir un vrai dialogue social sur la question des transitions énergétiques et sur l'impact que ça peut avoir sur le travail mais aussi sur les questions d'emploi sur les questions d'évolution de métier du coup sur les questions de formation et qui nous semble être quelque chose d'important à prendre en compte pour favoriser et développer pour accompagner cette transition puisque l'accompagnement de la transition énergétique pour qu'elle soit acceptable il faut qu'elle soit juste et du coup cette loi climat et résilience nous semble intéressante là-dessus et donne des opportunités dans les entreprises nous sur les questions de transition énergétique justement pour cette question d'acceptabilité sociale de la transition qui a des impacts évidemment forts sur la vie des citoyens mais qui c'est quelque chose qu'on est dans un mur si on ne fait rien on a aussi mis en mouvement avec certaines associations avec le pacte du pouvoir de vivre qui est un regroupement d'organisations et de la fondation ABPR les mutualités le secours catholique avec lesquels on travaille chacun avec nos regards justement pour porter la parole des questions sociales et des questions sociétales pour avoir une transition écologique qui soit juste voilà et puis tu avais une autre question sur l'entreprise sur le lien avec le politique à quand une grande alliance et pas pour demain parce que moi je pense que c'est important qu'on travaille ensemble à la CFDT on est très attaché à notre indépendance à l'égard du politique dans la mesure où j'ai envie de dire chacun a sa place et chacun son rôle et chacun ses responsabilités ce qui ne veut pas dire qu'on n'est pas amené à travailler ensemble ce qu'on fait ce soir est un élément intéressant du travail qui peut être construit mais on n'a pas les mêmes responsabilités et pour nous c'est important encore plus aujourd'hui je le redis d'être assez étanche et d'avoir dans une phase où tout se fissure dans un moment où la société a tendance à se fissurer avoir des remparts et les remparts ça se construit aussi avec des cohérences et des cohésions et pour nous c'est important de mener notre chemin de syndicaliste de discuter de négocier avec les employeurs qu'on a en face de nous les gouvernements hormis l'extrême droite qu'on a en face de nous de confronter avec les partis politiques nos idées mais ça s'arrête là sur l'union sacrée
merci beaucoup alors peut-être un dernier mot de la fin pour chacun désolé d'avance à toutes celles et ceux qui avaient posé une question et qui n'auront pas eu de réponse tout de suite vous la trouverez peut-être dans le livre ou bien autour d'un verre avec nous après donc Sophie Binet vous commencez
je vais en profiter pour répondre à des questions sur sur les 4 jours en 32 heures oui 1000 fois oui c'est un objectif et une nécessité pour deux raisons d'abord parce qu'il faut mettre le progrès technologique au service du progrès social et environnemental aujourd'hui on a des progrès technologiques majeurs qui permettent de faire des gains de productivité s'il n'y a pas de réduction du temps de travail associé ça veut dire que ce progrès technologique est capté par le capital et ne nous profite pas à toutes et tous le mouvement pour la réduction du temps de travail c'est un mouvement historique qui ne s'est pas fait seul qui s'est fait sur les luttes sociales où c'est grâce aux luttes et au syndicalisme qu'on a réussi et donc c'est le 1er mai a été lancé c'était la revendication sur la journée de 8 heures par exemple qu'on a réussi progressivement à réduire le temps de travail donc c'est le sens de l'histoire c'est ça si on n'a pas de réduction du temps de travail collective organisée par la loi sans réduction de salaire on a une autre réduction du temps de travail ça ça s'appelle le chômage de masse et c'est une réduction du temps de travail imposée par le patronat et que nous payons nous à travers une baisse de revenus donc il faut une réduction du temps de travail collective avec les 32 heures en 4 jours et sur la question front commun ou pas bon je partage ce que dit Isabelle sur le fait qu'il y a des rôles différents quand on est une organisation syndicale on n'a pas le même rôle qu'une organisation politique et c'est important de le rappeler avec un principe d'indépendance qui est très important parce que c'est ça qui fait que la lutte des travailleurs et des travailleuses elle ne peut pas être instrumentalisée pour autre chose c'est ça qui fait que quel que soit le gouvernement la CGT ne dira jamais on ne fait pas grève pour ne pas déranger le gouvernement non si les travailleurs ont des motifs légitimes de faire grève on organisera la grève et c'est ça qui fait aussi qu'on n'instrumentalisera jamais une lutte pour amener un tel au pouvoir ou pour dans un objectif voilà donc ça c'est central c'est très important et c'est ça qui permet aussi quand la gauche est au pouvoir d'avoir un contre-pouvoir qui permette d'affronter les forces de l'argent parce que s'il n'y a pas de force syndicale indépendante fort avec un rapport de force sociale fort les grandes avanciers elles sont liées à cette conjonction entre l'accès au pouvoir et un rapport de force dans la société 36-1945 notamment et 68 c'est des moments où il y a des taux de syndicalisation record et où derrière le politique est obligé de reprendre les revendications du monde du travail donc on a des rôles différents nous dans notre périmètre on fait et on se bat c'est identitaire pour la CGT la question de l'unité syndicale et depuis la mobilisation contre la réforme des retraites c'est un grand acquis qui continue et sur lequel on continue à travailler main dans la main malgré le fait qu'on ait plein de débats sur plein de choses et c'est aussi sain d'ailleurs qu'on soit pas d'accord sur tout parce que c'est ça qui permet que la diversité du monde du travail elle soit reconnue donc nous on fait l'unité et par contre évidemment qu'on a besoin de travailler avec les forces politiques d'une façon générale mais aussi je le dis avec les forces politiques de gauche et de transformation sociale parce que il y a besoin d'avoir un débouché politique à nos luttes sociales en 2010 Sarkozy passe en force sur sa réforme des retraites contre une mobilisation massive mais derrière il se prend une raclée dans les urnes et après il y a la grande trahison qu'on connait avec mon ennemi c'est la finance en quelques mois ça a complètement fondu donc le problème il est là mais en attendant évidemment qu'il y a besoin d'avoir un débouché politique à nos luttes sociales parce qu'on ne peut pas tout faire nous-mêmes sans avoir de gouvernement au service des travailleurs et des travailleuses et puis pour lutter contre l'extrême droite il faut aussi qu'il y ait des alternatives l'extrême droite elle prospère évidemment sur les cendres laissées derrière elle par le néolibéralisme mais elle prospère aussi sur le fait que quand la gauche et la droite font pareil quand ils sont au pouvoir forcément la seule alternative qui apparaît crédible c'est l'extrême droite donc il faut avoir des alternatives progressistes pour montrer et pour démontrer que l'extrême droite c'est une imposture sociale parce que c'est pas comme ça qu'on défend au contraire ils agissent contre l'intérêt des travailleurs et des travailleuses parce que ça organise la mise en opposition du monde du travail pour faire diversion du capital et laisser le capital tranquille et c'est bien pour ça qu'aujourd'hui je vais finir là-dessus le grand danger pourquoi est-ce que l'extrême droite est en train de prendre le pouvoir dans de plus en plus de pays du monde ou est aux portes du pouvoir parce qu'il y a une alliance entre la droite et l'extrême droite qui est en train de s'organiser et c'est ce qu'on a vu avec l'adoption de la loi immigration c'est pour ça que c'est très très très grave ce qu'a fait Emmanuel Macron d'écrire cette loi sous la dictée du rassemblement national c'est qu'en France les dernières digues ont sauté et cette alliance s'est organisée en France alors que jusque là on était protégés de ça cette alliance elle s'est pas faite toute seule elle s'est faite sous l'égide d'une partie du capital en France son nom c'est Vincent Bolloré un milliardaire français qui essaye de prendre le pouvoir sur des médias pour organiser sa bataille culturelle et lui son objectif c'est d'organiser cette alliance pour amener l'extrême droite au pouvoir et pour permettre au capital d'être tranquille pour dérouler ses réformes puisque maintenant il y a une lucidité nouvelle sur les impasses du néolibéralisme et donc maintenant pour le capital et le néolibéralisme la démocratie est un problème parce qu'il y a de plus en plus de gens qui ne sont pas d'accord on l'a vu dans la mobilisation contre les retraites on était tous en désaccord et la démocratie est devenue un problème c'est pour ça qu'ils l'ont imposé en force et donc c'est pour ça qu'ils organisent une alliance maintenant avec l'extrême droite pour pouvoir continuer à dérouler leur politique économique violente parce que sinon ça ne passe pas du tout dans aucun pays donc on a besoin d'une alternative politique pour faire face à ça du coup pour conclure on vous remercie encore les vertus du travail pour nous c'est l'émancipation des travailleurs c'est le développement des relations sociales et c'est le développement des compétences et bien vivre de son travail comme on n'est pas saucissonné quand on travaille c'est aussi bien vivre dans son territoire et on l'a vraiment dit les uns les autres on a là un vrai enjeu de société à faire en sorte que le travail prenne sa place mais que le bien vivre son travail permette de bien vivre dans son territoire et du coup je pense qu'on a aujourd'hui et en tout cas moi je suis déterminée à saisir les opportunités qu'on a aujourd'hui devant nous la première opportunité c'est que les salariés depuis ont fortement relevé la tête et ont exprimé de l'envie d'agir et de l'envie de s'organiser pour agir et que du coup ça nous oblige à continuer et à réussir ces organisations de salariés deuxième opportunité c'est qu'avec l'année dernière on n'en a pas parlé du tout mais il y a eu quand même des assises du travail qui ont permis de mettre sur la place publique un diagnostic et de le partager et de tirer un certain nombre de préconisations sur les sujets d'ailleurs qu'on a beaucoup évoqués cet après-midi et la troisième grosse opportunité me semble-t-il c'est cette négo qui est en cours cette négociation pardon où on doit aborder et où on va aborder les questions notamment de reconversion de parcours professionnel d'usure professionnelle et dans lesquelles la question du travail et de l'organisation du travail a forcément toute sa place et du coup ces opportunités-là il faut qu'on les saisisse parce que l'expression des salariés sur leur volonté d'agir et d'agir ensemble on n'a pas le droit de louper cette étape-là on se doit de réussir ça on se doit de faire vivre la démocratie sociale de l'articuler correctement avec la démocratie politique et ça ça me semble complètement essentiel parce que c'est aussi comme ça qu'on retrouvera de la sérénité de l'apaisement qu'on arrivera aussi à mettre un certain nombre de nuances et qu'on arrivera à redonner à chacun du pouvoir d'agir
Monsieur le train vous avez la parole
merci d'abord dire pourquoi je me suis intéressé à nouveau au mal travail c'est parce que je pense que c'est l'un des biais qui fait que la fierté dans le coeur des hommes et des femmes peut se transformer en honte et ronger les âmes quelque part et que pour moi donc il y a une nécessité d'avoir quelque chose qui est de l'ordre aussi de l'ordre spirituel dans la fierté dans la fierté du travail dans le coeur à l'ouvrage dans le découragement qui peut remplacer le coeur à l'ouvrage j'entendais Sophie quand tu disais finalement il y a peu de lieux où on parle du travail et il y a encore moins de lieux où on voit le travail je le dis en tant que réalisateur ou même en tant que reporter avant toute la difficulté à accéder à un lieu de travail à filmer les corps au travail à montrer le travail dans ma vision moi je suis pour des photographes publics par exemple et des photographes publics qui viendraient prendre pendant une journée aller photographier une infirmière à l'hôpital pendant sa journée de travail et qu'elle puisse ramener ça à ses enfants et qu'elle puisse ramener ça à sa famille comme une fierté de c'est ce que je fais voilà où je travaille parce que sinon le travail est comme un espèce de trou noir qui fait qu'on a des tas de photos de vacances au Mont-Saint-Michel mais ce temps passé au travail n'existe pas
mais ça c'est parce que les patrons refusent l'accès aux entreprises aux journalistes et que le seul moyen de le voir c'est des images corporate organisées par les directions de la com
j'en suis tout à fait conscient pour m'y heurter constamment et même en tant que député maintenant j'ai parfois même plus le droit d'accéder au lieu des locales syndicales donc bon voilà et donc ne serait-ce que reprendre pied pouvoir alors il y avait la loi secret des affaires par exemple qui interdisait à peu près tout en fait en termes d'informations sur l'entreprise bon moi j'avais proposé des contre-amendements qui disaient au contraire permettons aux journalistes d'entrer permettons aux ONG d'entrer permettons à L214 non pas de mettre des petites caméras dans un coin de l'abattoir mais au fond de venir à l'intérieur de l'entreprise de constater d'être là pour ouvrir l'entreprise et que ça soit pas un lieu renfermé et donc je pense qu'il y a un grand sujet sur oui l'image de reconquérir cette fierté au travail par aussi de l'image du témoignage de l'expression exprimée ça veut dire pousser dehors et je pense qu'il y a plein de choses sur le travail qui réclament pour les gens d'être poussés dehors parce que pour l'instant elles pourrissent à l'intérieur à la place pourquoi le travail parce que alors j'ai eu des réflexions qui me disaient le thème de la fin du travail enfin moi j'avais 25 ans j'entendais ça c'était une horreur et là quand je sors un bouquin sur le travail il y a des gens qui me disent mais bon qu'est-ce que t'as avec le travail c'est fini le travail on a plus besoin du travail non enfin je bois un verre d'eau c'est du travail c'est du travail dans le gobelet qui est fabriqué dans l'eau si elle est purifiée tout ça est du travail en fin de compte la société c'est du travail mis ensemble et je veux qu'on porte ça moi c'est se faire ensemble pas seulement vivre ensemble côte à côte mais faire ensemble et là ça pose la question au fond du défi climatique parce que le défi climatique c'est du travail si on veut rénover 5 millions de passoiles thermiques c'est du travail si on veut remettre les rails et les marchandises sur les rails c'est du travail si on veut un atelier de réparation par quartier ou par canton c'est du travail et tout ça tout ce travail là il décide d'être organisé ça sera pas le marché déjà le marché il parvient pas à remplir nos besoins présents il arrivera encore moins à organiser nos besoins à venir et en fait qui sont déjà des besoins présents et je le dis parce que la question pour moi la question centrale aujourd'hui est la question de la place du marché qu'est-ce qu'on sort du marché où est-ce qu'on régule le marché comment on encadre et on entrave le marché cet après-midi je rencontrais des agriculteurs bio place du poil et bonbon à côté de l'Assemblée Nationale le bio les gens ils se serrent la ceinture ils achètent moins de bio donc le marché fait que il y a 100 000 tonnes de céréales bio là aujourd'hui qui sont inutilisées qui vont être transformées en conventionnel du coup il y a des agriculteurs bio qui décident de sortir du bio pour revenir dans le normal qui ne devrait pas être le normal mais pour revenir là-dedans et la question là c'est comment on ajoute un mécanisme qui fait que ce n'est pas le marché qui décide mais il y a l'état régulateur qui vient acheter toutes les productions bio et les fournir aux cantines les fournir aux collectivités les fournir au reste du coeur les fournir aux secours populaires et ainsi de suite mais c'est ce qu'avait fait l'Europe de la PAC pendant des décennies elle achetait les productions qui étaient en surplus ben là pourquoi je le dis pour les agriculteurs en bio et je le dis pour les autres et je le dis pour tous les salariés du pays je suis convaincu que la demande il y a une demande de stabilité il y a une demande de sécurité quand on a un marché qui fluctue en permanence qu'on ne sait pas ce qu'on va devenir demain ça installe de l'inquiétude dans le coeur des gens et je pense que c'est évidemment un moteur du vote rassemblement national et que affronter ce choc climatique réclame du travail organisé j'aurais plein de choses à raconter et donc en fait ça pose la question que veut-on produire où veut-on le produire que ne veut-on plus produire comment veut-on le produire et aujourd'hui ces grandes questions là qui sont les questions décisives elles sont laissées entre les mains à 100% du capital il s'agit qu'on se réapproprie ces questions là et dire que parfois dans la difficulté mais quand il y a la fermeture de Goudieur ça induit beaucoup de discussions avec la CGT sur le pneumatique et ainsi de suite je raconte juste cette anecdote mais CGT qui était quand même bien productiviste chez Goudieur voilà et au fur et à mesure de la lutte les esprits ils évoluent ça donne quoi ?
ça donne que à un moment je pond un tract pour dire voilà finalement il y a besoin de moins de temps de travail pour produire des pneus c'est une bonne nouvelle il y a plus de pneus qui sont réchappés c'est à dire recyclés c'est une deuxième bonne nouvelle et le capital de ces deux bonnes nouvelles il en fait une mauvaise nouvelle en décidant de délocaliser en Pologne mais je prends un tract qui est finalement anti-productiviste qui dit finalement est-ce qu'il y a besoin d'aller produire des pneus la nuit ?
on sait que c'est des taux de cancer supplémentaires et tout ça j'amène mon tract en ayant des grosses inquiétudes sur comment les syndicats vont recevoir la CGT comment elle va recevoir ça comment les ouvriers vont recevoir ça et ils le lisent et c'est eux qui vont le photocopier pour le distribuer eux-mêmes ça veut dire qu'il y a des chemins évidents pour rassembler sur le fait que du progrès technologique peut conduire à du progrès humain et qu'il y a un chemin pour rassembler écologie et sociale je vous remercie à nouveau toutes les deux je vous remercie les organisateurs je vous remercie la maison des métallos mais je vous remercie toutes les deux d'avoir permis d'amorcer ce dialogue ce soir que c'est un dialogue qui évidemment doit se poursuivre sur le travail le mal-travail et le reste chacun à sa place d'accord mais je vous remercie d'avoir pris le temps aussi dans des vies qui on le sait sont compliqués de nouer ce dialogue-là et avec comme enjeu pour nous tous si on se met tous ensemble qu'à la fin c'est nous qu'on va gagner merci à vous
merci encore à tous et à tous d'être venus
pour l'information vous retrouverez le livre merci à tous
merci à tous
François Ruffin