Jacques Chirac est mort à 86 ans - C à Vous - 26/09/2019
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Pas un instant, vous n'avez cessé d'habiter mon cœur et mon esprit. Pas une minute, je n'ai cessé d'agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir.
Les adieux de Jacques Chirac aux Français, deux mois avant de quitter l'Elysée après 12 années au sommet de l'État, de 1995 à 2007. L'ancien chef d'État Jacques Chirac s'est éteint ce matin, paisiblement au milieu des siens, à son domicile parisien, où il vivait retiré de la vie publique et politique depuis de nombreuses années, très affaibli, ne recevant de visite que de ses plus proches.
Même le jour où il ne me reconnaîtra plus, je continuerai à venir le voir, parce que c'est la façon pour moi de lui témoigner ma reconnaissance et mon affection.
Jacques Chirac, 40 années de politique, 9 fois député, 7 fois ministre, 2 fois Premier ministre, maire de Paris pendant 18 ans, fondateur du RPR, président de plusieurs générations de Français, un destin hors normes, celui d'un conquérant, un animal politique au charisme de star, l'icône et l'incarnation d'une époque. Hormis les deux motards et la voiture de Jacques Chirac, uniquement des motos de presse qui suivent le nouveau président de la République et qui remontent ainsi tout le boulevard Saint-Germain, aucun autre signe officiel.
On revient dans un instant avec nos invités sur la guerre politique exceptionnelle de Jacques Chirac, dont le bilan a pu faire débat, qui a beaucoup déconcerté les Français, mais a finalement suscité leur affection, au point de devenir, après son départ de l'Elysée, leur personnalité politique préférée.
Réfléchissez deux minutes.
C'est pas excessif.
Merci.
Vous me dites, au fond, vous n'avez... Vous ne s'enchez pas, hein ? Non. C'est à peu près le temps qu'il m'a venu pour lire votre livre, alors s'il vous plaît. Je sais bien, malheureusement, dans celui que je vous ai envoyé, j'ai pas mis les images à colorier, je suis désolé. Désolé. Jacques Chirac, dont le visage sera à la une de tous les journaux demain, à la une du point, notamment pour un hors-série avec ce titre ultra-sable, Jacques Chirac, 1932-2019. C'était Chirac pour l'Obs et son numéro spécial, le bien-aimé pour Paris Match. Je suis un peu sous le choc, pour vous dire, c'est un peu ma génération. Oui, ça fait quelque chose.
C'est quand même une page qui se tourne, c'est un peu triste. Puis il était devenu un peu hyper cool, je vois de Chirac. Même si c'était le président de la République, on s'identifiait beaucoup à lui par rapport à d'autres présidents. C'est vraiment le président du peuple, des agriculteurs, vraiment le franc chouillard, quoi. Il a réussi à faire passer le sentiment qui nous ressemblait. Sous sa présidence, on a vécu des belles années en ce qui me concerne.
C'est un homme que j'ai toujours beaucoup aimé. Ça me touche, ouais. Je pense que les gens vont être touchés. Je suis triste. Triste ? Ben ouais, j'ai des petits frissons. Non, non, c'est un super. Grand président qui laissera une grande trace, oui. Pour en parler ce soir et avant d'accueillir Patrick Poivre d'Arvore et Lynn Renaud qui sera avec nous en direct par téléphone, le journaliste François-Olivier Gisbert qui a consacré plusieurs ouvrages au président disparu, notamment Chirac, une vie en 2016. Bonsoir. Bonsoir. Bienvenue sur le plateau de cette affaire. Merci de votre présence ce soir. On le savait, Jacques Chirac, très affaibli depuis plusieurs années.
Il n'empêche, vous avez été affecté par l'annonce de sa disparition.
Ouais, j'ai chialé. C'est comme ça. On va dire que je suis un journaliste conniant. Mais c'est vrai que Chirac, c'était quelqu'un d'extraordinaire quand on le fréquentait, quand on me connaissait de près, ce qui était mon cas. J'ai fait vraiment des tours pendables. J'étais même assez salaud par moments, je regrettais. Mais je l'aimais beaucoup. Et en fait, je me suis rendu compte, il fallait que je me rende compte que je le vouvoyais, alors qu'il avait fait des tentatives de tutoiement deux, trois fois. Et je me disais, alors je tutoie beaucoup d'hommes politiques sans problème, ou de femmes politiques. Mais pas Jacques Chirac.
Non, non, et Chirac, je me disais, non, je l'aime tellement que je ne veux pas rentrer dans un truc. Je dois le vouvoyer. Je dois garder la distance. Quand on est journaliste, on a toujours essayé de garder la distance. Pourquoi ? Parce que c'est ce que les Français savent. C'était une tornade. Ça n'avait rien à voir, d'ailleurs, avec l'image que les gens en avaient, Chirac. Parce que c'était quelqu'un d'assommant, les discours de Chirac. Oui, c'est vrai, c'est vrai. C'est un des plus lourdes orateurs de la politique française.
Alors que dans la vie, c'était une tornade.
Les discours, c'était ennuyeux. C'était une médiocrité incroyable. Puis quand il était en représentation, souvent qu'il se méfiait, il était mortel, quoi. Et puis, en vrai, c'est-à-dire quand il était un peu en...
Dans l'intimité. En intimité. Dans un rapport de proximité.
Ou dans un rapport où il sentait qu'il n'y avait pas trop de pièges. Là, on avait un personnage extraordinaire et qui ne correspondait pas du tout à ce qu'on croyait qu'il était. Par exemple, on a dit pendant des années qu'il était un culte. Moi-même, je l'ai cru. Je l'ai cru. Et puis, peu à peu, je découvre des choses. Vous savez, la grande phrase de François Giroux qui disait, c'est quelqu'un qui lit un recueil de poésie sous un playboy. Pour ne pas faire croire qu'il lit la poésie. Caché derrière un playboy. Et c'était ça. Il disait, d'ailleurs, j'aime d'avoir la musique, la musique militaire, bien entendu. Il essayait de passer toujours un peu pour un con.
Et d'ailleurs, à mon avis, il se considérait un peu pour un con. Et ça explique aussi l'amour qu'ils portaient les Français. Parce que c'est quelqu'un, ça se voyait tout de suite, qui ne s'aimait pas. Il ne s'aimait pas. Il se sous-estimait. Il se trouvait moche. C'est le titre du livre d'Éric Zemmour. Mais oui, mais c'est vrai. L'homme qui ne s'aimait pas. Mais c'est vrai. Ou l'homme qui ne voulait pas être président. C'était dans mon livre aussi, également. Oui, mais ça... Et en plus, oui, il n'était même pas programmé pour être président. La vraie histoire, on la connaît. On la connaît. Enfin, moi, je la raconte en détail. C'est quand même un hasard.
Il était au cabinet de Pompidou, qui trouvait que c'était un mec formidable, une espèce de bulldozer qui faisait tout. Et puis, il voulait être... Il magouillait un peu pour être à la direction de l'aviation civile. Et puis, de l'autre côté, il y avait le vieux Marcel Dassault qui avait un oeil sur lui parce que c'était un copain de Pothès, qui était son rival. Mais le père Chirac travaillait pour Pothès. Il se disait, mais ce serait quand même pas mal de l'embaucher. D'ailleurs, Dassault a participé à sa première campagne. Il lui a filé énormément de fric. Il a même, je crois, acheté une imprimerie pour imprimer ses trucs. Parce que Dassault l'adorait.
Donc, il allait plutôt vers les avions. Et d'ailleurs, Bernadette Chirac dit, à un moment donné, dans un documentaire qui va passer demain sur France 3 que j'ai fait, avec Laurent Porte, elle dit très justement... Mais d'ailleurs, quand je l'ai épousée, j'ai envie de l'épouser parce que je savais que ce serait une vie formidable. Parce qu'à cause, justement, du charisme, de l'énergie, elle ne savait pas pourquoi ce serait faire. Peut-être qu'il aurait pu être militaire à l'époque. Elle serait bien emmerdée, mais je ne sais pas. Vous voyez, il y avait ça chez lui.
Votre première rencontre avec Jacques Chirac, elle date de 1972. Votre dernière rencontre, votre dernier souvenir avec Jacques Chirac.
Il y a quelques années, un dîner, bon, il n'était vraiment pas du tout en forme. Il était triste surtout, il me donnait l'impression. Il était très maigre, très triste et il ne parlait pas beaucoup.
Il vivait quelques années dans un appartement non loin du Sénat, au cœur du 6e arrondissement de Paris. Seul un carré d'intime lui rendait encore régulièrement visite. Proche parmi les proches, Jean-Louis Debré.
Ah oui, ça c'était le proche, c'est clair.
Qui évoquait avec beaucoup de souffrance le mur qui s'était édifié entre Jacques Chirac et le monde extérieur. Le corps va très bien, je ne sais pas s'il me reconnaît, je ressors moralement épuisé, ça me fait mal de le voir comme ça, mais j'ai la faiblesse de penser que ma présence lui fait du bien. Jean-Louis Debré qui s'était confié sur le plateau de cet avou.
C'est une autre communication, mais c'est une communication très forte parce qu'elle se fait par le regard, elle se fait par le geste, elle se fait par le sourire. Vous savez, quand vous avez pour quelqu'un une très très grande affection, une très profonde affection, parfois plus que les mots, c'est le regard.
Le silence à remplacer les mots.
C'est le silence à remplacer la parole. Et quand je le vois, je sais que nous sommes en communion.
Même si ça n'est pas dit.
Même si ça n'est pas dit. Et c'est beaucoup plus fort que ce qui s'était dit.
La dernière apparition de l'ancien président date du 21 novembre 2014, diminué, main sur l'épaule de son garde du corps. Il était arrivé sous les applaudissements de la salle. Ce sont les pas hésitants de Jacques Chirac qui captent l'attention. L'ancien président s'appuie sur l'épaule bienveillante de son garde du corps. Quelques mois auparavant, en janvier 2014, Bernard de Chirac avait estimé que son mari ne pouvait plus s'exprimer publiquement. Elle avait évoqué des troubles de mémoire par moment. Le mot maladie d'Alzheimer n'a jamais été prononcé.
Je ne crois pas qu'il y avait la maladie d'Alzheimer. Moi, je n'ai jamais cru à cette histoire. Je pense que c'était un AVC, plusieurs AVC. Vous savez, les AVC, c'est très destructeur. Et je crois que c'est l'histoire qui lui est arrivée. Alors, on a prononcé le mot Alzheimer parce que c'est une maladie qui frappe tout le monde. Mais l'AVC, moi, je pense que c'était plutôt ça. Enfin, je ne sais pas, médecin, je ne l'ai pas examiné.
L'AVC dont il avait été victime en 2005, dont on a peut-être sous-estimé la gravité à l'époque.
Et puis surtout, vous savez, les AVC, souvent, il y en a avant sans qu'on se rende compte. Et il y a des petits AIT qui vous bousillent un peu la mémoire par-ci par-là. Je sais ça parce que je suis passé par là aussi à un moment donné. Et puis après, vous avez les grosses AVC Maus qui vont commencer. Donc, c'est ça qui est arrivé avec lui. Je pense, je pense.
Et puis, il y a eu aussi une sérieuse dépression dans les mois qui ont suivi son départ de l'Élysée et la fin de sa carrière politique, même s'il s'est consacré à sa fondation. Dans son dernier ouvrage, Passion, Nicolas Sarkozy évoquait la passation de pouvoir entre lui et son prédécesseur, son ancien mentor. À l'époque, écrit-il, c'est moi qui arrivais, lui qui partait ce jour-là. J'avais senti mon prédécesseur si désemparé devant la perspective du vide d'une vie sans l'exercice du pouvoir. Et cela m'avait ému Nicolas Sarkozy qui était il y a quelques jours sur ce plateau.
Je me souviens très bien du moment où je suis arrivé à l'Élysée et que Jacques Chirac m'attendait. Il me touche. Je dirais même qu'il me bouleverse parce que je vois qu'il va quitter le pouvoir et que c'est un moment de sa vie particulièrement difficile. J'ai admiré Jacques Chirac. J'ai aimé Jacques Chirac. J'ai suivi Jacques Chirac. Et sans Jacques Chirac, je n'aurais pas fait ce que j'ai fait. En même temps, j'ai combattu Jacques Chirac. J'ai été en désaccord avec Jacques Chirac. Et on a vécu tellement de choses. Quand il fait cet accident, je ne l'apprends pas. Je suis ministre de l'Intérieur, je ne le sais pas.
Je ne l'apprends que le lendemain par le Premier ministre, c'est Dominique de Villepin qui me l'a. C'est fou. Pour moi, Chirac, c'est un roc. C'est un physique extraordinaire. C'est un allant. Et voir qu'il était touché dans sa santé, je dirais d'ailleurs que si j'avais su, j'aurais sans doute mis le frein sur un certain nombre de choses que j'ai dites ou sur un certain nombre d'impulsions que j'ai données.
Toute la vie de Jacques Chirac a été consagrée à la politique. Vous vous dites que ce n'est pas le départ et le renoncement à la vie politique qui fait qu'il était si désemparé en quittant l'Elysée en 2007 ?
C'est totalement faux. Moi, je me souviens de conversations avec lui, deux ans, peu de temps avant de publier La tragédie du Président qui est un bouquin qui lui avait rendu fou de colère, même si je crois qu'il n'ait pas lu. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il l'avait lu. Mais enfin bon, voilà, il avait pu me voir après pendant quelques temps avec les hommes politiques. C'est pas aimable. Ça s'arrange toujours. Oui, mais ça s'était arrangé après. C'est comme ça, c'est la vie. Moi, j'avais écrit ce que j'avais vu, ce que je pensais. Et puis voilà. Et franchement, il était sur des projets. C'est-à-dire, il avait des grands projets archélogiques. Il voulait faire de la recherche.
Il était en, comment dire, une espèce de relation avec un musée de Chine. Il avait envie de faire des recherches. Il espérait une deuxième vie. Il n'espérait pas. Il était en train d'organiser une deuxième vie en dehors de la politique. C'est-à-dire, c'est quelqu'un qui pouvait faire autre chose que de la politique. D'ailleurs, regardez, dans toutes ces crises, je me souviens d'autres confidences en 88, après l'échec de 88, 88, 89, il a fait une grosse dépression. Là, il voulait faire galerie d'art. Enfin, il était ouvert sur plein de métiers. Vous voyez, ça allait toujours vers les arts. Galerie d'art premier, toujours. C'était ça, les masques africains, etc.
Il était toujours dans ces histoires-là. Et là, donc, qu'est-ce qui arrive ? C'est pour ça que je suis en désaccord avec ce que dit Nicolas Sarkozy. C'est que, qu'est-ce qui arrive ? C'est la maladie. Et c'est que lui, il avait, comment dire, une belle phrase de Sarkozy sur, voilà, l'homme qui est plein d'allant. En fait, il y avait une phrase qui revenait tout le temps. Je suis étonné de ne pas l'avoir encore cité par personne. Parce que ça revenait, moi j'ai entendu ça un nombre de fois incalculable, je suis une insulte à la médecine. Pourquoi ? Ben oui, parce que je bouffe comme quatre. Oui, c'était un roc. Je fume comme un sapeur. Je bois comme un trou. Et voilà.
Et c'est une sorte de géant comme ça. Je ne fais pas de sport. Je ne fais pas de sport. Oui, c'est ça. Jamais de sport. Jamais, jamais. Il avait un petit ventre comme ça, mais très court. Enfin, il était quand même beau, bien entretenu. On se disait, mais comment il trouve l'énergie ? Comment c'est possible avec ce qu'il mange de ne pas être un espèce de gros machin, un patapouf ? Il était svelte, il courait. Alors c'est vrai, il courait toujours. C'est-à-dire que quand vous le suiviez, comme journaliste, il y avait des gens qui avaient du mal, surtout les femmes avec des hauts talons, sur les pavés, parce que ça courait toujours. Là, ça avait une énergie de dingue.
Et là, brusquement, cet homme qui se considérait comme une insulte à la médecine, découvre qu'il est mortel. Et je pense que ça a été un... D'ailleurs, on voit très bien. Un effondrement. Moi, ça a été frappé la fois où je l'ai vu, la dernière fois. Mais c'était affreux. C'était il y a vraiment plusieurs années. Mais on avait l'impression, voilà, il était là. Voilà, il nous regardait tous. Il était sorti. Il n'avait plus envie de vivre. Parce qu'il était malheureux. Parce qu'il ne pouvait pas supporter l'idée d'être diminué, d'avoir du mal à marcher. Enfin, tout ce qu'il avait fait toute sa vie, quoi.
Pierre, l'hommage du monde politique.
Quand en fin de matinée, la nouvelle de la mort de Jacques Chirac se répand, l'Assemblée nationale vient de commencer les questions au gouvernement. Et puis, Richard Ferrand, le président de l'Assemblée, prend la parole. Mes chers collègues, nous venons d'apprendre le décès de M. Jacques Chirac. Je vous demande de bien vouloir, en hommage à sa mémoire, observer les minutes de silence. Je vous remercie. Notre Assemblée aura évidemment l'occasion de rendre hommage à celui qui a longtemps siégé ici et qui fut le président de la République. Très vite après, évidemment, les travaux de l'Assemblée sont suspendus, au moins pour la journée.
Et déjà, sur toutes les chaînes, effectivement, tout le monde politique commente le départ et de manière émue le départ de Jacques Chirac. Tant il est vrai que cet homme de droite, par sa longue carrière, son républicanisme sans faille, son analyse de la fracture sociale, son côté ratsoc, et enfin son opposition à la guerre d'Irak, sans oublier le discours du Veldiv, tous ses marqueurs, lui valent aujourd'hui des réactions émues de tous les chiquiers politiques. C'est un faux. Il a toujours bousculé la situation telle qu'elle semblait pourtant inamovible.
Jacques Chirac vient d'une immense courtoisie et d'un grand respect.
Je dois tout à Jacques Chirac, tout. C'est lui qui m'a fait faire mes premiers pas en politique. Il a toujours choisi autant que possible l'unité du pays. Je crois que c'est cette figure-là, à la fois le républicain, le visionnaire et l'homme de cœur, qui restent aujourd'hui dans tous les esprits, j'en suis convaincu.
Placer les plus humbles, les plus faibles, au moins, au moins, au même niveau que les plus aisés. D'abord une émotion personnelle, celle d'un responsable politique, celle d'un militant.
On avançait avec lui, on servait à ses côtés la France, notre idéal.
Il était un homme d'État hors normes.
Il n'y a pas un chef d'État au monde qui ignorait qui était Jacques Chirac. Quand je vous disais que l'échiquier politique est large, même Jean-Marie Le Pen a rédigé un tweet. Mort, même l'ennemi a droit au respect. Il ne pensait pas tellement à la finale de la présidentielle de 2002, mais à ce combat que toujours Jacques Chirac a mené contre les idées du Front National et leur chef. – Ce qui est très juste dans votre papier, c'est que vous présentez tous ces différents Chirac en même temps. Parce que je pense que la grande erreur, c'est de voir du discontinu. Autant chez Mitterrand, il y avait du discontinu, des chemins sinueux, il revenait, etc.
Il y avait une unité quand même, mais il y avait des chemins sinueux. Lui, il est tout en même temps, il est foutraque. C'est-à-dire qu'il va vous dire un truc d'extrême-gauche brusquement, il va parler comme un communiste pendant 5 minutes, il va partir dans un délire sur les États-Unis qui ont massacré, d'ailleurs à juste titre, l'extermination des Indiens des États-Unis. Il pouvait faire une plombe là-dessus, très en colère, en chauffant tout seul. Après, il veut faire un numéro écologiste, en y croyant ferme. Et puis après, l'autorité, parce que c'était aussi un homme de droite, comme vous l'avez rappelé. Il est principalement de droite, mais il a des pulsions de gauche très fortes.
Il a inventé à la fois ce qu'il a appelé une fois le travaillisme à la française, et il a été fâcho Chirac dans les années 70. Mais ça, c'était plutôt la presse qui le présentait comme ça. Ça me faisait rigoler, parce que comme tous les gens qui suivaient Chirac, on disait, ben attends, parce que c'était un ratsoc, on le voyait très bien. Simplement, il y avait de temps en temps des discours un peu à droite toutes, mais qui étaient corrigés, qui n'étaient pas corrigés. Oui, mais attendez, ça c'était la vision, comment dire, un peu simpliste d'une grande partie des médias. Non, non, non, c'est pas une vision, c'est des faits. Mais non, mais il y a des faits, bien entendu.
Il y a des faits, il y a des discours qui restent, on peut relire aujourd'hui. Mais bien sûr, je connais ces discours par cœur, je les suivis tout le temps. Donc c'est pas la faute des médias. Mais non, attendez, ce que je dis simplement, c'est qu'il y avait un Chirac officiel et un Chirac par-dessous. Et moi, je parle du Chirac par-dessous, c'est notre boulot de journaliste, de regarder ce qu'il y a derrière le personnage officiel.
On va revenir longuement aussi sur le bilan des deux mandats de Jacques Chirac, sur l'histoire de son ascension. Ah oui, l'ascension irrésistible. Exactement, irrésistible. Mais d'abord, parmi ceux qui l'ont accompagnée jusqu'au bout, il y a l'amie indéfectible, Linn Renaud. Bonsoir, Linn. Bonsoir, ça va ? Merci beaucoup d'avoir accepté de témoigner ce soir. La France a perdu un homme d'État. Vous vous dites, j'ai perdu un frère. Oui, j'ai perdu comme un frère. C'était comme un membre de ma famille. C'est vraiment comme ça que je le ressens. J'ai perdu, et la France a perdu un grand homme d'État. Vous vous êtes rencontrée il y a plus de 40 ans, totalement par hasard, Linn.
Oui, nous nous sommes rencontrés en 1975. Jacques m'a demandé d'être conseillère nationale du RP, non, de l'UDR. L'UDR. Et par, comment s'appelle-t-il, Jacques Bommel avait fait la connexion, parce que moi, j'étais de Rueil-Malmaison. Ils savaient tous les deux que j'étais une grande gaulliste. Nous, dans le Nord, on est gaullistes. Et donc, voilà comment j'ai été contactée pour entrer à l'UDR, qui, un an après, est devenu le RPR. Vous ne l'avez jamais lâché, c'est devenu un ami fidèle. Vous aimez parler de lui, de sa chaleur, de sa connexion, de sa proximité avec le peuple.
Il était tellement humain, à l'écoute des autres, simples, drôles, cultivés, je ne sais pas, il cachait cette culture extraordinaire. Et pourtant, c'était, mais c'était bouleversant. J'ai tout mis en rapport avec Grégory Peck, quand Grégory Peck est venu à Paris. J'ai organisé une rencontre et ils sont devenus très, très liés. Et tous les deux parlaient de, c'était deux intellectuels, et parlaient de science, de politique, de géographie, de, de, tous, tous les sujets de poésie. La poésie, Jacques était très fort en poésie. Et ça, il le cachait bien. Il ressemblait à notre pays. Il était notre pays. Merci beaucoup, Ligne Renaud, d'avoir accepté de témoigner ce soir dans C'est à vous.
L'ancien président de la République, dont l'avènement politique a accompagné l'avènement de la télévision. C'est le président, le premier dont l'élection a été suivie en direct dans les rues de Paris.
Pourtant, il n'était pas bon la télé.
Images retransmises depuis la fameuse moto de Benoît Duquen. Tous les grands moments, toutes les grandes étapes de sa carrière politique ont été filmées, photographiées, des années 60 à nos jours, avec des moments, des mots, qui sont devenus cultes.
Ça, c'était bien, ça, oui. Et qu'est-ce qui lui arrive à la 2 ? Il faut faire chauffer l'appareil ? Non, non, on ne chauffe pas l'appareil.
Quelle heure ! Tu ne fais pas de ville, toi ? Non, c'est comme toi. Tu as un bon placeau ? Oui. J'aime beaucoup les pommes. Je suis un mangeur de pommes. Salut !
Moi, je fais des pommes.
Ah oui, c'est bon, lui. C'est quoi, pour la santé ? L'équipe de France et la coupe de France, la coupe du monde, pardon. C'est encore comme problème. Je commence à en avoir à ce moment. What do you want me to go back to my plane and go back to France ? Is that what you want ? Then let them go. Let them do. Ce n'est pas qu'elles se déganchent, c'est qu'elles font pchit.
Si vous me permettez cette expression, elles font pchit. Aujourd'hui, on rapporte une histoire après qu'à la parenthèse.
Ce n'est pas une méthode, c'est une provocation. Bonsoir, Jean-Michel Apathy. Bonsoir, Patrick Poivre d'Arvore. Merci à tous les deux de votre présence. Un mot sur ces quelques moments devenus cultes, qui en disent long, sur la personnalité de Jacques Chirac et qui ont fait sa popularité. Ce n'est pas anecdotique du tout.
Non, mais France, je le disais bien, tous ces extraits racontent un homme, un homme qui allait dans tous les sens, qui était en effet foutraque, je le pense assez profondément, qui ne s'adorait pas, en effet, qui ne se prenait pas pour Jacques Chirac, en tout cas qui ne se prenait pas pour le président de la République, ça est toujours, et qui, au fond, a toujours eu des élections extrêmement difficiles. Il a fait des premiers tours à 20%, souvent moins, 18, 19. Après l'avoir perdu deux fois. Voilà, après avoir perdu deux fois. Et malgré tout, c'est quelqu'un que les gens vont pleurer.
François Hollande lui-même disait un ami, un homme d'État, mais aussi un ami, les Français vont ressentir, voilà. Et ça, on le sent bien, c'est bizarre. Pourquoi ? Parce que c'est une époque qui part, c'est une époque qui fout le camp. On le voit bien aujourd'hui.
Ce n'est pas seulement une époque, Patrick, il était un peu toussain en même temps, il était socialiste, il était de droite, il était raconté.
Mais il nous arrivait quand même du radical socialisme et du gaullisme mêlé. Donc, au fond, maintenant, on est sur des présidences de table, etc. Les gens, vous vous rendez compte qu'ils ont vécu pendant un quart de siècle avec François Mitterrand, puis Jacques Chirac. 26 ans, ça a duré ces deux-là. Et c'est cette page-là qui se tourne, Jean-Michel.
Oui, non, qu'un ajouté de plus. Jacques Chirac, ça a été un phénomène un peu inexpliqué parce que, au fond, c'est ce que disait Patrick, il n'est pas populaire quand il fait de la politique. Il a des problèmes, il a une relation au français qui peut être sympathique à certains égards, mais qui, dans l'action politique, ne suscite pas la confiance. Et quand il sort du pouvoir, il y a autour de lui une affection très grande qui se développe immédiatement. Parce que les gens ne retiennent plus que ce qu'il y avait de séduisant dans sa personnalité, cet énarque qui était extrêmement à l'aise, les pieds dans le crotin de sa Corrèze. Et du coup, du moment où il se...
Moi, je me souviens, je l'ai vécu pour le coup, l'été 2007, il est à Biarritz, au Grand Palais, et il sort, il se promène avec Bernadette Chirac. Et là, il y a plein de gens autour, c'est une cohue incroyable. Bernadette Chirac fait un masque terrible parce que ça la dérange profondément. Et lui, il est heureux de serrer des mains, de voir des gens. Et depuis ce moment-là, donc quand même une dizaine d'années, il y a un courant de sympathie très fort. Et on a oublié tout le reste. Et ça, c'est très curieux comme phénomène d'opinion.
Alors, certains de ces moments sont restés dans l'histoire. Vous y avez participé, Patrick Poivre d'Arvor, notamment le fameux Pchit. Vous êtes en direct de l'Elysée pour la traditionnelle interview du 14 juillet 2001. Et vous évoquez la polémique autour du financement de ces voyages privés en tant que maire de Paris.
Il y avait surtout toute une série de voyages à des noms de gens dont je n'ai jamais entendu parler. Donc pour vous, les sommes se dégonflent. Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, c'est qu'elles font pchit. Si vous me permettez cette expression.
Vous l'avez interviewé un nombre incalculable de fois. Est-ce que vous vous souvenez de la première fois où vous l'avez interviewé ? Et quel homme politique c'était à interviewer ? La première fois, je crois que j'étais à France Inter. Et je l'avais interviewé au Salon d'agriculture. C'était un endroit favori. Et alors, je lui parle justement du journal que dirigeait alors ou qu'a dirigé depuis François-Olivier Zisberg. À savoir le point. Il y avait une indiscrétion qui disait je ne sais quoi, d'ailleurs. Et je lui pose la question sur cette indiscrétion. Mais il me dit que tout ceci est faux. Et puis, voilà, on arrête, on remballe nos petits nagras.
Et il me dit, mais bien sûr que c'est vrai. La seconde d'abord. C'est vraiment la première fois que je le rencontre. C'est génial. Mais les interviews télévisées, oui, c'est les guignols. Les interviews télévisées, ce n'était pas du tout l'exercice dans lequel il était le meilleur, Jacques Chirac. Il était canenassé. Canenassé, oui, beaucoup.
Langue de bois, langue de bois, c'est atroce.
En grande partie parce qu'il se méfiait de lui-même. Et je crois que l'analyse de français est la bonne. Il avait peur de sa propre nature. Oui, bien sûr. Et alors, il y avait lui et puis il y avait sa fille aussi, Claude Chirac, qui était en charge de sa commune. Claude Chirac, qui canenassait la communication.
Oui, mais qui lui a fait du bien parce que justement, elle le reconnaît. Il le fallait.
Mais parfois, vous voyez, derrière le cadreur qui est là, il y avait Claude Chirac qui faisait signe comme ça. Ça ne fallait pas le pas. Donc, il était très... Et puis aussi, à juste titre, il a pu se méfier des journalistes dont il pensait qu'ils avaient été très favorables à la maladure, etc. Oui, oui. Et puis, de la même manière que Mitterrand, quand il arrive au pouvoir, se défie de tous les journalistes. On se souvient d'un grand moment de télévision, le débat d'entre-deux tours de la présidentielle en 1988, face à face. François Mitterrand et Jacques Chirac. Jacques Chirac était le premier ministre de François Mitterrand.
Ce soir, je ne suis pas le premier ministre et vous n'êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats à égalité et qui se soumettent au jugement des Français. Seuls qui comptent.
Vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand. Mais vous avez tout à fait raison, M. le Premier ministre. Jacques Chirac pense prendre l'avantage en refusant d'appeler François Mitterrand, M. le Président. Et la réponse, c'est la réponse de François Mitterrand qui a marqué l'histoire de la télévision et de la politique à jamais. Deux grands acteurs. D'abord, regardez-le, là. Il ressemble à Carrie Grande.
Qu'est-ce qu'il est beau, parce que ça, il faut le dire, il est très, très beau. On ne verrait pas ça avant très longtemps. C'est quand même une grande beauté.
Ben oui, il l'impressionnait. Je ne sais pas lequel des deux ment le plus dans cet échange et surtout dans l'échange qui va suivre. Sur l'affaire Gorgi.
Sur l'affaire Gorgi, moi, j'ai des éléments là-dessus. C'est que Mitterrand m'a dit, et il m'a demandé d'enregistrer, il a demandé de vérifier que ça marchait l'appareil. Pour me dire qu'en fait, c'est lui qui avait menti. C'est-à-dire, c'était comme une forme de culpabilité. Vous nettoyez un peu les choses et dire, voilà, non, non, mais c'est vrai que Chirac n'avait pas dit ce que j'avais dit qu'il avait dit. Pourtant, les yeux dans les yeux. Les yeux dans les yeux.
Tous les trois, vous connaissez bien Jacques Chirac, Patrick aussi. Vous l'avez suivi pendant de très longues années.
Oui, mais je vais me contenter de relayer quelques images marquantes sans espérer balayer 40 ans de vie politique. Deux mandats de président, deux fois Premier ministre, 18 ans maire de Paris, 26 ans président du RPR, etc. Il faut songer qu'en 77, quand il conquiert l'hôtel de ville, Jacques Chirac est à la fois maire de Paris, président du RPR et député de Corrèze et président du conseil général de la Corrèze. Voilà, c'était l'époque où la boulimie politique était encore licite. Et cette boulimie, d'ailleurs pas seulement politique, Chirac l'a affichée très vite, on l'a vu apparaître et on l'a vite décrit séducteur conquérant Hussard dès son entrée au gouvernement en 67. Il a 34 ans.
Trois ans plus tard, c'est un blanc-bec qui est envoyé au front à la télévision pour donner la réplique au redoutable Georges Marchais. Et la surprise, c'est l'une de ses premières télés et il est très bon. Le face-à-face tourne souvent à l'avantage du plus jeune. Je pense que vous n'êtes pas le parti de la classe ouvrière, je pense que vous êtes inutile à la classe ouvrière et je pense même, pour tout dire, que vous êtes nuisible à la classe ouvrière. M. Garodi a raison, je crois, quand il écrit que le rôle dirigeant du parti, c'est en fait le droit de parler au nom de la classe ouvrière sans la consulter. Alors ma question, je termine tout de suite, M. Duhamel, est la suivante.
Comment pouvez-vous expliquer, M. Marchais, que l'amélioration du niveau... Je vous pose une question, si vous le permettez, dans un débat, on peut toujours poser une question. Bien. J'en ai à vous. Alors je goûte. Voilà, ce débat est succulent. Chira crève l'écran ce soir-là, début d'ascension, on est en 70. Il prend la route Giscard quatre ans plus tard, avant de se rendre compte que Giscard le tient pour un supplétif d'émission fracassante. Je ne dispose pas des moyens que j'estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre. Et dans ces conditions, j'ai décidé d'y mettre fin. Chirac fonde le...
Là, elle n'est pas bon, je suis désolé, il était très bon tout à l'heure. Non, c'est un mythe particulier.
Il y avait une telle détestation déjà de Giscard.
Il part pour fonder le RPR, il torpille la réélection de Giscard, avant de tenter sa chance élisienne une deuxième fois en 88. Mais on l'a vu, il tombe sur un os, on a vu l'extrait tout à l'heure du débat avec Mitterrand. Et cet échec de 88, c'est sans doute, vous l'avez rappelé, le plus douloureux de sa carrière. Il y a une période de dépression, il y a des proches qui le lâchent, il arrête de fumer. À ce point, Seguin décide de lui faire la peau, d'ailleurs, à ce moment-là, c'est-à-dire... Et durant 7 ans, il ronge son frein, attend son tour. Putain, 2 ans, lui font dire les guignols, et ça dure comme ça pas mal de mois.
Il voit Baladur s'échapper et lui échapper, mais c'est au fond du trou qu'il trouve sa stratégie gagnante.
L'ampleur des votes qualifiés de protestataires traduit bien l'approfondissement de la fracture sociale que connaît notre pays.
Les Français sont désunis et ils doutent d'eux-mêmes et de la France. Voilà, fracture, invention qui va le mener où il souhaitait aller, à l'Elysée. On va voir quelques images de sa victoire et du balcon de l'avenue d'Iéna, mais ça va se fracasser quelques mois plus tard quand il constate que les caisses sont vides et qu'il faut faire des réformes, ce sera les grandes grèves de la fin 95. D'autres images marquantes encore, celles de ces deux mandats, Chirac Lécolo, celui du 21 avril, de la dissolution et celui du Veldiv. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été, chacun le sait,
secondé par des Français, secondé par l'État français, la France. Ce jour-là, accomplissait l'irréparable.
Mes chers compatriotes, après consultation du Premier ministre, du président du Sénat, du président de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale. En tête, Jacques Chirac, 20% des voix, énorme surprise, Jean-Marie Le Pen. Pas plus que je n'ai accepté dans le passé d'alliance avec le Front National, et ceci quel qu'en soit le prix politique. Pas plus que je ne l'ai accepté dans le passé, je n'accepterai demain de débat avec son représentant. Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le 21e siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie.
Notre maison brûle, discours signé ou co-signé par Nicolas Hulot. Il faudrait ajouter à ces images son action diplomatique, avec un énorme échec, le nom au référendum constitutionnel européen, référendum perdu en 2005, avec un Chirac incapable d'expliquer l'enjeu européen. On se souvient de cette émission des assos, face aux jeunes, avec Delarue et...
Je l'animais et je me souviens surtout d'un homme qui ne savait pas comment répondre. Et souvent, il disait « je ne comprends pas ». Il l'a répété peut-être dix fois. Et là, on voyait bien que ses convictions vacillaient. Parce qu'il a mis du temps à être européen. Ce n'était pas profondément ce qu'il pensait. Et donc, il lui fallait finalement endosser un costume qui n'était pas vraiment le sien.
Un échec et un temps fort, le nom à la guerre américaine en Irak. On se souvient de Villepin à l'ONU. Mais avant, Chirac a tout tenté pour faire entendre raison aux Américains. Son conseiller, Gourde Montagne, se souvient de ce tête-à-tête avec Bush à Prague en novembre 2002. C'était au sommet de l'OTAN. Chirac lui dit « ne va pas en Irak, Georges, tu te lances dans une guerre de 30 ans et tu vas faire éclore des milliers de petits Ben Laden ». Chirac a échoué à le convaincre. Mais sa prédiction s'est entièrement réalisée. Il était très prophétique sur le Proche-Orient. Ça m'a toujours fasciné. Il connaissait tous les grands dirigeants.
Et c'est vrai que son obsession, c'était toujours l'intégrisme. La montée de l'intégrisme, c'était sa grille de lecture sur tous ces problèmes-là. Ce qui était quand même assez étonnant à cette époque. Parce qu'on parle d'un temps quand même. Tout ça date d'il y a plus de 20 ans. Mais regardez déjà ses rapports avec Saddam Hussein. C'était uniquement dirigé contre l'intégrisme. Déjà, il en parlait. Et d'ailleurs, la meilleure interview qu'il ait jamais donnée... La meilleure interview qu'il ait jamais donnée, c'est une interview qu'il n'avait pas relue. On s'en souvient tous.
Une interview de Washington Times, quand il était Premier ministre pendant la première cohabitation entre 1986 et 1988. Qui est une interview que le journaliste du Washington Times, Arnaud Borgerac, avait un peu dit se croquer. C'est arrivé à enregistrer au magnétophone. Il avait tout pris sans faire relire. Et c'était une interview de vérité. Où on voyait bien que l'obsession déjà à l'époque, c'était la montée des intégrismes au prochain.
Jean-Michel, qu'on n'a pas beaucoup entendu. Que restera-t-il de l'empreinte politique de Jacques Chirac ? Parce que son bilan, il a été vivement critiqué. On se souvient des rois fainéants sur lesquels ironisait Nicolas Soutou.
La première chose qui reste, on vient d'en parler, c'est 2003. Le refus d'associer la France à cette guerre et qui a été un désastre. L'éveil dit, bien sûr. Mais l'éveil dit, c'est un peu différent. Jacques Chirac, alors il l'a fait avec sincérité et il l'a fait avec talent. Mais il vient après que la société ait beaucoup débattu de cette question. Et au fond, il vient trancher cette querelle stupide. Oui, l'État était bien entendu responsable de la déportation des juifs. Bien sûr. Après ça, on a vu les images de 1995. Jacques Chirac a dit à ses amis, quand il s'est lancé à 3% dans les sondages, « Je vous étonnerai par ma démagogie.
» Et c'était le talon d'Achille de Jacques Chirac, capable de raconter tout, n'importe quoi, l'inverse, parce que l'objectif, c'était le pouvoir. Ça ne peut pas être un modèle politique. Ensuite, la dissolution manquée. Pourquoi est-elle manquée ? Parce que son quinquennat a mal démarré, parce que les promesses ou la promesse générale n'a pas été tenue. Donc, il perd le pouvoir à peine l'a-t-il. C'est un homme douloureux au pouvoir, Jacques Chirac. C'est le contraire d'une réussite politique, Jacques Chirac. Même pour lui, parce que le premier tour de 2002 le met dans une situation impossible.
Il n'est pas heureux au lendemain, alors qu'on sait qu'il va être élu les doigts dans le nez au deuxième tour.
Il faut rendre aussi cette justice à Jacques Chirac, parce qu'on parle beaucoup, vous n'avez pas mis ces images de propos qu'il a tenus, je crois que c'est en 92 à Orléans, le bruit, les odeurs, les gens qui sont incommodés. Mais à part cet incartade qui était assez minable, il avait un coup dans le nez toute cette fois. Il avait un peu bu ce soir-là. Ça se voit, on le voit dans les images. Absolument. Mais à part ça, il a toujours, c'est presque le seul domaine dans lequel il était tenu. La ligne rouge. Il n'a jamais voulu une association avec le Front National, alors qu'évidemment, autour de lui, beaucoup pouvaient plaider pour ça.
Donc, un homme malheureux, un homme qui n'a pas réussi grand-chose, et il restera deux ou trois choses importantes. Quelques grands discours, et il y a un discours dont vous n'avez pas parlé, c'est le discours sur la laïcité, qui est un grand discours, et qui a très bien vieilli quand on le relit aujourd'hui, parce qu'il fixait des lignes, il y avait un côté comme ça, père de la nation, qui disait, voilà, il faut faire les choses comme ça.
Et puis, une fois qu'il n'est plus président de la République, il soutient François Hollande.
Quelques mots, quelques mots dans une réunion départementale, si j'ose dire, qu'il a oublié, qui vont défrayer la chronique et presque mettre le feu aux poudres.
Il y avait presque un événement politique,
et puis il y avait surtout la marque que, décidément, il y avait de l'estime entre Jacques Chirac et de l'amitié entre Jacques Chirac et François Hollande, et puis il y avait toujours que Jacques Chirac n'avait pas pardonné à Nicolas Sarkozy. Et François Hollande, quand il était venu présenter son bouquin, « Les leçons du pouvoir », évoquait cette scène. Il avait eu cette phrase, « Puisque Alain Juppé n'est pas candidat, alors je vote Hollande. » Et je lui fais observer qu'il y a des caméras, et il me dit, « Je vote Hollande. »
Mais ça vous a fait plaisir, j'imagine. Oui, et après, parce que je sentais que ça pouvait créer quelques problèmes, y compris à l'intérieur de sa famille.
J'ai dit, et c'était vrai, que c'était de l'humour corrézien. Jacques Chirac, je l'ai combattu, donc, sur le plan politique. Dès 1981, comme candidat, nous étions face à face. Et j'ai pensé un moment à avoir manqué à l'histoire, puisqu'il ne m'a battu que de quelques centaines de voix.
Patrick Yfrance. Je peux intervenir pour 3 secondes, parce qu'en fait, il n'a pas voté Hollande. Et vous savez pourquoi il n'a pas voté Hollande ? Parce que c'est Bernadette. Mais voilà, Bernadette qui avait son pouvoir, et qu'il l'a dit.
Elle a pris la procuration, elle a mal voté, parce que lui, c'est sûr qu'il votait Hollande. Et d'ailleurs, il a tout sa tête, contrairement à ce qu'a beaucoup été dit, c'est qu'il dit, « Je vote Juppé d'abord. » Ça, on sait, Chirac. C'est Juppé, Juppé, Juppé. Le meilleur d'entre nous, et même toujours, ça a toujours été ça. Et donc, bon, si ce n'est pas Juppé, d'accord, Hollande. Et de toute façon, quand on les voit ensemble, tous ceux qui les ont vu ensemble, ils étaient quand même copains comme cochons, en ayant beaucoup de désaccords politiques. Mais il y avait entre eux la Corrèze et beaucoup d'autres choses.
Et puis, vous l'avez dit, il était beau, Jacques Chirac. Il avait un charisme certain, un physique de vedette du cinéma, comme vous l'avez dit. Et c'est depuis quelques années, c'est-à-dire bien après son dernier mandat, que des sites et des articles dédiés à l'allure de Jacques Chirac ont commencé à se multiplier sur Internet.
Une nouvelle génération qui était enfant, ado, au temps de Chirac président, qui n'a donc certainement pas voté pour lui, en a fait une icône, une icône hipster, photo à l'appui, célébrant une forme de liberté, de cool, d'élégance en toutes circonstances, même avec un masque de sommeil et des chaussons dans un avion, une photo mythique, même avec des couronnes de fleurs en voyage officiel à Wallis et Futuna. Et les couvre-chefs ne vont pas aussi bien à tous les présidents, même en maillot de bain. On se souvient notamment des photos volées à Brémançon, qui portait le fameux maillot avec mocassin et chaussettes.
Chirac avait aussi un côté garnement, qui clope, merveilleuses photos avec Simone Veil, ou qui fraude dans le métro, une image qui va orner les t-shirts des jeunes gens branchés. C'était la marque d'une époque aussi, une forme de nostalgie pour ces années-là, des choses qu'aucun homme politique ne pourrait faire aujourd'hui, vous diriez ?
Ah non, je n'en vois pas d'autres. Je n'en vois pas d'autres. De toute façon, mais attendez, il n'est pas comme les autres. Je crois que c'est ça, c'est pour ça aussi qu'il y a cette émotion. C'est que, d'abord, il est resté très longtemps, un peu comme Johnny Hallyday, très très longtemps. Il représente des tas de générations. Et puis, il incarne aussi des tas de courants politiques différents qui se reconnaissent, il brise des codes. Alors après, c'est vrai que son bilan, on peut regarder, quand on regarde de près, ce n'est pas effectivement pas très flambant comme Jean-Michel. Il ne brise pas beaucoup de codes. Oui, il ne brise pas beaucoup de codes.
Il ne faut pas oublier que les jeunes, ils vendaient l'humanité.
Jean-Michel, Jean-Michel.
Monsieur Mémol, ce soir, Jean-Michel. Il ne sont pas pas. Et puis, attendez, il est très fier de sa guerre d'Algérie, contrairement à beaucoup de personnes qui ont fait la guerre d'Algérie. Oui, il ne faudra pas en faire. Il est très fier. Il ne faudra pas en faire une rebelle. Non, on n'en fait pas un rebelle, mais c'est vrai qu'il aime bien être, par exemple, c'est clair que... Moi, je vous ai dit que...
C'est un rebelle contraint. Tout par le modèle social, après par son épouse, après par sa fonction.
Il a souvent refusé de prendre sa liberté. Il a souvent été sous contrainte. Il a souvent été sous domination intellectuelle. Ça, ce n'est pas vrai. Ça, ce n'est pas vrai. Les gens croyaient... L'appel de Cochin ? Non, mais non. L'appel de Cochin, quand il quitte Jacques Chirac... Enfin, il n'a pas lu, tout le monde le sait. Ah, il n'a pas lu, mais il n'a pas lu. Il n'a pas lu, mais il n'a pas lu. Il n'a pas lu, mais il n'a pas lu. Il n'a pas lu, mais il n'a pas lu. Non, non, ils ont été virés dans la foulée. C'est-à-dire que...
Non, je ne m'attendais pas à tant de passion, mais c'est...
Le gros problème de Jacques Chirac, c'est très intéressant, comme il ne s'aime pas et qu'il se sous-estime, c'est que les conseillers finissent par croire que c'est eux qui ont le pouvoir. Mais à un moment donné, il en a là. Il a viré Garo, il a viré Juillet, il a viré...
Merci, on t'a beaucoup entendu. Donc, c'est juste l'hommage à un lutteur, un boxeur qu'on a aimé affronter. Parce qu'on l'a affronté aussi, disons la vérité. Les autres interviews étaient parfois un petit peu musclés. Mais c'était quand même quelqu'un en se dit, ah là là, c'est fini, maintenant, on va passer à autre chose.
Ah oui, c'est vrai, il était parfois menaçant, physiquement.
Ah oui, je ne pensais pas que vous aviez reparti à France. Juste une information avant de passer au 5 sur 5 de Maxime. C'est une information du Monde. Lundi sera un jour de deuil national, avec un service solennel à l'église Saint-Sulpice à Paris à midi. Voilà pour cette information. On continue à évoquer la disparition de Jacques Chirac. Tous les médias, évidemment, ont bouleversé leur programme et sont en édition spéciale. Maxime Swetek et l'équipe du 5 sur 5 ont suivi cette journée si particulière, heure par heure.