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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 19 janvier 2025 32 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileDéfenseEurope & internationalInstitutions & élections

A qui profite l’accord de trêve entre Israël et le Hamas ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 15 %Attaque 55 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13OuverteRéponse directe

    À qui profite le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas ?

  • 3:51OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce cessez-le-feu est un bon accord ?

  • 7:33OuverteRéponse directe

    Sylvie Kaufmann, partagez-vous le même constat ?

  • 9:53OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce cessez-le-feu est une première victoire diplomatique pour Donald Trump ?

  • 11:41OuverteRéponse directe

    Est-ce que les ultimatums en diplomatie fonctionnent ?

  • 15:31OuverteRéponse directe

    Sur la région, la nouvelle administration américaine sera-t-elle cohérente ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:39InvitéFait
    « Le Hamas a enfin donné son accord à la libération des otages. »
  • 1:44InvitéFait
    « Il n'y avait aucune autre option pour que cette guerre se termine que par un accord sur les otages. »
  • 3:09PrésentateurChiffre
    « En échange de la libération au compte-gouttes de 33 otages aux mains du Hamas. »
  • 4:37InvitéFait
    « Israël a remporté sa guerre régionale, n'est-ce pas ? »
  • 8:44InvitéFait
    « Il n'y a pas, à ma connaissance, de mécanisme de contrôle de l'application de l'accord. »
  • 17:10InvitéFait
    « On ne sait pas quels sont les termes exacts du deal. »
  • 22:10InvitéFait
    « Le premier responsable de tout ça, c'est le Hamas. Point barre. »

Temps de parole

  • Présentateur25 %
  • Invité21 %
  • Présentateur 219 %
  • Invité 218 %
  • Invité 317 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans l'Esprit Public. Aujourd'hui, à qui profite le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas ? Et investiture de Trump, est-ce le rendez-vous de l'international réactionnaire ? Nos débatteurs ce dimanche, Anne-Laurene Bujon, bonjour. Bonjour. Directrice de la rédaction de la revue Esprit, le dernier numéro que devient le travail intellectuel. Sylvie Kaufman, bonjour. Bonjour. Éditorialiste au Monde. Les aveuglés, comment Berlin et Paris ont laissé la voie libre à la Russie, c'est votre dernier livre chez Stock. Laetitia Stroche-Bonnard, bonjour. Bonjour.

Vous êtes essayiste, votre dernier essai, c'était chez Perrin, de la France, ce pays que l'on croyait connaître. Et Jean-François Colosimo, bonjour. Bonjour. Directeur des éditions du CERF, Occident, ennemi mondial numéro 1, c'est votre dernier livre chez Albain Michel. Alors, dans la deuxième partie de l'émission, nous évoquerons la cérémonie d'investiture de Donald Trump demain à Washington et surtout le casting des invités ont été conviés l'argentin Milley, l'italienne Meloni, le hongrois Orban, mais aussi plus inattendus, les français Zemmour, Knafo et Maréchal.

Peut-on parler à propos de cet arrêt aux pages d'une internationale réactionnaire dont le nouveau président américain serait le leader ? Nous en débattrons. Mais pour commencer, direction le Proche-Orient avec cet accord de cesser le feu qui vient d'entrer en vigueur entre Israël et le Hamas.

1:39
Invité

Le Hamas a enfin donné son accord à la libération des otages. Il n'y avait aucune autre option pour que cette guerre se termine que par un accord sur les otages. Je suis profondément satisfait que ce jour soit enfin venu pour le bien du peuple israélien, pour les familles qui attendaient en souffrance et pour le bien des innocents à Gaza qui ont souffert tant de destruction en raison de cette guerre.

2:08
Présentateur

Annoncé mercredi soir par le président américain Joe Biden, le cesser le feu devait entrer en vigueur ce matin à 7h30 heure française. Il a eu un peu de retard, c'est le feu entre Israël et le Hamas, mais l'organisation palestinienne a fini par publier l'identité des trois premiers otages libérés, condition imposée par la partie israélienne pour que l'accord entre en vigueur, ce qui est fait depuis environ trois quarts d'heure.

Cet accord doit mettre un terme au moins provisoire à de longs mois d'attente, celle de la libération de l'ensemble des otages qui restent à libérer ceux aux mains du Hamas et de souffrance liée notamment aux destructions aux milliers de morts causées par les bombardements israéliens avec l'espoir de voir la trêve succéder au cesser le feu et la paix succéder à la trêve. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a fini par en accepter les grandes lignes dans la nuit de vendredi à samedi. Le texte prévoit plusieurs phases. D'abord donc un cesser le feu de six semaines, durée durant laquelle 737 prisonniers palestiniens vont être relâchés.

En échange de la libération au compte-gouttes de 33 otages aux mains du Hamas, l'aide humanitaire doit être également facilitée. Viendra ensuite dans un second temps le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza, une fois que tous les otages seront libres. Puis une troisième et dernière phase, celle de la reconstruction d'un territoire très largement détruit par 15 mois de bombardement. Il a fallu l'entregen de l'Egypte, du Qatar et surtout des Etats-Unis pour pas venir enfin à un tel accord. Attelage inédit, celui d'un président sortant et d'un nouvellement élu, Joe Biden et Donald Trump qui disent avoir travaillé de concert pour parvenir à cette issue.

Issue qu'il va falloir ensuite convertir en paix durable, ce qui suppose de penser à une solution politique. Pour beaucoup celle-ci passe forcément par la création d'un Etat palestinien mais qui serait capable d'en assumer la charge. Jean-François Colosime, commençant d'abord par cet accord qui a été conclu et qui vient d'entrer en vigueur entre Israël et le Hamas, est-ce que c'est un bon accord ?

4:06
Invité

C'est un accord donc qui permet surtout aux premiers otages encore revenus et survivants de revenir, il permet aux Gazaouis d'accéder à des soins alimentaires, humanitaires qui étaient véritablement nécessaires. Maintenant ce n'est jamais qu'un cessez-le-feu, il ne règle rien de l'avenir de la région. Si on veut regarder les choses, il correspond en fait à une triple opportunité qui s'est dessinée. D'abord le fait qu'Israël a remporté sa guerre régionale, n'est-ce pas ?

Non seulement en décimant le Hamas, en décapitant le Hezbollah, mais aussi en pilonnant à la faveur du changement qui est devenu en Syrie, je dirais, les réserves militaires de Damas et puis aussi en coupant l'Iran, du Liban et de l'accès à la Méditerranée.

Netanyahou lui-même profite du fait que sa coalition s'est élargie en septembre 2024 et qu'il est un peu moins dépendant en fait des partis nationalistes religieux, je dis bien religieux, ça c'est un point très important aussi, donc il a un peu d'air et puis surtout c'est l'arrivée tout de même de Trump au pouvoir qui change la donne puisque si l'on en croit Elie Barnavi, intellectuel israélien, historien, ancien ambassadeur d'Israël en France, l'administration Trump, Trump lui-même aurait littéralement aboyé sur Netanyahou pour obtenir cet accord avant la cérémonie d'investiture du président nouvellement élu.

Ça, ça me semble aussi important parce que si le cadre du cessez-le-feu a largement été préparé par l'équipe Biden, il est évident que l'accélération du calendrier est due à, je dirais, la consécration de Trump. Voilà, donc on est là, maintenant ce cessez-le-feu ne règle rien, quel avenir pour Gaza, quel avenir pour les Palestiniens, quelles sont les conditions de sécurité qu'Israël peut réellement obtenir à court terme, moyen terme, long terme, n'est-ce pas, et quel est l'avenir général de la région ?

6:26
Présentateur

En même temps, c'est normal que ce cessez-le-feu ne règle rien, c'est-à-dire qu'il faut procéder par étapes. C'est nécessaire peut-être d'abord de faire taire les armes pour réfléchir.

6:33
Invité

Vous savez que d'abord, il est déjà en plusieurs étapes, on verra bien si on arrive à la complétion de toutes ces étapes, rien n'est moins sûr. Le deuxième point, c'est que le Hamas, on le sait aussi aujourd'hui, je dirais, est certainement décapité, décimé, mais il n'est pas mort et surtout parce qu'on ne tue pas une idéologie comme l'on peut éliminer ses représentants. Donc l'avenir des Gazaouis reste largement suspendu à un retour assez improvable d'une autorité palestinienne qui aurait été réformée, rénovée, revivifiée. Et ça, ce sont les véritables perspectives. Et là, tous les éléments font défaut.

Il n'y a pas de raison de penser que cette guerre va s'arrêter comme par magie parce qu'un cessez-le-feu bienvenu pour les populations des deux côtés a été acté.

7:33
Présentateur

Sylvie Kaufmann, vous partagez le même constat et les mêmes interrogations que Jean-François Colosimo ? Oui, je crois que tout ça est malheureusement assez réaliste et assez vrai. Je crois qu'il y a aussi un autre... Tous les facteurs que Jean-François a énumérés sont exacts. Je crois qu'il faut aussi parler, peut-être prendre en compte le rôle des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes. Il y a un moment où, au bout de 15 mois, il y a un état d'épuisement partout qui est à la fois physique, bien entendu, et moral.

Et il y a aussi l'armée israélienne qui, je pense, a été tellement active sur tous les fronts depuis le 7 octobre qu'il y a aussi probablement la nécessité d'une pause dans l'action militaire. Mais c'est vrai que ce qui manque énormément, comme vous le dites, c'est un accord de cessez-le-feu, ce n'est pas un accord de paix. Donc ça n'est qu'une première étape en plusieurs phases. Et il faut voir si ces phases seront réalisées, bien sûr. Et on peut être très prudent sur l'exécution de cet accord. D'autant plus qu'il n'y a pas, à ma connaissance, de mécanisme de contrôle de l'application de l'accord.

Donc il faut que les partis qui ont été les intermédiaires dans cette affaire, c'est-à-dire le Qatar, l'Égypte, les États-Unis, continuent à être extrêmement vigilants, à veiller à ce que les choses se mettent en place avec Israël, avec le Hamas. Est-ce que les Européens, peut-être, peuvent aussi jouer un rôle là ? Ça va se discuter certainement. Mais bon, en effet, je crois qu'il faut être très très prudent. Et la chose qui manque et sur laquelle il va falloir travailler, bien sûr, dans les semaines qui viennent, c'est le jour d'après. Qu'est-ce qui se passe après ? Une fois que les armes se taisent, une fois que les otages ou ceux qui sont encore vivants reviennent, qui va gouverner Gaza ?

Donc l'autorité palestinienne et le gouvernement israélien excluent qu'il y ait une participation du Hamas dans cette future gouvernance de Gaza. Mais en même temps, l'autorité palestinienne... Il y a toujours Mahmoud Abbas, mais qui ne semble-t-il pas le plus à même de... Il a 89 ans, il bloque toute possibilité de réforme. C'est quand même l'état de délabrement de la représentation palestinienne et qui est quand même un obstacle absolument terrible. Il y a plusieurs plans qui ont été formulés ou présentés. Il y avait le plan de l'ancien ministre de la Défense, Yohef Galand, israélien, qui parlait d'organes palestiniens, mais lesquels ? Est-ce qu'il y aura un gouvernement militaire ?

Est-ce qu'il peut y avoir une tutelle internationale ? Est-ce qu'il peut y avoir une coalition de pays arabes qui coopèrent pour essayer d'exercer une sorte de tutelle ou de gouvernance intérimaire ? Ce sont des options. Il y a aussi le plan qu'a présenté Anthony Blinken, le secrétaire d'État américain sortant, il y a une semaine, et qui propose d'unifier Gaza et la Cisjordanie, qui dit qu'il y aurait effectivement une autorité palestinienne plus des représentants de Gaza issus d'une consultation avec la population. Mais quelles consultations ? C'est évidemment très vague. Il exclut une occupation militaire israélienne. Il exclut aussi des déplacements forcés de population.

Il propose qu'il y ait une aide des partenaires internationaux pour la mise en place d'une gouvernance. Voilà, tout ça sont des idées qui sont formulées, qui sont bonnes, mais dont on voit mal à l'heure qu'il est, et au jour d'aujourd'hui, comment elles peuvent concrètement se mettre en place. Ça va peut-être dépendre de la nouvelle administration américaine. Est-ce que d'ores et déjà, Lorraine Bujon, comme on l'entend beaucoup depuis ces derniers jours, depuis que cet accord de cessez-le-feu a été annoncé, est-ce qu'on peut considérer que c'est une première victoire diplomatique pour Donald Trump ? Lui, il l'a revendiqué comme tel.

11:46
Invité

Oui, bien sûr. Lui tenait à l'afficher comme tel. Et ce qu'on peut dire, je crois, c'est que l'administration Biden, qui vraiment ne ménage pas ses efforts depuis des mois et des mois pour obtenir cet accord de cessez-le-feu, en fait, était prête, y compris à ce que Donald Trump l'endosse comme une victoire, puisqu'on lit partout qu'il y a une bonne coordination, en fait, des équipes sur place, notamment entre l'ancien coordinateur, enfin, Jake Sullivan, envoyé spécial au Moyen-Orient, et le nouveau, Steve Whitcoff.

Donc, en effet, je pense que c'est la perspective de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump qui a permis de débloquer la situation et la façon dont il a tempété parce qu'il voulait afficher ce succès. Mais ça interroge aussi sur quelle a été la nature du deal ou de l'accord, parce qu'on sait aussi que le conflit israélo-palestinien, c'est vraiment un des domaines dans lequel on peut attendre une politique étrangère de Donald Trump qui soit assez différente, de celle de Joe Biden, dans le sens où il y a toutes les chances qu'il soit beaucoup plus conciliant avec cette droite nationaliste et la droite religieuse israélienne.

Donc, il voulait cette victoire, il l'a eue, Netanyahou l'a lui accordée, servi sur un plateau, en échange de quoi et de quelles concessions ? Je trouve que c'est ça qui inquiète déjà.

13:24
Présentateur

J'ai entendu certaines analyses dire que c'est peut-être en échange d'un soutien plus affirmé des Etats-Unis, d'Israël, à l'égard de l'Iran. Et avec la possibilité peut-être d'avoir...

13:35
Invité

Oui, donc un soutien plus affirmé, je crois que ce n'est pas la question du soutien à Israël, c'est la question du soutien à la droite nationaliste et religieuse israélienne. Et donc là, il faut peut-être rappeler la personnalité. Donc, Steve Wittkoff, dont on parlait tout à l'heure, c'est un investisseur immobilier qui a très peu d'expérience dans le domaine de la diplomatie ou de la politique étrangère. Voilà, j'étais poli, je disais très peu, disons, aucune.

Et l'autre, l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, on peut aussi rappeler, c'est un pasteur baptiste, c'est un chrétien évangélique et l'ancien gouverneur de l'Arkansas et qui clairement ne parle jamais de la Cisjordanie, il parle de la Judée et Samarie, il a déjà dit qu'il n'y avait pas d'occupation, qu'il n'y a pas de problème avec la colonisation, enfin bon. Donc, tout ça n'augure rien de bon. Et dans ce cessez-le-feu, en fait, qui est en trois étapes, si j'ai bien compris, dans la deuxième étape du cessez-le-feu, il y a déjà un langage assez ambivalent sur les conditions dans lesquelles ça pourrait se poursuivre ou la guerre pourrait reprendre.

Et donc là, effectivement, il y a question. Si la guerre devait reprendre au bout de six mois, est-ce que l'administration Trump protesterait ou non ? Et pas forcément. Donc là, je pense qu'il va y avoir une clarification pour les gens qui trouvaient que la politique de Biden était un peu ambivalente, que la pression exercée sur Israël n'était pas assez forte ou assez suivie des faits, puisqu'on exerçait une pression, mais on ne suspendait pas les livraisons d'armes, etc. Ici, je pense qu'il va y avoir une clarification. Mais est-ce que ça permettra aux États-Unis de poursuivre ce qu'ils ont toujours dit ? Ils ont toujours dit qu'ils étaient en faveur de la solution à deux États.

Est-ce que l'administration Trump va continuer de pousser pour une solution à deux États ? Pour moi, rien n'est moins sûr.

15:31
Présentateur

Est-ce que ce qui vient de se passer, en tout cas ces derniers jours et ces dernières heures, Laetitia Stroge-Bonnard, ce n'est pas finalement aussi peut-être la démonstration que les ultimatums en matière de diplomatie et de politique étrangère, parfois ça fonctionne. La preuve, celui qu'avait donné Donald Trump au gouvernement israélien, là, a plutôt été suivi des faits.

15:51
Invité

C'est très probable. En fait, pour être plus précise, Donald Trump a dit, en gros, que ce serait l'enfer pour tout le monde si les otages ne revenaient pas, donc si ce cessez-le-feu n'avait pas lieu. Et il a bien dit pour tout le monde, c'est-à-dire qu'il parlait autant au Hamas qu'à Israël. Donc il a certainement fait peur à ses partenaires et à ses ennemis. Donc oui, il semblerait qu'aujourd'hui, la diplomatie ne fonctionne plus beaucoup, en tout cas dans ces circonstances-là. La recherche de compromis, la recherche d'apaisement, les menaces qui ne sont jamais suivies des faits. Rappelons-nous les lignes rouges d'Obama qui n'en étaient pas.

Là, on est passé à un tout autre registre qui est à la fois très explicite dans la parole et aussi très concret dans les actes. Et d'ailleurs, ce qui est très frappant, c'est le style, en fait, même le style rhétorique qui est employé par Donald Trump et par son envoyé, enfin son futur envoyé au Moyen-Orient, Steve Whitcoff, que vous avez cité. Il ne parle absolument pas comme des diplomates. Il parle comme des investisseurs immobiliers, des promoteurs. Mais peut-être que c'est ça qui marche. Il y a une vraie question, en fait, sur ce qui s'est passé entre Whitcoff et Netanyahou.

Donc, hormis le fait qu'en effet, on ne sait pas quels sont les termes exacts du deal, on sait aussi quand même que M. Whitcoff a pris son téléphone et a expliqué qu'il arriverait samedi après-midi en Israël et qu'il tenait à voir M. Netanyahou. Et on lui a répondu, mais écoutez, ce n'est pas possible, c'est le Shabbat. Et lui, il a dit, je n'en ai rien à faire. Et donc, cette façon un petit peu brutale...

17:27
Présentateur

Mais c'est quoi ? C'est de la naïveté ?

17:29
Invité

Mais non, et ça a marché. Parce que, du coup, il a obligé Netanyahou à venir le rencontrer alors que peut-être une autre personnalité aurait été beaucoup plus polie. Donc là, en fait, finalement, l'administration américaine qui arrive, Trump, Whitcoff, n'ont plus envie d'être poli ou d'attendre ou d'avoir de bonnes manières. Et c'est ce qu'on reproche à Trump depuis le début. C'est qu'il est vulgaire, c'est qu'il est brutal, ce qui est vrai. Mais il semblerait que parfois ce soit nécessaire face à des pays ou des dirigeants qui le sont encore plus. Alors, encore un mot sur M. Whitcoff. Quand même, il faut noter qu'il a fait toute sa carrière dans l'immobilier à New York.

Et il a notamment travaillé à Harlem. Et il allait collecter les loyers qu'on lui devait avec un revolver. C'est quand même pas un enfant de cœur qu'on a là. Donc voilà, comme je le disais, c'est peut-être pour le pire ou le meilleur. Et plus généralement, ça pose une question sur l'impact d'un tel style diplomatique sur les relations à venir entre les États-Unis et Israël et même sur l'état de la paix, la construction de la paix au Proche-Orient. Parce que finalement, il y a deux options possibles. Soit ce style sera payant et tout le monde sera terrorisé et finalement, tout le monde s'adaptera aussi. Peut-être même que l'Europe adoptera une rhétorique un petit peu plus martiale également.

Soit en fait, ça va créer de la confusion sachant qu'il y a quand même un autre élément de la politique trumpiste qui est présent depuis le début, depuis 2016, c'est l'imprévisibilité. Et le problème de l'imprévisibilité, c'est que ça peut avoir des avantages parce que ça surprend votre adversaire, vous arrivez à, disons, à manœuvrer. Mais ça peut être aussi, comment dire, une telle source d'incertitude pour les alliés que cela pourrait nuire quand même grandement à l'établissement de la paix. Donc, Trump le sait très bien. Il joue de cette incertitude, de cette imprévisibilité. Mais pour l'instant, il me semble que c'est à son avantage.

19:39
Présentateur

Jean-François Colosimo, est-ce qu'on est encore justement avec la diplomatie telle que l'envisage Donald Trump dans ce deuxième mandat dans le domaine de l'imprévisibilité ou bien est-ce qu'il y a quelque chose peut-être d'un peu plus cohérent, d'un peu plus construit quand même dans ce qui se prépare,

19:53
Invité

notamment pour le Proche-Orient ? Je suis d'accord avec Laetitia sur le fait que la brutalité de Trump correspond assez à la brutalité de Netanyahou et que donc une conversation sans embauche, sans détour sur de grands principes comme pouvait pratiquer l'administration Biden a permis d'arriver à un résultat qui, de toute façon, là, pour le coup, était prévisible. Le cessez-le-feu, je dirais, était en l'air. On se demandait quand est-ce qu'il allait arriver puisque Netanyahou a marqué tous ses avantages à l'échelle régionale. L'accord qui a été conclu, en plus, existait depuis déjà des mois.

La véritable question qui est derrière, c'est jusqu'où Trump peut être d'accord avec Netanyahou pour aller taper l'Iran ? Parce qu'en fait, ce conflit, en 1948, il y a un conflit israélo-arabe. Dans les années 80-2000, il y a un conflit israélo-palestinien. Mais depuis, on a affaire à un conflit israélo-iranien, particulièrement, à travers le projet qu'avait l'Iran d'encercle Israël avec ses proxys, le Hamas, le Hezbollah et la Syrie d'Al-Assad. N'est-ce pas ? Donc, la question, maintenant, c'est ce régime iranien affaibli, est-ce que Israël, qui a besoin, dans ce cas-là, du soutien des États-Unis, va tenter d'attaquer ces installations nucléaires ?

C'est ça la véritable question qui est derrière ? Ou pas ? N'est-ce pas ? De ce point de vue-là, la question du cessez-le-feu, elle devient quand même, je suis désolé de le dire, c'est pas vrai sur place, c'est pas vrai pour les otages, c'est pas vrai pour les populations civiles, mais sur, je dirais, le grand schéma régional, elle devient en quelque sorte une question, je dirais, subséquente, parce que, en fait, ça y est, de ce point de vue-là, pour l'instant au moins, on verra comment le Hamas va renaître, sous quelle forme, etc. N'est-ce pas ?

Et avec quelle forme pernicieuse aussi, parce que, rappelons-nous quand même que le Hamas en vient à libérer des otages, après 15 mois de souffrance, du peuple gazaoui, n'est-ce pas ? Ça, il faut quand même bien le dire. Je veux dire, le premier responsable de tout ça, c'est le Hamas. Point barre. Mais, par rapport à ça, la question, c'est Erran. Avec un régime affaibli, mais qui tient encore. Un régime affaibli, mais qui tient encore, car ce régime, en fait, est, en fait, notamment aujourd'hui, constitué d'une oligarchie qui a des intérêts communs de survie. Voilà. Et la grande question de la région, c'est l'Iran.

22:30
Présentateur

Sur la région, justement, et sur peut-être la cohérence qu'on peut trouver dans la façon dont la nouvelle administration américaine va aborder ces questions, il y a Donald Trump qui dit qu'il veut relancer les accords d'Abraham. Les accords d'Abraham, c'est août 2020, c'est des traités de paix, enfin, traités de paix séparés, mais entre Israël et les Émirats Arabes Unis, d'une part, et Israël et Bahreïn, d'autre part. Est-ce que c'est le fait ? On peut aussi penser qu'il s'inscrit dans cette dynamique-là, Anne-Norelle Bujon ?

23:00
Invité

Non mais tout à fait, je crois que vous avez raison de souligner que là, il y a une politique de l'administration Trump qu'on peut lire d'une manière relativement cohérente. En un sens, c'est comme s'il souhaitait reprendre ce dossier là où il l'avait laissé en quittant la Maison Blanche il y a quatre ans. et donc le déplacement de l'ambassade des États-Unis à Tel Aviv et ensuite les efforts des États-Unis pour parrainer de Tel Aviv à Jérusalem et les efforts des États-Unis pour parrainer ces accords israélo-arabes, les accords d'Abraham, ça faisait partie des fiertés de Donald Trump en matière de politique étrangère et il souhaite reprendre les choses là où il les a laissées.

Donc ce processus de normalisation a évidemment été interrompu par les massacres du 7 octobre et par la guerre qui s'en est suivie et je pense que c'est une des grandes questions maintenant. Est-ce que ça va pouvoir reprendre dans les mêmes termes c'est-à-dire en passant la question palestinienne par pertes et profits parce que c'était quand même ça les accords d'Abraham. C'est quand même les grandes puissances arabes de la région qui renoncent à obtenir des concessions pour les palestiniens et ce qui a renforcé l'Iran dans cette région c'est que ce sont eux finalement qui ont repris la question palestinienne pour s'en faire les défenseurs.

Donc là c'est la question on a dit cet accord de cessez-le-feu il a été parrainé par les Etats-Unis le Qatar l'Egypte moi je n'ai pas d'informations secrètes de ce qui se passe sur place mais les pays arabes de la région sont-ils prêts à repartir dans ce processus de normalisation sans rien obtenir pour les palestiniens ou pas et sur la reconstruction de l'autorité palestinienne pour le financement de la reconstruction de Gaza et peut-être que l'Arabie Saoudite se contenterait le Qatar les Émirats surtout l'Arabie Saoudite et les Émirats se contenterait de ce rôle de bienfaiteur pour avoir la paix puisque leur problème aux Émirats et l'Arabie Saoudite reste tout de même encore l'Iran.

C'est Luc Hoffman

25:13
Présentateur

Oui dans la continuation de ce que disait Anne Lorraine je voudrais revenir à la question initiale que vous avez posée tout au début c'est à qui profite cet accord et si vous regardez le Hamas par exemple il a l'air d'avoir été vaincu mais en réalité non seulement il n'a pas été éradiqué mais c'est avec le Hamas qu'Israël négocie cet accord de cesser le feu et Anthony Blinken l'a dit lui-même le mouvement a réussi à régénérer ses forces c'est à dire que le nombre de militants du Hamas qui ont été tués par Israël ont été à peu près remplacés plus ou moins donc là on a quand même quelque chose qui est un fait dont il va falloir tenir compte dans ce fameux jour d'après dont on parlait tout à l'heure est-ce que et beaucoup va dépendre de la disposition du Hamas à s'effacer dans le processus politique qui va venir après est-ce qu'il va prendre une une forme de le modèle du Hezbollah c'est-à-dire laisser les autres gouverner et en profiter pour recréer sa structure son infrastructure militaire ou bien est-ce qu'il va être plus coopératif ça c'est une des choses l'autre l'autre acteur principal évidemment c'est Israël et on a l'impression qu'Israël rappelez-vous que Benjamin Netanyahou le 9 octobre donc deux jours après les massacres du 7 octobre a dit je vais changer le Moyen-Orient et si on regarde en effet le paysage régional aujourd'hui le Moyen-Orient est effectivement remodelé avec le soutien et ce remodelage s'est fait avec le soutien actif des Etats-Unis et de l'administration Biden y compris militaire donc qu'est-ce qui va sortir de ça aujourd'hui effectivement l'Iran on voit que l'Iran est la principale est l'acteur contre lequel l'Occident et Israël coopèrent et l'acteur sur lequel ils vont vouloir s'appuyer c'est l'Arabie Saoudite or l'Arabie Saoudite maintenant qui est donc un acteur montant dans ce remodelage ce que dit Mohamed Ben Salman c'est le prince héritier d'Arabie Saoudite il dit il pose aujourd'hui comme condition la création d'un Etat palestinien pour poursuivre dans l'optique des accords des accords d'Abraham donc on a vraiment maintenant je crois une équation qui est tout à fait renouvelée au niveau régional Justement pour terminer sur ce sujet provisoirement évidemment Laetitia Stroche-Bonard est-ce que malgré ce remodelage qui est effectivement impressionnant quand on jette un regard rétrospectif sur les 15 derniers mois sur la région les solutions quand même politiques ça reste malgré tout cette solution à deux Etats un Etat israélien et un Etat palestinien c'est-à-dire qu'on a l'impression qu'on a un paysage qui est complètement bouleversé mais que les solutions qui sont avancées en tout cas s'agissant du conflit israélo-palestinien sont quand même toujours les mêmes que celles qu'on entend depuis des années

28:26
Invité

C'est très compliqué mais il n'y a pas non plus un nombre infini de solutions je pense que la solution des deux Etats c'est celle qui réunit le plus disons de gens à la fois réalistes et disons je ne vais pas du tout dire idéalistes parce que ce n'est pas le bon terme mais qui ont quand même une conscience qu'il y a disons une volonté d'habiter quelque part et de pouvoir réclamer un territoire comme sien des deux côtés donc le problème c'est que depuis en tout cas depuis le début depuis depuis que le conflit s'est réenflammé dans la région ce sont plutôt les extrémistes des deux bords qui ont qui ont pris les devants et qui mènent les choses et c'est bien plus difficile dans ce cas-là il y a une question importante c'est aussi dans les jours les mois à venir quel sera l'avenir de Benjamin Netanyahou parce que il est difficile de savoir dans quelle mesure le cessez-le-feu va lui va lui bénéficier ou non ça peut lui bénéficier notamment vis-à-vis de l'opinion publique qu'il attend avec impatience ça peut aussi se retourner contre lui parce que d'aucuns le critiquent parce qu'il a il aurait attendu beaucoup trop longtemps et par ailleurs il a quand même dans son gouvernement des gens qui sont plus à droite que lui donc tous les nationalistes à la Benkvir ont de toute façon menacé de quitter le gouvernement

29:49
Présentateur

ils partent

29:52
Invité

parce qu'ils ne soutiennent pas le cessez-le-feu pour eux il n'y a aucun compromis possible il faut annexer ces territoires selon eux qui leur appartiennent donc c'est assez compliqué de pouvoir projeter ce qui va se passer en Israël parce que ça dépend quand même aussi beaucoup de la politique intérieure de ce pays et on ne peut qu'espérer que les partisans d'une solution à deux états l'emportent

30:26
Présentateur

un tout dernier petit mot de la salle une chose pour revenir sur Israël et le fait que en effet Benyamin Netanyahou peut se targuer d'avoir éclairci le paysage régional si je peux dire et affaibli l'axe de résistance avec l'Iran le Hezbollah etc mais à quel prix à quel prix c'est-à-dire au prix de plus de 46 000 morts on va sans doute découvrir un bilan bien plus terrible encore lorsqu'on va pouvoir enfin entrer et que les journalistes notamment vont pouvoir entrer les journalistes étrangers vont pouvoir entrer à Gaza les organisations humanitaires et l'image l'impact sur l'image d'Israël est quand même dans le monde entier est quand même absolument terrible dans ces 15 mois et puis sur Benyamin Netanyahou lui-même qui reste sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale on voit encore ces jours-ci où on va célébrer le 80e anniversaire de l'ouverture du camp d'Auschwitz les problèmes que posent les voyages de Benyamin Netanyahou premier ministre israélien en Europe Jean-François ?

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Invité

Oui mais tout ça bien sûr reste que le monde arabe est malade de l'islamisme que le Hamas représente cet islamisme et que c'est quand même aussi au monde arabe de régler ses relations avec la modernité si l'on veut une paix réelle au Proche-Orient ça dépend aussi aujourd'hui véritablement non seulement des dirigeants mais de ce qu'on appelle communément la rue arabe et là on en est aussi très très loin la preuve c'est que le Hamas se reforme