Arnaud Rebotini : "La nuit n'est pas morte avec le covid, elle a survécu"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et à 8h20, on fait l'after sur Inter, juste en sortie de la première nuit de réouverture des discothèques en France. Hier soir, les clubs ont remis le son. Après 16 mois de fermeture, près d'un an et demi, sans boule à facettes et piste de danse, pour en parler ce matin avec nous, l'un des artistes très emblématiques de la nuit française, Arnaud Robottini. Bonjour. Bonjour. Merci d'être en studio avec nous si tôt. Incontournable dans la musique électronique, le grand public vous a aussi dans l'oreille depuis que vous avez signé cette musique que l'on entend derrière nous, la musique du film 120 battements par minute. Et vous avez reçu un César, hein ?
Oui, exactement, en 2018.
Et en ligne aussi avec nous, le député modem du Calvados, Christophe Blanchet. Bonjour.
Bonjour.
Député, fils de patron de discothèques en Normandie et vous-même patron de boîte. D'ailleurs, vous avez fêté dignement cette réouverture hier soir. On m'a dit que vous avez fait une petite tournée des clubs à Saint-Tropez, c'est ça ?
Exactement. Je suis encore à Saint-Tropez, où, avec mon collègue Sereine Mauborgne, qui s'est activement battu depuis 15 mois pour la réouverture des discothèques, on a fait une petite tournée symbolique à Saint-Tropez pour la réouverture des clubs, invité avec l'UMIH, Laurent Lutz, Thierry Fontaine et David Zellouda.
Racontez-nous comment était l'ambiance ?
Ça fait du bien de voir les gens s'amuser de manière légale dans des clubs qui sont dédiés pour cela. Et l'ambiance était un petit peu magique, c'était assez incroyable ce qui s'est passé cette nuit à Saint-Tropez. Comme partout en France que j'ai eu des retours, c'est une sorte de revit la nuit où on se dit que les gens sont amusés. Et le protocole a été respecté ? Pass sanitaire obligatoire ? Exactement. C'était l'une des conditions sur lesquelles nous avons travaillé depuis longtemps et pour ma part, dès le départ. Ce que j'ai pu constater, c'est que ça fonctionne. Les établissements qu'on a faits ont adopté des principes et des protocoles pour demander le pass sanitaire.
Et ça prend trois secondes pour montrer son attestation avec le scan code de TousAntiCovid et pour accéder dans les lieux. Vraiment, il est très efficace là-dessus. Et dans tous les clubs, aux entrées, il y avait aussi la possibilité de se faire tester. Et on a vu énormément de monde se faire tester. Donc vraiment, le retour que j'ai partout en France, c'est une réussite de cette première nuit en France retrouvée de manière légale. Et j'insiste, de manière légale.
Une réussite pour vous, Christophe Blanchet, mais beaucoup de clubs et de discothèques n'ont pas rouvert quand même. Hier, les syndicats disent que près de 80% vont attendre la fin de l'été, la rentrée pour rouvrir parce que le protocole est trop strict.
Le protocole est trop strict. Je pense que ces discothèques vont devoir regarder un petit peu ce qui s'est passé dans le sud de la France, dans l'Est, dans l'Ouest ou dans les clubs qui ont rouvrées. Et voir que ce n'est pas si difficile que ça d'ouvrir. Après, il faut comprendre aussi qu'il y a des clubs l'été qui ne fonctionnent pas traditionnellement. Parce que ce sont des clubs qui fonctionnent à partir de la rentrée septembre ou d'autres. Donc c'est la saisonnalité qui est respectée. Moi, ce que j'ai pu voir hier, c'est que ça marche. Et que celles et ceux qui veulent ouvrir ont la possibilité d'ouvrir.
Mais ce qui était important pour nous, députés aussi, d'acter au niveau du gouvernement, c'est que celles et ceux qui ne voulaient pas ouvrir continuent à bénéficier des aides en attendant la rentrée en septembre. Mais le test qui était très important hier, c'était de montrer que c'est possible, que c'est rapide, que c'est efficace. Parce qu'on peut facilement identifier les personnes qui sont venues si demain un cluster se déclarait dans un club. Et ça arrivera. Mais l'avantage de ce qu'on a pu voir hier à Saint-Tropez, comme partout en France, c'est que vous aviez des gens qui étaient identifiés et testés.
Et que toutes les fêtes illégales auxquelles ils auraient pu participer, ils n'y étaient pas parce qu'ils étaient dans des lieux sécurisés et facilement contrôlables.
Et vous, Christophe Blanchet, vous avez été le député qui a porté la voix de ces établissements dès le début de la crise sanitaire, parfois sous les ricanements de vos collègues du Palais Bourbon. Ça a été long pour vous faire entendre ?
Ça a été long, mais vous savez, vous l'avez rappelé, je suis issu d'une famille qui a fait cette profession des années 60 en Normandie. Pour un part, j'ai géré des clubs pendant 24 ans, donc effectivement, je sais un peu ce que c'est. Évidemment, j'ai vu, malheureusement, mais il faut se forger, il ne faut pas voir ça comme un recul. C'est le quotidien de ce que j'ai vu pendant 24 ans. On ne vous prend pas trop au sérieux. C'est un certain mépris.
Alors que vous êtes un acteur économique colossal, il faut rappeler, c'est 50 000 emplois, en gros, ces établissements de la nuit, 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, c'est colossal.
C'est colossal, c'est 10 000 DJ à travers la France qui rayonnent, et votre invité en plateau le sait mieux que moi, qui rayonne à l'international et qui fait notre savoir-faire, la French Touch, qui se vend partout dans le monde. Donc effectivement, c'est un secteur d'activité comme un autre, mais surtout, moi, ce que je porte comme voix, et il a fallu peut-être 15 mois pour être entendu, mais je dirais moins de 15 mois, parce qu'il y a un an, le ministre Alain Grisé a carrément mis et compris la situation des discothèques et des patrons.
C'est un métier de professionnel, fait par des gérants, des professionnels, et qui savent gérer, qui auront la doctrine de vouloir se faire plaisir à faire plaisir, mais sans participer à la fête, juste pour que les gens puissent s'abuser.
Je vous pose la question qui fâche, Christophe Blanchet, ce matin, au moment où les contaminations repartent avec un variant Delta très contagieux, est-ce vraiment le moment de rouvrir les discothèques ?
Oui, c'est le moment, parce qu'il y a un pass sanitaire, et c'est ça le lieu aujourd'hui où il y a le pass sanitaire, parce que je vous rappelle que pendant 15 mois, quand même, les discothèques étaient fermées, et le virus s'est propagé, et le variant s'est propagé avant même que les discothèques ouvrent. Si on reprend un peu l'historique de ce qui s'est passé l'été dernier, c'est quand même les soirées privées à 80% qui ont participé à la recontamination.
Donc moi, je préfère fortement que tout cela soit centralisé, canalisé dans des clubs dédiés, avec des professionnels, avec des protocoles, plutôt que de leur essayer faire ce qui s'est passé l'été dernier, et ce que l'on voit un peu partout, c'est-à-dire des fêtes sauvages, des soirées privées, où tout se passe sans aucun contrôle, et tous les interdits deviennent légals, illégalement, dans la clandestinité. Donc à un moment, il faut raison garder, et je pense qu'effectivement, il y a un besoin aussi de s'amuser chez les Français.
Merci, monsieur, d'écouter, oui.
Je vais conclure sur cette phrase-là, permettez-moi. Mais hier, ce n'est pas que des jeunes que nous avons vus. C'est toute une catégorie de Français, et d'étrangers aussi, parce qu'il y avait pas mal d'étrangers à Saint-Tropez hier. Mais de tout âge, il y a une envie de s'amuser, de revivre. Et donc, il faut laisser cet espoir de dire, voilà, il y a possibilité, mais il y a des protocoles à accepter.
Merci, Christophe Blanchet, en direct de Saint-Tropez ce matin. Arnaud Robotini, je me tourne vers vous pour la même question. Au moment où les boîtes referment en Espagne et aux Pays-Bas, il fallait vraiment rouvrir hier soir ?
Je crois qu'il est temps de vivre avec le virus. On nous parle de ce concept depuis un moment, alors qu'on a tout fermé. Maintenant, on a accès à un vaccin. Les gens sont libres ou pas de se faire vacciner. Donc, moi, je suis assez pour le pas de sport vaccinal. Enfin, que les gens...
On demande ce QR code à l'entrée.
Oui, ce QR code à l'entrée. Voilà, il faut absolument qu'on puisse revivre, que l'activité économique reprenne, culturelle. Et maintenant, on a de quoi se protéger. Et je pense que voilà, c'est le bon moment. Et ce protocole ? Si les vaccins sont bien efficaces contre les variants, oui.
Ce protocole, il n'est pas trop lourd. 75% de jauge en intérieur, le pass sanitaire, l'obligation de se signaler sur le cahier de rappel numérique ?
La seule chose qui est un peu lourde, à mon avis, c'est le problème de la jauge. Parce que les établissements de nuit, je sais que les discothèques, c'est compliqué pour eux. C'est la même chose pour les festivals ou les salles de concert. La rentabilité, en général, est à près 75% de l'accueil du public. Donc, pour le réseau des SMAC en France, qui sont aidés et qui ont une action culturelle à faire dans les régions, c'est moins problématique. Mais pour des établissements entièrement privés, comme les discothèques, je pense que c'est critique cette jauge. Après, le QR code, je pense que c'est très rapide. On peut organiser les entrées dans les clubs assez facilement.
On a vu hier beaucoup de discothèques rester fermées. Elles attendent septembre. Il y a des clubs, surtout, qui invitent des artistes comme vous. Eux, ils ont appris la réouverture le 21 juin. Ils ont eu deux semaines et demie pour monter une programmation. Ce n'est pas du tout suffisant. Et donc, ces clubs, ils vont rester fermés.
Oui, tout à fait. Il y a effectivement une saisonnalité. Les clubs à Paris sont en général une activité plus réduite l'été. Surtout cette année, avec peu de touristes. J'imagine que le public potentiel est encore moins important. Donc, ils vont attendre septembre. Et effectivement, comme ce ne sont pas que des lieux où on vient goûter le dernier cocktail à la mode et faire uniquement la fête, ce sont aussi des lieux où une certaine culture vit, se développe, s'affirme. Il y a une programmation artistique, souvent internationale. Et donc, ça prend un peu de temps pour pouvoir inviter les artistes et organiser la venue des artistes dans ces clubs.
On a parlé des ricanements quand Christophe Blanchet était à l'Assemblée nationale, qu'il parlait des discothèques. Vous, vous pensez que le gouvernement comprend votre secteur, votre milieu, ce que vous faites, vous, les professionnels de la nuit, des clubs, des artistes comme vous ?
En tous les cas, je ne sais pas s'il comprend. En tous les cas, il y a une contradiction. On ne peut pas me donner un César, donner la Légion d'honneur à Laurent Garnier. Et les lieux dans lesquels ces musiques-là vivent, prennent toutes leurs dimensions, sont développés, ont été créés, restent uniquement sous l'égide du ministère de l'Intérieur.
Vous vous dites, on pourrait dépendre du ministère de la Culture, de Roselyne Bachelot, qui a dit il y a quelques mois, ça ne dépend pas de moi, les clubs et les discothèques.
Là, il faudrait qu'elle révise l'histoire de la musique populaire. L'histoire de la musique populaire a été souvent créée autour de la musique de danse, des lieux de danse qui ont donné leur nom. On peut reprendre l'histoire du rock, tout simplement, l'émergence de cette musique dans les Jukjang, dans les Hongi-Tong, dans le sud des Etats-Unis. La musique disco, les sons disco qu'on entend maintenant partout dans la chanson française, partout à la radio, votre jingle ce matin est totalement disco. C'est un style disco, ça vient d'une termes discothèque. Je ne parle même pas de la house, de la techno.
Même le hip-hop, le rap a eu des grands lieux où cette musique s'est créée et s'est développée à Paris, à New York, dans des discothèques très connues. Les discothèques aussi font partie de l'actif culturel des pays, des villes.
C'est une partie de l'identité française ?
C'est une partie de l'identité, même, je dirais, mondiale. On identifie Berlin par ses clubs, Barcelone par ses clubs, New York par ses clubs et Paris par ses clubs, qui sont des lieux historiques où des scènes émergent, où des sons nouveaux arrivent et aussi un lieu d'intégration de culture, notamment pour les communautés LGBT. C'est des lieux qui ont été très importants aussi dans l'histoire de l'affirmation de ces identités.
Je voudrais savoir dans quel état psychologique est aujourd'hui ce secteur ? Est-ce que la nuit est morte avec la Covid ?
La nuit n'est pas morte avec le Covid. La nuit a survécu parce que la prohibition, on sait très bien que ça ne marche pas très bien. Donc il y a eu, comme le disait Christophe Blanchet, il y a eu énormément de fêtes privées. Il suffit d'avoir des comptes Facebook ou Instagram pour s'en rendre compte. Donc oui, la nuit ne meurt jamais.
Et dans quel état psychologique sont les professionnels de la nuit ou les artistes comme vous aujourd'hui, après 16 mois de fermeture, 16 mois de privation ?
Disons qu'on a été très résilients, comme la population française de manière générale. On a été bien aidés aussi, il faut dire quand même.
Financièrement ?
Financièrement, oui. Je pense que tous les acteurs culturels ont quand même été bien aidés. Mais on a été quand même frustrés, comme les restaurateurs aussi, de notre passion, de ce qui nous fait vivre. Donc maintenant, je pense qu'on est plutôt... J'ai commencé à faire quelques dates. Et quand je rencontre d'autres artistes, on est un peu dans une période euphorique, un peu de reprise et d'espoir. En plus avec l'été, les festivals en extérieur, il y a plein de choses qui font qu'on peut avoir un peu le moral.
Mais à un moment, vous avez pensé à vous reconvertir, Arnaud Robotini ?
Non, parce qu'en plus, moi, j'ai fait beaucoup de studios pendant le confinement. J'en ai profité pour créer, pour composer, pour produire. Et j'ai trouvé que c'était une période relativement inspirante pour un artiste, parce que... inédite.
Ça a été une source d'inspiration, donc, pour vous, cette crise de la Covid ?
Oui, j'ai décidé de faire une série de morceaux pendant le premier confinement, une sorte de journal de bord, un peu...
This is quarantine, c'est ça ?
Voilà, c'est ça, exactement.
On va peut-être en écouter un petit morceau, Digital Lockdown ? Lockdown. Arnaud Robotini, This is quarantine. C'est un pied de nez ?
Ben, oui, c'était plus un besoin de garder du lien social, parce qu'il y a toute une série de remixes, il y a eu des clips faits par Lina avec des images d'archives qui illustraient, en fait, chaque morceau illustrait des moments de ce premier confinement. Et c'était assez intéressant de voir à quel point on pouvait illustrer une période totalement inédite avec des images d'archives, en termes de clips. Donc, il y a eu un travail formidable fait par Lina.
Il y a un autre titre qui s'appelle Chloroquine.
Oui.
C'est de la provocation, un peu ?
Ben, c'est plus sur les débats télé, un peu à l'emporte-pièce, d'une autre chaîne que la vôtre, qui est rouge aussi, et qui a des idées... On ne va pas les citer, ce n'est pas la peine. Voilà, c'est très radical. Et qui ressemble plus à du catch. D'ailleurs, le clip fait allusion à ça, et le texte du morceau aussi.
Vous avez été très productif. Vous avez aussi produit le troisième album de Feu Chatterton pendant ce confinement.
Oui, on était confinés en studio. La vie d'un musicien, on est souvent confinés. Moi, je suis confiné toute la semaine dans mon studio pour créer de la musique. Donc là, avec Feu Chatterton, on a pris un mois à Bruxelles, à ICP, pour produire leur album. Et c'était une belle aventure.
Ça vous a permis de survivre, de vous entraider entre artistes, de vous rencontrer entre artistes ?
Survivre, le terme est un peu fort.
La période a été dure, quand même.
Oui, mais je vous dis, je l'ai trouvée artistiquement inspirante. Après, c'est vrai que c'est angoissant. Et puis, voilà, on a eu quand même assez vite la sensation que le vaccin allait mettre fin à la crise.
Vous pensez que les jeunes et les moins jeunes, d'ailleurs, vont revenir vous voir dans les clubs ? Qu'ils ne vont pas avoir peur de ce variant Delta, par exemple ?
Je crois que les jeunes, ils n'ont pas peur. Vu les fêtes illégales qu'il y a eu, les jeunes n'ont pas du tout peur du variant Delta. Donc, visiblement, il a l'air très contagieux, mais pas très...
Pour l'instant, pas d'hospitalisation en hausse.
Voilà, c'est ça. Effectivement.
Et le secteur a un rôle à jouer auprès des jeunes, justement, pour leur dire, vaccinez-vous, il faut se vacciner quand même aujourd'hui. Et vous en profiterez pour faire la fête. Il y a une opération, par exemple, en ce moment, dans les discothèques, une vaccination, une entrée offerte. Vous trouvez ça bien que le secteur, comme ça, promeuve la vaccination ?
Tout à fait. Moi, je suis très pour la vaccination. Je pense qu'on est vacciné depuis qu'on est tout petit. Je ne comprends pas un peu cette paranoïa. Mais oui, je trouve qu'effectivement, il faut encourager les gens. Et je pense que la réouverture, justement, c'est aussi... Des clubs, c'est aussi un moyen d'encourager les gens, de dire, voilà, vous avez la possibilité de vivre normalement, mais il faut vous faire vacciner.
Et vous avez plein de dates prévues. Ça fait du bien, quand même, de retrouver le public.
Oui, ça fait du bien de retrouver le public, de retrouver une activité, de pouvoir avoir un programme de sortie aussi des EP, des albums normales.
On va citer quelques dates. Le 14 juillet, la semaine prochaine, il y a une Garden Party, c'est ça, à l'Hippodrome de Longchamp, à Paris ?
Exactement.
Le 16, deux jours après, vous serez à Nancy. Et donc, le 17, au Jurassic Festival, à Duras, dans le Lot-et-Garonne.
Voilà.
Merci beaucoup, Arnaud Robotini, d'avoir été en studio avec nous ce matin. Je remercie encore le député Christophe Blanchet, qui était en direct de Saint-Tropez. Et je vous souhaite une bonne journée.
Christophe Blanchet