La chronique de Caroline Yadan du 23/03/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci de nous rejoindre ce matin sur Radio-J. Elle nous a rejoints en studio comme chaque lundi matin, une semaine sur deux. Caroline Yadant, députée de la 8e circonscription des Français de l'étranger. Bonjour ma chère Caroline. Bonjour ma chère Ilana. Et ravie d'être avec vous ce matin. Alors évidemment, actualité oblige, vous souhaitiez revenir sur les élections municipales.
Il n'y a pas eu d'accord national entre le PS et l'FI pour les élections municipales et il ne saurait y en avoir au second tour, compte tenu de l'inquiétante dérive de la direction de ce mouvement. C'est en ces termes que la résolution du Parti Socialiste, assimilant la rhétorique de Jean-Luc Mélenchon à de l'antisémitisme, a été adoptée quelques jours avant le premier tour des élections municipales. Et pourtant, il aura fallu moins de 24 heures pour que le fruit vénéneux des alliances létales de la honte repousse sur l'arbre politique de l'opportunisme électoral.
Dans plus de 150 communes, socialistes, écologistes, communistes, on dit oui à un parti qui a fait de l'antisémitisme un levier de voix et dont les mots, les insinuations, les codes ne relèvent plus du dérapage mais d'une stratégie assumée du rejet d'une partie de l'humanité. Le message est clair, interdit au niveau national, autorisé au niveau local. S'allier aux insoumis est prohibé, sauf quand ça peut permettre de gagner. Condamnés dans les textes, amnistiés dans les urnes, y compris lorsque le risque de voir gagner le RN n'existait pas, comme à Toulouse, Lyon, Brest, Clermont-Ferrand ou Limoges.
En acceptant ces alliances locales, est-ce que le PS finalement a contribué à légitimer politiquement l'antisémitisme de LFI ?
Et oui, Lana, et c'est précisément cela qui a basculé. L'adhésion par alliance à un parti dont le chef de meute est porté au nu par les néo-nazis de Rivarol et qui aurait fait pâlir feu Jean-Marie Le Pen. Nous ne sommes plus face à des mots isolés ou à des simples dérapages circonscrits, nous sommes face à une mécanique. Des non-juifs jetés en pâture comme au bon vieux temps des années 30 et une foulilard qui applaudit aux allusions qui reprennent les codes de la haine des juifs les plus anciens. Et surtout, et c'est peut-être là le plus grave, cela ne disqualifie plus. Au contraire, cela devient une variable politique acceptable.
Nous sommes entrés dans une ère où l'antisémitisme ne fait plus perdre des voix, il peut même en faire gagner, comme à Saint-Denis, à Roubaix, à Creil ou à Tampon, grâce au vote communautariste et islamiste.
Mais la grande majorité de l'électorat de gauche qui vote LFI ne se vit pas comme antisémite. Mais bien sûr que non.
C'est cela la rupture précisément. Une partie de la gauche dans le déni continue de se penser antiraciste, progressiste, gardienne de la morale. Mais elle accepte désormais, par une indifférence complice, un aveuglement volontaire ou une ignorance malheureuse, la réactivation de tous les schémas qui ont conduit à la Shoah. Et pendant ce temps, une norme s'installe, une norme où un peuple est essentialisé, placé en permanence en risque d'agression. Et cette norme est terrifiante. Et le parti socialiste, en cédant à ses alliances locales, contribue à l'installer.
Et dans tout ça, quel rôle joue l'autre extrême,
l'extrême droite ? Elle joue exactement le rôle que l'extrême gauche attend d'elle. Car ces deux blocs se nourrissent, l'un de l'autre. L'un a besoin de faire peur pour exister, l'autre a besoin d'incarner le rempart pour se légitimer. C'est un face-à-face organisé, presque symbiotique. Mais il ne faut pas s'y tromper, Ilana. Croire que voter pour l'extrême droite serait une réponse à cette dérive est une illusion. C'est même l'inverse. Voter pour l'extrême droite pour sanctionner la France insoumise, c'est lui donner du carburant, c'est lui offrir son meilleur argument. Et puis, c'est oublier une réalité dérangeante.
Sur bien des sujets, les retraites, l'Europe, l'OTAN, la défiance envers les institutions, le complotisme, la fascination pour certaines puissances autoritaires, les extrêmes finissent par se rejoindre. Ils diffèrent dans les maux, mais convergent dans les fractures qu'ils creusent. Et pendant que les extrêmes s'affrontent en surface, ils fragilisent ensemble ce qui nous tient debout. Alors non, le choix ne doit pas être entre les deux extrêmes. Le choix est entre la lucidité et l'aveuglement. Merci beaucoup. Caroline, vous souhaitez conclure ? Oui, c'est ce que nous montrent les résultats de ces élections. La réalité des urnes vient de trancher.
La gauche qui a cédé aux alliances de la honte avec LFI a essuyé hier un nombre d'échecs considérable. À Limoges, à Avignon, à Clermont-Ferrand, à Poitiers, à Thule, à Besançon, les Français ont massivement rejeté ces compromis. Le message est clair. Quand la gauche s'allie avec LFI, elle recule. Quand elle refuse, elle gagne. LFI devient une machine à perdre et c'est heureux. À Strasbourg, à Paris, à Marseille, les élus socialistes qui ont tenu bon, qui ont refusé toute compromission avec les extrêmes ont été élus et c'est un réel espoir. À quelques exceptions près, à Nantes, à Lyon, ces exceptions-là ne suffisent pas à masquer la dynamique profonde.
Les Français ne veulent pas de ces alliances contre nature. La France n'est pas condamnée à choisir entre les extrêmes. Une autre voix s'est exprimée hier, portée par des millions de Français. Une voix de clarté, de refus, de responsabilité, de résistance. La France est à la croisée des chemins. Je veux croire que les Français seront à la hauteur de ces enjeux car désormais, une seule chose compte, le courage, ce courage qui empêche la déflagration, le courage, la mémoire et la lucidité.
Merci beaucoup Caroline Yadant. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Radio-J. Évidemment, une chronique à retrouver en podcast sur Radio-J.fr et sur notre chaîne YouTube. Ne bougez pas. On va revenir à l'actualité également en Israël au Proche-Orient avec Pascal Zenschein à Jérusalem. Tout de suite, c'est le Zoom Israël.
Caroline Yadan