Violence des mineurs : la réaction d'une professeur
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:53OuverteRéponse directe
Que vivent les professeurs sur le terrain ?
- 1:11OuverteRéponse directe
Comment va la communauté éducative d'Argenteuil ?
- 2:06OuverteRéponse directe
Pensez-vous que ce soit un cas isolé ou nombreux établissements concernés ?
- 3:00OuverteRéponse partielle
Quelles sont les sanctions aujourd'hui ?
- 3:52OuverteRéponse directe
Quelles seraient les sanctions à la hauteur ?
- 4:06RelanceRéponse directe
Comment ça veut dire que les enseignants ne sont pas écoutés ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:44PrésentateurFait
« À Argenteuil, une professeure du collège Lucie Aubrac reçoit des menaces de mort. »
- 2:45InvitéFait
« Il y a encore une semaine, je lisais sur un forum d'enseignants, six témoignages de collègues disant, ben voilà, un élève est venu avec un poignard, un élève est venu avec un couteau. »
- 3:19InvitéFait
« On ne peut pas lui faire de la calinothérapie et lui dire, écoute, cette fois-ci tu as mal agi, on te laisse une 125e chance. »
- 5:32InvitéFait
« Admettons que vous excluez définitivement un élève de votre établissement, vous créez une place vide. »
- 6:03InvitéFait
« Il vaut mieux un cas difficile qu'on connaît qu'un cas difficile qu'on ne connaît pas. »
- 7:53PrésentateurChiffre
« Les statistiques du ministère de l'Intérieur laissent croire à une baisse quasi continue des faits de délinquance mineure depuis 2016. »
- 10:51InvitéFait
« La protection fonctionnelle, ce n'est pas une protection policière. »
- 12:21InvitéChiffre
« En France, dans 50% des foyers équipés d'une télévision, la télé est allumée en permanence. »
Temps de parole
- Invité77 %
- Présentateur23 %
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Ce programme est disponible grâce au don de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. La jeunesse française est, elle, de plus en plus violente. De récents faits divers semblent le montrer. Je ne parlerai pas des émeutes à l'été 2023, mais on peut parler du meurtre du jeune Elias, poignardé en sortant de son entraînement de foot dans le 14e arrondissement de Paris. Il ne voulait pas donner son téléphone portable. Le meurtre de Louise, tué à coups de couteau dans l'Essonne. Plus récemment, le meurtre de Mélanie, surveillante de 31 ans devant son collège en Haute-Marne, tué par un collégien.
Et puis la semaine dernière, à Argenteuil, une professeure du collège Lucie Aubrac reçoit des menaces de mort. La communauté éducative publie une tribune de soutien. La ministre de l'Éducation nationale, Elisabeth Borne, réagit. Mais que vivent les professeurs sur le terrain ? On en parle ce matin avec Myriam Meyer. Bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Professeure de lettres classiques, vous avez publié « Wesh, madame, rire et larme d'une prof de banlieue chez Robert Laffont ». Nous vous avions reçu il y a quelques mois. On voulait évoquer avec vous ce qui se passe à Argenteuil. Je crois que vous avez pu être en lien avec la communauté éducative.
Comment va cette communauté éducative ?
Écoutez, moi je suis extrêmement admirative parce que les menaces de mort dont a été victime cette enseignante sont en fait l'acmé depuis quelques années d'une série de faits de violence qui deviennent quasiment structurels dans l'établissement. Ce sont des enseignants qui aiment leurs élèves, qui se battent pour eux au quotidien, mais qui voient les conditions de leur enseignement et donc les conditions d'instruction de leurs élèves de plus en plus mises à mal par une violence qui s'installe.
Et ils ont pris cette décision extraordinairement courageuse de publier une tribune dans laquelle ils racontent ce qu'ils vivent au quotidien, où ils demandent une réponse ferme, un vrai changement à la ministre.
Et les mots sont très forts. Nous sommes à bout, disent ces professeurs d'Argenteuil. Pensez-vous que ce soit un cas isolé ou considérez-vous qu'il y a de nombreux établissements en France où il y a ces faits de violence, ces menaces de mort, ces menaces, ces propos très très violents ?
Moi je ne considère pas du tout que ce soit un fait isolé. Je reçois quotidiennement et je lis quotidiennement des témoignages d'enseignants qui racontent la façon dont leur quotidien en fait est abîmé, est mis en danger par cette violence. Il y a encore une semaine, je lisais sur un forum d'enseignants, six témoignages de collègues disant, ben voilà, un élève est venu avec un poignard, un élève est venu avec un couteau, etc. Et à chaque fois surtout, et c'est ça qui est le plus terrible, les sanctions ne sont pas du tout à la hauteur.
Les sanctions actuelles, déjà on est content quand elles sont appliquées, mais la plupart du temps, si vous voulez, ne suffisent pas du tout à endiguer cette violence. Quelles sont les sanctions aujourd'hui ? Alors aujourd'hui, vous avez à l'éducation nationale le principe de proportionnalité, vous ne pouvez pas...
Ce qui est assez intelligent.
Ce qui est assez intelligent. Cela étant dit, il faut bien comprendre qu'à partir du moment où un élève vient, comme il y a quelques jours, un enfant de 7 ans à Mulhouse, avec une arme blanche dans son sac, on ne peut pas lui faire de la calinothérapie et lui dire, écoute, cette fois-ci tu as mal agi, on te laisse une 125e chance. Je crois qu'à l'heure actuelle, et on l'a vu avec l'affaire de Mélanie, la surveillante, l'élève qui l'a poignardée avait eu un jour d'exclusion parfaite violence. Il avait étranglé un élève de 6e, un jour d'exclusion. Il avait donné un coup de poids à un autre, un jour d'exclusion.
Est-ce vraiment le message qu'on veut envoyer à notre jeunesse sur la dignité de chacun et le sens du respect d'autrui ? Il me semble que ce n'est absolument pas du tout à la hauteur des enjeux.
Quelles seraient les sanctions à la hauteur ?
Je pense qu'à l'heure actuelle, déjà il faudrait qu'elles soient appliquées correctement et qu'il n'y ait pas systématiquement, si vous voulez, cette mise en cause de la parole des enseignants, qui est un fait presque structurel maintenant.
Comment ça veut dire que les enseignants ne sont pas écoutés ?
C'est-à-dire que vous avez, alors je ne veux pas du tout jeter le discrédit sur la profession de personnel de direction, il y en a d'exceptionnels. J'ai eu cette chance-là, moi, d'en rencontrer d'exceptionnels. Vous en avez qui se battent énormément, mais vous en avez aussi beaucoup, malheureusement, qui, lorsqu'un enseignant leur rapporte un fait de violence dont il a été victime, va quand même leur dire, mais il faut se mettre à la place de cet enfant, il a vécu ceci, il a vécu cela. Est-ce que vous êtes sûr que vous ne l'avez pas un peu provoqué ? C'est quelque chose que j'entends beaucoup, quand même, dans la bouche des enseignants.
Ce que vous dites, Myriam Meyer, c'est qu'aujourd'hui, les directions des établissements scolaires n'écoutent pas les professeurs qui se plaignent de faits de violence.
Pas suffisamment. Alors, pas tous, encore une fois, je ne veux pas généraliser, mais il y a ça.
Pourquoi ? Ça peut paraître très étonnant. Quand un professeur vient voir une directrice ou un directeur d'établissement scolaire en leur disant « J'ai eu des menaces de mort, les enfants sont très violents, je ne sais pas le canaliser », on s'attend à ce qu'un directeur ou une directrice d'établissement scolaire prenne immédiatement des mesures.
Alors, il y a plusieurs problématiques. Les personnels de direction sont aussi eux-mêmes en but aux intrusions, si vous voulez, des parents dans la vie de l'établissement. C'est-à-dire que la contestation permanente, en tout cas très fréquente, des sanctions, des punitions, le simple fait qu'on puisse mettre en cause leur enfant dans son comportement peut occasionner de la part de certains parents des réactions très agressives et très violentes. Et les perdirs ne sont pas du tout à l'abri de ça. Ça, c'est la première chose. Il y a aussi un autre problème, c'est qu'admettons que vous excluez définitivement un élève de votre établissement. Vous créez une place vide.
Et donc, il y a fort à parier qu'on va vous envoyer un élève qui a été exclu définitivement d'un autre établissement dans le vôtre. Et c'est une petite phrase que tous les enseignants et les perdirs de France connaissent. Il vaut mieux un...
Les perdirs, c'est les personnes de direction.
Excusez-moi, pardon.
Décryptez l'engagement de l'éducation nationale.
Absolument, c'est notre petit code. Très souvent, on va dire qu'il vaut mieux un cas difficile qu'on connaît qu'un cas difficile qu'on ne connaît pas. Donc, vous avez cette espèce de politique de chaise musicale. C'est pour ça que je dis souvent qu'à l'éducation nationale, on ne règle pas un problème, on le déplace. Donc, il y a ça aussi. C'est-à-dire que le chef d'établissement, il se dit, je vais virer un tel, mais qui est-ce qu'on va m'envoyer ?
Vous parliez des parents, ça c'est très intéressant. On semble avoir vu dans la société une évolution. Avant, les parents étaient toujours du côté de l'enseignant, désormais ils sont toujours du côté de l'enfant. Est-ce que cette analyse, vous la partagez ? Est-ce que vous l'avez vécu ? Est-ce que vous avez des exemples ?
Alors, moi, j'ai eu la chance de rencontrer des parents qui pouvaient être tout à fait du côté des enseignants, qui soutenaient, qui faisaient... L'enfant avait droit à sa mère curiale quand il rentrait à la maison après une retenue ou je ne sais quoi. Mais vous avez effectivement aussi beaucoup de parents qui vont vous dire, mais c'est de votre faute, à la maison il est adorable, ça ne se passait pas comme ça avec Mme Machin ou M. Truc. Évidemment, quand vous discutez avec Mme Machin ou M. Truc, vous apercevez que si, ça se passait exactement de la même façon.
Il y a par ailleurs le sentiment chez de nombreux parents que finalement, parce qu'eux, ils ont des enfants, ils savent ce que c'est que d'être enseignant. Or, je rappelle qu'on l'a vu notamment pendant le Covid, on avait tous les parents de France qui étaient désespérés à bout de nerfs parce qu'ils avaient leurs enfants toute la journée à la maison. Je crois qu'il faudrait un peu rafraîchir la mémoire des Français là-dessus. Ils étaient bien contents que les écoles ouvrent et que nous reprenions en charge leurs enfants.
Il y a vraiment cet état d'esprit que finalement, le travail de l'enseignant est un travail assez médiocre, assez banal, que n'importe qui pourrait faire et qu'on peut donc contester en permanence. Et comme finalement, nos conditions de travail, notre salaire, etc. ont été énormément dégradées, il n'y a plus du tout cette espèce de respect de principe pour notre métier et notre mission.
Myriam Meyer, les statistiques du ministère de l'Intérieur laissent croire à une baisse quasi continue des faits de délinquance mineure depuis 2016, 25% de mineurs en moins poursuivis par la justice depuis cette date. Comment expliquez-vous ce paradoxe entre les statistiques qui semblent expliquer une baisse de la délinquance des mineurs et ce que vous nous dites depuis 10 minutes, à savoir qu'on observe une grande violence de la part des enfants dans les établissements scolaires ?
Je suis toujours fascinée par ces spécialistes autoproclamés qui viennent expliquer à ceux qui ont les pieds dans la boue et les mains dans le cambouis que ce qu'ils vivent et ce qu'ils constatent n'existe pas. Moi, ce que je peux vous dire, c'est que je viens d'une famille d'enseignants et que ma mère m'a souvent dit que le métier que je faisais n'avait plus rien à voir avec celui qu'elle, elle avait fait. Et on l'observe bien, la dégradation. Il suffit d'écouter les collègues. Par ailleurs, il y a un fait qui est intéressant et qu'il faut noter, qui pourrait expliquer aussi ces chiffres. C'est que les gens ont peur de porter plainte. Je vais vous raconter une petite anecdote très simple.
Récemment, dans un établissement où j'ai enseigné il y a des années de ça, un élève s'est fait étrangler. Il s'est fait étrangler jusqu'à perdre connaissance.
Par un autre élève.
Par un autre élève, absolument. Donc, l'élève coupable de ce fait grave a été maintenu dans l'établissement et les parents de la victime n'ont pas osé porter plainte. Pourquoi ? Par peur de représailles. Je vous laisse imaginer ce que ce fait multiplié peut donner en termes de résultats et de chiffres. La réalité, c'est qu'aujourd'hui, beaucoup de gens ont peur. Regardez ceux d'Argenteuil, le courage dont ils ont fait preuve, la force que ça demande parce qu'ils expriment, ils défendent leur cause avec beaucoup de nuance. Ils rappellent qu'ils le font pour leurs élèves parce que c'est toujours une minorité qui crée ce désordre, qui crée cette violence.
Mais quand ils témoignent, ils sont obligés de le faire en cachant leur visage, en changeant leur nom.
Pourquoi ?
Parce qu'ils ont raison d'avoir peur. Je pense que l'actualité, tout ce qui s'est passé ces dernières années, nous l'a prouvé mille fois. Expliquez-vous. Écoutez, Samuel Paty, Dominique Bernard, Agnès Lassalle, récemment Mélanie. Parlons maintenant des enfants. Shamsaydin, Shaina, Elias, les gens ont raison d'avoir peur. Donc, moi, en tant qu'enseignante, je ne peux absolument pas dire comment je réagirais à la place de quelqu'un qui est menacé de mort, qui a été victime de rodéos, comme ils le racontent dans leur tribune, qui se fait saisir physiquement par un élève.
Et comme l'éducation nationale ne suit pas toujours suffisamment, n'est pas toujours à la hauteur de ces mises en danger, je comprends tout à fait qu'ils ne se sentent pas capables, ou ne se sentent pas tout court, d'aller au bout d'une procédure.
Elisabeth Borne, en lisant la tribune, a réagi en moins de 24 heures.
Oui. Mais c'est super. Mais écoutez, si les tweets, pardon, c'est formidable. Mais depuis quand est-ce qu'un tweet a changé quoi que ce soit à la situation des enseignants ? Aujourd'hui, nous avons une enseignante qui n'a obtenu la protection fonctionnelle. Et je rappelle pour les auditeurs que la protection fonctionnelle, ce n'est pas une protection policière. Il ne faut pas confondre.
C'est-à-dire que l'enseignante qui a reçu des menaces de mort aujourd'hui n'est pas sous protection policière ?
Alors là, maintenant, tout de suite, je ne veux pas parler à sa place. Mais en tout cas, dans les jours qui ont suivi ces menaces de mort, elle n'était pas sous protection policière. Et elle a eu cinq jours pour obtenir la protection fonctionnelle, qui est un cadre juridique. Mais dans les faits, elle aurait dû le soir même être sous protection policière. Elle n'était pas sous protection policière. En tout cas, ce n'est absolument pas ce que j'ai compris des informations que j'ai pu obtenir. Donc, quelles leçons tirons-nous de ce qui s'est passé dans le passé ?
La vérité, c'est qu'aujourd'hui, on a des collègues qui ont eu, ils le disaient à la radio récemment, plus de 100 élèves supplémentaires en cinq ans, sans les effectifs qui suivent, sans les moyens qui suivent. Vous savez, très souvent, il y a cette vieille guéguerre, quand on parle de l'éducation nationale. Il y a ceux qui disent, il faut plus de moyens. Et puis en face, non, il ne faut pas plus de moyens, il faut plus de sanctions. Pourquoi exclure ? On a besoin des deux. On a besoin de plus de moyens, on a besoin de plus de fermeté.
Quand on voit cette violence des mineurs, on va essayer avec vous de l'expliquer ce matin, Myriam Meyer. À quoi est-elle due ? Est-ce que ce sont les réseaux sociaux ? Est-ce que c'est une faillite des parents ? Comment vous l'expliquez ?
Alors, c'est multifactoriel pour moi. Évidemment, on ne pourra pas en quelques minutes aborder ce sujet-là. On a un peu de temps, on va essayer. On va essayer. Alors, évidemment, les écrans. Avant même de parler des réseaux sociaux ou des jeux vidéo, les écrans. Vous savez qu'en France, dans 50% des foyers équipés d'une télévision, la télé est allumée en permanence. Depuis des années, on a un certain nombre de neurologues, de pédopsychiatres qui alertent sur ce danger. Il semblerait qu'ils sont enfin en train d'être écoutés. On sait que, notamment par rapport aux neurones miroirs, que cette surexposition très précoce et gigantesque aux écrans modifie beaucoup de choses.
La concentration, bien sûr, mais surtout le sens de l'altérité. Le sens, les émotions, les interactions avec autrui, etc. On sait aussi que ça modifie en profondeur le rapport à la frustration. Or, la frustration, c'est un petit peu la base de l'éducation. Et l'idée qu'on discipline sa violence et sa déception quand on n'obtient pas tout de suite ce qu'on veut. Quand vous arrivez à l'école, au collège, et qu'on vous dit il y a des règles, tu ne peux pas aller au-delà de cette règle, sinon il y aura une sanction. S'il y a cette incapacité structurelle à la frustration, ça va déclencher une violence terrible. Ça, c'est la première chose.
La deuxième, c'est que je pense qu'il y a tout de même une forme de sentiment d'impunité générale. On l'a vu, vous savez, avec le proviseur du lycée Maurice Ravel, qu'un élève avait menacé de le brûler vif. La sanction a été risible. Il a eu, je crois, quelques heures de travaux d'intérêt général, quelques centaines d'euros d'indemnités à verser. Ce n'était vraiment pas du tout à la hauteur de la gravité de la menace. Et on envoie un message. Et de la même façon qu'un élève qui va au collège et qui va insulter un enseignant et qui va être réintégré dans l'établissement sans difficulté, quel message ça envoie aux autres enfants ?
Ça envoie le message que finalement, il n'y a pas de fait si grave que ça, puisque les conséquences ne le sont pas. Et puisque tout en attaquant le corps social, on peut s'y maintenir, il n'y a absolument aucune raison de changer de comportement au quotidien. Et si en plus, vos parents, entre guillemets, valident et cautionnent cette attitude-là et qu'ils ne vont pas soutenir l'enseignant, qu'ils ne vont pas soutenir la communauté éducative, ça donne un cocktail extrêmement dangereux.
Par ailleurs, il faut quand même rappeler qu'on a fermé à tour de bras les instituts médico-éducatifs, les ITEP, toutes ces structures qui permettaient d'accueillir des élèves en souffrance ou en difficulté, qu'on a très peu de médecins, très peu d'infirmières scolaires, très peu de psy, et qu'aujourd'hui, François Bayrou nous dit qu'on va former les enseignants à détecter les signes de détresse mentale. On les détecte, sauf qu'il ne se passe rien.
Justement, vous les détectez, je voulais l'évoquer avec vous parce qu'on parle beaucoup de psychologie des jeunes et du mal-être psychiatrique que peuvent avoir les jeunes. Vous l'avez constaté, vous ?
Oui, absolument. On a des enfants qui sont... D'abord, un enfant qui n'a pas grandi avec suffisamment de cadre est un enfant en souffrance. Il peut être tout à fait violent, il peut être insupportable, mais c'est qu'il y a une souffrance derrière parce qu'ils ont besoin de cadre. Un cadre vous envoie le message que vous êtes aimé et que vous êtes digne d'être élevé. C'est le sens même du mot élève. Il y a une solitude terrible. On ne dira jamais assez que les amis virtuels n'ont pas les mêmes conséquences même au niveau chimique sur le bien-être d'un enfant qu'un véritable ami. On a des enfants qui ne sortent plus, on a des enfants qui ne se frottent plus au réel.
C'est d'intelligence relationnelle en fait, ce dont vous nous parliez ce matin. Une nouvelle convention citoyenne s'est ouverte vendredi à Paris. Myriam Meyer, 130 Français représentatifs de la population tirés au sort chargée de réfléchir au temps scolaire. En tant que professeur, qu'attendez-vous d'un tel rendez-vous ?
Je suis consternée, excusez-moi. Pourquoi ? C'est vraiment l'urgence là ? Est-ce que c'est vraiment l'urgence ? Nous dégringolons dans les classements PISA et Teams, nous ne recrutons plus d'enseignants. Le peu d'enseignants que nous avons parmi cette catégorie professionnelle, le nombre d'émissions augmente, le nombre de demandes de protection fonctionnelle augmente. Nous avons des élèves qui ne sont plus en sécurité, qui n'arrivent plus à apprendre dans des conditions normales. Nous avons des enseignants qui ne vont pas bien. Mais l'urgence, c'est une énième convention qui va coûter combien ? Je le demande. C'est une vraie question. D'ailleurs, ils le réclament.
Les collègues d'Argenteuil, ils réclament plus de moyens, plus d'effectifs, à juste titre. Moi, j'aimerais qu'on arrête avec tous ces machins et ces bidules, ces conventions, ces grenelles.
Et ces comités théodules.
Absolument.
Merci beaucoup, Myriam Meyer, d'être venue ce matin nous parler de l'état de l'éducation et des violences des mineurs. Je rappelle que vous êtes professeur de lettres classiques. Vous avez publié Wesh, Madame, rires et larmes d'une prof de banlieue. C'est chez Robert Laffont. Merci d'avoir été l'invité de la matinale. Et on vous souhaite une très bonne journée. Merci.