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interviewSud Radio — L'invité politique· 8 juillet 2026 29 min

L'invité politique Sud Radio - Avec François Bayrou, ancien premier Ministre, ancien maire de Pau et auteur de "alerte sur la France qui vient"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Sud Radio, l'invité politique, Jacques Cardoz. Il est 8h17 et je suis très heureux d'accueillir François Bayrou dans le studio de Sud Radio. Pourquoi ? Eh bien parce que François Bayrou, vous avez décidé de réserver votre parole à Sud Radio après la folle journée que nous avons connue hier. Marine Le Pen, contre vents et marées, a décidé de se présenter à la présidentielle. Certes, elle est condamnée pénalement, mais pas empêchée juridiquement. D'abord, bonjour M. Bayrou et merci d'avoir accepté notre invitation. Tout simplement, quelle est votre réaction à cette journée d'hier ?

0:37
Invité

Bon, c'était une journée comme il y en a souvent dans la politique française, d'ailleurs dans la politique du monde. C'était une journée un peu folle, absolument frappante par le suspense. Mais pour ma part, au fond de moi, je trouve que tout ça, il faut en faire du bien. Je pense que tout ça, ça doit être bien. Pourquoi ? Premièrement parce que le jugement, vous le voyez bien, rechercher un certain équilibre. C'est-à-dire à la fois la confirmation de la reconnaissance d'un certain nombre d'errements. Et puis deuxièmement, le respect du principe de ne pas porter atteinte au droit de l'électeur, de choisir son candidat et son président.

1:39
Présentateur

Vous vous étiez dit, pardon, troublé après le jugement, justement pour ces deux raisons que vous venez d'évoquer. Cette fois-ci, vous n'êtes plus troublé.

1:47
Invité

Non, et vous voyez bien que ce que j'avais exprimé, j'étais Premier ministre, c'était donc... Oui, c'était une parole fort. J'avais posé les mots... Absolument. J'avais affirmé ce trouble à propos de l'exécution provisoire. Tout à fait. Parce qu'il y a un principe de droit que je considère comme intangible, c'est qu'il faut toujours avoir un recours devant un jugement. Et donc, sur le fond, parce que c'est ça qui m'intéresse, la France va pouvoir avoir le débat auquel elle a droit. Alors, le débat de l'élection présidentielle, c'est un débat pour que le pays saisisse et choisisse le destin qui doit être le sien. On va y venir.

Si ça n'avait pas été le cas, il y aurait eu des polémiques incessantes. Et là, il y aura des polémiques parce que c'est le lot de la politique française. Mais au moins l'électeur, le citoyen, va voir devant lui se former le débat par lequel il doit choisir son avenir.

2:47
Présentateur

On craignait justement, c'est ce que vous disiez, on craignait le pouvoir des juges après le premier jugement. Le fait que les juges, quelque part, s'immiscent et s'invitent dans un débat politique. C'est un peu le sens de ce que vous aviez dit. Est-ce que vous pensez que les magistrats, quelque part, l'ont compris, qu'il faut désormais laisser le peuple décider et que, quelque part, ils étaient allés trop loin ? Vous avez parlé de correction après ce premier jugement. J'en ai pas parlé. Non, mais à l'instant, vous dites qu'il y a une forme d'équilibre qui a été trouvée. D'équilibre.

3:15
Invité

Pardon, correction, c'était peut-être pas le bon terme, mais d'équilibre. D'équilibre. Ne changeons pas les mots, ils sont très importants dans ces affaires. Et donc, il y a la recherche d'un équilibre, et vous le voyez bien. Cet équilibre, il va être d'ailleurs enrichi par le pourvoi en cassation, dans lequel est recherchée la question de fond sur est-ce qu'il est normal qu'un assistant parlementaire fasse ou pas de la politique nationale.

3:48
Présentateur

Alors, je rappelle que le Modem a fait l'objet d'une enquête sur les faits présumés, des faits qui sont similaires et en même temps beaucoup moins importants, beaucoup moins forts. Entre 2005 et 2017, des fonds destinés à rémunérer des assistants parlementaires européens auraient servi à payer des collaborateurs travaillant en réalité pour l'UDF et le Modem à l'époque. Donc, c'est une affaire similaire, mais on a bien compris que les faits n'étaient pas identiques.

4:15
Invité

Si vous voulez bien, j'ai bien entendu Marine Le Pen a dit hier soir, et elle avait dit d'ailleurs depuis des mois que...

4:22
Présentateur

Et d'ailleurs, je vous propose, M. Bayrou, je vous propose justement d'entendre les quelques secondes où elle compare la situation à la vôtre. On l'écoute.

4:31
François Bayrou

Oui, je viens de dire que j'ai les mains propres, et encore une fois, je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer. Quand commence... Je note quand même que, pour les mêmes faits, M. Boulot, permettez-moi, pour les mêmes faits, M. Mélenchon a fait l'objet, a bénéficié d'un non-lieu, et M. Bayrou a été relaxé. Ce n'étaient pas du tout les mêmes montants, Mme Le Pen. C'est tout à fait les mêmes faits.

4:53
Invité

M. Bayrou. Alors, j'ai été relaxé, comme un certain nombre de ceux qui travaillaient avec moi, et quand Mme Le Pen dit que ce sont les mêmes faits, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai pour deux raisons principales, et qu'il est bon de rappeler, et évidemment de ne pas laisser courir ce genre d'affirmation. Vous êtes là pour ça ? Premièrement, je n'étais pas député européen. C'est une grosse différence. C'est une grosse différence, parce que c'est en tant que député européen que les, entre guillemets, détournements, quelle que soit leur nature, ont été faits. Je n'étais pas député européen.

Et deuxièmement, le jugement du tribunal dit en toutes lettres que chez nous, il n'y avait pas de système, il n'y avait pas d'organisation mise en place pour obtenir des financements supplémentaires.

5:55
Présentateur

Ça veut dire quoi, M. Bayrou ? Ça veut dire qu'à l'époque, on considérait que la règle n'était pas très claire, et que donc il y avait une porosité, finalement, entre ce que pouvaient faire les assistants parlementaires, entre ce qui relève de l'Union Européenne et ce qui ne relève pas de l'Union Européenne.

6:09
Invité

Le pourvoi en cassation est utile, mais qui dit que le pourvoi en cassation va dire ce qu'est la réalité de l'affectation de cette accusation de détournement pour des assistants parlementaires. Mais je veux répéter devant vous, parce que pour ne pas laisser croire ou entendre même par allusion que c'était la même chose, « Je n'étais pas député européen ». C'est en tant que député européen que Marine Le Pen est poursuivie. Et deuxièmement, le tribunal écrit en toutes lettres que dans notre cas, il n'y avait pas le système dont on nous avait accusés. Je vous donne un indice pour aller dans ce sens-là.

Les montants que les magistrats affirment que nous aurions indûment mis en cause, c'est 1,5% de la masse salariale pendant 10 ans. Vous voyez que ça n'a absolument rien à voir avec une organisation de détournement, entre guillemets, parce que la Cour de cassation va pouvoir dire si détournement il y a ou pas.

7:19
Présentateur

Alors en ce qui vous concerne, il y a l'appel de la relaxe qui arrivera en octobre. C'est bien cela ? En septembre. En septembre. Vous partagez une histoire, on peut dire, et des propositions communes avec le Rassemblement National, comme notamment la proportionnelle. Hier, on a entendu Edwige Diaz, député et porte-parole du Rassemblement National, dire que désormais le problème du RN, ça allait être le financement. Peut-être qu'avec cette condamnation, ce sera même peut-être encore plus compliqué.

Est-ce que vous réitérez aujourd'hui à ce micro, le fait que c'est un problème pour le RN de ne pas avoir suffisamment de fonds pour pouvoir concourir d'une certaine façon dans la logique de ce que vous avez toujours dit ? C'est-à-dire que c'est au peuple de décider.

8:00
Invité

Je ne crois pas qu'aujourd'hui, en raison des ressources considérables qui sont les siennes, parce que le nombre de députés que cette formation politique a désormais lui permet des financements importants, après je ne sais pas comment tout cela est géré, je n'ai aucune indication sur tout ça, mais vous vous souvenez que j'avais proposé l'idée d'une banque de la démocratie qui aurait été mise en place pour répondre à des problèmes de cet ordre parce qu'il n'est pas normal que ce soit des banques privées qui décident toutes seules si une formation politique ou une campagne électorale est finançable ou pas.

Et donc j'avais proposé cette idée, elle avait été reprise par le président de la République dans son programme, et puis le gouvernement de l'époque ne l'avait pas accepté, et je considère que c'est un manquement.

8:53
Présentateur

François Bayrou, on a tous été surpris quand même par la position de Marine Le Pen hier, qui a décidé de se pourvoi en cassation. Tout le monde imaginait peut-être à tort qu'elle accepterait cette condamnation en appel. Vous auriez pris la même décision ?

9:08
Invité

Honnêtement, j'attendais cette décision puisqu'elle avait dit qu'avec bracelet jamais elle ne ferait campagne, et je comprenais très bien qu'avec un bracelet vous ne pouvez pas faire campagne, tout ça n'a aucun sens. Et donc la décision qu'elle a prise, c'est une décision parce que le calendrier des magistrats et de la Cour de cassation fait que probablement la décision sera prise tard, ce qui fait que la campagne électorale pourra avoir lieu. C'est ce qu'elle croit. Alors vous savez, il y a un débat terrible parmi les juristes. – Personne n'est d'accord sur ce que pourrait décider la Cour de cassation. – Débat qui n'a jamais été tranché, je résume le débat pour que ça soit clair.

– Oui, on l'a évoqué ce matin sur l'antenne de surréal. – Beaucoup de juristes disent, si la Cour de cassation casse le jugement d'hier, alors ça veut dire qu'on revient au jugement antérieur, c'est-à-dire à l'inéligibilité immédiatement applicable. Et d'autres disent, plus nombreux je crois, d'autres disent, mais non, le jugement de la Cour d'appel infirme sur ce point, le jugement du tribunal, de la première instance.

10:21
Présentateur

– Est-ce qu'on peut faire campagne lorsqu'on est repris de justice ? On entend beaucoup, dans l'opposition de Marine Le Pen, on entend beaucoup cet argument.

10:30
Invité

– Oui, je m'efforce de ne pas employer des mots qui soient des mots qui peuvent être appliqués à beaucoup dans le monde politique. On est dans un temps où…

10:38
Présentateur

– Et d'ailleurs, on rappelle qu'avec le pourvoi en cassation, elle sera présumée innocente, officiellement.

10:42
Invité

– On est revenu, on est dans un temps d'une extrême violence dans la vie politique. Et donc je m'efforce de ne pas employer des mots qui soient des mots de stigmatisation, même si je suis, comme vous le savez, un adversaire déterminé du RN et des extrêmes en général. – Je veux en dire un mot, une phrase sur ce point. Jamais dans l'histoire du monde, jamais, la prise du pouvoir par l'extrême droite ou l'extrême gauche n'a apporté du bien à un pays. Pour deux raisons principales.

La première, c'est que ce sont des mouvements qui divisent la société, qui jettent les uns contre les autres, qui multiplient les accusations pour que les uns soient rejetés et les autres, au contraire, soient glorifiés. Tout ça, cet affrontement de violence, est le contraire de l'intérêt du pays. Et deuxièmement, la politique du bouc émissaire, qui consiste pour les uns à dire, on va faire payer les immigrés et l'Europe, et pour les autres, à l'extrême gauche, à dire, on va faire payer les riches et en jouant avec tout un tas de mots et de thèmes et d'allusions qui sont en réalité de l'antisémitisme. C'est les juifs que l'on vise.

Et encore récemment, de manière, pour moi, tout à fait évidente, tout ça, c'est faire reculer le pays. Il n'y a qu'une manière de faire avancer le pays, c'est pourquoi j'ai écrit ce livre, de lui dire la vérité sur la situation comme elle est, de la lui expliquer alors qu'elle n'a jamais été expliquée clairement par personne. C'est le premier livre grand public qui explique ce que c'est...

12:35
Présentateur

On va y venir dans un instant. Alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire. On va y venir dans un instant.

12:41
Invité

Ce qui fait avancer un pays, c'est la vérité partagée. Mais ce qui fait reculer le pays, c'est la division, l'affrontement et la politique du bouc émissaire.

12:50
Présentateur

Une dernière question sur l'épisode RN. Et puis ensuite, on va aborder d'autres sujets, et notamment tout ce dont vous parlez dans ce livre, parce que c'est évidemment ce qui intéresse, et c'est l'avenir du pays qui est en jeu. Mais une dernière question. Est-ce que vous pensez que l'opinion pardonnera cette condamnation à Marine Le Pen de trois ans de prison, et que la poussée Rassemblement National finalement est trop forte et que les gens se disent, en termes éthiques et en termes morales, eh bien tant pis, elle est condamnée, mais on veut que ce soit elle. Parce que c'est un peu ce qu'on entend.

13:21
Invité

Votre formulation laisse entendre que c'est joué à l'avance. Non, non. Que le pays a choisi. Moi, je ne crois pas ça. Je pense que le pays... Je regarde les dynamiques.

13:32
Présentateur

Comme vous le disiez à l'instant, il y a deux dynamiques qui se sont face, LFI et RN.

13:36
Invité

Le pays est à la veille du plus grand choix qu'il ait eu à prononcer depuis très longtemps. Et ce grand choix touche à son avenir, et singulièrement à l'avenir des plus jeunes. J'ai écrit ce livre pour éviter ce que j'appelle la guerre des générations. Et pour expliquer que si on ne veut pas la guerre des générations, il faut l'alliance des générations. Il faut que tout le pays, dans son ensemble, décide de prendre les décisions nécessaires pour que les jeunes aient enfin une place et que le pays lui-même retrouve son équilibre et on en est très loin. Et donc, c'est cette orientation qui est la seule qui permet au pays d'avancer.

14:16
Présentateur

François Bayrou qui est avec nous, invité exceptionnel de Sud Radio ce matin. Et je montre à l'antenne, en même temps sur YouTube, la couverture de votre livre. François Bayrou, alerte sur la France qui vient. On va y venir dans un instant, M. le Premier ministre, puisque, effectivement, vous abordez des questions qui sont les questions majeures. La pauvreté, la dette, enfin tout ce qui, évidemment, sera absolument au cœur et doit être au cœur du débat sur la prochaine présidentielle. Et puis, on vous demandera, parce que vous n'êtes pas encore très bien exprimé au sujet de la présidentielle 2027, quelle est votre vision ? Quels sont ceux vers qui vous pourriez aller ?

Ou quels sont les arguments qui pourraient vous faire soutenir l'un ou l'autre des candidats ? Il est 8h32, on est sur Sud Radio. M. Bayrou est avec nous. A tout de suite. Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Jacques Cardoz. 8h35, François Bayrou est l'invité exceptionnel de Sud Radio. Ce matin, on parlait évidemment de la décision de Marine Le Pen de se lancer dans la course à la présidentielle, malgré les événements judiciaires d'hier. On aborde maintenant un deuxième thème avec vous, M. Bayrou. Votre livre, Alerte sur la France qui vient, est un livre qui puise, j'imagine, dans votre expérience toute récente de Matignon, votre constat.

Vous avez eu des mots précis et constants, notamment sur la dette française. On va y venir, mais sur Sud Radio, on entend beaucoup d'auditeurs qui nous appellent au sujet des prix du carburant. Et je lis page 195 dans votre livre, Alerte sur les générations futures. Vous y faisiez allusion à l'instant. Vous dites, voilà, on a un manque de moyens publics, manque de moyens privés, manque de moyens pour l'État, manque de moyens pour les particuliers. Vous dressez un constat qui est quand même terrible. Et vous terminez ce chapitre, ce petit paragraphe, par « C'est certain, la France s'appauvrit ».

16:04
Invité

Ça se lit tous les jours. Il y a des chiffres nationaux et internationaux qui montrent ça.

16:11
Présentateur

Et vous citez juste après, effectivement,

16:14
Invité

le point de vue en PIB par habitant. Si j'ai essayé de prendre un pays de comparaison, et j'ai pris un pays qui n'est pas la puissante Allemagne, dont on pourrait discuter d'ailleurs la crise qui vient aujourd'hui, j'ai pris un pays qui, de ce point de vue-là, n'a pas l'assise. Et j'ai pris les Pays-Bas. Écoutez bien, si l'on prend le produit intérieur des Pays-Bas et qu'on essaie de l'estimer pour chacun des habitants, et ce chiffre qui s'appelle le produit intérieur par habitant, celui des Pays-Bas est supérieur à celui de la France de 30%. C'est terrible.

Est-ce que vous pouvez, et ce n'est pas un pays où il n'y a que des génies, et ce n'est pas un pays dont on puisse dire que la société est cruelle, que les gens ne sont pas soignés, qu'il y a de l'esclavage, c'est un pays à peu près... Tout à fait comparable au nôtre. Comparable au nôtre. Est-ce que vous imaginez la situation si chacun de ceux qui vous écoutent avait 30% de salaire de plus ? Et si l'État avait 30% de ressources de plus ? Même 15%, même 10% de ressources en plus, nous n'aurions plus de déficit. À quoi c'est dû, M. Bayrou ?

17:38
Présentateur

À notre incapacité à résoudre les crises ? Et vous l'avez dit lorsque vous étiez à Matignon, vous avez essayé d'obtenir des arbitrages... Je l'ai même dit depuis plus longtemps,

17:46
Invité

puisque j'ai fait des campagnes présidentielles sur ce sujet. C'est dû à quoi ? Oh, c'est très simple. Il y a 50 ans, que la France n'a pas voté un budget en équilibre, singulièrement à partir de 81. Et ce déficit annuel multiplié chaque année, c'est très simple. Lorsque vous n'avez pas assez de ressources pour payer vos dépenses, il faut emprunter la différence.

18:11
Présentateur

Oui, et en plus, maintenant, il y a la charge de la dette qui augmente.

18:13
Invité

Alors, vous empruntez la différence, et on a eu comme ça une sédimentation, comme au fond de la mer, pendant des décennies, pendant presque cinq décennies, quatre décennies et demie au moins. Et on se retrouve avec une montagne de dettes qui est absolument impossible à imaginer, puisque c'est plus de 3 500 milliards. Simplement, on n'a jamais remboursé un euro de la dette. Vous entendez tous ceux qui nous écoutent ? Jamais la France n'a remboursé un euro de la dette. Quand on doit rembourser les échéances, on emprunte à nouveau le même montant, plus le déficit de l'année qui vient. On est dans un cercle infernal.

Or, depuis quelques années, quelque chose s'est non pas produit, mais révélé, c'est que même si on ne rembourse pas le capital, il faut payer les intérêts. Et les intérêts de la dette, désormais, sont devenus hors de contrôle. Alors, comment faire maintenant, François Bayrou ? Je donne les chiffres simplement pour que ceux qui nous écoutent les aient en tête. Il y a quelques années, les intérêts de la dette, c'était entre 20 et 30 milliards. Cette année, ça sera 80 milliards. L'année prochaine, plus de 90. Et puis, d'ici à 2030, on va monter, dit la Cour des comptes, à près de 120 milliards. Mais s'il vous plaît, donnez-nous un peu d'espoir. Comment va-t-on faire ? Or, attendez, non, non.

Non, non, d'abord la vérité. C'est parce qu'on a refusé la vérité qu'on en est là. Et donc, moi, mon engagement, c'est que la vérité soit dite. Et je dis 120 milliards dans 3 ans ou 4 ans. Or, le montant total de l'impôt sur le revenu que vous payez, vous, beaucoup, que paie chacun de ceux qui nous écoutent, écoute, chacun dans sa famille, dans son foyer, le montant total de l'impôt sur le revenu de tous les Français, de tous les foyers français, de tous les revenus français, c'est 90 milliards.

Donc, l'année prochaine, le montant total de l'impôt sur le revenu payé par ceux qui nous écoutent, partout dans toutes les villes et dans tous les villages, additionnés à l'échelon national, ne suffira pas à couvrir les intérêts de la dette. C'est exactement une situation de sur-endettement.

20:35
Présentateur

Et ça signifie que les investissements sont désormais impossibles ? En tout cas, ils vont être de plus en plus difficiles. Alors, donnez-nous un peu d'espoir, quand même. Parce que, et vous le dites, à travers votre livre, ça se ressent, que vous ne donnerez pas crédit, et je précise à tous ceux qui l'auraient oublié, vous avez été quelque part faiseur de roi, et que vous vous êtes à chaque fois prononcé en faveur d'un président de la République, et en l'occurrence, voilà, tout le monde s'en souvient, il y a 9 ans pour Emmanuel Macron, et ça avait été absolument déterminant.

Et donc, dans la perspective de la saison prochaine, vous ne donnerez pas qui tue ça à n'importe qui sur ce critère-là. C'est ce que vous dites. Vous dites que le critère de la dette sera, pour vous, fondamental. Pas seulement celui-là.

21:18
Invité

Quelle est la question ? La question, c'est, est-ce qu'entre citoyens français, on est capable de se dire la vérité ? Et de voir, en effet, le caractère dépassé d'un certain nombre de nos organisations. Parce que, si nous voyons cette menace qui est désormais comme une épée de Damoclès dont le fil serait tranché au-dessus de notre tête, alors, on n'aura pas, on n'aura plus les moyens que tous les candidats promettent d'augmentation des uns, de subvention aux autres, de prise en charge.

21:56
Présentateur

De fonctionnaires plus importants dans les hôpitaux.

21:57
Invité

De prise en charge. Bon, on n'aura pas ça. Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il faut changer l'organisation du pays. Ça veut dire que... Écoutez bien... Ce serait la première réforme majeure. Écoutez bien ce que je vais... Je vous en prie. Ce que je vais vous dire. La France dépense 20% de plus que ses voisins pour ses dépenses publiques. Est-ce qu'on est mieux soigné, mieux éduqué ? Est-ce que les gens sont contents des services publics ? Est-ce que le pays est plus optimiste ? À ces quatre questions, la réponse est non. On a donc un devoir de reconstruction, de repenser.

Je l'ai proposé à la tribune de l'Assemblée nationale et les oppositions, les partis politiques se sont mis ensemble pour dire non, nous ne voulons pas entendre ça. L'espoir, ça consiste à penser cette reconstruction du pays. Et il faut le penser dans une alliance des générations. Parce que vous voyez bien, lorsqu'on constate le fait que la moitié de l'endettement est allée pour compléter les pensions de retraite. Ce n'est pas tonnable. Or, il y a des gens qui disent qu'il faut faire payer telle génération et telle autre.

Moi, je crois qu'il faut que les générations plus avancées et les générations les plus jeunes soient dans une alliance indestructible pour trouver une organisation du pays qui nous permette non pas d'être aussi efficaces, mais d'être beaucoup plus efficaces. parce que nous ne sommes pas efficaces. Ça ne marche pas. Ça ne marche pas dans des tas de domaines et les Français le savent bien. Et en dépensant moins. Et vous voyez à quel point ça exige de croire en l'avenir. Ça exige de penser différemment. Ça exige de sortir des moules ou des chemins battus habituelles.

23:53
Présentateur

Pour dépenser moins, certains disent et préconisent même que peut-être ce ne serait pas une mauvaise idée que la France soit mise sous tutelle du FMI. Est-ce qu'il faut en arriver là puisqu'on ne sait pas le faire de l'intérieur ? Est-ce qu'il faut finir par espérer que des forces extérieures, en l'occurrence le FMI, puissent nous demander de faire des efforts qu'on n'arrive pas à décider nous-mêmes ?

24:12
Invité

La mise en tutelle du pays, ça serait à nos yeux et aux yeux de tous ceux qui nous entourent, un drame pour la France épouvantable. Concrètement, ça voudrait dire quoi ? Ça veut dire que vous perdez votre capacité de décision, ce que la Grèce a fait. La Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal ont toutes réussi à redresser leurs finances publiques. La Grèce, comme vous vous en souvenez, dans cette violence imposée par le FMI, par l'Union Européenne, et donc tout cela exige que nous prenions nous-mêmes les choses en main.

24:53
Présentateur

Alors justement...

24:54
Invité

Je crois que ça serait une défaite et il ne faut pas accepter cette défaite.

24:59
Présentateur

Qui, en 2027, M. Bayrou, qui serait le meilleur porteur de ce que vous appelez, à savoir prendre notre destin en main ? Edouard Philippe, dimanche, a beaucoup parlé de la génération qui vient. Est-ce que ça vous touche ?

25:11
Invité

Non mais je fais la différence entre les discours et la capacité d'une femme ou d'un homme à faire vibrer le plus profond du pays. Pour l'instant, je ne vois pas qui peut faire ça. Mais il va se passer beaucoup de choses dans les mois qui viennent.

25:29
Présentateur

Vous attendez avant de vous prononcer ? Je vous rappelle,

25:32
Invité

la candidature d'Emmanuel Macron, c'est novembre.

25:36
Présentateur

Oui.

25:37
Invité

Vous vous souvenez de la situation qui était celle du Dominique Strauss-Kahn, qui était celle de Alain Juppé, qui est un homme que j'estime beaucoup. Vous voulez dire qu'il y a toujours beaucoup de revirements dans une campagne et qu'il vaut mieux attendre ? Ils étaient tous en tête. Non, il faut chercher qui a la capacité de regarder la réalité en face. Pour l'instant, ça n'est pas...

26:03
Présentateur

Qui serait le plus en adéquation avec cette réalité ?

26:05
Invité

Gabriel Attal ? Je ne fais pas... Gabriel Attal ? Je ne fais pas d'engagement sur les personnes. Je regarde ce qui va se passer. D'autres figures vont apparaître, je le crois. François Hollande ? Je ne veux pas dire que je l'espère. Je le crois. François Hollande ? C'est ce qu'on dit. C'est ce qu'on murmure. Pas les noms que vous évoquez. Il y en aura d'autres, je le crois. D'autres vont arriver. Et pour moi, il y a deux critères. Le premier de ces critères, c'est est-ce que celui-là a le courage de dire la vérité comme elle est ?

Deuxièmement, est-ce qu'il a l'imagination, la capacité de création, de créativité pour dire on va faire différemment, on va organiser le pays différemment et on va souder les forces pour avancer. Pour l'instant, dans l'offre politique, comme vous dites, vous les journalistes, je ne vois pas de réponse à cette question, mais elle va venir la réponse d'ici à l'automne. L'élection présidentielle, ça se joue quand ? Ça se joue entre novembre et février. Je vous rappelle que l'alliance que j'ai faite avec Emmanuel Macron, c'est 22 février. Et ça a changé comme... Je crois assez profondément le cours de la campagne électorale. Tout de suite, on l'a vu dans les sondages. C'était il y a...

Le cours de la campagne électorale. Et ça s'est traduit dans les fées. Il y aura des prises de conscience de cet ordre. Il y aura des trahisons. Il y en a beaucoup. Il y a un monde politique qui est spécialiste dans les trahisons. En gros,

27:37
Présentateur

ce que vous êtes en train de nous dire, M. Bayrou, ce matin, au micro de Sud Radio, c'est qu'il y aura un troisième homme qu'on ne le connaît pas. Ou une femme.

27:46
Invité

Vous pensez à quelqu'un ? Vous pensez à quelqu'un en particulier ? Comprenez-moi. Je ne suis pas là pour faire la campagne... Non, non, il ne s'agit pas de ça. Mais il s'agit de faire comprendre

27:53
Présentateur

aux auditeurs qu'une campagne présidentielle, il peut se passer plein de choses. Je pense que la situation... Et qu'à un moment donné,

27:58
Invité

vous allez vous prononcer. Ce n'est pas qu'il peut se passer plein de choses. C'est qu'il va se passer et qu'il faut qu'il se passe plein de choses. Parce que pour l'instant, on en est, grosso modo, à des promesses pour continuer la situation comme elle est. Or, la situation comme elle est, elle n'est pas viable. Et tous ceux qui nous écoutent le savent, puisque tous savent que ça ne marche pas. Qu'on est allé au bout de cette idée qu'on allait emprunter tous les ans ce qu'il fallait pour apporter à chacun ce qu'il demande. Et qu'au bout du compte, le pays n'est pas du tout satisfait parce que les réalités ne sont pas là.

ce nouvel élan ou ce nouveau contrat qu'on doit passer avec le pays, il est à écrire et ça va s'écrire dans les mois qui viennent.

28:49
Présentateur

Merci infiniment, M. Bayrou, d'avoir été l'invité exceptionnel de Sud Radio. Merci vraiment. Et je rappelle donc, alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire. Je ne vais pas refaire et redire tout ce que vous dites. Il faut le lire. Ce livre, vous nous parlez de l'état de la France aujourd'hui et vous vous projetez dans l'avenir parce que précisément, vous pensez aux jeunes générations. Il est 8h49 sur Sud Radio. Dans un instant, c'est le grand débrief. Merci encore, M. Bayrou. Merci à vous.

L'invité politique Sud Radio - Avec François Bayrou, ancien premier Ministre, ancien maire de Pau et auteur de "alerte sur la France qui vient" — François Bayrou · Pourquijevote